Nda : Bonsoir à tous ! Voici le chapitre XVII de Mortelle destinée que je devais poster ce week-end. Petit contretemps indépendant de ma volonté (= abus de raclette :p). J'ai fait quand même au plus vite pour ne pas que l'attente soit trop longue… alors je ne papoterai pas plus longtemps pour vous laisser à votre lecture.
A plus bas !
Mortelle destinée
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Partie I :
Le cas des Strauss
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- XVII -
La détonation fit l'effet d'une explosion tant le son se répercuta dans la montagne tout autour d'eux et entre les quatre murs de la cabane. Gray refusait de penser au pire même si le hurlement qui s'en suivit le fit tressaillir jusqu'à la moelle. Lisanna ! songea-t-il avec horreur avant d'éloigner tout aussi rapidement le pressentiment qui grondait en lui. Cependant, les flammes qui commençaient à pénétrer la cabane l'obligèrent à se recentrer sur l'urgence du moment, éloignant tout le reste, quand bien même cette idée le faisait rager. Le visage d'Elfman s'imposa soudain à lui. Gray espérait qu'il allait bien et qu'il n'avait pas réagi sans réfléchir… Gray n'avait pas eu le temps de le prévenir comme il le lui avait promis et, le connaissant, son collègue avait dû intervenir dès que sa petite sœur avait été en vue, malgré le danger encouru. Aurait-il fait différemment ? Bien sûr que non ! songea Gray. Il avait confiance en Elfman, il savait qu'il ne prendrait pas le risque de mettre en danger sa petite sœur simplement pour laisser libre cours à son besoin de vengeance. Alors, Gray se raccrocha à cette idée pour ne pas risquer de se perdre dans l'angoisse et oublier sa mission principale : sauver les deux sœurs Strauss.
Ses poumons commençaient à le brûler, lui intimant de les sortir de là aussi vite que possible ! Le policier chassa ses inquiétudes vis-à-vis de son collègue et de Lisanna, pour se recentrer sur la situation actuelle qui risquait de rapidement dégénérer s'il n'agissait pas immédiatement. Si seulement il avait remarqué la fumée avant que les choses se compliquent !
Gray peinait à respirer tant la fumée était épaisse. Les flammes qui, désormais, léchaient la paroi de la cabane les atteindraient très bientôt s'il ne se dépêchait pas de délivrer Mirajane de ses chaînes. En parcourant la pièce principale, il n'avait pas réussi à trouver les clés, ne lui laissant plus qu'une seule solution. Celle-ci se révélait radicale et ne serait pas la plus discrète mais il n'avait plus le choix. A cet instant, la vie de Mirajane primait sur tout le reste. Même sur la sécurité de Lisanna, songea-t-il avec regret. Ce choix était un crève-cœur. Il ne savait pas où la jeune femme se trouvait ni si elle était encore en vie. Il avait bien reconnu sa voix lorsque le coup de feu avait retenti. Etait-ce de douleur ou bien de peur ? Une fois que Mirajane serait en sécurité, il s'occuperait de sa sœur, souhaitant de tout son cœur qu'il ne serait pas déjà trop tard d'ici-là…
— Ne bouge surtout pas Mira, je vais tirer sur la chaîne pour te libérer.
La jeune femme acquiesça, elle détourna la tête pour protéger son visage d'éventuels éclats métalliques ou étincelles puis ferma les yeux en attendant les détonations.
Gray fut précis et tira quatre balles. Une pour chaque chaîne. Il souhaitait que Yura n'ait rien entendu même s'il en doutait. Pour le moment, Yura était le cadet de ses soucis.
Une fois l'aînée des Strauss libérée, il la recouvrit d'une vieille couverture mangée par les mites mais qui ferait son office. Il l'avait trouvée dans l'autre pièce, sur le petit lit métallique puis l'avait imbibée d'eau pour protéger Mirajane des flammes.
— Mira, je risque de te faire un peu mal en te soulevant, accroche-toi, la prévint-il.
Le jeune homme croisa le regard bleu lagon, voilé par l'épuisement et la malnutrition, de la jeune femme et fut soulagé d'y lire une détermination sans faille malgré son état.
— Vas-y, dit-elle d'une voix rauque.
Et elle s'accrocha à lui de toutes ses forces. Gray prit soin de ne pas trop appuyer sur son épaule et son bras blessés mais il fut néanmoins obligé de les maintenir en place pour qu'ils restent à l'abri de la couverture. La jeune femme gémit légèrement mais Gray voyait bien qu'elle s'efforçait de cacher l'intensité de sa douleur. Cette femme était incroyable ! Même dans cet état d'extrême faiblesse, elle réussissait à faire preuve d'un courage et d'une volonté qui forçaient l'admiration.
Lorsque Gray la souleva, il fut choqué par son poids. Ce salaud l'avait affamée à tel point que la magnifique femme qu'il avait connue, avec ses formes généreuses et sur laquelle nombre de policiers fantasmaient, au plus grand regret d'Elfman, n'avait plus que la peau sur les os. Il réajusta la couverture pour qu'elle recouvre l'intégralité de la jeune femme. Hors de question qu'elle subisse d'autres blessures !
De son côté, Gray se servit d'un morceau de la couverture de son amie pour se protéger des brûlures au moment où ils franchiraient la porte. Le jeune homme avança prudemment, il avait enfilé ses gants qui lui offraient une protection supplémentaire contre les flammes. La chaleur était suffocante et la fumée lui brûlait déjà l'œsophage mais il prit sur lui pour atteindre la porte du débarras dans lequel était enfermée Mirajane. Par chance, la porte d'entrée était toute proche et toujours ouverte ce qui lui permit de l'atteindre assez facilement. Pour autant, l'ouverture était cernée par les flammes et le jeune homme fut obligé de prendre son élan afin de la franchir sans finir comme une torche vivante. Une fois dehors, il jeta un œil de chaque côté pour vérifier que le meurtrier ne les avait pas rejoints, alerté par les détonations.
A son grand soulagement, la voie était libre. Gray en profita pour s'éloigner de la façade enflammée afin de rejoindre le lieu où il avait laissé Elfman quelques instants plus tôt. Le jeune homme déposa Mirajane au pied d'un arbre, retira la couverture trempée et la remplaça par sa parka épaisse. Il emmitoufla sa collègue afin qu'elle n'attrape pas froid le temps qu'il rejoigne Elfman. En même temps, il reprenait son souffle, profitant de l'air glacial pour chasser la fumée de son corps et lui redonner tout l'oxygène dont il avait besoin.
— Lisa… souffla la jeune femme alors qu'elle se pelotonnait dans le vêtement. Il faut… la sauver. Il… il va la tuer, dit-elle entre deux quintes de toux.
Gray toucha son front et comme il le craignait en constatant les joues rouges de Mirajane et la sueur sur son visage, elle était brûlante de fièvre.
— Je vais essayer de la trouver. Il faut que tu tiennes le coup jusqu'à mon retour, d'accord ? pria-t-il la jeune femme en remarquant l'aspect squelettique de son amie qu'il n'avait pas pu constater dans la pénombre de la cabane. Les secours seront bientôt là.
— Oui mais… sauve-la Gray, s'il te plaît… ! le pria-t-elle les larmes aux yeux.
— Je vais tout faire pour, promit le jeune homme avant de réajuster le manteau sur le corps amaigri de son amie. Je reviens vite, promets-moi de tenir le coup !
La jeune femme hocha lentement de la tête. Ses yeux vitreux inquiétaient Gray mais il ne pouvait pas s'attarder davantage à ses côtés. Il souhaitait que Luxus ne lui en tiendrait pas rigueur… il devait maintenant retrouver Lisanna et mettre hors d'état du nuire l'ordure qui avait fait vivre aux deux sœurs un enfer pendant des semaines.
Le jeune homme jeta un dernier regard à Mirajane avant de se concentrer sur son environnement. Il s'inquiétait de ne pas trouver Elfman, où avait-il bien pu passer ? Il regarda son téléphone mais aucun message ne lui avait été laissé par son collègue. Et pour cause, il n'avait pas le moindre réseau disponible. De sa position, il observa les abords de la cabane en contrebas mais ne dessella aucune présence. Hormis le son du feu qui s'était emparé de la cabane, toute vie avait semblé déserter pour de bon la montagne. Gray descendit prudemment en direction de la cabane désormais complètement embrasée, s'efforçant à se concentrer sur le plus petit bruit environnant. Le froid s'était intensifié et l'absence de son manteau sur ses épaules se fit sentir mais par chance, le jeune homme craignait peu le froid, ce qui lui permit de mettre de côté les frissons désagréables qui parcouraient son corps.
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La jeune femme ne put retenir ses sanglots. Lorsqu'elle avait reconnu son frère, elle avait cru que son cauchemar allait enfin cesser. Elle qui avait tenu bon depuis des semaines ou peut-être bien des mois, avait été enfin sur le point de gagner la bataille ! Mais en quelques secondes seulement, tout espoir s'était envolé. Quand bien même elle s'en sortait, sa grande sœur était en train de brûler vive avec la cabane qui leur avait servi de geôle, tandis que son frère se vidait de son sang. Lisanna n'avait plus rien à quoi se raccrocher, servait-il encore à quelque chose de lutter ? En avait-elle seulement envie ? songea-t-elle, en partie anesthésiée par le désespoir.
— Qui est cet homme ? interrogea Invel Yura, intrigué par la réaction de sa victime. Qui est-il pour toi ?
Lisanna ne répondant pas, laquelle fixait d'un œil absent le corps inerte de son frère et le sang se répandre autour de lui, son ravisseur se saisit fermement de son visage baigné de larmes et la força à le regarder.
— Réponds ! cracha-t-il.
— Mon… mon frère ! C'est mon frère, répondit la jeune femme en éclatant en sanglot.
Yura ne répondit pas mais son visage laissait apparaître une certaine confusion. Maintenant toujours fermement Lisanna, il s'approcha de l'homme à terre. Arrivé à sa hauteur, il l'observa sans rien dire.
— Elf… murmura Lisanna en voyant son frère au sol, les yeux écarquillés et la main essayant de boucher la blessure qu'il avait à la base du cou.
Il avait perdu beaucoup de sang mais à sa plus grande surprise, il était toujours conscient ! Lisanna se prit à espérer de nouveau. Son frère réussirait à s'en sortir ! Et même si elle savait que le réveil serait douloureux pour lui en prenant conscience que ses deux sœurs avaient péri, cet espoir lui fit un bien fou. Cette pensée était égoïste, elle en était bien consciente, mais elle savait aussi que c'était la fin pour elle. Elle le savait depuis que le tueur lui avait enfilée les bas rouges qu'avaient portés toutes ses victimes avant elle. Si elle avait encore eu des doutes sur l'identité de son ravisseur avant ce jour, elle était maintenant certaine qu'il était bien le tueur aux bas rouges qu'elle et ses collègues cherchaient à arrêter depuis des années. Mais si son frère s'en sortait, tout n'était pas perdu. Il finirait par l'arrêter et lui ferait payer ses nombreux crimes.
Elfman peinait à respirer. Par réflexe, il avait mis sa main à l'endroit où la balle l'avait touché, tentant de comprimer la blessure avec le peu de force qu'il lui restait. La chance l'avait bien abandonné puisqu'il l'avait reçue juste au-dessus de son gilet pare-balles. Malgré la présence de sa main compressant la blessure, il sentait le liquide poisseux s'en échapper. Combien de temps lui restait-il ? Sans doute pas bien longtemps, songea-t-il avec rage. Lisanna était entre les mains d'un tueur sanguinaire et il ne pouvait rien faire. Il avait pourtant été à deux doigts d'y arriver… mais il avait échoué !
Il entendit des pas s'approcher. Le jeune homme tendit l'oreille mais malheureusement, il était incapable de bouger sans qu'une douleur fulgurante ne le paralyse. Et il savait que le moindre mouvement causerait une hémorragie plus importante encore. S'il avait une chance de s'en sortir, il ne devait pas prendre de risque.
Lorsqu'il vit son visage au-dessus de lui, le regard à la fois scrutateur et interrogatif, Elfman sentit la rage se réveiller. Cet enfoiré venait le narguer et sans doute aussi, terminer le travail ! Dans ses bras, il retenait sa précieuse petite sœur dont le beau visage était souillé par les larmes mais pas seulement. Non seulement son visage reflétait son amaigrissement mais il montrait aussi des ecchymoses plus ou moins récentes. Ce type s'était acharné sur elle et pas qu'une fois !
— Lisa… je… je suis désolé, réussit-il à bredouiller. Je… je n'ai pas su te protéger.
Invel Yura brandit son arme, visant la tête.
Comprenant ce qu'il s'apprêtait à faire, Lisanna se rebella.
— Non ! Ne le tuez pas, je vous en supplie ! le pria-t-elle désespérément.
Voir sa sœur supplier ainsi cette ordure le révulsa mais encore une fois, son corps refusait de répondre et il ne put rester que simple spectateur devant cette scène révoltante, humiliante pour sa jeune sœur habituellement si fière.
— Vous avez perdu votre frère, vous devriez compr…
La jeune femme fut interrompue par une gifle qui s'abattit sur sa joue déjà endolorie par ses précédents coups. Surprise par la violence du geste, elle se mordit la langue et sentit le sang se répandre dans sa bouche avant d'en cracher quelques gerbes. Elle n'eut pas le temps de se remettre de ses émotions qu'il se saisit brutalement de son cou avant de le serrer dangereusement.
— Je t'interdis de parler de mon frère ! hurla-t-il rouge de rage.
Lisanna commença à suffoquer devant les yeux révulsés d'Elfman.
— Non… Lisa… bredouilla-t-il, incapable du moindre mouvement.
Des larmes de frustration et de désespoir s'échappèrent de ses pupilles aigue-marine.
— Je… je suis… désolée, réussit à murmurer la jeune femme les yeux écarquillés avant de ne plus pouvoir laisser échapper un seul souffle.
Yura desserra sa prise mais ne se départit pas de son regard assassin.
— C'est toi qui as tué mon frère ! cracha l'homme le regard fou. Tu n'as aucun droit de parler de lui et de souiller sa mémoire !
— Oui, acquiesça Lisanna. Je ne le ferai plus… je vais vous suivre, alors laissez-le, s'il vous plaît.
— Non, murmura Elfman. Ne fais… pas ça… Lisa… ne le laisse pas t'emmener loin de moi… !
— Très bien, accepta Invel qui avait repris son calme comme si de rien était. Après tout, mieux vaut une lente agonie plutôt qu'une mort rapide.
Ce type changeait de comportement comme de chemise ! Il n'était pas étonnant que la police n'ait pas pu réussir à mettre la main sur lui avec un comportement aussi déroutant.
Yura fit un dernier sourire cruel à l'homme à terre puis tourna les talons, éloignant pour toujours de lui sa petite sœur. Elfman sentit le désespoir l'atteindre en plein cœur. Non ! Gray ! Oui… Gray avait forcément survécu à l'incendie de la cabane. Il n'était pas homme à se laisser avoir ainsi ! Il n'avait pas le choix… songea-t-il avec tendresse. Et tel qu'il le connaissait, il avait forcément tout fait pour sortir Mirajane du brasier. Elfman se raccrocha à cet espoir avant de tomber lentement dans l'inconscience.
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Gray avait presque rejoint le petit sentier qui longeait la cabane pour descendre en direction du lac en contrebas, lorsqu'il vit une forme à terre. Son sang ne fit qu'un tour. Il observa les abords pour vérifier qu'il était loin de tout danger avant de se précipiter vers la silhouette qu'il avait immédiatement reconnue. Elfman ! Lorsqu'il vit la mare de sang se répandre sous le corps de son collègue et l'absence de mouvements de ce dernier, une boule d'angoisse remonta de son estomac tandis que des sueurs froides s'emparaient de son corps.
— Non… par pitié, Elf !
Le jeune homme s'agenouilla à ses côtés. Les yeux de son collègue étaient fermés lui faisant craindre le pire. Sa main droite reposait sur la blessure qui laissait échapper un liquide rouge sombre.
— Elf… réponds-moi, vieux ! le supplia-t-il tout en vérifiant son pouls.
Il respirait encore mais il avait perdu une grande quantité de sang. Gray retira son pull, souleva doucement la main imbibée d'hémoglobine puis la remplaça par son vêtement qu'il plaqua sur la blessure située à la base du cou.
Les yeux d'Elfman s'ouvrirent à ce moment-là. Ils étaient vitreux, la vie semblant s'en échapper à vue d'œil. Et sa peau anormalement pâle ne fit qu'ajouter un peu plus à cette impression.
— Gray… tu es vivant, dit-il en souriant légèrement.
— Oui et Mira aussi ! le rassura immédiatement Gray dans l'espoir que cette nouvelle le pousse à s'accrocher un peu plus à la vie. Elle est en sécurité.
Le jeune homme se força à retenir les larmes qui lui brûlaient les yeux mais cela se révéla difficile.
— Merci… souffla son collègue au bord du malaise. Je savais… que tu y arriverais… tu es… le meilleur.
— Tu dois tenir le coup Elf, les secours vont arriver. Je vais rester à tes côtés en attendant… dit-il en lui caressant les cheveux.
— Non, le coupa dans un ultime effort Elfman. Tu dois… Lisanna, il va la tuer ! Il faut… les rattraper. Tu dois le faire !
Les yeux du policier étaient écarquillés de terreur à cette idée. Mirajane était vivante, Gray l'était aussi, il ne restait plus que Lisanna… Elle ne devait surtout pas mourir ! Il devait les récupérer toutes les deux, quand bien même il devait lui-même mourir.
Le regard du colosse se tourna ensuite vers le chemin face à lui.
— Je t'en supplie Gray, sauve-la…
— D'accord, bredouilla Gray les larmes aux yeux mais promets-moi de tenir le coup, d'accord ? Tes sœurs ont besoin de toi… j'ai besoin de toi, souffla-t-il avant de l'embrasser sur le front, laissant échapper du même coup, une larme sur son visage.
Il réajusta le pull sur la blessure de son collègue, posa la main du colosse dessus pour qu'il le maintienne en place même si les forces le quittaient et pria pour que les renforts arrivent au plus vite.
Au moment où Gray disparut, Elfman fermait les yeux, un léger sourire aux lèvres. Mirajane était en vie et Gray allait sauver Lisanna. Il lui faisait confiance, il y arriverait. Il pouvait partir en paix.
Des regrets ? Bien sûr qu'il en avait. Ne pas avoir pu tenir une dernière fois ses deux sœurs dans ses bras en était l'un des plus cruels. Mirajane et Lisanna étaient fortes, elles s'en sortiraient même si la simple idée de les faire souffrir lui était insupportable. Mais qu'en serait-il de Gray ? Son amant avait déjà perdu l'un de ses collègues et Elfman savait à quel point il s'en sentait encore responsable plusieurs années après. Les sentiments qu'il avait eus pour Loki n'avaient bien sûr pas aidé… Elfman n'était pas sûr que son ami parviendrait à se relèver de la même tragédie. Tout comme pour Loki, Elfman était plus qu'un simple collègue, il était son meilleur ami et le seul véritable. Gray n'avait plus aucune famille et ses amis se comptaient sur les doigts d'une main. C'était un homme solitaire et pourtant, lorsqu'il s'attachait à quelqu'un, il pouvait donner absolument tout ! Trop sans doute…
Elfman avait désormais conscience que Gray avait la fâcheuse tendance à cacher ses sentiments derrière une épaisse couche de glace. Et il était certain que s'il n'avait pas partagé sa vie pendant plusieurs semaines, il serait encore ignorant de ce que son ami cachait avec une telle force. Sur l'épaule de qui pourrait-il pleurer désormais ?
Et puis… il y avait tant de choses qu'il aurait aimé lui dire avant de partir. Son plus grand regret résidait dans le fait de ne pas avoir eu le temps de vivre pleinement sa relation avec Gray. Ne pas lui avoir avoué ses sentiments. Lui dire à quel point il était important pour lui. Lui dire qu'il l'aimait… Il s'efforça d'imprimer les traits de son visage dans son esprit. Son regard bleu intense, ses lèvres douces et appétissantes, son sourire canaille lorsqu'il voulait le faire tomber dans ses filets, son corps magnifique. Oui, il voulait se souvenir de chaque part de lui et que son visage l'accompagne dans son dernier voyage.
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Gray ne portait plus qu'un t-shirt sur le dos et son gilet pare-balles. Mais peu lui importait la morsure du froid, peu lui importait les premiers flocons qu'il sentait fondre sur son visage et ses bras nus. Il devait rattraper cet enfoiré et sauver Lisanna puis rejoindre Elfman et faire en sorte qu'il reste à ses côtés jusqu'à l'arrivée des secours. Il ne supporterait pas de perdre un autre collègue… Et plus que tout, il ne supporterait pas de perdre son meilleur ami, son amant. Alors il se concentra uniquement sur son objectif sans penser au reste.
Le jeune homme chassa sa terreur viscérale pour se concentrer sur sa mission : rattraper Invel Yura, libérer Lisanna de ses griffes puis le mettre hors d'état de nuire. Arme à la main, il courut aussi vite que possible sur le chemin de terre jusqu'à enfin apercevoir la voiture, une petite jeep rouge. Yura venait tout juste de fermer sa portière. Gray s'arrêta au milieu du chemin, braqua son arme puis hurla :
— Police ! Sortez immédiatement de cette voiture !
Le moteur démarra dans un rugissement strident et, brusquement, le véhicule fit marche arrière, fonçant tout droit sur Gray.
— Stop ! hurla le jeune homme.
Il eut le temps de tirer trois coups juste avant de se mettre à l'abri en effectuant une roulade qui l'envoya dans le fossé. Il avait visiblement réussi à toucher un pneu car la voiture reprit la marche avant dans un dérapage incontrôlé au bruit métallique. Gray se redressa à nouveau et visa le deuxième pneu, espérant ainsi l'immobiliser pour de bon, mais la voiture continua à avancer dans un grincement strident tout en zigzaguant sur le sentier étroit. Yura peinait visiblement à redresser le véhicule. Gray courut vers lui, espérant pouvoir le rattraper à temps jusqu'à ce qu'il le voie basculer dans le vide. Vide qu'il n'avait pas vu ! Gray piqua un sprint tout en suppliant que Lisanna soit encore en vie. Il ne supporterait pas l'idée d'être responsable de la mort de la jeune femme en plus de la douleur de perdre une amie ! Il ne pourrait jamais plus se regarder en face et encore moins Elfman.
Arrivé au bord du précipice, il vit la voiture disparaître dans l'eau sombre du lac comme avalée par un monstre marin. L'étendue d'eau était à un bon quatre mètres en contrebas, évalua Gray. N'y réfléchissant pas plus que cela, le jeune homme ôta son gilet pare-balles puis ses chaussures. Il laissa son téléphone avec son arme et ses vêtements, vérifiant une dernière fois le réseau qui se révéla une fois de plus inexistant. Puis il plongea. Dès qu'il en franchit la surface, il fut saisi par le contact de l'eau glaciale contre sa peau nue. Sous la surface, la pénombre l'empêchait de voir quoi que ce soit. Le jeune homme se concentra, s'obligeant à garder les yeux grands ouverts malgré l'eau glacée. Puis, enfin, il vit les phares du véhicule s'enfoncer dangereusement vers le fond. Il s'élança vers lui et le rejoignit en quelques mouvements vifs. La silhouette de Lisanna apparut à l'arrière de la voiture, la jeune femme semblait inconsciente… Gray chassa son inquiétude, se concentrant sur la façon de la sortir de là. Il commença par la portière la plus proche de lui : verrouillée. Il contourna la voiture par l'arrière pour essayer la deuxième : verrouillée également. Puis il jeta un œil à la place du conducteur. Yura s'y trouvait et semblait inconscient. Gray devait faire vite, bientôt, l'air lui manquerait et il serait obligé de remonter à la surface pour récupérer le précieux air sans compter que la voiture continuait sa descente vers les profondeurs.
Gray força la poignée et dut s'y prendre à plusieurs reprises pour réussir à l'ouvrir malgré la pression de l'eau. Une fois fait, le jeune homme fut surpris de sentir une poigne sur son t-shirt. Yura venait de reprendre conscience, à moins qu'il n'ait fait semblant jusque-là. Toujours est-il qu'il était bien éveillé, une main maintenant Gray par le cou pendant que l'autre brandissait un couteau. Le policier se débattit pendant un temps qui lui parut interminable. Ses mouvements étaient ralentis par ses membres gourds. Le jeune homme sentit la brûlure de la lame à plusieurs reprises sur la peau de son bras mais s'efforça à garder sa concentration sur le tueur aux bas rouges. Il fut sans doute sauvé par la blessure de Yura qui saignait au niveau du front et qui devait l'étourdir. Malgré ses blessures au bras, Gray ne s'en formalisa pas, aidé en grande partie par l'eau glaciale qui anesthésiait ses chairs meurtries. Il réussit à se saisir du poignet de Yura. Il crut lutter pendant un temps infini lorsqu'il parvint enfin à retourner l'arme contre le tueur. Dans un ultime effort, Gray repoussa le bras qui tenait le couteau et le conduisit jusqu'à l'abdomen du tueur dont le corps était bloqué par la portière. La lame entra en contact avec la peau de Yura et, lorsque ce dernier finit par lâcher prise sous la pression de l'arme, Gray le frappa au visage avant de se saisir de son couteau. Son corps d'où s'échappait une importante quantité de sang, commença à dériver en s'éloignant doucement du véhicule qui continuait à sombrer. Gray s'en détourna. Il n'était plus temps de s'occuper de lui, le lac s'en chargerait. Le policier était au bord de la rupture, épuisé par sa lutte contre Yura et par le manque d'air que ses poumons n'avaient plus la possibilité de retenir. L'urgence était de faire remonter au plus vite Lisanna avant qu'elle ne se noie et lui avec !
Gray se concentra sur son sauvetage, éloignant son besoin de remonter à la surface pour reprendre de l'air. S'il remontait maintenant, il serait trop tard, il le savait. Il ne pouvait tout simplement pas abandonner Lisanna maintenant, si près du but ! Sauve-la… la supplique d'Elfman ne cessait de le hanter. Il se saisit de la jeune femme, la maintenant tout contre lui puis s'éloigna rapidement du véhicule qui continuait sa descente vers les abysses.
Gray était essoufflé, ses poumons brûlaient par le manque prolongé d'oxygène mais il réussit enfin à rejoindre la surface avec son fardeau dans les bras. Le jeune homme resta quelques instants à flotter à la surface en respirant doucement, gorgeant ses poumons du précieux air, avant de se soucier de sa position. Par chance, il était proche d'une petite berge et réussit à l'atteindre en quelques brasses douloureuses. Lisanna était légère mais Gray était blessé et tellement épuisé qu'il éprouva des difficultés à se redresser sur ses jambes. S'il avait été seul, il serait resté là sans bouger, risquant l'hypothermie. Mais ce n'était pas le cas et sa priorité désormais était de sortir son amie de l'eau glacée. Dans un ultime effort, il garda son amie inerte contre lui puis traîna leurs deux corps sur la terre ferme.
Gray dut reprendre une fois de plus son souffle avant de pouvoir s'occuper de la jeune femme. Il l'allongea précautionneusement en veillant bien à ne pas la blesser davantage. Il observa son visage inerte et tuméfié et faillit se laisser gagner par le désespoir. Comment cette ordure avait-il osé s'en prendre à cette jeune femme si douce et avec le cœur sur la main ? Gray se gifla mentalement pour reprendre ses esprits.
Il vérifia d'abord son pouls. Rien. Plaça sa main au-dessus de ses lèvres et de son nez. Rien non plus. Gray avait beau se concentrer, aucun battement ni aucun air ne sortait de son corps !
— Merde… Lisa, ne me fais pas ce coup-là ! la supplia-t-il.
Gray prit quelques longues respirations et commença un massage cardiaque. Les trente compressions alternées avec le bouche-à-bouche lui coûtaient énormément. Ses muscles endoloris et son manque de souffle amenuisaient ses forces mais le jeune homme ne voulait pas lâcher. Il ne lâcherait pas jusqu'à ce qu'elle daigne respirer ! Il espérait juste que les secours arriveraient bientôt car il ne savait pas combien de temps il pourrait tenir. Ils auraient dû être là depuis longtemps, songea-t-il avec inquiétude. Mais son appréhension s'envola aussitôt lorsqu'il entendit au même moment un hélicoptère survoler la zone et des voix émerger de la forêt.
— Ici ! hurla-t-il pour que quelqu'un vienne à son aide avant de reprendre son massage avec plus de vigueur.
Combien de temps il s'acharna ainsi ? Il eut bien du mal à le déterminer mais lorsque Lisanna recracha l'eau de ses poumons, Gray sentit un profond soulagement alors que son corps était sur le point de lâcher. Mais son soulagement fut bref quand il constata que la jeune femme ne revint pas pour autant à elle. Gray la mit immédiatement en position latérale de sécurité puis lui frotta l'épaule et le dos dans l'espoir de la réchauffer un peu. Il faisait un froid glacial et c'est seulement à cet instant qu'il prit conscience des gros flocons volant tout autour de lui. Une fine couche blanche recouvrait déjà la nature.
— Tiens le coup Lisanna, murmura-t-il à la fois pour la jeune femme et pour lui-même.
Il dut attendre encore de longues minutes avant que des agents le rejoignent enfin, armes à la main.
— J'ai besoin de secours, leur dit-il au bord de l'évanouissement.
Gray entendit des ordres lancés puis une équipe de secours les rejoignit enfin. Le jeune homme répondit par automatisme aux questions des secouristes : était-elle blessée, combien de temps avait duré le massage cardiaque… Il se sentait complètement anesthésié et ne savait plus très bien où il était ni pourquoi.
— Monsieur, nous allons vérifier votre blessure au bras.
— Plus tard, bredouilla-t-il. Ma blessure peut attendre, occupez-vous de Lisanna.
— Très bien mais laissez-nous au moins vous donner une couverture de survie. Vous risquait l'hypothermie par ce temps.
Gray acquiesça et laissa l'homme lui passer la protection autour de ses épaules. Jusqu'à présent, il n'avait pas vraiment pris conscience que ses membres étaient transis de froid. Mais maintenant que la chaleur se répandait dans son corps, il en prit acte et se laissa aller quelques instants à ses bienfaits. Cela lui redonna quelques forces, suffisamment pour se relever. Maintenant, il devait retrouver Elfman…
— Gray ! entendit-il Luxus l'appeler alors que d'une démarche brinquebalante, il remontait le sentier pour rejoindre le lieu où il avait laissé son coéquipier. Est-ce que Lisanna…
— Les secouristes s'occupent d'elle mais elle est mal en point, répondit Gray.
— Dieu merci, souffla Luxus de soulagement avant de se recentrer sur Gray, posant un regard soucieux avant de plaquer ses larges mains sur ses joues glacées. Et toi ? Tu n'as pas l'air en très grande forme non plus.
— Je vais bien… mentit le jeune homme. Yura… est dans le lac… je crois.
— D'accord, dit Luxus avant de lancer des ordres dans son micro.
— Je ne sais pas s'il a survécu mais je l'ai gravement blessé, précisa Gray qui commençait à claquer des dents malgré lui.
— Très bien, beau travail Gray… Maintenant laisse les soigneurs s'occuper de toi.
— Pas maintenant, je dois voir Elfman, où est-il ?
— Gray…
— Quoi ?! s'énerva brusquement le jeune homme qui sentait son cœur sur le point d'exploser. Ne me dis pas que…
— On s'occupe de lui, le coupa Luxus qui le sentait au bord de la crise de nerf. Mais… il a perdu énormément de sang.
— Je sais… dit le policier les larmes aux yeux. Laisse-moi le voir, Luxus, s'il te plaît, supplia le jeune homme.
— Très bien, je te conduis à lui, accepta son supérieur en jetant un regard inquiet vers Lisanna désormais entourée par de nombreux secouristes. Mais laisse-moi t'aider, tu sembles sur le point de t'écrouler d'une seconde à l'autre.
Aujourd'hui, la famille Strauss avait bien failli être décimée et rien n'était encore joué quant à sa survie…
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Alors qu'ils remontaient tous deux vers la cabane, Gray se souvint brusquement de Mirajane qu'il avait laissée au pied d'un arbre.
— Nous l'avons trouvé, le rassura aussitôt Luxus un léger sourire aux lèvres. Merci Gray, merci de me l'avoir ramenée.
— J'ai fait mon travail Luxus…
Son patron qui avait l'habitude que le jeune homme minimise ses exploits n'insista pas, bien conscient que dans sa tête, son succès lui apparaissait plutôt comme un échec.
Une armada de secouristes entourait le corps d'Elfman. A cet instant, Gray ne put s'empêcher de le voir mort, son image se superposant à celle de Loki lorsque la vie avait quitté son corps, même si les circonstances étaient alors bien différentes. Le visage de son ami était recouvert d'un masque à oxygène. De ses bras puissants, des tuyaux lui injectaient divers produits… Le voir ainsi brisa Gray de l'intérieur si bien qu'il dut s'éloigner un instant pour se reprendre. Assis sur le sol, il plongea son visage dans le creux de ses mains, sentant les larmes s'écouler sans qu'aucun son ne les accompagne.
Le jeune homme ne sut combien de temps il resta là. C'est une présence à ses côtés qui le sortit de sa transe. Gray releva le visage pour faire face au regard inquiet de son supérieur.
— Gray… L'hélicoptère emmène Elfman et Lisanna.
Gray ne réagit pas. Les yeux du jeune policier étaient hagards, le regard perdu dans les ténèbres.
— Gray ? le secoua légèrement Luxus avant de s'agenouiller devant lui. Je vais suivre l'ambulance qui conduit Mirajane, tu devrais monter avec elle.
Inquiet par son manque de réaction, Luxus héla un secouriste.
— Il est en état de choc, avez-vous quelque chose à lui donner ? s'enquit-il auprès du soignant.
Ce dernier s'agenouilla auprès de Gray et examina attentivement ses pupilles puis porta son regard vers son bras sanguinolent.
— Monsieur, vous m'entendez ? s'enquit-il sans recevoir aucune réponse. Très bien, je vais lui administrer un tranquillisant mais sa blessure doit être soignée. Monsieur, nous allons vous conduire à l'hôpital.
Le jeune homme ne résista pas lorsque le secouriste l'encouragea à se lever. Luxus se plaça de l'autre côté pour l'aider à marcher jusqu'à l'ambulance qui se trouvait en haut de la falaise descendue plus tôt dans la journée.
Désormais, il faisait complètement nuit et la neige tombait sans discontinuer. Le silence retomba dans la montagne, faisant oublier le drame qui venait de s'y dérouler.
oOoOo
Nda : Voilà pour la suite ! Une longue enquête qui touche en partie à sa fin, mais une suite qui semble encore bien incertaine. Est-ce ce à quoi vous vous attendiez ? Qu'imaginez-vous pour la suite ? Invel Yura est-il mort ? Les sœurs et frère Strauss vont-ils s'en sortir ? Et comment Gray va-t-il se remettre de toutes ces épreuves ? Beaucoup de questions qui restent encore en suspens. Je ne sais pas encore si cette première partie se conclura en un seul chapitre ou un chapitre et un épilogue, vous le saurez donc en temps voulu et aussi vite que possible !
Merci pour votre lecture et j'en profite pour vous souhaiter de très belles fêtes de fin d'année !
