Nda : Bonjour à tous ! Voici enfin le chapitre XVIII de Mortelle destinée ! J'ai dû faire une petite coupe entre temps pour ne pas que le chapitre fasse 40 pages (il en fait 19 à la place -_- et 8200 et quelques mots \o/) C'est donc un long chapitre qui vous attend mais j'espère que vous prendrez tout de même plaisir à le lire.

Un petit résumé du précédent chapitre pour vous remémorer : Après de longues recherches, Gray et Elfman parviennent enfin à localiser les deux sœurs Strauss et leur ravisseur. Gray laisse Elfman en surveillance pendant qu'il part examiner la cabane où sont sans doute retenues les deux sœurs. Gray découvre Mirajane enfermée dans une pièce et réussit à la libérer in extremis du brasier qui s'est emparé de la petite construction. Pendant ce temps là, Elfman voit Yura commencer à s'enfuir en emmenant sa petite sœur. Par crainte de la perdre définitivement, il décide d'agir mais tout ne se passe pas comme prévu. Yura, qui menace Lisanna, tire sur Elfman puis s'enfuit avec sa victime. Elfman est touché au cou et se vide de son sang. Lorsque Gray le découvre, son collègue le supplie de sauver Lisanna. Gray parviendra à arrêter la voiture de Yura mais celle-ci tombe au fond du lac. C'est après s'être battu avec le tueur que Gray parvient à sortir la jeune femme de l'eau. les secours interviendra quelques minutes plus tard et la fratrie Strauss ainsi que Gray qui a été blessé pendant le sauvetage, seront conduits à l'hôpital.

C'était un gros résumé mais il me semblait nécessaire. ) Bonne lecture !


Mortelle destinée

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Partie I :

Le cas des Strauss

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- XVIII -

Un bruit sourd, comme un martellement incessant, se répercutait à l'intérieur de son crâne. Une lumière crue l'empêchait de soulever les paupières tandis qu'une confusion régnait dans son cerveau, maintenant son esprit dans un brouillard sans nom. Où était-il ? Que lui était-il arrivé ? Aucun moyen non plus de se souvenir à quelle date ni même à quelle saison il se trouvait actuellement. Heureusement, il avait encore le souvenir de son identité… le reste suivrait bientôt, tenta-t-il de se convaincre afin de calmer les battements de son cœur.

Le jeune homme porta une main lourde à son visage pour se frotter les paupières et tenter de calmer la migraine qu'il sentait poindre dangereusement. Son autre bras, qu'il essaya de soulever, était entravé. Une douleur s'insinua lorsqu'il essaya de le déplier. Etait-il prisonnier ? Ne parvenant toujours pas ouvrir les yeux, il resta là, étendu sur ce qui semblait être un lit. Il respira profondément afin d'apaiser l'angoisse qui montait en lui et de chasser la brume qui le plongeait dans cet état d'obscurité indescriptible. Lorsqu'il se sentit enfin prêt, il ouvrit prudemment un œil avant d'y ajouter le deuxième. Une lumière blanche, qu'il jugeât agressive, tenta de l'en dissuader mais il lutta jusqu'à ce que ses pupilles s'habituent suffisamment pour ne pas en souffrir. Au-dessus de lui, au milieu du plafond blanc, un néon était pourtant éteint. L'éclairage qui lui avait paru si agressif quelques minutes plus tôt provenait de la fenêtre qui laissait entrevoir un ciel blanc et laiteux. La vitre était recouverte d'un store dont les lames ne joignaient pas suffisamment si bien que la lumière filtrait au travers. Gray cligna des yeux avant de tourner prudemment la tête sur le côté pour regarder son bras droit qu'il arrivait à peine à bouger. Un bandage serré le maintenait en place et une perfusion était accrochée dans le creux de son bras. De l'autre côté, une large porte laissait passer les sons provenant de l'extérieur. Beaucoup de mouvements, des voix, des roulements de chariots. Gray ne mit pas longtemps à comprendre qu'il se trouvait dans un hôpital. Il ne lui fallut que quelques secondes de plus pour que tout lui revienne en mémoire sous forme de flashs, à la fulgurance d'un boomerang. Son cœur se mit à battre à folle allure, au point que Gray craignît un instant qu'il ne tienne pas le choc. Dans son esprit, l'image insoutenable d'un Elfman étendu sur le sol, une flaque de sang se répandant sous son corps, ne fit qu'accroître sa terreur.

— Non… murmura le jeune homme en suffocant. Elf !

Il tenta de se lever mais le produit injecté dans son corps lui donnait le vertige, à moins que cela soit sa blessure qui le maintenait ainsi dans cet état cotonneux, il n'en savait rien. Tout ce dont il était sûr c'est qu'il devait sortir d'ici immédiatement ! Un bourdonnement dans les oreilles l'empêchait de se concentrer sur son environnement. Une vague de panique prit soudain possession de lui. Il se saisit du tube relié à la poche qui lui injectait il ne savait quoi dans les veines, ayant bien l'intention d'arracher cette foutue aiguille. Après tout, il n'était peut-être pas dans un véritable hôpital ! Il connaissait suffisamment la noirceur de l'âme humaine pour savoir qu'il était possible qu'un tel endroit existe afin d'y garder prisonnier, pour d'obscures raisons, n'importe quel homme ou femme en bonne santé. Alors qu'il était sur le point de tirer sur le tuyau pour s'en libérer, la porte de sa chambre s'ouvrit à la volée, claquant brutalement contre le mur opposé.

— Gray ! Qu'est-ce que tu fous imbécile ! gronda la voix d'une personne qu'il connaissait très bien, alors qu'elle se précipitait vers lui.

Luxus ?! Gray s'interrompit aussitôt. Le cœur toujours affolé, il le força à se calmer en prenant de longues respirations. Ses doigts, secoués de légers tremblements, restèrent pourtant crispés autour de l'aiguille qui lui pénétrait la peau. De peur qu'il n'arrache sa perfusion malgré son interruption, Luxus dut intervenir pour éviter la catastrophe. Le commissaire de Fairy Tail posa une main ferme sur le bras du jeune homme, à la fois pour le bloquer et le rassurer.

Se sentant soudain épuisé, Gray retomba dos contre le matelas, ferma un instant les yeux avant de se tourner vers son supérieur.

— Luxus, souffla-t-il, encore haletant de sa crise d'angoisse.

— Eh… Gray, est-ce que tout va bien ? s'enquit le commissaire en conservant la main sur le bras du policier pour finir de l'apaiser.

Le visage de Gray était ruisselant de sueur et en même temps, plus livide que jamais, comme s'il était au bord du malaise.

— Je vais appeler quelqu'un… se redressa Luxus.

— Non ! l'interrompit Gray avant de se radoucir. Non Luxus, ça va aller maintenant… j'ai juste cru que… j'étais enfermé quelque part, avoua-t-il en frissonnant, le corps soudain glacé.

Luxus ramena le drap et la couverture sur le corps tremblant de Gray, le poussant ainsi à se détendre complètement.

— Les médecins m'ont dit que tu risquais de te sentir confus à ton réveil, ils auraient dû me prévenir que tu serais prêt à affronter une armée entière ! tenta de plaisanter le commissaire afin d'apaiser son agent.

Ce qui fonctionna plutôt bien puisque Gray ne put s'empêcher d'étendre un sourire en coin. Un sourire las, certes, mais il avait le mérite d'être là.

— Comment tu te sens maintenant ? s'enquit Luxus en prenant place sur la chaise installée à côté du lit médical.

— Je ne sais pas trop… j'ai l'impression que tout est embrouillé. Je ne suis pas bien sûr de la raison pour laquelle je suis ici et je ne suis pas sûr non plus de vouloir la connaître, éloignant les souvenirs qui avaient bien failli lui faire perdre la tête.

Le regard vacillant de Gray poussa Luxus à finalement appuyer sur la sonnette afin qu'un soignant vienne vérifier son état. Il se recentra ensuite sur son agent.

— Est-ce que… hésita le jeune homme luttant contre la fatigue qui semblait vouloir l'assommer. Nous les avons retrouvées, c'est bien ça ?

— Oui Gray. Mirajane et Lisanna ont été retrouvées. Elles sont ici et des médecins s'occupent d'elles.

Il n'avait donc pas rêvé. La mission de sauvetage s'était bien déroulée comme ses souvenirs les lui avaient rappelés. La cabane en feu, Mirajane dans un état d'extrême faiblesse, la voiture retenant Lisanna prisonnière s'enfonçant au fond du lac… Jusqu'à quel point ces détails étaient-ils réels ?

— Comment vont-elles ? s'enquit le jeune homme, éloignant ces images violentes de la surface de son esprit.

— Mirajane est très affaiblie… il lui faudra sans doute beaucoup de temps pour qu'elle reprenne toutes ses forces mais, les médecins disent qu'elle est sortie d'affaire, lui apprit-il le sourire aux lèvres. Cette femme est plus forte qu'elle n'y paraît !

Gray lut l'émotion dans le regard de son supérieur qui, d'habitude, savait parfaitement masquer ses tourments intérieurs. Mais cette fois, le soulagement le libérait de sa retenue habituelle et Gray se sentit heureux pour lui. Luxus et Mirajane s'aimaient depuis tellement longtemps, qu'il aurait été injuste que la mort les sépare à ce stade de leur histoire. Ils avaient encore tant de choses à partager…

— Tu dois être soulagé, je suis heureux pour toi, répondit le jeune policier le cœur battant en craignant d'entendre la suite.

— C'est grâce à toi Gray. Tu as sauvé Mira et… je ne sais pas ce que j'aurais fait si elle ne s'en était pas sortie, alors… merci.

— J'ai fait mon travail Luxus, tu le sais bien, lui dit Gray le regard fuyant, gêné par les remerciements de son supérieur qui avait peu l'habitude d'en distribuer à tour de bras.

— Oui mais tu l'as bien fait.

Gray lut toute la gratitude dans le regard fatigué de son supérieur. Il avait dû rester au chevet de sa fiancée toute la nuit, songea le jeune homme avec compassion.

— Et Lisanna ? s'enquit-il après un instant de silence. Est-ce qu'elle…

Le sourire du commissaire s'effaça.

— Elle… elle est dans le coma. Les médecins ne savent pas si elle va s'en sortir, lui apprit-il brutalement, refusant de tourner autour du pot.

Gray prit cette nouvelle comme un coup de poing. Une vague de culpabilité grimpa en lui, menaçant de le submerger.

— Tu n'es pas responsable de son état ! lui dit aussitôt Luxus qui semblait avoir deviné les pensées de son adjoint. D'après les toubibs, les coups qu'elle a pris à de multiples reprises lui ont causé des dommages internes. Le choc de l'accident n'a pas empiré les choses selon eux. Ce type s'est acharné sur elle, c'est lui le responsable.

— Merci. Merci d'essayer de me rassurer mais… si je n'avais pas perdu autant de temps, j'aurais peut-être pu… tenta de justifier Gray, des sanglots dans la voix.

— Tu as entendu ce que je viens de te dire ? le bouscula Luxus. Cesse de t'auto-flageller Gray… je sais que tu as fais ce qu'il était humainement possible de faire, tu n'es pas un surhomme !

Le jeune homme souffla doucement pour essayer d'effacer cette boule qu'il sentait gonfler dans sa poitrine. Luxus avait raison mais il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'en réagissant plus vite, peut-être que la jeune femme ne serait pas restée si longtemps sous l'eau.

— Combien de temps ça peut prendre pour elle ? Quand est-ce qu'elle va se réveiller ?

— Dans quelques jours ou quelques mois, tant qu'elle ne se réveille pas, il peut tout arriver. Les médecins n'ont pas été très clairs là-dessus… Ils ne savent même pas si elle va se réveiller. Cette ordure lui a fait vivre un vrai enfer ! gronda l'homme, le poing serré.

Un long silence s'installa entre eux pendant lequel Gray se sentait tiraillé entre son envie de prendre des nouvelles d'Elfman et la terreur d'apprendre une terrible nouvelle le concernant. Le fait de savoir Lisanna entre la vie et la mort lui avait fait un choc dont la douleur ne s'estomperait pas avant longtemps, comment réagirait-il face à une annonce similaire concernant son meilleur ami. Sa blessure était grave, Gray s'en souvenait parfaitement, et s'il n'avait pas survécu… ? Gray ferma un instant les yeux pour se reprendre. Il n'était pas prêt pour ça.

— Des nouvelles de lui justement ? Yura, précisa le jeune homme en faisant à nouveau face à son supérieur.

— Nous avons dû interrompre les recherches à la nuit tombée à cause du brouillard et du gel mais elles ont repris ce matin à la première heure. Heureusement, il ne neige plus ce qui facilite les recherches mais pour le moment, il n'y a aucune de trace de lui. On retournera la montagne s'il le faut pour retrouver cette ordure !

— Tu crois qu'il a pu se noyer ?

— Possible… mais il vaut mieux s'en assurer plutôt que de risquer de laisser un tel taré dans la nature. Des plongeurs vont fouiller le fond du lac.

— Est-ce que c'est ce que tu voudrais ? Qu'il soit mort… ? s'enquit Gray en percevant la haine de son supérieur envers Invel Yura, l'homme qui avait séquestré sa fiancée et sa belle-sœur et leur avait causé mille tourments.

— Le policier souhaiterait qu'il soit en vie pour qu'il réponde de ses actes devant la justice mais l'homme… l'homme préfèrerait qu'il pourrisse au fond de l'eau comme il le mérite.

— On va le retrouver Luxus et il paiera, d'une façon ou d'une autre.

— Ouais, acquiesça le colosse en observant attentivement Gray.

Gray n'aimait pas ce regard. Il savait que son supérieur le sondait, se demandant à quel moment il allait se décider à s'enquérir de la santé de son coéquipier. Son cœur s'emballa à nouveau à cette idée mais il devait le faire. Rester dans l'ignorance n'était pas mieux… Gray ferma les yeux, respira profondément puis fit face à son supérieur.

— Comment… comment va-t-il ? se lança-t-il en expulsant l'air qu'il avait retenu malgré lui.

Il ne put empêcher sa voix de trembler.

Luxus respira profondément, semblant remettre de l'ordre dans ses esprits avant de répondre, ce qui rendit Gray encore plus fébrile, proche de la rupture.

— Il a dû se faire opérer, lui dit-il le regard fuyant.

— Quand ?

— Je n'ai pas de nouvelle depuis qu'ils l'ont pris en charge hier soir, répondit Luxus. Ils ont dû le stabiliser avant de descendre de l'hélicoptère pour l'emmener au bloc. Depuis, je n'en sais pas plus.

— Il est quelle heure ? Il ne peut pas être au bloc depuis hier soir !

— Il est huit heures… et tu as raison, je pense qu'il en est sorti depuis le temps. Mais si ça peut te rassurer, s'il était arrivé quelque chose, quelqu'un serait venu me prévenir. Je n'ai pas encore trouvé le moment pour prendre des nouvelles, je voulais te voir avant.

Gray ne comprenait pas pourquoi personne n'était venu voir Luxus depuis qu'Elfman était sorti du bloc opératoire. Les médecins ne pouvaient tout de même pas les laisser comme ça, dans une ignorance totale !

— Et qu'ont-ils dit avant de l'emmener ? Il va s'en sortir, n'est-ce pas ? s'empressa de demander Gray désormais pressé de connaître chaque détail de l'état de son ami.

— Je ne veux pas te mentir Gray… mais ils n'étaient pas confiants. Elfman a perdu beaucoup de sang, ils l'ont emmené d'urgence de peur qu'une artère soit touchée. Mais je n'en sais pas plus.

— Je dois le voir, dit Gray en tentant de se lever.

— Ils ne te laisseront pas entrer au bloc, tu le sais bien, l'en empêcha Luxus en le forçant à se rallonger sur le lit.

— Je ne peux pas rester ici, j'étouffe ! répondit Gray proche de la crise de panique, poussant Luxus à appuyer une nouvelle fois sur le bouton de l'alarme pour que quelqu'un vienne au plus vite.

Pourquoi aucun soignant n'était encore venu ? enragea-t-il en maintenant fermement le jeune policier. Heureusement qu'il était à moitié groggy, sans quoi, il aurait eu beaucoup de mal à l'empêcher de se lever.

— Tu dois rester là Gray ! Tu es resté longtemps dans une eau glaciale…

Le commissaire s'était levé pour peser de tout son poids afin d'empêcher Gray de se lever. Heureusement, un infirmier vint aussitôt à sa rescousse.

— Que se passe-t-il ici ? s'exclama le jeune homme en se précipitant cers son patient.

— Ça fait plusieurs fois que je sonne, où étiez-vous, bordel ?! s'énerva Luxus en fusillant le pauvre du regard.

S'il avait eu ce pouvoir, il aurait pu lui envoyer des éclairs de son simple regard !

— Je suis désolé, nous sommes en sous effectif, je n'ai pas pu venir plus tôt.

Luxus s'apaisa aussitôt devant le regard visiblement épuisé du soignant.

— Monsieur, vous ne pouvez pas encore vous lever, dit ce dernier en essayant d'apaiser Gray qui s'agitait toujours.

— Et pourquoi ça ?! s'énerva le policier. Je n'ai qu'une égratignure, rien qui ne m'oblige à rester enfermé ici !

— Parce que comme était en train de vous l'expliquer votre collègue, vous êtes resté dans une eau glaciale pendant bien trop longtemps. Vous étiez en état d'hypothermie en arrivant à l'hôpital. D'après le médecin qui s'est occupé de vous, c'était même un miracle que vous n'ayez pas attrapé une pneumonie ou pire. Vous ne devriez pas trop pousser sur votre chance…

— J'ai besoin de sortir d'ici, s'entêta Gray alors que l'infirmier augmentait le débit de la poche qui continuait à diffuser un liquide transparent dans le corps du jeune homme.

Il le vit injecter un produit supplémentaire, ce qui le rendit suspicieux, à la limite de la paranoïa.

— Qu'est-ce que c'est ?! s'enquit-il en sentant son esprit partir à la dérive. Qu'est-ce que vous… m'avez fait ?

— C'est un calmant. Vous devez absolument vous reposer encore un peu. Et demain, si votre état le permet, nous vous libérerons, le rassura le jeune infirmier, un sourire rassurant aux lèvres. Le médecin passera vous voir en fin de matinée, en attendant, dormez un peu.

Luxus se figea en voyant les yeux écarquillés de son agent, une terreur sans nom au fond des pupilles. Jamais il ne l'avait vu perdre ainsi le contrôle de lui-même. Gray n'était pas quelqu'un qui exprimait facilement ses sentiments. Il était réfléchi et n'était pas du genre à réagir au quart de tour, ce qui faisait de lui un excellent policier. Et même lorsqu'il subissait au quotidien les brimades de certains de ses collègues, il donnait l'impression que cela ne le touchait pas. Le seul moment où Luxus l'avait vu flancher c'était à la mort de Loki. Là son bouclier de glace s'était fissuré, révélant une part de sa fragilité. Mais cette peur qui assombrissait son regard était inédite, comme si la gravité de l'état d'Elfman avait fait renaître ses terreurs les plus enfouies.

— Je… ne peux pas dormir, je vous en prie, supplia le jeune homme à la stupéfaction de Luxus. Je dois savoir… je dois le voir.

Le commissaire se rapprocha de lui et vit des larmes souligner ses yeux cernés. Il se saisit de sa main et la pressa doucement. Il n'était plus temps de jouer les gros durs, songea-t-il en regardant le jeune homme qui ressemblait bien plus à un enfant perdu qu'à un policier aguerri, à cet instant.

— Gray, je te promets que je vais tout faire pour savoir comment va Elfman, d'accord ? Je ne pense pas qu'il serait heureux de te voir aussi faible alors, retape-toi d'abord et ensuite, tu pourras lui offrir ton soutien.

Les yeux de Gray papillonnaient lorsqu'il se tourna vers son supérieur. Il était sur le point de s'endormir, comprit Luxus rassuré.

— D'accord, murmura le jeune homme avant de fermer les yeux.

Il venait de s'endormir.

Luxus respira profondément avant de regarder l'infirmier qui notait quelque chose sur l'écran de l'ordinateur qui l'accompagnait.

— Est-ce qu'il va bien se remettre ? s'enquit le commissaire.

— Oui, ce jeune homme est résistant, semble-t-il. Demain, il devrait pouvoir sortir. Par contre, il faudra surveiller son état mental. Il était en état de choc en arrivant ici et la réaction qu'il vient d'avoir n'est pas bon signe.

— Que voulez-vous dire ? interrogea Luxus soudain inquiet.

— Rien d'alarmant, mais il est possible qu'il ait besoin d'un suivi psychologique pendant quelques temps.

— D'accord, je vois… Merci pour ces précisions. Dites-moi, avez-vous des nouvelles de son collègue, Elfman Strauss ? Il a été emmené hier par hélicoptère. Gray irait sans doute mieux si on pouvait lui donner de ses nouvelles.

— Il n'est pas dans ce service mais si vous voulez, je peux aller me renseigner ?

— Je veux bien, merci.

Luxus observa une dernière fois Gray, s'assurant qu'il dormait toujours avant de le laisser. Jamais il ne l'avait vu perdre ainsi son sang froid, lui qui était connu comme étant un policier mesuré et toujours maître de ses émotions. Luxus prit conscience que ce qu'il vivait était une répétition d'un passé traumatisant. Rien d'étonnant à ce qu'il perde les pédales, songea-t-il en espérant toutefois qu'il redevienne lui-même. Elfman aurait plus que jamais besoin de la force son collègue et meilleur ami pour s'en sortir.

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Quand Gray ouvrit les yeux pour la seconde fois, la pénombre régnait dans sa chambre. L'activité ralentie de l'hôpital montrait que la nuit était déjà bien avancée. Le policier se sentait toujours épuisé mais ses idées étaient plus claires. Pour autant, il ressentait toujours cette angoisse sourde dans le creux de sa poitrine dès que ses pensées se tournaient vers son amant. A l'heure qu'il était, Elfman était sans aucun doute sorti du bloc, si cela n'était pas déjà le cas lors de son premier réveil. Ne pas connaître son état menaçait de lui faire perdre la tête alors il décida d'aller vérifier pas lui-même ce qu'il en était.

Cette fois, il ne fut pas tenté d'arracher sa perfusion, conscient qu'elle était là pour le soigner et non pour l'immobiliser indéfiniment. S'il voulait espérer sortir le lendemain, il n'avait pas intérêt à faire n'importe quoi. Cependant, il se sentait tout à fait capable de faire un tour dans les couloirs pour voir s'il pouvait apprendre où se trouvait Elfman.

Le jeune homme se redressa prudemment, puis resta un instant assis pour vérifier qu'aucun vertige ne le prenne en traître une fois debout. Il descendit du même côté que sa perfusion suspendue à un chariot qu'il comptait emmener avec lui. Il était pieds nus et ne vit nulle part trace de ses chaussures. Qu'à cela ne tienne, il ferait sans. Certes, il sortait d'une hypothermie qui aurait pu le tuer mais il n'était pas frileux et il se sentait en meilleure forme. Le problème résidait dans sa tenue : une blouse ouverte dans le dos et aucun sous-vêtement pour cacher son postérieur… il n'était pas pudique mais il ne voulait pas non plus trop se faire remarquer. Il se dirigea vers le placard de sa chambre et eut l'agréable surprise d'y trouver une tenue complète et un pyjama. Même si d'ordinaire il n'en portait pas, préférant dormir en tenue d'Adam, il en avait toujours un dans son armoire au cas où il soit obligé de se lever dans la précipitation. Ses chaussures se trouvaient en bas du placard mais il préféra se saisir de la paire de pantoufles posée à côté. Luxus avait dû lui apporter ses affaires dans la journée, supposa-t-il. Gray enfila le vêtement de nuit, constitué d'un bas au tissu ample et léger et d'un t-shirt qu'il préféra laisser de côté, ne pouvant pas l'enfiler à cause de sa perfusion. Sa tenue n'était pas des plus élégante mais il devrait s'en contenter.

Enfin vêtu, Gray se dirigea vers la porte. Il avança avec prudence pour ne pas risquer l'épuisement avant d'atteindre son objectif. Le couloir étant désert, il regarda d'un côté puis de l'autre réfléchissant à la direction à prendre. Elfman ne devait pas se trouver dans le même service que lui mais comment savoir où il avait été transporté après son opération ? Le jeune homme réfléchit. Où étaient emmenés les patients qui sortaient d'une intervention chirurgicale ? Gray n'avait jamais été opéré mais quelques-uns de ses collègues, oui. Il fouilla dans sa mémoire à la recherche d'un indice. Réanimation ? Salle de réveil ? Soins intensifs ? Le jeune homme supposait que le lieu dépendait de l'état du patient et en sachant la gravité de la blessure de son ami, il en conclut qu'Elfman devait se trouver en soins intensifs.

Le jeune homme remonta le couloir, suivant une lumière qui filtrait d'une pièce au fond. Peut-être était-ce le bureau du personnel médical, songea-t-il, espérant y trouver quelqu'un de garde. Mais ce dernier était vide de tout occupant alors il poursuivit sa route à un rythme bien trop lent à son goût mais indispensable s'il ne voulait pas être retrouvé étendu de tout son long dans le couloir. Les ascenseurs étaient situés au bout du corridor et il put les rejoindre en quelques minutes. Le mieux était de se rendre à l'accueil pour se renseigner, songea-t-il avec détermination.

Il ne croisa personne jusqu'à ce qu'il atteigne le rez-de-chaussée de l'hôpital où il put enfin se renseigner auprès du secrétaire de garde, dissimulé derrière une paroi vitrée.

— Je peux vous renseigner ? s'enquit le jeune employé.

— Oui… j'ai été conduit ici hier soir pour une blessure au bras. Je suis policier, crut-il bon de préciser, espérant que ce détail pourrait l'aider à obtenir les réponses qu'il attendait. Mon collègue, Elfman Strauss a été gravement blessé, il est arrivé en hélicoptère, pouvez-vous me dire où il est à l'heure qu'il est ? On m'a dit qu'il avait été opéré mais je n'en sais pas plus.

Le secrétaire le sonda quelques secondes avant de se recentrer sur son écran.

— Attendez un instant, je regarde.

— Merci.

Gray eut l'impression que l'attente avait duré plusieurs longues minutes lorsque l'homme face à lui reprit la parole.

— En effet, il a été opéré mais il est sorti du bloc la nuit dernière.

— Où est-il désormais ? s'enquit Gray pressent.

— Il est aux soins intensifs mais je ne peux rien vous dire de plus monsieur.

— Je vois… pouvez-vous au moins me dire où se trouve les soins intensifs ?

— Vous ne pouvez pas y accéder à cette heure-ci, seul le personnel soignant y est autorisé.

— D'accord, je comprends, répondit Gray néanmoins déçu. J'aimerais quand même parler à un médecin de ce service.

— Personne ne vous répondra cette nuit, je vous conseille de vous y rendre plutôt demain. Les soins intensifs sont situés au deuxième étage.

— Merci beaucoup. Une dernière question et je vous laisse tranquille, demanda Gray un sourire contrit.

L'autre homme lui répondit par un sourire bienveillant, estimant sans doute ses inquiétudes légitimes.

— Ses deux sœurs, Lisanna et Mirajane, ont également été conduites ici.

Le jeune homme tapa rapidement sur son clavier avant de répondre.

— Lisanna Strauss est aussi aux soins intensifs et Mirajane Strauss est en chambre, vous pourrez la voir demain à l'heure des visites.

— Merci encore.

— Pauvre famille, compatit l'homme.

— Ils sont costauds, ils vont s'en tirer, lui répondit Gray, davantage pour se convaincre lui-même que son vis-à-vis. Je vous remercie encore d'avoir répondu à mes questions, je vais remonter.

— Vous voulez que j'appelle quelqu'un pour vous raccompagner à votre chambre ? demanda le jeune homme en scrutant Gray avec inquiétude.

Il observait le visage blafard du patient dont le front commençait à transpirer.

— Ça ne sera pas nécessaire, répondit néanmoins le policier, essayant de paraître plus sûr qu'il ne l'était en réalité. Bonne nuit.

Gray ne pensait pas que simplement descendre de quelques étages, en ascenseur qui plus est, le fatiguerait autant, pire lui ferait monter la fièvre. Affaiblit par l'effort, il mit donc plus de temps à faire le chemin inverse. Il sentait son corps sur le point de s'affaisser sous son poids mais il se força à se concentrer sur son objectif afin qu'il ne passe pas la nuit par terre et accessoirement, que les médecins l'obligent à rester plus longtemps que prévu. Il aurait voulu se diriger directement vers les soins intensifs mais il savait qu'il serait refoulé. Il reviendrait le lendemain, un peu plus frais et dispo, songea-t-il. En attendant, il devait se remettre un peu avant de se présenter devant son collègue et meilleur ami, même si celui-ci ne pourrait sans doute pas constater son état…

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Le lendemain, Gray fut heureux d'avoir été débarrassé de sa perfusion aux premières lueurs du jour. L'infirmière qui s'était occupée de lui, lui avait dit que le médecin viendrait le voir dans l'après-midi pour déterminer s'il pouvait ou non sortir. La jeune femme avait été confiante ce qui l'avait rassuré et permis de songer à la façon dont il essaierait de convaincre les soignants des soins intensifs de le laisser voir Elfman. En attendant, il comptait rendre visite à Mirajane qui se situait au même étage que lui. Ensuite, il improviserait. Lors de son escapade nocturne, le secrétaire lui avait donné le numéro de la chambre de la jeune femme. En remontant à l'étage, il avait pu repérer sa chambre avant de retourner dans la sienne.

Après avoir pris une douche qui l'avait revigoré, Gray prépara ses affaires, dans l'espoir que le médecin passe le voir un peu plus tôt que prévu. Puis, vêtu des vêtements que Luxus lui avait apporté, il rejoignit le couloir déjà bien animé malgré l'heure matinale. La chambre de Mirajane se trouvait au détour d'un couloir. Le jeune homme se demanda si elle était déjà au courant pour Elfman… Dans le doute, il préféra s'abstenir de lui en parler, au cas où. Dans tous les cas, aborder le sujet lui serait bien trop difficile.

Il était presque arrivé lorsqu'il croisa son supérieur qui sortait justement de la chambre de sa collègue.

— Gray, déjà debout ? s'enquit le commissaire qui semblait ne pas avoir dormi depuis des jours.

— Oui, je voulais voir Mirajane avant de quitter l'hôpital. Tu ne restes pas ?

— Si, je m'apprêtais à aller chercher un café, tu en veux un ?

— Ça ne serait pas de refus, accepta le jeune homme qui avait pris son petit-déjeuner deux heures plus tôt.

— Toujours noir et sans sucre ?

— Toujours, acquiesça Gray en souriant doucement.

Lui et Luxus n'étaient pas vraiment amis mais le fait que son supérieur soit le fiancé de la sœur de son meilleur ami les faisait se côtoyer depuis l'école de police, aussi bien dans le cadre de leurs fonctions qu'en privé. Ils se connaissaient donc un peu plus que s'ils avaient simplement été patron et employé.

— Tu peux aller la voir en attendant, je reviens dans quelques minutes, lui proposa Luxus en lui indiquant la porte. Elle dort encore beaucoup mais elle s'apaise dès que quelqu'un est près d'elle.

Gray ouvrit doucement la porte. A l'intérieur régnait la pénombre mais il faisait assez clair pour qu'il voie la forme allongée sur le lit, soulevant doucement le drap qui la recouvrait. Mirajane semblait dormir paisiblement. Il se rapprocha d'elle et prit place sur la chaise à côté de son lit, préférant laisser le fauteuil à Luxus lorsqu'il reviendrait. La jeune femme ouvrit les paupières au moment où il s'asseyait.

— Gray… ? prononça-t-elle d'une voix enrouée.

— Eh, Mira, murmura le jeune homme en se saisissant de sa main pour la presser doucement. Comment vas-tu ?

— Ça pourrait être pire, dit la jeune femme les yeux cernés. Je me sens surtout, épuisée…

— Je ne vais pas rester longtemps, je voulais venir te voir avant de sortir de l'hôpital.

— Tu as été blessé ? s'enquit la jeune femme en regardant son bras en écharpe.

— Ce n'est rien de méchant, juste une égratignure, la rassura-t-il.

— Lisanna… Luxus m'a dit que tu l'avais sorti de l'eau, souffla-t-elle au bord de l'épuisement.

— Oui, confirma Gray la tête baissée.

— Merci… pour elle et pour moi.

— Tu aurais fait la même chose pour moi, répondit-il gêné par ses remerciements qu'il ne pensait pas mériter.

— Bien sûr que j'aurais fait la même chose, dit-elle en souriant doucement. Mais ça ne m'empêche pas d'être reconnaissante.

Gray vit qu'elle luttait pour ne pas se rendormir. Il n'avait jamais vu Mirajane dans cet état de faiblesse. Ce petit bout de femme était bien plus costaud que certains gros bras du commissariat mais ce qu'elle avait vécu avait bien failli l'anéantir pour de bon.

— As-tu de ses nouvelles ? s'enquit la jeune femme en s'obligeant à rouvrir les yeux.

— Non, pas encore, désolé…

— Oh, d'accord, ce n'est pas grave, répondit-elle malgré tout déçue. Je suis sûre qu'on la soigne bien et qu'elle va vite se remettre, il ne peut en être autrement.

La jeune femme était visiblement très angoissée et cherchait à se rassurer autant que possible. Mais Gray connaissait ce sentiment. Cette peur dévorante de ne pas savoir…

— Je ne vois pas Elfman, il n'est pas avec toi ? enchaîna-t-elle aussitôt, déstabilisant Gray qui ne s'attendait pas à ce qu'elle lui parle de son frère.

Il se figea, son cœur s'arrêta un instant de battre et le jeune homme se sentit paniquer. Que devait-il lui dire ? Heureusement, il n'eut pas à se poser la question longtemps puisque la porte s'ouvrit brusquement sur un Luxus les mains chargées des deux cafés.

— Il a dit qu'il passerait plus tard, s'empressa de répondre le commissaire en jetant un regard désolé à Gray lorsqu'il lui tendit sa boisson.

— Oh, d'accord, répondit la jeune femme, les yeux déjà papillonnant de fatigue.

Mirajane étant visiblement sur le point de se rendormir, Gray se leva, voulant prendre congé.

— Je vais te laisser te reposer, dit le jeune homme en embrassant son amie sur le front.

— Merci d'être passé, le remercia-t-elle en souriant légèrement.

— Prends soin de toi.

Gray se leva et sortit dans le couloir. Une fois éloigné du regard de son amie, il s'adossa au mur et respira profondément, les mains tremblantes. Il s'en était fallu de peu.

Luxus le rejoignit dans le couloir.

— Elle n'est donc pas au courant, dit Gray à voix basse.

— Non… le médecin m'a déconseillé de lui en parler tout de suite. La présence de Lisanna l'a déjà bien secouée même si elle ne sait pas exactement comment elle va. Elle est encore trop faible pour subir ce traumatisme supplémentaire.

— Je comprends. Heureusement que tu es arrivé à ce moment-là, je ne sais pas ce que j'aurais pu lui dire.

— J'aurais dû te prévenir avant de te laisser seul avec elle, désolé de t'avoir mis dans cette situation.

— Tu es arrivé à temps, c'est ce qui compte. Je vais me rendre aux soins intensifs, et essayer de voir Elfman, annonça Gray en se redressant, pris d'une nouvelle résolution.

— Je vois que tu as réussi à avoir quelques nouvelles.

— J'ai mené ma petite enquête, répondit Gray en haussant des épaules. Mais je n'en sais pas plus sur son état. Et de ton côté ?

— L'infirmier qui s'est occupé de toi hier s'est renseigné, il m'a juste dit que l'opération s'était bien passée, rien de plus, non plus.

— D'accord, c'est déjà ça, répondit Gray néanmoins pas entièrement soulagé. J'espère qu'ils m'en diront plus une fois là-bas.

— Je t'accompagne. Tu me laisses un instant le temps de dire au revoir à Mira ?

— Bien sûr, je t'attends.

Gray regarda Luxus entrer dans la chambre, observant ce grand colosse embrasser tendrement la femme qu'il aimait. Le jeune policier se retourna brusquement, à la fois pour leur laisser l'intimité dont ils avaient tous deux besoin mais surtout parce qu'une boule de douleur grossissait dans sa poitrine. Il était heureux pour eux mais d'un autre côté, il les enviait tant que ce sentiment lui fit peur… Depuis quand s'était-il à ce point attaché à son collègue ? Car lui aussi aurait aimé montrer son affection et partager un instant d'intimité avec celui qui occupait toutes ses pensées. Mais voilà, ses souhaits tenaient lieu de l'utopie… Gray se raccrocha néanmoins à l'idée que bientôt, il verrait Elfman. Et à ce moment-là, peu importerait qu'il puisse se montrer ou non affectueux avec lui, puisqu'il serait à ses côtés.

oOoOo

Les deux hommes prirent le direction des ascenseurs dans un silence religieux. Luxus semblait un peu ailleurs alors Gray décida de le laisser tranquille jusqu'à ce qu'il se sente prêt à reprendre la parole.

Dans l'ascenseur, le commissaire s'appuya contre la paroi et soupira profondément.

— Je sais qu'elle va s'en sortir mais… je ne peux pas m'empêcher de penser à la façon dont elle va réagir lorsqu'elle apprendra que sa sœur et son frère sont dans un état critique. Mira a beau être forte, elle l'est surtout pour eux.

Luxus n'était pas le genre d'homme à se livrer alors Gray ne sut pas tout de suite quoi lui dire ni comment le rassurer.

— Tu seras là pour elle si elle craque, elle pourra se reposer sur toi, répondit-il alors.

— Ouais, je ne la lâcherai pas, c'est sûr, répondit Luxus un léger sourire empreint de tristesse. Tu as raison. Merci Gray.

Le jeune policier n'avait pas l'impression d'avoir dit grand-chose mais s'il l'avait un temps soit peu rassuré, alors c'était le principal.

— A ton service, répondit-il en lui tapotant légèrement l'épaule.

Au moment où l'ascenseur annonça l'étage des soins intensifs, Gray sentit l'angoisse remonter à la surface. Le laisserait-on voir Elfman et si oui, comment réagirait-il en le voyant si vulnérable ? Gray ferma un instant les yeux, se concentrant sur son cœur qui battait avec frénésie afin de le faire ralentir.

— Ça va aller ? s'enquit Luxus inquiet par le comportement de son agent.

Le commissaire repensait à sa réaction de la veille et se demanda un instant si son collègue serait prêt à affronter la vérité.

— Oui, répondit simplement Gray. Allons-y.

Le silence lourd du couloir ne permit pas au jeune homme de se sentir plus apaisé. Bien au contraire. Mais il fallait qu'il se montre fort, pour Elfman, il devrait donc prendre sur lui.

Les deux hommes se dirigèrent vers le bureau du personnel.

— Laisse-moi leur parler, lui dit Luxus.

— Très bien, acquiesça Gray, ne se sentant pas la force d'argumenter avec qui que ce soit.

— Excusez-moi de vous déranger, intervint Luxus en frappant à la porte grande ouverte.

— Je vous écoute ? répondit une jeune femme, une infirmière supposa Gray en observant sa tenue. En quoi puis-vous aider messieurs ?

Pendant que Luxus expliquait à l'infirmière les raisons de leur visite, Gray se tourna à l'opposé du bureau, face à de grandes baies dont l'intérieur était masqué par des rideaux épais. Gray s'approcha, bien conscient qu'il s'agissait peut-être de la pièce dans laquelle Elfman se trouvait.

— Je suis désolé monsieur, personne ne peut entrer à l'intérieur, entendit-il le faisant se tourner de nouveau vers l'infirmière.

Gray sentait que ses chances de voir son ami se réduisaient comme peau de chagrin et il s'y refusait.

— S'il vous plaît, les interrompit-il. Elfman est mon coéquipier, je veux juste le voir un instant… quelques minutes tout au plus.

La jeune femme soupira mais devant le regard sans doute désespéré de Gray, elle réfléchit avant de répondre.

— Laissez-moi un instant, je vais demander au médecin de garde s'il peut y avoir une exception.

— Merci, dit le jeune homme.

— Je vois que ton charme demeure toujours aussi efficace, plaisanta Luxus pour détendre l'atmosphère.

— Être flic doit pas mal aider aussi.

— Si tu le dis, répliqua Luxus un sourcil levé. N'empêche que pour moi ça n'a pas fonctionné, rétorqua-t-il faussement ennuyé.

Quelques minutes plus tard, l'infirmière revint accompagnée d'une autre femme, la médecin de garde, comprit Gray en voyant son nom affiché sur sa blouse blanche.

— Messieurs, ma collègue me dit que vous souhaitez voir l'un de vos collègues actuellement dans ce service ?

— Deux en réalité, acquiesça Luxus en lui tendant la main. Je suis le commissaire Dreyar et voici Gray Fullbuster, le coéquipier d'Elfman Strauss qui a été conduit ici avant-hier soir. On nous a dit que sa sœur, Lisanna, était là aussi. Je sais que les visites ne sont pas autorisées dans ce service mais ne pouvez-vous pas faire une exception ?

La médecin réfléchit un instant avant de répondre au commissaire, dont la carrure aurait pu en impressionner plus d'un.

— Lisanna Strauss est étroitement surveillée dans une autre chambre. Je pourrais vous y conduire après si voulez… Concernant votre collègue, je veux bien faire une exception mais je ne peux laisser que l'un de vous deux pénétrer dans la pièce. Aussi, l'hygiène y est très stricte et nous devrons vous vêtir d'une tenue complète.

— Très bien, je comprends, répondit Luxus d'un sourire bienveillant. Dans ce cas, c'est mon collègue qui ira.

— Merci Luxus, lui dit Gray avant de suivre la praticienne.

— Tu lui diras de vite se rétablir, sans quoi, il aura affaire à moi ! lui souffla le commissaire avant de le laisser partir.

— Je n'y manquerai pas.

oOoOo

A mesure que Gray se rapprochait du lieu dans lequel était gardé Elfman, son cœur s'emballait, menaçant de lui faire perdre ses moyens.

— Nous y sommes, lui indiqua la soignante. Veuillez me suivre pour enfiler la combinaison.

Une fois Gray apprêté, la femme médecin le conduisit vers une porte vitrée. Là, une dizaine de lits étaient juxtaposés et séparés par des rideaux deux à deux. La salle avait un côté angoissant, sentiment décuplé par les machines laissant échapper des bips réguliers.

Gray ne vit pas tout de suite Elfman. Tous ces tuyaux et machines qui bipaient dans tous les coins le perturbèrent. Il suivit la soignante jusqu'à l'un des premiers lits devant lequel elle le laissa.

— Pas plus de cinq minutes, murmura-t-elle avant de le laisser pour vérifier l'état de chacun de ses patients.

Gray ne put qu'acquiescer d'un léger mouvement de tête tant ses yeux ne pouvaient quitter la silhouette massive étendue sur le lit trop étroit.

Le jeune homme eut besoin de quelques secondes avant de reconnaître le corps étendu devant lui. Gray sentit ses yeux le brûler mais il s'efforça de les retenir au mieux. Voir ce colosse aux muscles puissants dans cet état de grande vulnérabilité lui fit prendre conscience de sa mortalité. Bien sûr, Gray n'était pas naïf au point de croire que son ami était immortel. Mais sa force et son soutien avaient tellement était présents par le passé que Gray l'avait toujours considéré comme un surhomme, un homme sur lequel il pourrait toujours compter, un homme qui serait toujours là à ses côtés. Et pourtant, aujourd'hui, il luttait pour sa vie.

Gray s'approcha du lit, posant ses mains gantées sur le rebord tout en observant le visage anormalement pâle de son ami. Celui-ci était en grande partie masqué par un tuyau s'enfonçant dans sa gorge et fixé par un ruban adhésif. Un bandage recouvrait tout le haut de son corps permettant de maintenir le pansement qui protégeait la blessure à la naissance de son cou. Gray revit par flash son ami étendu dans une mare de sang. Son gilet pare-balles n'avait pas su le protéger. Il n'avait pas su le protéger, pensa-t-il en serrant le poing. Des sanglots remontèrent à la surface. S'il pouvait échanger sa place avec lui à cet instant !

— Elf… je suis désolé, murmura-t-il en lui serrant la main doucement. Tu ne devrais pas être ici… N'abandonne pas, s'il te plaît… Nous avons réussi à libérer Mira et Lisa alors, je t'en supplie, bats-toi pour elles ! Bats-toi… pour moi.

Il avait murmuré ces derniers mots qui s'étaient effacés dans un sanglot.

— Monsieur, entendit-il derrière lui. Il faut y aller.

— Reviens-nous, dit-il avant de tourner les talons pour suivre la soignante vers la sortie.

Gray se sentit comme un zombie. Découvrir Elfman dans cet état de faiblesse l'avait mis chaos et si on lui avait demandé comment il se sentait à cet instant, il n'aurait su que répondre. Dévasté, en colère… vide. Tous ces sentiments bouillonnaient en lui, menaçant de le submerger complètement.

— Combien de temps va-t-il rester comme ça ? s'entendit-il prononcer d'une voix blanche et lointaine.

— Difficile à dire, lui dit la praticienne. L'opération s'est bien passée mais il a perdu beaucoup de sang et nous ne savons pas si son cerveau a subi des dommages avant d'être pris en charge. Il faut attendre que son état se stabilise suffisamment pour lui faire des examens supplémentaires. Mais son réveil peut s'effectuer dans les heures qui viennent, dans plusieurs jours ou….

— Plus longtemps, la coupa-t-il, assimilant peu à peu ce que cela sous-entendait. Des semaines ou des mois, c'est ce que vous essayez de me dire ?

— Je suis désolée, répondit la jeune femme sincèrement contrite.

Luxus les attendait dans le couloir, regardant prudemment Gray.

— Alors ?

— Il… je ne sais pas, répondit Gray.

— Comme je l'ai expliqué à votre collègue, il a perdu beaucoup de sang. Même si l'opération s'est bien passée et qu'il a été transfusé, nous ne savons pas s'il aura des séquelles. Nous devons le garder sous surveillance pour intervenir au plus vite si besoin. Mais dès que son état sera stabilisé, nous le transfèrerons dans une chambre individuelle.

— Très bien, merci pour ces précisions docteur. Et pour Lisanna ?

La jeune femme soupira, visiblement soucieuse de sa patiente.

— Nous la soignons pour de multiples fractures mais ce ne sont pas ces blessures qui nous inquiètent le plus. Cette jeune femme a reçu des coups violents, notamment au niveau de la tête. Les hématomes sont importants et au vu de leur taille, il est pour le moment impossible de voir d'éventuelles lésions durables. Elle est pour le moment dans le coma et je ne peux pas vous dire si elle parviendra à se réveiller. Je suis désolée.

Gray dut s'arrêter au milieu du couloir et se retenir au mur pour ne pas tomber. C'était beaucoup trop pour lui.

— Monsieur, que vous arrive-t-il ?

— C'est juste… un vertige, répondit Gray en tremblant.

— Suivez-moi, je vais vous examiner.

— Ça n'est pas la peine, refusa le jeune homme en la repoussant mollement.

— Bien sûr que si et ce n'est pas négociable, répondit la jeune femme d'une voix ferme.

La médecin le conduisit vers une chaise et l'obligea à s'asseoir.

— Pour quelle blessure avez-vous été conduit ici ?

— Une égratignure, tenta d'esquiver Gray en croisant le regard noir de Luxus.

— Il a reçu un coup de couteau au bras, précisa le commissaire avant que Gray renchérisse sur une nouvelle tentative d'édulcoration de la vérité. Il était en hypothermie lorsqu'il a été conduit ici après de longues minutes dans un lac glacé.

— Je vois… Votre médecin a dû vous dire que vous deviez vous reposer, non ?

— Je me sentais mieux et… personne ne me disait rien sur l'état de mon collègue, justifia le jeune homme en tentant de reprendre son souffle.

— Je comprends mais il faut que vous y alliez doucement pendant quelques temps si vous souhaitez retrouver toutes vos capacités.

— Je ferai attention docteur, répondit le jeune homme.

— Bon, il s'agit sans doute d'un simple étourdissement, dit-elle après un bref examen de ses pupilles. Vous allez rester ici pendant que j'accompagne votre supérieur voir votre collègue.

— Très bien, accepta Gray.

De toute façon, il ne se sentait pas la force de voir Lisanna dans le même état que son frère. Il se sentait bien assez coupable comme ça.

Gray profita du départ de Luxus pour repenser à Elfman, du moment où il l'avait trouvé étendu dans la montagne jusqu'à le découvrir le corps recouvert de bandages et branché à des machines l'aidant à respirer. Où avait-il merdé ? se demanda-t-il en sentant à nouveau les larmes lui monter aux yeux. S'il ne se réveillait pas, jamais il ne pourrait se le pardonner. Il resta là un long moment à ressasser et ressasser encore cette dernière scène, jusqu'à ce que son cerveau n'en puisse plus.

— Gray ?

Le jeune homme sursauta en voyant son supérieur planté devant lui, le regard soucieux.

— C'est la deuxième fois que je t'appelle, tout va bien ?

Gray acquiesça, s'essuyant discrètement les yeux avant de se lever doucement pour faire face à Luxus.

— Tu peux marcher ?

— Oui, ça va mieux, confirma Gray même s'il se sentait sans la moindre force.

— Je te raccompagne à ta chambre, j'aimerais voir ton médecin quand il passera te voir.

— Luxus….

— Tu n'es pas raisonnable Gray et tu viens de nous le prouver. Je veux être sûr que tu peux vraiment sortir et dans quelle condition.

— Comme tu veux, abandonna Gray devant l'insistance de son chef. Dis-moi plutôt comment va Lisanna pendant que tu me raccompagnes.

— Elle… elle a été salement amochée, dit-il en se frottant le visage, visiblement las. Elle a des bleus et des entailles partout, un bras et des côtes cassés et je ne te parle pas de son visage. Gray, je te confirme que l'accident de voiture causé par les pneus crevés, n'a pas aggravé son état. Les coups qu'elle a pris avant ta confrontation avec Yura avaient déjà causé des dégâts. Le médecin pense qu'elle peut avoir des séquelles si…. Elle se réveille. Ils attendent quelques jours avant de lui faire des examens plus poussés. Il faut donc attendre jusque-là.

— Lisanna ne méritait pas ça, murmura Gray… Personne ne mérite de vivre un tel enfer entre les mains d'un bourreau comme Yura.

— J'avais déjà peur de la réaction prochaine de Mirajane en la découvrant ainsi mais maintenant j'en suis sûr, elle ne s'en remettra pas… répondit Luxus affligé.

— Dans ce cas, il vaut mieux attendre d'en savoir plus sur les examens qu'elle subira dans quelques jours avant d'en parler à Mirajane.

— C'est ce que j'aimerais faire mais je crains que dès qu'elle se sentira capable de se lever, elle demande à la voir. Je souhaite presque qu'elle ne le puisse pas avant plusieurs jours alors que d'un autre côté, je veux la retrouver en pleine possession de ses moyens, soupira Luxus au moment où ils atteignaient les ascenseurs.

— Tu seras là pour elle, lui dit encore une fois Gray.

oOoOo

Le médecin de Gray passa le voir en fin de matinée. Luxus était resté pour être sûr que son entêté d'agent ne fasse pas d'imprudence et il s'en félicita puisque le praticien, ayant eu vent du léger malaise de Gray, l'obligea à rester une nuit supplémentaire à l'hôpital, le priant de ne pas se balader dans les couloirs en pleine nuit alors qu'il tenait à peine debout.

— Tu avais omis de me parler de ta promenade nocturne, le réprimanda Luxus après le départ du médecin.

— Je me sentais suffisamment en forme et comme je l'ai dit au docteur, j'y suis allé doucement…

— Gray, tu ne sembles pas te rendre compte que tu es passé à ça de la mort, rétorqua Luxus en joignant le geste à la parole. Elfman aura besoin de toi à son réveil, pense juste à ça, d'accord ?

— Promis, répondit Gray sincèrement contrit.

— Bon, tu vas rester tranquille ici cet après-midi et te reposer. Et pas de promenade cette nuit !

— Compris, patron, répondit Gray en grognant.

— Je vais aller voir Mira avant de passer au commissariat, je repasserai en fin d'après-midi.

Gray s'adossa contre son oreiller, soufflant doucement pour reprendre son souffle. Il se sentait vidé alors qu'il n'avait pas l'impression d'avoir pris le moindre risque. Mais s'il voulait espérer sortir le lendemain, il devait rester tranquille. En attendant, il devait s'efforcer au repos mais comment faire lorsque l'image d'Elfman branché à un appareil ne cessait de le hanter ?

oOoOo

Nda : Et voilà pour ce chapitre ! Un chapitre plus lent mais qui nous donne des nouvelles sur les principaux protagonistes. L'affaire n'est toujours pas terminée même si les deux soeurs Strauss ont été retrouvées, vous vous doutez donc que ce n'est pas le dernier chaptre de cette 1e partie de fanfic. Normalement (mais rien n'est moins sûr avec moi xD) le prochain chapitre sera cette fois-ci le dernier et il y aura sans doute un épilogue pour conclure cette partie et introduire la 2e.

Comme d'habitude, n'hésitez pas à me laisser votre avis. Je sais que le couple ElfmanxGray est atypique et qu'il ne plaît peut-être pas à tout le monde mais j'espère vous l'avoir fait apprécier au moins un petit peu.

Merci de votre lecture et à très vite pour la suite !