Petit mot de l'auteure : j'ai écrit ce texte suite à un copc donné par Marina sur les Défis galactiques : écrire un moment amical entre Thomas et Edith. Je sais plus si Edith était là lors de la tentative de suicide de Thomas mais dans le texte ce n'est pas le cas.
Merci à Marina, Plume (x2), Jess, Wizzette pour leurs review sur le texte précédent !
Avant qu'Edith n'ait pu la retenir, Marigold était partie en courant en direction de la figure qui venait de rentrer dans la pièce.
- Monsieur Barrow ! s'exclama-t-elle.
- Lady Marigold, répondit chaleureusement Thomas en direction de la petite blonde qui s'était accrochée à sa jambe. Comment allez-vous ?
- Très bien ! Et vous ?
Les yeux de Thomas se voilèrent un instant avant qu'il n'esquisse un sourire.
- Je vais très bien, merci de me le demander. Je suis venu vous aider à porter vos bagages.
La petite ne put retenir une exclamation heureuse et Edith ne chercha pas à la reprendre et lui recommander de faire preuve de retenue – Marigold aimait beaucoup Thomas Barrow. L'homme savait y faire avec les enfants et il avait toujours traité sa fille, bien que bâtarde aux yeux de tous, comme il traitait George. Il ne l'avait jamais fait se sentir inférieure ou indigne d'attention, chose que d'autres domestiques n'avaient pas hésité à faire – certes jamais à voix haute, mais toujours par des petites phrases murmurées ou des regards qui ne trompaient pas. Et puis, il y a en avait d'autres qui se gênaient encore moins, comme cette ancienne vipère de nourrice qui n'avait pas hésité à insulter la jeune Sybile dès qu'elle se croyait hors d'écoute. Heureusement, Thomas était intervenu – Edith présentait que si elle était restée, elle aurait réservé les mêmes phrases assassines à sa douce Marigold. C'était pour cela qu'elle était aussi peu encline à demander à sa fille de calmer ses ardeurs enfantines : elle était heureuse de trouver quelqu'un de bienveillant envers elle et qui ne la juge pas pour ses origines.
Et puis, la présence de la jeune enfant semblait aussi faire du bien au sous-majordome. Edith n'était bien sûre pas sans ignorer la tentative de suicide que celui-ci avait faite deux semaines plus tôt. Elle était à Londres à ce moment là mais Mary l'avait prévenu par téléphone. Elle en avait été profondément bouleversée, bien qu'elle n'en ai pas été particulièrement choquée. C'est ce qui était peut-être le plus terrifiant dans cette histoire : elle n'avait pas été étonnée par la nouvelle. Downton Abbey était un endroit spécial, à part, et que chacun des habitants – qu'ils soient domestiques ou non – pouvait appeler « maison ». Mais cette maison pouvait se montrer parfois impitoyable, comme un train lancé à toute vitesse et prêt à vous écraser si vous aviez le malheur de vous écarter du quai recommandé. Elle aussi en avait fait de nombreuses fois les frais. Ses cicatrices n'étaient pas aussi visibles que celles sur les veines de Thomas, mais elles étaient bel et bien là, causées par les mêmes raisons : la sensation d'être celui de trop, celui qui vient toujours en seconde position, que l'on oublie sauf lors des mauvais moments, celui qu'on sous-estime, celui à qui l'on a jamais donné suffisamment d'affection et à qui on reproche ensuite de ne pas savoir aimer.
Oui, Thomas lui ressemblait sur bien des points. Ainsi, elle demanda à Marigold de quitter la pièce car elle avait à parler au sous-majordome. Lorsque la petite s'exécuta après un dernier salut au brun, celui-ci se tourna, inquiet, vers Edith :
- Il y a un problème, ma lady ?
- Plusieurs, à vrai dire. Mais le plus important d'entre eux est que... Je n'ai pas été à la hauteur. Vous m'avez sauvé la vie. Et moi... je n'étais pas là pour en faire de même. Je n'étais pas là lorsque vous aviez besoin d'aide.
- Ce... ce n'est rien, bredouilla Thomas. Je...
Il ne termina pas sa phrase : Edith l'avait pris dans ses bras. Après un instant d'hésitation, le domestique répondit à son accolade.
Après tout, ils avaient tout deux besoin d'affection.
