Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour l'anniversaire de Joker. Bon anniv ! Il se passe en post canon du 2e tome, donc spoils.

Merci à Marina, Angelica et Toshiro pour leurs review sur l'OS précédent !


Cela faisait six mois qu'Inej était partie, et Kaz ne s'en était toujours pas remis. Bien sûr, devant les autres, il donnait le change. Il avait rapidement retrouvé une autre araignée – pas aussi bonne que le Spectre évidement, mais elle faisait tout de même l'affaire – et gardait toujours le même air froid et distant. Aux yeux de tous, il était toujours Kaz Brekker, le bâtard du Barrel, et il aurait été impossible pour quiconque de deviner que ce dernier passait ses nuits à pleurer l'absence d'Inej – personne, sauf peut-être Jesper et Wylan, qui tâchait de lui apporter du réconfort discrètement. Kaz tâchait de ne pas montrer combien leurs attentions le touchait, eux faisaient semblant de ne pas voir son mal-être, et tout fonctionnait parfaitement, du moins, le plus parfaitement possible en l'absence d'Inej.

Kaz ne savait pas pourquoi il était aussi dévasté de cette absence. Il n'était pas dans le même cas de figure que Nina, Inej avait simplement pris son envol pour réaliser son rêve. Et c'était lui-même qui l'avait aidé à l'accomplir ; après tout, il avait offert le bateau qui lui permettrait de quitter la ville. Il était un peu tard et surtout paradoxal de pleurer maintenant son départ, alors qu'il le lui avait offert sur un plateau d'argent ? Mais il était vrai qu'Inej n'aurait pas eu besoin de son aide pour s'offre Le Spectre ; après tout, elle avait eu aussi sa part du butin. Mais c'était peut-être pour cela qu'il avait acheté le bateau sur la sienne, dans l'espoir vain qu'Inej ne l'oublie pas et pense parfois à lui, où qu'elle soit. Que même s'ils se sont perdus de vue, il reste quelque part dans son cœur.

Kaz se sentait particulièrement idiot à penser à ce genre de choses. Il ne devrait pas se laisser distraire par le fantôme d'Inej. Pourtant, il ressentait toujours sa présence, où qu'il aille. Celle-ci était d'autant plus forte lorsqu'il rentrait dans sa chambre, et qu'il repensait à ces moments d'intimité distante qu'ils avaient partagés. Parfois, celle-ci était plus forte que d'autres fois, en fonction de son humeur.

Ce soir était un soir où les flagrances de la présence d'Inej se faisaient particulièrement ressentir. Dès qu'il ouvrit la porte de sa chambre, les souvenirs se précipitèrent pour remonter à la surface. Kaz tâcha de les éloigner, mais n'y réussit pas, contrairement à d'habitude. Pourquoi ?

C'est alors qu'il la sentit. Inej. Inej et non plus seulement le fantôme des moments partagés. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ?

Il se tourna alors lentement vers le coin le plus sombre, celui qu'affectionnait le plus le Spectre, et la découvrit là, assise dans l'ombre, un sourire sur le coin des lèvres.

- Je vois que mon système de sécurité est à revoir, se contenta de dire Kaz après une minute de silence.

- Moi aussi je suis heureuse de te voir, répondit Inej en se levant pour le rejoindre dans la lumière.

D'ordinaire, Kaz n'aurait pas relevé l'ironie dans sa voix, n'aurait pas chercher à la chasser ou à y répondre. Mais d'ordinaire remontait à plusieurs mois maintenant et entre temps, son monde avait failli s'écrouler sans la béquille qu'était la jeune femme. Alors Kaz se retourna vers elle pour lui dire :

- Je suis heureux de te voir. Vraiment.

Cela faisait du bien de dire la vérité pour une fois. Il se reprit néanmoins vite.

- Tu es arrivée quand ?

- Il y a une heure.

- Et tu repars quand ?

- Demain.

- Demain ? répéta Kaz, une certaine détresse dans la voix.

- Demain, confirma Inej. Mais demain est encore loin. Nous avons tout ce soir.

Inej n'avait pas tort. S'il n'avait qu'une nuit devant eux avant qu'Inej ne retourne pourfendre des esclavagistes, alors soit, ils en profiteraient. Après tout, que pouvaient-ils faire d'autre ?