Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la nuit du FoF sur le thème "Frangin". Il se passe après le tome 2 mais ne contient pas vraiment de spoiler si vous avez finit le premier.
Merci à Marina, Angelica et Maeglin (x3) pour leurs review sur l'OS précédent !
Wylan se tortillait devant lui depuis dix bonnes minutes maintenant. Même s'il voulait se donner un air calme et serein, l'entortillement du fil dépassant de sa chemise ne trompait aucunement Kaz. Celui-ci était bien décidé à attendre que le roux finisse enfin par lui dire pourquoi par tous les saints il était venu le voir – du moins, réellement, lui parler des avancées des préparations du mariage n'étant évidement la vraie raison de sa visite. Cela aurait été quelqu'un d'autre, Kaz lui aurait déjà planté sa canne dans le crâne pour lui faire cracher le morceau plus rapidement, mais il s'agissait de Wylan. Pour une étrange raison, il n'avait pas envie qu'il arrive quelque chose au mercurien.
Prenant donc son mal en patience, Kaz se servit d'une nouvelle gorgée d'eau pour masquer son soupir d'ennui alors que Wylan exposait minutieusement les étapes qui les avaient amené Jesper et lui à choisir des serviettes taupes et non kaki. C'était d'un ennui... Heureusement, Kaz n'était pas le patron du Barrel par hasard, il savait faire deux choses en même temps. Il écouta donc distraitement le roux lui expliquer qu'il songeait en faire des origami fleur de lotus pour sa présentation de table – savoir ô combien mercurien hérité de sa mère – tout en calculant combien il lui faudrait débourser en pot de vin pour son prochain casse.
Au bout d'un moment, Wylan sembla se rendre compte qu'il avait perdu l'attention de son auditeur – ou, comme il aurait été plus juste de le dire, ne l'avait jamais obtenue – ou bien il se rendit compte que Kaz restait Kaz, et que converser de pliages de serviettes de table n'était tout simplement pas son truc. Wylan arrêta donc son explication sur la manière de passer efficacement à l'avant dernière étape – la plus délicate – et raffermit sa voix.
- Bref. Je n'étais pas venu pour ça à la base.
- Non, sans blague ? Répondit sarcastiquement le brun.
Inej aurait sans doute levé les yeux au ciel en l'entendant répondre ainsi, mais elle n'était pas là pour le juger, donc Kaz s'en fichait quelque peu de l'air contrits de Wylan.
- Je voulais te demander quelque chose.
Là encore, Kaz aurait pu répondre « sans blague ? » - généralement, les gens venaient pour lui demander quelque chose, pas pour faire la conversation. Mais il se retint et opta pour un sobre :
- Oui ?
- Et bien... je ne sais pas si tu te rappelles de mon père...
- Ton père ? Non, ça ne me dit rien. Ah ! Attend ! C'est pas celui qui a enlevé Inej, menacé de la tuer et a failli tous nous assassiner ? Bizarrement je m'en rappelle.
- Euh... oui, c'était un peu idiot comme remarque.
- Oui, confirma Kaz – oui c'était mesquin d'enfoncer ce pauvre Wylan qui patauger, mais tant pis, il l'avait écouté parler serviettes pendant dix minutes, il pouvait bien se faire plaisir à son tour.
- Euh, donc, mon père étant... mon père, je n'ai pas vraiment envie qu'il m'amène à l'autel. Et ma mère est trop faible pour le faire. Donc je voulais savoir si... et bien... Je...
Contrairement à ce que toute la ville croyait, Kaz avait un minimum de patience. Mais au bout d'un moment, même lui pouvait arriver à bout.
- Bon, l'interrompit-il dans son bafouillage, tu vas me dire ce que tu as à me demander, oui ou non ?
- Accompagne moi à l'autel, lâcha brusquement le roux.
Ok, ça, Kaz ne l'avait clairement pas vu venir. Sa stupeur n'échappa pas à Wylan qui crut bon de préciser :
- Pour le mariage.
- Oui, j'avais compris, se reprit le brun.
- Donc... tu es d'accord ? Demanda Wylan, plein d'espoir.
- Je...
Super, voilà qu'il en perdait ses mots, maintenant. Il était Kaz Brekker, bordel, il ne bafouillait pas !
- Je... Pourquoi moi ?
- Et bien... tu es ce qui se rapproche le plus d'une famille pour moi.
- Quoi, comme si j'étais ton frangin ? Railla Kaz.
- Bah, ouais, répondit Wylan en tâchant de ne pas montrer avoir été touché par le ton de l'autre.
La sincérité de Wylan interloqua Kaz. Depuis qu'il avait perdu Jordie, jamais il n'avait songé à renouer des liens avec qui que ce soit. L'attachement était une faiblesse. Les Dregs étaient peut-être son gang, mais ses membres n'étaient pas sa famille. Mais les corbeaux... ceux qui s'étaient plongés corps et âmes avec lui dans cette quête insensée au Palais de glace, qui avaient mené une révolte contre une ville entière, narguant le restant du monde à six... Oui, eux, c'était différent, même s'il n'avait jamais voulu l'admettre. Alors Kaz étira sa mauvaise jambe, se racla la gorge, et répondit :
- D'accord. Je t'amènerai à l'autel.
Le sourire de Wylan le convainquit qu'il avait pris la bonne décision.
