Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 138e nuit du FoF sur le thème "Nid".

Merci à Angelica, Maeglin, Destrange, Wiz et Moira pour leurs review sur l'OS précédent !


Kaz était en train d'expliquer la dernière phase de son plan lorsqu'il fut interrompu par un bruit inhabituel. Ce dernier était si léger qu'il crut d'abord avoir rêvé – mais il était Dirtyhand, il ne rêvait pas, sauf de kruge et de revanche. Le bruit avait vraiment été émis. Et puis, à en juger la tête coupable de Wylan, il y avait définitivement anguille sous roche. Il allait demander des explications lorsque le bruit se reproduisit. Jesper et Nina toussèrent alors, dans une tentative horriblement fausse de le masquer. Mais c'était trop tard ; on ne la lui faisait pas.

- Jesper. Puis-je avoir une explication ?

Nina et Wylan étaient sûrement impliqués aussi, mais comme ils se trouvaient dans la chambre du zemini, ce fut lui que Kaz décida de questionner.

- A quel sujet ? Demanda Jesper de son air le plus innocent.

- Au sujet du bruit de gazouillement que j'entends provenir de ton armoire.

- Un gazouillement ? Kaz, le prend pas mal, mais t'as pas pris un coup de ta canne dans la tête ?

- Ma tête se porte très bien, merci. Je ne suis pas sûr de pouvoir en dire autant de la tienne lorsque j'aurais découvert dans une minute un habitant clandestin dans mon immeuble.

Se disant, Kaz s'était levé en direction de l'armoire.

- Ce sont des accusations non fondées ! Protesta faiblement Wylan.

- Bien tenté mercurien, mais tu sais bien qu'ici, les procès n'existent pas.

Pour accentuer la théâtralité barrelique de sa phrase, Kaz ouvrit en grand les portes de l'armoire, révélant l'origine du bruit : un petit moineau placé dans un nid de fortune, formé par divers vêtements de Jesper – et était-ce ses sous-vêtement ? Par tous les kruge du monde, il allait vomir. Mais il se reprit, et demanda fermement :

- Bien. Je repose la question. Puis-je avoir une explication ?

Un silence coupable flotta entre le trio avant que chacun ne s'exclame :

- Il était tout seul !

- On ne pouvait pas le laisser mourir !

- Regarde comme il est mignon !

Kaz balaya les arguments (qui, à ses yeux, n'en étaient pas) d'un revers de main gantée.

- Cet oiseau, seul, mourant, mignon ou pas, va partir d'ici. Ça commence par des oiseaux, puis des chats, et après des gens ! Nous ne sommes pas une hospice pour orphelins malmenés.

- Et bien... on est un peu tous des orphelins malmenés... objecta Nina.

- Qui travaillons. Il va faire quoi ton piaf pour se rendre utile ?

- Il pourrait chanter au club et nous faire de l'argent ? Proposa le Jesper.

- Il pourrait transporter des messages ! Renchérit Wylan.

- Il...

- Trêves de propositions ! Les coupa Kaz en soupirant. C'était une question réthorique. Vous vous en débarrassez, un point c'est tout. Non. Attendez. Je ne vous fais pas confiance pour ça. Je vais le faire.

Kaz prit alors dans sa main gauche l'oiseau qui pépia faiblement, tout en tâchant d'éviter le plus possible de toucher les affaires de Jesper. Ensuite, il sorti de la chambre en tâchant de garder sa dignité malgré l'animal de malheur qu'il devait tenir – il pensait que la dernière fois où il devrait faire cela serait avec la stupide chèvre de Jesper, mais il s'était manifestement trompé.

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La nuit était tombée lorsqu'Inej se glissa dans sa chambre pour faire son rapport. Kaz l'écouta attentivement avant de lui faire remarquer :

- Tu savais pour l'oiseau des trois imbéciles.

L'air coupable d'Inej ne le trompa pas.

- Tu le savais, et tu ne m'a rien dit. Je te paie pour me dire tout ce que tu sais. Pas pour héberger en douce un moineau.

Inej plissa des yeux, avant de répondre :

- Que dis-tu de passer un marché ?

- Quel genre de marché ?

- Tu passes l'éponge pour cette dissimulation de ma part et en échange, je ne dis à personne que j'ai vu le dit moineau confortablement installé sur ton bureau.

Comme pour appuyer les dires du Spectre, le piaf gazouilla joyeusement.

- Hmf. Très bien, marché conclu.

Inej hocha la tête et partit rapidement – mais pas suffisamment vite pour qu'il ne remarque pas son sourire narquois et attendrit. C'était bien parce que c'était elle ; il lui faisait assez confiance pour savoir qu'elle tiendrait parole. Il ne manquerait plus qu'on découvre que l'impitoyable Kaz Brekker n'avait pas eu à cœur de condamner à une mort certaine un putain de piaf.