Bonjour,
Voilà un second chapitre qui n'arrange rien pour personne. Bonne lecture !
Merci à XDrayXMioneX, Petite-Licorne-Arc-En-Ciel, Elojul, Elilisa, LilyEdelweiss et Nedwige Stark pour les reviews. Je n'ai pas pu répondre à tout le monde, mais ça me fait très plaisir que vous suiviez mes publication, parfois depuis très longtemps. J'espère que cette histoire va vous plair et vous captiver.
Merci à Whimsikal et familybusiness.
Ce n'est pas grave
Pâle comme les draps, le visage d'Astoria Malefoy semblait paisible. Elle dormait enfin, gavée de potion de sommeil sans rêve. La couverture rabattue sur son corps maigre s'élevait en une large bosse au niveau de son ventre, là où la vie et la mort grandissaient depuis neuf mois. La chambre était plongée dans le silence et sa poitrine se levait et s'abaissait lentement sans un bruit.
Dans le couloir, Drago, son époux, se laissa perdre quelques instants dans ses réflexions. Il repensait sans cesse à ce que les médicomages lui avaient dit et ne voulait pas y croire. Cela faisait deux ans qu'ils se battaient contre une maladie qui les privait peu à peu de leur quotidien et tout était censé se terminer dans une poignée de jours ? Il se réveillait chaque matin en espérant que quelqu'un annoncerait un remède, mais les spécialistes les avaient prévenus dès le premier jour : c'était une maladie génétique incurable. Il avait simplement fallu espérer que le destin leur laisse le plus de temps possible.
Pour respecter les accords, Drago et Astoria s'étaient mariés, en gardant pour eux et leurs familles la condition de la jeune femme. Mais la question de la descendance s'était posée rapidement et Drago avait refusé formellement de l'envisager. Une grossesse, c'était multiplier les risques de perdre son épouse. Et il ne pouvait pas voir cela arriver. Il ne fallait pas que cela arrive.
Mais Astoria n'avait jamais lâché cette idée. Elle voulait un enfant avec Drago et pendant une année entière, elle le pria nuit et jour de la laisser le porter. Probablement voulait-elle être celle qui donnerait à la famille Malefoy un héritier, pour l'honneur. Mais au-delà de cela, elle ne se laisserait pas retirer ce pouvoir. Elle avait toujours voulu être mère et se donnerait les moyens de l'être même s'il fallait se battre contre le sang gangrené qui coulait dans ses veines. Les médicomages avaient été francs, mais pas catégoriques.
Elle pouvait peut-être s'en sortir si tout se passait bien et si sa maladie ne s'aggravait pas à cause de la grossesse. Et après une pléthore d'examens, ils avaient autorisé une grossesse extrêmement surveillée. Mais cela n'avait pas suffi et plus le terme approchait, plus la santé d'Astoria se dégradait dangereusement. Un peu comme si le bébé qui grandissait dans son ventre absorbait sa vie peu à peu.
Et voilà où ils en étaient. Drago soupira. « Nous préférons vous prévenir. Ses chances de s'en remettre sont infimes », avaient dit les médicomages lorsqu'elle avait été hospitalisée une semaine plus tôt. « Nous ne pouvons pas non plus vous assurer que le bébé vivra. ».
Une semaine était passée, dans l'angoisse et l'attente, et l'accouchement avait été annoncé pour les jours à venir. La naissance d'un enfant devait être une chose merveilleuse, un jour rempli de bonheur qui resterait gravé dans la mémoire des parents pour toujours. Ce n'était pas censé être un événement marqué par la souffrance et la perte. Drago ne pouvait pas perdre sa femme. Celle qui lui avait redonné espoir et qui avait su rendre sa vie plus douce. Astoria avait été sa bouffée d'oxygène à la sortie de la guerre. Face aux regards haineux, à la société toute entière, elle lui avait permis de prendre un nouveau départ. Elle avait été son nouveau départ.
Drago sortit de ses pensées et se leva lorsqu'il aperçut ses amis approcher. Blaise et Pansy l'étreignirent et tous les trois se dirigèrent vers l'extérieur.
« Alors ? Qu'ont dit les médicomages ? demanda le métis.
– Elle devrait accoucher avant la fin de la semaine.
– Et…, tenta Pansy. Comment ça va se passer ?
– Comment veux-tu que ça se passe ? répliqua Drago en haussant un sourcil. Comme un accouchement, je suppose.
– Non, mais avec la maladie.
Drago haussa les épaules, feignant la désinvolture.
– Ils disent que ce n'est pas grave. Il faut juste faire attention.
Blaise et Pansy échangèrent un regard, mais n'insistèrent pas. C'était assez difficile comme cela.
– Si jamais tu es disponible, on fait toujours la soirée chez moi vendredi soir…
– Blaise ! réprimanda Pansy en faisant les gros yeux.
– Non, c'est bon, laisse, éluda Drago en agitant la main. Amusez-vous, mais je ne pense pas que je viendrai.
– Bon, je remonte voir si Astoria est réveillée, annonça Pansy.
Elle déposa un baiser sur la joue de Drago et s'éclipsa. Les deux hommes seuls s'assirent sur un banc et restèrent silencieux un moment.
– Qu'est-ce que tu vas faire ? finit par murmurer Blaise.
– Comment ça ?
Blaise hésita un instant.
– Si Astoria…
Il ne termina pas sa phrase, laissant en suspens toute l'horreur de sa pensée.
– Je ne sais pas, lâcha Drago dans un souffle. Je ne sais pas ce que je vais faire si elle meurt.
Son visage tordu par l'inquiétude et le désespoir remplaça le masque qu'il s'évertuait à maintenir. Avec Blaise, il pouvait être lui-même. Il pouvait montrer à quel point il était perdu. Le métis passa un bras autour de ses épaules.
– Tout n'est pas terminé, déclara-t-il d'un ton encourageant. »
Drago lui adressa un maigre sourire et ils regagnèrent la chambre au deuxième étage. Quand ils entrèrent, Pansy et Astoria discutaient doucement. La seconde souriait et son expression s'attendrit davantage quand elle vit entrer son mari. Drago se dit qu'il aurait donné dix, vingt ans de sa vie pour pouvoir voir ce sourire encore longtemps.
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Hermione envoya balader le parchemin qu'elle venait de raturer une nouvelle fois en un grognement rageur. Elle laissa tomber sa plume sur son bureau, dessinant une giclée d'encre. Elle relut les parchemins qu'Harry lui avait discrètement apportés et se plongea dans ses réflexions, la tête appuyée sur son poing au bout de son coude plié. Effectivement, les documents étaient louches, mais pas suffisamment inquiétants pour que le Bureau y mette du temps et des effectifs. S'il s'agissait réellement d'un trafic d'elfe de maison, elle se jurait devant Merlin de tout faire pour que justice soit faite. Mais elle non plus n'avait pas de temps à consacrer à ce qui était pour l'instant une pseudo-affaire ; elle n'en avait même pas assez pour ses propres dossiers empilés sur son bureau.
D'un coup de baguette, elle copia les parchemins pour en garder un exemplaire et rattacha précautionneusement les originaux entre eux. Un coup d'œil à l'horloge lui indiqua qu'il était l'heure pour elle d'aller déjeuner. Il fallait qu'elle profite de cette pause méridienne parce qu'elle se doutait qu'elle n'allait plus pouvoir s'en octroyer d'aussi longues avant un bon moment. En soupirant, elle glissa les parchemins sous sa robe et sortit dans le couloir du Département de la Justice magique.
« Harry ! apostropha-t-elle en arrivant dans le quartier des Aurors. Je peux te voir une minute ?
Le brun hocha la tête et lui indiqua de la suivre dans son bureau.
– Tiens, reprit Hermione en sortant les documents. J'en ai fait une copie et je regarderai ce que je peux faire. Mais je ne te promets rien, j'ai besoin de boucler ce que me demande le Département d'abord.
– Je sais bien, Mione. Ne te prends pas la tête avec ça même si tu ne peux rien faire, ajouta Harry avec un sourire bienveillant. Tu vas retrouver Ron ?
– Oui. D'ailleurs, il faut que j'y aille parce que je vais finir par être encore en retard.
– On se retrouve ce soir ? »
Hermione hocha la tête et sortit en direction des ascenseurs pour quitter le Ministère. Une fois sur le Chemin de Traverse, elle accéléra le pas et poussa la porte de la boutique des frères Weasley, essoufflée par l'effort.
« Hermione, salut, fit George en la voyant entrer.
La brune s'approcha de lui et embrassa sa joue alors que Ron sortait de la réserve.
– Salut ! Tu n'as rien ramené ? demanda-t-il avec une moue déçue.
– Je suis désolée, j'ai été complètement surmenée ce matin, s'excusa Hermione.
Le visage de Ron se teinta d'une expression d'enfant privé de dessert, mais il finit par hausser les épaules avec un petit sourire.
– Je m'occupe d'aller acheter quelques trucs. Tu veux rester manger avec nous ou pas ? demanda-t-il en direction de George.
L'aîné posa son regard vide sur son frère et finit par hausser les épaules à son tour.
– Je peux rester. »
Ron hocha la tête et attrapa sa veste avant de disparaître. Il revint quelques minutes plus tard avec deux sacs pleins de victuailles et les trois sorciers s'installèrent dans la partie aménagée de la réserve pour pique-niquer.
Hermione chérissait ces moments passés avec Ron parce qu'il avait su rester fidèle à lui-même malgré toutes les épreuves qu'il avait traversées avec sa famille. C'était peut-être encore une forme d'immaturité aux yeux de certains, mais Hermione ne pouvait pas l'en blâmer parce qu'il était encore capable de la faire rire et de lui faire oublier un peu sa routine quotidienne. Et elle tenait à cette amitié sans faille. Elle n'arrivait à continuer de travailler si dur que parce qu'elle savait qu'elle retrouvait parfois Ron le midi et qu'elle voyait Harry chez elle quelques soirs par semaine. Sans eux deux, elle se retrouvait cruellement seule. Ginny était loin, les Weasley avaient leurs propres problèmes et puis, ce n'était pas vraiment sa famille.
Alors que Ron s'éclipsait quelques minutes tout en plaisantant pour maintenir l'atmosphère aussi légère que possible, Hermione observait du coin de l'œil George qui picorait à peine ce qu'il avait devant lui. Ses yeux ne s'accrochaient à rien ; ils suivaient passivement les mouvements lents de sa tête, ne semblant pas vraiment voir les choses.
« George, est-ce que tout va bien ? murmura-t-elle en se penchant vers lui.
C'était évidemment une question qui pouvait sembler déplacée. Tout n'allait absolument pas bien, mais elle ne trouvait pas d'autres mots. Le roux tourna son visage vers elle et resta impassible une poignée de secondes avant de secouer mollement la tête.
– Je me suis disputé avec Angelina, déclara-t-il. Enfin, ça nous arrive parfois, mais là…
Il soupira sans parvenir à déloger la boule qui se formait dans sa gorge à chaque fois qu'il repensait à leur discussion mouvementée.
– J'aimerais être un meilleur compagnon, et un meilleur père pour Roxanne. Je passe ma vie à Sainte-Mangouste et je ne suis jamais de bonne humeur à la maison. Mais je n'arrive pas à imaginer ma vie maintenant.
Il inspira profondément, chassant tant bien que mal les trémolos dans sa voix.
– Elle dit qu'on ne peut pas continuer à vivre comme ça. Que je ne peux pas continuer comme ça. Que je dois…, il marqua une pause difficile et déglutit, laisser Fred partir.
Hermione ne répondit rien car aucun mot ne vint à son esprit. Ron réapparut en entendant les paroles de son frère et se dépêcha à ses côtés, entourant ses épaules d'un bras réconfortant.
– Je ne peux pas, murmura George.
– Je sais, répondit Ron en le serrant contre lui. »
Il lui souffla des paroles de soutien comme maigre consolation. Hermione se dit une nouvelle fois que la puissance qui résidait dans les relations entre les frères Weasley était sans pareille. Elle préféra s'en aller pour retrouver son bureau et les laisser seuls. Ron avait pris sur lui, bien plus que tous les autres de la fratrie, comme une responsabilité vis-à-vis de George parce qu'il travaillait avec lui. Il en avait mûri, de la plus dure des manières, mais c'était ainsi. Hermione n'en pouvait plus de voir toutes ces vies gâchées par la douleur autour d'elle. Ils avaient vaincu l'horreur. Ils étaient censés être heureux une bonne fois pour toutes. Mais rien n'y faisait car ses parents étaient inexorablement loin, sa famille de cœur était brisée, son travail rêvé n'était que complications.
La jeune femme inspira profondément et expira tout l'air de ses poumons, espérant chasser par la même occasion ses pensées sombres. Elle se ressaisit comme elle le put et termina la phrase laissée en suspens sur son parchemin avant de se lever. Elle avait rendez-vous avec son supérieur et devait être irréprochable.
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« Tu veux qu'on regarde un film ? proposa Hermione dans un marmonnement presque endormi.
– Oui, pourquoi pas.
Harry se leva du canapé et se pencha sous la télévision pour passer en revue les DVD qu'Hermione possédait. Il énonça quelques titres à voix haute et se retourna. Hermione papillonnait lourdement des paupières et acquiesçait à chaque proposition.
– Je choisis ? en conclut Harry avec un sourire amusé. »
La jeune femme fit l'effort de se redresser et hocha la tête, baillant largement. Harry hésita un peu puis appuya sur la télécommande et inséra le disque brillant dans le lecteur. C'était leur petit plaisir à eux, un plaisir moldu, de partager un film de temps en temps et de garder chez eux tous ces appareils inconnus de la plupart des sorciers.
Harry reprit place sur le canapé et Hermione se serra contre lui, reposant sa tête lourde contre son torse. Il n'y avait que là qu'elle était bien, dans les bras de son meilleur ami. Les images commencèrent à défiler sur l'écran, racontant une histoire qu'elle connaissait déjà, mais elle n'y prêtait plus vraiment attention. Elle profitait silencieusement des commentaires moqueurs qu'Harry faisait selon les actions et les dialogues des personnages et qui berçaient son cerveau fatigué. Dans un soupir d'apaisement, elle s'endormit rapidement, autorisant à son esprit un faible répit dans son difficile quotidien.
Hermione se réveilla dans son lit et se souvint vaguement d'avoir quitté le salon pour la chambre. Elle était encore presque complètement habillée, avec la sensation de sortir d'un sommeil profond, réparateur et paisible. La porte s'ouvrit et évidemment, la raison de sa quiétude apparut, la bouche pleine d'une tartine de confiture.
« Je ne voulais pas te réveiller plus tôt, mais il va falloir que tu te prépares pour aller au Ministère, articula Harry entre deux bouchées.
Hermione sourit doucement.
– Merci de m'avoir laissée dormir.
– Je crois que tu en avais bien besoin. Mione, tu dois aussi penser à toi, ajouta le brun avec une expression inquiète. Tu ne peux pas toujours te laisser surmener comme ça jusqu'à épuisement.
– Je sais, murmura la brune en se levant. Bon, mais toi aussi tu dois rentrer chez toi pour te changer. Je ne crois plus avoir d'habits à toi en réserve.
– J'allais partir. J'ai mis de l'eau à bouillir, le reste est sur la table.
– Harry… Qu'est-ce que je ferais sans toi ? souffla Hermione en le serrant dans ses bras.
– Laisse-moi te rendre un peu de tout ce que tu as fait pour moi durant une bonne quinzaine d'années.
Harry eut un sourire bienveillant.
– Mais il faut que tu prennes soin de toi, compléta-t-il. »
Hermione hocha brièvement la tête, expédiant la remarque d'un geste de main et Harry transplana non sans avoir fait les gros yeux avant. La jeune femme rejoignit sa petite cuisine et découvrit le petit-déjeuner copieux que son meilleur ami avait laissé derrière lui. C'était toujours comme ça les rares fois où il restait dormir chez elle pendant la semaine parce qu'ils finissaient par s'endormir sur le canapé. Elle passait une nuit reposante et pouvait prendre le temps de manger quelque chose le matin, ce qu'elle ne faisait jamais d'habitude.
Hermione finit sa tasse de thé et ses tartines avant de se glisser sous la douche pour enfiler ses habits et sa robe de sorcier. Elle attrapa ses affaires et transplana au Ministère, sentant peu à peu l'apaisement s'évaporer au profit de la tension et quand elle retrouva la pile terrible de parchemins sur son bureau, elle avait déjà oublié la félicité du réveil.
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George traversa le couloir et atteignit en quelques enjambées lasses le bureau devant lequel ses parents attendaient. Arthur serrait Molly contre lui, son bras autour de ses épaules. Ils étaient tous les trois aussi fébriles et inquiets, se demandant pourquoi le médicomage qui s'occupait de Fred les avait soudainement convoqués. Ils attendirent encore quelques minutes en silence avant que la porte ne s'ouvre sur l'homme en blouse verte. Il les fit entrer et les invita à s'asseoir d'une voix grave, remuant le dossier de son patient de longue date sous ses yeux. Il se racla la gorge gauchement avant de poser ses yeux sur ses interlocuteurs.
« Je vous ai demandé de venir car nous avons besoin de parler de la situation dans laquelle se trouve Fred, commença-t-il.
George détestait les rendez-vous avec les médicomages. Il avait envie de les envoyer paître parce qu'ils n'avaient jamais été capables de s'occuper de son frère en dehors de leurs fichus sortilèges qui ne le guérissaient jamais.
– Nous avons…, il se racla la gorge à nouveau et se reprit. Nous avons décelé des activités cérébrales et internes chez Fred qui s'intensifient avec le temps.
– Vous voulez dire qu'il se réveille ?
Molly avait soufflé les derniers mots comme si elle n'arrivait pas à y croire.
– Eh bien… Nous ne pouvons pas savoir si ce sont réellement des signes de réveil ou des manifestations d'un changement d'état.
– Comment ça, vous ne pouvez pas savoir ? s'énerva George. C'est votre travail pourtant, de s'occuper de lui. Comment ne pouvez-vous pas savoir s'il se réveille ?
Il serrait les poings alors que son cœur voulait s'accrocher à cette idée comme à un rocher soudainement émergé dans une mer infinie de solitude.
– Nous pouvons identifier les signes que votre frère a montré, expliqua le médicomage. Mais nous ne pouvons pas être certains qu'il s'agisse d'un début de réveil. Cela peut également signifier qu'il lutte contre la douleur.
– Que voulez-vous dire ? murmura George.
Le médicomage ne répondit pas tout de suite, sachant pertinemment que c'était une chose difficile à admettre et une décision impossible qu'il allait leur demander de faire.
– Fred est dans le coma depuis six ans et la cause de son état est celle d'un traumatisme intense. Il a été admis ici non seulement inconscient, mais également gravement blessé. Nous avons soigné ses blessures sans pour autant parvenir à le faire revenir. Mais en six ans, son corps a continué de vivre, physiquement.
Arthur, Molly et George étaient pendus à ses lèvres comme à leur espoir.
– Il est très probable que le corps de Fred ait atteint le bout de ce qu'il pouvait supporter dans cet état. Les potions permettent de soulager la douleur à un certain point, mais elles ne peuvent pas être augmentées plus qu'elles ne le sont déjà.
– Mais vous avez parlé d'un réveil possible, n'est-ce pas ? s'enquit Arthur avec inquiétude.
– Le corps et l'esprit de Fred vont lutter, ils ont déjà commencé à le faire. Cela va déclencher un processus de résonance magique et l'organisme de Fred va puiser dans ses dernières ressources de magie, les plus profondes qu'il ait. S'il lui en reste suffisamment, peut-être que cette secousse physiologique entraînera un réveil. Mais il est impossible d'en être certain et tant qu'il est dans cet état, je dois vous dire qu'il souffre beaucoup.
Le silence suivit ses paroles, lourd comme une enclume, alors que les trois Weasley sentaient leurs entrailles trembler. Le médicomage attendit encore avant de reprendre, jetant sur eux la pire des questions.
– J'ai besoin de savoir si vous désirez attendre encore, en connaissance de cause, ou si vous souhaitez que nous interrompions progressivement les assistances magiques.
George eut un hoquet de déchirement et se leva d'un bond, prenant la porte alors que ses joues se noyaient dans les larmes. Il n'avait jamais été question de cela jusqu'à maintenant et il ne pouvait même pas l'envisager. Il s'appuya contre le mur le plus proche et resta là, à pleurer.
– Que doit-on faire ? murmura Arthur plus pour lui-même que comme une véritable question à Molly qu'il serrait dans ses bras alors qu'elle commençait aussi à pleurer sous le regard désolé du médicomage.
– Je sais que c'est une décision difficile et je suis profondément navré que les choses aient évolué ainsi. Mais un coma si long n'a généralement pas d'autres issues, malgré toute la puissance magique que nous ayons. »
Arthur et Molly hochèrent tristement la tête et quittèrent le bureau, retrouvant George vidé de tous ses pleurs et recroquevillé sur un banc non loin. Les trois sorcier s'étreignirent avec la force du désespoir, incapables de faire face désormais que la vie de Fred tenait sur le fil d'un rasoir. Au bout de longues minutes de silence déchirant, ils commencèrent à marcher en direction de la sortie.
Un peu plus loin dans le couloir, ils passèrent devant une chambre où une femme se mit à hurler, achevant de leur glacer le sang. Et que de sang déjà il y avait, partout sur le lit immaculé où était allongée Astoria Malefoy. Elle avait l'impression qu'elle se faisait lacérer le ventre et elle ne sentait même plus la main de Drago qui broyait la sienne. Plus les contractions se rapprochaient, plus elle perdait du sang. Les médicomages s'affolaient autour d'eux à grands coups de sortilèges et de messes basses jusqu'à ce que celui en charge de l'accouchement entre dans la chambre. Il adressa un regard entendu à Drago à qui il avait clairement signifié ce qu'impliquaient les minutes, les heures qui allaient suivre, puis il s'installa près d'Astoria.
C'était maintenant que tout se jouait.
