Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit en une heure pour la 127e nuit du FoF sur le thème "cassolette". Ce mot peut désigner un brûle parfum ou une petite casserole, mais également les recettes que l'on peut y effectuer.

Cet OS est susceptible d'être transformé en recueil consacré à Thomas, ça fait longtemps que j'ai envie de faire quelque chose autour de mon personnage préféré de la saga (avec Edith). Ceci dit, je ne suis toujours pas à l'aise pour écrire sur cette merveilleuse série, donc je verrai bien. En tout cas, j'espère que vous aimerez ce texte, que ce soit le cas ou non, faites le moi savoir !


Le plateau était lourd – la faute à la cassolette soigneusement préparée par Madame Patmore qui y reposait.

C'était dans ces moments-là que Charles réalisait pleinement qu'il avait vieilli. Quelques années auparavant seulement, il aurait pu porter sa charge d'une seule main habile tout en effectuant une seconde tâche de l'autre. Mais celles-ci s'étaient ridées, avaient commencées à se faire moins sures, plus tremblantes.

Comme le reste de ma personne, songea-t-il amèrement. Bientôt, je ne serai plus digne de Downton. Il se força toutefois à monter les escaliers réservés au personnel, le plateau dans ses mains. D'ordinaire, il chargeait un valet de pied ou une femme de chambre d'effectuer ce genre de tâches afin d'éviter un possible accident, lui se réservant la supervision de l'ensemble de ce petit monde pour assurer le bon fonctionnement de la maison. Pourtant, même si le plateau faisait trembler ses mains, même si son dos souffrait de monter les marches avec une telle charge, Charles ne demanda à personne de le remplacer.

Ce qu'il était en train de faire ne devait être fait par personne d'autre que lui.

Il termina ainsi de monter lentement l'escalier grinçant, remonta le couloir, et s'arrêta devant la chambre de Thomas Barrow.

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Que trouverait-il derrière cette porte ? Il n'y a qu'en entrant qu'il le saurait, souffla-t-il pour se donner du courage. Il toqua ainsi à la porte dans un mouvement rendu maladroit par le plateau qu'il tenait toujours et entra après avoir été invité.

Ce fut la première chose qui lui fit un choc. La voix de Thomas, d'ordinaire si orgueilleuse mais claire, c'était faite faible. La deuxième chose fut les cernes qui ornaient le visage encore plus pâle du valet de pied.

Mais bien évidement, aucun de ses éléments ne lui causèrent d'avantage de peine que les bandages qui cernaient ses poignets.

-Monsieur Carson, finit par dire Thomas en brisant le silence qui s'était installé. Que puis-je pour vous ?

Sa voix avait retrouvé un peu d'assurance provocatrice – du moins, c'est ce que Charles aurait cru avant que toute cette histoire ne survienne. Maintenant, il se demandait si cette fierté nonchalante ne cachait pas un mal-être que Thomas ne tentait pas de dissimuler. Il avait clairement entendu la faiblesse dans sa voix, quelques minutes plus tôt, lorsqu'il ne savait pas encore qui venait le voir. Comme s'il s'était autorisé à laisser parler ses véritables sentiments mais dès lors qu'il avait comprit avoir à faire à son supérieur, il s'était repris immédiatement. Pourquoi ?

Parce que je l'ai poussé à ne rien ressentir, réalisa Charles. Oh bien sûr, Thomas Barrow n'avait jamais été quelqu'un d'émotif, ne quittait son impassibilité que pour de la mesquinerie, mais tout de même. Anna, Daisy, Phylis, Andy, même Bates ou Madame Hughes avaient réussi à tirer quelque chose de lui qui se rapprochait de la gentillesse, cela à force d'écoute, de pardons.

Charles, lui, n'avait été qu'insensible et méfiant. Parce que Thomas aimait les hommes, parce qu'il avait fait de mauvaises actions dans le passé, parce qu'il était ambitieux, il avait refusé de le voir autrement qu'un mauvais bougre. Et quel en avait été le résultat ?

Deux poignées taillés et une baignoire ensanglantée.

Le problème, comprenait-il soudain, n'était pas qu'il ait voulu renvoyer Thomas – le jeune homme était bien conscient aussi que leur monde évoluait et pouvait l'accepter. Non, le problème était la manière dont il l'avait fait, si méchamment, sans aucune once de compassion, parce que dans son esprit Thomas était Thomas, et que Thomas se fichait bien de tout.

Mais c'était faux.

Thomas était bien Thomas, il ne serait jamais vraiment blanc, mais il se rendait compte que ce Thomas-là n'était pas non plus complètement noir, ni même gris foncé. Et à cause de lui, du moins en grande partie, Thomas avait failli n'être plus que rouge vermeil.

Charles commençait à comprendre que se déplacer lui-même pour apporter un repas à son chevet se suffirait pas à se racheter de son comportement envers son cadet. Peut-être, non, sûrement, devrait-il faire plus. Comme s'intéresser sincèrement à lui ou bien chercher à mieux le comprendre, même si cela ne serait pas chose aisée.

Il pouvait en tout cas commencer par quelque chose de simple : l'appeler par son prénom.