Bonjour à tous !
Voici mon premier recueil d'OS et ma première fanfiction dans l'univers de Spider-Man.
Avant tout, il faut savoir que tous les OS de ce recueil se situent dans un même univers alternatif, mais qu'ils ne sont pas postés dans l'ordre chronologique. Cela me permet notamment d'alterner plus facilement les genres, et la chronologie n'était de toute façon pas forcément très intéressante à respecter !
Il y a dans ces OS beaucoup de "tropes" que l'on retrouve dans les fanfictions anglophones (que je vous conseille, elles sont formidables et généralement très accessibles !). Je ne prétends clairement pas avoir inventé l'eau chaude (ni tiède), mais j'avais très envie de présenter ma version des choses en 100% français. Ce n'est pas facile, notamment car on perd quelques élément très intéressants dans la traduction (les surnoms ! Je suis très triste qu'il n'y ait pas de bons équivalents français aux "kid" et "kiddo" qui ponctuent ces histoires. Idem pour le "Dad", je trouve qu'en français on ne retrouve pas vraiment ce terme : personne n'appelle son père "Père", et "Papa" c'est plus enfantin. P'pa, peut-être ? Et buddy ! J'adore buddy mais je ne vois pas trop par quoi le remplacer en français) mais j'espère que ça plaira aux lecteurs qui passeront par là.
Il y aura donc des thèmes très classiques, d'autres peut-être plus originaux, mais en tout cas, chaque OS peut être lu indépendamment l'un de l'autre. L'ordre chronologique sera simplement rappelé au début.
La façon dont Peter s'adresse à Tony pourra d'ailleurs refléter où on en est dans la chronologie ; il n'appellera pas éternellement Tony "Monsieur Stark" ni ne le vouvoiera
Ce recueil d'OS prend donc place dans un UA dans lequel après la mort de May, Tony devient le tuteur légal de Peter. Cela se passe après Homecoming, mais ne prend pas en compte les autres opus de Spider-Man ni d'Avengers. Je n'exclus toutefois pas de les intégrer à un moment ou à un autre, mais toujours de manière alternative ! (Tony ne cassera pas sa pipe de sitôt 8D)
Par ailleurs, j'adore Spider-Man et Iron-Man mais je suis moins à l'aise avec l'univers des Avengers, donc si quelque chose n'est pas canon... on va dire que c'est parce qu'on est dans un Univers Alternatif ?
Cette première histoire se déroule quelques semaines à peine après le décès de May et l'arrivée de Peter chez Tony. TW: Noyade / Cauchemar
(Et je pense que cela suffit à spoiler les tropes utilisés dans cette histoire ?)
Bonne lecture !
— Au secours ! A l'aide ! S'il vous plaît ! A l'aide !
La femme était agenouillée au bord du pont, les yeux rivés sur l'East River qui, sous le soleil de septembre, ressemblait à un ruban de plomb.
Peter la rejoignit d'un bond.
— Madame, madame, est-que tout va bien ? Je peux faire quelque chose pour vous ?
Elle leva les yeux, surprise. Une lueur d'espoir s'épanouit sur son visage lorsqu'elle reconnut son costume bleu et rouge, sans que cela n'efface la terreur nichée dans ses prunelles.
— Spider-Man, oh Dieu merci, vous êtes là ! C'est mon fils, il est tombé du pont ! Il n'a que neuf ans, il sait à peine nager… s'il vous plaît, sauvez-le !
— Tout de suite, Madame !
Il s'exécuta sans poser de question, exécutant un plongeon dans le canal — et remerciant silencieusement son costume de le protéger de la morsure du froid en répandant une douce chaleur sur son épiderme.
— Karen, appela-t-il en crevant la surface de l'eau pour reprendre son souffle. On cherche un petit garçon qui serait tombé dans le canal. Est-ce que tu vois quelque chose ?
— Affirmatif, Peter. Il y a quelqu'un sous l'eau, à quinze mètres sur ta gauche, répondit l'IA. D'après sa taille et son poids, il s'agirait d'un enfant. Tu as exactement vingt secondes pour le remonter à la surface avant que ses chances de survie ne baissent drastiquement.
— Drastiquement ?
— D'approximativement quatre-vingt-dix-neuf pour cent.
— … Ah !
Il nagea immédiatement dans la direction indiquée, avisant une forme sombre qui se débattait dans les flots sombres du canal. Il battit fermement des pieds jusqu'à la rejoindre et la prit dans ses bras, avant de la guider jusqu'à la surface.
Lorsque leurs visages émergèrent de l'eau, il prit une nouvelle bouffée d'oxygène salvatrice. A son grand soulagement, il entendit le petit garçon fait de même et, sans jamais relâcher la pression autour de son petit corps, l'emmena vers le rivage.
— Tout va bien, dit-il dans l'espoir de calmer les sanglots qui agitaient la poitrine de l'enfant. Tout va bien. Je te tiens. Tout va bien.
— Sp-sp-Spider-Man ?
L'enfant renifla.
— C'est… c'est toi ?
— C'est bien moi, tu m'as démasqué, sourit gentiment Peter. Spider-Man, à ton service. Et toi, comment tu t'appelles, bonhomme ?
— N-Noah.
— Noah ? C'est un très joli prénom. On est bientôt arrivé, okay, Noah ? Accroche-toi bien à moi.
Ils gagnèrent le rivage dans une gerbe d'éclaboussures. Peter posa précautionneusement l'enfant sur la terre ferme, avant de s'y hisser à son tour. Au loin, il vit la mère de Noah se précipiter vers l'escalier qui reliait le pont au quai sur lequel ils se trouvaient.
— Ta maman sera bientôt là, dit-il à l'enfant, qui hocha la tête en essuyant ses yeux rougis par les pleurs. En attendant, tu crois que tu pourrais me dire comment tu as atterri là-dedans ? Tu as dû faire une sacrée chute.
— C'-c'est N-Nounours… répondit l'enfant, se remettant à sangloter de plus belle. il a glissé dans l'eau, et je v-v-voulais le s-s-sauver…
— Nounours ? C'est…
— C'est mon nounours.
— Jusque là, ça se tient, admit Peter.
— Il est tombé quand je suis allé au bord du pont pour faire une photo pour maman, et-et-et… je voulais juste le récupérer… c'est mon pa-papy qui me l'avait offert… uuhhh…
Un nouveau sanglot l'interrompit.
— Oh, euh, d'accord. Ne t'inquiète pas, Noah, on va retrouver Nounours, d'accord ? Mmh… Karen ?
— Peter ? répondit son IA, d'une voix qui lui parut méfiante.
— Est-ce que tu vois le moindre ours en peluche dans l'eau ?
Il y a un bref instant de silence, avant que l'IA ne réponde, sans se départir de ce ton méfiant qui avait dû être installé par Tony Stark pour les occasions comme celle-ci :
— Je vois actuellement trois objets qui pourraient correspondre au signalement, mais ils sont hors d'atteinte pour…
— Super, merci Karen. Je vais aller chercher Nounours et je reviens, d'accord ? proposa Peter à Noah qui sécha ses larmes et acquiesça, les yeux brillant d'espoir. Toi, tu ne bouges pas de là, bonhomme.
Et il plongea à nouveau dans le canal, battant des jambes pour s'enfoncer dans les profondeurs de l'East River.
Il devinait, dans les profondeurs des flots, tout un cimetière d'objets entassés là au fil des années, voire des décennies. Caisses, pneus, bouteilles… ils formaient une étrange quincaillerie d'outre-tombe.
Peter s'en approcha rapidement, ignorant l'obscurité qui grandissait autour de lui, troublée ça et là par des flaques de lumière verdâtre. Autour de lui, le silence était total, et il crut que son coeur allait se décrocher de sa poitrine lorsque la voix de Karen retentit brusquement à deux millimètres de son oreille.
— Peter, en me basant sur la moyenne d'apnée des citoyens américains de ton âge, tu n'auras bientôt plus assez d'oxygène pour remonter à la surface.
Il l'ignora : il venait d'apercevoir, coincé entre deux carcasses d'écrans d'ordinateur (comment s'étaient-elles retrouvées là ?), les contours duveteux d'un ours en peluche. Il tendit la main pour l'attraper mais quelque chose, entortillé autour de sa cheville, le retint.
Sérieusement ?
Il fit volte-face et constata qu'il s'était pris le pied dans une espèce de filet de pêche à moitié pourri par l'eau, piqueté ça et là de coquillages. Il grogna de frustration et entreprit de se sortir de ce piège, faisant fi de la voix de Karen qui devenait pressante.
— Peter, tu ne pourras plus retenir ta respiration très longtemps. Tu dois remonter à la surface immédiatement.
Sans rire, Karen.
Non sans efforts, il parvint à dégager son pied de l'entrelacs de fils. Le visage et les poumons en feu, il se retourna pour attraper l'ours en peluche.
Il avait disparu.
— Peter !
Il était trop tard pour retrouver la peluche. Battant des jambes, Peter tenta de regagner la surface, mais il sentait qu'il était arrivé au bout de ses capacités. Ses poumons le brûlaient, réclamaient désespérément une bouffée d'air, juste une… ses gestes devenaient désordonnés, ses oreilles commençaient à bourdonner, des étoiles noires dansaient à la périphérie de son champ de vision, et l'envie d'inspirer — une fois, seulement une fois — était devenue une obsession. Juste une bouffée… une gorgée d'oxygène…
— Appel d'urgence, lança la voix de Karen, devenue un écho lointain. Appel… ony… protocole.. urgence…
De l'air… il lui fallait de l'air…
L'instinct fut plus fort que sa raison. Il ouvrit la bouche, et l'eau s'engouffra à gros bouillons dans ses poumons.
OOO
Quelque chose exécuta une pression d'acier sur sa poitrine.
Une fois. Deux fois. Trois fois.
— Allez, Pete, allez…
Quatre. Cinq. Six.
— Respire… respire….
Sept. Huit. Neu-
Tout à coup, quelque chose remonta le long de sa gorge et il se mit à cracher, souffler, tousser et vomir en même temps — son nez comme son oesophage étaient en feu, et des larmes ruisselèrent malgré lui sur ses joues.
— Oh, Dieu merci. Merci, merci.
On le fit rouler sur le flanc, lui évitant ravaler toute l'eau qui avait décidé de quitter son corps en passant par ses voies respiratoires, sa bouche et son nez, et qui l'étouffait à moitié.
— J-je… urgghhh…
— Shhhhh. N'essaie pas de parler, d'accord ? Contente-toi de respirer.
Une main se promena dans ses cheveux trempés, dégageant son visage. Peter réalisa alors qu'on lui avait retiré son masque, et par réflexe se mit à chercher à tâtons autour de lui — jusqu'à ce qu'une main ne se pose fermement sur la sienne, interrompant ses gestes erratiques.
— Ne remue pas, lança calmement la voix, et Peter cilla pour reconnaître les contours du visage penché au-dessus du sien. Tout va bien. Si l'on fait abstraction du fait que Karen m'ait appelé à la rescousse pour me prévenir que tu étais en train de te noyer, bien évidemment.
— Monsieur… Monsieur St-Stark ? bafouilla Peter à travers ses larmes, chaque inspiration lui cisaillant les poumons.
— En chair et en os.
Il toussa à nouveau et crut voir un éclair d'inquiétude traverser les yeux de Tony Stark.
— Qu-qu'est-ce… qu'est-ce que vous faîtes ici ?
— Laisse-moi réfléchir… Mmmhhh… te sauver la vie ?
Peter cilla de nouveau, confus.
— Tu étais au fond de l'East River, petit. Karen m'a appelé, et je suis venu te chercher. Ça éveille quelque chose dans ta mémoire ?
Peter hocha la tête, les pensées encore un peu emmêlées.
— Vous êtes… venu ? P-pourquoi ne pas juste envoyer une ar-armure comme la… la dernière fois ?
— Je ne sais pas. Peut-être parce que je suis, comment dit-on déjà ? Ton « tuteur légal » ? Ou peut-être parce que j'ai inventé beaucoup de choses, mais encore aucune armure capable de faire du bouche à bouche ?
— Du bouche à… quoi ?
Peter passa les doigts sur ses lèvres, horrifié.
— Vous… vous m'avez fait du bouche à bouche ?
— Mmh, pourrait-on parler de ça ailleurs ? Tu es trempé, et je crois que l'essentiel, pour toi comme pour moi, c'est de te ramener à la maison, pas de s'appesantir sur ce moment où ma salive est effectivement rentrée dans ta bouche pour te ramener à la vie.
— Eww…
Peter se redressa difficilement, soutenu par Tony, et jeta un regard à la ronde. Ils étaient sur le toit d'un immeuble, l'armure d'Iron Man postée à quelques pas d'eux, étincelant sous la lumière froide du soleil.
— Noah. Le petit garçon. Où est-il ? s'affola soudainement Peter.
— Tu veux parler de l'enfant que tu as sorti du canal, avant d'y replonger illico pour une raison complètement obscure, que je ne suis pas sûr d'avoir envie de découvrir ? Il va bien, sa mère l'a récupéré peu de temps après que tu aies décidé de vérifier si des branchies allaient te pousser si tu restais plus de dix minutes sous l'eau. Et si tu veux tout savoir, la réponse est définitivement : non.
— Il fallait que je retrouve Nounours, expliqua Peter sans y réfléchir.
Tony haussa un sourcil avec tant de virtuosité que Peter aurait parié qu'il s'était entraîné devant son miroir.
— Son ours en peluche, insista Peter. L'ours de Noah, je veux dire. Il était tombé dans le canal, et il fallait que je le récupère.
— Attends.
Tony leva la main pour l'interrompre, l'incrédulité creusant les rides aux coins de ses yeux.
— Tu es en train de me dire que tu as failli te noyer pour récupérer une peluche ?
— Nounours, il s'appelle Nounours.
— Réponds-moi. Tu as manqué de mourir pour une foutuePELUCHE ?
Peter essaya de sourire, mais le regard sévère de Tony lui indiqua que sa tentative était vouée à l'échec.
— Euh… Oui ?
OOO
— Tu as l'interdiction de t'approcher de la moindre source d'eau pour les deux prochain mois, lui indiqua Tony lorsqu'ils furent arrivés dans sa chambre. Sinon, je reprends ton costume, et cette fois-ci rien ne me convaincra de te le rendre. Compris ?
Malgré les protestations de Peter, Tony l'avait porté jusqu'à la Tour Stark, refusant de le laisser se servir de ses toiles pour l'y rejoindre. Il n'avait pas décroché un mot du voyage, essayant visiblement d'intégrer le fait que Peter ait risqué sa vie pour un simple ours en peluche. Peter avait jugé préférable de se taire, mais la « punition » de Tony lui fit récupérer l'usage de sa langue.
— Aucune source d'eau ? répéta-t-il en écarquillant les yeux. Mais c'est impossible ! New York est entourée d'eau ! Et… est-ce que la patinoire compte ? Techniquement, c'est de l'eau, même si elle est gelée. Et la piscine municipale ? Il y a une piscine municipale pas très loin d'ici. Et quand vous dîtes que j'ai interdiction de m'en approcher, est-ce que vous pensez à une distance précise ? Cent mètres ? Deux cent mètres ?
— Bon sang, Peter. Juste… plus d'East River pour toi.
Puis, avant que Peter n'ait eu le temps de protester :
— Tu vas bien ?
— Oh, très bien. Je récupère vite.
C'était vrai. Il lui avait fallait environ cinq minutes pour que toute sensation de brûlure disparaisse, et que ses poumons se remettent à fonctionner normalement. Grâce à ses capacités curatives, il échapperait même au rhume phénoménal qui aurait cloué au lit n'importe qui d'autre à sa place.
Mais il avait d'autres sources d'inquiétude :
— Si je n'ai plus le droit de m'approcher de l'East River, qu'est-ce que je fais si un autre enfant s'y noie ? Je ne peux pas me contenter de le regarder !
— Appelle un garde-côte, ou n'importe quelle autre personne qualifiée. Ou mieux : appelle-moi, et je m'en occuperai.
— Mais et si…
— C'est bon, tu as fini ? Parfait, on se retrouve au dîner, bye Pete.
— Mais Monsieur Stark !
OOO
De l'eau partout autour de lui. Sur lui. Dans sa bouche, dans ses yeux, dans ses poumons.
Il tend la main, essaye d'attraper l'enfant, mais celui-ci ne cesse de se dérober sous ses doigts. Ses yeux sont grands ouverts dans l'obscurité verdâtre du canal, ils semblent le fixer sans le voir. Au loin résonne la voix de Karen, mais Peter ne parvient pas à comprendre ce qu'elle dit. Ses mots s'entremêlent, forment un canevas impossible à déchiffrer.
Il ne peut plus respirer, ses poumons vont éclater, mais il ne peut pas remonter à la surface.
Il doit sauver l'enfant.
Il s'aperçoit alors que sa main est nue. Il touche son visage et constate que son masque avait disparu. Il n'est plus Spider-Man, il n'est que Peter Parker, et il est en train de se noyer…
De l'eau, il y a de l'eau partout…
Elle l'écrase, le maintient dans les profondeurs…
— Pete ?
Il ne peut plus respirer…
— Peter, réveille-toi. Peter !
Ses yeux s'ouvrirent brusquement et il se retrouva nez à nez avec Tony. Son coeur ruait contre sa cage thoracique comme un cheval lancé au triple galop ; il tremblait de tous ses membres, la peur cavalant dans ses veines en une onde glacée.
— Monsieur Stark, je ne peux pas respirer, il y a de l'eau partout, s'il vous plait, aidez-moi… bafouilla Peter, jusqu'à ce que Tony prenne son visage entre ses mains et le force à plonger ses yeux dans les siens.
— Peter, regarde-moi. Il n'y a pas d'eau. Nous sommes dans ta chambre, dans la Tour Stark. Tu n'es pas en train de te noyer, tu es avec moi.
— Mais je… je…
Ses draps étaient trempés, pourtant Monsieur Stark avait raison : il était bien dans son lit. Dans sa chambre. Une lumière tamisée, douce et rassurante, se déployait autour de lui, déposant un voile orangé sur le visage soucieux de Monsieur Stark.
— Tu es avec moi, Pete ?
Le garçon acquiesça doucement, baissant les yeux sur ses draps mouillés. Mais comment pouvaient-ils être mouillés, alors que…
Oh.
Une vague de honte se souleva dans son corps, brûlant son visage. Avant d'avoir pu la retenir, une larme roula sur sa joue.
— Hey, ce n'est rien, Spidey. Ne pleure pas.
Il aurait voulu se terrer dans un trou. Disparaître dans un mur. Disparaître tout court. Il ne s'était jamais senti aussi humilié de sa vie.
— J'ai connu bien pire, crois-moi. Tu ne sais pas ce qu'un homme saoul peut faire, lui dit Tony d'une voix étonnamment douce en s'asseyant sur une partie du matelas qui semblait relativement sèche, posant une main douce mais ferme sur son épaule.
— J-j-je suis désolé, je vais nettoyer…
— Shhh. Regarde-moi, Pete.
Il obéit à contrecoeur, effrayé à l'idée de déceler de la moquerie ou — pire — de la déception dans les prunelles sombres de son mentor.
Pourtant, il n'y eut de tel dans le regard que Tony posa sur lui. Une pointe de tristesse, peut-être, mêlée de quelque chose qui s'apparentait presque à de la sympathie. Cette constatation fit redoubler ses sanglots, et Peter lutta contre son envie de se nicher contre l'homme, d'enfouir son visage contre son épaule en quête d'une échappatoire et, peut-être, d'une étreinte tendre comme celles de May lorsqu'il se réveillait à ses côtés après un cauchemar…
Mais Tony n'était pas le genre d'homme à distribuer des câlins comme des petits pains, et Peter resta immobile, ravalant difficilement ses larmes de honte.
— Tu n'as rien fait de mal. D'accord ? murmura Tony, comme s'il devinait sa détresse dans ses yeux.
Peter hocha la tête en reniflant.
— Tu n'as rien fait de mal, répéta Tony, puis, après un bref silence : Tu penses pouvoir te lever ?
Peter acquiesça à nouveau et posa ses jambes chancelantes au sol.
— Va prendre une douche, Spidey, je m'occupe du reste.
— Mais… mais…
— Allez, hop hop hop, exécution !
Son ton n'appelait aucune contradiction.
OOO
Peter se débarrassa de ses vêtements mouillés et se glissa sous la douche. Il mit la température de l'eau au maximum, comme si la chaleur pouvait faire disparaître le sentiment d'humiliation qui lui brûlait le creux du ventre. Il se lava rapidement, puis sursauta lorsque l'eau toucha ses cheveux et décida qu'il n'était pas encore prêt à immerger sa tête. Pas maintenant. Pas ce soir.
Un pyjama propre l'attendait à la sortie de la douche. Il l'enfila prestement et eut la surprise de trouver Tony toujours dans sa chambre, assis sur un fauteuil qu'il avait ramené près de son lit. Ses draps avaient été changés et dégageaient un doux parfum de linge fraîchement lavé.
— Merci, Monsieur Stark, murmura Peter en se glissant rapidement dans le lit. Je suis vraiment désolé pour… pour tout ça. Ça ne m'était pas arrivé depuis… dix ans, au moins ?
— Ne t'en fais pas, petit, il n'y a pas mort d'homme. Je te l'ai dit, j'ai fait bien pire à ton âge. S'il était encore de ce monde, mon père serait ravi de te le confirmer.
Peter ne put réprimer un mince sourire et leva les yeux sur Tony, qui lui souriait d'un air amusé.
— Qu'est-ce que vous faisiez, à mon âge ?
— Mmmh, disons que l'histoire attendra un autre soir, d'accord ?
— Oh, allez Monsieur Stark !
Il ne répondit pas et tritura les bords du lit. Peter mit un certain temps avant de comprendre qu'il le bordait, et un curieux sentiment de bien-être s'épanouit dans sa poitrine, chassant peu à peu la honte qui s'accrochait à son coeur et empoisonnait ses pensées. Avant, May le bordait tous les soirs, mais il ne s'était jamais attendu à ce que Monsieur Stark en fasse de même. Pour tout dire, il ne s'était jamais attendu à ce que Monsieur Stark fasse preuve de la moindre once de tendresse à son égard.
Il sursauta lorsque la main de son tuteur se posa sur son front, à la naissance de ses cheveux, presque hésitante, et repoussa avec délicatesse quelques boucles châtain en arrière.
— Comment tu te sens, Spidey ?
— Ça va, répondit-il sincèrement, à son propre étonnement. Je vais bien.
Tant que vous êtes là, je vais bien.
Il y eut un léger silence, puis :
— Ce que tu as fait pour ce petit garçon… cette histoire de Nounours…
— C'était stupide, je sais.
— Oui. Mais c'était aussi… héroïque, d'une certaine façon.
Peter haussa les sourcils. Tony lui adressa un mince sourire.
— Simplement, la prochaine fois, garde ton héroïsme pour les humains, d'accord ?
Peter acquiesça et ferma les yeux. Il se sentait infiniment mieux que plus tôt. La main de Tony dans ses cheveux était rassurante. Réconfortante.
— Et les chats ? murmura-t-il en sentant le sommeil l'envahir.
— Et les chats, si tu veux.
— Et les chiens ? Les oiseaux ? Les renards ?
— Tu vas me réciter toute l'arche de Noé ?
— … Désolé. Mais je peux sauver les animaux ?
— … Si tu veux. Simplement, ne mets pas ta vie en péril pour des choses inanimées. Si je devais encore te faire du bouche à bouche… disons que je suis trop vieux pour ce genre de frayeur.
— Mmmh. C'est vous qui l'avez dit, murmura Peter.
— Tsss. Dors, petit.
— Mmmmhhh… à propos de ce bouche à bouche, si on pouvait ne plus le mentionner…
— Bonne nuit, Spidey.
Il crut sentir un baiser frôler ses cheveux, mais peut-être n'était-ce que son imagination ? Le sommeil l'emportait peu à peu, l'éloignant de la réalité en recouvrant ses pensées et son corps d'un voile de coton.
Mais cette fois-ci, avec la présence de Tony à ses côtés, il savait qu'il ne ferait plus de cauchemars.
