DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.
Rating : M+
Genre : romance / slash / Yaoi
Bonjour à tous !
En ce début de vacances, je suis de retour avec un projet qui m'a longtemps trotté dans la tête et que j'ai fini par concrétiser il y a plusieurs mois. Il s'agit d'une adaptation libre de la série policière anglaise "Broadchurch". Bien sûr, j'ai modifié un certain nombre de choses à l'intrigue, sinon cela n'avait plus aucun intérêt pour ceux qui ont vu la série.
Ceux qui connaissent Broadchurch savent donc que ce n'est pas une histoire légère. Il y est question du meurtre d'un enfant et de la difficulté de l'enquête dans un village où tout le monde se connait mais où les secrets sont bien gardés.
J'espère que ça vous plaira. L'histoire est terminée. Elle fait 12 chapitres et un épilogue. Publication une fois par semaine.
Bonne lecture !
Chapitre 1
Godric's Hollow - 25 août
Ginny se réveilla en sursaut. Les derniers lambeaux de son rêve s'échappèrent sans qu'elle parvienne à se souvenir de quoi elle avait rêvé.
Elle se frotta les yeux en soupirant, tentant de dissiper la sensation de malaise qui étreignait son cœur. Elle remarqua alors la place vide à ses côtés, dans le lit, et le soleil qui filtrait généreusement au travers des tentures. Elle prit sa montre sur la table de nuit et consulta l'heure.
-Et merde ! jura-t-elle en basculant les jambes hors du lit.
Elle enfila un peignoir léger et descendit rapidement l'escalier. Dans la cuisine, Harry était en train de laver une poêle et une assiette, tandis que James lisait un magazine de Quidditch en mangeant des céréales.
- Bonjour mon chéri, dit-elle en embrassant James dans les cheveux.
- 'lut, M'man, répondit-il, la bouche pleine.
- Bien dormi ? demanda Harry, en posant l'assiette sur l'égouttoir.
- Tu aurais pu me réveiller, maugréa Ginny en lui donnant un rapide baiser.
- J'ai essayé. Tu m'as frappé.
Ginny leva les yeux au ciel et se servit une tasse de café.
- Albus est déjà parti ? demanda-t-elle.
- Il était parti avant même que je sois debout, confirma Harry. Il avait vraiment hâte de commencer, apparemment.
- Hm. Il prend cette mission de nettoyage de la plage très au sérieux.
Un petit ricanement se fit entendre.
- Nettoyer la plage, pouffa James. Sans magie, en plus, Tu parles d'une mission…
- Ne te moque pas de ton frère, le réprimanda Ginny. Tu ferais bien de prendre exemple sur lui au lieu de ne rien faire !
- Ce sont les vacances, merde !
- Langage, jeune homme ! intervint Harry. Ta mère a raison. Tu ne fais rien de tes journées, excepté…
- C'est bon, j'me casse, coupa James en reculant bruyamment sa chaise. Vous me soûlez, tous les deux ! De toute façon, c'est toujours la même chose ! Il n'y en a que pour Albus !
Il sortit en trombe de la cuisine.
- James, reviens ici ! cria Harry.
Seul le claquement de la porte d'entrée lui répondit.
Harry soupira.
- Tu devrais lui parler, dit Ginny.
- Pour lui dire quoi ? Il ne m'écoute pas.
Ginny haussa les épaules. Elle remarqua alors une boite en plastique sur le plan de travail avec une pomme par-dessus.
- Albus a oublié son déjeuner, dit-elle.
- Je peux aller le lui déposer, proposa Harry.
- Non, c'est bon. Il doit être au terrain de quidditch à onze heures pour la Journée du Sport. Je lui donnerai à ce moment-là.
- Tu tiens toujours le stand de pâtisseries avec Hermione ?
- Tu paries combien qu'elle arrivera en retard parce qu'elle aura eu un truc super important à faire à Ste Mangouste ?
- Tu es injuste, Gin'. Hermione a des responsabilités. Elle…
- Merci de me rappeler que je ne suis qu'une femme au foyer, coupa-t-elle durement.
- Je n'ai pas voulu dire ça, tu le sais…
- Ce que je sais, c'est que j'avais une carrière prometteuse de joueuse de quidditch avant que je n'arrête tout pour élever tes enfants !
- Evidemment, il faut que tu remettes ça sur le tapis…
- Parce que c'est la vérité !
- Tu n'es pas la seule à avoir fait des sacrifices, ajouta Harry à voix basse.
- Quoi ?
- Rien.
Ginny pinça les lèvres.
- Tu as toujours fait ce qui t'arrangeait, Harry !
- Ah vraiment ?
- Parfaitement ! Tu as joué les héros chez les Aurors le temps que ça t'amusait mais maintenant que ça ne te convient plus, tu as pris un congé sabbatique, du jour au lendemain, sans même me demander mon avis ! Et pour quoi faire ? Pour être collé à mon frère à longueur de journée dans un magasin de farces et attrapes !
Harry la regarda, choqué.
- Le temps que ça m'amusait ? répéta-t-il. Je ne peux pas croire que tu dises une chose pareille ! Tu sais très bien pourquoi j'ai pris ce congé sabbatique !
- Oui, je le sais ! Mais ça va faire deux ans ! Il est temps que tu reprennes ton travail ! Nos économies fondent comme neige au soleil !
Le visage de Harry se ferma et il sortit de la cuisine.
- Où vas-tu ? demanda Ginny.
Harry ne lui répondit pas. Il enfila sa veste et quitta la maison sans un mot.
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Ministère de la Magie, Londres
Neville Londubat traversa le grand hall du Ministère avec la mine réjouie. Il revenait de trois semaines de vacances idylliques en Australie avec Luna et là, il avait rendez-vous avec le Chef des Aurors, certainement pour s'entendre dire qu'il était nommé responsable d'équipe. Cela faisait des mois qu'il attendait cette promotion et tout le monde s'accordait à dire qu'elle était pour lui.
En entrant dans l'ascenseur, trois sorcières le regardèrent en battant des cils et en minaudant un « bonjour Auror Londubat ». Il leur fit un large sourire qui provoqua quelques gloussements. Il en avait l'habitude. Il faut dire que les années l'avaient bien avantagé. On était loin du jeune homme gauche, au visage lunaire et aux dents trop proéminentes qu'il était en quittant Poudlard.
Arrivé au deuxième étage, au département de la Justice Magique, il croisa quelques collègues qui lui souhaitèrent un bon retour et qui le taquinèrent sur son bronzage. Il gagna ensuite le bureau qu'il occupait avec trois autres coéquipiers.
- Salut les gars !
- Nom d'un détraqueur, Londubat ! s'écria Paul Thompson. T'as décidé de rivaliser avec les caramels de Honeydukes ou quoi ?
- Ne l'écoute pas, Neville, dit Demelza Robins en se levant et en l'étreignant amicalement. Il est jaloux, c'est tout.
- C'est faux ! dit Thompson.
- C'est vrai ! répliqua Toby Hawkins. T'as la couleur d'un bidet !
Une boulette de papier vola par-dessus la table que Hawkins esquiva habilement.
- Tu nous as manqué, dit Thompson avec un sourire. On est drôlement content que tu sois revenu.
- Moi aussi, dit Neville. Surtout que j'ai rendez-vous chez le chef. Sûrement à propos du poste de responsable d'équipe…
- Heu… oui, à ce propos, commença Demelza, dont le sourire s'était fané, tu dois savoir que…
- Londubat ! fit une voix tonitruante à la porte. Vous voilà enfin !
Neville se retourna pour voir Gawain Robards dans l'encadrement.
- Bonjour Chef !
- Dans mon bureau.
- Oui, Chef !
Neville suivit Robards au travers des couloirs jusque dans son bureau. Le Chef des Aurors prit place dans son fauteuil en cuir et soupira.
- Bon. Je ne vais pas tourner autour du chaudron. Le poste de responsable a été attribué la semaine dernière.
- Quoi ? Mais vous aviez dit que…
- Je sais ce que j'avais dit. Mais la donne a changé. Le Ministre n'a pas eu le choix.
- Le choix de quoi ? Qui a été nommé ?
- Draco Malefoy.
- Ma… Malefoy ? Mais… aux dernières nouvelles, il était à New-York !
- En effet, il était Auror de liaison au Macusa pour le Ministère de la Magie britannique. Mais il est rentré en Angleterre. Il fallait le recaser quelque part.
- Et donc on lui a donné mon poste !
- Ce n'était pas votre poste. C'était un poste libre qui correspondait à son ancienneté et ses états de service.
- Ses états de service, maugréa Neville. Ça inclut être mangemort ?
- Faites attention à ce que vous dites, Auror Londubat. L'Auror Malefoy a été acquitté de toutes les charges qui pesaient sur lui.
- Je le sais. Je ne voulais pas dire ça, murmura Neville en baissant la tête.
Robards croisa les mains sur le bureau.
- Bon, oublions ça. De toute façon, c'est une situation temporaire. Il est question que Malefoy soit transféré à Paris dans six mois. Si, d'ici là, votre collaboration se passe bien, vous obtiendrez le poste de responsable sans aucune difficulté.
- Notre collaboration ?
- Oui. Vous serez son adjoint. Ça vous permettra de vous familiariser avec la fonction.
- Son adjoint ? Vous n'y pensez pas !
- C'est décidé. Le Ministre a donné son accord.
- C'est impossible ! Malefoy et moi, on… on ne s'est jamais entendu ! Chef, ça va être une catastrophe !
- Eh bien, je vous encourage vivement à faire en sorte que ça fonctionne, Auror Londubat ! Il y va de votre prochaine promotion.
Neville soupira comme un condamné à mort.
- Bien, Chef.
- C'est tout ce que je voulais entendre ! dit Robards joyeusement.
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Godric's Hollow
- Ça n'a pas l'air d'aller, dit Ron d'un air compatissant.
- Si, ça va, répondit Harry en s'affalant sur une chaise dans la cuisine de son ami. C'est juste ta sœur qui me prend encore la tête.
- Ah. Ouais. A propos de quoi, cette fois ?
- Sa carrière de joueuse de Quidditch, injustement écourtée.
- Hm. Ce n'est pas la première fois qu'elle revient avec ça.
- Non, mais cette fois elle me reproche d'avoir pris un congé sabbatique et de ne pas encore avoir repris le travail.
Ron s'agita sur sa chaise, mal à l'aise.
- Ecoute, vieux, dit-il prudemment. Tu sais que je suis de ton côté… ma sœur peut être la reine des emmerdeuses… mais pour le coup, elle a peut-être raison…
- Ron !
- Non, écoute… c'est super cool que tu nous aides, George et moi, à la boutique, mais… tu es Auror, Harry. Tu es fait pour ça, pas pour remplir les rayons d'un magasin de farces et attrapes…
- J'ai changé, Ron. La…
Harry ferma douloureusement les yeux.
- La mort de Ryan a tout changé.
- On ne se remet jamais de la mort d'un coéquipier mais il n'empêche que tu devrais songer à y retourner.
- Si j'y retourne, je serai obligé de passer une évaluation psychologique avant de reprendre le service.
- C'est ça qui te fait peur ?
- Ça ne me fait pas peur, ça m'emmerde !
Ron soupira. Harry avait beau être son meilleur ami, il était pénible par moments.
- Tu n'as pas l'air très en forme non plus, observa Harry pour changer de sujet.
- Je n'ai pas beaucoup dormi.
- Ah bon ?
- Tu savais que les moldus parviennent à discuter entre eux par ordinateurs interposés ? Ils appellent ça du « chat ». Ils font ça sur des… forums. C'est Rose qui me l'a expliqué.
- Oui, je le sais. C'est ça que tu as fait ? Du chat ?
- Ouais.
- A propos de quoi ?
- Bah, rien de particulier.
- Tu discutais avec qui ?
Ron semblait embarrassé.
- Ben quoi ? insista Harry. Tu discutais avec qui ?
- Une femme, avoua Ron. Elle s'appelle Mary.
- Quoi ?
- Ce n'est pas ce que tu crois. On discute, c'est tout.
- Mais pourquoi tu as besoin de discuter au milieu de la nuit avec une femme que tu ne connais pas ?
- Peut-être parce qu'elle m'écoute et qu'avec elle, je n'ai pas l'impression d'être un abruti fini !
- Merde, Ron, soupira Harry. Tu joues un jeu dangereux… et Hermione ne mérite pas ça…
- Je ne fais rien de mal ! Et tu es mal placé pour me juger, tu ne crois pas ? Ma sœur est peut-être une emmerdeuse, mais elle ne mérite pas ça non plus !
Harry baissa les yeux.
- C'est vrai. C'est pour ça que j'ai réglé le problème.
- Vraiment ?
- Ouais.
- Quand ?
- Hier soir.
- Ah.
Ron risqua un regard inquiet vers Harry. Puis, il demanda :
- Tu viens aux sélections tantôt ?
- Non, il ne vaut mieux pas.
- Albus t'en veut encore ?
- C'est rien de le dire.
- Ça va s'arranger, tu vas voir.
- Et toi, tu y vas ?
- Oui, je l'ai promis à Hugo. Il espère être sélectionné.
- Il n'y a pas de raison qu'il ne le soit pas. Il se débrouille vraiment bien comme poursuiveur.
Ron ne répondit pas. Il consulta sa montre.
- Je dois aller à Manchester rencontrer un nouveau fournisseur. Ça te dit de m'accompagner ?
- Volontiers !
- Génial, mon pote ! dit Ron en souriant largement.
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Ministère de la Magie, Londres
Neville se tint dans l'encadrement de la porte, observant l'homme assis derrière le bureau. Il n'avait pas vraiment changé. Toujours les mêmes cheveux blonds très clairs, la même peau pâle, le même nez pointu. Et surtout les mêmes yeux gris métalliques qui le fixaient maintenant avec acuité.
- Londubat.
- Malefoy.
- Que veux-tu ?
- Mon poste.
- Je te demande pardon ?
- Tu as pris mon poste. Tu reviens des Etats-Unis pour je ne sais quelle raison et on te recase ici, vite fait, bien fait, en te donnant mon poste. C'est injuste.
- La vie est injuste, Londubat. Il fallait bien que tu le découvres tôt ou tard. Maintenant, si c'est tout ce que tu avais à me dire, tu peux t'en aller.
- Non.
- Non ?
- Je suis ton adjoint.
- Quoi ? Je n'ai pas besoin d'adjoint !
- il faut croire que si.
- C'est hors de question !
- Va te plaindre au Ministre et à Robards. En attendant… je suis ton adjoint.
Malefoy soupira en se frottant les yeux du pouce et de l'index.
- Je suppose que tu as déjà fait connaissance avec les équipes, dit Neville.
- Non.
- Comment non ?
- Je n'ai pas besoin de faire connaissance avec eux. Les gens ne m'intéressent pas.
- Ecoute, Malefoy, je ne sais pas pour qui tu te prends, mais ce n'est pas comme ça que ça fonctionne ici. Allez, viens.
Malefoy prit un paquet de parchemins enliassés dans une corbeille de tri et l'agita devant lui.
-Voici le registre du personnel, dit-il. Je le connais par cœur. Je sais qui fait quoi, à quel poste, depuis combien de temps et avec quel résultat. Je connais tous leurs états de service. Je suis informé des opérations en cours, à venir et des affectations. Voilà ce qui compte. Pas le nom de leur conjoint, de leurs enfants, de leurs cousins, ce qu'ils bouffent à midi ou s'ils préfèrent les chats, les chiens ou les niffleurs.
Neville leva les yeux au ciel.
- Tu parles d'un management…
- Je fais mon travail comme je l'entends, Londubat. Tu feras ce que tu auras envie de faire le jour où tu occuperas mon poste.
Neville maugréa entre ses dents et tourna les talons.
- Londubat, le rappela Malefoy.
- Quoi ?
- Qu'en est-il de Potter ?
- De quoi parles-tu ? demanda Neville en fronçant les sourcils.
- D'après le registre, Potter est absent depuis deux ans. Congé sabbatique.
- Oui. Et ?
- Cela ne lui ressemble pas.
- Que sais-tu de ce qui lui ressemble ? Ça fait des années que tu ne l'as plus vu.
- Il vivait pour ce métier ! Il avait ça dans le sang ! Que s'est-il passé ?
- Ce n'est pas inscrit dans ton précieux registre ? se moqua Neville.
- Manifestement non, sans quoi je ne te poserais pas la question, soupira Malefoy.
Neville fixa Malefoy avec froideur.
- En quoi ça te concerne ? Tu l'as dit toi-même, les gens ne t'intéressent pas.
Et sur ces mots, il quitta le bureau.
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Godric's Hollow
Godric's Hollow était un village pittoresque situé sur la côte sud de l'Angleterre. Avec sa falaise blanche qui tombait à pic sur le rivage, sa plage de sable blond, son port et ses collines verdoyantes, il offrait l'image d'une carte postale. Contrairement à la plupart des villages sorciers, il n'était pas invisible aux moldus mais seulement protégé par un sort très puissant qui faisait que les moldus, sitôt la limite du village franchie, étaient pris d'une irrésistible envie de rentrer chez eux.
Quand Harry avait souhaité y emménager après la naissance de James, Ginny n'avait pas été ravie. Elle s'était habituée à la vie trépidante de Londres et n'était pas sûre d'apprécier retourner vivre à la campagne. Elle s'y accommoda cependant très vite, prenant goût aux longues balades sur la plage, à l'air vivifiant du large et à la gentillesse des habitants. Il faut dire que le fait que Harry Potter revienne s'installer dans le village qui l'avait vu naître avait été un petit événement. Pour autant, personne ne s'était montré intrusif ou trop curieux, ce que Ginny avait apprécié. Rapidement, elle s'impliqua donc dans la vie de la communauté, et travailla bénévolement à l'Office du tourisme et au Cercle historique du village afin de protéger au mieux la mémoire de James et Lily Potter.
Pour ne rien gâcher, Godric's Hollow disposait d'une école primaire. Ce type d'établissement était rare. La plupart des parents sorciers dispensaient en effet un enseignement à domicile ou envoyaient leurs enfants dans les écoles moldues, avec ce que cela impliquait comme difficultés quand apparaissaient les premiers signes de magie spontanée.
Ginny était tellement enthousiaste qu'elle était parvenue à convaincre Ron et Hermione de venir s'y installer également.
Mais les années s'écoulaient et l'enthousiasme de Ginny s'était émoussé. Depuis que ses deux fils étaient entrés à Poudlard, elle se sentait inutile. Le Cercle historique ne l'amusait plus, pas plus que les potins du village. Elle enviait Hermione qui semblait avoir une vie passionnante, elle en voulait à Harry d'avoir pris un congé sabbatique et à son frère de ne rien faire pour le convaincre de reprendre le travail.
Plus ça allait, plus elle avait l'impression d'étouffer, de mener une vie étriquée et sans intérêt. Elle songeait de plus en plus souvent à ce qu'aurait été sa vie si elle avait poursuivi sa carrière de joueuse de Quidditch. Où en serait-elle aujourd'hui ? Serait-elle plus heureuse, plus épanouie ?
En tout cas, je n'en serais pas à aligner des pâtisseries sur un tréteau, songea-t-elle amèrement en déposant le plateau de cupcakes qu'elle avait confectionnés la veille.
- Ces gâteaux ont l'air délicieux, dit une voix derrière elle.
- Merci, Adélaïde, répondit Ginny.
Adélaïde Brooks était la présidente du Comité des fêtes, mais elle faisait aussi office de grande inquisitrice des valeurs morales et familiales du village. Elle appréciait particulièrement Ginny et ne manquait jamais une occasion de vanter ses qualités d'épouse et de mère dévouée.
-Désolée pour mon retard !
Hermione venait d'arriver. Ginny se retint de lever les yeux au ciel et lui dire « comme d'habitude ».
-C'était la folie à Ste Mangouste ! continua Hermione, sans rien remarquer. Une théière mordeuse a blessé plusieurs résidents d'une maison de retraite et pour ne rien arranger, on a dû confiner tout un service à cause d'une épidémie de dragoncelle !
Disant cela, elle extirpa d'un grand cabas un panier en osier dans lequel étaient déposés des cookies au chocolat, sur un joli carré de tissu en vichy rouge. En dépit de leur présentation rustique et soignée, les biscuits étaient beaucoup trop réguliers pour passer pour une réalisation maison. Ils ne trompèrent pas un instant Adélaïde Brooks.
-C'est aimable d'avoir… apporté quelque chose, Hermione. Nous savons combien vous êtes occupée, dit-elle d'un ton à la fois affecté et accusateur.
Elle prit le panier et le plaça le plus loin possible des autres contributions, comme s'il risquait de contaminer toute la tablée. Une autre mère se présenta au même moment avec un carrot cake, si bien qu'Adélaïde se désintéressa d'Hermione.
- Stupide bonne femme, râla Hermione.
- Tu aurais dû m'en parler, dit Ginny. J'aurais pu préparer un cake aux pommes et dire que c'était le tien. Ou bien j'aurais demandé à Maman de faire sa tarte à la citrouille.
- Ce n'est pas parce que ces biscuits viennent du magasin qu'ils sont empoisonnés !
- Je n'ai jamais dit ça. Mais tu sais bien comment est Adélaïde…
- Justement ! J'en ai assez que cette mégère dicte sa conduite à tout le monde !
Ginny décida de changer de sujet, sans quoi elle allait devoir se farcir le couplet sur le travail acharné d'Hermione, ses nouvelles responsabilités de chef de service et tout son blabla carriériste qu'elle ne supportait plus.
- J'ai vu Hugo hier, dit-elle. Il n'avait pas l'air dans son assiette…
- Je sais. Il est anxieux pour les sélections de tout à l'heure…
- Je ne comprends pas pourquoi… c'est un très bon poursuiveur. Il sera pris, c'est certain !
- Oui… mais c'est au poste d'attrapeur qu'il voudrait jouer…
- Ah.
Ginny réarrangea inutilement quelques plats sur le tréteau.
-Eh bien, il a toutes ses chances, dit-elle avec une désinvolture feinte.
Hermione lui fit un sourire un peu forcé. Son fils n'avait aucune chance. Pas avec Albus Potter comme concurrent. Albus avait hérité du physique de son père au même âge : il était petit et maigre. Hugo, lui, avait une constitution plus robuste et il était plus grand. Il ne manquait pas d'agilité sur un balai mais il ne pouvait rivaliser avec Albus, et cela, Ginny le savait très bien. Qu'elle feigne de l'ignorer par fausse modestie agaçait Hermione.
- Tu dis ça parce qu'Albus est malade et qu'il ne participera pas aux sélections ? demanda-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.
- Quoi ? dit Ginny en fronçant les sourcils. Albus n'est pas malade ! Et il doit être au vestiaire en ce moment.
- Non, il n'est pas là. Et Hugo m'a dit qu'il n'est pas venu pour le nettoyage de la plage ce matin. J'ai pensé qu'il était malade ou…
- Il n'était pas à la plage ce matin ? coupa Ginny.
- Non.
Ginny sentit quelque chose de froid et de crochu lui tordre les entrailles. Elle regarda autour d'elle et apostropha une maman qui passait par là.
- Tracy, tu as vu Albus ?
- Non, pas encore, dit-elle.
- Bon sang, marmonna Ginny.
- Gin, que se passe-t-il ? demanda Hermione.
- Albus n'était pas à la maison quand je me suis levée. Harry et moi pensions qu'il était déjà parti à la plage.
Elle se mit à faire les cent pas devant le stand et à interpeller d'autres passants. Personne n'avait vu Albus.
- Ecoute, dit calmement Hermione. Il doit y avoir une explication. Je vais aller trouver l'entraineur. Toi, fais le tour des stands.
- D'accord.
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Ministère de la Magie, Londres
Neville avait regagné son poste de travail depuis un quart d'heure à peine que Malefoy entra dans le bureau.
- Londubat, avec moi.
- Que se passe-t-il ?
Malefoy ne prit même pas la peine de lui répondre et disparut dans le couloir. Quand Neville le rejoignit, il lui tendit un parchemin.
- Un corps a été retrouvé sur la plage à Godric's Hollow, dit-il. La brigade de police magique nous demande notre aide.
- Godric's Hollow ? répéta Neville. Mais c'est…
- Là où Potter habite, je sais. C'est pourquoi tu vas m'accompagner. Potter est en congé sabbatique. Il est hors de question qu'il se mêle de cette enquête, c'est clair ?
- Harry est réglo, le défendit Neville. Il ne va pas s'en mêler.
- Tant mieux. Tu seras là pour t'en assurer. Maintenant, allons-y.
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Godric's Hollow
- Il n'est nulle part ! dit Ginny, de la panique dans la voix.
- L'entraineur ne l'a pas vu, ni aucun autre joueur, confirma Hermione. Hugo n'a aucune idée d'où il peut être.
- Oh, Merlin ! Mais où est-il ?
- Il est peut-être rentré chez toi ?
- Oui… oui, peut-être. Je vais aller voir.
- Tu veux que je t'accompagne ?
- Non, reste ici au cas où il arriverait.
- D'accord.
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La brigade de police magique avait pris la peine de poser des sorts de protection pour tenir les curieux à l'écart. Ils avaient également dressé un périmètre de sécurité autour de la silhouette allongée sur le sable, dans lequel des hommes en combinaison blanche s'affairaient pour recueillir des indices.
Draco leva les yeux vers la falaise, immense, d'un blanc presque irréel, et sa première réaction fut de songer que la victime s'était sans doute suicidée.
- Alors ? demanda-t-il à l'un des inspecteurs de la brigade qui arrivait vers lui.
- Eh bien, c'est compliqué, soupira l'homme.
- Compliqué ? répéta Draco.
- Ce n'est pas un suicide ? ajouta Neville qui avait manifestement pensé à la même chose que lui.
- La cause de la mort n'est pas encore déterminée, dit l'inspecteur. Le problème… c'est… hum… l'identité de la victime.
Draco sentit un tiraillement dans son ventre. Etrangement, la première pensée lui vint était que Potter s'était foutu en l'air. Il le savait dépressif depuis la fin de la guerre et cette histoire de congé sabbatique ne lui disait rien qui vaille. A tous les coups, c'était son corps, écrasé au pied de la falaise.
- … Potter, murmura l'inspecteur. Le fils de Harry Potter.
- Qu'avez-vous dit ? dit Draco, sortant de sa torpeur.
- La victime. C'est Albus Potter, répéta l'inspecteur.
- Quoi ? couina Neville. Non… non, c'est impossible !
Il contourna l'inspecteur et courut presque en direction du corps. Draco, lui, était sous le choc. Le fils de Potter ? Bon sang, Albus avait l'âge de son fils à lui. Que ferait-il si quelqu'un devait lui annoncer la mort de Scorpius ?
Ne t'identifie pas, se sermonna-t-il.
- Qui l'a trouvé ? demanda-t-il à l'inspecteur.
- Edgar Doyle. C'est le libraire du village et aussi le responsable des scouts marins. Ils organisaient une opération de nettoyage de la plage ce matin.
Draco hocha la tête et se décida à s'approcher à son tour. Neville se tourna vers lui, l'effroi se lisait sur son visage.
-C'est lui, dit-il. C'est Albus…
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Ginny avait fouillé toute la maison, en vain. Albus n'était pas rentré. En désespoir de cause, elle avait transplané jusqu'à la plage, non loin du port, là où les opérations de nettoyage devaient avoir lieu.
C'est alors qu'elle remarqua l'agitation qui régnait plus loin. Un attroupement s'était formé à quelques mètres de la falaise. Dans un état second, la peur au ventre, elle courut jusque-là.
- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle à la cantonade.
- Aucune idée, dit un homme. Ils ont placé des barrières magiques. On ne voit rien.
- Quoi que ce soit, ce n'est pas bon, dit une femme. Les Aurors sont là.
Ginny recula. Une terrible nausée lui souleva l'estomac. Elle inspira longuement en fermant les yeux. Puis d'une main tremblante, elle prit sa baguette et invoqua un patronus. La trainée lumineuse prit vaguement la forme d'un cheval avant de s'affadir et de disparaître. Elle recommença, sans plus de succès.
Submergée par l'angoisse et la peur, elle tomba à genoux dans le sable et se mit à pleurer. Elle prit dans son sac le téléphone portable qu'elle n'utilisait pratiquement jamais et appuya sur une touche préenregistrée.
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A peine Neville et Draco eurent-ils transplané devant la maison des Potter que la porte d'entrée s'ouvrit sur Hermione Granger.
Elle fut manifestement surprise de voir Malefoy mais elle ne dit rien. Son visage ne reflétait que l'angoisse et l'incompréhension.
- Bonjour Hermione, dit Neville. Harry et Ginny sont là ?
- Oui, tout le monde est là, dit-elle. Je… je ne comprends pas… Ginny dit qu'il est arrivé quelque chose de grave à Albus ? C'est vrai ? Est-ce que…
- Pouvons-nous entrer ? coupa Draco.
- Heu… oui. Oui, bien sûr. Désolée, dit-elle en s'écartant pour laisser entrer les deux aurors.
La famille Potter était dans le salon. Ginny et Harry encadraient leur fils, James. Molly et Arthur Weasley soutenaient leur fille, tandis que Ron et George se trouvaient du côté de Harry. L'atmosphère était pesante et électrique à la fois. Tous étaient sur le qui-vive.
Malefoy prit une courte inspiration. Il détestait ces moments-là.
Quand il le vit, Harry n'eut aucune réaction particulière. A peine un haussement de sourcil. A l'inverse de Ron qui s'écria immédiatement :
- Malefoy ? Qu'est-ce que tu fous ici ? C'est…
- Ron, ce n'est pas le moment, le coupa Hermione.
Harry ne lâchait pas Malefoy des yeux mais il restait silencieux.
- Neville ? dit Ginny d'une voix haut perchée, sans égard pour la présence de Malefoy. Que se passe-t-il ?
- Je… hum…
- Un corps sans vie a été retrouvé au pied de la falaise, énonça Malefoy calmement.
Il fit un pas en avant. Harry le regardait toujours.
-Le corps a été identifié. Il s'agit d'Albus.
Le regard vert de Potter vacilla.
Une longue plainte rauque, animale, s'éleva dans la pièce. Ginny s'effondra à moitié, soutenue par son père. Sa mère se mit à pleurer. Des acclamations incrédules retentirent. Puis d'un seul mouvement, les bras se tendirent, des étreintes s'échangèrent, chacun passant dans les bras des uns et des autres.
Cela dura un long moment. Draco les observa. Potter surtout. Au milieu de cette vague humaine, il semblait balloté comme un morceau de bois. Il était raide, distant. Il semblait perdu, comme s'il ne comprenait pas ce qui était en train de se passer.
-Comment ?
La voix de Harry les figea tous. Ils se tournèrent d'un bloc vers les deux aurors.
- Comment est-ce arrivé ? répéta Harry.
- C'est ce que nous essayons de savoir, dit Draco.
- Pouvons-nous vous poser quelques questions ? demanda Neville.
Harry hocha la tête. Il indiqua à Malefoy et Neville de prendre place dans les deux fauteuils, tandis qu'il s'asseyait dans le canapé. James en fit autant. Ginny s'assit également mais se releva tout de suite après. Elle paraissait incapable de rester immobile. Sa mère lui entoura les épaules et lui murmura quelque chose à l'oreille. Elle finit par prendre place à côté de son mari. Les autres restèrent debout.
- Quand avez-vous vu Albus pour la dernière fois ? demanda Draco.
- Hier soir, dit Ginny.
- Pas ce matin ?
- Non. Il… il était déjà parti quand nous nous sommes levés.
- Pourquoi ?
- Il… il fait partie de la brigade des scouts marins, expliqua Ginny. Ce matin tôt, ils devaient participer à une opération de nettoyage de la plage. Nous pensions que c'était là qu'il était.
- Ce n'était pas le cas ?
- Il n'y était pas, intervint Hermione. Hugo, notre fils, dit-elle en montrant Ron et elle du doigt, fait également partie des scouts marins. Il m'a dit qu'il n'a pas vu Albus de toute la matinée.
Draco notait scrupuleusement les informations.
- Quelle heure était-il quand vous l'avez vu hier pour la dernière fois ?
- Huit heures du soir, dit Ginny.
- Pas plus tard ?
- J'étais très fatiguée hier soir, se justifia-t-elle. Je suis montée me coucher directement après le repas. Albus était dans sa chambre. Il était à son ordinateur.
- Personne ne l'a vu après huit heures ? insista Draco. James ?
- J'ai dîné chez un copain hier soir. Quand je suis rentré, je suis monté directement dans ma chambre. J'ai supposé qu'Albus dormait.
- Quelle heure était-il ?
- Dix heures et demi.
- Potter ?
- Je… hum… pareil que Ginny.
- Tu es allé te coucher également ?
- Hum… non. Je suis parti faire un tour après le dîner. Quand je suis rentré, tout le monde dormait.
- Quelle heure était-il ?
- Je… je ne sais plus. Je n'ai pas fait attention.
Draco regarda Harry. Celui-ci détourna les yeux.
- Je suis désolé de vous demander ça, intervint Neville, mais… est-ce que tout allait bien avec Albus ces derniers temps ? Je veux dire… est-ce qu'il était déprimé ou anormalement triste ?
- Quoi ? réagit Ginny. Tu… tu penses que… notre fils… s'est suicidé ?
- Nous devons envisager toutes les possibilités, clarifia Draco.
- Non ! Jamais Albus n'aurait pu faire une chose pareille !
- C'est n'importe quoi ! dit James. Mon frère avait tout pour lui ! Tout le monde l'adorait !
Draco nota comme une certaine amertume dans le ton de l'adolescent. Tout comme il nota que contrairement à sa mère, il parlait déjà de son frère au passé. Il décida néanmoins de ne pas insister.
- Albus avait-il l'habitude de se promener en haut de la falaise ?
- Tout le monde se promène en haut de la falaise, dit Ron. C'est le plus beau point de vue du village.
- Il aurait pu tomber, suggéra Neville.
Personne ne répondit.
- Bien, dit Draco en refermant son calepin. Nous…
- Je veux le voir.
Harry fixait de nouveau Malefoy droit dans les yeux.
-Je veux le voir, répéta-t-il. Vous vous êtes peut-être trompé. C'est peut-être un gamin qui lui ressemble.
Aussitôt, Ginny redressa la tête. Ses yeux reflétaient déjà l'espoir.
- Harry, soupira Neville. Je…
- C'est son droit, coupa Malefoy.
Neville allait protester mais Harry était déjà debout.
- Où est-il ? A Ste Mangouste ?
- Oui, confirma Malefoy. Londubat va t'y emmener.
- Malefoy ! siffla Neville. Ce n'est pas une bonne idée…
- C'est son droit, répéta-t-il.
Neville soupira. L'instant d'après, Harry et lui avaient transplané.
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Hôpital Ste Mangouste, Londres
Harry n'avait pas prononcé un mot depuis qu'ils étaient arrivés à Ste Mangouste. Mais alors qu'ils longeaient un couloir qui leur était familier à tous les deux, il dit :
-La dernière fois que je suis venu ici, c'était après la mort de Ryan. Je ne pensais pas y revenir un jour pour… pour…
Il détourna les yeux.
- Je suis désolé, Harry, dit Neville. Vraiment…
- Ce n'est peut-être pas lui.
- Harry… je l'ai vu…
- C'est mon fils, Nev. Je le connais mieux que toi.
Neville n'argumenta pas. Cela ne servait à rien.
Arrivé devant la porte de la morgue, une porte qu'il avait franchie des dizaines de fois quand il était Auror, Harry voulut entrer mais Neville l'arrêta. D'un signe de tête, il lui montra une autre porte. Celle réservée aux familles et aux autres personnes qui venaient identifier des dépouilles.
Elle donnait sur une petite antichambre. Sur le mur du fond, une large fenêtre permettait de voir à l'intérieur d'une autre pièce, blanche, entièrement carrelée.
-Tu es prêt ? demanda doucement Neville.
Harry acquiesça. Neville pressa le bouton d'un interphone accroché au mur. Quelques instants plus tard, il y eut un bruit de porte, puis un homme en blouse blanche, que Harry reconnut comme l'assistant du médicomage légiste, fit rouler une table en inox jusque devant la fenêtre. Dessus, reposait un corps couvert d'un drap. L'homme souleva le drap et dévoila la dépouille jusqu'à la taille.
Harry tressaillit. Il s'approcha et posa la main contre la paroi vitrée. Le silence était épais, pesant. Puis il y eut ce sanglot. A peine audible.
-Pourquoi, Neville ? murmura Harry. Pourquoi lui ? C'était mon petit garçon…
Neville ne sut que dire. Comment consoler un homme de la mort de son fils ? A la place, il pressa amicalement son épaule, en signe de soutien.
-Tu veux que je te laisse seul un moment ? demanda-t-il.
Harry fit « non » de la tête.
- Il ne s'est pas suicidé, dit-il après un temps.
- Tu sais, dit Neville, c'est dur de savoir ce qui leur passe par la tête à cet âge-là. Je m'en rends compte avec Frank…
- Il n'a aucune trace sur le corps. S'il était tombé de la falaise, il aurait des marques, sur les bras, les épaules, le torse. Il n'a rien.
Neville écarquilla les yeux. Même avec son fils mort sous les yeux, Harry parvenait encore à réfléchir comme un Auror.
-Attendons les conclusions du médicomage légiste, se contenta de dire Neville.
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Godric's Hollow
Draco n'était pas particulièrement enchanté de se trouver seul au milieu des Weasley. Ils l'observaient tous sans rien dire et cela le mettait mal à l'aise. Pour autant, il devait faire son travail. C'est pourquoi, il continua à poser des questions, demandant plusieurs fois la même chose avec d'autres formulations. Finalement, il demanda :
- Puis-je voir la chambre d'Albus ?
- Pourquoi ? demanda Ginny.
- C'est important pour essayer de comprendre ce qui s'est passé.
- J'ai déjà fouillé sa chambre ! répliqua Ginny. S'il y avait quelque d'anormal, je l'aurais vu !
- C'est la procédure, tempéra Hermione. Il faut le laisser faire.
Ginny haussa les épaules.
- Sa chambre est à l'étage. Au bout du couloir. Il y a son nom sur la porte.
- Merci.
Le remerciement s'adressait autant à Ginny qu'à Hermione pour son intervention.
En se dirigeant vers l'escalier, il passa devant un dressoir sur lequel une photographie sorcière était posée. On y voyait Ginny Weasley en robe de mariée, souriant largement à l'objectif. Harry était derrière elle, une main posée sagement sur sa taille, l'autre sur son bras. Draco lui trouva une expression étrange pour un jeune marié, à la fois heureuse et résignée. Il avait surtout l'air épuisé. Il ricana en son for intérieur, se disant que Potter avait sans doute exagéré lors de son enterrement de vie de garçon.
Il ne s'attarda cependant pas et grimpa les marches quatre à quatre. Sur le palier, il s'arrêta sur le seuil de la seule chambre dont la porte était ouverte. S'il en jugeait par le grand lit, la chemise d'homme suspendue à un cintre et le soutien-gorge qui trainait sur une chaise, ce devait être la chambre conjugale. Les draps étaient défaits, les oreillers encore enfoncés.
Draco détourna les yeux. Cette vision le gênait. Et de toute façon, il n'était pas là pour ça. Il traversa le couloir jusqu'à la porte du fond, sur laquelle le prénom « Albus » était écrit en lettres peintes en vert.
Il ne put s'empêcher de sourire en entrant. La chambre d'Albus n'était pas très différente de la sienne au même âge : il y avait des posters de ses joueurs de Quidditch préférés, un long fanion aux couleurs de l'équipe de Serpentard, le blason de sa Maison, des exemplaires de Quidditch Mag qui trainaient au pied du lit et une énorme malle en cuir rangée dans un coin.
Sur la commode, Draco trouva une boîte de dragées surprises de Bertie Crochue entamée, un jeu d'échecs, un ours en peluche et une baguette magique religieusement placée dans sa boîte. La petite bibliothèque était pleine à craquer de bandes dessinées, de romans moldus et de livres de magie en tous genres. Il s'intéressa ensuite au lit, au-dessus duquel se trouvait un méli-mélo de photos moldues et sorcières. On y voyait son père, sa mère, son frère aîné, et ce que Draco devina être des cousins du côté Weasley s'il en jugeait par leurs têtes rousses. Il y avait aussi quelques photos prises à Poudlard, sur le terrain de Quidditch, dans le grand hall ou bien dans le parc. C'est là que Draco eut son attention attirée par un cliché d'Albus, bras dessus, bras dessous, avec un garçon aux cheveux blonds très clairs.
-C'est votre fils, n'est-ce-pas ?
Draco se retourna pour voir James appuyé contre le chambranle de la porte.
- Je m'en suis douté dès que je vous ai vu, continua-t-il. Il vous ressemble comme deux gouttes d'eau.
- Je… hum… je ne savais pas qu'ils étaient amis…
- Ben ouais. Ils se sont rencontrés dans le train, le premier jour. Depuis, ils sont comme cul et chemise.
Draco ne savait pas trop quoi dire. Il ne voyait que très rarement son fils et ils s'écrivaient peu.
- Ma mère n'était pas ravie qu'ils soient toujours fourrés ensemble. Elle dit que Scorpius profite seulement de la popularité d'Albus pour pas se faire emmerder… vous savez, à cause de la position de votre famille pendant la guerre…
Il y avait dans le ton du garçon quelque chose de moqueur qui irrita Draco.
- Et puis, il faut dire que votre fils, ce n'est pas vraiment une star. Timide, empoté, carrément nul au Quidditch… ce n'est pas le genre de gars avec qui on a envie d'être ami. Enfin… à part Albus. Mais je crois justement qu'Albus était pote avec lui car il était certain qu'il ne lui ferait jamais de l'ombre. Du coup…
- James, ça suffit ! gronda Harry qui venait d'apparaître à côté de son fils. Retourne auprès de ta mère.
L'adolescent ne protesta pas et s'éclipsa comme il était venu.
-Ne l'écoute pas, soupira Harry. Scorpius n'est ni timide, ni empoté. Il est seulement discret et réservé. C'est vrai qu'il n'est pas très à l'aise sur un balai mais c'est un élève brillant, plus encore que ne l'était Hermione… c'est tout dire. Quant à Albus… il…
Harry ferma douloureusement les yeux, comme si le simple fait de prononcer le prénom de son fils lui était insupportable.
-Ils étaient amis. Vraiment, acheva-t-il.
Draco hocha la tête en un remerciement silencieux.
- Que fais-tu ici ? demanda Harry.
- Je cherche des indices. Quelque chose qui m'aidera à comprendre.
- Je ne parle pas de la chambre. Je parle de l'Angleterre.
- Ah. Ma mission au Macusa était terminée.
Harry le regarda en plissant légèrement les yeux, comme s'il n'en croyait pas un mot. Pour autant, il ne fit aucun commentaire. Sans rien ajouter, il tourna les talons et retourna après de sa femme et de son fils.
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-On va installer la cellule d'enquête ici, dit Malefoy en regardant autour de lui.
Neville et lui étaient dans les locaux de la Brigade de police magique de Godric's Hollow, un bâtiment carré et fonctionnel, construit juste derrière le port.
- Tu n'y penses pas ! rétorqua Neville. On sera mieux au Ministère avec…
- On ne sera jamais mieux qu'ici. Au cœur du village. Avec tous ses habitants.
- Tu crois que les gens d'ici ont quelque chose à voir avec cette affaire ?
- J'en suis certain.
- On ne connaît même pas encore la cause du décès !
- Il ne s'est pas suicidé et il n'est pas tombé de la falaise. Ça laisse peu d'options.
- Mais…
- Il n'y a pas de mais. Je viens de contacter Robards, il est d'accord.
Disant cela, il prit la photo d'Albus Potter et l'épingla sur un large tableau blanc. Il nota son nom, son âge et la date de son décès. Puis il se tourna vers un des lieutenants de police.
- Y a-t-il un hôtel ou une auberge dans les environs ? demanda-t-il.
- Il a l'Auberge du Griffon, sur la rue principale, dit l'homme. C'est ma sœur qui le dirige. C'est un très bon établissement.
Draco réprima un sourire moqueur. L'Auberge du Griffon ? Certains hôteliers manquaient singulièrement d'imagination.
- Pourquoi as-tu besoin d'un hôtel ? demanda Neville.
- Pour y loger, évidemment. Je ne compte pas transplaner deux fois par jour entre ici et ma résidence.
Neville leva les yeux au ciel et marmonnant qu'il était complètement dingue.
- Au lieu de commenter mon état mental, va plutôt à Ste Mangouste voir où en est le médicomage légiste, dit-il.
- Et toi ?
- Je vais aller interroger Edgar Doyle. C'est le libraire du village et aussi l'organisateur de l'opération de nettoyage de la plage. En attendant, j'exige la plus grande confidentialité sur tout ce qui se passe ici. Si la presse apprend que la victime est le fils de Potter, je n'ose pas imaginer le bordel que ce sera ici…
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La librairie d'Edgar Doyle avait le charme rustique et suranné des boutiques de village, avec son plancher grinçant, ses étagères pleines à craquer et son odeur caractéristique, mélange de bois, de papier et de cire.
L'homme derrière le comptoir en chêne devait avoir près de 60 ans. Il était osseux, avec des yeux perçants et des cheveux gris, peignés vers l'arrière. Draco aurait juré l'avoir déjà vu quelque part mais il ne se rappelait ni où ni quand.
- Je peux vous aider ? demanda l'homme avec une réserve évidente.
- Auror Malefoy, se présenta Draco. J'enquête sur la mort du jeune Albus Potter.
Doyle eut une réaction fugace mais étrange, comme s'il était effrayé par quelque chose. Il se reprit cependant bien vite.
- Ah, dit-il d'un ton un peu bourru, une bien triste affaire…
- On m'a dit que c'est vous qui l'avez trouvé ce matin.
- Oui, en effet.
- Vous êtes en charge de la brigade des scouts marins, c'est ça ?
- Oui. Ça va faire une dizaine d'années que je m'en occupe.
- Albus Potter en faisait partie ?
- Oui. Depuis qu'il avait six ans, l'âge requis pour y entrer.
Doyle soupira.
- C'était un bon p'tit gars, toujours de bonne humeur, serviable et très doué pour maîtriser un bateau.
- Il s'entendait bien avec les autres scouts ?
- Oui, tout le monde aimait Albus.
- Il devait participer à l'opération de nettoyage de la plage ce matin ?
- Oui… on l'a attendu un bon quart d'heure mais il n'est jamais venu.
- Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?
- Hier. Il est venu à la librairie, comme tous les jours pendant les vacances. Il adore les bouquins.
- Il vous a semblé… différent des autres jours ?
- Bah… ça fait un bon moment qu'il n'est pas comme d'habitude.
- C'est à dire ?
Doyle haussa les épaules.
- Quelque chose le tracassait. Il n'a pas voulu en parler. Il m'a juste dit que quelqu'un l'avait beaucoup déçu.
- Une idée de qui ça pouvait être ?
- Non. J'ai pas insisté.
- Bien. Je vous remercie. S'il vous revient autre chose, même un détail qui peut paraître insignifiant, je suis joignable au poste de police de Godric's Hollow.
- D'accord.
- Je ne saurais trop insister sur votre discrétion, Monsieur Doyle. L'identité de la victime pourrait attirer ici beaucoup de journalistes, ce que je souhaite éviter le plus longtemps possible.
- Je déteste les journalistes, grogna l'homme. Et puis, ce n'est pas mon genre de causer à tort et à travers.
Draco hocha imperceptiblement la tête et quitta la boutique.
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- Alors ? demanda Draco à Neville quand celui-ci réapparut au commissariat de Godric's Hollow.
Neville se laissa tomber sur une chaise, le visage fermé.
- Albus Potter présente des traces de strangulation et un coup à l'arrière de la tête. Le coup n'est pas compatible avec une chute.
- Ça écarte définitivement la thèse de l'accident ou du suicide, soupira Draco.
- D'autant que le médicomage légiste est formel : le corps a été déplacé.
Draco ferma les yeux en soupirant.
- Est-ce que…est-ce qu'il présente des signes d'agression sexuelle ?
- Fort heureusement, non. Seulement le coup et les traces de strangulation.
- Une idée sur ce qui aurait causé la strangulation ?
- Le médicomage légiste a relevé ce qui pourrait être des traces de doigts mais il ne peut pas dire s'il s'agit de la main d'un homme ou d'une femme.
- L'heure du décès ?
- Cette nuit. Entre 22 heures et 4 heures du matin.
- Bon sang, marmonna Draco en se passant la main dans les cheveux.
Il fit quelques pas dans le bureau en gardant le silence, puis il dit :
- Rassemble l'équipe. Il me faut un topo le plus précis possible sur Albus Potter. Ses habitudes, ses amis, ses ennemis. Edgar Doyle prétend que tout le monde l'aimait mais je ne peux pas y croire. Les gamins trop parfaits font toujours des jaloux. Albus ne faisait pas exception.
- On prévient Harry et Ginny ?
- Pas encore. On se rendra chez eux demain avec une équipe scientifique pour fouiller la maison.
- Fouiller leur maison ? Mais…
- C'est un meurtre, Londubat ! s'énerva Malefoy. Peut-être doublé d'un enlèvement ! Bien sûr qu'on doit fouiller cette maison ! Et procéder à l'interrogatoire de tous ceux qui ont été en contact avec Albus ! Y compris Potter et sa femme ! C'est ce qu'on ferait pour n'importe quelle autre affaire de ce genre. Le fait qu'il s'agisse de tes amis n'y change rien ! Si tu n'es pas capable de prendre du recul et d'être objectif, alors rentre à Londres !
Neville baissa la tête en soupirant.
-Tu as raison, admit-il. Je suis désolé.
Draco fit un vague signe de la main.
-N'en parlons plus. Trouve-moi les infos que j'ai demandées. Moi, je contacte Robards pour qu'il m'envoie l'équipe scientifique demain à la première heure.
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Sur l'insistance de Ginny, ses parents et ses frères étaient rentrés chez eux. Leur présence ne l'aidait en rien. C'était même pire. Les pleurs de sa mère, l'incompréhension de son père, la colère de Ron… elle ne pouvait gérer cela en même temps que sa propre douleur.
Assise dans son lit, elle entoura ses genoux de ses bras et se balança très doucement.
Son fils, son petit garçon adoré, était mort. Il était parti pour toujours. Plus jamais elle n'entendrait son rire. Plus jamais, elle ne le verrait faire des pirouettes sur son balai. Plus jamais elle ne le serrerait dans ses bras.
A côté d'elle, le matelas s'enfonça. Harry posait la main dans ses cheveux et les caressa doucement.
- Pourquoi tu n'es pas allé le voir ? demanda-t-elle durement.
- Il était tard, dit Harry tout bas. Je… je ne voulais pas le réveiller.
- Tu vas toujours le voir pour lui souhaiter bonne nuit, même quand il est tard. Pourquoi pas hier soir ?
Harry soupira lourdement.
-Je ne sais pas, Gin. Je ne sais pas. Pourquoi n'y es-tu pas allée toi ?
Ginny tourna brusquement la tête vers son mari.
- Tu es en train de me dire que c'est de ma faute ?
- Non, ce n'est pas ce que je dis…
- J'avais mal à la tête ! J'étais fatiguée ! J'ai pris une potion et je… je…
Elle se mit à pleurer.
- Je me suis endormie, dit-elle dans un sanglot. Merlin… si je n'avais pas pris cette potion…
- Chuuut, dit Harry en la prenant dans ses bras. Ne dis pas ça. Tu ne pouvais pas savoir…
Harry serra sa femme un peu plus étroitement contre lui et l'embrassa dans les cheveux.
-Où étais-tu ? demanda-t-elle au bout d'un moment.
Harry se crispa.
- Je faisais un tour.
- Où ça ?
- Dans le village. Puis près du port.
- Notre fils était peut-être à quelques mètres de toi quand…
- Ginny, non, dit Harry fermement. Pas de ça.
Ginny se redressa.
- Quoi ? Ce n'est pas vrai ? Notre fils est mort, Harry ! Sur la plage ! Pendant que tu promenais ! Pendant que tu…
-TU N'EN SAIS RIEN ! cria Harry. IL ETAIT PEUT-ETRE ENCORE A LA MAISON PENDANT QUE JE ME PROMENAIS ! VIVANT ! A COTE DE TOI QUI N'ENTENDAIS RIEN A CAUSE DE TA POTION !
Ginny écarquilla les yeux en reculant.
- Pardonne-moi, soupira Harry. Je ne voulais pas dire ça…
- Mais tu l'as dit ! Tu as dit que c'était de ma faute !
- Oui, tout comme toi tu as dit que c'était de la mienne. Mais ça ne sert à rien de nous rejeter la faute… sinon à nous faire encore plus de mal…
- Pourquoi ? Pourquoi notre petit garçon ?
- Je ne sais pas, ma chérie. Je ne sais pas…
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Draco s'assit sur le lit de la chambre qu'il occupait à l'Auberge du Griffon. Le lieutenant avait raison : l'hôtel était bien tenu. La chambre était jolie et très propre, avec une magnifique vue sur la mer. L'hôtel disposait d'une large terrasse à l'arrière où il devait être agréable de prendre le petit-déjeuner le matin. Draco savait qu'il n'en profiterait pas. Il n'était pas là pour ça.
Devant le miroir de la salle de bain, il contempla son reflet. Il était pâle, plus que d'ordinaire, et un fin voile de sueur recouvrait sa peau. Il ouvrit le col de sa chemise et prit plusieurs inspirations pour se calmer. Il se passa un peu d'eau fraiche sur le visage.
La douleur le fit grimacer. En tremblant, il prit le flacon de potion qu'il avait posé sur la tablette du lavabo et l'avala d'un trait.
Il sortit de la salle de bain, s'allongea tout habillé sur le lit et sombra.
A suivre...
