Bonjour !

Je suis enfin de retour... Avec le fameux prequel du diable que vous attendez tous :) Cette fois-ci c'est Petite Whitlockienne qui me travaille avec moi en tant que Beta correctrice ! Donc, n'hésitez pas à l'encourager dans les reviews.
J'espère que cette nouvelle histoire vous plaira. J'ai hâte d'avoir vos retours. Je vais essayé de publier le plus régulièrement possible à savoir une fois par semaine, le dimanche parce que le dimanche c'est un jour moche avant le retour à la vie réelle et qu'il faut un peu de douceur pour le rendre plus agréable :D

Bonne lecture

Et à dimanche prochain ;)


Chapitre 1

Juillet

« Je ne suis pas sûre. » Soupirai-je.

« Mets la caméra, Bella. » Ordonna Kate.

Je décollais le téléphone de mon oreille avant de le manipuler pour activer la caméra comme elle venait de me l'ordonner. Je posais le téléphone contre la lampe sur ma table de chevet avant de me reculer.

« Tu es canon ! » Dit-elle avec un sifflement admiratif.

Je secouai la tête amusée par sa réaction avant de passer une main sur ma robe pour tenter de lisser un plis imaginaire.

« J'ai l'impression qu'on voit trop tout. » Protestai-je en montrant mon corps.

« Je tuerai pour avoir tes formes ! »

« Dis celle qui ressemble à une poupée Barbie géante. » Répliquai-je vivement.

Elle poussa un soupir avant de passer une main dans ses cheveux blonds et de quitter la cuisine dans laquelle elle était depuis le début de notre appel. Elle traversa la pièce avant d'arriver dans le salon et de s'installer dans son canapé occupé par son petit ami, Garrett.

« Dis-lui qu'elle est canon, Garrett. » Demanda Kate en tournant son téléphone vers lui.

« Tu es canon, Bella. » Dit-il sans quitter son livre des yeux.

« Garrett ! » Râla-t-elle avant de lui frapper le bras. « Tu pourrais faire un effort et regarder l'écran. » Ajouta-t-elle en lui collant le téléphone sous le nez.

Il poussa un soupir avant de fermer son livre et de prendre le téléphone. Il lui embrassa la joue avant de tendre le téléphone devant eux pour qu'ils apparaissent tous les deux à l'écran.

« Un tour sur toi même. » Ordonna-t-il.

J'exécutai sa demande amusée par son attitude mais surtout par l'expression d'extrême concentration qu'il venait de prendre.

« Hummm. » Fit-il. « C'est bien ce qu'il me semblait... J'ai choisi la mauvaise fille. » Conclut-il.

Kate poussa un petit cri alors que j'éclatai de rire.

« Quoi que... Tu peux toujours nous rejoindre. » Dit-il avec un clin d'œil aguicheur.

Mon rire s'intensifia alors que Kate commençait déjà à le gronder mélangeant anglais et russe, sa langue maternelle. Garrett tentait vainement de se cacher derrière un des coussins du canapé. Il venait pile de m'offrir ce dont j'avais besoin. J'étais toujours incertaine pour la robe mais je me sentais un peu moins gauche. Kate avait beau affirmer que c'était très bien, je n'en étais toujours pas convaincue. La robe n'était pas provocante, c'était une simple robe noire mais elle était beaucoup trop proche du corps pour que je me sente réellement à l'aise dedans.

« Et tu vas mettre quoi comme chaussures ? » Finit par demander Kate.

Elle avait quitté le salon entre temps pour repartir en cuisine où elle préparait le dîner ainsi qu'un magnifique gâteau pour l'anniversaire de sa nièce qui allait avoir lieu le lendemain. J'avais entre temps placé une paire de créole en or à mes oreilles. J'attrapais mon téléphone avant de tourner la caméra pour lui montrer les chaussures que j'avais envie de porter. Je les avais sorties plus tôt du placard sans vraiment savoir quoi mettre. Je n'avais pas énormément de chaussures à talon mais j'étais incapable de faire mon choix seule. Kate était, dans ce cas-là, ma bouée de secours.

« Je n'arrive pas à me décider. » Expliquai-je. « Je ne sais jamais quoi mettre pour ce genre d'événement. »

« Mais tu es contente d'y aller ? » Demanda-t-elle inquiète.

« Oui, oui, c'est juste que... » Commençais-je sans réellement terminer ma réponse.

« Les personnes ? »

« Oui. » Soupirai-je.

« Tu ne fais pas ça pour faire plaisir à Zafrina ? »

« Non, non. J'ai vraiment envie de voir les nouveaux artistes de la galerie et je sais que si je n'y vais pas maintenant, toutes les œuvres n'y seront plus quand j'irai. Alors ça en vaut bien le sacrifice, non ? »

Kate poussa un soupir avant de se pincer l'arête du nez. Je ne me sentais jamais à l'aise d'être au milieu de beaucoup de personnes. Ce n'était pas une phobie et je ne vivais pas en ermite mais j'étais toujours plus à l'aise quand je me trouvais en petit comité ou alors si j'étais accompagnée par un proche. Cela avait toujours été comme ça que je sois à New York ou non.

« Tu veux que je vienne avec toi ? »

Je lui souris doucement, Kate était ma meilleure amie et était toujours prête à abandonner tout pour me prêter main forte. L'inverse était bien évidement vrai.

« Non, ne t'inquiète pas. Kachiri sera présente et Zafrina a dit qu'elle passerait. Donc, je ne serais pas vraiment seule. Je devrais donc pouvoir gérer. »

« Tu es sûre ? »

J'acquiesçai avant d'attraper une paire d'escarpin noir.

« Tu en penses quoi ? »

« Valeur sûr. » Approuva-t-elle.

J'enfilai donc les escarpins, grandissant ainsi d'une dizaine de centimètre. Ce qui était plutôt agréable, je n'étais plus aussi petite comme ça.

« Tu m'appelles au moindre problème, Bella, d'accord ? »

« Oui, maman. » Gloussai-je.

Elle leva les yeux au ciel et rigola légèrement. Je traversai mon appartement pour me rendre dans l'entrée et mettre mon trench coat. Même si nous étions au mois d'août, je ne me voyais pas ne pas me couvrir.

« Mon chauffeur doit arriver dans quelques minutes, Kate. »

« Message reçu ! Essaye de t'amuser, Bella, d'accord ? »

Je lui souris avant d'acquiescer. Elle m'envoya un baiser avant de raccrocher. Je pris une grande inspiration avant de souffler pour me donner du courage. Je glissai mon téléphone dans la pochette qui m'attendait, elle aussi, sur la console de l'entrée avant de quitter mon appartement pour la soirée. Cela faisait un an que j'avais emménagé dans cette résidence de l'Upper West Side sous l'insistance de Zafrina, mon éditrice et agent. Cela correspondait au moment où mon livre avait commencé à avoir du succès. Elle voulait éviter le moindre problème. Notamment des fans beaucoup trop envahissants, ce dont je doutais mais je l'avais quand même écouté. J'avais donc déménagé pour une résidence sécurisée avec un gardien à l'entrée.

Néanmoins, mon ancien appartement de Brooklyn me manquait. C'était surtout la collocation avec Kate qui me manquait. Elle avait, toutefois, raison. Notre ancienne colocation n'était pas un modèle de sécurité. Et mon nouvel appartement avait l'avantage d'être très lumineux même s'il se trouvait à l'opposé de Brooklyn et donc de Kate. Autre point important, cela avait permis à Kate et Garrett d'emménager ensemble ce qui me réjouissait.

« Votre chauffeur est là, Mademoiselle Swan. »

« Merci, Monsieur Simmon. » Répondis-je avec un sourire.

Il était celui qui régulait à merveille l'entrée de notre résidence et était absolument charmant. Il m'ouvrit la porte donnant vers l'extérieur et m'accompagna jusqu'à la voiture.

« Vous savez que vous n'avez pas à faire ça. » Protestais-je.

« Et m'enlever le plaisir d'être aux côtés d'une magnifique demoiselle. » S'indigna-t-il taquin, en ouvrant la portière arrière de la voiture.

« Vous êtes un incorrigible charmeur. » Gloussai-je en entrant dans le véhicule. « Passez une bonne soirée. »

« Oh mais elle est déjà excellente. » Dit-il avec un clin d'œil. « Bonne soirée à vous aussi, Mademoiselle. » Ajouta-t-il avant de fermer la portière.

« Bonsoir Eric. » Dis-je en regardant mon gardien regagner son poste d'un pas léger.

« Comment allez-vous, Bella ? » Demanda-t-il avant de s'engager dans la circulation.

Je lui répondis entament ainsi la discussion avec lui. Eric travaillait pour la maison d'édition de Zafrina. C'était lui qui, en générale, me conduisait à tous les événements où je devais me présenter. Même si ce soir, il n'y avait aucune obligation pour moi, Zafrina avait insisté pour qu'il me conduise au nouveau vernissage de la galerie de Kachiri, sa sœur. C'était, pour ainsi dire, mon cadeau pour ma bonne tenue lors de la tournée de promotion du deuxième tome de ma série Éclipse.

C'était un peu par hasard que j'avais été publié. Lors de ma dernière année en école d'art, j'avais rendu un devoir où nous devions créer et illustrer un livre pour enfant. Mon imagination s'était emballée et j'avais créé un vrai livre complet. Mon travail avait plu à mon professeur de l'époque qui l'avait montré à une de ses amies, Zafrina. Ça avait toujours été mon rêve de devenir illustratrice mais jamais je ne m'étais imaginée être auteur en plus. Finalement, j'avais créé mon propre univers dans la littérature jeunesse. Mes dessins accompagnaient mon histoire et cela avait été adoré par le public.

La voiture finit par se garer devant la galerie de Kachiri en pleins Manhattan. Zafrina était sur le trottoir, j'étais sûre, pour m'accueillir et m'accompagner à l'intérieur. J'avais parfois vraiment l'impression d'être materné par mes proches mais cela ne me dérangeait pas, tant qu'ils ne m'imposaient pas des choses à faire.

« Merci, Eric. » Dis-je avant d'ouvrir la portière.

« Bonne soirée ! » Lança-t-il alors que je quittais le véhicule.

Zafrina avait déjà bondi vers la voiture pour me rejoindre et referma la portière assez vivement. La seconde suivant, je me retrouvais dans une étreinte d'ours. Elle s'écarta avant de m'inspecter.

« Canon ! » Approuva-t-elle.

« Kate t'a appelé ? » Gloussai-je.

« Non ! Voyons, pourquoi tu dis ça ? » Demanda-t-elle avec une fausse innocence sur le visage.

Elle m'attrapa la main avant de m'attirer à l'intérieur de la galerie sans que je ne puisse protester. Aucun des agents de sécurité n'essaya d'arrêter mon amazone d'agent et éditrice. On déposa mon trench-coat au vestiaire avant d'atteindre la galerie. Zafrina n'avait cessé de parler des personnes que je devais absolument rencontrer ce soir. Le fait de l'avoir à mes côtés me rassurait réellement et elle le savait. Même si la galerie n'était pas noire de monde, il y avait quand même une certaine foule ce soir. Les robes de soirées côtoyaient les costumes de grands créateurs. Je savais que tous n'étaient pas des amoureux de l'art et que beaucoup étaient là pour une envie d'investissements mais ça me faisait plaisir de voir que la galerie de Kachiri avait attiré l'attention.

Zafrina me présenta à quelques personnes avant de finalement me laisser libre de contempler les nouvelles découvertes faites par sa sœur, non sans s'être assurée avant que j'allai bien. L'art avait toujours eu un côté apaisant pour moi. C'était mon refuge et peut-être le seul langage que je comprenais réellement. J'aimais le côté technique mais aussi les émotions que certaines œuvres pouvaient dégager. Faire des études dans l'art avait été une vraie révélation pour moi. Je ne regrettai absolument pas ma décision même si pour cela j'avais du renoncer à certaines choses.

J'attrapai une coupe de champagne avant de me diriger vers le fond de la galerie. Kachiri m'avait indiqué que c'était là que se cachait la plus belle pièce. C'était aussi dans cette partie-là qu'il y avait moins de monde et donc cela serait beaucoup plus agréable pour moi. Je me sentais tellement privilégiée de pouvoir vivre cette vie et de côtoyer ce milieu qui m'avait toujours passionné. Et il n'y avait pas à dire, Kachiri avait un vrai talent pour trouver des pépites. Je ne peux pas dire être sensible à tout, certaines œuvres pouvaient me laisser dubitatives. Je ne pouvais pas toujours m'émouvoir devant les œuvres d'arts. Par contre, je ne pouvais qu'à chaque fois applaudir le travail technique ainsi que l'envie de créer quelque chose de nouveau.

« On voit clairement l'influence de Pollock dans cette œuvre. » Couina une voix proche de moi, me surprenant au passage.

Sa voix était tellement aiguë qu'elle avait réussi à me sortir de ma contemplation. Ses cheveux roux cascadaient en boucles épaisses sur l'une de ses épaules et son fourreau d'un vert émeraude mettait en valeur la teinte diaphane de sa peau. Malheureusement pour moi je n'arrivais pas à voir son visage car le blond qui l'accompagnait me cachait son profil. Je jetai un coup d'œil au tableau en question avant d'esquisser un sourire face à sa déclaration. Elle cherchait clairement à impressionner son compagnon par ses connaissances en art mais elle était clairement à côté.

« Mais je me doute que je ne vous apprends rien. Un homme tel que vous doit, j'en suis sûre, avoir un certain goût pour la beauté. » Ajouta-t-elle en posant sa main sur le bras de l'homme.

Elle rejeta une de ses boucles au-dessus de son épaule dans un mouvement sensuel avant de se pencher un peu plus vers son compagnon, lui révélant un décolleté très plongeant. Sa parade nuptiale était assez fascinante.

« On dit que vous êtes un formidable collectionneur. » Ronronna-t-elle.

J'avais l'impression de voir une chatte en chaleur qui venait de trouver le mâle fait pour elle. Un léger gloussement m'échappa que je m'empressai aussitôt de camoufler en terminant mon verre et en m'éloignant d'eux. Mais sa voix était tellement aiguë dans cette espace si peu occupé que j'entendais tout ce qu'elle pouvait dire. Il n'y avait pas à dire, elle ne doutait de rien et était très sûre de son charme. J'étais assez admirative de ce genre de personne incapable de douter de leur attribut.

« Oh, il fait une chaleur. » Déclara-t-elle soudainement.

« Vous devriez prendre l'air dans ce cas, ma chère. » Répondit son compagnon.

Sa voix grave était d'un froid polaire mais la rousse l'ignora totalement. Elle continuait de lui servir tout ce dont elle était capable au niveau de la séduction. Et malgré moi j'en étais amusée. Je n'étais absolument pas le genre de personne qui aimait rigoler des autres mais là, j'étais incapable de me retenir. C'était surtout l'attitude glaciale de l'homme qui était le plus drôle. Ils offraient un contraste saisissant.

« Je pense que j'ai besoin de me désaltérer. » Piailla-t-elle.

« Sûrement. » Répondit-il placidement.

Il y eu un moment de flottement entre les deux.

« Je vais y aller dans ce cas. » Finit-elle par dire déçue.

Un nouveau rire tenta de franchir mes lèvres face à sa déception. Toute l'entreprise de séduction dont elle venait de faire preuve depuis ce dernier quart d'heure était totalement inefficace. Le silence fût simplement rompu par le bruit de ses pas qui s'éloignaient. Je me sentais à nouveau respirer mais surtout dans de bonnes conditions pour continuer mon avancement dans la salle d'exposition. Mes pas finirent par me mener vers la peinture que Kachiri m'avait tant vanté. J'essayai d'en comprendre tous les mystères mais surtout la signification sans lire le petit carton descriptif situé à côté du tableau. La scénographie mettait vraiment en valeur le nuancier de couleur mais aussi les différentes textures.

« Je pensais que la solidarité féminine vous empêchait de vous moquer de vos consœurs. »

La voix, si froide et acide, me prit par surprise. Je sentais mes joues rougir de gêne. J'avais l'impression de me faire reprendre comme une enfant de cinq ans. Il avait donc entendu mon rire. Je me détournais du tableau pour le regarder. Mon cœur rata un battement en le découvrant et j'eus une soudaine envie de le dessiner. Son visage était finement ciselé, ses yeux gris me rappelaient la couleur que les nuages pouvaient prendre quand le temps était à l'orage et ses cheveux d'un blond polaire lui donnaient un côté angélique. Mais son expression froide et dure cassaient complètement avec la beauté de son apparence. Son costume noir Tom Ford mettait sa beauté et sa silhouette fine et élancé en valeur.

« Uniquement quand la situation est ridicule. » Finis-je par dire.

Ses yeux brillaient d'une lueur indéfinissable. Mais ses émotions ne semblaient absolument pas en accord avec ce qu'il pouvait afficher physiquement.

« Parce qu'elle ne l'était pas ? » Demanda-t-il en levant élégamment un sourcil.

« Pas pour elle. »

« Et pour moi ? »

Je penchais la tête sur le côté pour déterminer si le ridicule l'avait touché.

« Je ne pense pas. » Murmurai-je. « Gênante peut-être mais pas ridicule. » Concluais-je. « Mais je pense que vous arriverez à passer outre le traumatisme. » Ajoutai-je avec un léger sourire. « Bonne soirée. » Soufflai-je avant de me détourner.

J'avais besoin de m'éloigner où j'allais finir par me ridiculiser à mon tour. Je comprenais pourquoi la rousse avait essayé de le capturer dans ses filets. Je n'avais jamais croisé un homme aussi beau, du moins pas au point d'avoir envie de le dessiner. J'avais toujours détesté faire le portrait de personne mais là j'en ressentait limite le besoin. Son parfum épicé m'entoura une nouvelle fois quand il glissa à nouveau sa silhouette élancée à mes côtés.

« Pollock a clairement une influence sur l'artiste. » Déclara-t-il sérieusement.

Cette fois-ci, je ne pu retenir mon rire. Je lui jetais un coup d'œil, son expression était sérieuse mais j'étais sûr qu'un léger sourire se dessinait au coin de ses lèvres.

« De Kooning pourquoi pas mais certainement pas Pollock. » Corrigeai-je.

« N'est-ce pas la même chose ? »

« Pas vraiment. » Souris-je. « Que voyez-vous ? »

« De la couleur. » Répliqua-t-il froidement après un moment.

« Y voyez-vous des formes ? Des corps ? » Demandai-je en me tournant vers lui.

Il jeta un coup d'œil rapide à l'œuvre avant de me transpercer de ses magnifiques yeux gris.

« Pollock utilisait la peinture en mouvement pour créer ses tableaux, alors queDe Kooning utilisait des pinceaux. On peut retrouver des silhouettes dans beaucoup de ses peintures. » Expliquai-je avec le plus de douceur possible.

Je ne voulais pas paraître pour la miss-je-sais-tout qui cherchait à le ridiculiser.

« Donc De Kooning. » Approuva-t-il en regardant à nouveau le tableau. « Vous êtes l'artiste ? » Demanda-t-il finalement.

« Non absolument pas. » Souriais-je amusé.

« Critique d'art ? »

« Non plus. »

« Alors comment pourrai-je vous croire ? »

Je le regardai surprise avant de rire légèrement. Je lui tendis le petit dépliant que Kachiri m'avait donné un peu plus tôt dans la soirée. Il contenait toutes les informations sur les artistes exposés ce soir, notamment les inspirations dans leurs travaux.

« Page centrale. » Indiquai-je avant de me détourner à nouveau pour continuer ma visite.

« Donc vous m'avez dupé sur vos connaissances. »

« Peut-être. » Gloussai-je en me retournant pour lui faire face. « Ou peut-être que je m'y connais réellement. »

Il m'étudia un instant avant de parler à nouveau.

« Quel tableau achèteriez-vous dans ce cas ? »

« Investissement ou parce que j'ai eu un coup de cœur ? »

« Les deux. »

Je me décalais pour jeter un coup d'œil à la salle. Même si j'avais vu la majorité des œuvres, je voulais fournir la réponse la plus juste possible.

« Investissement, je dirais quelque chose de Keirke. Sa côte est plutôt bonne et ne risque pas de chuter. Il est sur le point de faire partie des meilleurs artistes de moins de trente ans. Pour ce qui est du coup de cœur, difficile à dire... » Expliquai-je. « Peut-être la sculpture des deux corps entrelacés ou alors la photographie en noir et blanc du corps nu dans le tissu transparent. » Ajoutai-je en regardant la photo en question.

J'avais eu un véritable coup de cœur pour ces deux œuvres. Malheureusement, je ne pouvais y prétendre. Non par manque de moyen mais plutôt par manque de place dans mon appartement pour pouvoir les exposer.

« Et vous ? »

« Investissement ou coup de cœur ? » Demanda-t-il.

« Les deux. »

Il jeta à son tour un regard dans la salle avant de reporter son attention sur moi.

« Vous. » Affirma-t-il d'une voix de velours.

Je sentais à nouveau mes joues rougir. Il avait réussi à provoquer mon rougissement deux fois de suite. C'était déjà deux fois de trop pour moi.

« Je pense que je vais y aller. » Murmurai-je avant de me détourner.

« Dînez avec moi. » Exigea-t-il.

Je me stoppai et me figeai. J'avais l'impression que mon cœur allait définitivement sortir de ma poitrine.

« Non, merci. »

« Puis-je connaître la raison du refus ? »

Je me retournai pour lui faire face. Il avait à nouveau glissé vers moi sans que je ne l'entende. Cet homme était bien trop dangereux pour moi.

« Vous êtes marié. » Affirmai-je. « Et je ne fréquente pas les hommes mariés. »

Il leva un sourcil interrogateur.

« On peut encore voir la trace récente d'une alliance sur votre doigt. » Expliquai-je.

« Impressionnant. » Approuva-t-il avec un sourire qui ravagea mon cœur. « A vrai dire nous sommes séparés. »

« Mais pas divorcés. » Conclus-je.

« Pas encore. » Avoua-t-il avec honnêteté. « Comment l'avez-vous remarqué? »

« Quand j'étais étudiante, j'avais un professeur qui adorait tester notre mémoire et notre capacité d'analyse. Il nous projetait une œuvre et nous avions à peine quelques minutes pour la mémoriser. Ensuite nous devions la redessiner. Celui qui avait bien sûr le plus de détails possibles réussissait l'examen. »

Il acquiesça vaguement. Je pouvais voir son esprit analyser avec attention les informations que je venais de lui transmettre. Pourquoi ? Je n'en avais aucune idée.

« Bella ? » M'interpella Zafrina.

Je sursautai surprise avant de lui faire face. Elle me lança un regard curieux et inquiet.

« Eric est là, si tu veux rentrer. »

« Oh ? Il est déjà l'heure ? » Demandai-je en m'avançant vers elle.

« Et oui, Cendrillon. » Dit-elle amusée. « Est ce que tu as aimé ? »

« Oui. Pourras-tu dire à Kachiri que je repasserai dans la semaine pour voir la salle principale ? »

Une lueur d'inquiétude passa dans ses yeux.

« Trop de monde. »

« Un peu. » Avouai-je gênée.

« Alors, je lui dirai. Et elle t'appellera pour fixer un rendez-vous. »

« Merci, Zaf. » Souris-je doucement. « Passez une bonne soirée. » Ajoutai-je à l'intention de mon mystérieux interlocuteur.

Il n'avait pas raté un seul instant de notre discussion. Son regard sur moi m'avait brûlé tout le long de l'échange.

« Un plaisir de vous rencontrer. » Répondit-il avec une voix de velours.

Zafrina enroula son bras autour du mien avant de m'inciter à avancer sous le regard brûlant de mon inconnu.

« Je ne veux pas que tu t'approches de lui à nouveau, Bella. » Chuchota Zafrina.

« Pourquoi ? » Demandai-je étonnée. « Est-il dangereux ? »

« Ce n'est pas ça. » Dit-elle avec un bruit de bouche montrant son agacement.

« Alors pourquoi ? »

« Cet homme est le diable en personne, Bella. Et crois-moi je ne suis pas la seule à le penser. Caius Volturi est capable de détruire tout ce qui ne va pas dans son sens. »

« Alors pourquoi Kachiri l'a invité ? » Fis-je étonnée.

« Parce qu'il vaut mieux l'avoir en ami qu'en ennemi. Qu'il est un collectionneur assez important et qu'elle ne pensait pas qu'il allait venir. » Indiqua-t-elle en récupérant mon manteau au vestiaire.

Je l'enfilai alors que Zafrina jetait des coups d'œil inquiet derrière mon épaule. Elle m'avait aussi, entre temps, débarrassée de mon verre de champagne et conduit vers la sortie à une vitesse incroyable. Elle voulait clairement mettre de la distance entre cet homme et nous.

« D'accord. »

Je parus peut-être passive d'accepter sa demande ainsi mais en tous les cas, j'étais sûre de ne jamais revoir ce Caius Volturi. Après tout, j'avais affirmé clairement que je n'étais pas intéressée. Même si, soyons honnête, j'avais totalement succombé à son charme.

Ma seule distraction des jours suivant avait été mon passage à la galerie de Kachiri. Ça avait été un vrai bonheur de pouvoir déambuler en toute tranquillité dans les lieux. Mais aussi de pouvoir discuter avec elle. La soirée avait été un franc succès pour elle, certaines œuvres étaient déjà parties avec leur nouveau propriétaire, d'autres avaient accepter de les laisser quelques temps en exposition avant de les réceptionner chez eux. Ils ne restaient que très peu de pièces à vendre.

Mes deux coups de cœurs avaient été vendus et allaient partir prochainement chez leurs nouveaux propriétaires. J'avais été un peu déçu et jalouse du futur propriétaire pour récupérer d'aussi jolies pièces. Mais en même temps, c'était à la fois une bonne nouvelle pour Kachiri et pour les artistes. D'ailleurs, Kachiri pensait déjà à la prochaine exposition et avait insisté pour que j'expose. Ce que j'avais refusé une nouvelle fois. Je n'étais pas une artiste et je n'avais pas la vocation à le devenir. Écrire et dessiner étaient ce que j'aimais faire et ce que je réussissais à faire correctement.

Le reste de ma semaine passa doucement. Je continuais à avancer sur le troisième tome de ma série tout en honorant des commandes d'illustrations pour la maison d'édition. Techniquement, le tome trois n'était pas attendu avant plusieurs mois mais j'avais besoin de commencer le plus tôt possible car j'étais une éternelle insatisfaite.

Le dimanche était mon jour préféré de la semaine et celui que j'attendais toujours avec impatience. La plupart du temps, je rejoignais Kate et parfois Garrett pour le brunch. C'était le petit rituel que nous avions mise en place depuis que j'avais quitté la colocation. Soit elle venait chez moi, soit j'allais chez elle ou alors nous allions au restaurant.

Cette semaine, le brunch avait lieu chez moi. Ce qui m'avait permis de lui montrer l'avancement de mon travail. Kate était celle qui m'avait le plus poussé à accepter l'offre de la maison d'édition de Zafrina. Nous étions amies depuis mon arrivée à New York lors de ma première année en école d'art.

J'avais réussi à entrer à intégrer l'école d'art de l'Université de New York avec une bourse complète. Ce qui avait été vraiment une chance pour moi car mes parents avaient refusé de financer mes études. Ma mère jugeait ça trop futile et mon père aurait préféré que je reste dans ma ville natale et que j'aille à l'université locale. J'avais donc travaillé d'arrache-pied pour décrocher cette bourse et pour mettre de l'argent de côté.

J'avais rencontré Kate le premier jour de mon arrivée puisqu'elle était la personne avec qui j'allais partager ma chambre. Elle se destinait à des études en langue étrangère et ça avait été un véritable coup de foudre entre nous. Kate était ma première et seule vraie amie.

Je n'avais jamais vraiment réussi à tisser des liens avec les personnes de ma classe car j'étais la fille du shérif et donc celle qui pouvait les dénoncer s'ils étaient hors la loi. Et j'étais aussi cette fille un peu marginale qui passait son temps à griffonner. Je n'avais jamais été embêtée mais je n'avais jamais été intégré à notre communauté. Alors il avait été impensable pour moi de rester faire ma vie à Forks dans l'état de Washington.

J'avais peut-être eu des rêves de grandeurs mais je les avais réalisés un par un et je comptais bien continuer sur ma lancée.

« Tu sais que tu n'es pas obligée à chaque fois de m'accompagner jusqu'au métro ? » Pesta Kate.

« Peut-être. » Gloussai-je.

« Tu es vraiment têtue, Isabella Marie Swan. » Râla-t-elle une dernière fois avant de m'enlacer.

« Envoie-moi un message quand tu es chez toi. » Demandai-je en desserrant l'étreinte.

Elle leva les yeux au ciel avant de descendre les marches pour rejoindre la ligne C. L'accompagner jusqu'à la bouche de métro était un moyen pour moi de sortir, de faire un peu de sport mais surtout de pouvoir repasser par Central Park. Je voulais aussi pouvoir profiter des températures estivales avant le retour de l'automne qui arrivait tout doucement sur la ville. Et même si le parc attirait la foule, je ne me sentais pas autant mal à l'aise que d'habitude.

« Vous êtes plutôt difficile à trouver, Mademoiselle Swan. »

Je sursautai face à la déclaration. J'avais reconnu la voix assez facilement. Je me retournai pour faire face à Caius Volturi et je remerciai mes lunettes de soleil pour cacher mes yeux qui dévoraient cet homme avec envie. J'avais essayé de le chasser de mes pensées durant la semaine de façon plutôt concluante mais il venait de tout remettre en question.

« Mais pas impossible, apparemment. » Souris-je amusée avant de reprendre ma route.

« Allez-vous à chaque fois me fuir ? »

« Je ne vous fuis pas, Monsieur Volturi. Je rentre simplement chez moi. » Répondis-je en haussant les épaules.

Je l'entendis clairement me suivre. Savoir qu'il avait cherché à me retrouver et me suivre comme ça aurait pu me faire peur. Mais bizarrement, il y avait quelque chose au fond de moi qui me criait le contraire. Zafrina m'avait peut-être mise en garde contre lui et je l'avais écoutée avec attention. Je ne comprenais cependant pas pourquoi il aurait été dangereux pour moi, si bien sûr il y avait une notion de danger, de le fréquenter. Le seul point pour moi que je jugeais négatif était ce lien qui l'unissait à une autre.

« Dois-je en conclure que vous refusez toujours de dîner avec moi, Isabella ? »

Je m'arrêtai pour lui faire face.

« Si vous m'appelez Isabella, vous pouvez être sûr que jamais je n'accepterai. » Grimaçai-je.

Un sourire fleurit légèrement au coin de ses lèvres, bouleversant ainsi les traits de son visage. Ça le rendait limite plus accessible.

« Alors dînez avec moi, Bella. »

« Êtes-vous toujours marié ? »

« Malheureusement. » Soupira-t-il.

Mon cœur se serra brièvement sous l'information mais surtout de la façon dont il l'avait dit. J'avais vraiment envie de dîner avec lui mais je ne pouvais pas passer outre le fait qu'il était marié.

« Alors je vais devoir décliner une nouvelle fois, Monsieur Volturi. » Souris-je doucement.

« Pourquoi ? » Demanda-t-il m'empêchant de prendre congé.

J'ouvris la bouche pour répondre mais la refermer aussi tôt. À la place, je lui désignais un banc vide avant d'aller m'installer dessus. Il me suivit sans même protester de l'ordre implicite que je venais de lui donner.

« Même si ce n'est qu'un simple dîner, je ne veux pas être au cœur de quelque chose que je serais incapable de maîtriser. Et je suis sûre que ce sera le cas dans votre histoire. » Expliquai-je en regardant les enfants jouer dans l'herbe en face de nous. « Je sais qu'un dîner n'engage à rien mais je ne veux pas vous causer de problèmes, surtout si le divorce est compliqué. »

« D'autres n'auraient pas autant de scrupule. » Déclara-t-il en s'installant un peu plus confortable sur le banc.

Je souris avant de lâcher un petit rire.

« Peut-être mais je ne suis pas une autre. »

« J'ai remarqué. » Claqua-t-il avec ironie.

Loin d'être vexée, mon sourire s'intensifia. Je commençais à comprendre comment il avait réussi à forger sa réputation. Son caractère en était pour beaucoup.

« Avez-vous des enfants ? »

« Pourquoi ? » Demanda-t-il brusquement.

« Ma curiosité naturelle cherche à comprendre pourquoi votre divorce peut prendre du temps. » Dis-je en le regardant.

« Donc vous ne lisez pas les journaux ? »

« Non. Et je ne cherche pas non plus les personnes sur Google. Je laisse ça à mon amie Kate qui se sent parfois l'âme d'une grande détective. »

« Lui avez-vous demandé de vous renseigner sur moi ? »

« Non, quelle en aurait été l'utilité ? » Demandai-je avec curiosité.

« Connaître votre adversaire. »

« Sommes-nous en compétition ? » Gloussai-je.

Il se tourna vers moi, installant son bras sur le dossier du banc.

« Assurément. »

La tessiture de sa voix me prit à nouveau par surprise. Je n'avais jamais été sensible aux voix mais j'allais certainement faire une exception pour celle de Caius Volturi. Je remontai mes lunettes de soleil sur mon front.

« Je ne joue pas à un jeu où je sais que je serais perdante, Monsieur Volturi. Et où surtout, je ne connais ni les règles, ni l'enjeu. »

« Caius. » Corrigea-t-il.

« Monsieur Volturi. » Défiai-je.

Il m'offrit un sourire carnassier me montrant le requin des affaires qu'il pouvait être.

« Je n'ai pas pour vocation de devenir la maîtresse d'un homme marié. Et vous pouvez m'offrir tout l'or du monde mais je peux vous assurer que je ne changerai pas d'avis. » Conclus-je. « Bonne fin de journée à vous. »

Je me levais rapidement afin de mettre le plus de distance possible entre lui et moi. Ou j'aurais été capable de flancher et d'accepter ce rendez-vous s'il me le demandait une nouvelle fois.

« Deux. Des jumeaux de onze ans. Alec et Jane. »

Je me stoppai, replaçai mes lunettes sur le nez pour éviter de lui montrer que l'information me touchait et je me tournai pour lui faire face. Il s'était lui aussi levé du banc que nous avions occupé précédemment. Il n'était qu'à quelques pas de moi mais j'avais l'impression d'être de nouveau à côté de lui. Mon cœur battait plus vite que la normale depuis le début de la conversation. J'avais l'impression d'être une boule de nerf sur le point d'exploser.

« Raison de plus. Je ne veux pas être celle qui de près ou de loin éclate leur famille. » Soupirai-je. « Je suis flattée par votre intérêt et vos propositions pour un dîner ensemble mais je suis vraiment incapable de faire ça. » Souris-je doucement.

Il réfléchit un instant avant d'acquiescer.

« Bonne après-midi, Bella. » Dit-il avant de quitter le parc sans attendre ma réponse.

J'avais l'impression que mon cœur se déchirait mais je savais que c'était la meilleure solution. C'était stupide de ressentir ça alors que finalement je ne le connaissais pas mais je ne pouvais pas aller contre le coup de cœur que j'avais eu pour lui. J'étais incapable de contrôler mes sentiments.


Alors notre première rencontre ? Comme vous l'imaginiez ? La boutique Adopte un Caius ouvrira prochainement ses portes, je prends déjà les pré-commandes ^^