Hedwige hullulait dans sa cage. Les Dursleys savaient les risques qu'ils
courraient en laissant l'oiseau voler n'importe où et n'importe comment
dans Privet Drive. Il est vrai que Pétunia Dusley était hantée par l'idée
qu'un voisin puisse apercevoir un oiseau dans son salon. Aussi Harry avait
été contraint d'enfermer la pauvre bête, ne la laissant libre que la nuit,
de 22h à 23h50, les Dursleys se méfiant énormément de minuit, heure réputée
bienheureuse chez les sorciers. Car effectivement, Harry était un sorcier,
et cette paticularité faisait de lui la honte de la famille. Quant aux
Dursleys, on peut dire sans prendre de risques qu'ils étaient le prototype
même que les sorciers se font des moldus, c'est-à-dire des personnes
n'ayant aucunes possibilités de faire de la magie. A l'âge de onze ans,
Harry avait reçu une lettre qui l'invitait à venir prendre des cours de
magie dans la meilleure école de sorcellerie du monde des sorciers :
Poudlard. Il avait par la même occasion appris que ses parents étaient
morts en essayant de le sauver d'un grand mâge noir, Lord Voldemort, si
craint que son nom même n'était pas prononcé. Harry n'avait gardé de ce
triste épisode de sa vie qu'une cicatrice en forme d'éclair, cachée par une
mêche de cheveux hirsutes sur un côté de son front. L'attaque d'où venait
cette cicatrice s'était retourné contre son agresseur, le réduisant à un
état entre la vie et la mort.
L'année précédente, il avait vu Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom retrouver son corps initial. Il savait qu'une guerre éclaterait bientôt, et elle toucherait peut-être le monde des moldus.
Harry frissonna à cette idée. Depuis le début des vacances il s'était inventé des centaines de scénarios, tous plus catastrophiques les uns que les autres . Comme toujours, il était couché sur son lit. C'était à peu près la seule chose que les Dursleys acceptent qu'il fasse. Il ne devait prouver sa présence en aucunes façons, qu'elle soit normale ou anormale. Et surtout anormale.
Pourtant, un cri strident se fit entendre dans toute la maison : c'était la voix de tante Pétunia. Harry descendit les escaliers en trombe et découvrit sa tante étalée à terre dans le vestibule, sans connaissance. La porte d'entrée était ouvete, et Harry se précipita pour regarder au dehors, mais il resta pétrifié. Derrière lui, Dudley tourna des yeux effarés vers Harry, puis vers sa mère aux pieds du sorcier, et s'enfuit en hurlant bêtement, loin du prétendu danger. Harry n'y fit pas attention. Ce qu'il avait sous les yeux était autrement plus grave et plus important. Là, juste au-dessus de la maison des Dursleys, Harry put voir un nuage en forme de crâne, qu'un serpent traversait par un ?il : la marque des ténèbres.
***
Brique reniflait dans un coin. Sioban le rappella d'un claquement de langue. Il leva la tête, couina un instant puis lâcha finallement sa piste pour rejoindre l'enfant. Elle n'y fit pas attention. Ce claquement de langue était un geste naturel. Elle galopait ainsi dans les rues de Londres depuis qu'elle était dans cet orphelinat. depuis quatre ans.
Son père lui manquait. Son père et tout ce qui s'y rapprochait. C'était entre autres pour cela qu'elle avait adopté ces chiens des rues qui l'accompagnaient partout dans ses escapades hors de l'orphelinat.
Brique était un roquet au pelage blanc sale qui laissait apparaître des tâches rousses qui lui avaient valu son nom. Il était le plus proche des compagnons de Sioban. Les deux autres bâtards ne la suivaient que durant ses sorties et étaient indépendants. Le roquet, lui, ne se séparait jamais d'elle.
La petite fille courait, les chiens sur ses talons.
Elle serait encore en retard. Elle se mordit les lêvres en imaginant les reproches que lui ferait encore La Mayotte. Son vieux sac à dos noir lui tombait sous le bras et lui cognait la hanche droite à chaque enjambée, la déséquilibrant légèrement. Mais sa course restait rapide et sûre. De ce côté là, elle n'avait rien perdu de ce qu'elle avait appris auprès de son père.
En six ans à Londres, n'importe qui se serait adapté mais Sioban non. Les lignes droites et dégagées des trottoirs la déstabilisaient et pour maintenir un semblant d'équilibre, elle louvoyait entre les bancs et les réverbères.
Elle s'engagea bientôt dans une petite ruelle sombre et rallentit l'allure, puis s'arrêta à quelque distance de l'entrée de l'orphelinat, dans un angle. « Whithout Stars » . Les lettres décolorées au-dessus de la porte mitteuse trahissaient l'âge avancé de l'établissement. Elle avait déjà été prise plusieurs fois, et en subsistait en général de mauvais souvenirs. Elle savait qu'elle n'avait rien à craindre des autres pensionnaires : elle était leur lien avec l'extèrieur, mais le concierge avait l'?il perçant.
Elle se glissa donc comme une ombre dans les zones les plus noires de la ruelle. Des silouettes s'agitèrent derrière certaines fenêtres. Les pensionnaires l'avaient repérée. Elle devrait revoir sa stratégie, ils s'étaient habitués à la trajectoire qu'elle prenait et leur agitation pouvait la trahir. Brique avait déjà passé la zone dangereuse et l'attendait près de la brêche. Mais elle s'immobilisa. Une fenêtre en haut à droite s'était assombrie : On s'était rendu compte de sa trop longue absence ou quelqu'un l'avait dénoncée. Dans le noir, elle se savait complètement invisible, comme protégée par des volutes sombres qui la cachaient des regards, mais à conditions qu'elle ne bouge pas. La longue silhouette revêche de la directrice, Mme Mayotte s'était dessiné en ombres chinoises à la fenêtre. Elle resta face à la rue un instant, puis se retourna de telle sorte que Sioban pouvait en voir le profil. Une lampe s'alluma dans la pièce. Elle avait dû demander de la lumière. Sioban blémit : Son médaillon était phosphorescent, et La Mayotte le savait : elle l'avait attrapée plus d'une fois de cette façon. Et elle avait oublié de le cacher sous sa chemise. L'enfant rentra son pendentif d'un geste machinal et rapide mais trop tardif. La Mayotte l'avait repérée. Il n'était pas question de repasser par la brêche, elle n'avait plus qu'à attendre le plus dignement possible que son bourreau la repêche. Ce n'était pas la peine de chercher à gagner contre cette vieille bique. Sioban rappela son chien et vida son sac dans une poche interieure qu'elle avait cousu à cet effet dans l'ourlet trop long de sa jupe. Elle ne devait pas trop la remplir pour garder l'aspect léger et plat et ne pas trahir sa cachette. Elle déposa donc l'excédent dans la doublure de son vieux sac. Ça n'avait pas traîné : le concierge s'approcha dans la ruelle avec une lampe- torche. Sioban s'était déplacé pour éviter d'attirer l'attention sur sa trajectoire actuelle. Il la découvrit donc cachée entre deux poubelles et la ramena victorieusement dans la cour de l'orphelinat. Brique grognait. La petite fille se laissa faire docilement. Un comportement contraire aurait aggravé son cas. Elle ne le savait que trop bien. Ce soir, elle serait à l'écart, au pain sec et à l'eau, et elle goûterait des greniers. Mais après, elle aurait de précieuses informations de l'extèrieur à donner aux pensionnaires. Sauf bien entendu à ceux qui l'avaient vendue. Contre ceux- là ce serait la guerre, et elle la gagnerait. Elle était peut être une des plus jeunes orphelines de l'établissement, mais elle n'aimait pas qu'on lui marche sur les pieds, et beaucoup l'avaient appris à leurs dépends.
Elle s'arrêta au milieu de la cour. La Mayotte l'attendait. Sioban connaissait l'attitude à prendre : il ne fallait pas être trop fière pour ne pas énerver davantage La Mayotte, mais juste assez pour être adulée des pensionnaires. Il ne fallait pas non plus se montrer trop modeste en se recroquevillant sur soi-même. Cela ferait croire à La Mayotte qu'elle accepte son infèriorité face à elle. Mais il fallait l'être assez pour qu'elle vous juge insignifiant et vous libère au plus tôt. De plus, il fallait être juste assez prétentieux de manière à ce que les autres ne voient pas qu'on se rangeait sous des ordres. Sioban ne mentait pas avec les mots. Elle jouait très mal à ce jeu, mais il était amplement récompensé par l'art qu'elle possédait à jongler ainsi sur les sentiments et les afficher en public, qu'ils soient vrais ou faux, subtilement exagérés, ou masquant d'autres à ne pas dévoiler.
C'était ce qu'elle faisait à l'instant. A l'intèrieur d'elle-même bouillonait une fureur aveugle et une vengeance cruelle qu'elle dissimulait derrière un air absent, mais respectable parce que intouchable. Celui qui l'avait dénoncée était caché derrière la directrice et Sioban l'avait tout de suite repéré : c'était un chef de bande. Autant dire que toute la bande était contre elle. Il devait avoir 15 ou 16 ans. Elle, n'en avait que 9, c'était une grande marge. Elle aurait besoin de Ralf.
La directrice avait fini de parler. Sioban ne savait pas quand le discours avait commencé, mais La Mayotte avait du appeler tout l'orphelinat aux festivités, parce que tous les pensionnaires, de tout âges, jusqu'à 17 ans environ, étaient amassés autour d'eux. Sioban fit la grimace en imaginant que la scène dans l'ensemble, lui rappelait les combats de chiens : elle contre La Mayotte, et tout autour, les charognards, restes de la troupe, qui finiraient le vaincu.
Voilà déjà trois fois ce mois-ci, c'est inadmissible. En tant que directrice de cet établissement, je me dois de prendre des mesures dignes de ce nom. Mlle Uchelwydd, vous serez exilée dans les greniers, au pain sec et à l'eau.
Elle éleva la voix encore un peu pour s'adresser à l'ensemble des enfants.
Que ceci vous serve de leçon à tous ! Pas d'entorses au règlement, et surtout, pas de fugues similaires à celle-ci. Cette fois, Mlle Sioban Uchelwydd restera une semaine aux greniers, mais si je prends quelqu'un d'autre, maintenant que vous avez été prévenu, je doublerait cette punition. Depuis 1921 Whithout Stars est un orphelinat strist et droit, et il n'a jamais changé ses habitudes. Aussi ce n'est pas à lui de s'adapter à vous, mais à vous de vous plier à lui. Et c'est valable pour vous aussi, Mlle Uchelwydd.
Sioban sursauta. La sentence de La Mayotte était tombée. Il faudrait obéir pourt le moment. Elle devrait attendre une semaine avant de révéler ses précieux renseignements au reste de l'orphelinat.
Qu'on vide son sac ! Voyons ce qui t'as fait traîner si ongtemps en dehors de nos murs.
Le concierge lui arracha le vieux sac noir des mains et l'ouvrit.
Il n'y a qu'une vieille feuille chiffonnée au fond. Des cours d'écriture.
Bien. Alors on coupera la lumière dans sa cellule. Cela lui apprendra peut être à respecter les cours que nous ui donnons avec tant de générosité ! Et vous attacherez ce sac à puces ici même dans la cour. Il ne doit pas lui faire de compagnie. Elle doit pouvoir réfléchir à ses actes seule afin de ne pas recommencer.
Sioban serra les poings et les dents. Son visage s'était durci.
Et maintenant montez dans votre chambre et prenez vos affaires. Je veux vous voir ici dans cinq minutes.
Enfin libérée -temporairement-, Sioban courut vers la porte des dortoirs. Elle savait que dans le coin, sous les vieux escaliers en bois grinçants, Ralf l'attendait. Elle voulu s'arrêter mais il fit signe de passer son chemin. Elle monta donc au sixième étage. C'est vrai que cinq minutes, ce n'était pas long. Elle prit son sac de voyage et y mit toutes ses possessions : son pyjama, des affaires de rechange, une petite flûte que lui avait fabriqué son père, une orange et un vieux bout de pain qu'elle gardait de la veille. Un crayon et du papier si sa punition était aggravée au point de lui donner du travail à faire à la lueur des bougies. Ce qui était fort possible étant donné l'humeur de la vieille bique.
Elle s'agenouilla près de son lit et y vida partiellement sac et poche intèrieure. Quelques fruits : cerises, fraises, pommes, raisins qu'elle avait volé atterirent sous le lit. Et pour les plus grands, de quoi faire du feu : allumettes, briquets et cigarettes. De plus quelques journaux dont certains étaient friands et les commandes de certains. Elle ne se faisait pas d'illusions, ses voisines les trouveraient et feraient le partage dans leur bande. Mais elle se garda tout de même une ration pour remédier au pain et à l'eau.
Elle descendit les escaliers quatre à quatre.
Uchelwydd, vous êtes en retard.
Sioban n'avait plus le temps de s'arrêter parler à Ralf, elle lui lança juste en passant sur le ton d'un au revoir pour feinter La Mayotte.
Ne sortez pas, danger.
Ralf chercha à l'arrêter pour plus d'explications mais elle s'éloigna trop vite et avant qu'elle ait pu lui attraper le bras, elle s'avançait dans la cour, devant tout les autres enfants. Ralf lui emboîta le pas.
Le concierge avait attaché Brique contre le mur et le chien se débattait tznt qu'il pouvait pour rejoindre sa maîtresse. On aurait dit qu'une force quelconque le liait à elle. Mais elle semblait ne pas y faire attention et elle s'arrêta devant la directrice. Celle-ci se dirigea vers une petite porte en fer, sur le côté d'un des bâtiments et Sioban dû la suivre. La foule des autres pensionnaires les suivaient de près, mais elle s'en moquait. Elle avait déjà mémorisé qui l'avait mis dans cette galère et elle s'arrangerait par tous les moyens à sa sortie des greniers pour lui faire regretter cet acte inconscient.
Mais un geste de recul anormal dans la foule près de la porte la fit lever les yeux. Ralf forçait le passage pour accéder aux premiers rangs. Lui restat toujours à l'écart de ce genre de spectacle ! Elle hocha la tête : il voulait en savoir plus. L'important c'est que personne ne sorte. Il fallait qu'il coupe toutes les communications avec l'exterieur. C'était le leader de laur bande, il devait au moins sauver leur bande. En passant devant lui, Sioban le regarda drit dans les yeux d'un air décidé. Il comprendrait. Elle dirait tout après, et pour le moment, il n'avait qu'à distribuer ce qu'elle avait laissé sous son lit.
***
Derrière la petite porte en fer, Sioban commença à gravir un petit escalier en colimaçon, étroit et sombre. Elle le connaissait bien et évita habilement la cinquième marche instable et la septième marche trouée. Plus on montait, plus l'escalier était raide. Les grincements des marches raisonnaient lugubrement dans la tour. Elles aboutirent enfin à un long couloir, sujet aux courants d'airs où les cris du vent se transformaient en plaintes stridentes ou mélancoliques, de telle sorte qu'on aurait cru l'endroit hanté par quelque mauvais esprit de tristesse et de mort. La directrice appuya sur un vieil interrupteur et une faible lumière se répandit dans le passage avec un bruit hâché de grésillements sourds. La directrice s'enfonçait déjà dans le couloir. Sioban hésita un instant. Elle n'allait jamais aussi loin, en général on l'enfermait dans la deuxième cellule, mais elle n'avait jamais fait de bêtises assez grave pour mériter de se faire enfermer plus moin dans les greniers. Il fallait la suivre, un mauvait pressentiement envahit la petite fille. Qu'avait-elle fait de plus que d'habitude pour mériter une punition plus dure ?
Tout au fond du couloir, derrière une vieille porte rouillée, un autre escalier, moins sûr encore que le premier, montait vers l'inconnu. Sioban prit son courage à deux mains, et s'engagea prudement de marches en marches dans cette seconde ascension. . Elle avait la désagréable impression que chaque marche pouvait lâcher sous son poids. Elle ressentait d'ailleurs dans la pénombre que devant, la directrice prenait des précautions autrements plus minutieuses que celles auxquelles elle-même se livrait. Elles arrivèrent à un second couloir, plus sombre et plus court que le premier. Le plancher mitteux, et même troué par endroits. Sioban ne tenta même pas de chercher l'interrupteur. Elle savait qu'ici, il n'y aurait que la lumière du jour. Si cette architecture sombre et fermée laissait passer un rayon de soleil quelque part.
Sioban découvrit enfin sa cellule. C'est à peine si elle n'avait pas du foin pour servir de lit. La cellule était plus petite que celles de l'étage en dessous. Sioban s'avança dans la pièce tandis que la directrice fermait la porte derrière elle.
Le concierge ne se risquera pas jusqu'ici. Il vous déposera le pain et l'eau à la porte en bas de l'escalier. Si vous ne venez pas le chercher, il n'y a que vous que ça dérangera.
Et à ces mots, elle partit. On entendit encore un long moment le bruit des pas dans le couloir. Le premier réflexe de Sioban fut d'ouvrir la porte. Elle avait moins l'impression d'être enfermée. Elle s'installa donc, rouvrit les fenêtres condamnées pour laisser passer plus de lumière, chassa les toiles d'araignée, aéra les draps et le vieux matelas qui sentaient l'urine et le moisi, chercha dans tout l'étage le plus de bougies possible. Elle vida sa poche intèrieure dans le tiroir d'une vieille commode : la meilleure cachette était la plus exposée. Elle sortit de son sac son trésor, un journal de la veille qu'elle avait prit dans un cabat, et dans ce jounal, l'article si important. Elle le contempla un instant, mais après quelques hésitations, elle arracha la page concernée et la rangea dans sa précieuse poche.
L'année précédente, il avait vu Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom retrouver son corps initial. Il savait qu'une guerre éclaterait bientôt, et elle toucherait peut-être le monde des moldus.
Harry frissonna à cette idée. Depuis le début des vacances il s'était inventé des centaines de scénarios, tous plus catastrophiques les uns que les autres . Comme toujours, il était couché sur son lit. C'était à peu près la seule chose que les Dursleys acceptent qu'il fasse. Il ne devait prouver sa présence en aucunes façons, qu'elle soit normale ou anormale. Et surtout anormale.
Pourtant, un cri strident se fit entendre dans toute la maison : c'était la voix de tante Pétunia. Harry descendit les escaliers en trombe et découvrit sa tante étalée à terre dans le vestibule, sans connaissance. La porte d'entrée était ouvete, et Harry se précipita pour regarder au dehors, mais il resta pétrifié. Derrière lui, Dudley tourna des yeux effarés vers Harry, puis vers sa mère aux pieds du sorcier, et s'enfuit en hurlant bêtement, loin du prétendu danger. Harry n'y fit pas attention. Ce qu'il avait sous les yeux était autrement plus grave et plus important. Là, juste au-dessus de la maison des Dursleys, Harry put voir un nuage en forme de crâne, qu'un serpent traversait par un ?il : la marque des ténèbres.
***
Brique reniflait dans un coin. Sioban le rappella d'un claquement de langue. Il leva la tête, couina un instant puis lâcha finallement sa piste pour rejoindre l'enfant. Elle n'y fit pas attention. Ce claquement de langue était un geste naturel. Elle galopait ainsi dans les rues de Londres depuis qu'elle était dans cet orphelinat. depuis quatre ans.
Son père lui manquait. Son père et tout ce qui s'y rapprochait. C'était entre autres pour cela qu'elle avait adopté ces chiens des rues qui l'accompagnaient partout dans ses escapades hors de l'orphelinat.
Brique était un roquet au pelage blanc sale qui laissait apparaître des tâches rousses qui lui avaient valu son nom. Il était le plus proche des compagnons de Sioban. Les deux autres bâtards ne la suivaient que durant ses sorties et étaient indépendants. Le roquet, lui, ne se séparait jamais d'elle.
La petite fille courait, les chiens sur ses talons.
Elle serait encore en retard. Elle se mordit les lêvres en imaginant les reproches que lui ferait encore La Mayotte. Son vieux sac à dos noir lui tombait sous le bras et lui cognait la hanche droite à chaque enjambée, la déséquilibrant légèrement. Mais sa course restait rapide et sûre. De ce côté là, elle n'avait rien perdu de ce qu'elle avait appris auprès de son père.
En six ans à Londres, n'importe qui se serait adapté mais Sioban non. Les lignes droites et dégagées des trottoirs la déstabilisaient et pour maintenir un semblant d'équilibre, elle louvoyait entre les bancs et les réverbères.
Elle s'engagea bientôt dans une petite ruelle sombre et rallentit l'allure, puis s'arrêta à quelque distance de l'entrée de l'orphelinat, dans un angle. « Whithout Stars » . Les lettres décolorées au-dessus de la porte mitteuse trahissaient l'âge avancé de l'établissement. Elle avait déjà été prise plusieurs fois, et en subsistait en général de mauvais souvenirs. Elle savait qu'elle n'avait rien à craindre des autres pensionnaires : elle était leur lien avec l'extèrieur, mais le concierge avait l'?il perçant.
Elle se glissa donc comme une ombre dans les zones les plus noires de la ruelle. Des silouettes s'agitèrent derrière certaines fenêtres. Les pensionnaires l'avaient repérée. Elle devrait revoir sa stratégie, ils s'étaient habitués à la trajectoire qu'elle prenait et leur agitation pouvait la trahir. Brique avait déjà passé la zone dangereuse et l'attendait près de la brêche. Mais elle s'immobilisa. Une fenêtre en haut à droite s'était assombrie : On s'était rendu compte de sa trop longue absence ou quelqu'un l'avait dénoncée. Dans le noir, elle se savait complètement invisible, comme protégée par des volutes sombres qui la cachaient des regards, mais à conditions qu'elle ne bouge pas. La longue silhouette revêche de la directrice, Mme Mayotte s'était dessiné en ombres chinoises à la fenêtre. Elle resta face à la rue un instant, puis se retourna de telle sorte que Sioban pouvait en voir le profil. Une lampe s'alluma dans la pièce. Elle avait dû demander de la lumière. Sioban blémit : Son médaillon était phosphorescent, et La Mayotte le savait : elle l'avait attrapée plus d'une fois de cette façon. Et elle avait oublié de le cacher sous sa chemise. L'enfant rentra son pendentif d'un geste machinal et rapide mais trop tardif. La Mayotte l'avait repérée. Il n'était pas question de repasser par la brêche, elle n'avait plus qu'à attendre le plus dignement possible que son bourreau la repêche. Ce n'était pas la peine de chercher à gagner contre cette vieille bique. Sioban rappela son chien et vida son sac dans une poche interieure qu'elle avait cousu à cet effet dans l'ourlet trop long de sa jupe. Elle ne devait pas trop la remplir pour garder l'aspect léger et plat et ne pas trahir sa cachette. Elle déposa donc l'excédent dans la doublure de son vieux sac. Ça n'avait pas traîné : le concierge s'approcha dans la ruelle avec une lampe- torche. Sioban s'était déplacé pour éviter d'attirer l'attention sur sa trajectoire actuelle. Il la découvrit donc cachée entre deux poubelles et la ramena victorieusement dans la cour de l'orphelinat. Brique grognait. La petite fille se laissa faire docilement. Un comportement contraire aurait aggravé son cas. Elle ne le savait que trop bien. Ce soir, elle serait à l'écart, au pain sec et à l'eau, et elle goûterait des greniers. Mais après, elle aurait de précieuses informations de l'extèrieur à donner aux pensionnaires. Sauf bien entendu à ceux qui l'avaient vendue. Contre ceux- là ce serait la guerre, et elle la gagnerait. Elle était peut être une des plus jeunes orphelines de l'établissement, mais elle n'aimait pas qu'on lui marche sur les pieds, et beaucoup l'avaient appris à leurs dépends.
Elle s'arrêta au milieu de la cour. La Mayotte l'attendait. Sioban connaissait l'attitude à prendre : il ne fallait pas être trop fière pour ne pas énerver davantage La Mayotte, mais juste assez pour être adulée des pensionnaires. Il ne fallait pas non plus se montrer trop modeste en se recroquevillant sur soi-même. Cela ferait croire à La Mayotte qu'elle accepte son infèriorité face à elle. Mais il fallait l'être assez pour qu'elle vous juge insignifiant et vous libère au plus tôt. De plus, il fallait être juste assez prétentieux de manière à ce que les autres ne voient pas qu'on se rangeait sous des ordres. Sioban ne mentait pas avec les mots. Elle jouait très mal à ce jeu, mais il était amplement récompensé par l'art qu'elle possédait à jongler ainsi sur les sentiments et les afficher en public, qu'ils soient vrais ou faux, subtilement exagérés, ou masquant d'autres à ne pas dévoiler.
C'était ce qu'elle faisait à l'instant. A l'intèrieur d'elle-même bouillonait une fureur aveugle et une vengeance cruelle qu'elle dissimulait derrière un air absent, mais respectable parce que intouchable. Celui qui l'avait dénoncée était caché derrière la directrice et Sioban l'avait tout de suite repéré : c'était un chef de bande. Autant dire que toute la bande était contre elle. Il devait avoir 15 ou 16 ans. Elle, n'en avait que 9, c'était une grande marge. Elle aurait besoin de Ralf.
La directrice avait fini de parler. Sioban ne savait pas quand le discours avait commencé, mais La Mayotte avait du appeler tout l'orphelinat aux festivités, parce que tous les pensionnaires, de tout âges, jusqu'à 17 ans environ, étaient amassés autour d'eux. Sioban fit la grimace en imaginant que la scène dans l'ensemble, lui rappelait les combats de chiens : elle contre La Mayotte, et tout autour, les charognards, restes de la troupe, qui finiraient le vaincu.
Voilà déjà trois fois ce mois-ci, c'est inadmissible. En tant que directrice de cet établissement, je me dois de prendre des mesures dignes de ce nom. Mlle Uchelwydd, vous serez exilée dans les greniers, au pain sec et à l'eau.
Elle éleva la voix encore un peu pour s'adresser à l'ensemble des enfants.
Que ceci vous serve de leçon à tous ! Pas d'entorses au règlement, et surtout, pas de fugues similaires à celle-ci. Cette fois, Mlle Sioban Uchelwydd restera une semaine aux greniers, mais si je prends quelqu'un d'autre, maintenant que vous avez été prévenu, je doublerait cette punition. Depuis 1921 Whithout Stars est un orphelinat strist et droit, et il n'a jamais changé ses habitudes. Aussi ce n'est pas à lui de s'adapter à vous, mais à vous de vous plier à lui. Et c'est valable pour vous aussi, Mlle Uchelwydd.
Sioban sursauta. La sentence de La Mayotte était tombée. Il faudrait obéir pourt le moment. Elle devrait attendre une semaine avant de révéler ses précieux renseignements au reste de l'orphelinat.
Qu'on vide son sac ! Voyons ce qui t'as fait traîner si ongtemps en dehors de nos murs.
Le concierge lui arracha le vieux sac noir des mains et l'ouvrit.
Il n'y a qu'une vieille feuille chiffonnée au fond. Des cours d'écriture.
Bien. Alors on coupera la lumière dans sa cellule. Cela lui apprendra peut être à respecter les cours que nous ui donnons avec tant de générosité ! Et vous attacherez ce sac à puces ici même dans la cour. Il ne doit pas lui faire de compagnie. Elle doit pouvoir réfléchir à ses actes seule afin de ne pas recommencer.
Sioban serra les poings et les dents. Son visage s'était durci.
Et maintenant montez dans votre chambre et prenez vos affaires. Je veux vous voir ici dans cinq minutes.
Enfin libérée -temporairement-, Sioban courut vers la porte des dortoirs. Elle savait que dans le coin, sous les vieux escaliers en bois grinçants, Ralf l'attendait. Elle voulu s'arrêter mais il fit signe de passer son chemin. Elle monta donc au sixième étage. C'est vrai que cinq minutes, ce n'était pas long. Elle prit son sac de voyage et y mit toutes ses possessions : son pyjama, des affaires de rechange, une petite flûte que lui avait fabriqué son père, une orange et un vieux bout de pain qu'elle gardait de la veille. Un crayon et du papier si sa punition était aggravée au point de lui donner du travail à faire à la lueur des bougies. Ce qui était fort possible étant donné l'humeur de la vieille bique.
Elle s'agenouilla près de son lit et y vida partiellement sac et poche intèrieure. Quelques fruits : cerises, fraises, pommes, raisins qu'elle avait volé atterirent sous le lit. Et pour les plus grands, de quoi faire du feu : allumettes, briquets et cigarettes. De plus quelques journaux dont certains étaient friands et les commandes de certains. Elle ne se faisait pas d'illusions, ses voisines les trouveraient et feraient le partage dans leur bande. Mais elle se garda tout de même une ration pour remédier au pain et à l'eau.
Elle descendit les escaliers quatre à quatre.
Uchelwydd, vous êtes en retard.
Sioban n'avait plus le temps de s'arrêter parler à Ralf, elle lui lança juste en passant sur le ton d'un au revoir pour feinter La Mayotte.
Ne sortez pas, danger.
Ralf chercha à l'arrêter pour plus d'explications mais elle s'éloigna trop vite et avant qu'elle ait pu lui attraper le bras, elle s'avançait dans la cour, devant tout les autres enfants. Ralf lui emboîta le pas.
Le concierge avait attaché Brique contre le mur et le chien se débattait tznt qu'il pouvait pour rejoindre sa maîtresse. On aurait dit qu'une force quelconque le liait à elle. Mais elle semblait ne pas y faire attention et elle s'arrêta devant la directrice. Celle-ci se dirigea vers une petite porte en fer, sur le côté d'un des bâtiments et Sioban dû la suivre. La foule des autres pensionnaires les suivaient de près, mais elle s'en moquait. Elle avait déjà mémorisé qui l'avait mis dans cette galère et elle s'arrangerait par tous les moyens à sa sortie des greniers pour lui faire regretter cet acte inconscient.
Mais un geste de recul anormal dans la foule près de la porte la fit lever les yeux. Ralf forçait le passage pour accéder aux premiers rangs. Lui restat toujours à l'écart de ce genre de spectacle ! Elle hocha la tête : il voulait en savoir plus. L'important c'est que personne ne sorte. Il fallait qu'il coupe toutes les communications avec l'exterieur. C'était le leader de laur bande, il devait au moins sauver leur bande. En passant devant lui, Sioban le regarda drit dans les yeux d'un air décidé. Il comprendrait. Elle dirait tout après, et pour le moment, il n'avait qu'à distribuer ce qu'elle avait laissé sous son lit.
***
Derrière la petite porte en fer, Sioban commença à gravir un petit escalier en colimaçon, étroit et sombre. Elle le connaissait bien et évita habilement la cinquième marche instable et la septième marche trouée. Plus on montait, plus l'escalier était raide. Les grincements des marches raisonnaient lugubrement dans la tour. Elles aboutirent enfin à un long couloir, sujet aux courants d'airs où les cris du vent se transformaient en plaintes stridentes ou mélancoliques, de telle sorte qu'on aurait cru l'endroit hanté par quelque mauvais esprit de tristesse et de mort. La directrice appuya sur un vieil interrupteur et une faible lumière se répandit dans le passage avec un bruit hâché de grésillements sourds. La directrice s'enfonçait déjà dans le couloir. Sioban hésita un instant. Elle n'allait jamais aussi loin, en général on l'enfermait dans la deuxième cellule, mais elle n'avait jamais fait de bêtises assez grave pour mériter de se faire enfermer plus moin dans les greniers. Il fallait la suivre, un mauvait pressentiement envahit la petite fille. Qu'avait-elle fait de plus que d'habitude pour mériter une punition plus dure ?
Tout au fond du couloir, derrière une vieille porte rouillée, un autre escalier, moins sûr encore que le premier, montait vers l'inconnu. Sioban prit son courage à deux mains, et s'engagea prudement de marches en marches dans cette seconde ascension. . Elle avait la désagréable impression que chaque marche pouvait lâcher sous son poids. Elle ressentait d'ailleurs dans la pénombre que devant, la directrice prenait des précautions autrements plus minutieuses que celles auxquelles elle-même se livrait. Elles arrivèrent à un second couloir, plus sombre et plus court que le premier. Le plancher mitteux, et même troué par endroits. Sioban ne tenta même pas de chercher l'interrupteur. Elle savait qu'ici, il n'y aurait que la lumière du jour. Si cette architecture sombre et fermée laissait passer un rayon de soleil quelque part.
Sioban découvrit enfin sa cellule. C'est à peine si elle n'avait pas du foin pour servir de lit. La cellule était plus petite que celles de l'étage en dessous. Sioban s'avança dans la pièce tandis que la directrice fermait la porte derrière elle.
Le concierge ne se risquera pas jusqu'ici. Il vous déposera le pain et l'eau à la porte en bas de l'escalier. Si vous ne venez pas le chercher, il n'y a que vous que ça dérangera.
Et à ces mots, elle partit. On entendit encore un long moment le bruit des pas dans le couloir. Le premier réflexe de Sioban fut d'ouvrir la porte. Elle avait moins l'impression d'être enfermée. Elle s'installa donc, rouvrit les fenêtres condamnées pour laisser passer plus de lumière, chassa les toiles d'araignée, aéra les draps et le vieux matelas qui sentaient l'urine et le moisi, chercha dans tout l'étage le plus de bougies possible. Elle vida sa poche intèrieure dans le tiroir d'une vieille commode : la meilleure cachette était la plus exposée. Elle sortit de son sac son trésor, un journal de la veille qu'elle avait prit dans un cabat, et dans ce jounal, l'article si important. Elle le contempla un instant, mais après quelques hésitations, elle arracha la page concernée et la rangea dans sa précieuse poche.
