Une échelle tout au fond du couloir, qui donne juste sous la vieille charpente en bois d'ifs, centenaire, un trou parmi les tuiles, agrandi par des mains adroites, une pente douce sous les derniers rayons de la lune, au- dessus de la ville de Londres, et un mur aux pierres apparentes, offrant de magnifiques prises pour qui veut les voir, avec des lianes de lierre auxquels s'accrocher en cas de chute. Sioban n'avait pas mit une matinée pour s'échapper des greniers. Maintenant elle était à nouveau sur les routes. Brique ne la suivait pas cette fois : le détacher aurait trahit sa fugue. Mais les deux autres bringuebalaient leur carcasse de tout côtés autour d'elle, multipliant les allés-venus. Sioban allait moins vite que d'habitude : elle avait décidé de suivre fidélement la carte qu'on lui avait donné, quitte à aller se promener, autant découvrir un nouveau chemin.

La carte de la liste de fournitures était très détaillée et indiquait même la position changeante de Sioban par un point rouge qui se déplaçait sur le parcours inscrit en vert émeuraude.

Sioban marchait ainsi depuis près d'une heure et le jour se cachait derrière une nappe de pluie, fine mais continue. Une pluie qui forme des nappes épaisses de brouillard et que l'on ne sent sur la peau que par une multitude de petites piqûres douces. Sioban s'assit sur le trottoir d'une ruelle encore sombre : une moment de pause pour vérifier sa position lui paraissait plus prudent. Un frisson la parcourut soudain. Elle s'en étonna d'ailleurs. La rue n'était certes pas chaleureuse, mais il n'y avait pas là de quoi en avoir peur.

Sioban se leva et enfoui sa carte et ses mains dans ses poches en se tassant. Mais elle s'immobilisa bientôt et attendit : un bruit de respiration lente et retenue avait attiré son attention.

L'enfant pensa d'abord à un mendiant qui dormait encore sur le pavé et regarda instinctivement non loin de là, à l'endroit d'où venait le bruit.

Effectivement, une silhouette noire se tenait dans l'ombre. Sioban chiffonna nerveusement dans sa poche l'article où elle avait lu la veille qu'un tueur en série digne de Jack l'éventreur hantait Londres depuis presque deux semaines, et qu'il s'en prenait surtout aux enfants vagabondant seuls dans la rue. L'inconnu se leva silencieusement, et Sioban se trouva bientôt face à une personne encapuchonnée dans un vieux manteau gris, de sorte qu'on ne voyait d'elle que sa bouche, d'une couleur brune étrange.

L'enfant recula de quelques pas tandis que la silhouette brandissait un bout de bois dans sa main droite. Cette bouche s'était déformée dans un rictus inquiétant. Sioban tourna les talons pour fuir et eu juste le temps de voir l'inconnu se précipiter en agitant énergiquement la baguette. Après, tout alla très vite : l'homme prit rudement l'enfant par le bras pour l'empêcher de s'élancer, et une lumière aveuglante noya la ruelle, accompagnée d'une détonation bruyante. Sioban se débattit de toutes ses forces, entendit une voix murmurer quelque chose d'inintelligible. Elle parvint à se dégager au moment où l'étrange visiteur disparaissait comme par magie, sans laisser de traces.

Sioban reprit son souffle, assise sur le trottoir, puis cligna des yeux : la lueur était toujours là ! En regardant mieux, elle se rendit compte que cela provenait d'un véhicule garé sur la chaussée. Un jeune homme en était descendu et avait du assister à la scène à en juger ses yeux écarquillés et sa main frottant méticuleusement ses cheveux sous la casquette de son costume violet. Il devait avoir une vingtaine d'années. Sioban se releva et regarda autour d'elle. Elle commença à se demander si elle n'avait pas rêver et se tourna vers l'homme.

Qu'est ce qu'il te voulait ? demanda celui-ci, qui visiblement ne s'était pas remis de sa surprise.

Avec espoir, Sioban se pinça discrètement, mais déception, ce n'était pas un rêve !

Je ne sais pas.

Tu t'appelles comment ?

Sioban. Répondit-elle en observant le véhicule. Il était vraiment sympathique : c'était un bus violet, à double impériale, muni de deux énormes phares. Et sur le pare-brise on pouvait lire en lettres d'or le mot : Magicobus.

Voyant qu'elle s'intéressait à son engin, l'homme lança d'une voix sonore :

C'est le Magicobus : transport d'urgence pour sorcières et sorciers en perdition. Il t'emmène où tu veux, monte. Je serais ton contrôleur : Stan Rocade. Monte.

Cela dit, il poussa Sioban dan le bus. Elle tenta de riposter :

Je n'ai pas d'argent.

Je paye ton voyage ! un peu plus et tu finissais embrochée sur la route, ça nous fera une histoire à raconter au Chaudron Baveur !

Au chaudron Baveur ?. répéta Sioban, incrédule. C'est là que je vais.

Et ben voilà !

Stan installa Sioban dans un emplacement dans le fond du bus.

Tu dois être choquée ! Le monde des Moldus est vraiment de plus en plus dangereux, on se demande vraiment ce qu'ils peuvent avoir dans la tête, pas vrai Ern ?

Mais l'enfant n'écoutait pas. Elle était bien trop occupée à observer l'agencement intèrieur de cet étrange bus : Des lits avaient remplacé les sièges et l'électricité semblait hors-service puisque des chandeliers éclairaient chaque emplacement.

Puis s'en suivit un voyage mouvementé à travers les rues de Londres. Chose étrange, le bus semblait parfaitement inconscient qu'il roulait au milieu des piétons, sur le trottoir, et Sioban aurait juré que les arbres, bancs et poteaux qui aurait du percuter le véhicule crapahutant, se poussaient pour libérer une route-spéciale-Magicobus.

On y est ! s'écria Stan.

Sioban remercia et descendit. Effectivement, au milieu de cette rue, qu'elle connaissait pourtant parfaitement, un vieux pub mitteux qui contrastait parfaitement avec les magasins environnants portait l'enseigne de Chaudron Baveur.

La petite fille y entra, et à sa grande surprise, elle se retrouva plutôt dans une auberge que dans un magasin de fournitures scolaires, si étranges soient-elles. Des personnes de tout âge et de toutes sortes sirotaient à des tables en bois des décoctions multicolores. Sioban s'attarda un instant sur leurs étranges vêtements de toutes les couleurs. Elle s'approcha du bar et présenta sa lettre au barman.

On m'a dit d'aller chercher ms fournitures ici. s'expliqua-t-elle après présentations.

Le barman l'examina un instant de toute sa hauteur d'un ?il vigilant, puis esquissa une moue tordue qui aurait pu ressembler à un sourire.

Suis moi.

Il sorti de la pièce par la porte de derrière, suivi de près par la petite fille.

C'est la première fois que tu vas au chemin de traverse j'imagine.

au quoi ?.

au Chemin de Traverse ! là où tu vas acheter tes fournitures !

Sioban se trouva d'un coup honteuse. Elle avait vraiment été stupide : aller faire des courses sans argent, c'était un comble ! Elle avait bien pensé à voler une ou deux choses, mais s'ils étaient vraiment sorciers, la méfiance étair de rêgle, ils devaient avoir un tas de trucs pour protéger leurs magasins.

Je n'ai pas beaucoup de sous.

Tu as un nom de sorciers, lui coupa le barman en se retournant. Tes parents ont sûrement un coffre à la banque de Gringott.

Pendant qu'ils parlaient, ils avançaient dans une petite cour, au milieu des poubelles et des mauvaises herbes. Le barman compta les briques du mur au-dessus de quelques sacs poubelles.

Tu vois ? Tu tappes là là là là et là avec ta baguette. Il sorti un bout de bois de sa poche et frappa doucement ces endroit précis. Et les briques se mirent en mouvement et formèrent bientôt une porte dans le mur.

Tu vas droit au grand bâtiment là-bas, c'est la banque. Les gobelins gardent toujours un double des clés des coffres. annonça le barman en poussant Sioban dans la porte.

des gobelins ?.

Sioban se retourna vers le barman, mais de la porte qui s'était ouverte sous ses yeux, il ne restait plus qu'un mur de brique rouge, parfaitement infranchissable. Elle haussa les épaules et s'engagea. Le Chemin de Traverse était plein de vie. Des magasins de toutes sortes défilaient sous ses yeux.