Il y a une forêt. sombre. Au loin, le vent hurle à la mort, mais la mort
est bien trop occupée ailleurs pour lui répondre, et le mur végétal que
forment les grands arbres est bien trop touffu pour qu'on entende cette
complainte de façon certaine. Ici c'est le silence. Tout est silence. Même
les arbres restent immobiles afin de ne pas troubler cette léthargie. Dans
la forêt, tout est indécis. Le monde sylvain entier retient son souffle. On
est passé tout près cette fois encore de la mort. Il a failli mourir, ils
l'ont tous ressenti. Ils ont tous vu le couteau s'enfoncer, à maintes
reprises dans son corps. Ils ont tous esperé. Mais il s'est relevé.
Longtemps après. Les coups n'étaient pas assez violents et il est encore
vivant. Et il la recherche, errant dans les rues obscures de Londres, dans
son long manteau gris en charpie. Profitant de la nuit. Par quelle magie
toute cette forêt a les yeux rivés sur lui, épiant ses moindres gestes,
priant pour qu'il réussisse ou qu'il échoue ? Eviter Londres de nuit, sans
quoi, au coin d'une rue secrète, on pourrait le croiser, la tête rentrée
dans les épaules, les mains cachées dans ses grandes poches mitteuses, les
cheveux pendants, raidis par la crasse, et deux tisons rouges à la place
des yeux. Deux yeux rouges comme.
Harry se réveille en hurlant et en nage. Autour de lui les draps sont tombés sur le vieux plancher grinçant. Il reprend lentement ses esprits et tatonne du côté de la table de nuit pour y débusquer ses lunettes. Ainsi il peut mieux voir sa pathétique situation. Sa cicatrice le brûle tellement qu'il lui semble qu'elle va couper sa tête en deux. Il récupère les draps à terre et tente de les remettre dans son lit avant que Mme Figg n'arrive, alertée par les cris. Il attend un peu, mais rien, silence. Un frisson le parcourt en repensant au même silence d'attente qui imprégnait son rêve. A son grand soulagement, Mme Figg n'a pas du se réveiller, elle commence à devenir sourde avec l'âge ! De toutes façons, il se voyait mal à pleurer après elle pour un malheureux cauchemar. Il s'assoit dans le fond de son lit. Adossé à la tapisserie couleur kaki à lourds dessins bleus outremer, il tente de respirer un grand coup. Comment peut-il dormir correctement dans une telle ambiance, aussi ! Ca pue le vieux partout et cet ideux papier peint est si indigeste que voilà, il se met à rêver de forêts ! C'est la même couleur ! Il tente de penser à autre chose. Décidément, il est gâté en ce moment ! Deux cauchemars, et la marque des ténèbres ! Et le voilà chez Mme Figg ! Il se frotte machinalement le front pour essayer d'estomper la douleur de sa cicatrice. Ca, c'est pareil ! Il va falloir s'y habituer maintenant que Voldemort a reprit des forces.
Harry se lève. Il a dû se rendormir comme une masse après le cauchemar de cette nuit. En bas, des miaulements se font déjà entendre. Il soupire en s'habillant.
Les escaliers grincent sous ses pas encore alourdis par le sommeil manquant. Il descent à la cuisine où sont stoquées les provisions de croquettes. A ses talons une demi-dizaine de chats miaulent à toutes berzingues. Ils est obligé de faire attention à chaque pas s'il n'écrase pas une queue ou une moustache. Mais Tichou, le pouilleux, se jette entre ses jambes, amorçant un formidable croche pieds dont le but est évidemment de mettre Harry et les croquettes par-terre. Mission accomplie, les lunettes volent dans la gamelle renversée, et Harry ouvre de grands yeux ahuris devant la scène : les croquettes tapissent désormais tout le sol de la cuisine, et lui, il a le nez dedans maintenant ! Il va en falloir des bains pour masquer cette forte odeur. heureusement que c'était pas du mou !
Mais en levant les yeux, Harry croit percevoir quelque chose d'étrange : un des chat tigré semble avoir des lunettes. Ca lui dit quelque chose. Sans le quitter des yeux, Harry récupère les siennes, en fait tomber les croquettes qui persistent et collent aux verres, et les pose sur son nez. De tous les chats dans la cuisine, ce chat tigré est le seul à ne pas se goinfrer de croquettes. Il est assis au milieu de la cuisine et il observe fixement Harry mal à l'aise qui se relève. Ou plutôt elle, car ce chat tigré qu'il a sous les yeux, c'est le professeur Mc Gonagall ! Harry secoue la tête, incrédule, comme pour faire fuir les allucinations. Mais le chat tigré se détourne et sort de la cuisine. Harry se précipite maladroitement sur ses talons. Sur l'un des fauteuils au dossier décoré de napperons de dentelles blanches et grossières, le professeur reprend forme humaine sous les yeux éberlués de Harry.
- Mais. et. et Mme Figg ?
- Elle dort. J'ai moi-même assaisonné son thé à la camomille.
Harry, la bouche entrouverte, fixait son professeur de métamorphose. Elle, sorcière au milieu du monde des moldus, et qui plus est chez cette vieille folle de Mme Figg. Mais McGonagall sembla ne pas y faire attention et en arriva directement aux faits.
- Le Ministère de la Magie a été prévenu sur un événement quelque peu déplaisant arrivé au 4, rue Privet Drive. Il semble qu'ils font une enquête pour comprendre comment tu t'y es pris pour réussir un sort si puissant. Ils n'apprécient pas tellement ce genre de blague.
Harry était lessivé. Ben voilà autre chose, c'était lui le Mangemort maintenant ! Il tenta de protester mais Mc Gonagall lui fit signe de se taire et de la laisser continuer.
- Le Ministère de la Magie ne croit pas au retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit- Pas-Prononcer-Le-Nom, c'est si simple de vivre en temps de paix. Le professeur Dumbledore va s'occuper de cette affaire. Il est impératif que tu ne sortes pas de chez Mme Figg. Personne viendra te chercher là, et Dumbledore a protégé la maison de quelques sortilèges de sa connaissance. En revanche, Black a reçu ordre de te surveiller, il ne te quittera pas jusqu'à ce que tu sois monté dans le Poudlard Express. Le seul problème je pense, ce sera pour se faire accepter dans cette maison pleine de chats. J'ai déjà parlé à Pompon et à Minouchette, mais ce diable de Tichou n'en fait qu'à sa tête. Il faudra que je demande à Sirius de n'en faire qu'une bouchée avant de partir de la maison. Puis elle semble sortir de ses pensées - Je dois te laisser, je suis assez pressée en réalité, j'ai beaucoup de choses à faire.
- Je ne peux pas vous accompagner ?
- Tu as déjà de la chance de recevoir la compagnie de Sirius, peut-être n'imagines-tu pas les risques qu'il prend en sortant de son refuge !
Harry se tut et regarda le chat tigré sauter sur le canapé, atteindre la porte et s'éloigner par la chatière. il ne savait pas trop quoi penser. Des vacances avec Sirius, c'était fabuleux !
Sioban fixe le plafond, les mains derrière la tête. Elle est allongée sur son lit : on vient de sonner l'extinction des feux, il est 21 h 30. De toutes façons dehors les volets disjoints sont refermés sur la nuit noire, sombre et inquiétante de Londres. Autour d'elle, les autres filles dorment.
Il est beau le plafond. Une fissure court sur le béton pourri. L'humidité a dessiné un camaïeu de gris plus ou moins teintés de verdâtres. Dans l'angle une araignée s'active patiemment. Elle tisse lentement un long voile fin, beau piège mortel.
Dormir. cela lui semble si dur. Chaque soir la nuit l'appelle avec plus d'intensité et d'espoir. Chaque soir la nuit est plus forte. Sioban soupire. La même phrase danse inlassablement dans sa mémoire, lui chantant, répétitive et infatigable les mêmes mots avec la même voix, celle de ce vendeur soucieux : «votre baguette est liée aux forces de la nuit » Et puis, il y a ce jeune homme. Etait-ce vrai que leurs familles étaient étroitement liées ? alors peut-être sait-il quelque chose sur l'histoire des Uchelwydd, sur leur déclin, sur leur lien.
Au dessus de sa tête l'araignée s'est immobilisée. Sioban la fixe un instant puis se retourne, elle est couchée sur le ventre. Elle pivote et se retrouve tête en bas à sonder des yeux l'obscurité angoissante qui règne sous son lit.
Elle y risque une main assurée, à la recherche de quelque chose. Sur le plancher humide traîne un petit livret. Elle s'en empare et s'assied sur les draps défaits. Elle essuie le petit ouvrage avec les manches de son pyjama d'un mouvement vif pour enlever le gros mouton de poussière encore accroché à la couverture en cuir. Sioban sourit : c'est pas très propre sous son lit !
Mais devant elle, le petit livre est ouvert et la laisse découvrir la page de garde. Les lettres du titre brillent des éclats du métal froid qui les compose, en argent sans doute. Sioban fait courir ses doigts sur les lettres finement ouvragées. Elle ferme les yeux de contentement au contact lisse et doux.
« Votre Baguette de Hauts Lieux »
Sioban contemple un instant le titre qui s'étale sous ses yeux. Les Majuscules calligraphiées se rejoignent presque pour former une seule et même lettre, dont la forme floue ne lui rappelle rien de connu. « Votre », ce carnet serait-il donc personnalisé ?.
Et puis elle tourne la page.
Et puis le livre parle et lui raconte une histoire. une histoire que seule elle peut entendre, comme hypnotisée, elle écoute de toutes ses oreilles, elle regarde les lignes défiler avec des yeux agrandis de curiosité. Elle ne doit rien perdre de l'histoire de sa baguette, de son histoire. Elle sait que le livre ne lui dira pas tout tout de suite. ce serait trop simple. Mais chaque détail est important et au fur et mesure qu'elle prend connaissance du contenu du petit livre, les mots se gravent dans un coin de sa mémoire pour faire partie integrante d'elle-même.
La nuit.la nuit si douce est si dangereuse que cela. faudra-t-il désormais s'en méfier.
- Il est revenu.nous avons ressenti sa présence plus maléfique que jamais. Dumbledore mon jeune ami, tu dois la rappeler. Il est plus que temps qu'elle prenne sa place. Pour que l'équilibre renaisse. La forêt connaît un retour à l'angoisse, nous avons à peine eu le temps d'oublier la présence de Cres Noso que le revoilà, plus fort encore, et il va agrandir encore sa puissance de destruction. Nous devons lui opposer la petite. elle doit neutraliser ses forces noires pour maintenir l'équilibre de la forêt. Si tu ne la rappelles pas dès maintenant il va tenter de l'éliminer. Elle constitue un obstacle redoutable contre son ascension, et un espoir unique pour notre peuple sylvain.
- Elle découvre à peine le monde qui l'a vue naître. Mais j'ai confiance en Miss Mayotte. Elle a toujours su bien garder les orphelins victimes des malheurs causés par Voldemort. Je pense donc qu'elle poura facilement contrer Cres Nole Doce.
A ces mots, Dumbledore sentit tout autour de lui le pays frémir. On eut dit qu'un vent qu'il ne sentait pas avait vigoureusement agité toutes les feuilles, jusqu'aux branches et aux troncs de chacun des Centenaires. Il en eut l'explication bien vite.
- Le nom que tu lui donnes est bien trop long, et trop proche de ce qu'il désigne ! Tu es aussi insouciant qu'une jeune souche ! On n'utilise qu'un nom au sein même du c?ur de la forêt. Notre vallée est bien trop fragile pour que nous risquions d'y attirer le malheur. Ici, il faut dire Cres Noso.
Dumbledore fronça les sourcils. Il s'endurcit.
- Si je connaissait son vrai nom, sachez que c'est celui là que je prononcerais. Vous avez cultivé votre peur de cette chose comme l'ont fait les sorciers pour Lord Voldemort. Malgré votre âge vénérable, vous n'avez pas compris qu'il est plus sain de crever un abcès, plutôt que de le laisser se propager et prendre de la taille. Tôt ou tard, il vous faudra le combattre.
Dumbledore se tut. Les frissons des arbres autour de lui se calmèrent un à un, comme des vagues de moins en moins puissantes. Et puis un silence inquiétant habita un long moment la vallée. On eut dit que ces mots avaient fait fuir les Grand Esprits des Centenaires, et que les frissons n'étaient autres que les bruits de leur fuite à travers la ramure céleste de leurs colossales carcasses de bois et de mousse. Et autour, passive mais attentive, la forêt attendait, inquiète d'avoir vu se spectacle si terrifiant, les Centenaires trembler tant.
- Elle prendra ses responsabilités en temps venus. Ajouta Dumbledore d'une voix plus calme, avant de se retourner pour s'éloigner avec élégance, tête haute.
- Nous sommes arrivés en ces temps. Lou se bat chaque jour avec moins d'espoir contre le mal qui ronge peu à peu nos bonnes forêts. Et il a de plus en plus de mal à maintenir les meutes loin du Mal. Sans elle, les loups retourneront aux sources. ils cherchent le maître que tu leur as enlevé. Rend le leur.
Dumbledore interrompit sa marche pour se retourner vers le Centenaire qui avait ainsi proféré leur v?ux avec tant d'autorité.
- Je le répète. Tant qu'elle est à Whithout Stars, elle ne risque rien. Et à partir du moment où elle sera en vue du Poudlard express, elle sera sous ma propre responsabilité, comme tous les élèves de l'école. Je n'aurais déjà dû la faire rentrer que l'année prochaine, j'estime que je presse suffisement les choses comme ça.
Cela dit, il s'éloigna, laissant les ramures s'agiter avec indignation.
Harry se réveille en hurlant et en nage. Autour de lui les draps sont tombés sur le vieux plancher grinçant. Il reprend lentement ses esprits et tatonne du côté de la table de nuit pour y débusquer ses lunettes. Ainsi il peut mieux voir sa pathétique situation. Sa cicatrice le brûle tellement qu'il lui semble qu'elle va couper sa tête en deux. Il récupère les draps à terre et tente de les remettre dans son lit avant que Mme Figg n'arrive, alertée par les cris. Il attend un peu, mais rien, silence. Un frisson le parcourt en repensant au même silence d'attente qui imprégnait son rêve. A son grand soulagement, Mme Figg n'a pas du se réveiller, elle commence à devenir sourde avec l'âge ! De toutes façons, il se voyait mal à pleurer après elle pour un malheureux cauchemar. Il s'assoit dans le fond de son lit. Adossé à la tapisserie couleur kaki à lourds dessins bleus outremer, il tente de respirer un grand coup. Comment peut-il dormir correctement dans une telle ambiance, aussi ! Ca pue le vieux partout et cet ideux papier peint est si indigeste que voilà, il se met à rêver de forêts ! C'est la même couleur ! Il tente de penser à autre chose. Décidément, il est gâté en ce moment ! Deux cauchemars, et la marque des ténèbres ! Et le voilà chez Mme Figg ! Il se frotte machinalement le front pour essayer d'estomper la douleur de sa cicatrice. Ca, c'est pareil ! Il va falloir s'y habituer maintenant que Voldemort a reprit des forces.
Harry se lève. Il a dû se rendormir comme une masse après le cauchemar de cette nuit. En bas, des miaulements se font déjà entendre. Il soupire en s'habillant.
Les escaliers grincent sous ses pas encore alourdis par le sommeil manquant. Il descent à la cuisine où sont stoquées les provisions de croquettes. A ses talons une demi-dizaine de chats miaulent à toutes berzingues. Ils est obligé de faire attention à chaque pas s'il n'écrase pas une queue ou une moustache. Mais Tichou, le pouilleux, se jette entre ses jambes, amorçant un formidable croche pieds dont le but est évidemment de mettre Harry et les croquettes par-terre. Mission accomplie, les lunettes volent dans la gamelle renversée, et Harry ouvre de grands yeux ahuris devant la scène : les croquettes tapissent désormais tout le sol de la cuisine, et lui, il a le nez dedans maintenant ! Il va en falloir des bains pour masquer cette forte odeur. heureusement que c'était pas du mou !
Mais en levant les yeux, Harry croit percevoir quelque chose d'étrange : un des chat tigré semble avoir des lunettes. Ca lui dit quelque chose. Sans le quitter des yeux, Harry récupère les siennes, en fait tomber les croquettes qui persistent et collent aux verres, et les pose sur son nez. De tous les chats dans la cuisine, ce chat tigré est le seul à ne pas se goinfrer de croquettes. Il est assis au milieu de la cuisine et il observe fixement Harry mal à l'aise qui se relève. Ou plutôt elle, car ce chat tigré qu'il a sous les yeux, c'est le professeur Mc Gonagall ! Harry secoue la tête, incrédule, comme pour faire fuir les allucinations. Mais le chat tigré se détourne et sort de la cuisine. Harry se précipite maladroitement sur ses talons. Sur l'un des fauteuils au dossier décoré de napperons de dentelles blanches et grossières, le professeur reprend forme humaine sous les yeux éberlués de Harry.
- Mais. et. et Mme Figg ?
- Elle dort. J'ai moi-même assaisonné son thé à la camomille.
Harry, la bouche entrouverte, fixait son professeur de métamorphose. Elle, sorcière au milieu du monde des moldus, et qui plus est chez cette vieille folle de Mme Figg. Mais McGonagall sembla ne pas y faire attention et en arriva directement aux faits.
- Le Ministère de la Magie a été prévenu sur un événement quelque peu déplaisant arrivé au 4, rue Privet Drive. Il semble qu'ils font une enquête pour comprendre comment tu t'y es pris pour réussir un sort si puissant. Ils n'apprécient pas tellement ce genre de blague.
Harry était lessivé. Ben voilà autre chose, c'était lui le Mangemort maintenant ! Il tenta de protester mais Mc Gonagall lui fit signe de se taire et de la laisser continuer.
- Le Ministère de la Magie ne croit pas au retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit- Pas-Prononcer-Le-Nom, c'est si simple de vivre en temps de paix. Le professeur Dumbledore va s'occuper de cette affaire. Il est impératif que tu ne sortes pas de chez Mme Figg. Personne viendra te chercher là, et Dumbledore a protégé la maison de quelques sortilèges de sa connaissance. En revanche, Black a reçu ordre de te surveiller, il ne te quittera pas jusqu'à ce que tu sois monté dans le Poudlard Express. Le seul problème je pense, ce sera pour se faire accepter dans cette maison pleine de chats. J'ai déjà parlé à Pompon et à Minouchette, mais ce diable de Tichou n'en fait qu'à sa tête. Il faudra que je demande à Sirius de n'en faire qu'une bouchée avant de partir de la maison. Puis elle semble sortir de ses pensées - Je dois te laisser, je suis assez pressée en réalité, j'ai beaucoup de choses à faire.
- Je ne peux pas vous accompagner ?
- Tu as déjà de la chance de recevoir la compagnie de Sirius, peut-être n'imagines-tu pas les risques qu'il prend en sortant de son refuge !
Harry se tut et regarda le chat tigré sauter sur le canapé, atteindre la porte et s'éloigner par la chatière. il ne savait pas trop quoi penser. Des vacances avec Sirius, c'était fabuleux !
Sioban fixe le plafond, les mains derrière la tête. Elle est allongée sur son lit : on vient de sonner l'extinction des feux, il est 21 h 30. De toutes façons dehors les volets disjoints sont refermés sur la nuit noire, sombre et inquiétante de Londres. Autour d'elle, les autres filles dorment.
Il est beau le plafond. Une fissure court sur le béton pourri. L'humidité a dessiné un camaïeu de gris plus ou moins teintés de verdâtres. Dans l'angle une araignée s'active patiemment. Elle tisse lentement un long voile fin, beau piège mortel.
Dormir. cela lui semble si dur. Chaque soir la nuit l'appelle avec plus d'intensité et d'espoir. Chaque soir la nuit est plus forte. Sioban soupire. La même phrase danse inlassablement dans sa mémoire, lui chantant, répétitive et infatigable les mêmes mots avec la même voix, celle de ce vendeur soucieux : «votre baguette est liée aux forces de la nuit » Et puis, il y a ce jeune homme. Etait-ce vrai que leurs familles étaient étroitement liées ? alors peut-être sait-il quelque chose sur l'histoire des Uchelwydd, sur leur déclin, sur leur lien.
Au dessus de sa tête l'araignée s'est immobilisée. Sioban la fixe un instant puis se retourne, elle est couchée sur le ventre. Elle pivote et se retrouve tête en bas à sonder des yeux l'obscurité angoissante qui règne sous son lit.
Elle y risque une main assurée, à la recherche de quelque chose. Sur le plancher humide traîne un petit livret. Elle s'en empare et s'assied sur les draps défaits. Elle essuie le petit ouvrage avec les manches de son pyjama d'un mouvement vif pour enlever le gros mouton de poussière encore accroché à la couverture en cuir. Sioban sourit : c'est pas très propre sous son lit !
Mais devant elle, le petit livre est ouvert et la laisse découvrir la page de garde. Les lettres du titre brillent des éclats du métal froid qui les compose, en argent sans doute. Sioban fait courir ses doigts sur les lettres finement ouvragées. Elle ferme les yeux de contentement au contact lisse et doux.
« Votre Baguette de Hauts Lieux »
Sioban contemple un instant le titre qui s'étale sous ses yeux. Les Majuscules calligraphiées se rejoignent presque pour former une seule et même lettre, dont la forme floue ne lui rappelle rien de connu. « Votre », ce carnet serait-il donc personnalisé ?.
Et puis elle tourne la page.
Et puis le livre parle et lui raconte une histoire. une histoire que seule elle peut entendre, comme hypnotisée, elle écoute de toutes ses oreilles, elle regarde les lignes défiler avec des yeux agrandis de curiosité. Elle ne doit rien perdre de l'histoire de sa baguette, de son histoire. Elle sait que le livre ne lui dira pas tout tout de suite. ce serait trop simple. Mais chaque détail est important et au fur et mesure qu'elle prend connaissance du contenu du petit livre, les mots se gravent dans un coin de sa mémoire pour faire partie integrante d'elle-même.
La nuit.la nuit si douce est si dangereuse que cela. faudra-t-il désormais s'en méfier.
- Il est revenu.nous avons ressenti sa présence plus maléfique que jamais. Dumbledore mon jeune ami, tu dois la rappeler. Il est plus que temps qu'elle prenne sa place. Pour que l'équilibre renaisse. La forêt connaît un retour à l'angoisse, nous avons à peine eu le temps d'oublier la présence de Cres Noso que le revoilà, plus fort encore, et il va agrandir encore sa puissance de destruction. Nous devons lui opposer la petite. elle doit neutraliser ses forces noires pour maintenir l'équilibre de la forêt. Si tu ne la rappelles pas dès maintenant il va tenter de l'éliminer. Elle constitue un obstacle redoutable contre son ascension, et un espoir unique pour notre peuple sylvain.
- Elle découvre à peine le monde qui l'a vue naître. Mais j'ai confiance en Miss Mayotte. Elle a toujours su bien garder les orphelins victimes des malheurs causés par Voldemort. Je pense donc qu'elle poura facilement contrer Cres Nole Doce.
A ces mots, Dumbledore sentit tout autour de lui le pays frémir. On eut dit qu'un vent qu'il ne sentait pas avait vigoureusement agité toutes les feuilles, jusqu'aux branches et aux troncs de chacun des Centenaires. Il en eut l'explication bien vite.
- Le nom que tu lui donnes est bien trop long, et trop proche de ce qu'il désigne ! Tu es aussi insouciant qu'une jeune souche ! On n'utilise qu'un nom au sein même du c?ur de la forêt. Notre vallée est bien trop fragile pour que nous risquions d'y attirer le malheur. Ici, il faut dire Cres Noso.
Dumbledore fronça les sourcils. Il s'endurcit.
- Si je connaissait son vrai nom, sachez que c'est celui là que je prononcerais. Vous avez cultivé votre peur de cette chose comme l'ont fait les sorciers pour Lord Voldemort. Malgré votre âge vénérable, vous n'avez pas compris qu'il est plus sain de crever un abcès, plutôt que de le laisser se propager et prendre de la taille. Tôt ou tard, il vous faudra le combattre.
Dumbledore se tut. Les frissons des arbres autour de lui se calmèrent un à un, comme des vagues de moins en moins puissantes. Et puis un silence inquiétant habita un long moment la vallée. On eut dit que ces mots avaient fait fuir les Grand Esprits des Centenaires, et que les frissons n'étaient autres que les bruits de leur fuite à travers la ramure céleste de leurs colossales carcasses de bois et de mousse. Et autour, passive mais attentive, la forêt attendait, inquiète d'avoir vu se spectacle si terrifiant, les Centenaires trembler tant.
- Elle prendra ses responsabilités en temps venus. Ajouta Dumbledore d'une voix plus calme, avant de se retourner pour s'éloigner avec élégance, tête haute.
- Nous sommes arrivés en ces temps. Lou se bat chaque jour avec moins d'espoir contre le mal qui ronge peu à peu nos bonnes forêts. Et il a de plus en plus de mal à maintenir les meutes loin du Mal. Sans elle, les loups retourneront aux sources. ils cherchent le maître que tu leur as enlevé. Rend le leur.
Dumbledore interrompit sa marche pour se retourner vers le Centenaire qui avait ainsi proféré leur v?ux avec tant d'autorité.
- Je le répète. Tant qu'elle est à Whithout Stars, elle ne risque rien. Et à partir du moment où elle sera en vue du Poudlard express, elle sera sous ma propre responsabilité, comme tous les élèves de l'école. Je n'aurais déjà dû la faire rentrer que l'année prochaine, j'estime que je presse suffisement les choses comme ça.
Cela dit, il s'éloigna, laissant les ramures s'agiter avec indignation.
