Encore et toujours merci pour la review !
Tobias
Lorsque je me réveille, j'ai mal derrière la tête alors j'essaie de me souvenir ce qu'il s'est passé puis je me rends compte que je suis assis sur une chaise, les bras et les jambes fixés dessus à l'aide de colliers en plastique. Je ne peux pas bouger le moindre membre et je finis par ouvrir les yeux. Mon tortionnaire est face à moi, attendant visiblement que je me réveille. Le soleil n'est pas encore levé donc ça ne doit pas faire longtemps que je suis inconscient. Marcus se rapproche alors de moi et je sens mon corps se contracter à son maximum.
« Et bien, et bien ! Tu as fini par revenir à la maison. Ça fait combien d'années… »
« Sept ans » je ne veux pas qu'il voit mon anxiété alors je préfère le provoquer.
« C'est ça… sept ans. Dis-moi, Tobias, qu'ai-je mérité pour que tu t'enfuies comme un voleur ? Ne t'ai-je pas élevé ? Ne t'ai-je pas payé tes études ? »
« Tu plaisantes, j'espère ? » son comportement m'horripile.
« Oh, je vois que tu es devenu plus qu'irrespectueux. Il est temps de corriger ça ! » Et vient le premier revers de la main sur ma joue. Je ne dis rien et encaisse, je ne veux pas lui donner ce plaisir. Il doit être particulièrement contrarié car auparavant, il évitait toujours le visage pour ne pas que ça se voit. « Donc, je te demandais pourquoi tu es parti ? »
« Voyons voir » je commence alors que je perçois du sang qui coule de ma bouche à cause de son coup « Peut-être parce que tu me prenais pour ton punching-ball ! »
Sa réaction ne se fait pas attendre mais cette fois-ci ses coups se concentrent sur mes côtes. Encore une fois, j'encaisse, espérant que Zeke viendra me retrouver. Tout ce que je dois faire, c'est tenir le coup jusque-là. Je dois absolument gagner du temps en essayant de ne pas prendre trop de coups au passage.
« La voiture de ton père » lui dis-je après avoir repris mon souffle « c'est toi qui a provoqué un accident il y a sept ans… tu as tué un couple en rentrant ivre »
« Peut-être bien, et alors ? »
« Ce n'est pas pour rien que tu as gardé la voiture et que tu ne l'as pas faite réparer »
« Qu'est-ce que ça peut bien te foutre ? »
« Tu savais que si la police remettait la main dessus, ils pourraient remonter jusqu'à toi puisque Tris a tout fait pour que l'affaire ne soit pas classée ! »
J'entends au son de sa voix qu'il commence à s'énerver et il risque de bientôt se défouler sur moi alors qu'on entend mon téléphone sonner. Apparemment, il l'a récupéré lorsque j'étais inconscient et l'a mis sur la table à côté de lui. Il le regarde puis le prend en main.
« Et bien si tu veux tout savoir, Ezéchiel a essayé de te joindre plusieurs fois et maintenant, c'est « Tris » qui t'appelle » il regarde la photo de Tris qui s'affiche lorsqu'elle m'appelle. « Elle a l'air mignonne. C'est ta copine ? Ta femme ? »
« N'ose même pas parler d'elle ! »
« Oh, voyez-vous cela ! Tobias s'énerve, oh arrête, tu me fais peur ! »
« Si jamais tu… »
« Arrête un peu ! Tu n'es bon à rien, et encore moins à avoir une femme ou tout du moins, de la garder ! Voyons un peu ce qu'on peut apprendre de toi avec ton portefeuille ! »
Je ne dis plus rien, de peur de le provoquer et qu'il trouve plus vite des informations sur ma vie et pire encore, sur Abi !
« Oh, Monsieur a son entreprise de maintenance informatique ! » continue-t-il en sortant une de mes cartes de visite.
« Pourquoi crois-tu que tu ne m'as jamais cherché ? Tu aurais pu me retrouver si tu le voulais vraiment, alors dis-moi « papa », pourquoi ? »
« Qu'est-ce que ça m'aurait apporté ? Tu étais une bouche en moins à nourrir, c'était toujours ça de gagné ! »
« Ou alors j'aurai pu aller voir les flics en leur montrant mes cicatrices ! Mais tu as préféré passer pour mort pour que je t'oublie et ainsi, rester libre, je me trompe ? »
« J'aurais dû t'achever ce jour-là ! Ceci dit, c'était prévu que je vienne t'achever si jamais tu allais parler de moi.»
Et les coups reprennent de plus belles : dans les côtes et même le dos. Je sens qu'il y met toute sa rage et je subis en silence mais je ne peux empêcher quelques gémissements lorsque je reprends mon souffle.
« Continuons nos investigations, tu veux ! Alors… oh, n'est-elle pas mignonne ? C'est ta fille ? »
« Non… » je murmure.
« Comment s'appelle-t-elle ? »
Mais je ne dis rien, pour rien au monde je ne veux lui répondre, ce qui semble l'exaspérer au plus haut point. Je me prends encore quelques coups mais je commence doucement à sombrer à cause de la douleur. Je sens ma mâchoire contusionnée, mes côtes me font un mal de chien quand je respire ainsi que mon dos cependant, je ne lâcherai rien. J'espère tomber rapidement inconscient maintenant, ainsi je ne pourrais pas lui répondre.
« Tobias, crois-tu vraiment que je n'aurais pas cherché des informations à ton sujet ? Crois-tu que je ne sais pas que tu as perdu ta femme lorsqu'elle a mis au monde ta fille, Abigail, MA petite fille ? »
Ce qu'il me dit a l'effet d'un électrochoc. Il savait, depuis tout ce temps, il savait !
« Ah, je vois que j'ai attiré ton attention. Bien, elle ne va pas tarder à aller à l'école, que dirais-tu si je lui rendais visite ? Peut-être pourrions-nous déjeuner ensemble ! Elle sait que je suis son grand-père ? »
« Non, n'y pense même pas ! »
« Oh et qui va m'en empêcher ? Toi ? » répond-il en riant.
Ce qu'il vient de dire me rend fou ! Il a raison, je ne pourrais pas l'empêcher d'aller la voir, pas ici, pas comme ça. Je commence alors à me tortiller, à tirer de toutes mes forces sur mes jambes et mes bras, je sens que mes liens sont en train de traverser ma peau mais ça ne m'arrête pas. Je serais prêt à tout pour me détacher et l'affronter s'il le faut, même si je souffre mais cela a l'air de l'amuser puisqu'il rit encore plus fort.
« Je te tuerai si jamais tu la touches ! » je lui hurle dessus.
Soudain, il arrête de rire et me regarde avec un air de psychopathe que j'avais tellement l'habitude de voir avant qu'il ne me corrige avec sa ceinture lorsque j'étais enfant.
« Il est temps de terminer ce que j'ai commencé il y a sept ans ! »
Je sens ses poings frapper mes côtes, mon dos, mes genoux puis sa ceinture me fouette les flancs mais je reste éveillé, je ne veux pas lui donner le plaisir de me voir le supplier d'arrêter, je veux qu'il comprenne qu'il ne me brisera pas, ce qu'il doit probablement constater car j'ai l'impression que ses coups prennent en intensité puis je le vois s'arrêter subitement quand mon téléphone n'arrête pas de sonner.
« Cette Tris commence à m'agacer prodigieusement ! » dit-il en coupant mon téléphone. « Où en étions-nous ? »
Les coups reprennent mais il s'arrête rapidement. J'essaie d'ouvrir les yeux cependant la fatigue et la douleur commencent doucement à m'emmener vers les ténèbres. J'entends qu'on casse la fenêtre du garage mais je ne peux plus bouger, trop épuisé et tout devient noir.
Tris
Tout le long du trajet en voiture, j'essaie d'appeler Tobias mais tandis qu'au début, ça sonnait sans qu'on me réponde, j'ai fini par arriver sur sa messagerie directement, signe que le téléphone avait été éteint, ce qui m'inquiète encore plus ! De plus, le chemin est long jusqu'au quartier de Marcus ! Lorsque je tourne la tête vers Zeke, je le vois tendu comme je ne l'ai jamais vu auparavant, ce qui me prouve que lui aussi est extrêmement inquiet ! Quand nous arrivons enfin, Zeke se gare négligemment devant le garage de la maison puis il sort et je le suis de près. Il essaie d'ouvrir la porte d'entrée mais elle est fermée à clé alors je décide de contourner la maison et je finis par le retrouver devant une fenêtre du garage. Soudain, le peur me saisit lorsque je vois Tobias à l'intérieur, ligoté à une chaise, en sang et perdant connaissance. J'appelle Zeke qui accoure aussitôt et il comprend mon désarroi lorsqu'il l'aperçoit aussi. Zeke n'hésite pas un instant, prend une grosse pierre du jardin et casse un carreau, nous permettant ainsi de déverrouiller la fenêtre. Je ne perds pas un instant, me précipite vers lui et je prends son visage entre mes mains :
« Tobias, Tobias, s'il te plait, réponds-moi ! » mais il reste cruellement silencieux. « Zeke, trouve de quoi le détacher s'il te plait »
Je vois notre ami chercher désespérément un outil ou une paire de ciseaux pendant que je prends le pouls de Tobias. Il est présent mais tellement faible puis Zeke revient avec une pince à couper. Il détache ses pieds puis il grimace quand il libère les mains de Tobias en voyant que le plastique a traversé la chair de ses poignets, probablement en tentant de s'échapper. Zeke saisit le corps de son ami avant qu'il ne glisse à terre puis il l'allonge sur le sol.
« Appelle les urgences, il nous faut une ambulance » dis-je. Zeke ne discute pas et s'exécute aussitôt pendant que je retourne mon attention vers Tobias « Mon cœur, réponds-moi, Tobias ! »
Je vois enfin ses paupières bouger légèrement « C'est bien, continue, ouvre tes yeux ! » Je l'entends gémir, signe qu'il doit horriblement souffrir. Il parvient très difficilement à ouvrir enfin les yeux « Hey, bonjour mon cœur, je suis là, avec toi »
« Tris… » je l'entends murmurer.
« On va s'occuper de toi. Tu peux me dire où tu as mal ? »
Je comprends qu'il ne parvient pas à me répondre mais ce que je vois est plus dur à supporter que n'importe quelle parole : je vois quelques larmes tomber de ses yeux. Je les lui essuie aussitôt mais je ne peux pas retenir les miennes de tomber lorsque Zeke revient auprès de nous.
« Comment va-t-il ? »
« Il a peut-être des blessures internes. Il ne parvient pas à parler »
« Abi… » dit Tobias mais je vois bien que c'est un effort monumental pour lui.
« Ne t'inquiète pas, elle est avec Shauna, elle va l'emmener à l'école, on ne lui a rien dit »
« Non ! » réussit-il à dire tandis que son corps est secoué de spasmes pendant qu'il tousse.
Je ne peux rien faire de plus que de lui passer la main dans ses cheveux, comme pour l'apaiser mais je m'aperçois qu'il a une plaie derrière la tête car du sang se répand sur ma main et je me demande pourquoi cette ambulance est si longue à venir ! J'entends enfin les sirènes quand je vois Tobias tousser du sang. Je sens la panique m'envahir, de peur de le perdre mais j'ai à peine le temps d'essuyer le sang qui sort de sa bouche que les ambulanciers me demandent de leur laisser la place. Zeke pose ses mains sur mes épaules et me tire vers lui, laissant ainsi les secouristes faire le nécessaire. Je ne peux que rester là, à les observer prendre les constantes de l'homme que j'aime et écouter leurs échanges. Ils coupent sa chemise et son pantalon pour observer que son corps est couvert d'ecchymoses ainsi que des coupures probablement laissées par les coups de ceinture. Apparemment, Marcus s'est tout bonnement défoulé sur son fils, ce qui me rend folle de colère. Je veux lui faire mal, je veux lui rendre la pareille ! J'entends ensuite le monitoring et le bip régulier venant du cœur de Tobias. Cela me calme aussitôt puis ils le mettent sur un brancard et nous disent de nous rejoindre au General hospital.
Nous suivons de près l'ambulance mais je suis folle de rage, pourquoi est-il allé voir seul son père ! Je sais pourquoi, il ne voulait pas que je me fasse de fausse joie quant à l'implication de Marcus dans la mort de mes parents mais ça n'apaise pas ma colère. Zeke est en train de raconter ce qu'il se passe à Shauna, qui s'apprête à emmener Abi à l'école puis il raccroche.
« Ça va aller » dit Zeke qui doit sentir les tensions émaner de moi.
« Il ne mérite pas ça. Il aurait dû m'en parler, on aurait pu y aller ensemble ! »
« Tu n'aurais rien pu faire, pas plus que moi ! J'ai voulu y aller aussi mais quand Tobias a une idée en tête, rien ne peut l'en empêcher. Il est de nature protecteur envers ceux qu'il aime »
« Je m'en aperçois ! Je n'ai pas l'habitude de ce genre de comportement »
« Et pourtant, il va bien falloir que tu t'y fasses ! Il ne faut pas que tu lui en veuilles, c'est juste plus fort que lui. Il a toujours été comme ça, tu ne le referas pas ! »
Je lui souris poliment mais je n'en dis pas plus, je devrais avoir une conversation à ce sujet plus tard avec Tobias. Je dois rester concentrée sur l'état de santé de mon homme pour le moment alors que nous arrivons à l'hôpital. Zeke me laisse devant l'entrée des urgences puis va garer la voiture. Je me précipite aussitôt vers l'ambulance où ils descendent le brancard de Tobias. Je n'attends pas leur autorisation puisque je prends sa main droite dans la mienne et je le vois entre le réveil et l'inconscience.
« Je suis là mon cœur, ils vont bien s'occuper de toi, je te le promets ! » dis-je alors que les ambulanciers le font avancer vers l'entrée des urgences. Il ne me répond pas mais serre ma main, ce qui me donne du baume au cœur.
« Madame, vous devez nous laisser l'emmener »
« Non, je peux aider, je suis infirmière au Memorial hospital… »
« Mais vous n'êtes pas au Memorial, laissez-nous faire » continue le secouriste.
Je m'apprête à résister quand je sens les bras de Zeke autour de moi puis une infirmière nous rejoint :
« Je vous promets de venir vous informer de son état de santé, je m'en occupe, ok ? »
Je hoche simplement la tête, trop choquée pour faire autre chose. Zeke me conduit alors vers la salle d'attente et nous patientons. Une demi-heure plus tard, pendant que je fais les cents pas dans le couloir, j'entends deux policiers demander où se trouve Tobias. D'instinct, je fais un signe à Zeke qui me rejoint et nous nous dirigeons vers eux.
« Bonjour, je suis Tris Prior et voici Zeke Pedrad, c'est nous qui avons trouvé Tobias Eaton. Avez-vous retrouvé son père ? »
« Marcus Eaton ? » me rétorque l'un des policiers.
« Non, nous ne parvenons pas à le joindre. Savez-vous ce qu'il s'est passé ? » ajoute le deuxième.
Je ne me fais pas prier pour tout leur raconter. Zeke en fait autant et ils comprennent vite que Marcus, qu'ils pensaient être une victime, n'est autre que l'agresseur. Mon ami leur explique pourquoi Tobias s'est retrouvé chez Marcus et leur montre les photos l'incriminant dans l'accident de mes parents.
« Très bien, restez dans les parages si nous avons des questions. Nous allons rechercher Marcus Eaton pour faire le point sur toute cette affaire »
« Quoi ? Vous n'allez pas l'arrêter pour mes parents ou pour simplement avoir voulu tuer son fils ! »
« Mademoiselle Prior, tant que Tobias Eaton n'est pas réveillé, nous ne pouvons rien faire mis à part rechercher son père »
« Vous n'avez pas vu son sang partout sur le sol du garage ?! » je suis maintenant folle de rage de voir qu'ils ne s'inquiètent pas plus que ça qu'un psychopathe soit lâché dans la nature.
« Mademoiselle, nous comprenons votre énervement mais pour le moment nous n'avons que vos témoignages et vous n'étiez pas témoins de ce qui est arrivé dans la maison »
« Mais c'est pas… » je commence à hausser la voix toutefois je remarque aussi que l'un des deux policiers commence à perdre patience.
« Merci messieurs » intervient Zeke « Nous vous contacterons si besoin ». Il me reconduit vers la salle d'attente mais je ne parviens pas à tenir en place. « Il va avoir besoin de toi Tris, ce n'est pas le moment de te faire arrêter »
Je ne peux rien répondre à ça, même si cela ne m'apaise pas forcément les nerfs, il a malheureusement raison. Je décide finalement de m'asseoir à côté de mon ami qui me prend dans ses bras. Même si c'est réconfortant, son étreinte ne me calme pas comme celle de Tobias.
Nous attendons encore pendant deux heures quand je vois l'infirmière qui m'avait parlé, revenir vers nous. Nous nous levons, prêts à l'entendre :
« Il va bien, le médecin va venir vous parler. »
« Où est-il ? »
« Nous l'avons mis à l'écart, dans une chambre, il va bientôt être transféré. Il va rester en observation pendant au moins vingt-quatre heures. C'est un battant ! »
« Comme vous dites ! » répond Zeke.
« Je veux le voir, s'il vous plait »
« Très bien, suivez-moi »
L'infirmière nous emmène dans la chambre de Tobias. Avant d'y entrer, son médecin nous prévient de son état :
« J'ai cru comprendre que vous êtes du corps médical ? » me dit le médecin.
« Oui, je suis infirmière »
« Très bien. Monsieur Eaton présente un grand nombre d'ecchymoses sur tout le corps y compris sur le crâne. La rate a été lésée mais il a échappé de peu à une hémorragie interne. Il a des côtes fêlées, des vertèbres meurtries mais tout compte fait, il a eu beaucoup de chances. Il a aussi des lacérations sur ses poignets. On lui a donné des antidouleurs mais il a besoin de beaucoup de repos. Nous le gardons en observation mais d'ici demain, il pourra rentrer chez lui. »
« Merci docteur ».
Je sers la main de Zeke, comme pour me donner du courage puis nous passons le pas de la porte. Lorsque nous entrons, nous sommes tous les deux choqués par le contraste entre la pâleur de sa peau et la couleur violet noirâtre de ses ecchymoses sur sa mâchoire, le reste de son corps étant recouvert par la blouse d'hôpital toutefois, je n'ai pas de mal à l'imaginer. Je lâche Zeke puis je m'assieds sur le lit, je pose une main sur celle de Tobias et je passe délicatement mon autre dans ses cheveux. Il a l'air si paisible pendant qu'il dort, au moins, il ne souffre pas. Je réalise enfin qu'il va bien et je ne peux empêcher mes larmes de couler.
« Je… je vais appeler Shauna » dit Zeke, visiblement aussi choqué que moi « Je reviens ».
J'entends mon ami s'en aller mais je ne bouge pas d'un centimètre, je reste à observer Tobias quand je le vois qui bouge les paupières puis il finit par ouvrir les yeux. Je ressens un tel soulagement que je prends sa main et l'embrasse, ce qui attire son attention et je vois qu'il me regarde. Il a l'air tellement fatigué toutefois je peux voir tout l'amour qu'il me porte dans son regard.
« Tris… » murmure-t-il.
« Chut mon cœur, tu dois te reposer ».
Il me sourit pendant que je pose la paume de ma main contre sa joue, ce qui a l'air de l'apaiser mais soudain il ouvre les yeux, comme s'il venait de se rappeler quelque chose d'important. Brusquement, il essaie de se lever mais la douleur le calme et il se rallonge aussitôt. Je me rapproche de lui et pose mes mains sur ses épaules, pour qu'il reste sur le lit :
« Hey, ne bouge pas, tu as beaucoup d'ecchymoses et ta rate a été lésée. Tu bouges un peu trop et tu risques une hémorragie interne ! «
« Abi, où est-elle ? » dit-il difficilement, la gorge sèche, pendant que Zeke revient dans la chambre.
« Elle va bien, tiens, bois un peu » je lui réponds. Je le vois hésiter mais il finit par boire puis il reprend.
« Abi, où est-elle ? »
« Shauna l'a amené à l'école ce matin, là elle va la récupérer pour le déjeuner » réagit Zeke.
« Le déjeuner… » dit-il pour lui-même. « Non ! Il faut aller la récupérer ! Quelle heure est-il ? »
« 11h40, pourquoi ? » je lui rétorque, ne comprenant pas son inquiétude.
« Il va aller la prendre à l'école » cette fois, il parvient à s'asseoir mais je vois la souffrance sur son visage et sa main se met instinctivement sur son flanc gauche.
« Ok, on se calme ! » j'ajoute en me mettant devant lui, l'empêchant ainsi de tenter à se lever seul « Tobias, tu ne tiendras pas debout seul. Vas-tu nous raconter ce qui te met dans cet état ? »
« Marcus, il n'a pas été arrêté ? »
« Non » je lui avoue, presque honteuse.
« Il sait pour Abi, il va aller la récupérer ! »
« Non mon pote, Shauna va l'en empêcher » intervient Zeke quand son téléphone se met à sonner « Tiens, c'est elle, comme ça tu seras rassuré ! » ajoute-t-il en décrochant « Mon chaton, tu es sur haut-parleur, tu peux donner ton téléphone à Abi ? »
« Je… je ne peux pas » répond-elle mais on entend clairement de la panique dans sa voix.
« Shauna, où est ma fille ? » demande Tobias.
« Lorsque je suis arrivée à l'école, la directrice m'a demandé comment tu allais… »
« Quoi ? Je ne comprends pas… » continue Tobias.
« Apparemment ton père est venu la récupérer sous prétexte que tu avais eu un accident. Il lui a prouvé qu'il était ton père avec sa pièce d'identité et apparemment il était particulièrement convainquant »
« Et merde ! Je dois la retrouver ! » dit-il alors que Zeke raccroche en saluant sa femme.
« Non, tu es trop fragile » je commence à dire.
« Regarde-moi bien, je ne laisserai pas ma fille entre les mains de ce taré ! » répond-il en se mettant debout tant bien que mal.
« Mon pote, laisse faire la police, tu veux » tente Zeke, ce qui lui vaut un regard noir de Tobias.
« Soit vous m'aidez, soit vous me laissez partir, c'est vous qui voyez ! »
Je le vois chanceler jusqu'à l'armoire puis il peste, ne trouvant aucun vêtement. Il se redresse et se serait lamentablement écroulé si Zeke ne l'avait pas rattrapé de peu. Tobias grogne de douleur et le voir ainsi me fait mal. Je comprends malheureusement qu'il sortira, quoi qu'il arrive alors je prends la place de Zeke où Tobias s'appuie sur moi malgré lui.
« Zeke, débrouille-toi pour trouver des fringues s'il te plait. »
« Quoi ! Tu veux le faire sortir d'ici ? »
« Il le fera, avec ou sans nous alors je préfère l'aider, je ne le laisserai pas affronter Marcus une nouvelle fois seul. » Zeke souffle et lève les bras en signe de défaite.
« Bien, ok ! Mais vous ne bougez pas ! » dit-il en sortant.
« Allez, assieds-toi en attendant, inutile de te fatiguer plus que tu ne l'es déjà » j'ajoute en l'amenant vers le lit où il se pose en soufflant, les dents serrées. « On va la retrouver, ne t'inquiète pas »
Je lui dis ces paroles pour essayer de le réconforter et moi aussi, par la même occasion. Il me fixe alors, plus déterminé que jamais et me dit simplement « Merci ». Quelques instants plus tard, Zeke revient avec un boxer, un pantalon et un t-shirt. Nous aidons Tobias à s'habiller puis nous partons aussitôt.
