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Tobias

Tris et Zeke m'aident à retourner dans la voiture. Je m'assieds à l'arrière en serrant les dents. Chaque partie de mon corps est douloureuse mais ce sera le cadet de mes soucis si je n'arrive pas à retrouver ma fille. J'essaie de réfléchir à toute vitesse afin de trouver un moyen de les localiser. Zeke prend un virage un peu trop sec qui me fait m'écraser contre la vitre, me laissant échapper un gémissement de douleur.

« As-tu vraiment besoin de conduire si brutalement ? » demande Tris « A ce rythme, c'est ta conduite qui va lui provoquer une hémorragie interne ! »

Je souris intérieurement en écoutant Tris prendre ma défense et ainsi malmener Zeke. Ce dernier s'excuse et me demande où nous devons nous rendre.

« A l'école » je lui réponds.

« Pourquoi ? » ajoute-t-il.

« Voir s'ils ont des caméras ? » questionne Tris.

Je n'ai pas besoin de répondre, je regarde de toute façon par la fenêtre en me rongeant les sangs mais j'entends tout de même la réponse de mon ami.

« Vous êtes vraiment complémentaires tous les deux, c'est flippant ! »

Même si je ne le montre pas, ce qu'il vient de dire me donne du baume au cœur. Le trajet me parait durer une éternité lorsque je sens la voiture s'arrêter et que Zeke coupe le contact.

« Je dois aller voir Shauna, elle s'en veut énormément » dit Zeke.

« Si quelqu'un est à blâmer ici, c'est moi. Dis-lui que ce n'est pas de sa faute » je lui réponds. Je le vois qui veut me répondre mais je ne le lui en laisse pas le temps « Allons-y, chaque instant compte ».

Mon meilleur ami souffle puis se dirige vers notre bâtiment à pied alors que je vois Tris m'aider à me lever. En temps normal, ma fierté ferait que je refuserais son aide mais je suis beaucoup trop faible pour protester cependant je dois surtout garder le peu de forces que j'ai pour me concentrer sur ma fille. Nous arrivons enfin au bureau de la directrice. Lorsque nous frappons, elle nous accueille et nous fait asseoir à son bureau :

« Oh mon dieu Mr Eaton ! Que vous est-il arrivé ? »

« Madame, vous avez remis ma fille à la mauvaise personne, j'ai absolument besoin de voir vos caméras de vidéosurveillance »

« Mais enfin, il nous a prouvé qu'il était votre père et à voir votre état, il avait raison ! Il voulait emmener Abigail vous voir à l'hôpital »

« C'est lui qui m'y a mis ! » dis-je plus fort que je ne l'aurais voulu, ce qui a l'air de choquer la directrice.

« Ce que Mr Eaton veut dire, c'est que nous devons absolument retrouver Abigail avant qu'il ne lui arrive quoi que ce soit. Vous ne voudriez pas qu'il lui fasse du mal, n'est-ce pas ? » intervient Tris.

« Grand Dieu non ! Donnez-moi un instant »

Je souffle, soulagé puis je regarde Tris que je remercie d'un petit sourire auquel elle me répond. Quelques secondes plus tard, la directrice retourne son écran montrant mon père venant récupérer ma fille. Je serre le poing, la colère et la rage montant en moi puis je sens la main de Tris sur la mienne, ce qui a pour effet de m'apaiser. Je la regarde un instant puis retourne mon attention sur la vidéo. Je vois ma fille prendre son sac, sachant qu'elle ne reviendrait pas de la journée puis ils partent.

« Elle a pris son sac… » dis-je presque à moi-même.

« Oui votre père a dit que ce n'était pas nécessaire mais elle a insisté »

« Ça c'est ma fille ! Allons-y ! »

La directrice ne comprend pas vraiment mon entrain et je n'ai pas de temps à perdre alors je me relève fébrilement et prends la main de Tris puis nous nous dirigeons vers la sortie. Je me mets au volant de la voiture de Zeke et Tris à mes côtés, qui a l'air perdue :

« Tu m'expliques ? » demande-t-elle pendant que je sors mon téléphone.

« Je lui ai appris qu'elle a une puce GPS dans son sac au cas où il lui arriverait quelque chose. Elle est intelligente tu sais, si Marcus lui a dit qu'il est son grand-père, elle a dû comprendre qu'il y avait un problème »

« Tu m'as raconté que tu lui as dit qu'il est mort, n'est-ce pas ? »

« C'est pourquoi elle a insisté pour prendre son sac, pour que je la retrouve ! »

J'ouvre l'application de localisation puis j'active la puce. Rapidement, j'obtiens un signal qui m'indique qu'elle est en mouvement, en direction du nord de la ville. Je ne perds pas un instant, donne le téléphone à Tris, mets le contact puis démarre en trombe.

« On attend pas Zeke ? » demande Tris, paniquée.

« Je ne peux pas me permettre de perdre du temps » dis-je, plus froidement que prévu.

« Je vais quand même le prévenir, au cas où il ne trouverait pas sa voiture en sortant de chez lui ! »

Je ne réponds pas, trop concentré sur ma route pendant que Tris envoie un message à Zeke.

« Il n'est pas content » intervient Tris.

« Je sais mais pour ma fille, je ferais n'importe quoi »

« Je comprends ce que tu veux dire mais n'oublie pas qu'il y a deux heures à peine, tu étais encore inconscient dans un lit d'hôpital »

« Justement, je ne veux pas qu'il la touche, le temps est compté ! Je sais mieux que quiconque de quoi il est capable ! »

« Tourne à droite à la prochaine intersection et tout droit » répond-elle « Tobias ? »

« Oui »

« Pourquoi tu as dit que tu es responsable de ce qui arrive ? »

Je ne réponds pas tout de suite mais la connaissant, je sais qu'elle ne laissera pas tomber tant que je ne lui aurais rien dit.

« Ecoute, lorsqu'il me tenait, il a essayé de me faire parler mais je n'ai rien dit qui puisse l'orienter afin qu'il découvre la vérité sur Abi… »

« Ça prouve de quoi tu es capable pour elle, je ne comprends toujours pas »

« Il savait son existence, il savait comment Lauren est morte, il savait tout, pendant toutes ces années, je n'ai pas su protéger ma fille et maintenant, il risque de… » mais je ne peux pas finir ma phrase, les larmes tombant sur mes joues « je suis un père merdique, incapable de prendre soin de ma propre fille… si Lauren était là, elle regretterait surement d'avoir fait de moi un père ».

« Tobias » commença Tris sur un ton dur que je ne lui connaissais pas « je veux que tu m'écoutes bien attentivement : je ne sais pas ce que ce tortionnaire t'a mis en tête mais je peux te garantir que tu es un père formidable ! Tu mérites d'être aimé et ce que tu es en train de faire pour ta fille relève du miracle ! Tu étais tellement dans un sale état lorsqu'on t'a retrouvé tout à l'heure, que je ne savais même pas si tu te réveillerais ! Et te voilà, malgré tes blessures, à la poursuite de ce maniaque pour sauver ta fille ! Je ne te laisserais pas te rabaisser de la sorte alors que tu risques ta vie pour Abi ! ».

« Merci Tris, vraiment ».

Bien que je doive rester concentré sur la route, je la regarde, admirant cette femme dont je suis tombé amoureux.

« Elle s'est arrêtée » dit Tris.

« Où ? »

« Ils sont sortis de la ville, au Nord sur la 94, à environ cinq kilomètres d'ici ».

« Accroche-toi ! » je lui réponds en accélérant.

« Je donne l'information à Zeke, il va prendre contact avec la police pour qu'ils nous envoient du renfort »

J'acquiesce tout en restant les yeux rivés sur la route. En quelques minutes, nous arrivons à destination : il s'agit d'une station-service en bordure de route, à l'orée d'un bois. Mon cœur bat très vite et je scrute rapidement l'endroit jusqu'à ce que je tombe sur la voiture de mon père, garée sur le parking, vide. L'endroit n'a pas l'air très fréquenté mais je ne perds pas un instant, je sors de la voiture et me dirige dans la station-service suivi de près par Tris. Lorsque j'entre dans la boutique, je suis toujours autant nerveux mais je ne les vois toujours pas, faisant monter la panique en moi. Je m'arrête alors et tente de réguler ma respiration pour arriver à réfléchir lorsque je me tourne vers Tris et nous disons ensemble « la voiture ! ». Je vais aussi vite que mon corps me le permet puis nous arrivons devant la voiture qui, bizarrement, est ouverte. Quand je regarde à l'intérieur, mon cœur manque un battement puisque j'y vois le sac de ma fille mais pas de trace d'elle ni de Marcus.

« Mais où ils sont bordel ? » dis-je, tremblant.

« Ils ne doivent pas être bien loin sinon ils n'auraient pas abandonné la voiture » ajoute Tris.

Je hoche la tête, ce qu'elle dit est sensé mais ça ne me rassure pas forcément. Je me fais plein de scénarios quand j'entends la voix de mon père au loin, dans le bois « Abigail ! Où es-tu ? ». Cela a l'avantage de me sortir de ma transe et je ne perds pas une seconde pour m'y précipiter, Tris toujours derrière moi.

« Tu devrais m'attendre à la station-service » je lui rétorque.

« Et te laisser seul avec ce psychopathe, même pas en rêve ! »

Je peste d'un côté car je ne veux pas qu'elle prenne le moindre risque, je suis déjà suffisamment malade à l'idée qu'il ait approché Abi mais d'un autre, je suis rassuré de l'avoir avec moi. Je continue d'avancer péniblement quand j'entends à nouveau mon père appeler ma fille mais je discerne bien que nous nous rapprochons. Tris m'attrape alors par le bras.

« On devrait se séparer. Je vais essayer de retrouver Abi. Je trouverai un moyen de te prévenir dès que ce sera le cas »

« Ok mais surtout sois bien prudente et si tu tombes sur Marcus, ne l'affronte surtout pas seule ! D'accord ? » j'ai pris son visage dans mes mains en lui demandant cela. Elle me sourit, m'embrasse tendrement puis met ses mains sur les miennes.

« Je t'aime mon cœur »

« Moi aussi mon amour »

Je l'embrasse une dernière fois puis nous nous séparons comme prévu. J'essaie de m'orienter vers la voix de mon père alors que Tris part à l'opposé.

« Abigail, il va falloir que tu apprennes à m'obéir ! » hurle Marcus, visiblement énervé.

« Non ! T'es méchant ! » je m'arrête, haletant en entendant ma fille qui, en lui répondant, lui donne sa localisation sans le savoir.

Je me dirige vers eux, je sais que je ne suis pas loin car j'entends Marcus courir pour se rapprocher de ma fille. Je l'aperçois enfin et ne perds pas un instant pour lui sauter dessus, le plaquant ainsi à terre. La chute a réveillé mes ecchymoses mais je n'ai pas le temps d'y penser, je dois éloigner Marcus pour que Tris retrouve ma fille au plus vite. Je parviens donc à me remettre debout, ma main plaquée contre mon flanc gauche, ma rate ayant souffert lors de la manœuvre. Mon père se redresse lui aussi :

« Bon dieu mais t'es comme la mauvaise herbe toi, t'es increvable ! » commence-t-il.

« Les chiens ne font pas des chats ! »

« Je ne te le fais pas dire, ta fille est insupportable ! Ne t'inquiète pas, je vais bien m'en occuper, tu vois ce que je veux dire ! »

« Tu touches à un de ses cheveux, t'es mort, tu m'entends ! »

« J'ai déjà entendu ça et je t'ai remis à ta place mais apparemment, ça n'a pas suffi ! Il est temps que je m'occupe de toi une bonne fois pour toute ! »

Je rassemble toutes les forces qui me restent et lui fonce dessus. Il est peut-être grand et fort mais il n'est plus aussi vif qu'avant, les années aidant. Je suis plus jeune, certes, mais blessé, ce qui n'est pas non plus à mon avantage mais je ne le laisserais jamais faire de mal à ma fille ou Tris. J'évite son uppercut puis le plaque une nouvelle fois avec mon épaule contre un grand chêne. Ce dernier grogne mais il réagit vite et me donne un coup de coude dans le dos, me faisant ainsi poser un genou à terre cependant, je ne m'avoue pas si vite vaincu puisque je lui donne un bon coup de poing dans son genou droit, le faisant ainsi hurler puis tomber à terre. Nous sommes presque l'un en face de l'autre, à la même hauteur, quand je vois son regard qui fixe ma main plaquée contre ma rate. Je jure, ayant compris qu'il s'est aperçu de mon point faible. Je tente de m'extirper le plus vite possible mais je reçois un coup de poing en plein dans le ventre, me coupant ainsi la respiration, puis du revers de la main, il me frappe la tempe droite, m'étourdissant. Je finis à terre, le souffle complètement coupé mais je n'ai pas le temps de réagir qu'il a eu le temps de se lever et me donne plusieurs coups de pied dans le ventre, à l'endroit où se trouve mon point faible. Je suis tellement terrassé par la douleur que je ne peux pas répliquer, uniquement subir, comme lorsque j'étais enfant.

« Je vais te faire regretter d'être venu au monde ! » dit-il en continuant de me frapper.

Les secondes ressemblent à une éternité et j'ai presque envie de sombrer pour enfin ne plus souffrir. La douleur est insoutenable et je commence à tousser du sang mais j'entends mon père rire, cela doit le ravir que je souffre de la sorte cependant je perçois Tris qui m'appelle, stoppant ainsi mon père dans sa rage meurtrière.

« Oh, tu dois être sa nouvelle femme ! Tu sais qu'il n'a même pas été capable de garder son ancienne ! »

J'ai envie de lui répondre mais parler ne me semble même pas envisageable car je suis en train de me battre pour ne pas sombrer dans l'inconscience puisque j'entends Tris lui répondre sans que j'arrive à percevoir tout ce qu'elle dit mais ce qui me fait aussi tenir, ce sont les sanglots de ma fille qui se trouve derrière la femme que j'aime et qui prend ma défense.

« Ne vous approchez pas de nous ! » continue Tris.

« Oh mais dis-moi Tobias, tu en as trouvé encore une qui a du caractère ! Déjà que je trouvais que ton ancienne n'était pas respectueuse, à croire que tu aimes les filles insolentes ! On va s'occuper de tout ça ! »

J'entends ma fille hurler, ce qui me fait réagir « Non ! » dis-je aussi fort que possible.

« Oh, tu veux m'empêcher de quoi au juste Tobias ? Me viens une idée ! Tu veux choisir laquelle je vais corriger en premier ? Allez, Tobias, sois un homme pour une fois ! »

Je redresse mon regard vers Marcus et vois l'arme à feu qu'il pointe sur mes filles. Il se rapproche d'elle, l'air meurtrier et je vois ma fille pleurer, ce qui me donne la force de me relever. Il n'est plus qu'à quelques mètres d'elles quand je vois Tris se mettre devant ma fille comme un bouclier. Je m'affale alors sur Marcus, nous faisant ainsi tomber tous les deux à terre. Je lutte comme je peux pour essayer de le désarmer quand un coup part mais il n'a toujours pas lâché le pistolet. Il essaie de le pointer vers moi et j'utilise tout mon poids pour essayer de réorienter l'arme vers lui quand un autre coup de feu part, m'éclaboussant cette fois-ci du sang de mon père. Ce dernier ne bouge plus, j'ai dû réussir à le toucher mais je sens mes forces me quitter, sentant le goût de mon sang dans la bouche. Je me laisse glisser sur le côté et me retrouve allongé sur le dos. Je peux enfin souffler, je suis parvenu à protéger ma fille et Tris. Je tousse encore du sang quand j'entends ma fille hurler après Tris mais cette dernière n'a pas l'air de lui répondre. Non, ce n'est pas possible, je ne peux pas la perdre elle aussi ! J'aimerais me lever, rassurer ma fille et m'occuper de la femme que j'aime mais la douleur est trop forte et rapidement, je perds connaissance.


Lorsque je reviens à moi, je reconnais aussitôt l'odeur aseptisée de l'hôpital et je commence à vouloir bouger mais tout mon corps me fait souffrir, me faisant ainsi gémir.

« Allez mec, il est temps que tu reviennes parmi nous ! »

Je reconnais la voix de mon meilleur ami et je ne comprends toujours pas pourquoi je suis là mais j'ouvre quand même les yeux.

« Il est là ! » dit mon ami en se levant et en me prenant dans ses bras, me rappelant mes blessures à mon bon souvenir.

« Oh, Zeke » il doit comprendre à mon ton que je souffre car il se retire aussitôt. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

« Tu ne te rappelles pas ? » il semble gêné, ce qui ne correspond pas du tout à mon ami. J'essaie de comprendre quand je ne vois pas ma fille dans ma chambre…ni Tris !

« Abi, Tris ? » dis-je en essayant de me redresser, en vain, la douleur dans mon abdomen me terrassant.

« Abi va bien, elle est avec Shauna à la maison », je constate qu'il n'a pas répondu entièrement.

« Zeke, où est Tris ? Je ne me rappelle pas, je crois que j'ai perdu connaissance »

« Ce n'est pas tout ce que tu as perdu » ajoute-t-il.

« Que veux-tu dire ? Est-ce que Tris… »

« Je parle de ta rate, elle était trop endommagée, ils te l'ont retiré, c'est pour ça que tu morfles ! »

« Oh… ok. Comment va Tris ? »

« Et bien lorsque les policiers sont arrivés dans les bois, ils ont retrouvé Abi qui essayait de te réveiller, Marcus à côté de toi, une balle en plein cœur et Tris… »

« Zeke, tu vas me dire ce qu'il se passe bon dieu ! »

« Elle a reçu une balle dans l'épaule, elle a perdu beaucoup de sang mais elle se remet »

« Ça fait combien de temps que je suis là ? »

« Deux jours »

« Tris est réveillée ? Il y a quelqu'un avec elle ? »

« On se calme ! Oui elle s'est réveillée un peu avant toi et Christina est avec elle »

« Je dois la voir » dis-je en essayant de bouger mais je sens les mains de mon ami qui me stoppe dans mon élan.

« Et où crois-tu que tu vas aller comme ça ? »

« Je dois aller la voir, m'assurer qu'elle va bien »

« Et bah la confiance règne ! »

« Zeke, s'il te plait ! Si c'était Shauna dans ce lit d'hôpital, tu crois vraiment que tu n'essaierais pas d'aller la voir ? »

« Oh la vache, t'es fort quand même ! Shauna va me tuer lorsqu'elle l'apprendra que je t'ai aidé ! »

Je souris, ravi que mon ami puisse m'aider parce que sinon, je n'aurais pas pu mener à bien mon idée ! Je m'assieds difficilement et reprends mon souffle sous l'œil inquiet de mon meilleur ami puis je prends appui d'un côté sur lui et de l'autre sur le pied à perfusion qui est relié à mon bras. Je parviens à me mettre debout et nous avançons plus doucement que je ne l'aurais cru mais la douleur dans mon abdomen me tiraille trop pour aller plus vite.

« Regarde s'il n'y a pas d'infirmière » dis-je à mon ami avant de sortir de la chambre, ce qu'il fait aussitôt.

« C'est bon, on peut y aller ! »

Il me redonne son bras et nous continuons. Heureusement pour moi, la chambre de Tris n'est qu'à quelques mètres de la mienne. Zeke frappe puis nous entrons sans attendre la réponse. Je sens les gouttes de sueur perler sur mon front à cause de l'effort cependant, cela en valait la peine car je suis enfin devant la femme que j'aime. Elle semble dormir et je ne remarque même pas Christina qui se rapproche de nous :

« Non mais ça va pas bien ? » commence-t-elle en nous dévisageant « Tobias, tu as subi une ablation de la rate il y a deux jours et tu te balades déjà dans les couloirs ! Mais il te manque une case ma parole ! Et toi, tu l'aides ! » finit-elle en accusant Zeke.

« Bah, il me l'a demandé… »

« Et s'il te demande de te jeter par la fenêtre, tu le fais aussi !? »

Je n'écoute même pas leurs chamailleries et lâche Zeke puis j'avance fébrilement devant le lit de Tris. Je m'assieds, soufflant, épuisé de mon escapade et je peux enfin la regarder de près. Elle a le teint clair, plus qu'à son habitude, je vois son bras en écharpe ce qui me fait fermer les yeux, déprimé d'être à l'origine de cette blessure quand j'entends mon prénom :

« Tobias » murmure-t-elle.

« Hey mon amour » lui dis-je en ouvrant les yeux et en caressant doucement son visage « Comment te sens-tu ? »

« Je vais bien, un peu fatiguée mais ça va. Mais, qu'est-ce que tu fais debout ? » répond-elle, passant en mode infirmière. Je la vois qui essaie de se redresser mais je l'arrête aussitôt.

« Ne t'inquiète pas pour moi mon amour, le principal c'est qu'Abi et toi alliez bien ».

« Tobias… » commence-t-elle, visiblement blasée « Quand vas-tu comprendre que tu es autant important que moi ? Cesse de te rabaisser de la sorte, tu mérites mieux que ça ».

« Je suis désolé » je lui rétorque en baissant la tête « mais si tu ne m'avais pas connu, tu ne serais pas dans ce lit d'hôpital ».

« Mon cœur, regarde-moi » commence-t-elle en posant son index sous mon menton pour que je la regarde « Grâce à toi, je sais enfin qui a tué mes parents et en plus, j'ai trouvé les deux amours de ma vie ! »

« Qu'est-ce que j'ai fait pour te mériter ? »

« Approche, je vais te le dire »

Je m'exécute et me rapproche de son visage puis nous nous embrassons passionnément, comme si notre vie en dépendait. Nous sommes comme aimantés l'un contre l'autre, bien incapable de nous séparer.

« Hey calmez-vous ! Il y a un enfant ici ! » dit Uriah en entrant, accompagné de Shauna, Marlène et ma fille qui ne perd pas un instant pour me sauter au cou.

« Oh, doucement mon poussin ! » dis-je en la tenant avec mon bras droit tout en posant ma main gauche sur mon flanc douloureux.

« Pardon papa mais j'ai eu tellement peur ! »

« Je suis désolé ma princesse, j'aurais voulu t'éviter tout ça »

« Mais c'est fini maintenant » réagit Tris, sensible à mon désarroi.

« Promis ? » me demande ma fille.

« Promis » je lui réponds en lui faisant des bisous dans le cou, la faisant ainsi rire.

« C'est quand que tu rentres à la maison ? » m'interroge ma fille mais n'ayant pas la réponse, je m'oriente vers Zeke.

« Le doc a dit que tu pourrais sortir d'ici demain normalement, enfin si tu te fais pas péter un fil d'ici là ! »

« Ha ha, très drôle ! Et toi ? » je demande à Tris en me tournant vers elle.

« Comme toi il me semble »

« Pourquoi ne viendrais-tu pas chez moi pour te remettre ? Je prendrai soin de toi »

« Et moi de toi ? » ajoute-t-elle.

« Comme je disais, trouvez-vous une chambre les enfants ! » réagit Uriah, nous faisant ainsi tous rire.


Quelques jours plus tard, nous sommes dans mon appartement, guérissant doucement de nos blessures. Shauna s'est proposée pour amener et récupérer ma fille à l'école puisque j'ai encore du mal à descendre et monter les escaliers. Malgré nos souffrances, nous ressemblons à une vraie famille, ce qui me ravi. Tris s'occupe de mes pansements et je prends soin de son épaule. Tout semble aller pour le mieux en journée mais la nuit, c'est une autre histoire. Tandis que nous dormons tous, j'entends ma fille hurler. Aussitôt, je suis réveillé, alors je m'assieds difficilement mais je vois que Tris est aussi éveillée par le bruit.

« Tu veux que j'y aille » me dit-elle.

« Non mon amour, je m'en occupe, rendors-toi »

« Papa ! » ma fille appelle après moi et j'entends clairement qu'elle est en pleurs alors je me dirige vers sa chambre aussi vite que je le peux puis je m'assieds sur son lit.

« Je suis là mon ange »

Ma fille ne perd pas une seconde et se jette dans mes bras où elle enfouie sa tête dans mon cou. Je sens son corps trembler et je me maudis de la voir dans cet état car j'en connais malheureusement la cause : Marcus hante ses rêves, tout comme il a perturbé les miens.

« Je suis là mon poussin, n'aie pas peur, il ne te fera plus mal, il ne reviendra jamais, je t'en donne ma parole »

« Tu promets ? » dit-elle, toujours collée contre moi.

« Sur tout ce que j'ai de plus précieux au monde, c'est-à-dire toi, ma princesse »

« Je t'aime papa »

« Moi aussi, tellement ! »

Et je la berce doucement, ce qui a pour effet de l'endormir au bout de quelques minutes. Je la repose dans son lit et rejoins ma chambre où je vois Tris qui m'attends avec deux tisanes, dont une qu'elle me tend lorsque je m'assieds dans le lit.

« Comment va-t-elle ? » me demande-t-elle, visiblement inquiète.

« Aussi bien qu'on puisse l'être quand ton grand-père t'enlève et tente de te tuer… Bon dieu, j'ai failli vous perdre toutes les deux et maintenant ma fille a peur de dormir à cause de ce salopard ! »

« Mon cœur, tu dois absolument comprendre que ce n'est pas de ta faute »

« C'était mon père, mon sang et en plus il a tué tes parents ! J'ai tellement honte… »

« Tobias, cet homme était ton géniteur, ni plus, ni moins. Tu ne ressembles en rien à ce tortionnaire ! Mon coeur, tu aimes ta fille, plus que tout au monde et je sais, non, j'ai la certitude que tu ne lui feras jamais le moindre mal, tout comme à moi non plus ! De plus, tu n'es pas responsable de ce qu'il a fait ! Grâce à toi, je peux enfin faire mon deuil, tu es celui qui a découvert la vérité sur la mort de mes parents et je t'en serai éternellement reconnaissante »

J'écoute précieusement ses paroles qui m'apaisent. Tris sait comment me parler pour calmer mes angoisses, encore une qualité que j'admire chez elle. Je me rapproche d'elle, passe mon bras autour de ses épaules et la serre contre moi.

« Je ne crois pas t'avoir remerciée pour avoir protégé Abi lorsque mon père vous tenait en joug »

« C'est normal voyons, c'est ta fille et je ferais tout ce que je peux pour la protéger, tout comme toi d'ailleurs »

« Je t'aime mon amour » lui dis-je en embrassant sur le dessus de sa tête, reconnaissant de l'avoir dans ma vie.

« Je t'aime mon cœur ».