Voici l'ultime chapitre de cette fanfiction. J'espère que vous aurez eu plaisir à la découvrir et à la suivre jusqu'à son terme ! :)
Bonne lecture.


— Bonsoir, les salua Rogue de sa voix doucereuse.

Il était vêtu de sa traditionnelle robe noire. Il ne semblait pas avoir prévu de fêter quoi que ce soit, ce soir.

Remus avait les oreilles qui tintaient. C'était une plaisanterie. Ça ne pouvait qu'être une plaisanterie ! Ça devait être une plaisanterie !

Pas ce soir !

— Oh, mais c'est incroyable ! hurla Lily, folle de joie, en se jetant au cou de Remus, noyant les félicitations de son mari.

Pour toute réponse, il émit un gargouillis qui pouvait peut-être passer pour un rire gêné. Il allait vomir.

Et Sirius, derrière lui, paraissait catastrophé.

Il s'était préparé à leur dire ce soir. Il avait tout répété ! Il était prêt, par Merlin ! Si Rogue l'apprenait, il était certain qu'il s'en servirait contre lui à Poudlard.

— Remus, tu vas bien ? s'inquiéta Lily en le lâchant, constatant sa soudaine pâleur.

— Éclipse lunaire, la semaine prochaine, coassa-t-il.

— Oh, gémit-elle, désolée pour lui.

— C'est un peu tôt pour déclarer des symptômes, releva Rogue en haussant les sourcils.

— Personne t'a sonné, lâcha Sirius avec une agressivité à peine dissimulée.

— Black ! rugit Lily en faisant volte-face pour l'affronter, les poings sur les hanches et les sourcils férocement froncés.

— Ouh là, on se calme, essaya de les tempérer James, l'air désespéré. C'est Noël ! Faites un effort pour Harry, au moins.

— Je vais m'asseoir, déclara Remus en se laissant tomber lourdement sur l'autre canapé, la tête entre les mains.

Un lourd silence suivit l'échange tendu. Les Potter et Sirius échangèrent un regard, alors que Lupin était prostré sur le divan et que Rogue le fixait comme s'il cherchait à lire dans son esprit.

— Tu… Tu veux qu'on te ramène quelque chose ? suggéra Lily.

— De l'alcool, beaucoup d'alcool, geignit-il.

— L'alcool n'aidera en rien à juguler les nausées et les vertiges, au contraire, fit remarquer Rogue en croisant les bras, cette fois franchement inquisiteur.

— L'alcool, c'est pour supporter ta présence, grinça Sirius en se laissant tomber à côté de Remus.

Les lèvres du maître des potions se retroussèrent.

— Je crois que tout le monde aura bien besoin d'alcool pour endurer les mystérieuses sautes d'humeur de Black et Lupin.

— Ça suffit, tous les deux ! s'écria Lily, les yeux étincelants de colère. James, dis quelque chose !

James avait enfoui son visage consterné dans une main lasse. Il releva lentement la tête, l'air blasé.

— Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée, lança-t-il dans un soupir résigné.

— Severus a le droit de passer Noël avec nous !

— Oui, bien sûr, il a le droit, approuva Sirius, mais il n'est pas obligé.

— Vous n'avez donc tiré aucune leçon de votre mission de l'année dernière, tous les deux ? grogna Lily, découragée. Arrêtez d'être odieux avec Severus, et peut-être que cette soirée deviendra inexplicablement bien plus agréable ! Cessez vos enfantillages et mangez, plutôt.

Elle fit atterrir un peu brutalement plusieurs plats d'apéritifs, faisant sursauter Remus. Il avait l'air si fébrile que Sirius envisagea sérieusement de passer Noël en tête à tête avec lui avant que la situation ne dégénère davantage.

— Où est Harry ? s'enquit Patmol pour changer de sujet. Où est mon filleul préféré ?

— C'est ton seul filleul, releva Lunard, l'ombre d'un sourire au coin des lèvres.

— Très précisément. Ah, le voilà !

Et le petit Harry surgit de derrière le fauteuil où se trouvait Rogue, cessant de jouer avec ses petites voitures magiques pour se diriger d'un pas joyeux et maladroit vers son parrain. Ce dernier écarta les bras dans un large sourire pour l'y accueillir, le faisant tourbillonner dans une succession de rires semblables à des aboiements.

Il le couvrit de baisers bruyants et barbus, ce qui fit crier de plaisir et de dégoût mêlés l'enfant, qui riait à en perdre haleine. Remus salua Harry avec plus de réserve, mais une tendresse tout aussi grande.

— Va voir tonton Lunard ! l'encouragea Patmol en tenant prudemment le dos du petit qui se hissait sur le canapé pour atterrir lourdement sur les genoux de Remus.

Les yeux brillants, Lupin se mit à raconter une histoire complètement farfelue sur les lutins de Noël, captivant l'attention du petit avec un remarquable talent de narrateur.

Visiblement soulagés, les Potter s'engouffrèrent à nouveau dans la cuisine, un peu plus sereins à la perspective de ce dîner.

Rogue, ravi d'être ignoré, posa son coude sur l'accoudoir du canapé et observa la neige tourbillonner au-dehors, à travers la baie vitrée devant laquelle ils étaient installés. Un feu chaleureux ronflait dans la cheminée derrière le grand tapis à poils longs où étaient disposés les canapés et la table basse, et les murs étaient couverts de photographies animées. Elles captèrent l'attention du professeur de potions, qui distingua sur une poignée d'entre elles les souvenirs du voyage en France de Remus et Sirius, qui datait d'il y a quelques mois. La perplexité se peignit sur ses traits.

— Je croyais que tu fréquentais quelqu'un, Lupin.

Son intervention inattendue modula subtilement l'atmosphère. Remus poursuivit son histoire farfelue malgré un coup d'œil nerveux à Severus, pressant doucement l'épaule de Sirius pour lui faire signe de répondre.

— Ouaip, il voit quelqu'un, confirma-t-il avec flegme. Pourquoi, t'es intéressé ?

Une moue de dégoût fit froncer le nez de Rogue. C'était loin de le désarçonner suffisamment pour le faire abandonner.

— Non, je suis simplement surpris. Il n'y a pas l'ombre de cette femme sur ces photos.

— Remus est discret sur sa vie privée, expliqua Sirius en haussant les épaules.

— Habituellement, on réserve le voyage en France à sa partenaire, pas à un ami, releva le professeur de potions en relevant un coin de la bouche.

Sirius observa les photos de leur voyage avec un détachement poli.

— Et donc ?

— Et donc, rien. C'est surprenant, c'est tout.

— Ah bon.

L'indifférence totale de Patmol eut au moins le mérite d'agacer son ennemi.

— Pourquoi passer Noël ici plutôt qu'avec sa dulcinée ? poursuivit-il.

Il est pire qu'un chien après un os, songea le Maraudeur, qui sentait Lunard se raidir de plus en plus.

— Cette personne sera avec lui demain, rassure-toi.

Severus cligna des yeux.

— Cette personne, répéta-t-il lentement.

— C'est vrai, tu vois ta chérie demain ? s'exclama James, aussitôt taquin, apportant un vaste plat débordant de saumon d'Écosse et de petits toasts beurrés. Lily est partie faire une course de dernière minute, ajouta-t-il pour expliquer sa brève absence.

Remus grimaça, promettant à Harry qu'il lui raconterait la suite s'il se tenait sage jusqu'à l'ouverture des cadeaux. Il se tourna ensuite vers James, qui s'était assis avec indolence en face d'eux, à l'autre extrémité du canapé occupé par Rogue.

— Oui, concéda-t-il du bout des lèvres.

— J'espère que tu lui as prévu un cadeau gourmand, gloussa-t-il en s'emparant d'un toast.

Severus lui lança un regard scandalisé, empreint de répulsion. Sirius eut toutes les peines du monde à ne pas exploser de rire. Si parler de sexe le mettait mal à l'aise, alors de sexe ils parleraient sans aucun complexe. De toute façon, Harry ne comprendrait rien. Et il aurait oublié, quelques années plus tard. Enfin, peut-être.

— Oh, crois-moi, la déception n'est pas au programme, ricana Patmol.

Rogue les observa tour à tour avec mépris, coulant un regard à Remus qui paraissait très mal à l'aise.

— Oh, oh, oh.

James se frottait les mains.

— Je veux tout savoir !

— On n'est pas obligés, gémit Remus en désignant Harry d'un regard appuyé.

Le petit jouait paisiblement à leurs pieds, près de la table basse.

— Il comprendra rien, évacua James d'un mouvement de main négligent.

— Nous, on se comprend, rigola Sirius en frappant dans sa main avec enthousiasme.

Remus lui glissa un regard noir, que Patmol pourrait aisément traduire par « Arrêtons de parler des cabrioles sexuelles prévues avec ma petite amie imaginaire, veux-tu ? »

— Allez, quoi, Lunard ! Si tu l'as raconté au plus pervers d'entre nous, tu peux bien le raconter à moi, l'encouragea Cornedrue, les yeux brillants d'une excitation qui ne disait rien de bon à personne.

— Le plus pervers d'entre nous ? s'exclama Sirius en posant une main élégante sur sa poitrine indignée.

— Malheureusement pour tes conquêtes, tu n'as que l'air respectable, l'asticota James.

Remus aurait pu s'amuser de l'échange s'il ne prenait pas une direction aussi dangereuse et que Rogue n'avait pas l'air aussi intéressé par ce qu'il apprenait.

— « Tes » conquêtes, Black ? Je n'en ai pas vu une seule depuis l'école.

Cette fois, c'est James qui parut embarrassé et jeta un regard d'excuse à son meilleur ami.

— Je ne les exhibe pas comme des trophées, renifla Sirius avec dédain.

— C'est amusant comme vous semblez avoir une vie amoureuse palpitante, tous les deux, souligna Severus d'une voix mielleuse. On pourrait presque croire que vous l'inventez.

James fronça les sourcils, tandis que Remus se servait un toast pour se donner une contenance. Évidemment, le léger tremblement de sa main n'échappa à personne.

— Tu n'as pas une photo ? demanda Cornedrue à Lunard, irrité par le sous-entendu de son adversaire de toujours.

Il ne détestait rien tant que les accusations de mensonge sur les prouesses de ses amis. Le loup-garou secoua la tête et se pencha sur la table basse pour attraper un second toast, ce qui fit luire les cicatrices argentées sur ses avant-bras à la lumière des chandelles.

— Et ta, hm, condition ne lui pose pas de problème ? s'enquit Rogue d'une voix trop polie pour être sincère.

— Absolument aucun, rétorqua Sirius avec une fierté non dissimulée.

— Tu as l'air de bien la connaître, Black.

Le sourire de Rogue était au moins aussi crochu que son nez.

— Assez bien, je dois dire, confirma-t-il avec une confiance excessive.

— Elle ressemble à quoi ? demanda avidement James, la bouche pleine de toast.

— Oh, je peux aisément deviner qu'elle a de longs cheveux noirs ondulés, des yeux gris et une barbe bien taillée, ricana Rogue en détaillant tour à tour Remus et Sirius qui se raidirent dans un bel ensemble.

James cessa de mâcher et de sourire, fronça les sourcils et se tourna lentement vers Rogue.

— Qu'est-ce que tu es en train de dire, exactement, Servilus ?

Les hostilités étaient lancées.

— Que tes chers meilleurs amis mentent comme des arracheurs de dents, Potter, et que tu es trop stupide pour t'en rendre compte.

James serra les dents à s'en faire craquer la mâchoire, le regard orageux.

— Tu…

— Mais écoute-les, regarde-les ! insista Severus en les désignant d'une main agacée. Ils se couvrent l'un l'autre, et personne n'a vu leurs prétendues petites amies.

— Ridicule, s'esclaffa James en se renfonçant dans le canapé. Pourquoi est-ce qu'ils feraient ça ?

— C'est la question que je me pose, vois-tu.

Un ange passa, et James reporta ses yeux noisette sur ses meilleurs amis. Sirius était parfaitement calme, le visage lisse, mais le front de Remus luisait de sueur et son cou était couvert de plaques rouges.

Cornedrue plissa les yeux.

— Qu'est-ce que tu as, Remus ?

— J'espère que tu sauras mieux garder ton secret à Poudlard, Lupin, s'amusa Rogue. Si les élèves découvrent ta nature, tu risques d'avoir des problèmes avec les parents. Ils pourraient même demander ta démission.

— Ça te ferait tellement plaisir, hein, cracha Sirius en se levant à demi.

Il fut retenu par la main de Lunard, qui l'incita à se rasseoir.

— Ça va, Sirius, soupira-t-il, frottant son front humide. Je ne me sens pas très bien, admit-il.

— La fameuse éclipse lunaire une semaine en avance, sourit Severus, les yeux étincelants.

Oh, la ferme!

James et Sirius dévisagèrent Remus avec surprise. Il perdait très rarement son calme, d'ordinaire. Rogue semblait se délecter de le voir perdre ses moyens.

— Ça va, Rem ? s'inquiéta Sirius, frottant gentiment son dos.

— Je… Je vais me passer de l'eau sur le visage, je reviens.

Il disparut dans la salle de bains à pas pressés, le dos raide.

James harponna l'attention de Sirius d'un simple regard, profitant de l'absence de Lupin pour chuchoter :

— Il s'est passé un truc par rapport à ce que tu lui as dit en novembre dernier ?

Sirius leva les yeux au ciel devant ses efforts pour crypter sa question.

— Novembre dernier, répéta pensivement Rogue. Quand on a ramassé Lupin à la petite cuillère, donc.

— Arrête de mettre ton nez graisseux dans les affaires des autres, grogna Sirius. Mais sérieusement, pourquoi Lily l'a invité ?

— J'ai tout tenté, lui assura James avec dépit, ignorant totalement l'objet de leurs médisances assis à côté de lui.

Un bruit de gorge particulièrement répugnant provenant de la salle de bains leur ôta tout sourire.

— Oh, merde, il est vraiment malade ! Le jour de Noël, grimaça James avec compassion.

— C'est pas le premier Noël qu'il est malade, soupira Sirius. C'était censé aller, cette année, ajouta-t-il, sinistre, en songeant à la soirée initialement prévue. J'y vais, décida-t-il en se redressant pour rejoindre Remus.

— Je ne pense pas qu'il ait besoin que tu lui tiennes les couettes, le railla Rogue. Je pense plutôt qu'il est très angoissé à l'idée qu'on perce son sale petit secret.

D'un geste vif, Sirius pointa sa baguette sur lui, le visage livide de fureur.

— Toi, ça suffit. On a assez entendu ta sale bouche pour la soirée.

— Nom de…

La voix sévère de Lily coupa court à la dispute qui s'envenimait.

— Je vous ai laissé vingt minutes ! rugit-elle, les bras chargés d'un sac en papier kraft. Vraiment ! C'est tout ce que je peux espérer de vous ? Vous ne pouvez pas vous conduire vingt minutes en sorciers civilisés ?

Sirius abaissa sa baguette, les lèvres pincées.

— Remus est malade, dit-il comme si c'était une excuse valable.

— Et tu penses que Severus l'a empoisonné, peut-être ? s'écria la jeune mère, hors d'elle.

— Ça se pourrait, grogna Black avec une lippe boudeuse en examinant les toasts.

— Severus, viens m'aider à la cuisine, exigea Lily en disparaissant dans l'encadrure d'une porte. Comme ça, cria-t-elle depuis l'autre pièce, on pourra tous les empoisonner pour avoir la paix !

Les lèvres de Rogue s'ourlèrent en un sourire amusé et il emboîta le pas à la jeune femme rousse avec un certain contentement.

James croisa les bras et s'enfonça profondément dans le canapé, fusillant Sirius du regard.

— Quoi ? C'est lui qui…

— Ça m'arrache la bouche de le reconnaître, mais je pense que Servilus a raison. Vous me cachez quelque chose, tous les deux. La dernière fois que j'ai vu Remus se rendre malade d'angoisse, c'était en deuxième année, quand on était sur le point de découvrir son petit problème de fourrure. Et, coupa-t-il Sirius qui s'apprêtait à nier, ne me mens pas, je reconnais son attitude. Pourquoi est-ce que vous ne me dites rien ?

— Bon, écoute, James, chuchota très bas Sirius, irrité. On voulait vous en parler ce soir, en privé. Aide-moi à faire taire Servilus, plutôt.

— Il a vraiment une copine, au moins ?

— James, par Merlin…

— D'accord, d'accord. Je marche. Mais sitôt Servilus hors de cette maison, vous passez à table. Marché conclu ?

— Marché conclu.

Les deux Maraudeurs se détendirent, accueillant le retour de leur troisième compère avec chaleur. Il avait le teint cireux et ses vilaines plaques rouges dans le cou ne le quittaient plus. Il se rassit lentement à côté de Sirius, comme si chaque mouvement était une épreuve.

— Je peux aller te chercher une potion contre les nausées, on en a encore de la grossesse de Lily, proposa aimablement James.

— Ça serait… très gentil, hoqueta Remus en fermant les yeux, se laissant aller contre le dossier du canapé sous le regard inquiet de Sirius.

James les quitta pour remplir sa mission, laissant le couple respirer un peu. Sirius posa le dos de sa main sur le front brûlant de Remus, qui poussa un gémissement.

— Oh. Elle est fraîche, soupira-t-il en frissonnant.

— Ça te fait du bien ? s'enquit Sirius avec un petit sourire.

— Oui, merci.

— Ta psychomage ne t'a rien donné contre l'angoisse ? s'étonna Patmol, les sourcils froncés.

— Je pensais que je pourrais m'en passer ce soir, avoua-t-il, dépité.

— Je peux aller te chercher ça. Un simple aller-retour et je suis là, lui proposa son partenaire en faisant glisser sa main sur l'une de ses joues chaudes, provoquant un soupir d'aise.

— Non, reste là, s'empressa de répondre Remus. Mais c'est gentil, lui sourit-il doucement en rouvrant les yeux.

— Alors, je reste là, promit Sirius en posant sa seconde main fraîche sur l'autre joue.

Le loup-garou exhala longuement, soulagé, et pressa son genou avec affection pour le remercier.

— Je dérange ? persifla Rogue, déposant sur la table basse un nouveau plateau de toasts d'un coup de baguette élégant.

Remus retira sa main du genou de son compagnon comme s'il s'était brûlé, mais Sirius conserva ses mains fraîches et légères sur ses joues, parfaitement indifférent.

— À peu près à chaque seconde passée ici, mais on s'y fait, répliqua tranquillement Sirius en lorgnant les plaques rouges sur le cou de Lupin, qui s'étendaient jusque dans son col.

En se rasseyant dans le canapé leur faisant face, Severus observa, interdit, le lycanthrope saisir avec embarras les poignets de Sirius pour lui faire retirer ses mains de son visage.

— Ça ira, Sirius, merci.

— Tu es sûr ?

— Ton insistance pourrait passer pour une certaine forme de perversion, Black.

Les yeux gris de l'interpellé, réduits à deux fentes prédatrices, se tournèrent vivement vers Rogue alors qu'il lâchait le visage de son compagnon. Il ouvrit la bouche, prêt à lâcher une insulte cinglante, mais le retour de James l'en empêcha.

— Oh, Servilus, ne sois pas jaloux, roucoula James, tout guilleret, une fiole à la main. Il peut poser ses belles mains nobles de Sang-Pur sur ton visage aussi, si tu veux.

Narquois, Black tendit ses mains vers un Severus dégoûté en haussant les sourcils.

— Intéressé ? Elles sont douces comme de la soie, promis. Des mains dignes de la très noble et très ancienne famille Black.

— Je vais m'en passer, je te remercie, grinça le Serpentard. Je n'ai pas la même inclination que vous pour les amitiés pédérastes, il faut croire.

— Tu te prives d'un grand plaisir de la vie, gloussa Cornedrue avec légèreté, tendant la potion contre la nausée au loup-garou malade.

Il s'en saisit sans faire de commentaire et l'avala d'une traite. Son teint s'améliora considérablement en seulement quelques secondes, et même ses plaques semblèrent moins rouges.

— Ça va mieux, Rem ? s'enquit Patmol en détaillant son expression.

— C'est beaucoup mieux, marmonna-t-il, prenant de grandes inspirations pour calmer son cœur malmené. C'est comme si je n'avais jamais eu la nausée.

— Bon, parfait ! sourit Lily, revenant enfin parmi eux. On va pouvoir prendre cet apéritif tranquillement. Viens là, mon chéri, ajouta-t-elle à l'intention de Harry, qui avait joué tout ce temps sans se soucier le moins du monde de l'agitation des adultes.

Elle le hissa sur ses genoux pour lui donner l'occasion de se servir à son tour.

Severus et James prirent place à ses côtés, tandis que Remus rajustait nerveusement son nœud papillon. Sirius pouvait presque l'entendre se répéter que tout allait bien se passer.

James servit tout le monde en alcool, bien que Severus et Remus réclament juste un doigt, et leva son verre.

— Au nouveau poste de Remus ! claironna-t-il, très fier de son loup de meilleur ami.

— Au nouveau poste de Remus ! renchérirent les autres.

Lupin leur adressa un sourire de remerciement un peu timide et sirota son verre du bout des lèvres, prudemment. Il avala de travers quand Lily attisa les braises sans le vouloir :

— C'est ta prise de fonction prochaine qui t'angoisse à ce point ?

— Non, non, toussa Remus. Au contraire, j'en suis ravi. J'ai hâte de commencer.

— C'est la fin d'une époque, soupira tristement James. Comme tu auras tes propres appartements à Poudlard, ce pauvre vieux Patmol va se retrouver comme une âme en peine.

— Je ne crois pas, s'immisça Rogue, surpris. Dumbledore a approuvé l'affectation permanente de Black au poste de surveillance des Aurors de Poudlard et Pré-au-Lard.

— Quoi ? s'exclamèrent Lily et James, ébahis.

Remus posa son front sur sa main lasse, renonçant à tout espoir de se sortir de cette situation impossible.

— Euh… Ouais.

Sirius se racla la gorge.

— J'ai demandé une mutation, elle a été acceptée récemment. J'allais justement vous en parler.

— Toi, troquer la chasse aux Mangemorts pour de la vulgaire surveillance estudiantine ? Tu te fiches de qui ? Je vais perdre mon binôme, alors ! Tu aurais pu m'en parler !

James n'en croyait pas ses oreilles.

— Tu es sûr de toi ? demanda Lily, moins déstabilisée que son mari.

— Oui, j'y réfléchissais déjà depuis quelque temps, assura-t-il. Désolé, vieux.

— Désolé ? Mais enfin, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Ça n'a aucun sens ! maugréa James.

— C'est évident, Potter, soupira Rogue avec agacement. C'est pour suivre Lupin.

Les vives billes vertes de Lily allèrent d'un Maraudeur à l'autre.

— Tout à fait, confirma Sirius, dont Remus admirait sincèrement la maîtrise de lui-même. Je me suis aimablement dévoué pour permettre à Remus de mieux supporter ses transformations – et m'avoir sous la main lui évitera également de se rendre à l'infirmerie tous les mois. Ça limitera les suspicions des élèves. Il aura sa propre infirmière à domicile, et pas n'importe laquelle ! Avoir ce beau visage auprès de lui à son réveil, c'était un cadeau que je me devais de lui faire.

Son humour débordant fit doucement sourire les Potter, persuadés qu'il cherchait à alléger la supposée culpabilité de Lupin à l'idée qu'il renonce à sa carrière pour lui rendre la vie plus douce. James, cependant, paraissait soucieux. À ses yeux, cela ressemblait sans doute à une tentative désespérée d'amant éconduit pour se rapprocher au maximum de l'objet de ses sentiments.

— Ce n'est pas la peine de faire toutes ces simagrées, Black. Si j'avais été mis au courant de tes motivations plus tôt, je t'aurais épargné ce sacrifice poignant.

Le sourire qu'étira Rogue était mauvais, s'attirant les regards noirs des deux Maraudeurs bruns.

— D'ailleurs, Lupin, c'est aussi une excellente nouvelle pour toi.

Aussi anxieux que curieux, Remus releva lentement le nez et les yeux, sans savoir à quoi s'attendre.

— Dumbledore m'a demandé de te préparer de la potion Tue-Loup chaque mois. Tu seras parfaitement lucide – et inoffensif – durant toute la pleine lune.

Le loup-garou entrouvrit les lèvres, écarquillant les yeux sous l'effet de la surprise. Pendant un instant, il demeura bouche bée, avant de bredouiller, l'air sincèrement touché :

— C'est… Severus, je… Merci. Je n'imaginais pas…

Il s'éclaircit la gorge, la voix un peu enrouée.

— J'avais abandonné depuis longtemps l'idée d'obtenir un tel confort. Sa préparation est extrêmement complexe. Je suis… Merci.

Sa reconnaissance émue était si franche que le maître des potions parut mal à l'aise. Avec hésitation et une certaine avidité, Remus demanda :

— Lorsque j'ai compris que je ne parviendrai pas à la réaliser, j'avoue m'être arrêté à l'essentiel en ce qui concerne ses effets. Je sais qu'elle permet d'être lucide une fois transformé, mais j'avais lu quelque part qu'elle « soulageait les symptômes les plus terribles de la transformation ». Je me demandais…

Le jeune loup-garou paraissait soudain très vulnérable. Il s'humecta les lèvres, le cœur battant à tout rompre :

— Je me demandais s'il y avait un effet sur la douleur de la métamorphose.

L'espoir qui faisait briller l'ambre de ses yeux accentua singulièrement le malaise de Rogue, qui se tortilla en évitant son regard.

— Pas à ma connaissance, reconnut-il du bout des lèvres.

Remus tressaillit imperceptiblement, alors que la lumière de ses yeux s'estompait aussi vite qu'elle était apparue. Son compagnon pressa aussitôt son épaule, cherchant son regard malheureux. La cruauté de cet espoir étouffé serra la poitrine des Potter, prêts à prendre leur ami dans leurs bras au moindre signe.

— Hey, Lunard…

Il détourna la tête dans un petit rire mouillé, essuyant les larmes naissantes avec une main rageuse.

— C'était stupide. J'aurais dû me douter que les « symptômes les plus terribles » ne désignaient que ma dangerosité. Personne n'en a rien à foutre, que je souffre.

— Ce n'est pas vrai, Remus, dit doucement James, approuvé aussitôt par sa femme. Si on pouvait faire quelque chose…

— Vous ne pouvez rien faire, cracha le lycanthrope en tournant brutalement la tête vers eux, les yeux brillants de larmes contenues et de colère rentrée.

Sirius s'empara délicatement de son visage déformé par le désespoir et la fureur pour l'obliger à le regarder.

— Tu as le droit d'être triste et en colère. Tu as le droit d'exprimer tout ça. Personne ne trouverait ça déplacé ou disproportionné. On peut aller casser des trucs au ministère de la Magie, si tu veux. Je connais bien l'endroit, maintenant.

Lunard émit un faible rire en reniflant, posant ses mains sur les poignets de Sirius qui ne le quittait pas une seule seconde des yeux.

L'intensité et l'intimité de leur échange avaient fait battre en retraite Rogue, sorti par la baie vitrée en refermant soigneusement derrière lui. Lily observait l'expression de son mari avec un sourire en coin, les yeux pétillants.

— Par les glandes de Merlin, bafouilla Cornedrue, une main sur le front. Je suis d'une stupidité…

— On apprend à vivre avec, mon chéri, soupira Lily avec malice.

Sirius et Remus se tournèrent à demi vers eux, abaissant lentement leurs mains. Le loup-garou paraissait à nouveau anxieux, et l'expression lisse de Sirius annonçait généralement un certain nombre d'émotions soigneusement verrouillées.

— Sac à méduses ! Je suis…

— Stupide, compléta Sirius, tu l'as déjà dit.

— Je… Vous… Merlin… Lily…

Patmol haussa un sourcil agacé, tandis que la jeune femme roulait des yeux. Cessant finalement d'ouvrir et de fermer la bouche comme un poisson rouge, James se tourna vers sa femme, les yeux écarquillés.

— Tu savais !

— Ça crève les yeux, James. Ils se comportent comme des collégiens amoureux à chaque fois qu'ils s'effleurent.

— Et tu n'as rien dit ! s'indigna son mari.

— J'ai la décence de laisser ce soin à nos amis, en effet, soupira-t-elle en les désignant d'un mouvement du menton.

Un peu raide, le couple démasqué les observait sans rien dire. Sirius consulta Remus du regard, l'air interrogateur. Lunard se mordit les lèvres, avala péniblement sa salive et tourna un visage indécis vers eux. Dans un sourire chancelant, il avoua :

— On est ensemble, oui.

— Et très amoureux tous les deux, ajouta Sirius pour dissiper tout malentendu, adressant un regard appuyé à James.

Lily leur offrit un sourire rayonnant, avec une fierté toute maternelle.

— Félicitations, dit-elle chaudement. Je suis tellement heureuse pour vous !

Et sans plus attendre, Harry dans les bras, elle se redressa :

— Je vais parler à Severus.

Il était clair qu'elle s'adressait à Remus, dans l'évident objectif d'apaiser ses craintes. Elle lisait si facilement en lui que le loup-garou se sentait un peu gêné.

Elle disparut dans un froufrou doré, l'air déterminé, tandis que James détaillait ses deux meilleurs amis en silence. Il posa ses coudes sur ses genoux, impressionné.

— Eh ben ça…

— Tu t'en remettras un jour ? s'amusa Sirius.

Remus était d'humeur beaucoup moins légère que son compagnon, appréhendant la réaction de James.

— J'arrive pas à y croire ! Vous deux… Ça alors ! D'après le degré de sarcasme de ma femme adorée, je dirais que ça fait un petit bout de temps, je me trompe ?

Patmol hocha la tête.

— Depuis la fin de nos études.

— Incroyable… C'est tellement étrange.

— Étrange ? répéta Black, sur la défensive.

— L'idée que mes deux meilleurs potes se roulent des patins.

— Ah. Après, si tu te sens obligé de tout imaginer, sache qu'on ne fait pas que se rouler des patins, ricana Sirius.

Les oreilles de James et Remus virèrent au rose vif. Ils grognèrent un rire artificiel en détournant le regard d'un même mouvement.

— Sirius, grommela Lupin.

— Quoi ? Si ça le dérange qu'on s'embrasse…

— Pas du tout ! l'interrompit James, outré. Je suis juste… Je sais pas…

Il baissa les yeux sur ses mains jointes, un petit sourire triste aux lèvres.

— Je me sens un peu… mis de côté, confessa-t-il. Je pensais que vous m'en auriez parlé. On est toujours des Maraudeurs, non ?

Sa question recelait de discrets accents de détresse qui firent bondir Sirius. Dans une longue enjambée et un grand mouvement de bras, il l'attira à lui pour une étreinte fraternelle.

— Merlin, James… Tu es un frère pour moi !

— Bien sûr qu'on est toujours des Maraudeurs ! renchérit Remus, une expression de stupéfaction sur le visage. Ça ne change rien du tout !

— Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? Quelque chose qui vous aurait incité à me le cacher ?

Le lycanthrope était tout à fait déconcerté par la tournure des événements. Il s'était préparé à tout (rancœur, dégoût, surprise, colère), mais pas à cette fêlure, cette insécurité. James craignait que leur amitié ne compte plus autant à leurs yeux – ou, pire, d'avoir lui-même brisé leur trio –, et cela le rendait tout chose.

Il éprouvait des émotions aussi contradictoires que la mélancolie, la gratitude, la joie et la peine. Sa gorge était nouée et ses yeux à nouveau humides.

— Non, pas du tout. C'est ma faute. Sirius voulait t'en parler. Et… Je voulais t'en parler, assura-t-il avec un air coupable, mais c'était dur de…

Lupin soupira, choisissant prudemment ses mots pour dissiper ses inquiétudes.

— Tu as déjà accepté le monstre en moi une première fois, et je n'oublierai jamais tout ce que tu as fait pour moi, l'ami indéfectible que tu as toujours été. J'avais peur que… Qu'un second secret monstrueux ne soit de trop. J'ai l'impression d'avoir déjà eu tellement de chance jusqu'ici…, s'excusa-t-il, plus ému qu'il ne voudrait bien l'admettre. Tu fais partie des personnes qui illuminent ma vie, James.

— Tu n'es pas un monstre ! protesta aussitôt Cornedrue, l'air irrité.

Il se dégagea de l'étreinte de son frère de cœur pour se planter devant Remus, révolté.

— Je ne laisserai personne te dire ou te laisser penser que tu es un monstre, quel qu'en soit le motif. Viens là, Lunard, exigea-t-il en ouvrant grand les bras.

Son autorité fit sourire le loup à travers sa vision brouillée, et il se releva timidement pour l'étreindre à son tour. Cornedrue l'enlaça avec une force qui manqua l'étrangler.

— Maraudeurs ?

— Maraudeurs ! répondirent Sirius et Remus en chœur.

James ne le lâcha qu'après un long moment, posant ses mains sur les épaules de ses amis.

— Je suis content pour vous, les gars. Et je suis vraiment désolé pour Servilus, grimaça-t-il. J'ai bon espoir que Lily le convainque de fermer sa sale bouche. Sinon, il n'y aura plus qu'à faire disparaître le corps, soupira-t-il théâtralement.

— On peut toujours le contraindre à un Serment inviolable, proposa négligemment Sirius. Mais je suis partant pour la dissimulation du corps, j'ai deux ou trois idées de lieux parfaitement adaptés…

Remus secoua doucement la tête, un sourire irrépressible aux lèvres.

— Vous ne pouvez pas vous empêcher de comploter, tous les deux.

James lui adressa un clin d'œil espiègle.

— C'est dans notre sang. On trouve toujours une solution.

— Une solution spectaculaire, de préférence, approuva Patmol.

— Glorieuse, même !

— Inoubliable !

Remus éclata de rire, toute tension envolée.

Cornedrue pressa son épaule, alors que Sirius glissait sa main dans la sienne avec ce sourire flamboyant de malice et d'orgueil.

Son cœur était dilaté de bonheur.


Merci à toutes et tous d'avoir suivi cette histoire !
Elle est née durant ma convalescence en mars dernier, alors que ma santé se dégradait violemment et que je perdais complètement mon autonomie. Mes douleurs ont accompagné celles de Remus, personnage dont j'avais cruellement besoin en cette période. Désormais, malgré un handicap à présent reconnu par l'État, des pistes et des explications s'offrent à moi et j'espère un jour mettre le nom sur cette curieuse maladie qui me ronge. Et, peut-être, retrouver un peu de mon autonomie passée.
Au-delà de la fiction, l'écriture de ce beau morceau m'aura permis d'avancer dans un temps d'immobilisation, et pour cela, j'en suis extrêmement fier. Quand bien même elle n'aurait eu aucun lecteur, elle m'a aidé, moi, et j'espère qu'elle vous a (un peu) aidés, vous.

Sphrvr, Saphiruivre, Salaï, A.