Chapitre 307 : Unhinged

Partir sans faire de bruit. Partir loin. Oublier.

Suguru boucle son maigre paquetage au moment où je frappe à sa porte et l'y trouve.

"Tu... pars ?"

"Nous avons eu une discussion, Satoru et moi. Et c'est, de loin, la meilleure option."

"Hey." le faisant se tourner vers moi, glissant les doigts sous sa mâchoire crispée avant d'initier le baiser, le prenant totalement de court.

Un instant, la décision flotte dans sa tête et il la laisse divaguer, tout comme ma langue qui commence son exploration à l'intérieur de sa bouche.

Je le sens même m'étreindre un moment avant de me repousser, me dévisageant, essuyant sa bouche d'un revers lent.

Être embrassé de la sorte ne lui était plus arrivé depuis... Satoru. Il y a, dans nos baisers, une similitude pour le moins singulière.

L'envie est là. L'anxiété également.

Nos regards fixés semblent durer une éternité.

C'est Suguru qui est le premier à sourire, discret. "Tu lui... ressembles tant."

"Lui dit que... c'est à toi que je ressemble." sur un même sourire. "J'ai toujours perçu chez toi ce qui plaisait tant à Satoru. Et c'est d'autant plus évident maintenant que tu te tiens devant moi."

Pour se défaire de l'idée, il boucle son sac sur le lit.

"Les maîtres fléaux ont toujours été... l'écharde dans le pied des exorcistes, Rachel. Ils en empêchent la marche droite."

Il est magnifique. Bien plus que tout ce que Satoru m'en a conté.

Chevelure sombre basculée sur le côté, yeux fixés sur le zip du sac.

"C'est une chance que tu devrais nous laisser, Suguru." caressant son bras à la manche de chemise retroussée.

"Je ne suis pas certain... que Satoru approuve l'idée." sur un petit sourire.

"Nous ne parlons pas de Satoru là, Suguru. Je pense que ce serait une manière de laisser derrière nous la tension de ces dernières semaines."

Suguru place son index en travers des lèvres, notant que Satoru approche.

Ce dernier pose l'épaule contre l'huisserie de porte. "Salut. Tu pars ? Nan, je vais poser la question autrement : tu fuis ?"

Suguru esquisse un sourire affirmé. "Je ne te connaissais pas l'art de choisir aussi consciencieusement tes mots, Satoru."

"J'ai été enseigné." m'adressant un bref regard.

Sifflement de Suguru. "Tu as donc encore à apprendre."

"Toi aussi." s'avançant dans la pièce, attrapant le sac pour l'ouvrir et virer tous les effets sur le lit.

Regard totalement incrédule de Suguru.

"Tu restes."

"Dis donc, Satoru... et s'il y avait eu... des articles intimes dans ce sac ?..." haussant le sourcil.

"Oh. Tu veux parler de ça ?" attrapant un boxer pour le faire tournoyer au bout de l'index.

Clignement d'yeux en face.

Le clown Gojô est visiblement de sortie.

Suguru baisse les paupières. "Arrête." attrapant l'article d'une main, gêné.

"Bah !..." m'attrapant contre lui. "Elle en a vu d'autres, tu sais."


"L'oursin est succulent, c'est un régal !..." terminant le mets, baguettes allant derechef papillonner ailleurs.

"Toujours aussi solide appétit, je vois." émet Suguru.

"Hey, tout ça, ça se nourrit !..." désignant son propre corps. "Il faut avoir l'appétit solide. Mange, Suguru." menant de la nourriture jusqu'à la bouche amie. "Allons, ouvre grand."

"Satoru..." terriblement gêné.

"Ouvre ou je t'embrasse."

Incrédulité absolue en face.

"Ta tête !..." se marrant. "C'était pas si désagréable que ça, rappelle-toi."

Le regard de Suguru passe de Satoru à moi.

"Ce n'est pas moi qui l'ai dit." piochant quelques œufs de saumon sauvage.


"N'en as-tu point assez ?" vautré sur mon lit, sans aucune gêne.

"Hmm. Je note qu'il a manqué son coup."

"Une fois de plus. Il a également manqué Hanami à l'époque. A croire qu'il le fait exprès."

Je demeure devant le dressing, choisissant la tenue pour demain. "Qui sait..."

Il se lève, s'avançant d'un pas fauve, glissant une paume chaude dans ma nuque, crispant là.

"Tu es venu... terminer ce que nous avions commencé ?..."

"Correct." traçant un long sillon le long de mon cou, m'éveillant. "Je ne vois honnêtement pas quel intérêt tu peux ainsi porter à Suguru. Il est creux et ennuyeux à mourir." à mon oreille, mordant le lobe offert. "Toi, ce qu'il te faut..." sur un sourire audible, carnassier. "Ce n'est pas quelqu'un qui hésite." sur un nouveau passage langue plus appuyé que le précédent. "Bonne nouvelle : je serai là tant que Suguru demeurera en vie." mains emprisonnant mes poignets avant de faire glisser ses doigts entre les miens, électrique.

"Tu t'avances un peu... je trouve."

Il m'attrape par les épaules pour jeter ses yeux dans le miens.

Fentes rétrécies de félin prêt à bondir pour mieux déchiqueter.

Le baiser qui suit a tout de bestial, langue cherchant derechef la mienne pour une danse haletante.

L'expérience. Oui.

Il me fixe l'instant d'après avec un sourire, remettant une mèche de mes cheveux derrière l'épaule dans un geste presque anodin.

Son regard affirme clairement son mépris destiné à toutes les créatures vivantes.

"Qui... es-tu ?..." plissée.

"Il fallait te poser la question avant de me laisser approcher, fillette."

Mon corps heurte. La suite !...

J'ai très envie d'être entre de telles mains.

J'envisage l'habit de prêtre bouddhiste qu'il porte avec une ironie certaine.

"Il... ne va pas aimer."

Il attrape mon menton en tenaille, me dévisageant. "Il n'a pas mieux à te proposer."

Je crispe sur les manches larges.

"Comme... ça ?..."

Ses dents tracent le long de ma joue jusqu'à mon oreille. "Tu penses... que tu mérites mieux ?..."

Je contracte la mâchoire.

"Tu penses... qu'on va prendre le petit-déjeuner en terrasse... après ça ?..." moqueur et cynique. "Si tu voulais ça... Suguru aurait été un bien meilleur choix, fillette."

"Ne m'appelle... pas comme ça." crispée.

"C'est tout ce que tu m'inspires." me fixant.

Il est ancien. Vache ! Je lis son âge dans ses prunelles rétrécies.

L'apparence délicate de Suguru. L'âme maintes fois damnée d'un ennemi déclaré de l'humanité.

"Sais-tu pourquoi je t'ai choisie, fillette ?..."

Je demeure tendue.

"... parce que tu es une arme de choix. Pour approcher ceux qui ont fait échouer mon plan."

Il me jette sur le lit, venant me chevaucher, robe retroussée.

Ce qui vient pousser au fond de moi est rudement bien monté !...

"Suguru est un gosse. Note... qu'il irait pas mal avec toi, fillette." cynique.

Je lève les jambes pour les nouer autour de lui.

Je mordille le tracé de sa mâchoire inférieur à l'en faire rire. Un rire cruel. Aux accents froids.

Ses mouvements rudes des hanches ne font qu'appeler davantage de délices humides de ma part.

"Mmm... dis donc... c'est que tu serais presque femme, fillette."

"Cesse... de m'humilier."

"Ou ? Tu vas me le mettre à dos ? Il est déjà à mes trousses de toute manière." parlant de Satoru.

Il passe la main en caresse dans mes cheveux et au moment où je le pense apaisé, il tire fort sur les racines. Le rythme s'intensifie, rendant ses jugulaires extrêmement visibles.

Son corps contracte d'un seul tenant et il jouit presque silencieusement, visage tordu par l'orgasme, paupières étroitement closes.

Je le suis presque malgré moi.

Le regard qui suit est chargé de reproches. "Je déteste... les hommes silencieux."

"Adresse-toi à Gojô si tu veux un bavard au fond du pieu." relâchant mes cheveux dans un geste écœuré.

Je le repousse des deux mains et l'énergie que j'y mets est telle qu'il en heurte le mobilier, m'avisant, incrédule.

"Tu es... aussi enragée que lui." avant de disparaître.


Once upon a time in a land far away

There lived a little boy and he drank all day

Friends called him stupid and his brothers called him gay

Emptied all the bottles 'til the pain went away

Whiskey was his friend, he didn't have another

Vicodin his vice, his real and only lover (yup)

Smoked a pack or two, it never was a problem

Popped a pill or two, they really made him blossom (yup)

Take a sip, take a sip, take a sip

And a trip, and a trip, and a trip

And I'm like, when you bitch, when you bitch, when you bitch

Counterfeit hypocrite holy shit

Once upon a time in a land far away

There lived a little boy and he cried all day

Playboy bunny magazines would never get him laid

He downed another bottle 'til the pain went away

Whiskey was his friend, he didn't have another

Vicodin his vice, his real and only lover (yup)

Smoked a pack or two, it never was a problem

Popped a pill or two, they really made him blossom (yup)

Take a sip, take a sip, take a sip

And a trip, and a trip, and a trip

And I'm like, when you bitch, when you bitch, when you bitch

Counterfeit hypocrite holy shit

Take a sip, take a sip, take a sip

And a trip, and a trip, and a trip

And I'm like, when you bitch, when you bitch, when you bitch

Counterfeit hypocrite holy shit

Everybody gets high, why the hell can't I?

Take a sip, take a sip, take a sip

And a trip, and a trip, and a trip

And I'm like, when you bitch, when you bitch, when you bitch

Counterfeit hypocrite holy shit(*)


Main qui glisse dans mon dos, paume ouverte. "Hmm ? Tu te lèves déjà ?... On est dimanche, Rachel..." avec des accents ensommeillés.

Je renifle.

"Note que... moi aussi je devrai me lever... J'ai promis à Megumi de l'entraîner." souriant, sans pour autant quitter ma peau. "Mais... je peux me permettre un peu de retard. Même s'il va... enrager." se tournant sur le flanc, m'envisageant, finissant par me faire basculer contre lui, m'offrant un baiser chaud. Ma langue accueille immédiatement l'intruse, lui faisant la fête.

La main de Satoru chemine jusqu'à sa cible favorite, l'éveillant de quelques mouvements de doigts.

Nous sommes du matin - même si la veille a été du même acabit.

Il savoure pleinement sa victoire sur moi - triomphe somme toute modeste vu qu'il n'a pas eu à batailler.

Nous nous mettons d'accord sur la position : moi sur lui, dos contre torse.

Il se comprime à délice et mes doigts viennent en rajouter.

La sensation est exquise et devient rapidement aiguë. Nous nous appelons avec ferveur.

Je kiffe l'instant de bascule, lorsqu'il me dit que ça y est : il va jouir.

C'est quelque chose que j'accueille avec un grand naturel venant de la part de Satoru.

Il ne demeure ni ingrat ni égoïste et ses mouvements répétés m'offrent également ma part.

Nous en sommes pantelants, souffle encore courts.

"Wow... fort." m'embrassant, me gardant dans ses bras.

"Ultra-compatibles." confirmant le fait. "Ça te fait peur ?..."

"Parfois. Quand je me dis que si ça venait à buguer, je morflerai un max." soufflé, balayant la pensée par un baiser.

"Moi aussi. Parfois." l'étreignant fort.


Sous la douche, encore des câlins.

"Et... pour Suguru ?... Tu étais sérieux, la veille ?"

"Hein ? Nan, je... flirtais. Tu me connais maintenant." sur un petit rire.

"Ne le fais plus, Satoru. S'il te plaît."

"OK, OK."


"Tu es en retard." peste Megumi.

"Je sais." posé.

"Tsk. Même pas d'excuse."

"Tu y tiens ?" questionné, sourire malicieux sur les lèvres.

Megumi tire la langue. "Je tiens pas vraiment à savoir, finalement."

"Bien. Attaque-moi." l'y invitant.


"Alors, qu'est-ce que tu racontes ?" s'installant aux côtés de Suguru qui prend le soleil matinal.

"Je ne... me sens toujours pas à ma place." sur un petit sourire. "Désolé, Satoru. J'aimerai... que ce soit différent."

Un instant, Satoru est tenté de s'emparer de la main de son ami mais il s'y refuse.

"Le chemin n'est pas facile mais... j'aimerai que tu persévères. J'ai confiance, Suguru."

"La confiance... t'a mené à me tuer, Satoru."

Le poing se crispe.

"Nous sommes trop différents. Ça ne peut plus coller." se relevant. "Je vais partir. N'essaye pas de me retenir, ni me retrouver."

Satoru ravale son émoi. "Rends-moi un service, Suguru... ne nous fait pas revivre un nouveau combat à mort."

"Je ne peux rien promettre de tel, Satoru."


Il rentre en début de soirée, posant les clés dans le vide-poche de l'entrée, se déchaussant, souriant en entendant le son du poste TV.

"Sat' ?... Viens." d'une voix chaude et enjouée.

Il me découvre, allongée sur le divan, retirant sa veste sombre pour la poser en travers du dossier de chaise et se jeter sur le canapé, tenant sur ses appuis pour m'éviter et se faire une place derrière moi, bras passant derechef autour de moi, fermant les paupières, peu sensible aux séries qui défilent sur l'écran.

Je le laisse se poser un moment.

"Eh bien... ça a dû être laborieux." faisant référence à sa dernier chasse.

"Hmm ? Je recharge les batteries là."

"Dis plutôt que les séries que je regarde ne t'intéressent pas des masses."

"C'est vrai aussi." taquin.

Puis nous soupons, discutant de tout de rien.

Ce petit regard par-dessous je connais.

"Hmm mmm ?"

"Tu sais, tu as bien évolué maintenant. Enfin je veux dire que tu possédais déjà une excellente maîtrise de l'énergie..."

"Viens-en au fait."

"Je compte te laisser t'occuper de notre ennemi en titre."

"De... pseudo-Geto ?..." écarquillée.

"Oui. Parce que je vais avoir d'autres chats à fouetter. Entre autres mettre au grand jour les activités du vieux schnock qui sert de proviseur à Kyoto. Mais pour ça... il faut lui faire croire que je ne suis plus sur son chemin. Tu t'en sens capable ? J'ai déjà mis Megumi, Nobara et Yûji dans la confidence."

"Comment... comptes-tu t'y prendre ?"

"Leur faire croire à un accident. Je me retirerai auprès de ma mère quelques temps." cherchant ma main. "Je veux les prendre en défaut."

"Oh..." déjà remuée qu'il s'en aille pour une durée qui sera forcément longue.

"Ne t'inquiètes pas ; je passerai les nuits avec toi." sur un clin d'oeil.

"Ils... ne peuvent pas suivre tes déplacements ?"

"Non. Pas en téléportation."


"Il t'a dit ?" me questionne Megumi, négligemment posé contre le meuble de cuisine.

"Oui." soufflé.

"T'inquiètes, ça va aller. Il sait ce qu'il fait. Même si on dirait pas." sans sourire, toujours habité par cet air gravitaire.

Je lui adresse un petit sourire en retour.

"J'ai vu que tu t'intéressais beaucoup aux canidés." ayant noté ses lectures.

"Ouais. Normal avec mes familiers." parlant de ses chiens de jade.

J'enclenche la discussion sur le sujet et il suit, délivrant une foule de renseignements, volubile sur le thème.


Un poids dans mon lit. Le sourire. "Hey..."

Il m'embrasse, placé dans mon dos. "Tu me manques... toi, ça va ? Avec Megumi ?..."

"Oui, oui. Nous avons trouvé un sujet intéressant concernant les canidés."

"Ah oui, il est intarissable sur le sujet." sur un petit rire.

"Et ta mère ?"

"Contente de me revoir. Même si elle parvient à débusquer ce que cache mon expression la plus enjouée... les mères !..." riant doucement.

"J'aimerai beaucoup la connaître... je la bombarderai de questions au sujet de son fils." caressant les cheveux dont le blond tire franchement sur le blanc.

"Pas... des questions déplacées, j'espère !..." sur un petit rire embarrassé.

"Ah mais si !... Tout plein !..." taquine.

"Euh... pas sûr qu'elle apprécie, hein."

"Bon, pour commencer je la remercierai..."

"Ah ?"

"D'avoir mis au monde un être aussi merveilleux que toi."

Petit sourire flatté en face.

"Des nouvelles de Suguru ?"

"Nope."

"On a repéré pseudo-Geto dans une rue passante de Tokyô."

"Il kiffe la foule, ce salaud." reniflant.

Je me tourne vers lui, le caressant et l'embrassant. Le moment est ultra-câlin.

"Promets-moi que tu te montreras prudent, Satoru... je ne veux pas te perdre."

"Hey... pour le moment tout est sous contrôle, OK ?..."

"Tu m'as dit que... les gens qui vont à contre-courant ne font pas long feu dans ce milieu, tu te rappelles ?..."

"Ça, c'était avant de te connaître." embrassant mon front avec dévotion.


Les choses ne se sont pas faites attendre. Au bout de quelques mois, ils ont envoyé Nanami dans un guet-apens et il y a laissé la vie. Un en moins. Puis ce fut au tour de Yaga Masamichi, l'instructeur de Satoru, dont la technique maudite leur paraissait trop dangereuse. Tué par le proviseur Gakuganji lui-même !

Megumi est en rage, ainsi que Yûji qui trouvait en Nanami une figure paternelle.

Et qui, selon vous, tire habilement les ficelles depuis la place la plus confortable ?... Vous l'avez deviné !... Lui, il est temps que je m'en occupe !...

Je fais craquer mon poing dans l'autre.

"Viens." souffle-t-il, délecté jusqu'aux reins.


(*) Missio - "Everybody gets high"