Le lendemain matin, Candice se leva la dernière. Elle arriva dans le salon et se mit à sourire en constatant que la bonne humeur ne s'était pas éteinte pendant la nuit. Les moments familiaux comme ceux-là se faisaient rares et la commandante entendait bien en profiter au maximum.

L'un de ses jumeaux était dans le canapé, sa fille et son gendre déjeunaient sur la terrasse et Antoine supervisait le sac d'école de sa fille sur la grande table du salon.

« Bonjour tout le monde ! lâcha-t-elle avec enthousiasme avant de recevoir la pareille de sa famille. Mention spéciale à mon amour… rajouta-t-elle tout bas avant de l'embrasser.

- Huum… répondit-il dans un sourire de satisfaction.

- C'est rare quand tout le monde est réuni comme ça le matin… constata la commandante en souriant. Même Fun est ravi ! plaisanta-t-elle en l'entendant aboyer après Léo.

- C'est juste un peu le bazar pour la salle de bain mais bon… pesta gentiment Emma qui croisait sa mère avant de rentrer dans le salon.

- Ah bah c'est sûr que si t'y passais moins de temps… Ça nous arrangerait tous ! répliqua sa mère.

- Eh Antoine ! T'as vu les scores du rugby d'hier soir ? On les a démontés ! s'exclama Léo avec fierté.

- C'était sûr… répondit-il. Vu la saison qu'on fait…

- D'ailleurs faudrait qu'on aille se refaire un match un de ces quatre. Quand Martin sera là ! proposa Léo avec enthousiasme.

- Justement… commença Candice en s'approchant d'Antoine qui s'était dirigé sur la terrasse, Je me disais ! On aurait pu passer un dimanche tous ensemble non ? Il annonce super beau en plus… on pourrait aller à la plage !

Tous se regardèrent sans oser répondre.

- Ça tombe mal… Euh… Avec Emma on avait prévu de… d'aller voir des amis à Montpellier… annonça Sacha.

- C'est bien prudent ça ? Alors que t'arrive quasiment à terme ? s'inquiéta Candice.

- Mais oui… répliqua Emma d'un air las.

- Puis moi non plus je serai pas là… Je dois aller chez papa ! rajouta Léo.

-Ok… Tant pis alors ! lâcha-t-elle avec déception. On se contentera d'un dimanche à trois… se résigna-t-elle en passant sa main dans le bas du dos d'Antoine alors qu'il rentrait à l'intérieur suivi de sa fille.

- Euh… Justement ! J'ai oublié de t'en parler mais ma mère me prête son bateau et je voulais emmener Suzanne faire un tour…

- Ah…

- Oui et… fin… comme t'as le mal de mer… Bah je… fin' je t'ai pas proposé quoi…

- Bah oui… Non mais c'est pas grave… Allez-y tous les deux !

- Mais on aura l'occasion de refaire ce genre de journée tous ensemble plus tard ! s'excusa-t-il en déposant un baiser sur sa joue.

- Oui…

- Bon Suzanne ! T'es prête ? On se dépêche, faut pas qu'on soit en retard !

- Suis prête ! répondit-elle fièrement en se pointant devant son père qui enfilait sa veste.

- Hop ! Mes clés… lâcha-t-il en les récupérant sur le comptoir de la cuisine. Bon… s'adressa-t-il à Candice qui triait des enveloppes sur la table du salon. Nous on y va !

- Ok… répliqua-t-elle avec un petit sourire.

- À tout à l'heure mon chat ! la salua-t-il avant de l'embrasser. Tu dis au revoir à Candice ? demanda-t-il à sa fille qui les observait.

- À tout à l'heure mon chat ! déclara fièrement la jeune fille pour imiter son père.

Instantanément, tous éclatèrent de rire.

- Beh ! Comment ça !? plaisanta la commandante en chatouillant Suzanne qui se réfugia derrière les jambes de son père.

- N'importe quoi… lâcha-t-il en rigolant aux éclats.

- Allez ! Filez ! déclara Candice tout sourire en les observant quitter la maison.

- Tu vois ! Même elle, elle trouve ça ridicule… observa Emma en souriant fièrement.

- J'avoue… rajouta Sacha.

- Ouais… C'est chaud…

- Mais je rêve là ! s'exclama Candice faussement agacée. »

. . . . .

À la BSU, l'équipe attendait patiemment des nouvelles de Nathalie qui avait contacté ses connaissances pour récupérer des informations concernant les dépenses pharmaceutiques des patients d'Henri. La responsable de l'IJ débarqua dans le bureau de l'équipe en fin de matinée.

« Hello ! Hello !

- Ah ! Salut Nathalie ! Alors ?

- Ils ont fait ça en loucedé évidemment et donc aucune trace d'achats de ces médicaments.

- Donc ? demanda Mehdi.

- Donc ça veut dire qu'ils n'ont pas présenté de cartes vitales à la pharmacie… La pharmacie pouvait pas avoir accès au dossier médical du patient… En plus, les identités des patients étaient inconnues de celles qu'on a interrogées… expliqua Candice.

- Putain ça sent le trafic de médocs à plein nez comme on disait…

- Ouais… Pourtant ces dernières années l'Oclaesp s'investit de plus en plus dans ce domaine pour lutter contre ça… ajouta Ismaël.

- L'Oclaesp ? demanda Marquez.

- Le nom de l'office qui lutte contre les atteintes à la santé publique… expliqua-t-il.

- Et ça se passe comment ce genre de trafic ? s'interrogea Val.

- Bah en France, en général les trafiquants revendent les médicaments dans des pays où ils ne sont pas remboursés ou, comme un trafic de stupéfiants… ils revendent à des consommateurs de drogue… précisa Candice.

- Attendez… donc vous êtes en train de dire, que Henri serait à la tête d'un trafic ? Du haut de ses 70 ans ? Alors qu'il était médecin… C'est hallucinant quand même là… constata Nathalie.

- Je ne suis pas certaine qu'il soit à la tête du trafic… En revanche, il peut être tombé dans les griffes de quelqu'un qui se sert de lui pour délivrer les ordonnances.

- Ok… Je commence à comprendre… continua Mehdi. Henri se charge de délivrer des ordonnances falsifiées à des patients qui sont en réalité des petites mains du trafic, et qui par la suite se chargent de revendre les médicaments.

- Vous aviez vérifié les comptes d'Henri ?

- On va regarder ça tout de suite ! annonça Val en s'installant à l'ordinateur. Aloooors… Ah oui bah c'est pas folichon…

- Montre ! ordonna la commandante. Putain il était ruiné…

- Un ancien médecin réputé ? Ruiné ? s'étonna Marquez. Et vous avez pas retrouvé du cash chez lui ?

- Non… Enfin dans son bureau y avait rien en tout cas… Mais légalement on peut pas perquisitionner son domicile…

- Merde… Bon… Il reste plus qu'à faire parler les patients !

- Avant toute chose, on va s'assurer que c'est bien à eux que les pharmacies ont eu à faire. Val, Ismaël vous allez leur montrer les photos des patients et vous leur demandez si ça leur parle.

- Ça marche !

- Moi je vais aller dire ça à Antoine… »

La commandante souffla afin de gonfler son courage pour affronter Antoine. Elle savait pertinemment que l'annonce qu'elle allait lui faire allait le mettre dans tous ses états. Et complètement déroutée face à son comportement auquel elle était peu habituée, elle craignait inexorablement sa réaction. Elle inspira profondément avant de toquer et d'entrer dans son bureau.

« On… On a eu les contacts de Nathalie et ça confirme nos suppositions… On pense qu'Henri était au cœur d'un trafic de médicaments.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? lâcha-t-il froidement.

- A priori les patients n'ont pas présenté de cartes vitales, on sait que les ordonnances qu'il délivrait sont falsifiées enfin… ça ressemble au mode opératoire de ce genre de trafiquants…

- C'est pas possible ! rétorqua-t-il dans le déni avant de se lever de sa chaise et de regarder la fenêtre, dos à Candice.

- Je sais que c'est difficile à entendre mais… tout colle. Val et Ismaël sont partis voir les pharmacies, ils vont montrer les photos des patients et si on a une concordance faudra se rendre à l'évidence…

- C'est tout ce que vous avez ?

- On… On a regardé ses comptes et il est dans le rouge partout. Ça justifierait ce trafic… Le seul hic, c'est qu'on sait pas où il a mis tout l'argent qu'il a gagné justement.

-Bah voilà… Si on le retrouve pas c'est peut-être parce que y en a pas ! tenta-t-il de justifier.

- Chéri… lâcha-t-elle pleine de compassion en posant ses mains sur sa taille.

Antoine se retourna violemment.

- Quoi chéri ? s'emporta-t-il. Tu le connais peut-être ? Non ! Alors arrête de trouver des histoires ! J'te dis qu'il est incapable de faire ça, point !

- Oh ! s'énerva-t-elle à son tour. Je sais que c'est pas facile pour toi, mais moi j'ai rien à voir dans cette histoire hein ! Donc c'est pas la peine de t'en prendre à moi comme ça !

Ému et perturbé, Antoine baissa la tête.

- Excuse-moi… marmonna-t-il sans la regarder. »

Sa compagne ne bougeait pas. Plantée devant lui... Déstabilisée par cet Antoine qu'elle n'avait jamais connu, elle se contentait de le fixer durement. Le commissaire osa finalement lever ses yeux humidifiés vers elle et la fixa à son tour. Elle constata son émotion et sa tristesse avant de le réceptionner dans ses bras. Antoine nicha sa tête dans le creux de son cou et profita des caresses qu'elle lui prodiguait dans ses cheveux.