« Tentative de meurtre au ministère

Hier dans la soirée, un sorcier pour le moment inconnu a tenté d'assassiner la cheffe du département de la justice magique, Hermione Granger. Un agent de sécurité magique a été tué. Le bureau des Aurors mène l'enquête.

Le Ministère de la magie a été le théâtre d'une sombre scène, hier soir, à l'heure où les derniers fonctionnaires quittent les lieux. La directrice du département de la justice magique en poste depuis cinq ans, Hermione Granger, a été victime d'une tentative d'assassinat. L'un des agents de la sécurité magique qui l'escortait, Dave Ashan, a été tué. La directrice du département est dans un état grave, et a été prise en charge à Ste Mangouste.

Pour l'heure, aucun sorcier n'a été désigné pour assurer l'intérim du poste, c'est donc le cabinet du Ministre de la magie lui même qui assure le fonctionnement de la Justice magique, ce qui ne manquera pas de faire débat au Magenmagot, on s'en doute, quelques semaines seulement après le renforcement des mesures de sécurité magiques au sein du Ministère, qui avaient fait la polémique.

L'enquête pour retrouver le responsable de cette attaque a été confiée au bureau des Aurors, qui va devoir partager ses effectifs du territoire national entre cette nouvelle enquête, et celle qui vise à démanteler un réseau de terroristes alliés avec des Moldus. « Nos équipes d'Aurors sont en permanence sur le terrain. Tout est mis en œuvre pour mener ces deux enquêtes de front dans les meilleurs délais », assure le directeur du bureau des Aurors, Newton Bodstrom. Le Ministre de la magie, Douglas Wellington, annonce que « le niveau de sécurité au sein du Ministère va être rehaussé. Nous nous devons de garantir la sécurité des fonctionnaires, sans céder à la panique. J'ai toute confiance dans la capacité du bureau des Aurors ».

Pour les dernières informations concernant ce réseau terroriste, se référer à notre édition de mercredi dernier.

G. W. »

- J'aime bien, c'est sobre, efficace. Bravo, Ginny, encore une fois, tu nous sauves la mise !, s'enthousiasmait Colin Crivey, dans le bureau de la rédaction.

Il en était à sa troisième tasse de thé, et il était huit heures du matin. Assis au coin de son bureau, il décortiquait l'édition du jour. Rien ne lui échappait. Comme tous les jours, il refaisait la Une. « On aurait pu faire péter la photo un peu plus, mais après, on va nous dire qu'on racole. »

- Ouais, je voyais pas trop quoi faire d'autre. Ce sera intéressant de suivre la prochaine séance du Magenmagot, ça va friter dur, je crois.

Ginny sortit un paquet de biscuits de ses réserves cachées, dans le dernier tiroir de l'armoire à foutoir, et mis en route la cafetière d'un coup de baguette. C'était un matin à café serré sans sucre. Elle se passa la main sur le visage pour essayer de se défroisser un peu, sans trop de succès. La nuit avait été longue. Et désagréable.

- T'as raison, je vais refiler ça à Parker. Lewis filera le train du Ministre, comme d'habitude. Toi, tu suis l'affaire. Tu ne lâches pas Bodstrom d'une semelle. Il va falloir que je trouve un os à ronger pour Rita, sinon cette vieille chouette ne va pas nous laisser tranquille », poursuivait Colin, en réfléchissant tout haut.

- Ça marche, confirma Ginny, en s'écroulant à son bureau, la tête entre ses bras.

- Ça va, Weasley ? Sans vouloir être méchant, t'as une sale tête. Potter est rentré depuis une semaine, non ?

- Oui, il est rentré, répliqua la rousse. « Il est rentré ».

Elle se leva d'un coup, se versa une tasse de café brûlant. « Je file au Ministère voir si Bodstrom a du nouveau. Je ne serais sans doute pas rentrée pour la réunion de rédaction. Je t'envoie un hibou si ce que je récupère vaut plus que deux colonnes sans photo ».

Colin n'eut pas le temps de lui poser plus de questions. Elle avait transplané.

Les couloirs du Ministère bruissaient d'agitation. Ce n'était pas l'habituel fourmillement de sorciers et de notes de services. Ginny sentait de la tension dans l'air. Comme avant une finale de quidditch, mais sans l'énergie positive. Elle percevait les conversations et les regards à la dérobée tout en se frayant un chemin entre les robes sombres. Son instinct ne s'y était pas trompé. Le calme avant la tempête.

Dans le bureau des Aurors, la tension se matérialisa plus vivement encore. À peine eut-elle ouvert la porte qu'elle fut assaillie par le bruit. Elle rejoint le bureau de Newton sans qu'ils ne la remarquent. Ils ne la voyaient plus. Depuis l'enquête sur l'assassinat de Neville Londubat, elle passait régulièrement. Aucun n'osait la vanner quand elle sortait du bureau au bout d'une heure. Moins par considération pour leur patron que parce que c'était la copine de Potter. Elle aurait aimé qu'un essaye, juste une fois, pour pouvoir le renvoyer dans les cordes.

Newton était renversé en arrière sur son fauteuil, ses longues jambes étendues sur un tas de parchemins froissés sur son bureau. Il avait recouvert ses yeux avec sa casquette de football rouge vif.

- Je ne dérange pas trop ?, fit Ginny, en ouvrant la porte à la volée.

- Merde Ginny, préviens, bordel ! J'avais réussi à m'endormir vingt minutes..., grogna-t-il en sursautant, avant de reprendre sa position, les yeux fixés au plafond.

La rousse lui lança son ballon, en s'asseyant sur le divan. Il se redressa, fit quelques jongles. Posa la balle sur une armoire classeur ensorcelée qui voulait visiblement régurgiter son contenu. Newton vint s'asseoir sur le bord de son bureau.

- T'as une sale tête, Ginny. Et je dis ça en connaissance de cause, je me suis regardé dans la glace tout à l'heure.

- Mais qu'est-ce que vous avez tous avec ma tête, nom d'une chouette amputée !, s'agaça-t-elle, en bondissant hors du canapé, pour faire les cent pas, les bras croisés. « Il y a plus important en ce moment que l'air que j'ai, non ? », répliqua-t-elle.

- Oui, oui, je sais. Je sais même très bien. J'essayais de... Enfin, je... Bref. Oublie. Excuse-moi. Je suis crevé. Je n'ai pas dormi plus de deux heures cette nuit. J'ai deux enquêtes sensibles sur le feu. Et je ne suis pas un politicien. Donc ma place n'est pas très confortable en ce moment.

- Je sais Newt'. Je suis à cran aussi. 'Mione...

Elle évita d'ajouter « Harry ». Mais elle le pensait. Elle entendait encore ses reproches. Elle secoua la tête. Détourna la conversation comme elle savait si bien le faire.

- T'as été dans le bureau d'Hermione ?

- Pas encore. Pour être franc, j'espérais un peu y aller avec toi. Tu la connais bien. Mieux qui quiconque, je crois. Tu verras peut être quelque chose que moi je ne remarquerais pas.

Ginny omit de lui demander pourquoi il n'y allait pas avec Harry. Il saisit sa veste, tenta sans succès d'aplatir un peu ses cheveux blonds qui partaient dans tous les sens.

- Viens, on y va.

Newton se débarrassa du maléfice de glu en un coup de baguette. Le bureau d'Hermione était à son image : parfaitement ordonné. Des montagnes de livres emplissaient les quatre côtés de la pièce sans fenêtre. L'endroit respirait le sérieux et la concentration, depuis les parchemins et les plumes soigneusement triés, jusqu'aux deux armoires classeurs aux tiroirs étiquetés qui trônaient derrière son fauteuil. Une photo des membres de l'armée de Dumbledore était posée bien en vue sur l'une des armoires. C'était la seule fantaisie qu'elle s'était accordée. Newton ne put s'empêcher de lever les yeux au plafond. On ne le distinguait pas. Ni jusqu'où s'étendaient les livres en hauteur. Il laissa échapper un sifflement appréciateur.

- À chaque fois c'est pareil. Quand je rentre dans son bureau, j'ai l'impression d'être convoqué chez McGonagall.

- À qui le dis-tu ! Je crois qu'elle le prendrait comme un compliment, lui répondit Ginny, qui était déjà en train de fouiller dans les parchemins sur le bureau. Newton passa la tête par-dessus son épaule.

- Ils sont vierges.

- Classique. Je n'en attendais pas moins d'elle. Scripto revelio !, lança-t-elle. « Ah, il se passe quelque chose... »

Des phrases apparaissaient sur un des parchemins, de la belle écriture déliée d'Hermione. « Je suis le prénom de la mère d'une des sorcières les plus fameuses de l'Amérique des années soixante ».

- Ah... Voyons voir... Une sorcière célèbre des années soixante... Greta Thorne ? Wanda Taylor ? Ah, j'étais nulle en histoire de la magie, moi..., énumérait Ginny, les sourcils froncés.

- Endora ! Essaye Endora !, fit Newton.

- Endora ?

- Endora. Je suis prêt à prendre les paris.

Ginny prit une plume et écrit le prénom. Instantanément, le parchemin se couvrit de lignes de texte.

- Eh bien ça alors ? Endora ? Je ne sais pas qui c'est, mais en tout cas, ça marche ! Bien joué, Newt'. Replica scripto Endora, lança-t-elle sur tous les autres parchemins.

Newton s'affairait sur les armoires. « Bureau des Aurors... tiens, ça c'est un tiroir que j'aimerais ouvrir...Mais je ne suis pas sûr d'apprécier ce que j'y trouverais. » Il se retourna vers Ginny. « Rien qui ne me paraisse intéressant ici », constata-t-il, en faisant le tour de la pièce. Il sentait qu'il y avait un peu plus que des grimoires et des notes de service. Granger était maligne. Mais il pouvait l'être autant. D'un coup de baguette, il ouvrit les tiroirs du bureau. Rien. Des notes, des plumes, des livres. Deux ou trois codes internationaux de la justice magique. Un exemplaire annoté de l'accord de non-agression mutuelle signé il y a peu de temps avec les Écossais. Visiblement, Hermione Granger ne l'aurait pas rédigé de cette manière. Quand il trouva ce qu'il cherchait. Le seul objet qui n'était pas à sa place dans le bureau de la directrice du département de la justice magique. Un téléphone portable de première génération. Un Nokia 3310.

- Eh, Gin', regarde, fit-il en lui montrant l'objet. « Un téléphone. Ça n'a rien à faire ici. »

- Un fêlétone ? C'est pas ce truc que les Moldus utilisent pour communiquer entre eux ? Je crois que mon père en a deux ou trois au Terrier. Ça ne nous servira à rien. Range ce machin.

Elle remit le nez dans les parchemins.

- Justement. Elle savait très bien que des sorciers ne se seraient pas intéressés à ça. Si je voulais cacher quelque chose à la vue de tous, je ne m'y prendrais pas autrement.

Cette fois, Ginny leva la tête, curieuse.

- Comme un portoloin, tu veux dire ?

- Exactement. On ne trouvera rien de plus ici. Embarque les parchemins, on va lire tout ça tranquillement dans mon bureau. Je vais essayer de voir ce que contient le téléphone.

Ginny rassembla les parchemins dans un gros tas qu'elle se coinça sous le bras. Newton avait la main sur la poignée lorsqu'elle l'interpella.

- Pourquoi moi ? Et pourquoi pas Harry ? Pourquoi ce n'est pas avec lui que tu es venu ici ?

Newton baissa imperceptiblement la tête, avant de lui faire face, un air neutre plaqué sur le visage.

- Il a demandé à être réaffecté sur une autre enquête. Je l'ai fait chef d'équipe de l'enquête sur les terroristes en lien avec des Moldus.

- Ah. D'accord.

Ginny s'avança pour sortir de la pièce, mais Newton ne tourna pas la poignée. Il la fixait du regard. Elle mit quelques secondes à le regarder dans les yeux, avec son air bravache.

- Ça va, Gin' ? Je veux dire, ça va, entre toi et Harry ?

- On ne peut mieux, grinça-t-elle en soutenant son regard.

- Je... Je ne veux pas être intrusif... Mais...

- Laisse-moi deviner. Il était en pétard quand il est arrivé au bureau ce matin. Il a dû te demander de le renvoyer à l'étranger, avec Ron, non ?

- Oui. Ce à quoi j'ai dit non. J'ai besoin de tout le monde sur le pont. Mais j'aimerais comprendre pourquoi mon meilleur élément sur le sol anglais n'est pas à cent pour cent.

- Parce que ton meilleur élément se comporte comme le dernier des trolls en ce moment, rétorqua Ginny d'un ton sans réplique en ouvrant la porte.

Newton la suivit dans le couloir sans chercher à la rattraper. Il jouait avec le téléphone dans sa poche.