CHAPITRE DOUZE
AVANT LA TEMPÊTE
Castiel resta immobile au milieu du garage désert pendant près de cinq minutes, incapable de bouger. Il savait que ceci devait arriver. Il savait que Michael dirait Amen à chacune des conditions de Dean mais qu'au moment de prendre possession du corps du Chasseur, il se rétracterait et ne lui laisserait aucun moyen de décider pour eux. Il connaissait son frère. Il connaissait sa détermination. Il savait que tout ça était inévitable.
Pourquoi n'avait-il pas plus insisté quand Dean avait émis la possibilité de se livrer à l'archange ? Pourquoi n'avait-il pas essayé de le convaincre qu'il y'avait une autre solution, qu'ils trouveraient une autre solution ? Pourquoi ne s'était-il pas battu pour l'empêcher d'aller au bout de ses intentions ?
Pourquoi n'avait-il pas compris les raisons qui avaient motivé le soudain abandon de son libre arbitre ? Pourquoi n'avait-il pas compris qu'il essayait autant de sauver son frère que Jack ? Pourquoi avait-il été incapable de voir que Dean s'était sacrifié, en grande partie pour lui ?
Il avait vu, pourtant, que le Chasseur se sentait redevable à son égard. Coupable, même, de l'avoir entraîné dans sa quête et d'avoir mis en danger la famille de Castiel. Il avait bien compris que Dean ne resterait pas sans payer sa dette. Alors pourquoi, pourquoi avait-il été incapable de deviner qu'il ferait ça ?
Castiel comprenait maintenant. Dean avait joué l'innocence mais il savait parfaitement à qui il s'attaquait. Il s'était donné en connaissance de cause. L'ange savait aussi que Dean lutterait pour reprendre le contrôle et s'assurer que Michael faisait ce qu'il lui avait demandé. Mais ensuite, il laisserait l'archange prendre le contrôle. Complètement.
Était-ce la raison pour laquelle il pensait ne pas revenir ? Le voulait-il seulement ? Était-ce cela, l'abandon, la résignation, que Castiel avait ressenti quand Dean lui avait donné l'amulette ? Dans un état second, l'ange plongea la main dans la poche de son trench coat et en ressortit le pendentif. Il l'observa un moment, silencieux. Il ignorait ce que Dean avait essayé de lui dire en lui confiant un objet avec une telle valeur sentimentale. C'était un cadeau de son frère après tout.
Son frère pour qui il était prêt à sacrifier sa propre vie. Et maintenant, Sam ne serait plus le seul à porter la responsabilité de ce sacrifice. Maintenant, il y'aurait Castiel.
Il avait envie de hurler. Hurler de rage, de désespoir, de haine, contre lui-même, contre Dieu qui ne cesserait jamais de jouer avec leurs vies, contre Michael, contre Dean qui était assez stupide pour croire que son sacrifice était la seule solution. Castiel sentait bouillir en lui sa rage et sa peine. Elles se disputaient la place et l'ange était incapable de dire qui gagnerait le combat. Il serra le poing et l'une des cornes du pendentif s'enfonça dans sa peau. Castiel le remit au fond de sa poche et soudainement, il eut l'impression que l'objet pesait des tonnes.
Son regard tomba un peu plus loin. Face contre terre, là où Dean avait tracé un cercle d'Huile qu'il n'avait pas incendié – par choix ou par manque de temps ? –, il y'avait le corps inerte de John Winchester. Sans un mot, Castiel s'approcha prudemment de l'homme. Son regard fixe l'observait sans le voir, ses bras étaient tordus dans un angle tout sauf naturel. Castiel soupira, la main tremblante. Était-ce ce qui attendait Dean ?
Chassant les images désagréables qui se frayaient un chemin à ses yeux, comme pressées de le torturer, l'ange s'agenouilla près du corps du Chasseur. Il n'avait plus la force de transporter un humain à tire d'ailes, en revanche, un simple corps inhabité ne lui poserait pas vraiment de problème. Il posa une main sur l'épaule de John Winchester et l'instant d'après, le garage était de nouveau vide de vie.
Castiel réapparut devant le bunker, le corps de John Winchester flasque entre ses bras. Il déposa en douceur le Chasseur près de la porte et la poussa. Elle s'ouvrit dans un grincement atroce et lorsqu'il apparut en haut des escaliers, tous les regards convergèrent vers lui. Il ne manqua pas la déception, la crainte et la tristesse qu'il perçut dans ceux-ci en le voyant seul. Un instant, il n'y eut aucun bruit qui filtra dans le bunker. Tous observaient Castiel, attendant qu'ils disent quelque chose.
« Vous devriez venir, dit-il finalement à voix basse avant de se détourner et de rejoindre John Winchester. Sans un mot, l'ange s'agenouilla de nouveau près de lui et lui ferma les yeux. Sa tâche à peine achevée, il était déjà rejoint par les Chasseurs et Claire.
Il surprit un mouvement de recul de la part de Donna et Jody et bien qu'ils restent immobiles, Bobby et Rufus semblaient tout aussi secoués par la vue du corps de John Winchester. Les autres ne l'avaient sans doute pas connu. Castiel jeta un œil à Claire. Elle contemplait le cadavre dans un état second. Kaia, à ses côtés, posa une main apaisante sur son bras. Il aurait peut-être dû prévenir avant de les faire monter ici. Mais ces dernières années, il avait tellement vu de morts que cela ne le choquait plus. Bien que cela ne soit pas le cas de Claire. La dernière fois qu'elle avait été confrontée à une telle vision – si l'on exceptait les anges il y'a peu – c'était lorsque sa mère avait été tuée, seize ans plus tôt.
– J'ai pensé que vous aimeriez lui offrir un dernier hommage, murmura Castiel au bout d'un long moment de silence.
Bobby acquiesça. Il se tourna vers Charlie et Garth.
– Préparez de quoi allumer un feu. On se retrouve derrière le bunker dans une dizaine de minutes.
Puis il reporta son attention sur Castiel.
– Merci de l'avoir ramené.
L'ange hocha simplement la tête en le gratifiant d'un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. Rufus et Bobby se chargèrent de porter le corps de John Winchester à l'intérieur. Charlie et Garth avaient déjà disparu et Kevin les avaient suivis. Castiel interrogea Claire du regard. Elle hocha simplement la tête avant de suivre Kaia à l'intérieur. L'ange reporta son attention sur Eileen qui n'avait pas bougé de l'endroit où elle se tenait. Il l'observa un instant.
– Le moment est sans doute mal choisi mais félicitations, dit-il au bout d'un moment tout en signant ses paroles.
Elle lui lança un regard surpris et Castiel sourit.
– Je suis capable de sentir sa présence. Son âme.
La jeune femme acquiesça. Le silence se rabattit sur le duo. Castiel songea qu'ils feraient mieux de rejoindre les autres à l'intérieur quand la voix d'Eileen retentit.
– Dean, il…
Castiel serra le poing. Si elle le remarqua, elle n'en dit rien. L'ange croisa son regard qui s'assombrit. Castiel savait ce qu'elle pensait.
– Ce n'est pas de votre faute. Il a pris seul sa décision, Eileen. Et il savait ce qu'il risquait.
Et pourtant, même lui ne croyait pas à ce qu'il disait. Peut-être que Dean n'aurait rien fait s'il n'y avait pas eu Sam, Castiel ou cet enfant à naître. Peut-être se serait-il battu pour son libre arbitre, peut-être n'aurait-il pas abandonné la bataille. Ils n'en savaient rien. Dean était un homme surprenant. Il aurait sans doute trouvé une autre excuse pour accepter ce fardeau. Castiel n'en savait rien. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il ne servait à rien de se morfondre.
Ils devraient donner un sens au sacrifice de Dean. À celui de Gabriel. À la mort de John Winchester. Sans un mot de plus, il posa une main apaisante sur l'épaule d'Eileen, lui sourit et pénétra dans le bunker. Quelques secondes plus tard, la jeune femme le suivait. Ils descendirent les marches et rejoignirent Bobby, Rufus, Donna et Jody qui emmaillotaient dans un linceul blanc, avec une certaine révérence, le corps de John Winchester. Quelques mètres plus loin, installées dans un même fauteuil, Claire et Kaia les observaient.
Pendant un moment, il n'y eut pas un bruit. Comme si les Chasseurs qui avaient connu le père de Sam et Dean se recueillaient devant lui. Et puis Jody et Donna se reculèrent, laissant la place à Bobby et Rufus qui soulevèrent en douceur le corps de leur défunt ami et le déposèrent sur leurs épaules. Puis sans un mot, telle une procession, leur petit groupe se mit en marche.
Ils sortirent tout aussi silencieusement par la porte arrière du bunker. Charlie, Kevin et Garth les attendaient déjà devant un bûcher, un briquet à la main, l'air grave. Bobby et Rufus s'approchèrent de celui-ci avant de déposer le corps de John Winchester dessus. Castiel songea que l'appentis avait dû être prêt depuis longtemps. Comme si les Chasseurs s'attendaient tous les jours à perdre l'un des leurs. C'était sans doute le cas. Le sol, jonché de cendres, semblait le confirmer en tous cas.
L'ange rejoignit Claire en quelques enjambées. Kaia l'avait laissée seule quelques instants afin d'aider Charlie qui, sans un mot, aspergeait le bûcher d'huile. Donna, Eileen, Garth et Jody s'étaient installées à quelques mètres d'eux. Bobby et Rufus attendaient, le premier avec un briquet à la main. Castiel savait que John Winchester avait été l'un de ses meilleurs amis, que c'était l'une des raisons qui l'avait poussé à adopter Sam et Dean lorsqu'ils étaient adolescents. La mort de l'ex-marine, cette fois réelle, devait le chambouler.
Claire s'était rapprochée de lui. Sans un mot, Castiel passa un bras protecteur autour de sa taille. Pour une fois, elle ne rejeta pas la marque d'affection.
– John, dit finalement Bobby d'une voix qu'il essayait de garder égale, tu t'es bien battu. Pendant seize ans. C'est mieux que quiconque n'aurait pu faire. Tu étais le meilleur Chasseur que j'aie jamais connu. Tu mérites plus que n'importe qui de partir, et en paix.
Il marqua une pause. Castiel, comme tous les autres, savait que c'était pour se ressaisir. Le vétéran ne craquerait jamais devant eux. L'ange avait mené quelques escadrons il fut un temps. Il n'avait jamais eu de grandes responsabilités, mais il savait ce qu'être chef signifiait. Il devait se montrer inébranlable devant ses subordonnés, peu importait la situation. Bobby aussi. Le vétéran ne trompait personne mais Castiel comprenait qu'il veuille maintenir l'illusion.
– Tes fils… Sam et Dean… ils sont devenus les meilleurs hommes que j'aie eu l'honneur de rencontrer. Une bande d'idjits parfois, tu peux me croire. Mais ce sont des gars bien. Tu peux être fier d'eux.
Bobby se recula de quelques pas. Il actionna le briquet. Une flamme en jaillit, éclairant son visage marqué par les années, les pertes et les fardeaux qu'il portait. Le vétéran prit une grande inspiration. Ce fut d'une voix qui trembla à peine qu'il acheva son discours.
– Adieu, John.
Ils répétèrent ces quelques mots en chœur et Bobby jeta le briquet sur le bûcher. Celui-ci prit feu instantanément. Castiel sentit que Claire se serrait plus encore contre lui, enfonçant son visage dans un pan de son trench coat. L'ange referma ses bras dans le dos de la jeune fille. Il ignorait si, comme lui, elle pensait à Gabriel, qu'ils ne reverraient peut-être pas. Claire s'accrocha plus encore à lui.
Devant eux, ce qu'il restait d'une autre époque se consumait.
Castiel espérait que de ses cendres, renaîtrait un avenir meilleur.
Jack referma la porte en laissant échapper un soupir. Il laissa sa tête retomber contre le battant et ferma les yeux, épuisé. Depuis deux jours, Lucifer n'avait eu de cesse que de tester les limites de ses pouvoirs.
Au début, le Nephilim avait cru à la bonne volonté de son père biologique. Au début, il avait voulu s'imaginer, un instant, que l'archange essayait vraiment de l'aider à comprendre la puissance dont il était doté. Qu'il désirait vraiment lui apprendre à la maîtriser. Mais plus le temps avançait, plus Jack avait dû se rendre à l'évidence. Lucifer ne regardait que l'étendue de ses capacités. Certes, les avoir laissées échapper à son contrôle l'espace d'un instant lui avait fait du bien. Pendant quelques secondes de liberté, Jack ne s'était plus senti comme une cocotte-minute prête à exploser à tout moment. Le sourire qu'il avait adressé à Lucifer était sincère.
Mais ce n'était qu'une illusion. Déchaîner ses pouvoirs n'avait jamais été la solution. Quoi que dise Lucifer, Castiel avait toujours veillé à ce que la grâce de Jack ne se sente pas étriquée. Il lui avait expliqué calmement, pas à pas, comment contenir le pouvoir qui brûlait dans ses veines tout en le laissant expérimenter sa puissance de temps à autres. Le Nephilim s'était révélé un élève assidu et avec les années, il avait fini par être totalement maître de lui-même. Seuls de puissants accès de colère, une peur sourde, des émotions puissantes en somme, étaient capables de lui faire lâcher prise.
Lucifer lui avait peut-être montré ce que cela faisait d'être au summum de son pouvoir. Mais Jack n'avait jamais voulu de ça. Et l'archange l'avait poussé à relâcher jusqu'à la parcelle la plus profonde de sa grâce. C'est là qu'il avait compris. Quoi qu'ait dit Lucifer, il était toujours avide du pouvoir de son fils.
Lui avait-il menti sur tout le reste ? Jack serra le poing. Il ne pouvait pas dire qu'on ne l'avait pas prévenu. Mais il avait tellement voulu y croire, désespérément. Et se rendre compte que l'archange lui avait vraisemblablement vendu du rêve faisait terriblement mal. Il l'avait manipulé pour contraindre à faire étalage de ses pouvoirs. Lucifer voulait faire de lui une arme. Après tout, il était né pour être une arme.
Jack sentit les larmes poindre au coin de ses yeux. Il respira une nouvelle fois pour les retenir. Il serait fort. Il ne devait pas craquer. Crowley le lui avait bien spécifié. S'il voulait aider Castiel, nul ne devait se douter du double-jeu qu'il jouait.
Castiel… Jack sentit que sa main, toujours appuyée contre le battant de bois, tremblait. Son père lui manquait. Il lui manquait terriblement. Castiel avait toujours été une constante dans sa vie. Alors même qu'il n'était qu'un embryon dans le ventre de sa mère. L'ange avait toujours été là. Il l'avait toujours protégé. Aimé. Inconditionnellement. Et Jack le lui rendait bien. Ne plus le savoir près de lui, c'était comme perdre un repère. Sans Castiel, Jack était déboussolé.
Cette fois, la larme roula sur sa joue. Jack se laissa glisser contre la porte qu'il se retint à grand-peine de frapper de rage et de désespoir. Bientôt, d'autres larmes suivirent la première. Jack enfouit la tête entre ses genoux, laissant libre court à sa détresse. Il espérait que Castiel allait bien. Qu'il avait retrouvé Dean et qu'ensemble, ils cherchaient un moyen de le tirer de cet Enfer. Dans tous les sens du terme. Il mit plusieurs minutes avant de parvenir à calmer ses sanglots.
– Tu te sens mieux ? fit une voix douce quand il redressa la tête.
Jack leva ses yeux rougis par les larmes et tourna la tête vers le tableau. Rowena l'observait avec un sourire contrit aux lèvres. Il essaya de le lui rendre mais sans grande conviction. Après quelques instants de silence, Jack se releva et vint s'installer dans le siège que Crowley avait fait apparaître ce qui lui semblait une éternité plus tôt. Il se tourna légèrement pour faire face à la peinture.
– Les parents sont souvent sources de déception, mon garçon. Je suis désolée que tu l'aies découvert ainsi.
Comment savait-elle l'origine de son trouble, Jack n'en avait aucune idée. Il se contenta de lui répondre par un hochement de tête évasif. Il n'avait aucune envie de s'épancher sur le sujet.
– Parlerais-tu d'expérience, mère ? intervint une voix moqueuse au même moment où la porte sur laquelle s'appuyait Jack quelques instants plus tôt se refermait. Crowley fit ensuite trois pas pour rejoindre le Nephilim au centre de la pièce.
– Je sais très bien que j'ai été une piètre mère, Fergus. Inutile de faire une scène devant ce jeune homme.
Si Crowley lui adressa un regard noir, il ne dit rien de plus et se contenta de se laisser tomber dans son propre siège et se servit un verre de whisky. Jack suivit son mouvement du coin de l'œil. Rowena l'observait toujours. Sans doute craignait-elle qu'il ne fasse une nouvelle crise de larmes. Mais Jack se contiendrait. Du moins, devant Crowley. Il adressa un dernier sourire à la sorcière et se retourna vers le démon. Celui-ci sirotait sa boisson sans un mot et darda sur Jack une œillade indéchiffrable.
– Papa a terminé les crash tests ? interrogea-t-il après avoir avalé une autre gorgée.
Jack acquiesça, le ventre noué. Mais il ne s'attendait de toutes façons pas à un grand tact venant de son interlocuteur. Ses états d'âme ne l'intéressaient sans doute pas.
– Il ne se doute de rien, ajouta-t-il quelques secondes plus tard.
– Il vaut mieux pour toi.
Jack le comprenait à présent. Si Lucifer s'apercevait qu'il gagnait du temps, il ne donnait pas cher de sa peau. Si l'ange déchu ne désirait que son pouvoir, il lui serait aisé de le lui voler quand Jack refuserait de se ranger à ses côtés. Et si son père biologique était aussi avide qu'il s'en doutait, il ne se contenterait pas d'une partie de sa grâce que Jack pourrait régénérer. Il prendrait tout. Et alors, le monde serait probablement perdu. Parce qu'à présent, Jack avait une idée de l'étendue de sa puissance. Il déglutit.
– Que fait-on maintenant ?
Crowley ouvrait la bouche pour répondre quand un bruissement d'ailes brisa le silence dans lequel ils étaient plongés.
– Tu avais fait une promesse, fils de pute ! hurla Dean en tambourinant contre la porte avec rage.
Il était piégé. Dans sa propre tête. Michael l'avait piégé dans sa propre tête ! Oh, comme il détestait les emplumés… Dean frappa encore plus fort contre le battant de bois mais celui-ci restait hermétiquement clos. Il se recula, rencontrant bien vite un mur. Cet enfoiré l'avait enfermé dans un cagibi.
Dean fonça sur la porte. Mais celle-ci ne bougea pas d'un iota. Il hurla de nouveau avant de se laisser tomber contre la porte non sans se démener une dernière fois sur celle-ci. Il ne pouvait pas dire qu'il ne s'y était pas attendu. Il savait qu'à un moment ou un autre, Michael prendrait le contrôle. Il espérait seulement qu'il aurait d'abord tenu ses engagements. Dean n'y avait pas vraiment cru, mais il avait essayé.
– Son of a bitch !
S'était-il sacrifié pour rien ? Avait-il abandonné son libre arbitre pour échouer dans la mission qu'il s'était confiée ? Soudain, sa promesse à Sam, reposant tranquillement sur le papier lui revint en mémoire. Je ne foutrai pas la paix à Michael tant qu'il n'aura pas honoré ses engagements. Foi de Winchester, je lui pourrirai la vie tant qu'il n'aura pas fait ce que je lui demande.
Dean se releva. Il se battrait. Jusqu'au bout. De nouveau, Dean abattit ses poings sur la porte jusqu'à s'en faire saigner, se jeta autant de fois dessus, de tout son poids. Et enfin, après il ne sut combien de temps d'efforts, il parvint à faire céder les gonds. La porte s'échoua de l'autre côté de sa prison, soulevant un manteau de poussière.
Dean attendit quelques secondes avant de s'engouffrer dans l'ouverture. Il reconnut aussitôt l'endroit où il se trouvait. C'était la maison de son enfance. Il se trouvait dans la cuisine, près de la table où sa mère lui préparait ses sandwiches aux coins coupés. Dean eut un sourire. Mu par un instinct qu'il ne s'expliquait guère, il s'approcha de la fenêtre. Mais alors qu'il allait jeter un œil à travers celle-ci, une voix l'interpella.
– Dean.
Il se tourna d'un bond et crut que son cœur allait cesser de battre. Elle était là. Devant lui. Ses longs cheveux blonds cascadant dans son dos et sur ses épaules, la robe de nuit dans laquelle il l'avait vue pour la dernière fois, ses yeux clairs vissés sur lui et un doux sourire aux lèvres. Dean resta immobile, incapable de faire le moindre geste de peur de faire disparaître ce mirage.
Parce que ça ne pouvait être qu'une illusion. Créée par Michael pour le tenir en laisse. Et en même temps, il ne pouvait s'empêcher de vouloir en profiter, juste un instant. Une dernière fois. Il n'avait jamais eu le temps de lui dire adieu.
Mary s'approcha doucement de son fils qui ne bougea pas plus de l'endroit où il se trouvait. Il la regarda avancer, le cœur battant la chamade, la regarda poser une main sur sa joue alors que son regard se plongeait dans le sien. Son sourire, ses yeux baignés de larmes, tout était bien trop réaliste. Dean se força à se souvenir que tout ceci n'était qu'une manipulation de Michael. Il voulait le garder calme et obéissant. Ramener sa mère, c'était le meilleur des moyens.
– Dean, répéta Mary tandis que ses doigts se perdaient dans les cheveux châtains du Chasseur.
Celui-ci ferma les yeux, savourant la sensation de cette caresse maternelle qui lui avait tant manqué ces trente dernières années. Il sentit qu'une larme essayait de s'échapper de son œil droit. Les doigts de sa mère se glissèrent sous ses paupières closes pour écraser la goutte d'eau sur sa joue. Dean n'y tint plus et il enroula ses bras autour du corps frêle de Mary Winchester.
Au diable Michael et ses illusions. Il ne demandait que quelques minutes.
Il sentit que sa mère nichait son front dans son cou et Dean la serra plus fort encore, son nez enfoui dans les cheveux blonds de Mary. Il prit une longue inspiration, respirant cette odeur que le temps avait fini par effacer de sa mémoire. Au bout d'un long moment, il s'éloigna à regret de sa mère. Elle se saisit de sa main.
– Viens t'asseoir, je vais te préparer quelque chose…
Mais Dean resta là où il se trouvait. Elle tourna un regard teinté d'incompréhension vers lui. Et malgré la douleur que lui inspirait le geste, Dean secoua la tête. Elle tira un peu plus fort sur sa main.
– Non. Aussi fort que je le voudrais, tu n'es pas réelle.
– Dean…
Il secoua la tête encore une fois.
– Non. Tu appartiens au passé. J'avais besoin de ça pour… pour faire mon deuil, une bonne fois pour toutes. Tu sais… on se retrouvera, un jour ou l'autre. Là-haut. Mais ici-bas, il y'a des gens qui comptent sur moi et eux, ils sont bien là.
Dean lâcha à regret la main de sa mère et en lui adressant un dernier regard, il murmura.
– Tu n'es qu'une illusion.
Et aussi soudainement qu'elle était apparue, Mary s'évanouit sans un bruit. Dean se détourna de l'endroit où elle avait disparu pour faire face à la fenêtre.
À travers celle-ci, il apercevait les contours d'une large pièce immaculée. La blancheur était telle qu'il dut plisser les yeux un instant, le temps de s'y habituer. À l'intérieur de celle-ci, des dizaines d'hommes et de femmes en tailleur semblaient écouter religieusement quelqu'un. Soudain, Dean perçut alors un son grave qui semblait émanait d'autour de lui. La maison en résonnait. Il appuya sa tête contre la fenêtre et ferma les yeux pour mieux se concentrer sur le son.
– …parez les troupes pour Lawrence, Kansas. Aujourd'hui, le règne de Lucifer s'achève.
Dean reconnut alors sa propre voix. Il tambourina à la fenêtre, s'agitant comme un beau diable, hurlant à s'en arracher les poumons.
– Écoute-moi, fils de pute ! Je vais te pourrir l'existence jusqu'à ce que tu cèdes et tu vas céder. Crois-moi, tu vas céder.
L'instant d'après, il entendit un bruissement d'ailes.
– Tu es tenace, Dean.
L'interpellé se retourna. Son exact reflet lui faisait face. Mais ses traits reflétaient un calme olympien, inhabituel chez lui mais caractéristique de tous les anges à qui Dean avait eu affaire. Sauf Castiel et Gabriel. Michael l'observait, indéchiffrable. Dean s'avança vers lui, à pas lents et mesurés.
– Je dois dire que je suis impressionné. Tu t'es libéré bien plus vite que je ne l'aurais cru. Il faut dire que j'étais habitué à la consilience de ton père.
Dean eut un rictus sans joie.
– Je sais à quoi tu joues. Et ça ne marchera pas.
Michael lui renvoya un regard tout aussi impénétrable.
– Très bien. Que veux-tu ?
– Tu sais très bien ce que je veux. Et tu sais parfaitement que je ne te lâcherai pas. Jamais.
L'archange soupira avant de darder sur Dean un regard étincelant. Mais le Chasseur ne cilla pas. Il camperait sur ses positions. Jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il voulait.
– Dean. Je n'aurais pas raison de Lucifer s'il n'est pas dans son Vaisseau Véritable. C'est écrit ainsi. Je suis désolé.
Dean secoua la tête. Il refusait d'y croire. Dieu et tous ses anges, tous ses plans pouvaient bien aller se faire foutre. Il avait accepté son destin, son rôle dans cette histoire. Mais jamais, jamais il n'accepterait de devoir tuer son frère. Jamais il ne laisserait Michael s'en prendre à Lucifer tant que son frère ne serait pas en sécurité auprès d'Eileen et de leur enfant à naître. Peu importait ce que l'Enfoiré Suprême avait écrit pour eux. Les histoires n'étaient-elles pas destinées à être réécrites, modifiées sans cesse avant de trouver le ton juste ? Les personnages ne pouvaient-ils pas parfois prendre les devants et mener la barque de leur existence jusqu'à la fin, comme ils l'entendaient ?
Dean n'avait jamais été un littéraire, mais il savait apprécier les bonnes histoires. Et il avait souvenir que ses préférées étaient toujours celles où les héros le surprenaient. Allaient à l'encontre de ce qui semblait être prévu pour eux.
Alors aujourd'hui, Dean, tout héros de cette grande saga divine qu'il était, surprendrait l'auteur. Et il ferait de ses plans à la con un simple premier jet.
– Non. Il y'a un autre moyen et on le trouvera.
Dean foudroya l'archange du regard.
– Tu l'as dit toi-même, je suis tenace. Mais tu n'as encore rien vu. Essaie de t'en prendre à Sam sans mon accord et je te jure que je reprendrais le contrôle de mon corps. Alors tu vas secouer tes méninges d'emplumé et tu vas trouver une solution pour atteindre Lucifer sans toucher mon frère.
Un instant, Michael le jaugea de ce regard jumeau que Dean avait si souvent vu dans le miroir. Et en même temps, quelque chose brillait dans celui-ci, quelque chose qui le rendait différent de lui. Finalement, Dean comprit que Michael avait décidé de le prendre au sérieux. Il savait parfaitement qu'un Vaisseau récalcitrant ne l'aiderait en rien à atteindre son but.
– Il y'a peut-être une chose. Je ne sais pas s'il s'agit d'une légende ou non… mais les Lames Archangéliques sont réputées pour ne tuer que l'entité habitant un corps. Elles ne font rien au Vaisseau.
Dean fit un léger signe de tête, invitant Michael à continuer.
– Je n'ai aucun moyen de t'assurer que c'est vrai. Le seul archange à avoir été tué est Raphaël, et les Lames Archangéliques n'y étaient pour rien.
Dean pesa le pour et le contre. D'un côté, cela signifiait qu'il aurait en effet à poignarder son frère. Et l'idée l'abhorrait au plus haut point. D'autant qu'il n'avait aucune preuve que Sam ne risquait rien, encore moins que Michael ne lui mentait pas. Ce regard jumeau semblait sincère néanmoins et Dean savait que l'archange était prêt à tout pour accomplir la mission que son Paternel lui avait confiée. Il n'avait aucune raison de le mener en bateau, il savait que si Dean s'en rendait compte, il lui mettrait des bâtons dans les roues. Vraie ou pas, cette information n'était pas une tentative de manipulation. Michael n'avait qu'énoncé des faits. De l'autre côté, il n'avait pas vraiment de meilleure solution. Les fois où il avait été témoin de meurtres fratricides parmi les anges, ces derniers s'étaient contentés d'éjecter la grâce de leurs semblables des corps de leurs vaisseaux et ceux-ci n'y avaient pas survécu. Et il ne parlait même pas des Lames Angéliques qui de toutes manières n'auraient aucune prise sur Lucifer.
Dean était au pied du mur. Et la Lame Archangélique était présentement son seul espoir de sauver Sam. Il reporta son attention sur Michael.
– Quand bien même c'était vrai, cet incapable de Balthazar nous les avait toutes volées et j'ignore où elles se trouvent. Je suis désolé, Dean.
À ses mots, le Chasseur esquissa un sourire.
– Et si je te disais que j'en ai une en réserve ?
Jack se tourna d'un bond vers le nouveau venu, le cœur battant.
– Dean ? souffla-t-il, abasourdi.
Qu'est-ce que le Chasseur faisait ici ? Comment avait-il pu arriver jusqu'à lui ? Pourquoi avait-il entendu ce bruissement d'ailes ? Quelle était cette présence que Jack ressentait, voyait auprès de Dean ? Crowley s'était levé et observait le Chasseur avec un air terrifié.
– Michael… siffla le démon.
Jack reporta de nouveau son attention sur le jeune homme. Et cette fois, il la vit plus nettement. La grâce qui nimbait le corps de Dean. Cette puissance qui émanait de lui, ce calme olympien, à milles lieux de l'attitude habituelle du Chasseur. Si Dean affichait souvent une expression neutre, dans ses yeux verts transparaissait un orage, témoins des sentiments qui se bousculaient au fond de lui-même. Ce calme, ce n'était pas lui.
C'était Michael. L'archange. Ce dernier s'approcha de lui. Jack se leva, recula, buta contre le bureau. Il jeta un œil autour de lui, cherchant vainement une porte de sortie. Il n'y en avait pas. Il était pris au piège par Michael. Que lui voulait-il ? Qu'avait-il fait à Dean ? Où était Castiel ?
– N'approchez pas, dit-il finalement en s'écartant prudemment du bureau. Derrière lui, Crowley était tout aussi immobile.
– Je n'ai pas le temps pour tes enfantillages.
Il essaya de se saisir de lui mais Jack recula, ses yeux étincelant d'une lueur dorée dangereuse. Sa grâce bouillonnait dans ses entrailles. Et il ne se laisserait pas emporter. Il n'aimait pas cet ange. Il n'aimait pas ce qu'il dégageait.
– Je vous ai dit de vous éloigner de moi.
Michael resta où il se trouvait. Un instant, Jack le vit hausser un sourcil, comme réagissant à une parole qu'il était le seul à entendre. Puis il le vit rouler des yeux, l'air passablement agacé.
– Très bien, abdiqua-t-il d'une voix qui laissait clairement entendre le fond de sa pensée.
Et l'instant d'après, les yeux de l'archange s'illuminaient d'un bleu éclatant. Quelques secondes plus tard, sa posture droite laissait place à une autre, plus familière à Jack. Ce dernier sentit son cœur battre un peu plus fort.
– Dean ? lança-t-il, incertain.
Le jeune homme acquiesça et lui sourit. Il avança doucement vers lui, prudent mais Jack ne lui laissa pas le temps de faire un pas de plus. Il se précipita sur lui et l'enlaça à l'en étouffer. Dean parut surpris sur le moment mais finit par lui rendre son étreinte. Au bout d'un moment, le Chasseur écarta en douceur Jack de lui et plongea son regard vert dans le sien.
– Écoute-moi, Jack. Je n'ai pas le temps de t'expliquer ce qu'il se passe. Mais il faut que tu me fasses confiance. Je suis là pour te sortir d'ici et Michael aussi. Je vais te ramener auprès de Castiel, d'accord ?
Jack fronça les sourcils, désireux de poser les questions qui lui brûlaient les lèvres mais le regard de Dean l'en dissuada.
– Je n'ai pas beaucoup de temps. Les démons et Lucifer auront remarqué la présence de Michael. On doit partir, maintenant. Est-ce que tu me fais confiance, Jack ?
Le Nephilim acquiesça. Dean lui tendit la main. Après une seconde d'hésitation, Jack s'en saisit. Crowley s'était levé pour protester, mais il n'eut pas le temps de réagir. Les yeux de Dean s'illuminèrent à nouveau de la lueur bleutée et l'instant d'après, Jack et lui avaient disparu.
Quand Jack rouvrit les yeux, il se trouvait dans un endroit qu'il ne reconnut pas. Perdu à flanc de colline, un mur de pierre grise percé d'une porte blindée lui faisait face. Sur cette dernière, il pouvait distinguer les vestiges d'un sceau qu'il ne connaissait pas. Il sentit que Dean – ou Michael – lâchait sa main. Le Chasseur – c'était lui en cet instant – plongea son regard dans celui du Nephilim, ses deux mains se posant sur ses épaules.
– Écoute-moi, Jack, c'est important. À l'intérieur, il y'a une arme. Un poignard à la lame torsadée. Il faut que tu me le ramènes. Tu peux faire ça ?
Jack regarda son vis-à-vis, muet, perdu par ses paroles. Que s'était-il passé pendant son absence ? La langue lui brûlait de poser les questions qui l'assaillaient mais un regard de Dean le dissuada d'en faire quoi que ce soit. Jack acquiesça.
– Alors vas-y. Je t'attends ici.
Il le relâcha et Jack n'eut qu'à se concentrer quelques secondes pour s'envoler à l'intérieur. Il réapparut au beau milieu d'un salon désert et chercha l'arme dont lui avait parlé Dean. Quelque part dans le lointain, une porte claqua. Jack reporta son attention sur les tables. Finalement, il le vit. Le poignard au manche brun dont la lame dorée et torsadée semblait refléter la lumière environnante. Le Nephilim s'approcha de la table et se saisit de l'arme. À l'instant où il l'eut en main, il sentit pleinement le pouvoir, la puissance de l'objet. Mais il ne s'y attarda pas. Dean avait eu un ton urgent. Il se détourna au même moment où il entendit quelqu'un l'interpeler d'une voix blanche. Mais il avait déjà disparu.
Dean attendait. Mais cette fois, il avait repris cette posture droite et calme qui caractérisait Michael. Jack s'approcha de l'archange avec prudence.
– As-tu la Lame ? lui demanda ce dernier d'une voix basse.
Jack eut un instant d'hésitation. Et si Dean, comme lui par Lucifer, avait été manipulé par Michael ? Et si cette arme ne devait pas finir entre les mains de l'archange ? Mais Jack se souvint du regard de Dean. C'était bien lui qui lui avait parlé. Et il était venu le chercher en Enfer. Il doutait que Michael ait à cœur sa sécurité, en revanche ça n'était pas le cas de Dean, au moins par égard pour Castiel.
Non, quoi qu'il se passe en ce moment, Dean était encore maître de lui-même. Alors Jack acquiesça et tendit l'arme à Michael. Celui-ci s'en saisit, l'observa un instant et sourit.
L'instant d'après, il avait disparu. Au même instant, la porte s'ouvrit brusquement. Jack fit un bond en arrière avant de reconnaître celle qui lui faisait face. Claire. Avant qu'il n'ait le temps de réagir, elle se jetait sur lui et l'étreignait avec force. Il lui rendit son embrassade, respirant avec bonheur l'odeur de ses cheveux. Dieu qu'elle lui avait manqué…
– Claire, tu m'étouffes, dit-il au bout d'un moment.
Elle le relâcha aussitôt et darda sur lui un regard interrogatif.
– Qu'est-ce que tu fiches ici ?
Jack ne répondit pas immédiatement. Derrière Claire, la silhouette de Castiel se dessinait. Il semblait se poser les mêmes questions que la jeune fille, son regard hagard, reflétant son incompréhension. Jack s'éloigna de celle qu'il considérait comme sa sœur et se jeta sur Castiel. Il le serra fort comme pour s'assurer qu'il était bien là, avec lui. Il avait retrouvé son père. Les choses iraient forcément mieux. Jack voulait y croire. Castiel ne l'avait jamais déçu.
– Jack, comment es-tu arrivé ici ? Comment nous as-tu trouvés ?
– C'est Dean. Enfin… il… j'étais en Enfer et il est apparu… c'était Michael. Mais lui aussi. Il m'a dit qu'il n'avait pas le temps, que je devais lui faire confiance et qu'il m'amènerait jusqu'à toi. Papa, qu'est-ce qu'il se passe ?
Castiel resta silencieux, plongé dans ses réflexions. Michael avait tenu l'un de ses engagements. Pour endormir la vigilance de Dean ? Parce que le Chasseur l'avait harcelé jusqu'à ce qu'il s'y colle ? Il lui avait ramené Jack. Mais pourquoi avoir fui si Dean, comme le prétendait Jack, était encore maître de son corps ? Et deux fois, qui plus est.
Au même moment, Charlie surgit du bunker.
– Castiel, la Lame a disp…
Elle s'interrompit en avisant Jack. Et soudain, tout fit sens dans l'esprit de Castiel. Évidemment. La première fois, Michael avait réellement le contrôle. Mais Dean, d'une façon ou d'une autre, avait réussi à le briser. Et il avait forcément conclu un marché avec Michael. Un marché consistant à récupérer Jack, pour honorer la promesse qu'il avait faite à l'ange plus tôt et sans doute un s'assurant de la bonne santé de son frère.
Et la disparition de la Lame Angélique ne signifiait qu'une chose. Michael et Dean allaient marcher sur Lucifer et son armée. Allant vers leur destin. À l'heure qu'il était, ils rassemblaient les forces du Paradis. Castiel refusa de laisser son angoisse prendre le dessus.
Ils devaient agir et vite. Castiel se retourna vers Charlie.
– Charlie, la première Apocalypse, où a-t-elle eu lieu ?
La jeune femme l'observa, interdite. Elle devait sans doute penser qu'il avait perdu l'esprit. Mais Castiel posa sur elle un regard déterminé qui sembla enfin la sortir de sa torpeur.
– Lawrence, Kansas.
– Nous devons y aller. Préviens les autres, nous partons dans cinq minutes. »
Son ton ne souffrait d'aucune réplique. Si Charlie fut surprise, elle finit par acquiescer. Elle savait reconnaître les ordres d'un chef de guerre et si aujourd'hui, Castiel s'imposait en tant que tel, elle s'y plierait. Il semblait le seul à savoir ce qu'il se tramait. Elle jeta un dernier regard sur Jack et Claire, qui semblaient tout aussi, sinon plus, perdus qu'elle, et s'engouffra dans le bunker.
Castiel, lui, reporta son attention sur Jack. Les cinq minutes qu'il avait demandées lui laissaient le temps d'exposer la situation à son protégé.
Ensuite, ils se rendraient à Lawrence. Là où tout avait commencé.
Et là où, vraisemblablement, tout se terminerait.
