DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

Rating : M+

Genre : romance / slash / Yaoi


Bonne lecture !


Chapitre 13

5 ans plus tard

24 août – Godric's Hollow

Harry s'accroupit devant la tombe de granit blanc. Il sortit sa baguette et fit apparaître un bouquet de fleurs colorées.

Avec un soupir, il regarda les lettres dorées qui étincelaient au soleil.

Albus Severus Potter

Notre petit ange, notre fils bien-aimé

qui marche pour toujours dans les étoiles.

Albus aurait eu 18 ans cette année. Pour la millième fois, Harry se demanda quelle aurait été sa vie. Il était tellement brillant… il aurait pu faire tout ce qu'il aimait. Potionniste, médicomage, joueur de quidditch… Est-ce qu'il serait resté en Grande-Bretagne ? Est-ce qu'il aurait parcouru le monde ? Aurait-il eu une petite amie ? Ou un petit ami ? Aurait-il voulu des enfants ?

Toutes ces questions qui resteraient à jamais sans réponse. Parce qu'Albus resterait à jamais un jeune garçon de 13 ans.

Harry se releva. Il tourna la tête en entendant des pas dans le gravier.

-PAPA ! cria une petite voix joyeuse.

Une petite fille aux boucles rousses couru vers lui et se précipita dans ses jambes.

-Bonjour ma chérie ! dit-il en soulevant Lily dans ses bras.

Elle entoura son cou de ses petits bras et lui plaqua un gros bisou sur la joue.

- Maman a dit que tu serais là ! Elle avait raison !

- Maman a toujours raison, sourit Harry en reposant Lily sur le sol et en regardant Ginny qui se trouvait à quelques pas de là.

Elle tenait en mains un bouquet de fleurs qu'elle donna à sa fille.

-Tiens, dit-elle. Tu veux bien les déposer pour moi ?

Lily hocha la tête. Elle prit les fleurs et s'approcha de la tombe. Avec précaution, elle posa le bouquet sur la pierre.

-Bonjour Albus, dit-elle timidement.

Elle se détourna rapidement et retourna près de sa mère.

- Comment vas-tu ? demanda Harry à son ex-femme en l'embrassant sur la joue.

- Aussi bien qu'on puisse aller un jour comme aujourd'hui…

- Oui, soupira Harry. Le temps ne guérit rien du tout.

Il passa la main dans ses cheveux en regardant la tombe de son petit garçon.

-La douleur est moins forte, peut-être. Mais la blessure est toujours là.

Ginny ne répondit rien. Elle se contenta de chasser quelques feuilles séchées accumulées contre la pierre, comme elle le faisait tous les jours ou presque.

Contrairement à Harry qui avait déménagé à Londres juste après le procès, elle avait choisi de rester à Godric's Hollow. Pas parce qu'elle n'avait nulle part où aller – ses parents l'auraient accueillie à bras ouverts à Loutry-Ste-Chaspoule – mais parce qu'elle ne pouvait pas envisager de s'éloigner d'Albus, de le laisser seul et abandonné dans ce cimetière.

- Ça te dit de venir prendre le thé à la maison ? demanda-t-elle à Harry.

- Oh… je…

- Ça fera plaisir à Lily.

- Ouiiii ! Papa ! Viens à la maison ! s'exclama la petite fille en écho aux paroles de sa mère. S'il te plait ! Viens !

- D'accord, d'accord ! sourit Harry.

Ils se mirent en chemin, marchant sereinement côte à côte, alors que Lily gambadait devant eux. Ils étaient silencieux mais ce silence n'était ni pesant ni gênant.

Un drame en chassait un autre, se dit Harry. Si la mort de leur fils les avait séparés, l'arrestation de Ron et Hugo les avait rapprochés. Suffisamment en tout cas pour qu'ils cessent de se déchirer autour du divorce et de la garde de James et Lily.

Trois jours après l'arrestation de son frère et de son neveu, Ginny avait fait un malaise. Elle avait été transportée en urgence à Ste Mangouste. Les médicomages lui avaient immédiatement fait part de leur inquiétude concernant la survie du bébé. A cet instant, Ginny avait pris une décision. Ce bébé qu'elle n'avait pas voulu, dont elle avait même songé à avorter, ce bébé serait son combat. Elle se battrait pour sa survie. Elle le sauverait puisqu'elle n'était pas parvenue à sauver Albus. Et durant les cinq longs jours pendant lesquels la vie de leur enfant avait été tenue en suspens, Harry n'avait pas quitté le chevet de Ginny, délaissant Draco qui était pourtant toujours entre la vie et la mort.

- Tu as reçu des nouvelles de James ? demanda Ginny, sortant Harry de ses pensées.

- Il m'a écrit avant-hier. Il est toujours en Islande. Apparemment, il aurait trouvé la trace d'un Morenplis.

- Un Morenplis ?

- Ne me demande pas ce que c'est, je n'en ai aucune idée !

Ginny laissa échapper un petit rire. Elle n'aurait jamais pu prédire que son fils aîné allait un jour devenir magizoologiste.

Elle savait pertinemment, et Harry aussi, que James avait choisi cette spécialisation car elle allait lui permettre de quitter rapidement Godric's Hollow, l'Angleterre et surtout, ses parents. Il avait besoin de s'éloigner d'eux et de leurs mensonges, pour se construire.

C'était surtout à sa mère qu'il en voulait. Apprendre qu'elle avait mis en œuvre un stratagème pour séduire son père et tomber enceinte l'avait mis hors de lui. Il s'était senti manipulé, trompé. Trahi.

Ginny savait qu'elle mettrait du temps à regagner l'estime et la confiance de son fils, et elle s'y employait du mieux qu'elle pouvait, en lui laissant de l'espace et en respectant ses choix. Décision payante car ces derniers mois, l'attitude de James s'était adoucie. Il lui donnait plus souvent des nouvelles – moins souvent qu'à son père, mais c'était un progrès.

- J'espère qu'il rentrera pour Noël, dit-elle. Il me manque.

- A moi aussi.

Entretemps, ils étaient arrivés au cottage que Ginny habitait désormais non loin du cimetière. Elle poussa la petite barrière blanche qui s'ouvrit en grinçant.

- Hum… est-ce que… hum… Mark est là ? demanda Harry d'un ton égal.

Mark Gibbs était un sorcier d'origine canadienne vivait à Godric's Hollow depuis trois ans. Il était tombé amoureux du village lors d'un séjour de vacances, en même temps qu'il était tombé amoureux de Ginny. Il regagna Vancouver, le temps pour lui de mettre sa maison en vente, et il revint en Angleterre, bien décidé à s'établir à Godric's Hollow. Il racheta la librairie en ruines d'Edgar Doyle, et la rénova de ses propres mains pour en faire un commerce flambant neuf.

Ginny se laissa séduire par le beau canadien, au grand dam de Daniel Murdoch qui voyait s'envoler tout espoir de la reconquérir. Il faut dire que Ginny ne lui avait jamais pardonné d'avoir instrumentalisé James et Albus pour qu'elle quitte Harry.

Il y a un an, Ginny avait accepté la demande en mariage de Mark. Harry avait été heureux pour elle. Après le mensonge de leur mariage et le drame qu'ils avaient vécu, elle méritait bien d'être heureuse. Pour autant, Harry se sentait toujours mal à l'aise en présence de Mark et faisait de son mieux pour l'éviter.

- Non, sourit Ginny qui n'était pas dupe. Il est à la librairie.

- Ah. Heu… ok.

Ils entrèrent dans l'habitation. L'intérieur était familier à Harry, et pour cause. Dans les accords du divorce, il avait laissé l'entièreté des meubles à Ginny. Elle les avait conservés pour la plupart.

Il prit place à la table de la cuisine.

- Thé ou café ? proposa Ginny.

- Thé, merci.

Elle mit la bouilloire à chauffer et versa quelques cuillères de feuilles de thé dans la théière.

- Papa ! Papa ! chantonna Lily. Tu viens jouer avec moi ?

- Pas maintenant, Lily, dit Ginny avant que Harry ait eu le temps de répondre. Papa et maman doivent discuter.

- Mais…

- Je viendrai après, c'est promis, dit Harry. En attendant, si tu me faisais un joli dessin ?

- Ouiiii ! D'accord !

Harry regarda avec tendresse sa petite fille s'encourir vers sa chambre, puis reporta son attention sur son ex-femme.

-Alors comme ça, nous devons discuter ? Suis-je dans les ennuis ? demanda-t-il d'un ton qu'il voulait léger.

Ginny ne répondit pas. A la place, elle ouvrit un des tiroirs de la cuisine et sortit une lettre.

-Je l'ai reçue ce matin, dit-elle en la tendant à Harry.

Il se crispa en reconnaissant sur l'enveloppe le cachet de la prison d'Azkaban. Néanmoins, il la déplia et commença à lire. Pendant ce temps, Ginny versa l'eau bouillante dans la théière et la posa au milieu de la table avec deux mugs et un sucrier.

Après un moment, Harry redressa la tête.

-Il sort la semaine prochaine ?

Ginny hocha la tête.

- Libération conditionnelle. On devait s'y attendre, dit-elle. Ça fait cinq ans.

- Ouais, maugréa Harry. Mais tout de même…

Il replia la lettre en soupirant. Il se frotta les tempes, sentant poindre un mal de tête. Cela faisait cinq ans, en effet, et il n'avait pas la moindre envie d'entendre à nouveau parler de Ron Weasley.

Lors du procès, Ron avait continué à clamer qu'il était responsable de la mort d'Albus, que c'était lui qui l'avait tué. Confronté à la preuve principale – le relevé des traces sur le cou d'Albus qui correspondait en tous points à la taille de la main d'Hugo et non la sienne – il l'avait réfutée sans relâche. Quant au fait que son fils avait avoué avoir tué son cousin, il persistait à dire que Hugo mentait.

Dans l'impasse, le Magenmagot finit par décréter que Ron serait soumis au Véritasérum. C'était une méthode à laquelle les Aurors ne pouvaient plus avoir recours d'initiative, en raison de certains abus de procédure. Dorénavant, la substance ne pouvait être administrée que sur la décision du Magenmagot et en présence d'un médicomage.

Ce fut très pénible de voir Ron lutter contre les effets de la potion. Ce ne fut qu'au bout de dix très longues minutes que, le corps brisé de douleur et secoué de sanglots, il finit par lâcher prise : il reconnut que c'était son fils qui avait tué Albus et que lui avait fait en sorte de dissimuler le corps et les preuves de l'implication de Hugo.

Au lieu de la perpétuité, il fut condamné à une peine de dix ans d'emprisonnement, uniquement pour obstruction à l'enquête et tentative de meurtre sur la personne de Draco Malefoy. Suivant le nouveau droit pénal sorcier, mis en place après la guerre, un condamné était libérable à la moitié de sa peine, pour bonne conduite. Si Ron se tenait à carreaux, il serait donc libre après cinq ans seulement.

Harry avait été outré qu'il s'en sorte pour si peu alors que Draco avait failli mourir, mais le Magenmagot avait retenu des circonstances atténuantes en raison de l'absence de casier judiciaire.

-Il indique dans sa lettre que Molly et Arthur sont d'accord pour l'héberger, le temps qu'il gagne un peu d'argent pour louer un autre logement, constata Harry non sans amertume.

Ginny haussa les épaules.

- C'est leur fils. Mes parents ne lui tourneront jamais le dos.

- Albus était leur petit-fils !

- Il n'a pas tué Albus.

- Il a failli tuer Draco ! clama Harry en frappant le poing sur la table.

Ginny ne répondit rien et Harry n'argumenta pas davantage. C'était une cause perdue. Il savait que jamais Molly Weasley ne lui pardonnerait d'avoir choisi Draco au détriment de Ginny.

- Je suppose qu'il va retravailler au magasin de farces et attrapes…

- Oui. George a pris des dispositions. Il s'occupera de la comptabilité et des inventaires.

- Hm. Rien qui ne le mette en contact avec la clientèle ou les fournisseurs. George craindrait-il pour la réputation de son commerce ? ricana Harry. Il a raison… Peut-être qu'il y a quand même des gens pour trouver problématique qu'il ait tenté de tuer un Auror.

- Harry, soupira Ginny.

Elle récupéra la lettre qu'elle remit en place dans le tiroir, puis versa le thé dans les tasses. Elle s'assit et prit la sienne entre ses mains pour les réchauffer, en dépit du fait qu'on était en plein été.

- Tu as appris pour Hugo ? demanda-t-elle.

- Oui. Hermione m'a écrit.

- J'ai de la peine pour elle. Je veux dire… ce que Hugo a fait est impardonnable mais…

Elle soupira.

- Nous avons perdu notre fils pour toujours, mais dans un sens… elle aussi. Son sort n'est pas plus enviable que le nôtre.

- C'est vrai, murmura Harry.

Immédiatement après le procès de Ron, s'était tenu le procès de Hugo. Un procès à huis-clos compte tenu du fait qu'il était mineur. La procédure avait pris un certain temps, car même si les faits et la culpabilité de Hugo étaient clairs, les trois juges qui composaient le tribunal spécial pour les mineurs s'étaient inquiétés de l'attitude du jeune homme, qui ne semblait pas réaliser la gravité de son geste. Ils avaient donc ordonné une expertise psychiatrique.

L'expertise avait révélé que Hugo souffrait d'une forme de schizophrénie légère qui altérait son empathie et ses réactions vis-à-vis des autres. Pour autant, les experts avaient conclu qu'il était parfaitement responsable de ses actes au moment des faits. Hugo avait donc été condamné à passer les années qui le séparait de sa majorité dans un centre de détention pour mineurs sur l'Ile de Eigg, dans les Hébrides.

Aussitôt la sentence prononcée, Hermione démissionna de Ste Mangouste et partit s'installer à Glenuig, un village moldu juste en face de l'Ile de Eigg. Ainsi, elle était près de son fils. Elle n'eut ensuite aucun mal à trouver un poste de médicomage dans une clinique sorcière d'Edimbourg.

Commença alors un long combat pour que Hugo reçoive les traitements appropriés lui permettant de gérer son trouble. Malheureusement, la situation ne s'améliora pas, la maladie gagnant tout doucement du terrain. La nouvelle que Hermione redoutait tant lui parvint trois mois plus tôt : l'état mental de Hugo nécessitait dorénavant qu'il soit interné dans un établissement spécialisé. Dont il ne sortirait pas de sitôt.

-Tu te rappelles quand nous sommes allés le voir l'an dernier ? dit Harry.

Ginny hocha la tête. C'est elle qui avait demandé à rencontrer Hugo. Elle ne l'avait plus vu depuis le procès et elle n'avait jamais eu l'occasion de lui parler. A l'époque, elle ne s'en était pas sentie capable mais l'année dernière, elle avait exprimé le besoin de le voir. Il fallait qu'elle regarde le meurtrier de son fils dans les yeux, qu'elle l'entende lui demander pardon.

- C'est à peine si je l'ai reconnu, continua Harry.

- Il est devenu aussi grand que Ron…

- Je me souviens avoir pensé qu'il n'aurait jamais pu devenir attrapeur… pas avec un physique aussi imposant. Que… qu'il avait tué Albus pour rien… Je sais… c'est idiot, dit-il dans un rire étranglé.

Il se passa la main dans les cheveux.

- Mais ce qui m'a frappé surtout, c'était son regard. Il… il était… je ne sais pas…

- Vide, acheva Ginny à sa place.

- Oui. Comme si rien de tout ça ne le concernait... Bon sang, on a côtoyé ce gamin pendant 13 ans. Il venait jouer à la maison, on est partis en vacances tous ensemble… comment n'avons-nous rien vu ?

- Comment n'avons-nous pas vu que James dealait de la drogue moldue à Poudlard ? répondit Ginny. Que Albus et Hugo se détestaient ? Nos enfants nous cachent des choses et nous sommes mal placés pour leur faire des reproches.

Ils restèrent silencieux un moment puis Ginny reprit :

- Hermione va demander le divorce.

- C'est étonnant qu'elle ne l'ait pas demandé plus tôt, observa Harry, mais je la comprends. Sa priorité, c'était son fils.

- Maman espère qu'elle change d'avis. Elle dit qu'ils peuvent surmonter ça.

Harry souffla avec exaspération.

- Ta mère est toujours convaincue que tout peut être surmonté, mais elle se trompe ! Certaines choses sont comme elles sont, et elles ne changeront pas juste parce que ça lui déplaît !

- Harry…

- Je suis gay, martela-t-il. Elle peut prétendre le contraire autant qu'elle veut, ça ne changera rien !

- Tu n'as pas toujours dit ça, répondit Ginny sur un ton moqueur.

- Justement ! Je me suis suffisamment menti à moi-même pendant des années. Aujourd'hui, je voudrais simplement qu'elle me respecte pour ce que je suis. Et aussi qu'elle respecte l'homme que j'aime !

Ginny détourna la tête en pinçant les lèvres.

- Je ne me rappelle pas qu'il ait jamais fait preuve de beaucoup de respect envers notre famille…

- Draco.

- Quoi ? demanda Ginny en le regardant sans comprendre.

- Il s'appelle Draco. Tu fais en sorte de ne jamais prononcer son prénom ! Comme si ça allait suffire à le faire disparaître !

- Oh bon sang, Harry, ne sois pas puéril…

- Je ne suis pas puéril, j'en ai juste assez que tu minimises son existence.

- J'aurais du mal à minimiser son existence, bougonna Ginny. Quand elle revient de chez toi, Lily n'arrête pas de parler de lui, de dire combien il est génial…

- Parce que c'est le cas. Il est fantastique avec elle.

- Soit. Lily l'adore. Mais tu ne peux pas m'obliger à l'aimer.

- Ce n'est pas ce que je te demande.

Comme si elle avait entendu qu'on parlait d'elle, Lily revint en brandissant une feuille de papier.

-Regarde Papa ! Regarde le dessin que j'ai fait !

Elle le posa sur la table.

- Ça c'est toi ! dit-elle en tapotant un personnage hirsute avec son index. Et ça, c'est Draco ! Et là, c'est moi !

- Hé ! Pourquoi Draco est-il mieux coiffé que moi ? s'indigna Harry.

Lily pouffa de rire.

-Parce que c'est comme ça !

Harry sourit avec fierté. Même si le dessin restait rudimentaire, Lily était plutôt douée pour son âge. Elle était parvenue à dessiner sur le personnage aux cheveux jaunes ce qui ressemblait aux vestes de costumes que Draco portait habituellement, tandis que le bonhomme aux cheveux noirs était habillé d'un pull rouge. Elle s'était dessinée avec une robe à fleurs avec un nœud sur le devant.

- Ce dessin est magnifique, ma chérie, dit Harry. Draco va l'adorer aussi.

- Je vais lui en faire un pour lui tout seul, dit-elle. Un vase avec des fleurs. Pour mettre dans sa chambre quand il est malade, en attendant que je lui en apporte des vraies du jardin.

- C'est très gentil ma puce, murmura Harry d'une voix étranglée.

Inconsciente de son trouble, Lily repartit dans sa chambre pour mener à bien son projet.

- Comment va-t-il ? demanda Ginny avec une douceur surprenante.

- Mal.

Ginny écarquilla les yeux, déstabilisée par cette réponse brutale.

- Draco va mourir et je ne peux rien y faire, continua Harry, les dents serrées. Excepté attendre cette foutue greffe du cœur !

- Mais… ta magie… je croyais…

- Ma magie ne sert plus à rien. Elle a permis de résorber la fêlure mais elle ne parvient pas à stopper le processus de vieillissement. Elle l'a ralenti pendant quelques mois mais… maintenant…

Sa voix se brisa.

Après que Draco fut sorti du coma, Harry avait été persuadé que le plus dur était derrière eux. Les tests réalisés par Blaise avaient démontré que la fêlure était beaucoup moins profonde et qu'elle était même entièrement résorbée sur plusieurs centimètres. Certes, il n'était pas encore envisageable que Draco puisse à nouveau transplaner, mais l'espoir était permis. Et surtout, la greffe du cœur semblait désormais inutile.

Sitôt après la fin du procès de Ron et Hugo, Harry et Draco prirent la décision d'emménager ensemble. Harry revendit le bungalow de Larkfield et Draco son appartement de Londres. Ils achetèrent une maison avec un petit jardin, sur Grosvenor Gardens, ce qui permettait à Draco de rejoindre le Ministère à pied ou en transport moldu.

Harry décida dans la foulée de mettre fin à son congé sabbatique et de reprendre son poste d'Auror, à la plus grande satisfaction de Gawain Robards.

Quant à Draco, il ne fut plus question qu'il soit muté à Paris. En effet, d'une manière totalement inattendue, Andrew, son ancien coéquipier au MACUSA, adressa un courrier au Ministre, rétablissant la vérité sur le fiasco de l'affaire Jefferson. Draco ne sut jamais ce qui avait poussé son ex-compagnon à agir ainsi, mais il soupçonnait Harry d'y être pour quelque chose, ce que ce dernier niait énergiquement.

Cependant, compte tenu de son état de santé encore fragile, Draco préféra abandonner le travail de terrain pour se concentrer sur le travail d'analyse des preuves. Non sans une certaine ironie, Robards le désigna auror de liaison avec la police moldue de Londres, en particulier Rachel Reynolds.

Tout semblait aller pour le mieux.

Jusqu'au jour où Blaise découvrit que le sort qui avait frappé Draco avait occasionné autre chose que la fêlure au cœur. Depuis plusieurs semaines, son ami se plaignait en effet d'être toujours fatigué et essoufflé après un effort physique. Harry avait plaisanté en disant que pour certaines choses, Draco gardait une belle endurance. Blaise avait néanmoins insisté pour qu'il passe des examens complémentaires. Le résultat était tombé quelques jours plus tard : le cœur de Draco vieillissait prématurément et de manière exponentielle.

- Blaise a refait un examen il y a trois jours, dit Harry. Draco a maintenant le cœur d'un homme de cent ans.

- Quoi ? souffla Ginny.

- Ouais. Cent ans. Aujourd'hui, ça allait mais… la semaine dernière, il n'est pas parvenu à se lever. Blaise dit que ce sera comme ça de plus en plus souvent… jusqu'au jour où…

Harry ne put plus continuer et étouffa un sanglot. Ginny lui prit amicalement la main.

- Je suis désolée, dit-elle doucement. Lily me raconte qu'il… que Draco… est souvent malade… mais je n'avais aucune idée de combien c'était grave.

- Je pensais que ma magie l'avait tiré d'affaire… qu'au moins, il n'aurait plus besoin d'une greffe… c'est tout le contraire. Il en a besoin aujourd'hui plus que jamais.

- Ce sort est une abomination. Il devrait figurer dans la liste des sortilèges impardonnables.

- Je suis bien d'accord.

Harry essuya ses larmes et regarda sa montre.

- Je vais aller voir Lily, ensuite j'y vais. Je n'aime pas laisser Draco trop longtemps tout seul.

- Pour le weekend, tu préfères peut-être que je garde Lily ? Elle peut être fatigante par moments et…

- Non. Draco adore l'avoir à la maison. Sa présence lui fait du bien. Vraiment.

Ginny sourit.

- D'accord. Je la déposerai à l'heure habituelle dans ce cas.

- Merci, Gin, dit Harry avec sincérité.

Il prit son ex-femme dans ses bras et la serra un long moment.

O°O°O°O°O°O°O

Belgravia, Londres

-Je suis rentré ! annonça Harry en déposant ses clés et sa baguette sur la console en bois clair de l'entrée.

La maison était silencieuse. Draco devait être en train de lire dans le salon, où plus vraisemblablement sur la terrasse ombragée. Il aimait s'y reposer quand le temps était chaud.

Il poussa la porte du salon. La pièce était vide. Il se rendit sur la terrasse. Personne.

Une boule commença à se former dans son ventre. Sans attendre, il retourna à l'intérieur de la maison et gravit quatre à quatre les escaliers qui menaient aux étages.

Draco n'était nulle part. Ni dans leur chambre, ni dans le bureau, ni dans la bibliothèque.

-Toby ! cria-t-il.

Aussitôt, l'elfe de maison apparut dans un craquement. Au départ, Harry ne tenait pas vraiment à en employer un, mais Draco avait été intransigeant sur ce point. Par la suite, au vu de la détérioration de son état de santé, Harry n'avait pas été mécontent que quelqu'un veille sur Draco pendant son absence.

- Maître Harry est rentré ! dit l'elfe. Toby espérait que Maître Harry ne tarde pas.

- Que s'est-il passé ? demanda Harry, au bord de la panique. Où est Draco ?

- Maître Draco a été emmené par Monsieur Zabini. Monsieur Zabini a dit que c'était urgent.

- Urgent ? Pourquoi ?

- Monsieur Zabini n'a rien expliqué à Toby sinon que Maître Harry devait se rendre à Ste Mangouste dès qu'il rentrerait.

- Mais pourquoi ne pas m'avoir prévenu ? s'emporta Harry.

- Maître Draco me l'a interdit. Il a dit que c'était un jour important pour Maître Harry et qu'il ne fallait surtout pas vous déranger.

Harry leva les bras au ciel.

Tout en pestant et jurant sur l'entêtement de Draco, il redescendit dans le hall d'entrée pour récupérer sa baguette et il transplana.

O°O°O°O°O°O°O

Hôpital Ste Mangouste

Harry n'eut pas besoin de demander son chemin. Il monta directement au quatrième étage, au service de pathologie des sortilèges.

Immédiatement, il aperçut Blaise au bout d'un couloir. Il était en train de discuter avec un homme aux cheveux blonds, aussi haut que large. A côté d'eux, se tenait une femme minuscule et toute ridée. Elle portait un qipao en soie rouge et une longue natte de cheveux blancs tombait jusqu'en bas de son dos.

- Blaise ! s'exclama-t-il en courant vers lui. Que se passe-t-il ? Où est Draco ? Il lui est arrivé quelque chose ?

- Non, non, tout va bien, répondit Blaise d'un ton calme. J'ai dû l'emmener d'urgence car il va être opéré. On a trouvé un cœur.

- Quoi ? souffla Harry, hébété.

- Oui, sourit Blaise. Un sorcier norvégien, décédé ce matin et qui acceptait le don d'organe. Son cœur était compatible magiquement et biologiquement avec seulement trois personnes dans le monde sorcier. Draco était en haut de la liste.

Il se tourna vers le géant blond.

- Harry, je te présente Harald Nygard. Il est guérisseur à l'Hôpital St Gunnar à Oslo. C'est lui qui nous a amené le cœur. Il est spécialisé dans les greffes d'organes, il va donc m'assister durant l'opération.

Harry hocha machinalement la tête.

- J'ai également demandé l'aide de la guérisseuse Wang Li. Comme tu le sais, un des principaux risques de l'opération est de rétablir le flux magique dans l'organe greffé. Madame Li est un grand maître dans ce domaine. Elle a accepté de faire le déplacement depuis Xi'an pour m'aider.

- Merci, balbutia Harry. Merci à tous les deux.

Harald Nygard hocha sobrement la tête, tandis que Madame Li lui sourit en s'inclinant légèrement.

- Est-ce que je peux le voir ? demanda Harry.

- Oui, bien sûr. Il est dans cette chambre, dit Blaise en montrant une porte du doigt.

Harry entra immédiatement. Draco était allongé dans un lit, le regard perdu vers la fenêtre magique qui donnait l'illusion de se trouver au beau milieu de la campagne. Il tourna la tête pour voir qui entrait et sourit à son compagnon.

-Te voilà, dit-il d'une voix fatiguée.

Harry se précipita vers lui pour le prendre dans ses bras.

- J'ai eu une telle peur quand je suis rentré. Tu n'étais nulle part. J'ai cru… oh Merlin… j'ai cru…

- Tout va bien, dit Draco. Je suis désolé de t'avoir fait peur.

- Tu as interdit à Toby de me faire prévenir…

- C'est un jour important pour toi. Je ne voulais pas…

- Le bouleverser avec un événement aussi secondaire que ton hospitalisation ? Tu es un idiot, Malefoy ! Mon fils a l'éternité devant lui. Je pouvais reporter ma visite de quelques jours !

Draco eut le bon goût de baisser les yeux.

- Tu as prévenu Scorpius au moins ? demanda Harry.

- Non, soupira Draco.

- Draco ! C'est ton fils ! Il a le droit de savoir ! D'être là !

- Je sais, mais… il est en plein milieu de son tour d'Europe…

- Et alors ? Il y a des portoloins à Athènes !

- Il tenait tellement à ce voyage… c'est son cadeau pour avoir aussi brillamment réussi ses ASPIC. Il mérite d'en profiter tranquillement, sans s'inquiéter pour son vieux père qui n'a pas été présent pour lui la moitié de sa vie.

- Arrête. Tu as toujours été là pour Scorpius, même quand tu vivais aux Etats-Unis.

Draco haussa les épaules.

- Je ne veux pas l'embêter. Et puis, il n'est pas seul. Pas question pour moi de ruiner son road trip romantique.

- Oh, il te l'a dit, alors ? répondit Harry avec un grand sourire.

Le regard de Draco se fit plus acéré et suspicieux.

-Non, il ne m'a rien dit. Mais toi, oui.

Harry écarquilla les yeux.

- Mais, tu viens de dire…

- Je l'ai deviné quand Scorpius m'a téléphoné l'autre jour. Quelque chose qu'il a dit m'a mis la puce à l'oreille. Quand je lui ai posé la question, il a changé de sujet et a coupé court à la conversation…

Harry soupira avec agacement.

- Tu es tellement… serpentard, s'énerva-t-il.

- Je n'y peux rien si tu te fais avoir à chaque fois, ricana Draco.

- Je lui avais promis de ne rien dire !

Draco se rembrunit.

- Ouais… à toi, il a confié son secret. Pas à moi.

- Draco…

- C'est pas un problème. Je suis content qu'il s'entende bien avec toi, qu'il te fasse confiance au point de te parler de sa vie sentimentale… je suis juste triste qu'il ne veuille rien me dire à moi…

- Ce n'est pas ça, dit doucement Harry. Il meurt d'envie de te le dire. Il a juste peur de ta réaction.

- Ma réaction ? dit Draco en relevant la tête. Pourquoi ? De qui s'agit-il ?

- Ecoute… je lui ai promis de…

- Potter, siffla Draco.

Harry soupira en levant les mains.

-Ok, ok, dit-il. C'est Rose.

Draco resta interdit.

- Rose ? répéta-t-il. Rose Weasley ?

- Oui.

- Mais… ils sont amis depuis des années ! Il n'a jamais donné l'impression de s'intéresser à elle autrement que…

- C'est pourtant le cas. Mais il ne voulait pas entamer une relation avec elle en étant à Poudlard.

- Pourquoi ?

Harry baissa un peu la tête, tortillant distraitement le drap entre ses doigts.

- Il m'a dit qu'il aurait eu l'impression de trahir Albus.

- Oh.

- Je lui ai dit qu'il ne devait pas penser une chose pareille, que ce n'était pas parce qu'Albus était amoureux de lui qu'il devait se sentir obligé de… je ne sais pas… lui rester fidèle ?

- D'autant qu'on ne saura jamais ce qu'Albus ressentait exactement…

- Non, c'est vrai, dit Harry en détournant le regard. Mais moi je suis persuadé qu'il était amoureux de Scorpius. Comme moi je l'étais de toi au même âge.

- Quoi ? souffla Draco. Mais… toi et moi, on…

- On se détestait, oui. Tu empoisonnais mon existence de toutes les façons possibles et je te détestais pour ça. Mais ça ne m'a pas empêché de comprendre très vite que cette haine dissimulait autre chose. Quelque chose que je ne voulais pas admettre. Tout comme Albus.

-Pourquoi ne m'as-tu rien dit avant aujourd'hui ?

Harry ne répondit rien et Draco n'insista pas. Il se contenta de prendre son compagnon dans ses bras.

- Alors ? dit Harry pour revenir au sujet. Tu n'es pas en colère contre Scorpius ?

- Pourquoi serais-je en colère ? demanda Draco en s'écartant.

- Parce que c'est une Weasley… et qu'accessoirement, son père a essayé de te tuer...

- J'admets que je n'aurais jamais imaginé avoir une Weasley comme belle-fille… et qu'il fut un temps où j'aurais difficilement accepté la nouvelle... mais...

Draco soupira.

- Tout ce que je veux, c'est que mon fils soit heureux. Et si c'est avec Rose Weasley, eh bien soit. De plus, j'aime bien Rose. Elle est gentille, drôle, intelligente. Et elle a l'air de comprendre Scorpius mieux que quiconque. Quant à ce qu'a fait son père... eh bien... les enfants ne sont pas responsables des actes de leurs parents. J'en sais quelque chose.

- Bon sang, qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Draco Lucius Malefoy ? s'exclama Harry d'un air faussement paniqué.

Il reçut un coup de poing sur l'épaule pour toute réponse.

- Tu as vu Blaise ? demanda Draco en redevenant sérieux.

- Oui. Il m'a expliqué la situation. C'est inespéré ! J'avoue que je ne réalise pas encore très bien.

- Moi non plus. Tout est allé si vite. Un moment, je lisais tranquillement sur la terrasse. Le moment d'après, j'étais allongé dans ce lit…

Harry caressa tendrement la joue de Draco.

- Comment te sens-tu ? demanda-t-il avec sollicitude.

Draco hésita. Il prit une inspiration, puis détourna les yeux.

- Je suis mort de peur.

- Je peux l'imaginer. Moi aussi, j'ai peur. Mais Blaise m'a présenté les deux guérisseurs qui vont l'assister. Tu vas être entre de bonnes mains.

- Ça reste une opération dangereuse. Il se peut que…

- Non, non, non, coupa Harry. Tout va bien se passer !

- Tu n'en sais rien !

- Peut-être mais je veux y croire ! Et il faut que tu y croies aussi !

Draco soupira.

- Tu sais où sont tous les papiers, n'est-ce-pas ? Au cas où…

- Ne recommence pas avec ça !

- Harry ! Il le faut !

- Tu m'emmerdes ! s'exclama Harry en se relevant brusquement.

Il alla se poster dans un coin au fond de la pièce, les bras étroitement serrés contre lui.

- Je sais où sont ces putains de papiers, grogna-t-il. Et je sais exactement quoi faire avec. Tu me l'as dit mille fois !

- J'essaye de te protéger, Harry. Notre couple n'a aucune existence légale, ni pour la loi sorcière, ni pour la loi moldue. Tous ces putains de papiers comme tu dis vont te permettre de garder notre maison et tout ce qu'on a construit ensemble. Et aussi de veiller sur Scorpius. Il est majeur, il fait ce qu'il veut… mais j'aimerais que tu continues à faire partie de sa vie. Il tient énormément à toi.

Harry ferma les yeux, luttant contre les larmes. Il retourna vers Draco et le prit dans ses bras.

-Pardonne-moi, dit-il d'une voix étouffée contre son épaule. C'est juste que… je refuse d'envisager que… que…

Cette fois, il ne put retenir un sanglot.

Draco lui caressa doucement le dos.

-Harry, je… je sais que ce n'est pas trop le moment, mais… j'aimerais te demander quelque chose.

Alerté, Harry se redressa. Il essuya les larmes sur ses joues.

- Quoi ?

- Si je m'en sors… je… je voudrais que notre couple ait une existence légale. La loi moldue le permet.

Harry écarquilla les yeux.

- Tu… tu es en train de… me demander en mariage ? balbutia-t-il.

- Je crois bien, sourit Draco. Ce n'est pas tellement comme ça que je l'imaginais… mais…

- Oui, le coupa Harry. Mille fois oui !

Il l'embrassa à pleine bouche.

C'est ce moment que Blaise choisit pour entrer dans la chambre, accompagné de deux infirmières.

-Désolé de vous interrompre, mais il est temps. Il faut préparer Draco pour l'opération.

Harry hocha la tête. Il se leva du lit et embrassa Draco une dernière fois. Puis il lui chuchota à l'oreille :

- Tu as intérêt à t'en tirer, Malefoy. Car il est hors de question que je reste sur une demande en mariage aussi pourrie. J'attends le grand jeu. Dîner romantique, bougies, bague de fiançailles. Et le genou à terre. C'est clair ?

- Si c'est ça que tu appelles le grand jeu, alors c'est que tu n'as rien vu, répondit Draco avec un sourire.

O°O°O°O°O°O°O

La salle d'opération était d'un blanc immaculé, presque aveuglant. Draco regarda autour de lui. Il y avait toute une série d'appareils et d'ustensiles dont il n'était pas sûr de vouloir connaître l'utilité.

- J'espère que tu sais ce que tu fais, Zabini, dit-il dans une vaine tentative de paraître détendu. Je viens de demander Harry en mariage et je compte bien être époustouflant dans mon costume de cérémonie… alors, tu n'as pas intérêt à me louper !

- Oh, un mariage ? répondit Blaise avec un sourire en coin. Tu as déjà réfléchi à qui sera ton témoin ?

- Hm, pas vraiment. J'ai quelques noms en tête mais rien de précis…

- Tu as conscience que c'est moi qui tiens le bistouri, Malefoy ?

Draco rigola, puis redevint rapidement sérieux.

- Comment pourrais-je vivre un moment aussi important sans mon meilleur ami à mes côtés ? dit-il.

- Bah… je ne t'ai pas vraiment porté chance avec Astoria…

- C'est complètement différent, tu le sais bien.

Blaise regarda son ami avec le même sérieux.

-C'est vrai. Et je suis très heureux pour toi. Après toutes ces difficultés, tu as enfin le bonheur que tu mérites.

Et quelles difficultés, songea Draco.

Peu après avoir été admis à l'hôpital, alors que Harry tentait de le sauver en diffusant sa magie en lui, la nouvelle que le Sauveur du monde sorcier trompait sa femme avec un homme, Draco Malefoy qui plus est, se répandit comme une trainée de poudre. Entre le procès et la vie sentimentale de Harry Potter, les journaux ne savaient plus où donner de la tête. La Gazette du Sorcier, par la plume de Rita Skeeter, fut particulièrement virulente, exposant sans égard pour les familles Potter et Weasley, les théories les plus folles et des mensonges éhontés.

Harry avait voulu réagir mais entre Draco qui était entre la vie et la mort, et Ginny qui luttait pour la survie du bébé, il n'en eut pas la force. Il décida de ne plus s'en préoccuper, de laisser ces rapaces de journalistes écrire ce qu'ils voulaient, et de laisser les idiots de lecteurs les croire si ça leur chantait.

Il adopta la même attitude durant le procès. Il ne répondait à aucune question, disparaissant sitôt la fin des audiences. Il avait également placé des sorts anti-intrusion autour du bungalow, autour de la maison de Ginny et même autour du Terrier.

Finalement, le sujet de sa vie amoureuse s'épuisa pour ne laisser la place qu'aux comptes-rendus du procès. Seule Rita Skeeter continuait à écrire l'un ou l'autre article venimeux mais sans que cela ne suscite beaucoup d'intérêt.

Trois mois plus tard, le divorce de Ginny et Harry fut prononcé, Harry et Draco déménagèrent à Londres dans l'indifférence générale et le bon peuple sorcier reprit le cours de sa vie.

Mais c'était sans compter sur Rita Skeeter.

Un an tout juste après la mort d'Albus, elle publia un article dressant un portrait peu flatteur du jeune garçon. Elle disait avoir appris de « source sûre » qu'Albus était loin de faire l'unanimité parmi les élèves de Poudlard. On le trouvait arrogant, fourbe et bien trop favorisé par les professeurs, uniquement parce qu'il s'appelait Potter. L'article laissait également sous-entendre qu'il avait lui-même attisé la jalousie de son cousin Hugo en ne perdant pas une occasion de l'humilier sur le terrain de Quidditch ou en cours. Selon Skeeter, le seul et unique responsable de cette situation était Harry Potter. Que pouvait-on attendre d'autre de quelqu'un qui avait passé sa vie à transgresser les règles et qui se faisait appeler l'Elu alors qu'il n'avait même pas 16 ans ? Les chiens ne faisaient pas des chats… A moins qu'Albus ne soit pas le fils de Harry Potter… Après tout, une autre « source sûre » affirmait que Ginny Weasley se consolait des infidélités de son mari dans les bras de nombreux amants.

A la lecture de l'article, le sang de Harry n'avait fait qu'un tour. Il se fichait pas mal de ce que cette teigne de Skeeter pouvait raconter sur lui, mais il était hors de question qu'elle s'en prenne à Ginny, et encore moins à Albus. Draco avait tenté de le raisonner en lui suggérant d'attaquer la Gazette en justice pour diffamation, mais ce n'était pas de cette manière que Harry entendait régler le problème.

Il débarqua le lendemain dans les bureaux de la Gazette. Des témoins de la scène expliquèrent plus tard qu'il était d'un calme absolu, mais que l'aura de magie qui l'entourait était tellement compacte qu'elle en paraissait presque noire. Il ne prononça pas un mot, se contentant de saccager toute la salle de rédaction d'un seul coup de baguette, avant de repartir comme il était venu.

Le directeur de la Gazette ne songea même pas à porter plainte contre lui, comprenant que cette fois, Skeeter était allée beaucoup trop loin. Dès la parution de l'article, des beuglantes avaient déferlé sur la rédaction : les lecteurs étaient outrés qu'elle s'en prenne ainsi à une mère de famille en deuil et surtout, à un jeune garçon assassiné. Les résiliations d'abonnements furent tellement nombreuses que la survie même du journal était en péril.

Pour se rattraper, la Gazette publia des excuses formelles à la famille Potter et Rita Skeeter fut renvoyée sur le champ.

Ce fut une maigre consolation pour Harry, mais une consolation quand même.

- Est-ce que ça va ? demanda Blaise, tirant Draco de ses souvenirs.

- Oui, ça va.

- Ok. Je t'explique comment nous allons procéder. Pour réaliser la greffe du cœur, je vais te lancer un sort anesthésiant puissant. Quand cette étape-là sera terminée, je lèverai le sort pour que tu reviennes à la conscience, mais seulement partiellement. Cela permettra à la Guérisseuse Li de travailler sur ton flux magique.

- Pourquoi ne pas le faire pendant que je suis sous anesthésie ?

La petite femme s'approcha. Avec un fort accent chinois, elle dit :

-En Chine, on appelle le flux magique d'un sorcier, le Grand Chemin. Parce qu'il part de sa conscience, dit-elle en touchant un point au sommet du crâne de Draco. Puis passe par son cœur.

Elle posa la main sur sa poitrine.

- Et enfin par son ventre, ajouta-t-elle en posant la main sur l'abdomen. Pour que votre flux magique retrouve le Chemin, il faudra que je le guide depuis votre conscience. Je ne peux le faire si vous êtes inconscient.

- Je comprends. Mais dans ce cas, ne serait-il pas mieux que je sois pleinement réveillé ?

- Non. Si vous êtes réveillé, vous allez inévitablement tenter de lutter contre mon intrusion. D'autant plus que vous êtes un excellent occlumens.

- Je vois.

- Je dois vous prévenir que travailler sur le Grand Chemin est une expérience déstabilisante et parfois douloureuse pour le sorcier qui le subit.

- C'est-à-dire ?

- Le processus fait souvent resurgir des moments difficiles qui sont enfouis dans votre âme.

- Dans ma mémoire, vous voulez dire.

- Non, dans votre âme. Les souvenirs, si pénibles soient-ils, sont volatiles. Les blessures de l'âme, elles, elles ne s'effacent pas.

- Je vois.

- Pour atténuer cette difficulté, il est fondamental que vous pensiez à quelque chose de positif. Quelque chose qui vous rend pleinement heureux.

- Ce ne sera pas difficile, sourit Draco. Je viens de demander mon compagnon en mariage et il a accepté. Il n'y a pas d'homme plus heureux sur terre que moi en ce moment.

- Bien, dit la Guérisseuse en tapotant sa main.

Elle lui fit un sourire chaleureux qui plissa ses yeux brillants en même temps que tout le reste de son visage.

- Tu es prêt ? demanda Blaise.

- Je suis prêt.

Draco ferma les yeux. Il entendit Blaise murmurer le sort d'anesthésie et la dernière image qu'il vit avant de sombrer dans l'inconscience fut le sourire rayonnant de l'homme de sa vie.


Ma moitié - qui au passage est censé être un Poufsouffle loyal et gentil - m'a suggéré de terminer l'histoire comme ça. Je me demande s'il n'est pas plus Serpentard que moi par moments ;-) ;-)

Rassurez-vous, je ne suis pas aussi perfide. Il y aura bien un dernier chapitre la semaine prochaine !