Hi everybody !
J'espère que vous allez bien avec cet automne frisquet qui s'annonce !
Me voici déjà de retour pour la suite ! Autant la première partie de ce chapitre a été plutôt facile à écrire pour moi, les mots me venaient tous seuls, autant la seconde a été déjà vachement plus galère ! Et pour cause, le sujet abordé est très délicat... Donc, je vais me permettre d'entamer ce nouveau chapitre par un beau "TRIGGER WARNING" des familles ! Cependant, je tiens à préciser (et j'espère être parvenue à le mettre en phrases...) qu'Haizaki est parfaitement conscient et consentant. Certes, pas tout à fait sur la forme qui laisse à désirer, mais sur le fond et c'est le plus important à retenir d'après moi !
Cependant, si ce genre d'événements vous perturbe, (ce que je peux totalement entendre et concevoir) je vous déconseille la lecture de ce flashback. (toute la partie en italique) Encore une fois, rien n'est gratuit dans cette fanfiction et si j'ai écrit un tel passage, c'est qu'il possède ou possèdera une justification/une incidence, dans le développement des personnages. J'ajouterai d'ailleurs que le rédiger a été un véritable défi pour moi, parce que je ne voulais surtout pas tomber dans le viol, ni minimiser les faits. J'espère donc être parvenue à trouver le juste équilibre nécessaire à cette histoire, qui me tient particulièrement à coeur.
Sur ce, les précisions de rigueur ayant été apportées, ENJOY !
体がぐちゃぐちゃです…
Cette sensation…
Il ne la connaissait que trop bien…
Ce désir… cette tension… cette appréhension, même.
Tout se mélangeait dangereusement en un tourbillon impossible à arrêter.
Un tourbillon, non, une tornade, qui menaçait de tout emporter sur son passage.
Son intégrité physique, comme mentale.
Non, c'était un constat incorrect… Puisque c'était l'intégrité physique de Kise qui était menacée et son intégrité mentale à lui, également.
Sa sanité…
Imbécile de blondinet… Il n'avait strictement aucune idée de ce qu'il faisait...
A le provoquer ainsi… Ne réalisait-il pas qu'il allait causer leur perte, à tous les deux ? Asami s'était montré très clair. Si jouer à touche-pipi avec son ancien coéquipier demeurait toléré dans une certaine mesure, en revanche, jouer à touche-popo était foncièrement prohibé.
Car il n'y avait pas qu'une partie de jambe en l'air rapide à l'arrière d'un resto familial, qui était en jeu.
Sa vie l'était aussi.
Ce qui s'avérait… nettement plus problématique.
Les enjeux étaient proprement colossaux.
Maiiiiiiiiiiis… Haizaki était un joueur dans l'âme.
Il aimait l'excitation procurée par le Poker. Tout miser sur une seule manche. Avoir confiance en sa main et en sa capacité à bluffer. Anticiper, sans jamais savoir ce qui allait réellement arriver. Sur qui ou quoi on allait tomber. La vie était une perpétuelle roulette… Une suite de chiffres et de numéros… Tantôt rouges comme le sang, tantôt noirs comme la mort.
Quoiqu'aujourd'hui, ils avaient une teinte légèrement différente…
Plutôt rouges comme l'amour et noirs comme l'obscurité qui les enveloppait de son manteau nocturne. Personne ne pouvait les voir ici. Et personne n'en saurait jamais rien. Tout ce qui se passerait dans la chaude moiteur de cette nuit Californienne, resterait entre eux, la lune et les étoiles.
Leur petit secret.
… Alors, pour quelle raison Haizaki se sentait-il aussi nerveux ?
Et bien, pour plusieurs raisons.
La première, était que l'ombre d'Asami continuait à planer sur eux. Enfin, sur lui en particulier. Ce type était largement capable d'avoir collé un de ses gonzes en planque dans le container à ordures situé juste à leur gauche, pour jouer les rapporteurs. Ou les reporters. Peu importe, c'était peu ou prou la même chose, à ce stade. Un ou deux clichés photographiques bien pris suffiraient à signer l'arrêt de mort d'Haizaki sur le champ.
La seconde, était que Kise se trouvait dans un état et bien… second justement. S'il se réveillait le lendemain sans le moindre souvenir de leur petite sauterie (Autre qu'une douleur anale aigüe…) il risquait de très, très mal réagir. Et cela sonnerait alors pour Haizaki comme l'inévitable retour à la case départ… Or, il ne pouvait pas se le permettre. Il travaillait le renard au corps depuis des semaines, mais pas dans le but de se glisser entre ses cuisses. Oh bien-sûr, il ne serait pas contre le travailler d'une toute autre manière, cependant… Il fallait raison garder dans ce contexte fort peu propice aux débordements physiques. Parce qu'on avait déjà depuis longtemps dépassé le stade du simple « rapprochement »…
Quant à la troisième et dernière raison, Haizaki avait peur, tout bêtement. Mais pas de la réaction de Kise ni même de celle d'Asami. Mais de la sienne. Car si le contrôle et la précieuse maîtrise de soi dont il pouvait se targuer jusqu'ici venaient à disparaître, le loup ne donnait pas cher du cul de sa proie. Cela pouvait sembler quelque peu exagéré voire même carrément prétentieux de penser ainsi, mais il s'agissait pourtant la vérité sans fard. Certes, il s'était tapé Amber et une brochettes d'autres nanas plus ou moins régulières dernièrement mais… un autre homme… ça faisait si longtemps…
Depuis…
Il ferma les yeux et son cœur se serra rien que d'y repenser…
« Shu… »
Si proche et pourtant, si loin…
Comme dans une autre vie…
Des souvenirs enfouis de temps plus heureux refirent surface.
« Aaaah… Shogo… doucement… je sais que tu es impatient et que c'est ta première fois, mais tu vas m'arracher les tripes si tu continues de cette manière, abruti ! D-doucement ok ? Rien ne presse, prends ton temps hmmm… Là… aaaaah ouiii… comme ça, c'est bon… Ouais, tu t'en sors très bien… pour un débile profond… »
« C'est sans doute parce que ton cul est encore plus profond que ma débilité… »
L'autre brun allongé sous lui haletait et il se resserra subitement autour de sa virilité sans prévenir, comme pour le punir. Ou alors le récompenser ? Haizaki ne savait plus vraiment…
« Fais gaffe à ce que tu dis quand même… c'est pas parce que… t'es en train de me faire du bien que je suis incapable de te frapper… que ce soit maintenant ou… plus tard… »
Mais insensible à la menace qui pesait sur lui, Haizaki accéléra, tentant de forcer les entrailles qui s'étaient refermées autour de son sexe pour le prendre au piège.
« Fais tout c'que tu veux… tant que j'peux te baiser, ça m'est égal… aaahh je t'aime Shu… »
« Quoi !? » Avait sursauté Nijimura.
« … Connard, je voulais dire, 'je t'aime connard'… »
« … Abruti ! » Râla l'aîné, en lui assénant un bon coup de poing sur la tête.
C'était bien du Nijimura tout craché de le taper, même pendant le sexe ! Mais il ne lui en tint pas rigueur et à vrai dire, il ne sentit même rien trop concentré qu'il était dans son exploration Shuzoesque !
« Tu l'as déjà dit, ça… Mais je t'aime putain… Et encore plus maintenant… »
« Toi aussi hmm… tu te répètes Shogo… » Sourit tendrement l'élu de son cœur.
Il avait beau jouer les entêtés susceptibles, en réalité, jamais il ne se lasserait qu'Haizaki lui fasse part de ses sentiments de cette manière…
Car lui aussi, il l'aimait…
Le brun se passa une main sur le visage, se sentant soudainement fatigué. C'était comme si toute la pression qui reposait sur ses épaules venait de retomber sans prévenir. Face à lui, Kise commençait à s'impatienter de le sentir immobile. Pourquoi Haizaki ne le touchait-il pas ? N'était-ce pas ce dont il avait envie lui aussi et depuis un long moment, déjà ? Le blond se serait-il trompé ? Naaaan impossible !
Kise savait repérer un homme qui avait envie de lui. Et Haizaki était définitivement concerné. Il se cambra davantage pour venir se frotter au bassin de l'ex-titulaire de Teiko. Peut-être avait-il besoin d'un peu de stimulation supplémentaire ? En tout cas, Kise comptait bien le faire plonger avec lui et noyer toutes ses dernières réticences dans les affres de la luxure. Se perdre avec lui dans les abysses… même juste le temps d'une nuit, le temps d'une étreinte volée et furtive. Oui, ce serait suffisant. Il avait besoin de cela…
Et d'après ce qu'il pouvait sentir gagner en volume contre lui, Haizaki aussi.
Oublier…
S'oublier…
« Mais si tu bois pour oublier, paie avant de boire ! »
Kise se mit à glousser en repensant à ce dicton, qu'il avait lu sur le comptoir du bar où Haizaki l'avait emmené le premier soir.
« Are you mocking me, Blondie ? » Interrogea Haizaki sur un ton nocif.
« Non, non… mais toi par contre… ne serais-tu pas en train de te moquer de moi ? Tu inverses les rôles Sho… »
Face à l'air dubitatif du jeune homme aux cheveux d'encre, Kise recommença à onduler du bassin. Certains messages corporels passaient de manière plus intelligibles que les mots.
« Tu n'as pas arrêté de me menacer de me faire tâter de ta queue de toutes les manières possibles et imaginables ces derniers jours… et tout à coup, quoi, tu te dégonfles ? Juste comme ça ? Alors que j'en ai très envie maintenant… Tu m'en as donné envie. C'est entièrement de ta faute… And yet you are so cruel, refusing me what I need so deeply… » Pleurnicha Kise, son regard humide planté dans le sien.
Ses mains délaissèrent les hanches anguleuses du renard pour venir se poser sur leurs jumelles, toujours accolées au mur de briques rouges dénudées. Leurs doigts s'entrecroisèrent, s'épousant parfaitement. Même taille, même longueur, même circonférence. Si semblables et pourtant, si différents.
« Il ne s'agissait pas de menaces, Ryota. Mais de promesses, nuance… »
Son corps couvrit alors celui du blond comme pour les mettre à exécution et ses lèvres s'égarèrent près de son oreille droite.
« Alors… gnhh… tiens parole et baise-moi ! Pour une fois dans ta vie, ne me mens pas et ne te dérobe pas ! Assume ce que tu me fais ressentir… et fais-moi tout oublier… Je veux sentir ma tête tourner et mon corps encore endolori au petit matin ! Please make it hurt… I don't want to be able to think anymore… Mark me as yours… »
Le souffle du Big Bad Wolf était chaud et pourtant, Kise frissonnait comme s'il avait froid. Légèrement piquant aussi… Un mélange d'épices, de tabac et d'une touche d'alcool. Haizaki avait été bien plus raisonnable que lui niveau beuverie. Comme d'habitude d'ailleurs.
Les mains du loup s'activèrent enfin, glissant vers l'arrière le long de ses bras, en même temps que ses lèvres dans le cou de Kise. Ses doigts se recourbèrent comme des serres et ses ongles vinrent mordre le tissu de la chemise que le jaune portait encore. L'as de Kaijo avait envie de les sentir partout sur lui. Possessifs et brûlants. Avides. Sur sa peau, directement. La langue d'Haizaki se perdit dans son cou, venant lécher par vagues le suçon laissé par ses soins un peu plus tôt dans l'après-midi, juste après leur séance de shopping, tel l'inlassable ressac de l'océan.
Kise voulait qu'il lui laisse des marques après tout, non ? Pour une fois qu'Haizaki en avait l'autorisation, il n'allait donc pas s'en priver. Ses lèvres se refermèrent sur la nuque exposée du blond cette fois et il suça, aspira à l'endroit même où il avait déjà frappé, comme pour raffermir son emprise. Pouvoir enfin sentir les canines pointues d'Haizaki jouer dans son cou et frôler sa peau… cela donnait encore plus envie à Kise que son compatriote vienne s'enfoncer en lui, à sa convenance et de toutes les façons possibles.
L'une des mains d'Haizaki reposait sur sa hanche droite, tandis que l'autre vint les débarrasser à tour de rôle de leurs pantalons devenus à la fois gênants et exigus. Kise était fasciné par l'habileté dont faisait preuve Haizaki, même avec une seule main. Juste une seule main, soit cinq uniques « petits » doigts. C'était presque… comme s'il avait fait ça toute sa vie. Comme s'il s'était entraîné à déboucler des ceintures pendant des années. Et nul doute qu'il faisait étalage du même doigté avec des soutiens gorges féminins également… Cette simple pensée suffit à rendre Kise jaloux. Il fronça des sourcils, pensif.
« Quel genre de vie as-tu mené pendant toutes ces années Haizaki Shogo… ? Je serai curieux de le savoir… quoique… non, il ne vaut sans doute mieux pas… »
D'un côté, Kise avait envie d'en savoir plus et de l'autre non. C'était là tout le paradoxe avec Haizaki. Mais présentement, le moment était mal choisi pour passer en mode « interrogatoire de police »… Parce que le moindre propos maladroit risquait de couper toute envie au prédateur sombre. De LEUR couper toute envie. Et ce serait vraiment dommage… vu la peine qu'ils s'étaient donnés l'un comme l'autre pour en arriver ici.
« Est-ce que tu veux que je te lèche bébé ? » Tenta Haizaki, tandis qu'il empoignait ENFIN (ce n'était pas trop tôt…) le sexe du blond.
« C'est pas hmm… ta langue que j'ai envie de sentir à cet endroit Sho… alors arrête d'essayer de te défiler… tu sais très bien… ce que je souhaite… et c'est la même chose que toi… Cesse… de nous faire perdre du temps et prends-moi tout de suite ! » Exigea le Gémeaux avec une autorité dont il ne se serait pas cru capable.
Jamais de sa vie Kise ne s'était senti aussi frustré. Pas même après avoir passé des années à pourchasser Aomine de ses attentions et autre faveurs sentimentalo-sexuelles. L'alcool n'était sans doute pas étranger à son revirement actuel, cependant… Mais ça n'avait pas vraiment d'importance, au final. Tout ce qui comptait, c'était ce besoin impérieux qui réclamait satisfaction.
Satisfaction immédiate.
« Tu es ivre Ryota… Demain, quand tu réaliseras ce que nous avons fait, tu le regretteras. Je le sais et toi aussi... »
« Tu parles toujours… à ma place… Comme si tu savais mieux que moi ce que je peux désirer… Aominecchi et tous les autres le font constamment eux aussi… Mais personne ne se soucie de ce dont j'ai réellement envie, ni de ce que je ressens… Vous me voyez tous… à la manière d'un gamin capricieux et lunatique, incapable de décider pour lui-même… ! »
Kise avait haussé le ton, des larmes au coin des yeux.
Il en avait assez qu'on décide toujours à sa place de ce qui était bien pour lui.
Ou convenable.
Mais ce soir, les conventions, il avait envie de leur dire « merde » justement ! Et de se laisser aller tout entier, pour une fois… juste une seule fois…
« Donne-moi ta queue Shogo… qu'on en finisse… »
« Vraiment… tu ne me facilites pas du tout la tâche, tu le sais ça… ? Tu me reproches de te traiter comme un gosse, mais pourquoi faut-il toujours que toi tu te comportes en tant que tel, aussi ? »
Brusquement, avec brutalité presque, le brun attrapa le menton du blond et le serra entre ses doigts pour le forcer à tourner la tête vers lui. Leurs regards se captèrent. Les pupilles dilatées par la lubricité pour l'un et par la colère pour l'autre.
« You're always so demanding toward me. Much more than anyone else I know or once knew. Depuis que nous nous sommes retrouvés, tu ne fais que cela. Exiger des choses, toujours plus de choses, sans rien offrir en retour. Tu es égoïste, tu fais constamment passer tes besoins avant les miens, tu ne penses qu'à toi, à ta petite personne et à ton propre plaisir. Peu importe le reste ! Et mes sentiments à moi, alors ? Ils n'ont pas la moindre valeur à tes yeux ! Tu m'ordonnes de me plier à tes quatre volontés sans jamais te remettre en question ou te soucier de mon bien-être. Mais même pour lui je n'ai pas réussi à changer, alors qu'est-ce qui te fait croire que je vais continuer à jouer le jeu selon tes règles encore longtemps ? You have no idea what you're asking from me… »
Une lueur de sincérité brillait dans les yeux d'Haizaki.
Cependant, Kise n'avait pas peur, même si l'autre garçon commençait à lui faire un peu mal à le tenir aussi fermement. Sa mâchoire commençait à se sentir un peu ankylosée et la sensation n'avait rien d'agréable. Disons… qu'il aurait préféré que ce soit le cas à force d'utiliser sa bouche pour faire autre chose que parler ou manger… Enfin quoi que « manger », cela dépendait de quoi, bien évidemment…
C'était sans doute terrible à dire mais… une fois de plus et peut-être même une fois de trop en réalité, le mannequin n'en avait strictement rien à cirer de ce que pouvait bien vouloir son partenaire. L'une de ses mains quitta d'ailleurs le mur et se tendit en vers l'arrière, en direction d'Haizaki. Ses doigts tremblants effleurèrent l'entrejambe de l'ancien délinquant, comme pour le guider et l'inciter à venir vers lui. Intrigué, le regard de Shogo dériva sur ce bras insolent, qui cherchait manifestement à l'amadouer.
« Please… » Supplia t-il à nouveau d'une voix rauque de désir.
Cet idiot de Ryota… Il ne comprenait jamais rien. Même la manière forte ne semblait pas fonctionner quand il avait une idée en tête. Et en parlant de tête, Kise prouvait une fois de plus que sous ses dehors fragiles et vulnérables, se cachait une véritable tête brûlée, friande d'interdits et éprise de liberté. Il se foutait pas mal des conséquences, qu'elles aillent au Diable elles aussi ! Parce qu'elles ne parviendraient pas à le séparer de l'objet de son affection. Il avait envie, non, il avait BESOIN de se faire foudroyer, retourner, ratisser, ramoner, secouer, soulever, démonter, déglinguer, détruire et tout autre synonyme plus ou moins imagé de la « bagatelle », que son cerveau embué par l'alcool n'arrivait pas à formuler en cet instant.
Quelques gémissements plaintifs échappèrent enfin à Haizaki.
C'était bien ce qu'il avait semblé à Kise. Il ne s'était donc pas trompé quand il l'avait sentie d'abord sous la table, puis contre lui… L'érection toujours bien présente de son loup. Non, il ne l'avait pas rêvée et elle tiraillait autant Haizaki si ce n'était même plus que les paroles du blond. Il n'y avait pas à dire, Kise savait parfaitement jouer sur les deux types de cordes sensibles… l'une étant de toute évidence plus palpable et réceptive que l'autre…
« That's ok… you won… But we'll do it my way… »
Kise comprit rapidement qu'il n'avait pas le choix vu qu'Haizaki venait de le plaquer une nouvelle fois contre cette foutue paroi. Rudement. Une main enroulée autour de sa gorge et l'autre autour de son sexe, pantalons et boxers sur les chevilles. Il n'avait rien contre le fait de se laisser un peu malmener de toute façon... Autour d'eux, le silence. Uniquement interrompu par le grésillement des néons du Love Hotel tout proche, sur lequel semblaient adorer venir se suicider toutes sortes d'insectes volants. Saloperies de moucherons à la con… Tellement stupides…
Mais finalement, Kise ne leur ressemblait-il pas un peu ? Attiré par la lumière et la chaleur lui aussi. Par ce feu dévorant nommé Haizaki Shogo… A s'en brûler les ailes. Haizaki allait causer sa perte et il le savait pertinemment. Pourtant, plus il passait de temps avec lui et plus il avait envie d'en passer.
C'était l'effet pervers induit par une fréquentation assidue d'Haizaki Shogo.
« Ecarte les jambes. » Ordonna le loup des contes de fées.
Et Kise ne fut que trop heureux d'obtempérer. Enfin. Un peu plus et il aurait cru qu'Haizaki ne le lui demanderait jamais… Le blond sentit alors Haizaki se mettre à titiller la timide entrée située entre ses lunes, aussi pleines que celle se trouvant dans le ciel au-dessus d'eux. La tête de son membre sans casque était aussi humide que celle de Kise, miroitant leur excitation commune. Pas de capote alors ? Honnêtement, au vu du contexte, Kise s'en moquait comme de sa première couverture de magazine de mode…
Ils avaient déjà perdu bien assez de temps. Mais au lieu de sentir cette chose longue et dure glisser en lui, ce fut entre ses jambes qu'elle préféra venir se nicher, pour sa plus grande déception. Mais Kise n'eut pas le loisir de grogner pour manifester son mécontentement que déjà, la voix autoritaire d'Haizaki était à nouveau dans son oreille.
« Resserre les cuisses maintenant. Pas trop fort… et garde-les bien comme ça, collées l'une à l'autre. »
Hein ? Quoi ? Plaît-il ?
Ce n'était pas censé se passer comme ça !
Haizaki sembla percevoir que Kise se tendait de contrariété sous lui, puisqu'il ajouta en venant léchouiller son lobe piercé pour le rassurer :
« Don't worry this will be as good as a real fuck, I promise. »
Il en doutait mais bon, son niveau d'excitation sexuelle crevait le plafond donc… pas le moment de faire la fine bouche, puisqu'Haizaki offrait de les soulager tous les deux.
Kise décida d'obtempérer, du moins pour l'instant, ses jambes tremblotantes à cause de l'effort qu'il devait fournir pour les maintenir ensemble. Kise suivit donc les instructions à la lettre, même s'il ne comprenait toujours pas bien ce qu'Haizaki avait en tête. Mais plus son date bougeait, plus le blond se sentait pris de tremblements. Mais il s'agissait de tremblements de désir, de désir contenu par le peu de vêtements qu'ils portaient encore tous les deux, et surtout, de désir envers cette chose entre ses cuisses, qui ne se laissait pas oublier. Il ne sentait plus que ça. L'extrémité rosée de ce membre, tendrement enfoui entre ses jambes à la peau de velours, cette chose, entre ses cuisses, qui se déplaçait en un mouvement de balancier régulier, d'avant en arrière et d'arrière en avant, sans relâche.
« Tu sais… je me dois quand même de préciser une chose pour ma défense… » Commença Kise.
Haizaki était déjà revenu labourer son cou avec ses lèvres avides.
« Quoi donc ? »
« Ben… mon cul n'est pas un piège à loup… tu risques rien en y plongeant ta bi-… ! »
Haizaki le réduisit au silence en l'embrassant fougueusement. De toute évidence, il ne voulait pas entendre la suite de cette phrase périlleuse…
« Hmmm ! »
Le blond se mit à se débattre, plus pour la forme que dans l'espoir de lui échapper… Enfin, pas totalement. Il détestait viscéralement qu'on lui coupe la parole ! Non mais ! Il avait toujours plein d'anecdotes à dire et à raconter ! Des… machins… intéressants ! Quelle impolitesse grrr ! Et maintenant, la langue d'Haizaki entamait de faire subir un german supplex à la sienne… La prise de soumission ultime. Les ongles du loup-garou griffèrent la peau fine de son cou, laissant une traînée de marques rougeoyantes sur leur passage.
Ce goût… cette force… ce parfum…
Tout chez Haizaki était intoxiquant comme un poison. Un poison qui s'insinue dans l'air, mais aussi sous votre peau. Directement dans vos veines. Un poison puissant qui est partout. Sous toutes les formes. Kise tendait tellement la nuque à présent qu'il avait l'impression d'être l'une des girafes qu'ils avaient vues au zoo aujourd'hui. Il allait avoir des crampes demain. Ou peut-être même d'ici quelques minutes s'ils maintenaient cette position. Et encore une fois, ce n'était pas aux cervicales qu'il avait envie d'avoir mal, enfin si, un peu aussi d'accord, mais pas que !
La main d'Haizaki sur son sexe coulissait de plus en plus vite. Il sentait ses callosités râper sur sa peau particulièrement sensible et douce à cet endroit. C'était à la fois… étrangement désagréable et… un peu chatouilleux. Haizaki avait dû continuer à pratiquer le basketball pour que ses paumes aient conservé leurs durillons. Ça, ou alors il se branlait beaucoup. Mais malgré l'ivresse, Kise penchait davantage pour la première option. Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Ils auraient pu jouer ensemble et mettre quelques paniers de temps en temps…
La virilité d'Haizaki aussi coulissait de plus en plus vite entre ses cuisses, allant et venant avec fluidité. Il cherchait à faire du feu avec sa b… son bâton façon « Koh Lanta » ou quoi !? La délicieuse friction engendrée paraissait envoyer des décharges de plaisir à Haizaki, qui gémissait férocement dans son oreille, menton posé sur son épaule. Kise se cambra davantage et Haizaki l'écrasa donc davantage également, soudant son corps au sien. Ils haletaient en chœur (et en cœur, même), feulant comme deux animaux en rut, à l'unisson, yeux fermés et concentrés sur leurs sensations. La main d'Haizaki était agile mais légèrement sèche aussi, accrochant parfois le gland de Kise rendu humide par l'intensité de la stimulation. Pourtant, il manquait encore quelque chose pour que l'extase soit complète… Au début, Kise pensa naïvement qu'il s'agissait juste d'une connexion supplémentaire, alors il quémanda un nouveau baiser, qu'Haizaki fut plus que consentant à lui donner.
Mais cela ne suffisait toujours pas.
Le renard avait besoin de plus.
De ce que le loup se gardait bien de lui céder.
De le sentir en lui et non pas juste sur lui…
Pourquoi, pourquoi est-ce qu'Haizaki jouait les têtes de pioche alors qu'enfin, son ancien rival se décidait à lui céder ? Ça n'avait pas de sens… Pour quelle raison continuer à les frustrer de concert ? Ce n'était clairement pas assez… ni pour l'un, ni pour l'autre…
Alors, autant prendre les choses en main, dans tous les sens du terme… et aller chercher lui-même ce qu'il lui manquait tant…
Et puisqu'il fallait tout expliquer à son futur/presque partenaire sexuel, Kise captura donc la main qui se baladait dans son cou pour l'inviter à aller se promener… plus au sud. Sur ses reins tout d'abord, puis à marcher sur la lune !
Ou plutôt ses lunes jumelles…
Mais d'abord, il fallait préparer le cosmonaute. Lui enfiler sa petite combinaison pour voyager dans l'espace en toute sécurité. Le préparer à entrer dans le trou noir pour l'explorer et y découvrir l'origine du Monde… Avec application, il goba deux doigts avant de les enduire généreusement de salive. Sa langue serpenta entre eux pour bien les humidifier. C'était une étape cruciale à ne pas négliger pour la suite de la mission spatiale et il ne les relâcha qu'une fois prêts à conquérir sa Voie Lactée…
Lentement, il dirigea la main du loup vers son trou noir et y introduisit non pas un, mais deux astronautes rendus bien glissants, les aspirant à l'intérieur sans rencontrer la moindre résistance. Le goupil était bien décidé à voir des étoiles… de près. Et peut-être même Haizaki parviendrait-il à lui en faire toucher quelques-unes au passage… Sans lâcher le poignet d'Haizaki, Kise le poussa alors à explorer l'espace dans le but à peine voilé de se mettre en orbite. Et comme pour montrer qu'il avait bien reçu le message, l'ex-argenté s'insinua en lui avec douceur, mais détermination, pour partir à la conquête de sa galaxie intime.
L'étoile la plus brillante de la constellation étant son point P comme « prostate », Kise s'attela à le stimuler avec acharnement. Le bout de sa langue se mit à tourner en rond comme une hélice, ayant remplacé ses doigts dans la bouche d'Haizaki, tandis que ceux-ci décrivait d'abord les mêmes cercles concentriques, puis des boucles de plus en plus amples. La main d'Haizaki se crispa alors autour de sa queue douloureusement durcie et sollicitée et Kise se mit à grogner dans la bouche du loup, essayant de résister à la poussée d'adrénaline qui montait en lui.
« C'est… C'est trop… » Articula t-il difficilement.
Pourtant, Kise accéléra encore la cadence. Ses mouvements s'enchaînèrent de plus en plus vite, de plus en plus fort, de plus en plus profondément. Il avait pris le contrôle à la fois de la situation, mais aussi du vaisseau qui explorait ses entrailles, incapable de lâcher le manche, enfin, le poignet d'Haizaki qu'il dirigeait toujours en lui.
« J'y suis presque… Presque… »
« Même avec sa bite, je suis certain que Daiki n'est jamais allé aussi loin… déjà qu'il n'est pas réputé pour son endurance… » Souffla Haizaki, provocateur.
Sauf qu'à ce stade, cette pique gratuite n'atteignit même pas Kise. Ses genoux jouaient carrément des castagnettes maintenant, faiblissant à chaque seconde supplémentaire passée en position debout. C'était de la torture. Une si douce torture… dont Kise aurait aimé qu'elle ne s'arrête jamais. Mais pas question de l'avouer…
Même s'il était à deux doigts de l'orgasme…
Littéralement.
Ondulant furieusement du bassin, il continuait à s'empaler sur les doigts plein de dextérité d'Haizaki, sans laisser paraître le moindre signe de fatigue. Afin d'éviter de rameuter tout le quartier en criant trop fort, le mannequin essayait désespérément de se mordre la langue, enfin, dans les rares moments où Haizaki la laissait tranquille pour parler…
« Alors tu prends ton pied Kitsune ? » S'enquit le loup.
« Je préférerai… prendre ta queue, comme je te l'ai déjà dit maintes fois… »
« Mais ce n'est pas du tout la même taille… es-tu certain que tu y arriverais ? Parce que je te rappelle que ça fait quand même huit mois que tu n'as pas pratiqué l'équitation sur chibre… »
Vraiment.
Très classe.
Comme métaphore.
Mais Kise ne s'en formalisa pas, se redressant contre le torse chaud et robuste d'Haizaki. Il pouvait sentir le cœur du lupin tambouriner dans son dos.
« J'ai… plusieurs godemichets de circonférences différentes tu sais, même si ce n'est pas tout à fait la même chose j'en conviens… »
« Ah ! J'en étais sûr ! Il faudra me montrer ta collection à l'occasion… » Susurra Haizaki, en inspirant la bonne odeur fraîche dans le cou de Kise.
« Gnhh… J'en sais rien, c'est plutôt i-intime comme truc… »
« Plus intime que de te coller deux doigts dans le fondement… ? » Questionna t-il crûment.
« N-non peut-être pas, c'est vrai… » Il soupira… « N'empêche que j'aimerai tellement que ce soit ta queue qui soit en moi, à la place de ces fichus doigts… »
« Tu n'as qu'à imaginer que c'est le cas… Mais pour se rapprocher au maximum de son diamètre… il te faudrait ajouter au moins deux doigts de plus. »
Aussitôt dit… aussitôt fait, à la plus grande surprise d'Haizaki qui ne s'attendait vraiment pas à ce que deux nouveaux intrus le rejoignent dans son voyage cosmique.
« Aaaah… comme ça ? »
Et si quatre doigts pouvaient rentrer aussi aisément dans un conduit aussi exigu, alors n'importe quoi d'autre en serait capable…
« Ouais bébé… ouais… Encore un peu… juste un peu… ouvre-toi pour moi… Mais garde les cuisses bien serrées… je sens que ça vient… Toi aussi, tu le sens que la fusée va bientôt décoller ? »
Ah ça, pour le sentir, il le sentait ! Certes, les doigts ne pouvaient pas atteindre certaines zones, mais ils s'avéraient plus flexibles, plus malléables… Capables d'une souplesse inégalée et inégalable. Pouvant se recourber et tourner sur eux-mêmes. Les paupières de Kise se plissèrent d'extase. Quatre doigts robustes et épais allaient et venaient en lui, le fouillant, l'écartant, l'écartelant, le comblant. Certes, cela ne valait pas un véritable sexe d'homme, mais au moins, ils avaient le mérite d'être plus chauds que ses jouets habituels au plastique désincarné… Sans compter Haizaki qui lui murmurait des paroles trop obscènes pour être répétées droit dans les tympans…
C'était trop, beaucoup trop…
Un incendie enflait dans son ventre… et bientôt ce fut la Supernova.
L'explosion stellaire.
Le Big Bang…
Quelque chose éclata en lui.
Soudain.
Violent.
Indomptable.
Kise se tendit, telle une branche sur le point de rompre en se servant du corps d'Haizaki comme d'un tuteur. Basculant la tête en arrière contre l'arrondi de l'épaule de son amant, il fixa le ciel. Ou bien était-ce… la lune qui les fixait ? Est-ce qu'elle leur donnait son approbation ou bien les narguait-elle en les regardant de haut ?
Encore pantelant suite au contrecoup de sa jouissance, Kise avait l'impression d'avoir été percuté de plein fouet par une comète… A tel point qu'il n'avait même pas remarqué que… la queue de ladite comète avait laissé une… traînée de poussière d'étoiles blanchâtre entre ses cuisses. Haizaki aussi avait dû faire un vœu sur son passage…
Lancement de la fusée Orgasme réussi.
Il n'y avait que maintenant que le renard réalisait à quel point l'endroit était sordide pour faire l'amour… Maintenant qu'il était un peu redescendu. D'ailleurs, en allant rattraper Haizaki tout à l'heure, il avait failli glisser sur une capote et avoir un accident ! Mais bon, il avait marché dedans du pied gauche, ça doit sûrement porter bonheur la semence aussi…
« La prochaine fois, ce sera autour d'autre chose que mes doigts que tu te contracteras Chaton… » Ronronna Haizaki, le visage toujours niché dans son cou rougi par l'action de ses dents et sa salive.
« C'est encore… une de tes menaces en l'air ? »
« Non… c'est une promesse ça aussi. »
Il planta un baiser, puis deux, puis trois près de son oreille, avant de se redresser pour… constater les dégâts encaisséss par leur vaisseau spatial.
« Merde… j't'ai bien salopé on dirait… »
Avec précaution, il ôta ses doigts de la… prise électrique et il les suça soigneusement pour les nettoyer. Putain, il était vraiment sexy quand il faisait ça. Le loup fit subir le même sort à sa paume souillée. Ouais… c'était franchement hot à regarder et Kise commençait à se dire qu'il ferait sans doute mieux de détourner le regard de ce spectacle interdit aux mineurs.
Parce que… une telle vision risquait vite de le rendre dur à nouveau et prêt pour un round supplémentaire… Reprenant son souffle en sentant Haizaki se décoller de son dos, Kise se passa une main dans les cheveux pour y remettre un peu d'ordre, avant de se décider à remonter son boxer et son pantalon. Enfin, ceux prêtés par Haizaki. Mais une main ferme sur son poignet l'en empêcha.
« Non. T'es encore tout… ça, là. » Fit-il en indiquant le petit souvenir laiteux qu'il avait laissé entre les cuisses de Kise.
« Oh… M-mais j'ai pas pris de mouchoir pour m'essuyer… »
« T'inquiète pas pour ça Kitsune. It's not a problem for me. »
Il s'accroupit alors soudainement à la grande surprise de Kise et sa langue si soyeuse passa avec souplesse sur ses jambes, se faufilant même entre elles pour bien les laver de toute trace suspecte. Ce spectacle était… encore pire que le précédent et le renard fut contraint de poser une main sur le muret pour s'y appuyer de nouveau. Déjà qu'il ne tenait plus très bien debout… Mais là… il allait carrément s'écrouler.
Tellement sexy…
Ah si seulement la bouche si désirable d'Haizaki pouvait remonter juste un tout petit peu plus haut… La main encore libre de Kise s'agrippa aux cheveux de son bourreau comme pour ne pas perdre davantage l'équilibre. Haizaki releva le regard vers lui. Ils se fixèrent ainsi pendant un moment en silence, dans une tentative muette de décrypter les intentions de l'autre. Un dernier coup de langue taquin sur les bourses de Kise et le loup considéra son office comme étant achevé.
« There, all cleaned up ! »
Et bam petite claque sèche sur le cul pour agrémenter ses paroles.
Kise bouda un peu. Il n'aurait pas été contre le fait qu'Haizaki et sa langue si habile s'attardent davantage sur lui… Finalement, Kise commençait à prendre goût à la présence de l'autre dans son champ de vision et dans son entourage direct. Et même s'ils n'étaient pas allés jusqu'au bout ce soir, ce n'était que partie remise, n'est-ce pas ?
Il y aura forcément une prochaine fois.
… Pas vrai ?
« Allez Princesse, je te ramène dans ton château. Retourne m'attendre à l'intérieur du resto, le temps que je la fume enfin cette putain de clope. »
« Embrasse-moi d'abord… » Demanda alors ladite princesse, chancelant vers lui.
« Quoi ? Qu'est-ce qui est arrivé au fameux 'Je ne veux pas sentir le goût du foutre sur mon délicat palais' ? »
Le jaune fit une adorable moue de contrariété, ce qui ne manqua pas d'amuser Haizaki. Kise pouvait vraiment se conduire de manière très puérile quand il s'y mettait… mais ça faisait indéniablement son charme aussi. De temps en temps, hein. Pas constamment. Dire qu'avant… au collège ou encore au lycée, Haizaki ne supportait pas que le blond fasse ses caprices de star ou d'enfant gâté. Mais depuis, toutes sortes de liquides avaient eu le temps de couler sous les ponts et… les cuisses de Kise.
« Toi alors… quand t'es bourré, c'est quelque chose… »
« Pas bourré ! Désori-… ! »
Les lèvres d'Haizaki s'emparèrent brutalement des siennes, avant qu'il n'ait eu le temps de formuler son excuse bidon. La même, toujours la même, depuis le début de leur soirée. Et Haizaki décréta qu'il l'avait assez entendue. Kise possédait ce goût de vin prononcé que l'ancien joueur de Teiko ne trouvait pas du tout déplaisant en fin de compte. Surtout mélangé à divers fluides corporels. Comme quoi, Dario les avait bien conseillés, ce Chianti savait accompagner bien des substances comestibles. Oui… C'était bien mieux quand le bavard de service se taisait, même si pour cela Haizaki était obligé de le contraindre au silence avec des méthodes pour le moins… discutables. Le goût du Chianti hors de prix et celui de la semence continuèrent à se mêler pendant que les deux langues dansaient ensemble, avant qu'Haizaki n'interrompe le baiser en premier.
« Allez file maintenant… »
Coup de langue amical sur le nez cette fois et nouvelle tape sur les fesses. Paraissant rassasié, Kise ne demanda pas son reste et il s'en retourna cette fois sagement au restaurant. Haizaki profita donc de l'accalmie pour se sortir une cigarette et l'allumer. L'air commençait à se rafraichir et il y avait toujours cette odeur piquante de pisse de chat qui flottait dans l'atmosphère.
Dire qu'il avait failli craquer, failli baiser Kise entre deux containers à ordures, sans autre forme de procès… Contre un mur détérioré…
Merde.
Putain.
Mais il avait complètement perdu la tête ou quoi !?
Asami allait le pendre par les couilles ! Jusqu'à ce qu'elles deviennent toutes bleues et se décrochent ou pire, s'arrachent sous son propre poids ! Non, Kise n'en valait pas le coup… Il ferma les yeux pour oublier. Mauvaise idée qu'il regretta aussitôt. Des flashs du blond lui revinrent en mémoire. Kise si soumis, alangui contre lui. Guidant sa main pour se faire du bien, sans se soucier de son avis.
Son étroitesse, sa chaleur… et la façon dont il s'était brusquement resserré autour de ses doigts comme pour les baguer, au moment où il avait joui. Haizaki avait pu le sentir pulser autour de lui. Et maintenant… il n'arrivait plus à effacer cette sensation incomparable de sa tête. Le corps de Kise qui s'était écarté pour le laisser entrer, telle la Mer Rouge. Nan… ce n'était pas le moment de devenir romantique… ni de verser dans les métaphores religieuses.
Ah bordel, il était foutu déjà…
Et ce, depuis fort longtemps tout bien réfléchi…
Ça faisait des heures qu'il squattait ce foutu parking de supermarché situé à en bordure de Tokyo. Derrière lui se trouvait un chantier de construction désert. Ou plutôt, déserté par ses ouvriers, vu que la nuit commençait à tomber. Apparemment, ils érigeaient de nouveaux immeubles résidentiels par ici, parce qu'il n'y avait plus une seule place de libre dans le centre-ville déjà bondé. Les prix y avaient explosé de toute façon et il était de plus en plus difficile de s'y loger pour un loyer raisonnable. Et à vu de nez, ça allait être un sacré complexe. Les grues s'élevaient dans les airs, lui faisant penser aux Tripods extraterrestres de « La Guerre des Mondes ». Elles étaient tellement impressionnantes avec leur ossature d'acier qu'Haizaki se demandait quelle sensation cela lui procurerait de se balader au sommet de l'une d'entre elles.
Une fois, il était tombé par hasard sur une vidéo de jeunes qui s'amusaient à escalader immeubles désaffectés et autres engins de chantier. Putain de suicidaires… rebelles à deux balles… Ne réalisaient pas qu'ils risquaient leur vie juste pour faire quelques vues sur Internet ? Mais les adeptes du Parkour urbain avaient la côte dernièrement. Tout le monde les trouvait cool avec leurs acrobaties délirantes.
Ils semblaient défier la gravité, travaillant leur art sans filet. Ces jeunes désinvoltes se disaient épris de liberté, survolant la populace clouée au sol par le poids des responsabilités et des dettes à payer. Pensant planer comme des oiseaux au-dessus du vide. Mais s'écrasant comme des merdes mortelles au moindre problème. Se brisant les os sur le bitume dur et inhospitalier. Parce qu'à cette hauteur, toute chute était fatale. Il n'y avait pas de seconde chance.
En entrant dans l'âge adulte, Haizaki avait délaissé ses rêves de liberté, comme nombre de citoyens du monde.
Enfin, pas totalement.
Il continuait juste à les entretenir à sa manière, en vivant en marge de la société et en choisissant ses horaires. Pas de bureau fixe, pas de patron, pas d'attache. Mais pas de sécurité non plus en cas de dégringolade.
Ouais… en fait, il n'était pas si différent de ces jeunes cons.
Lui aussi bossait sans filet.
A part que le loup avait choisi d'exercer son art au sol. Les pieds bien sur terre et les mains dans le cambouis.
Mais toute liberté a un prix.
Et pour conserver la sienne, Haizaki avait dû tirer un trait sur le fait de percevoir un salaire régulier à chaque fin de mois. Il n'avait d'ordre à recevoir de personne excepté lui-même, mais du coup, il devait se bouger davantage que les employés couverts par un confortable contrat de travail.
Hélas aujourd'hui, la pêche n'était pas bonne. Les clients potentiels ne se bousculaient pas vraiment au portillon, comme on dit. Il avait déjà décroché quelques menus travaux depuis qu'il avait fait ce choix de style de vie, mais les gains étaient maigres. Tout ça pour ça ? Il avait beau vivre à sa manière, à un moment, il se demandait s'il n'aurait pas mieux fait de se plier aux règles de la société. Il aurait pu se trouver un boulot stable, avec un salaire décent, et mener une vie tranquille. Certes, il n'aurait pas eu la liberté dont il jouissait actuellement, mais au moins, il aurait pu dormir sur ses deux oreilles.
Et le frigo toujours rempli.
Matt et sa mère comptaient sur lui pour faire bouillir la marmite.
Après tout, il était l'homme de la maison à présent, même s'il n'avait jamais demandé à l'être.
La journée avait pourtant bien commencé. En début d'après-midi, Haizaki avait rapidement repéré un rutilant hummer garé sur le parking, chose encore assez rare au Japon. Il s'était même demandé quel genre de gars pouvait bien aller faire de simples COURSES alimentaires au volant d'un tel monstre. Et quand il avait enfin vu son propriétaire émerger du magasin avec ses sacs en plastique bon marché et sa chemise tâchée, Haizaki avait pensé que toutes les économies de ce modeste travailleur devaient être passées dans sa caisse…
Alors… il avait bien essayé de lui faire son numéro de charme habituel, celui qu'il maîtrisait sur le bout des doigts, mais ce badaud-là n'y avait pas été sensible. Au contraire, il n'avait pas du tout apprécié de voir Haizaki tourner comme un vautour autour de son trésor sur roues et lorsque le brun avait proposé de faire la vidange de son véhicule pour une somme modique, le mec l'avait envoyé chié en le menaçant d'en venir aux mains ou de carrément appeler les flics, s'il s'approchait à nouveau de sa bagnole.
L'ex délinquant décapsula une canette de bière et la but au goulot.
Putain… il ferait mieux de rentrer. Il avait perdu toute une journée à attendre sur ce foutu parking qu'il se passe ENFIN quelque chose. En plein cagnard. Et même si le soleil était en train de se coucher à présent, l'air restait lourd. Le loup passa la canette encore froide sur son front pour essuyer quelques gouttes de sueur.
Ce fut à cet instant précis que l'impensable se produisit.
Des phares l'illuminèrent.
Haizaki tourna la tête en direction de la voiture qui venait de débouler sur le parking. Il s'agissait d'une vieille berline noire de marque étrangère. Il plissa les yeux. Ouais, c'était bien ce qu'il pensait. Une Allemande. Le célèbre sigle composé de quatre cercles s'entrecroisant était visible sur son capot. Une bagnole de luxe, mais pas de première jeunesse. Elle ne semblait pas vraiment entretenue, paraissant avoir connu des jours meilleurs… Cela semblait indiquer que son proprio n'était ni un type très soigneux, ni un connaisseur et Haizaki se dit que c'était sa chance…
Le pigeon parfait.
Allez, il s'agissait de sa dernière occasion de la journée de plumer quelqu'un.
Le mec se gara juste devant lui, à seulement quelques centimètres en réalité, et Haizaki contourna le véhicule pour venir tapoter légèrement sur le toit de l'habitacle, histoire de signaler sa présence. Non pas que le conducteur avait failli l'écraser, mais il n'avait pas l'air d'avoir remarqué que quelqu'un se trouvait là. Haizaki se pencha donc pour regarder à travers la vitre… teintée, sans succès donc, mais le gars avait entre temps capté qu'il souhaiter s'adresser à lui et avait donc baissé sa vitre. Le brun décida de lui dégainer son plus beau sourire. Rien de tel que de se montrer avenant avec un client…
Qui sait, peut-être que le mystérieux conducteur était en fait une nana ? Et dans ce cas, cela voudrait dire deux fois plus de fric, parce que deux fois plus facile à tromper. En général, les gonzesses n'y connaissent rien en mécanique : on peut leur faire avaler n'importe quelle couleuvre. Et en parlant de faire avaler des couleuvres, si elle était mignonne en plus, Haizaki n'aurait rien contre lui faire gober la sienne... Après tout, la maison ne faisait pas crédit, mais elle acceptait les paiements en nature… et en liquide aussi. On peut toujours s'arranger quand le client est roi…
Mais à l'intérieur de la voiture se trouvait donc sans grande surprise un homme.
Grand, tellement grand et baraqué qu'il semblait engoncé dans ses vêtements.
Il portait un costume noir sans cravate. Sans doute pas un salaryman, donc. Naaan d'ordinaire, leur tenue de travail était bien plus guindée que celle du gars. Il ôta ses lunettes de soleil.
Un asiatique. Japonais, sûrement. Plus âgé que lui.
Plutôt beau gosse.
Des cheveux bruns aux mèches gominées, laissant sa nuque bien dégagée. Propre sur lui. Des traits fins et plaisants, mais une mâchoire carrée très prononcée.
Il avait tout du mâle alpha ou de l'un de ces mannequins qu'on peut voir dans les magazines de mode. Mais dans un style différent de Kise, par exemple. Plus viril.
Un léger frémissement d'excitation remonta le long de l'échine d'Haizaki.
Parce que même s'il avait une nette préférence pour la fente… heu la GENT féminine, (… j'ai même pas fait exprès de la faire celle-ci…) tâter du levier de vitesse de temps en temps dans son pot d'échappement, Haizaki n'avait rien contre pour rester dans l'imagerie de la voiture.
« Hey… besoin d'un coup de main ? »
L'autre Japonais lui lança un regard interloqué. Ses yeux noirs étirés ressemblaient à ceux d'un requin, sans âme.
« Pardonnez-moi de vous accoster de manière aussi triviale… » Poursuivit Haizaki, maintenant qu'il avait réussi à capter l'attention de l'autre. « … Mais je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre que le moteur de votre voiture… Le bruit qu'il fait n'est pas normal. Vous voulez bien ouvrir votre capot pour que j'y jette un coup d'œil ? »
Le grand gaillard sortit enfin du véhicule, coinçant la branche de ses lunettes de soleil dans l'ouverture de sa chemise. Chemise pas mal échancrée pour le plus grand bonheur d'Haizaki, qui avait une vue plongeante sur ses pectoraux bien définis.
« Sacré morceau… Il se pourrait bien que j'ai tiré le Jackpot pour une fois… » Se félicita mentalement le mécanicien.
Il se passa même furtivement la langue sur la lèvre supérieure, appréciateur.
Et maintenant que le gars était debout, il semblait encore plus grand. Ouais… il dépassait de peu Haizaki et un tel gabarit était décidément très sexy. Sa bouche aux lèvres charnues aussi était sensuelle. Pourtant, il y avait comme une aura froide et écrasante qui émanait de ce mystérieux conducteur, le rendant encore plus attirant aux yeux d'Haizaki. Il baissa le regard pour consulter la montre de luxe attachée à son poignet, d'un air ennuyé. Une montre Suisse de grande marque, évidemment.
« Time to do some magic… » Sourit l'accro des motos sans rien dire.
Haizaki se pencha sur le capot et il le souleva pour de constater ce qui se tramait en dessous. Après un examen sommaire, il décréta sûr de lui :
« Ça y est, j'ai trouvé : votre courroie de distribution est presque morte. »
Et même dans l'hypothèse où Haizaki n'aurait rien trouvé qui déconnait, il aurait toujours pu inventer un problème imaginaire. Après tout, il était plutôt doué pour improviser et raconter des bobards au pied levé, dès lors qu'il s'agissait de se faire du fric. Et boooooon oooook, il avait un peu noirci le tableau là aussi. Le truc était juste en train de sortir de son axe à cause de l'usure, ce n'était pas grand-chose au final. Suffisait de l'y remettre. Mais s'il voulait s'en mettre plein les fouilles, Haizaki savait qu'il avait tout intérêt à jouer la carte de la gravité en dramatisant la situation au maximum.
« C'est comme la chaîne d'un vélo : si jamais elle déraille, c'est foutu. »
Et ce client providentiel, il comptait bien le traire jusqu'à la dernière goutte (de liquide, peu importe son origine…), jusqu'à la dernière piécette, même.
Car maintenant qu'Haizaki avait le loisir de l'observer de plus près, il ne put que remarquer que son costard devait valoir à lui seul plus que l'intégralité de sa propre garde-robe présente chez maman !
« Vous êtes mécanicien ? C'est bien ma chance… D'accord, faites le nécessaire dans ce cas, je vous fais confiance. »
Confiance… ?
Ok, l'opportunité était définitivement trop belle pour la laisser filer !
Haizaki était bien décidé à lui sortir le grand jeu pour lui soutirer des billets comme s'il en poussait dans les arbres !
« Attendez-moi ici, j'en ai pour une seconde juste le temps d'aller chercher mes outils ! »
Ton affable et politesse de rigueur.
Ses meilleurs arguments de vente…
Enfin, en temps normal…
Parce que ce type… il semblait largement plus intéressé par deux autres arguments, d'une nature totalement différente… Ceux situés au niveau du pare-choc arrière du brun. Il n'avait pas échappé à Haizaki que le regard du mec s'était attardé sur son cul plus que de raison, mais l'air de rien, pendant qu'il avait la tête sous le capot de sa bagnole.
Alors autant jouer et abuser de cet avantage jusqu'au bout.
Il ôta sa chemise à carreau, la posant dans le coffre de sa vieille caisse et il ceintura sa sacoche à outils autour de sa taille. Il ne portait qu'un simple T-shirt blanc en coton qui mettait en valeur sa carrure naturelle et ses muscles saillants d'ancien sportif. Quant au bas, il s'agissait d'un bon vieux jean 501 bleu clair brut, du genre à vous faire un fessier d'enfer. D'autant plus qu'Haizaki avait fait exprès de rentrer son T-shirt dans son pantalon pour laisser une vue dégagée sur sa divine chute de reins. De retour auprès de son client, il se pencha à nouveau exagérément au-dessus du capot, le fessier bien relevé.
« Vous avez l'air bien équipé… » Commença l'homme. Parlait-il de ses ustensiles de réparation ou d'autre chose ? « Votre garage se trouve loin d'ici ? »
« J'ai pas… d'atelier à proprement parler. Mon échoppe à moi, c'est la rue, tout simplement. »
« Vraiment ? » S'étonna l'autre, sans doute ignorant de telles pratiques.
« Ouais, je suis mécanicien itinérant. Je vais de quartier en quartier pour réparer les voitures des gens qui n'ont pas toujours les moyens de se payer les grands garages. En général, j'arpente les stations-services et les parkings publics comme celui-ci ou encore les ronds-points, là où il y a beaucoup de circulation. Mais c'est plus dangereux, forcément. »
« Être son propre patron ne doit pas être facile tous les jours. » Conclut l'homme sans cesser de le scruter. Ou plutôt de le mater sans vergogne.
« C'est sûr. Cependant, ça a quelques avantages non négligeables. Au moins, on ne doit rien à personne et personne ne vous exploite non plus. On ne travaille que pour soi. »
« Mais… n'est-ce pas… illégal ? »
Tout de suite les grands mots qui fâchent… A croire qu'en ce monde, tout était tout noir ou tout blanc et que les zones grises n'existaient pas. Et puis… sans vouloir se montrer désobligeant, ce gars n'avait pas la tête de l'employé modèle non plus…
Ou, comme le diraient si philosophiquement les enfants de l'école maternelle située en bas de sa rue : « C'est celui qui dit qui y est ! »
« Et bien… je n'irai pas jusqu'à dire que c'est parfaitement légal. Bien entendu, ça reste du travail au noir non déclaré, mais… c'est toujours la même chose, au final. Tant qu'on ne se fait pas coincer… Le tout, c'est d'être capable de mesurer le ratio risque-récompense. »
Haizaki pivota alors vers son interlocuteur, un sourire en coin.
« Mais pourquoi cette question, vous comptez me dénoncer… ? » Lança t-il, sur le ton de la provocation.
Ce type se foutait clairement de sa gueule. Parce qu'avec une bagnole pareille et des fringues de gros riches comme celles qu'il avait sur le dos, il y avait toutes les chances pour que le gars trempe dans des business pas très… respectueux de la Loi, lui aussi. On dit qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais en général les gusses dans son genre, Haizaki les fuyait comme la peste.
Parce que depuis tout à l'heure, son cerveau ne cessait de lui hurler « Yakuza »…
« Non. » Répondit l'autre en croisant les bras sur son torse fort. Il avait vraiment… des épaules larges comme celles d'un videur… Non, comme celles d'un garde du corps, même. « C'était juste comme ça, histoire de faire la conversation et de savoir ce qui avait bien pu vous pousser à aller exercer vos talents à même la rue directement. »
Lentement le regard d'Haizaki remonta le long de son corps, cherchant quelques traces de tatouages quelconques aux endroits où la peau était découverte, dans le but de confirmer son intuition. Mais rien, chez ce type, ne semblait dépasser des cases. Comme si tout était soigneusement étudié et calculé pour ne pas faire de vagues ou éveiller les soupçons. Mais sa couverture du parfait citoyen modèle ne prenait pas sur lui. Et pour cause, des mecs comme ce gars-là, il en avait vu traîner des tas aux abords de son ancien lycée.
Des « recruteurs », sans cesse à la recherche de viande fraîche pour leur faire effectuer les basses besognes, telles qu'aller vendre de la came ou collecter des dettes, pour les plus costauds. On lui avait même déjà proposé… et aussi étrange que cela puisse paraître, il avait toujours décliné. Pas une seule fois il ne s'était même senti tenté, alors que pourtant Haizaki était loin d'incarner un enfant de chœur. Mais honnêtement, il ne voulait rien avoir à faire avec ces chacals aux méthodes trop violentes.
Même pour lui.
Légèrement rassuré cependant de n'avoir rien constaté d'anormal lors de son rapide passage en revue du type, Haizaki attrapa sa clé à molette.
S'il jouait intelligemment son coup, ça pouvait lui rapporter gros.
« Je vais bidouiller son thermostat. Il n'y verra que du feu, pas de danger. C'est juste une bonne poire qui n'y connaît rien en mécanique auto. Alors autant en profiter pour lui faire encore cracher un peu cash… » Pensa t-il.
Il desserra presque imperceptiblement l'un des écrous. Ça devrait suffire pour le moment. Son petit subterfuge tiendrait quelques jours à tout casser, avant que le moteur ne se remette à tousser et que le mec ne soit obligé de revenir pour effectuer des réparations supplémentaires.
Voilà comment on s'assurait la fidélité d'un client, selon Haizaki.
Petit investissement, mais grosse rentabilité au final.
« Et tu es satisfait de la vie que tu mènes ? » L'interpella à nouveau l'homme en noir, en le tutoyant cette fois. Il s'était discrètement rapproché, dans son dos, et regardait à présent par-dessus son épaule. « Tu pourrais… facilement te faire beaucoup d'argent de manière disons… moins salissante et surtout… nettement plus agréable. »
Le ton jusqu'alors bon enfant du dialogue changea subitement du tout au tout.
Il avait suffi d'un seul mot maladroit pour qu'Haizaki se stoppe immédiatement dans sa tâche.
« Agréable ? » Répéta mentalement le garçon aux cheveux longs, comme pour être sûr qu'il avait bien compris. « Ah ouais, donc j'avais pas rêvé… Ce connard me prend vraiment pour le gigolo du coin… »
Encore une fois, non pas qu'Haizaki soit contre le fait de joindre l'utile à l'agréable justement, mais que ce bâtard lui sorte ça de but en blanc, sans fournir le moindre effort pour cacher ses intentions, c'était presque… dégradant. Comme s'il prenait Haizaki pour acquis, pour peu qu'il y ait du fric à se faire.
Ouais, c'était vexant et son amour propre en prit un coup.
Il ne le trouvait même plus si attirant que ça, ce type, maintenant qu'il avait osé lui faire une proposition indécente à peine déguisée.
L'ancien basketteur se redressa donc et referma le capot d'un geste sec.
Mais mieux ne valait pas rentrer dans son jeu et plutôt mettre un terme rapide à leur échange.
« J'ai terminé. Normalement, dans un véritable garage, on vous demanderait facilement soixante-mille Yens pour ça. Mais j'suis disposé à n'en prendre que la moitié. »
« … Si ça peut vous faire dégager d'ici plus vite… » Ajouta t-il pour lui-même silencieusement.
« Seulement trente mille Yens ? Il va falloir apprendre à viser plus haut si tu veux t'en sortir dans la vie, gamin. »
L'inconnu ouvrit la portière pour se glisser dans l'habitacle et il fouilla l'intérieur de sa veste haute couture pour en sortir…
… une liasse de billets bien garnie.
Les yeux d'Haizaki s'ouvrirent grands comme des soucoupes volantes venues de la planète Mars et il prit ce que le gars lui tendait, sans rechigner. Amour propre ou pas, il y avait du bif en jeu… Peut-être même plus qu'il ne l'aurait imaginé au départ. Alors ça valait bien quelques… reconsidérations expresses, non ?
« Après tout, si ce connard a autant de pognon à claquer, ce qu'il décide d'en faire ne me regarde pas. Mais à sa place, je rachèterai une autre caisse toute neuve à la place de ce tas de ferraille. Pourquoi continuer à rouler avec un truc aussi pourri quand on a les moyens ? C'est bien des préoccupations de riches, ça tiens… » Se dit-il.
Le terme « valeur sentimentale » était étranger au vocabulaire de l'ex-argenté de toute évidence…
« Je pense traîner dans les parages encore pendant quelques jours… Si vous avez à nouveau besoin de mes talents de MECANO, vous savez où me trouver. » Indiqua Haizaki, en appuyant bien sur un mot en particulier.
Parce qu'il parlait uniquement de ce talent-là et pas certainement d'un hypothétique autre, autant se montrer clair tout de suite sur le sujet.
En guise de réponse, l'homme lui sourit. Mais impossible de dire si le message était bien passé…
« C'est noté. Au fait… Je m'appelle Asami. Asami Ryuchi. Ce fut un plaisir de faire ta connaissance. »
Il tendit davantage la main pour serrer celle d'Haizaki. Un courant électrique passa entre eux, faisant frémir l'ancien voyou et ce contact manuel s'attarda plus que de raison. Merde, ce fils de pute lui faisait vraiment de l'effet… Haizaki n'y pouvait rien, il avait toujours eu un faible pour les hommes dirigistes et imposants. Ceux qui savaient se faire respecter et n'hésitaient pas à user de la force pour le recadrer ou le remettre à sa place. Ceux qui savaient le soumettre et le dominer physiquement. Déglutissant difficilement, il rompit cette poignée de mains étouffante et laissa Asami repartir au volant de sa belle berline noire…
Patienter durant les prochains jours promettait être long…
… Ou pas.
Parce qu'Haizaki connaissait bien des façons de passer le temps… Aussitôt que la capitale du Japon fut entièrement plongée dans la nuit noire, Haizaki ne fit qu'un rapide détour par chez lui pour déposer un peu de cash. Sa mère ne lui en demanda pas la provenance, mais en revanche elle insista pour qu'il reste dîner avec elle et son cadet. Cependant, l'aîné n'avait qu'une seule envie : aller flamber de la thune ! Il l'avait bien mérité après tout ! Grâce à son instinct de survie acquis dans la rue et quelques tours de passe-passe, il l'avait bien enfumé cet Asami ! Or, cette victoire méritait bien d'être fêtée dignement !
Et pour Haizaki, c'était synonyme d'alcool, de drogue (seulement des trucs « légers », il ne touchait pas à la coke ni toutes ces saloperies…) et éventuellement… de putes. Des vraies, cette fois. Des nanas dont c'était le métier, contraire à lui… Dire qu'Asami avait osé le confondre avec un professionnel du sexe… C'était humiliant à bien y repenser. Qu'est-ce qui avait bien (mal) pu lui faire croire ça ?
Juste parce qu'Haizaki avait un peu dandiné du popotin sous son nez ? Tsss… Mais c'était uniquement dans le but d'obtenir un plus gros pourboire ! Les clients avaient tendance à se montrer plus généreux lorsqu'il dégainait son numéro de séduction en déballant le matos ! Ce n'était pas de sa faute ! Le loup n'était qu'une pauvre victime de la loi du marché ! Et ce n'était clairement pas lui qui en inventait les règles !
Lorsqu'il se décida enfin à sortir, il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver ses petits. Dans le quartier chaud, on ne comptait plus le nombre de bars, clubs et autres lieux de débauche qui pullulaient à tous les coins de rues. Haizaki s'y sentait comme chez lui, telle une carpe Koï dans un bassin paysager. Il avait grandi tout près de Kabukicho, après tout. Dans cette grande tour HLM en béton qu'il n'avait jamais quittée et où sa mère les avait durement élevés, seule, Matt et lui, après que son père ET son beau-père aient décidé de se tirer, l'un après l'autre. De biens beaux exemples de courage masculin !
D'ailleurs, il était connu comme le loup (gris) blanc dans le coin.
Haizaki y avait ses habitudes, ses endroits préférés mais surtout, il possédait des contacts. Des types aussi paumés que lui la plupart des temps. Du brave père de famille fauché, en passant par la serveuse sans le sou accro aux host clubs, en terminant par le petit dealer du coin, trop gourmands sur sa commission. Mais il s'agissait d'un décor auquel Haizaki s'était habitué et qu'il avait fini par apprécier avec les années.
Parce qu'ici, malgré les faux semblants, les gens étaient vrais.
Lorsqu'il entra dans son établissement favori le Deep Red 666, Haizaki salua rapidement les habitués (de véritables piliers de bar, présents de jour comme de nuit…) et se rendit directement au comptoir. Sans piper mot, il posa avec assurance une grosse liasse de billets sur le bois ciré. La serveuse, une fausse rousse à l'apparence peu raffinée dénommée Rika, le fixa avec étonnement avant de soupirer.
« Désolée mon chou, mais la maison n'accepte toujours pas les billets de Monopoly, ni les chèques en bois… » Répondit-elle en continuant à essuyer ses verres.
« Tu crois vraiment que si c'était de faux billets, je me permettrai de faire ça… ? »
Le jeune homme en attrapa quelques-uns avant de se les passer sous le nez, comme pour en respirer l'odeur imaginaire et l'incruster dans ses poumons. Puis, il fit signe à Rika de se pencher vers lui et il en profita pour fourrer un conséquent petit pécule dans son soutien-gorge déjà bien rembourré, pile entre ses deux seins ronds.
« Ça te dérange pas de me les garder au chaud ma belle ? »
Après lui avoir adressé un clin d'œil complice, il siffla et tapa dans ses mains pour attirer l'attention des autres buveurs.
« Hey les gars ! Ce soir, c'est papa qui régale ! Prenez tout ce qu'il vous plaira ! Je veux tous vous voir rouler sous les tables ou vous battre avec des queues de billard, avant le lever du soleil ! »
Un tonnerre d'applaudissement retentit alors, saluant le généreux donateur de la soirée. Pour une fois que c'était lui qu'on acclamait, Shogo ne boudait pas son plaisir. Après quelques verres, toutes les âmes en peine qu'abritait ce bar se sentiraient mieux, c'était une science exacte. Car il n'y avait aucun problème que l'alcool ne pouvait résoudre et Haizaki se sentait tel le berger miséricordieux répandant la sainte parole parmi ses ouailles égarées.
Rapidement, la soirée battit son plein. D'aucuns diraient même qu'elle avait dégénéré lorsque deux mecs s'étaient mis à se taper sur la gueule, bon sans canne ni boule de billard certes, mais dans le quartier, la tradition voulait qu'une bonne soirée ne pouvait être considérée comme « bonne », sans que des soulards de tous bords n'en viennent aux mains ! Des salarymen étaient montés sur le bar et dansaient en chantant, slip ou cravate sur la tête, selon le degré de pudeur et d'alcoolisation de chacun. Haizaki lui, enchaînait les verres comme du petit lait… une nana sur chaque genou.
« T'as braqué la Banque du Japon pour te dégoter un tel pactole ou quoi ? » S'intéressa tout de même la charmante Rika.
« Même pas. Juste un type. Un sacré pigeon ! »
« Et il travaillait pour la Banque du Japon, ton gars, là ? » Poursuivit-elle sur sa lancée
« Si ça se trouve, c'était le PDG… » Gloussa l'une des deux brunes assises sur lui.
Des jumelles…
Ou alors, c'était l'alcool qui commençait à le faire voir en double.
Enfin peu importe, parce qu'il avait toujours rêvé de se taper deux copies conformes… Et vu qu'il avait déjà glissé les doigts dans la tirelire de l'une d'entre elles – celle qui ne parlait pas – Haizaki avait bon espoir de conclure cette nuit par un plan à trois rondement négocié…
Mais alors qu'il cherchait toujours à trouver la combinaison du coffre-fort de sa brune, Haizaki sentit quelque chose vibrer dans sa poche. Bordel de merde… qui pouvait bien l'appeler à une heure aussi indécente ? « Numéro inconnu » en plus ! Putain, manquait plus qu'ça ! Haizaki décrocha pourtant, bien qu'à contre cœur, afin de montrer à celui qui avait décidé de lui casser les couilles, (et son coup…) de quel bois il se chauffait. Et spoiler : le gars en question avait intérêt à prêt à se prendre une belle volée de bois vert justement !
« Allô ? Ecoute-moi bien enfoiré, j'sais pas qui t'es, ni par quels moyens détournés t'as eu mon numéro mais… »
« Bonsoir. » Le coupa une voix aussi profonde que dangereuse.
Familière.
Haizaki se tendit instantanément sur son tabouret. Il en avait la chair de poule.
Putain… comment est-ce que ce connard s'était débrouillé pour obtenir son numéro… ?
« Asami, c'est ça ? Tu veux quoi… ? Déso, mais j'suis un peu occupé là mec… »
Bel euphémisme.
Il vint chatouiller du bout des doigts le bouton magique du coffre-fort de la fille, qui se mit à éclater de rire très fort dans son téléphone portable. Le volume sonore de sa voix de crécelle était vraiment désagréable… mais sans doute également très efficace pour déboucher les tympans, au cas où. Et peut-être même les chiottes du bar aussi, lorsqu'elles avaient tendance à se boucher…
« Tu pensais pouvoir te jouer de moi aussi facilement… ? Que je ne m'apercevrai de rien ? Qu'est-ce que tu as fait à ma voiture ? »
On sentait clairement la colère dans son intonation, alors Haizaki devait essayer de calmer le jeu au plus vite. Règle numéro 1, quand il s'agissait de traiter avec des clients insatisfaits.
« J'y peux rien si ta caisse elle est bonne pour la casse et j'suis pas non plus responsable de ta conduite de merde. Mais sache en tout cas que j'lui ai rien fait de spécial. Juste ce pour quoi tu m'as payé. » Mentit Haizaki.
De toute façon, concrètement, il risquait quoi ? Ce type ne savait même pas où il se trouvait actuellement et ce n'était pas comme si main allait sortir par l'écran de son téléphone pour l'étrangler ! Non, le mieux, c'était encore de le laisser se calmer dans son coin au moins jusqu'à demain matin, puis de réparer gracieusement ce qu'il avait déréglé par appât du gain.
Dans le jargon, on appelle ce genre de petits arrangements un geste commercial.
« Grassement payé même. » Le corrigea aussitôt l'autre brun.
« Ecoute… il est vachement tard là… Alors c'que j'te propose, c'est qu'tu repasses demain au même endroit et à la même heure qu'aujourd'hui et… j'verrai c'que j'peux faire pour te la remettre en état, ok ? And free of charge, bien évidemment. »
Se montrer conciliant suffisait en général à mettre même les clients les plus récalcitrants dans sa poche. Haizaki connaissait son job et il avait également appris à développer son sens du… service.
« Alors, qu'est-ce que t'en dis ? C'est une honnête offre que j'te fais là… »
Plus de réponse, plus de tonalité.
Ah le bâtard, il avait osé raccrocher !
Pfff… Bah tant pis pour sa gueule, c'est qu'il ne trouvait rien à y redire.
Haizaki soupira et enfouit à nouveau son téléphone dans son jean.
Il fallait toujours que ces enculés pétés de tune se croient tout permis, comme si le commun des mortels était à leur disposition ! Non mais il voulait quoi cet Asami ? Qu'Haizaki se rende à l'autre bout de la ville pour réparer sur le champ sa connerie, à quatre heure du matin passé ? Et pourquoi pas lui sucer la bite pour solliciter son pardon et sa clémence, tant qu'il était cette grosse pédale ?
Malheureusement pour lui, notre Nostradamus en herbe était bien trop occupé à faire le malin pour remarquer à quel point sa plaisanterie de mauvais goût se rapprochait d'une prédiction digne du grand oracle Oha Asa…
Parce que presque aussitôt – ce ne fut vraiment qu'une question de secondes – une main ferme se posa sur son épaule et une voix faussement caressante susurra au creux de son oreille.
« Je n'apprécie pas tellement qu'on essaie de me baiser… D'habitude, c'est moi qui baise les autres, Haizaki Shogo… »
Cette fois, tous les poils de son corps se hérissèrent d'un seul coup en signe de danger imminent et même les deux godiches assises sur ses genoux cessèrent instantanément de gigoter. Un silence assourdissant résonna dans la pièce et tous les regards se tournèrent vers le mystérieux inconnu qui avait eu l'outrecuidance d'interrompre la fiesta, de par sa seule présence. On aurait pu entendre des mouches se moucher à défaut de voler, car plus aucun son à part celui de la musique, ne troublait la scène. Chacun avait cessé ce qu'il était en train de faire et l'atmosphère s'était considérablement refroidie.
« La fête est finie… le Grand Méchant Loup vient de faire son entrée dans la maison des Trois Petits Cochons… » Estima Haizaki, sans prendre la parole pour autant.
C'est qu'il ne tenait pas à aggraver son cas déjà suffisamment gratiné.
Car la parole est d'argent et le silence endort… un truc comme ça.
Une aura mortifère se dégageait de cet homme et Haizaki n'en menait plus aussi large, maintenant qu'il le sentait près de lui. Tétanisé sur place, il n'osait plus bouger. Même pour battre des cils. Les deux filles, elles, étaient descendues de leur perchoirs pour passer du côté d'Asami, comme pour lui prêter allégeance de façon muette. Ces deux biches effarouchées avaient bien senti l'odeur de mort qui émanait du prédateur ultime et avaient donc décidé d'un commun accord de montrer patte blanche pour éviter de se faire croquer. Haizaki semblait se retrouver dans la peau d'un louveteau sans expérience en comparaison avec le létal chef de la meute.
« Qu'est-ce que tu as attends pour m'offrir un verre… ? »
Evidemment, le ton employé ne souffrait d'aucun refus et d'un mouvement de la tête, Haizaki fit signe à Rika de verser à ce Monsieur ce qu'il désirait. Elle lui laissa même la bouteille de son meilleur Brandy, fraîchement ouverte rien que pour lui !
C'était là toute l'étendue du pouvoir de persuasion dont disposait Asami Ryuchi. Il n'avait pas besoin de parler pour se faire comprendre, de proférer des menaces pour être menaçant et de s'imposer pour être imposant.
Haizaki avait décidé quant à lui de se faire oublier et d'obtempérer. Le temps que… la tornade passe.
Après tout, il s'agissait du fric d'Asami à la base, alors le loup noir pouvait bien vider le bar s'il en avait envie, tant qu'il acceptait quand même de le pardonner au final.
« On passait une bonne soirée, à ce que je vois… »
« … »
C'était bien la première fois de sa vie qu'Haizaki se retrouvait aussi intimidé et à cours de mots. Aussi préféra t-il se réfugier dans son verre à moitié vide. Peut-être qu'au fond de celui-ci était inscrite la solution miracle à son problème immédiat… Mais Asami était tellement effrayant qu'il ressemblait à l'un ces croque-mitaines de contes de fées et Haizaki savait qu'il devait faire attention, parce qu'il marchait sur des œufs d'aligators en sa présence.
Hmm…
Il devrait sans doute commencer par des excuses.
Ouais, des excuses, c'était bien, ça.
De toute façon, un tel geste ne pouvait assurément pas faire de mal, vu le bourbier dans lequel il s'était fourré tout seul… Son avidité naturelle l'avait conduit à tenter de plumer le mauvais pigeon et moralité : le dindon qui allait se faire farcir, c'était lui au final.
« Je suis désolé, je n'avais pas réalisé que… » Entama t-il, avant de se faire couper.
« Que quoi ? Que tu avais ferré un requin en lieu et place d'un trésor de pirates ? »
« Quelque chose dans ce goût-là, ouais… »
« Hélas, j'ai bien peur que des excuses aussi hypocrites soient-elles ne suffisent pas. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour entendre de vaines paroles. »
Il aurait dû s'en douter mais bon, c'était le jeu. Il n'y avait donc plus qu'à espérer qu'Asami ne se montrerait pas trop exigeant…
« Alors qu'est-ce que tu veux dans ce cas ? »
Autant aller droit au but, tourner autour du pot risquait de rendre Asami encore plus irritable. On avait largement dépassé le stade de la remise client ou de la négociation, hélas.
Car telle était la Loi de la rue, la Loi du plus fort…
« Je te l'ai déjà dit : viens réparer la merde que tu as laissé derrière toi. Tout de suite. »
« Ok. » Céda un peu vite Haizaki. Mais il n'avait pas le choix s'il voulait rester en vie. « Je suppose que tu as dû te déplacer jusqu'ici en bagnole. Elle est sûrement garée quelque part dans le coin, tu n'as qu'à commencer par m'y conduire. »
Pas la peine de perdre du temps en retardant l'inévitable. Autant marcher directement dans la combine et donner à Asami ce qu'il désirait afin de s'en défaire rapidement. C'était tout ce à quoi Haizaki parvenait à se raccrocher en cet instant. Plus vite il se plierait à la volonté de l'autre homme et plus vite il n'aurait plus à subir sa compagnie imposée.
« Passe devant. » Commanda le type en noir.
…
Haizaki avait beau être en position de faiblesse, il ne goûtait que très peu le ton sur lequel Asami avait choisi de s'adresser à lui. Et même s'il risquait gros, il y avait certains comportements qu'Haizaki ne pouvait pas laisser passer. Certes, Asami avait probablement lancé cet ordre pour s'assurer que sa proie ne se dérobe pas, mais Haizaki y voyait plutôt l'expression de la libido du loup à la robe sombre.
« Pour que tu puisses encore me mater le cul comme un gros dégueulasse, de la même façon que cet après-midi ? Va chier… »
« Oh mais je compte bien faire plus que simplement le mater cette fois… » Affirma Asami, en se levant à la suite d'Haizaki.
Il tendit une main vers lui et pinça son fessier sans vergogne, ajoutant encore davantage à son côté pervers en rut, ce qui ne fut pas du tout du goût d'Haizaki. Ce dernier repoussa cette main curieuse d'un geste sec et il commença à avancer vers la sortie. Tous s'écartèrent sur leur passage et un silence puissant régna encore quelques minutes après leur départ de l'établissement.
Ce fils de pute… Pour qui se prenait-il ? Il jouait avec ses nerfs !
Et il y prenait un plaisir évident !
Haizaki se sentait pris au piège, sans la moindre option pour se sortir de ce guêpier.
Mais il l'avait cherché malheureusement…
Allez, autant se convaincre que ce ne serait qu'un mauvais moment à passer…
Alors, que ce salopard prenne ce qu'il voulait et qu'il le laisse enfin tranquille après cela ! Si Haizaki s'y prenait bien, il n'aurait plus jamais à recroiser sa route à l'avenir.
Oh bon sang…
Le jeune homme était si naïf de croire qu'une seule fois allait suffire à Asami…
Car quand on a le pouvoir, en général, on en abuse jusqu'à être totalement rassasié. Surtout lorsque l'autre est impuissant face à vous.
Vulnérable.
Sans défense.
Incapable de vous repousser ou de simplement dire non.
Haizaki n'eut qu'à marcher quelques mètres pour apercevoir la fameuse Audi stationnée non loin de la rue des bars.
« Je te préviens tout de suite… j'ai pas mes outils sur moi… »
« … Et il est hors de question que je repasse les chercher chez moi, même si c'est pas loin d'ici et que c'est d'ailleurs la raison pour laquelle je suis venu à pied. Surtout pas avec toi collé au train comme ça. On dirait un fennec en chaleur… Ma mère et Matt en feraient une syncope. » Ajouta t-il dans sa tête.
« Ce n'est pas un problème. » Fit Asami. « J'en ai dans le coffre. »
D'un clic sur ses clés de voiture, il déverrouilla la berline. Haizaki ne se méfiant même pas, faisant donc le tour de la voiture pour en ouvrir le coffre pour y chercher les outils promis par Asami, quelque chose, n'importe quoi qui lui tomberait sous la main et qui pourrait faire l'affaire. Parce qu'il doutait sincèrement que l'autre brun se trimballe avec un magasin de bricolage tout entier à l'arrière de sa caisse.
Mais quelle ne fut pas sa surprise de ne rien y trouver du tout…
« Qu'est-ce que… ! »
Il n'eut pas le temps de manifester son étonnement, que déjà, Asami qui se trouvait à présent derrière lui, avait sèchement refermé le coffre et l'avait poussé à plat ventre dessus. Ayant perdu l'équilibre, Haizaki heurta durement la tôle et il grogna de douleur, s'estimant malgré tout heureux que le loup tout de noir vêtu ne l'ait pas enfermé à l'intérieur de ce maudit coffre… contre lequel il se sentit immédiatement plaqué.
Presque aussitôt, quelque chose de… dur également vint se loger entre ses reins.
Et il n'y avait aucune erreur quant à ce dont il s'agissait, pour son plus grand malheur…
Le jeune vingtenaire se tendit, surpris de se faire ainsi brutaliser. Il essaya bien de se redresser, mais Asami l'écrasa davantage contre le métal froid et désincarné, une main de fer passée dans ses cheveux. Joue plaquée contre l'acier, Haizaki serra les dents. Il ne pouvait même pas se débattre… Alors puisque ce qu'Asami attendait de lui était extrêmement clair à ce stade, autant tenter de plaider sa cause.
Mais déjà, il sentait les lèvres pleines du second canidé venir labourer sa nuque exposée. Asami reposait sur lui, de tout son poids, le coinçant encore davantage entre son corps dur et la tôle, entre le marteau et l'enclume.
« A-attends ! » Cria presque Haizaki en désespoir de cause, tandis qu'il sentait Asami faire sauter tous les boutons de son jean. « Ton fric… j'vais t-t'le rendre ! »
Bon, il en avait déjà dépensé une bonne partie en l'espace d'une seule soirée et n'était pas en possession immédiate du reste, mais… ça restait des considérations purement logistiques ! Avec un peu de chance, Asami accepterait un plan de remboursement en plusieurs fois.
« Je me fiche de l'argent. » Trancha son bourreau. « Et dans ta position actuelle, je te rappelle que tu n'as pas ton mot à dire sur la manière dont je demande à être remboursé. »
Il glissa derrière l'oreille de sa proie une mèche de cheveux ébène qui s'était échappée de la queue de cheval d'Haizaki. Tiens, ça lui plaisait, ça. Il avait même hâte de pouvoir tirer dessus pendant qu'il serait en train de chevaucher le jeune adulte, en lui arrachant des cris d'extase.
Asami baissa brusquement le pantalon d'Haizaki sur ses chevilles et fit subir le même sort peu enviable à son boxer gris chiné seulement quelques secondes après. En un instant, l'air frais de la nuit vint pincer ses fesses mises à nu et Haizaki frissonna. Pas seulement de froid, mais également de peur. Ce type était sérieux… il comptait vraiment le baiser ici et maintenant, en pleine rue au su et à la vue de tous !
Merde…
Non, il ne pouvait pas le laisser faire ça…
Il avait une réputation à tenir ici !
Et puis aussi, il…
Haizaki tourna la tête vers son assaillant pour regarder ce dernier faisait dans son dos.
C'est alors que le mécanicien remarqua qu'il portait des gants blancs pour aller avec son costume. C'était d'ailleurs la seule pièce de vêtements qui se démarquait du reste… Et vu qu'Asami se trouvait justement en train de les ajuster, c'est qu'il n'avait pas l'intention de s'en départir au moment fatidique…
« Suce… » Souffla t-il à Haizaki en lui présentant ses doigts.
« Et si je refuse ? »
« Alors, tu auras encore plus mal. C'est toi qui vois… »
Putain, merde, putain, fais chier !
Ça ne pouvait pas réellement être en train d'arriver !
Il nageait en plein cauchemar, mais sans aucun moyen de se réveiller !
Ce gars comptait vraiment se passer de lubrification, face au refus d'Haizaki !? Mais d'un côté, c'était peut-être mieux que… de le préparer avec ses doigts. Parce qu'il risquait fort d'avoir une déplaisante surprise s'il le faisait. Le genre de surprise qu'Asami risquait de ne pas apprécier en voyant ses gants hors de prix se teindre de rouge…
Parce qu'il était évident que le grand Japonais ne lui ferait pas de cadeau. S'il était prêt à se passer de son consentement, c'est qu'il avait prévu d'y aller franco. En mode bourrin. Bordel, Asami n'avait pas le droit d'agir ainsi, comme si tout lui était permis ! Parce que… cette partie-là de son corps, Shogo en réservait la primeur à…
…
A un autre, c'est tout.
Point.
Pas besoin d'en savoir plus.
Bien-sûr, Haizaki était aussi attiré par les corps masculins, enfin, certains plus que d'autres disons le très clairement. Un peu comme avec les filles, finalement. Chacun ses préférences physiques, après tout. Mais même s'il avait déjà… touché des corps masculins, il n'était jamais allé plus loin que le flirt poussé. Jamais jusqu'au bout, jusqu'à l'acte final de pénétration, la conclusion ultime…
Une partie de lui était donc encore vierge.
Et comptait bien le rester jusqu'à ce que ce gars-là l'accepte en cadeau… Ce type qu'il avait recroisé par hasard, pas plus tard que la semaine dernière, après avoir passé presque une décennie séparés par un océan.
« Ok Shogo… va falloir porter tes couilles là. C'est le moment d'entrer en négociation et tu vas devoir la jouer serré face à ce salopard d'obsédé ! » S'encouragea t-il mentalement.
« Stop, temps mort ! » Cria t-il en se débattant plus fort pour se faire entendre.
« C'est toi qui vas bientôt être mort si tu continues à me résister… » Prévint le prédateur impatient.
« A-attends, écoute… Je veux dire, on peut discuter non ? Il y a forcément un moyen de trouver un terrain d'entente… »
« Tout dépend de ce que tu proposes en guise de monnaie d'échange. » Répliqua Asami, en léchouillant son lobe d'oreille piercé.
Ok ! Maintenant qu'il avait son attention, ce n'était pas le moment de se foirer. Haizaki détourna le regard et ferma les yeux, comme pour se donner plus de bravoure.
« J'ai compris c'que tu voulais… et c'est d'accord, je vais te laisser l'obtenir… M-mais rien ne t'oblige à recourir à la manière forte comme tu le fais actuellement ! On pourrait… en profiter ensemble, tu ne penses pas ? Réfléchis, on pourrait rendre cette expérience appréciable pour tous les deux. Et ça n'en sera que meilleur pour toi, si moi aussi je prends mon pied… »
Hmm… Ce gamin marquait un point, il fallait bien l'admettre…
« Continue, tu m'intéresses. »
« Mais… j'arriverai jamais à bander si… si on reste ici… J'connais plein d'gens dans c'quartier et les gens ont une grande gueule… Et ils parlent. Les rumeurs vont vite… ce qui risque fatalement… de m'empêcher de me détendre autant que tu le voudrais… »
« Pas avec le GHB que j'ai mis dans ton verre… »
« T…T-tu as quoi… ? »
Sous le choc de cette révélation, les yeux d'Haizaki parurent vouloir sortir de leur orbite.
Il plaisantait, là, cet enfant de putain !? Il plaisantait n'est-ce pas ? Shogo ne pouvait pas le croire. Il n'avait rien vu, ni rien senti d'anormal dans sa boisson.
« Rassure-toi… Je n'en ai vraiment mis qu'un tout petit peu. Juste assez pour que tu restes conscient de tout et que tu t'en rappelles également demain. Sinon, quel intérêt ? »
Mais là n'était pas la question, bordel !
Haizaki réalisa alors l'erreur de son ampleur.
En effet, il avait cherché à baiser la mauvaise personne et maintenant, c'était lui qui allait se faire baiser !
Telle était la loi implacable et impartiale de la rue…
Baiser avant de l'être…
Manger ou être mangé.
Il aurait dû le savoir mieux que quiconque, lui, l'enfant de ce quartier défavorisé.
Cependant, il lui restait encore une carte à jouer.
Sa plus précieuse.
« Tu n'avais pas b-besoin de faire ça… J't'aurai suivi quand même, si tu me l'avais simplement demandé… Depuis ton départ de ce parking, à chaque fois que j'ai pensé à toi, je suis devenu tout dur… »
Constatant l'air dubitatif du gangster, Haizaki reprit :
« Touche-moi. Et… et tu verras par toi-même si je mens. »
Une paire de longs doigts gantés se glissèrent alors sous son ventre, se mettant à le tâter comme une pièce de boucherie. Son amour propre s'enfonça un peu plus dans ses chaussettes, mais ça restait toujours mieux que de se faire prendre à même le capot d'une bagnole par un inconnu, devant ses propres voisins et autres amis d'enfance. Ok, il l'avait cherché et sans doute quelque peu mérité également.
Mais fuck… Ça allait beaucoup trop loin, là.
D'aucuns affirmeraient même que ça partait en couille, grave.
« On dirait bien en effet… C'est la perspective du voyeurisme qui t'excite à ce point ? Que des personnes que tu connais puissent t'entendre jouir… et te voir t'empaler sur ma queue encore et encore… »
Asami lui attrapa sèchement les hanches et se pressa contre lui, histoire de lui faire sentir son arme à feu… personnelle, chargée et prête à tirer.
L'enfoiré…
Sacré calibre…
Pourquoi était-ce toujours les pires pourritures à fouler la surface de la Terre, qui possédaient les plus énormes bites !? Mère Nature aurait maîtriserait-elle le concept de l'ironie ? Ou plutôt, celui de l'humour noir ?
« Sale con… » Grogna Haizaki.
« J'espère que cela te servira de leçon… Un chien des rues dans ton espèce ne devrait jamais s'attaquer à un loup… »
« C'est toi… qui vas le regretter… salaud ! »
Peut-être pas aujourd'hui. Ni même demain. Mais un jour, l'ex-joueur de Fukuda prendrait sa revanche. D'habitude, les mecs avec qui il s'embrouillait essayaient de le tabasser. Cependant, c'était bien la première fois qu'un gars tentait plutôt de la baiser à la place. Et ce n'était peut-être pas un changement si désagréable tous comptes faits… Il y avait du plaisir à grappiller même pour lui, après tout si Asami s'y prenait bien…
Bordel, Haizaki était vraiment maso. Il secoua la tête, se trouvant désespérant lui-même. Mais c'était la seule possibilité qu'il lui restait de rendre la situation plus acceptable.
« J'ai hâte de te voir essayer. Mais en attendant… C'est moi qui ai le dessus, alors c'est moi qui commande. Tâche de ne pas l'oublier trop vite. Ou je me ferai un plaisir de te le rappeler d'une façon que tu risques de ne pas aimer. »
Quel genre de jeu malsain était-ce pour lui ? Asami se conduisait comme un enfant roi qui ne supportait aucune forme de contrariété. Et Haizaki commençait à en avoir sa claque. Il voulait bien coopérer dans une certaine mesure et faire des concessions, mais sentir ce gros pervers s'aiguiser entre ses deux rondeurs écartées à une main, ça avait le don de le foutre hors de lui ! C'était comme si Asami adorait le narguer sciemment, en asseyant sur lui son apparente supériorité.
Sauf qu'Haizaki n'avait pas encore abattu sa carte maîtresse…
Et le moment était venu de le faire.
« … Je possède… une cache, près du supermarché où l'on s'est rencontrés… » Murmura le délinquant.
« ? »
« J'y conserve quelques outils et un peu de fric également, pour dépanner. S-si on y retournait, je pourrai… d'abord m'occuper de ton moteur… »
Il fit alors la seule chose qu'il était physiquement capable de faire en cet instant, c'est-à-dire, saisir la main encore libre d'Asami pour la placer entre ses cuisses. Histoire de faire naître le besoin, en lui faisant tâter la marchandise.
L'ancien basketteur gémit sous ce toucher velouté. La soie du gant glissait si délicatement sur sa hampe tendue… Parce que ouais, mine de rien, qu'Asami le domine et le malmène de la sorte, ça l'excitait quand même un tant soit peu… Pas la peine de le nier, puisque son corps parlait pour lui.
Il n'était par conséquent pas encore trop tard pour qu'Haizaki aussi y trouve son compte.
Pour qu'ils fassent les choses à SON rythme.
Et à SA manière.
« … Et de ta grosse bite, juste après. »
Histoire de bien enfoncer le clou, il posa sur son tortionnaire un regard plein de soumission et de luxure.
On ne peut dompter un loup.
Mais on peut toujours tenter de l'amadouer.
Comme n'importe quel chien.
Presque aussitôt, Asami l'attrapa brusquement par le col de son T-shirt et il le redressa sur ses pieds.
« Tu prends le volant. » Fit-il en lui lançant les clés de sa berline, avant de grimper dedans sans attendre.
« Hein, quoi ? Mais pourquoi moi !? » S'étonna Haizaki en les réceptionnant comme une passe au basket.
« Parce que tu seras trop occupé à conduire pour penser à ne serait-ce qu'essayer de t'enfuir. »
Haizaki referma rapidement son pantalon, tandis qu'Asami lui faisait de la place pour qu'il puisse s'installer sur le siège conducteur. Il balança quelques affaires sur la banquette arrière et boucla sa ceinture.
« Ça se tient. Mais t'as pas peur que je nous plante dans un arbre ? Ou un poteau téléphonique ? »
Ah… c'était tout lui ça de faire du zèle alors que la situation jouait clairement contre lui… Mais il ne pouvait pas s'en empêcher… ce qui lui avait valu quelques raclées mémorables assénées par Nijimura et d'autres à l'époque. Mais majoritairement Nijimura, en fait. Enfin, que voulez-vous, grande gueule un jour, grande gueule toujours !
« Absolument pas. Parce que tu n'aurais pas les couilles de mettre ta propre vie sur la sellette, même s'il y avait une chance que cela te débarrasse de moi. »
Ok.
…
… Force était de constater que ce connard l'avait parfaitement bien cerné.
Haizaki mit donc le contact et s'installa confortablement dans l'habitacle. Il y avait de la place, tu m'étonnes il valait mieux avec un grand gaillard comme Asami… et ce bâtard disposait même d'un intérieur tout en cuir.
Ah on ne se refusait rien à ce qu'Haizaki voyait. N'empêche que sous le capot, c'était une autre histoire, cette bonne vieille titine n'était plus de toute première jeunesse. Elle avait dû en avaler des kilomètres de bitume, autant que certaines avalent des bi-… llets. Ouais, voilà, des billets !
Et le brun aux cheveux mi-longs n'eut pas à se faire prier pour mettre les gaz, trop heureux de déguerpir enfin de la rue où ils auraient fini par attirer l'attention en continuant d'y stationner ainsi. N'importe qui aurait pu les voir… Imaginez si demain, en se rendant chez le boucher, ce dernier avait balancé à sa mère que son fils aîné aimait se faire tringler sur la voie publique, à la belle étoile ? Déjà qu'Haizaki était « fiché », il ne tenait pas à ajouter « délinquant sexuel » à la liste de ses méfaits… S'en tenir à des actes de violence et autres petites arnaques, agrémentait déjà suffisamment son C.V. actuel, sans qu'il n'ait besoin de se lancer dans des attentats à la pudeur, pour le remplir encore davantage.
Car les crimes et délits n'étaient pas des Pokémons, qu'il conviendrait de collectionner pour compléter son Pokédex !
Haizaki avait sa main gauche sur le volant et la droite ne quittait pas le levier de vitesse au pommeau rond. Quant aux mains d'Asami, l'une d'elle avait trouvé refuge sur la cuisse d'Haizaki, peut-être également à la recherche d'un certain levier, dont l'excitation encore fraîche rendait les contours bien visibles sous le tissu fin de son jean.
« Concentre-toi sur la route. » Conseilla le plus âgé.
« Alors évite de me tripoter la queue si tu ne veux pas qu'on ait un accident. »
Bon, en vérité, Haizaki en mourrait d'envie. De sentir les doigts possessifs et un peu crochus d'Asami se refermer sur lui comme les serres d'un rapace… Et puis le sexe en voiture, il adorait ça... En temps normal, bien entendu.
Mais là, la situation était tout sauf normale et l'homme en noir avait raison. Une sortie de route serait bien malvenue. D'autant qu'Haizaki doutait de pouvoir buter cet énergumène aussi facilement, même en terminant leur course dans un fossé ou dans le décor. Non, Asami était du genre à s'accrocher à la vie, comme à ses proies et Haizaki se trouvait justement être l'une d'elles à présent.
Ils roulèrent donc à vive allure, quoique modérée malgré tout, à travers les rues Tokyoïtes pour gagner la banlieue. Dès qu'ils quittèrent le centre de la capitale, les routes se firent moins éclairées et plus sinueuses. Loin de l'agitation et des lumières de la ville épileptique. C'était presque… la campagne, en proche banlieue.
Le silence régnait dans le véhicule et chacun gardait les yeux rivés droit devant, sur le pare-brise. Enfin, à travers lui plus précisément. A quoi bon parler quand tout avait déjà été dit ? Et puis, Haizaki savait qu'il avait tout intérêt à garder sa salive pour accomplir sa prochaine tâche. N'empêche, cela tenait presque du miracle qu'Asami ait accepté sa requête, plus que son offre. A croire qu'Haizaki avait su se montrer particulièrement convainquant.
Bordel… un petit joint, là, tout de suite, voilà ce qu'il lui manquait.
Ça l'aiderait instantanément à se détendre, parce que mine de rien, il se sentait nerveux quand même. Et il n'y avait rien d'étonnant à cela, parce qu'une sacrée pression pesait sur ses épaules. Or, si Asami ne se montrait pas satisfait de ses « services », pas besoin de posséder 150 de Q.I. pour deviner que les fesses d'Haizaki en feraient directement les frais.
Une fois arrivés sur le parking, Haizaki se gara à une main (la conduite, c'était vraiment son truc, il aurait même pu le faire les yeux fermés) et il inspira profondément. Autant ne pas faire durer le suspense plus longtemps, gagner du temps ne servait plus à rien à ce stade. Au contraire, plus vite il s'attellerait à la foutue tâche qui l'attendait et plus vite il en aurait terminé.
Rapidement, il s'extirpa donc du tas de ferraille et il alla chercher ses outils, planqués sous une dalle de béton mal fixée. Il revint docilement avec sa caisse, pendant qu'Asami patientait toujours à l'intérieur de la voiture. Haizaki aurait sans doute pu en profiter pour se sauver, ou du moins essayer, mais… il avait déjà trèèèèès largement dépassé le stade des supercheries. De toute façon, Asami l'aurait sûrement poursuivi en mode « serial killer » éconduit…
Haizaki souleva le capot, donna un bon coup de clé à écrou et resserra le tout, avant de refermer derrière lui. Attention aux doigts… et à la langue, surtout, vu ce qui allait suivre…
« Voilà, c'est réparé. »
Et si... ? Hmm… Tout n'était peut-être pas encore perdu pour lui. Cette tactique afin de s'en sortir pouvait fonctionner… Haizaki tenta donc sa chance… Il fit mine de remonter dans le véhicule comme si de rien n'était mais… quelle surprise de trouver Asami déjà assis sur le siège conducteur. Il avait changé de place et avec sa jambe, il bloqua la portière, empêchant Haizaki de la claquer.
Merde… l'ancien coéquipier de Kuroko avait naïvement cru que, peut-être, s'il regagnait la voiture de manière naturelle, Asami oublierait ce qu'ils étaient venus faire ici, à la base. Et non, ce n'était pas bidouiller son moteur, enfin si, mais… disons que cette activité-là était plus… secondaire.
Voire même, optionnelle en fin de compte…
Car la véritable raison de leur déplacement jusqu'à ce parking désert et malgré tout super bien éclairé, (Haizaki ne voudrait pas être à la place de celui qui allait payer la facture d'électricité ! Aka, ce cher bon vieux contribuable, comme d'habitude ! Ah, il avait les reins solides celui-là ! Hmm… quoiqu'Haizaki avait tout intérêt à les avoir aussi solides vu ce qu'il prévoyait de faire avec dans quelques temps…) consistait bien en une faveur sexuelle. Restait à présent à déterminer laquelle et si pour sauver son cul (littéralement) Haizaki devait pour cela sacrifier sa bouche, il le ferait plus que volontiers.
Restait maintenant à faire avaler la pilule à Asami… Enfin, non, puisque c'était Haizaki qui risquait d'avoir à l'avaler, mais vous avez compris l'idée générale…
« Hey… tu sais… Ma grande gueule n'est pas douée que pour sucer des glaçons, si tu vois ce que je veux dire… »
« Avec tant de subtilité dans tes paroles, j'ai du mal à saisir. » Se moqua Asami.
Haizaki fronça les sourcils, mais il s'agenouilla malgré tout. Il n'y avait aucun moyen d'échapper à sa sentence, n'est-ce pas ? C'était finalement un prix raisonnable à payer. Juste une pipe et on n'en parlait plus. Plus jamais. Asami défit seul son pantalon, Haizaki n'eut même pas besoin de s'y atteler. L'autre brun était toujours en érection, depuis leur trajet en voiture. Ouais, depuis le départ, il n'avait jamais compté le laisser s'en tirer sans passer à la caisse. Dans la vie, il existe un prix à payer pour chaque chose et s'attaquer à la mauvaise personne en faisait également partie.
Haizaki ferma les yeux en entendant le bruit caractéristique d'une fermeture qui descend et il se massa légèrement la mâchoire pour se préparer à recevoir sa punition. En réalité, le tumultueux mécano pouvait même s'estimer heureux que son client ait renoncé à ses précédentes velléités… disons… « anales », mais sans doute n'avait-il pas pu résister à la perspective d'enfin faire taire l'arnaqueur de service, en lui remplissant la bouche. Une fois libéré de sa prison de tissu, le sexe d'Asami se dressa fièrement face au visage d'Haizaki et ce dernier regretta d'avoir ouvert les yeux, parce que le membre qui se tenait devant lui était d'une taille monstrueuse. Pâle. Rosé. Gainé de vaines et tendu au maximum, comme sur le point de rompre, afin de le narguer davantage. Pas moyen qu'il ne s'étouffe pas avec un colosse pareil entre les lèvres… Et pourtant… il allait devoir faire en sorte d'y parvenir. Parce que… Asami n'allait certainement pas apprécier qu'Haizaki se mette à dégobiller sur lui à cause d'un geste malheureux.
Ah, ça, on pouvait dire que l'ancien bagarreur l'avait en travers de la gorge cette maudite rencontre avec l'homme d'affaires tout de noir vêtu ! Dans tous les sens du terme… Haizaki préféra clore à nouveau les yeux pour se protéger de cette vision satanique lorsqu'il sentit la tête humide et légèrement poisseuse de sa future proie venir dessiner le contour de ses lèvres fines. Il repensa alors à la raison qui l'avait conduit à proposer ce traitement de faveur, celle-là même qui le faisait tenir à présent…
C'était il y avait environ une semaine de cela…
Pour le boulot, Haizaki se trouvait aux abords de la gare de Shibuya. Il avait rendez-vous avec un type afin de marchander des pièces de voiture, pour la vieille Subaru de l'un de ses clients. Le brun avait donné rendez-vous à son fournisseur devant la statue d'Hachiko vers vingt-trois heures, histoire de rester discrets, parce que notre mécanicien de génie doutait de la provenance légale de ces pièces miraculeuses. Mais comme le gars ne s'amenait pas et qu'il en avait marre d'attendre pour rien, il avait décidé de se sortir une clope pour passer le temps. Sauf qu'enfer et dame nation, ou plutôt damnation, Haizaki n'en avait plus une seule. Son paquet était désespérément vide. Et pire encore, son briquet ne fonctionnait plus non plus ! La totale, quoi.
Mais bon, vu que le mec n'avait pas l'air déterminé à pointer le bout de sa sale trogne, Haizaki était allé faire un tour. Les petits konbinis de quartier ouverts à cette heure-ci, ce n'était pas ce qui manquait dans le coin. Et en toute honnêteté, il était entré dans le premier magasin qui s'était présenté à lui, sans la moindre arrière-pensée. Et jamais ô grand jamais, l'ex lycéen de Fukuda n'aurait deviné sur QUI il allait tomber, ici, ce soir, par hasard.
Ce devait encore être l'une de ces mystérieuses histoires d'alignement des planètes. De se trouver au bon endroit, au bon moment. Ou de destinée. Appelez ça comme vous voudrez mais toujours était-il que lorsqu'Haizaki s'était pointer au comptoir du minuscule magasin aux rayons encombrés, il était tombé nez-à-nez avec une connaissance du passé.
La surprise totale pouvait se lire dans le regard de l'autre jeune homme également.
« Haizaki !? »
« Shitymura !? »
Bordel ! Incroyable ! Nijimura l'avait reconnu !? Et du premier coup en plus ? Après toutes ces années passées loin l'un de l'autre et tous ses changements capillaires improbables !? Nijimura l'avait connu avec les cheveux couleur argent et à présent, ses tifs étaient aussi noirs que les siens, mais malgré tout, il l'avait reconnu au premier coup d'œil !? De même, il avait pas mal grandi et son visage s'était affiné avec le temps, féminisé presque. Pourtant, son senpai ne s'y était guère trompé. Haizaki se sentait réellement impressionné par le côté physionomiste de Nijimura et…
« OWWW ! »
… Haizaki ne fut pas assez rapide pour éviter le coup et une douleur cinglante le gagna en même temps que Nijimura lui écrasait son poing sur le torse. Bon sang ! Même cette douleur était caractéristique. Personne ne frappait comme l'ancien capitaine Arc en Ciel ! Et pourtant, depuis le collège, Haizaki s'était retrouvé impliqué dans bons nombres de bastons et des coups, il en avait essuyés un nombre incalculable !
Nijimura quant à lui, n'avait pas changer d'un pouce. Si ce n'est… qu'il était plus petit qu'Haizaki à présent, chose qui n'était pas le cas à l'époque. Oh, il n'avait rien d'un nabot vu qu'il devait dépasser le mètre quatre-vingt, mais Haizaki tendait davantage vers le mètre quatre-vingt dix, lui maintenant.
« Fais gaffe à la façon dont tu m'appelles, petit con ! C'est pas parce que t'as poussé comme une grande asperge qu'il faut te croire tout permis ! » Le rappela à l'ordre l'autre brun.
« Et comment j'suis censé m'adresser à toi alors ? En t'appelant « senpai » !? On n'est plus au collège, j'te signale ! »
« Et alors ? Tu me dois toujours le respect, car je reste ton aîné ! »
« J'crois pas naaaaan ! » Sourit Haizaki, provocateur.
Et de pointer l'écriteau placé derrière Nijimura qui stipulait noir sur blanc, blanc sur noir, Pépito sur le Mexique : « Le client est roi chez J-Mart ! »
« C'est écrit ici que c'est TOI qui me dois le respect maintenant ! Dommage pour toi, j'suis un honnête client et toi t'es qu'un… employé de seconde zone. « En formation », en plus… » Fit Haizaki en étrécissant les yeux pour déchiffrer le badge collé sur le poitrail de son ex-senpai. « Alors ferme-la et sers-moi sur le champ ! »
« Espèce de… » Vociféra Nijimura, poings serrés de rage.
Le voir vêtu de cet adorable tablier bleu à l'effigie du magasin, coincé derrière une vieille caisse enregistreuse en métal deux fois plus grosse que sa tête, ça donnait envie à Haizaki d'éclater de rire. Nijimura avait l'air encore plus petit et chétif comme ça !
« Allez, et plus vite que ça ou je demande à voir ton responsable ! Je pourrai te faire renvoyer tu sais… Par exemple, si je lui racontais que tu m'as frappé et insulté ensuite ! »
« Grrr… T'as d'la chance que j'ai vraiment b'soin d'ce boulot, mais tu n'perds rien pour attendre en tout cas, crois-moi… Bon, tu voulais quoi à part te foutre ouvertement de ma gueule, du coup !? »
« Un paquet de Lucky Seven. »
« Tsss… tu fumes toujours ces merdes ? Je croyais pourtant t'avoir demandé d'arrêter… »
« Et j'l'ai fait. Mais après, tu t'es tiré aux U.S.A., donc j'ai repris. C'est aussi simple que ça, alors file-en moi sans faire d'histoire. » Exigea Haizaki.
Pour une fois que son statut lui conférait un avantage, il ne se faisait pas prier pour prendre le dessus sur son cher et tendre ancien tortionnaire… Et avec un plaisir non dissimulé... Et puis, il n'avait plus aucun ordre à recevoir de Nijimura, maintenant qu'ils étaient "séparés", de toute façon... Son avis ne comptait plus réellement.
« Tiens ! » Grogna Nijimura en les balançant sur le comptoir sans aucune délicatesse. « Il te fallait autre chose ? A part de payer ma tronche ? Non ? Alors maintenant aboule le fric et casse-toi d'ici ! »
« Tututut… pas si vite Senpai, ou devrai-je dire « Shuzo l'Apprenti »... ? J'vais te prendre des capotes aussi… et du lubrifiant… Je sais que vous en vendez ici. »
« Quelle taille les capotes ? » Soupira Nijimura, déjà soulé.
« A ton avis ? Extra large, bien entendu… Y a pas qu'en hauteur que j'ai gagné des centimètres, si tu vois c'que j'veux dire… »
Il se pencha vers lui, les deux coudes appuyés sur le comptoir et surtout, les deux pieds dans le plat. Il avait élevé le fait d'emmerder Nijimura au rang d'art et le revoir ainsi, ça faisait remonter un tas de souvenirs enfouis qu'Haizaki croyait pourtant perdus à tout jamais. Et puisqu'il n'y avait pas un chat dans ce putain de convenience store à part eux deux, alors autant en profiter pour régler ses comptes et faire ce qu'il faisait de mieux dans la vie : être une plaie pour Nijimura.
« Alors… ça fait longtemps que t'es rentré au Japon, Senpai… ? »
« Pourquoi tu m'as pas appelé ? » Pensa instantanément Haizaki, sans pouvoir s'en empêcher. « Et si t'avais plus mon numéro, pourquoi t'as pas cherché à me revoir… ? »
« Nous sommes tous les deux des adultes maintenant. T'as plus besoin de m'appeler comme ça. »
« Et si j'ai envie de continuer ? »
« Dans ce cas, tu t'exposes au fait de te manger une nouvelle baffe. »
« Oh mais tu ne me feras rien, je le sais. Que de la gueule. » Haizaki fit un signe de la tête vers la caméra de surveillance qui se trouvait au-dessus d'eux, derrière Nijimura. « T'as trop peur de perdre ce job, tu l'as dit toi-même, tu peux pas t'le permettre… »
« Connard… »
« Attention… Parle-moi mieux que ça… Shitymura. Ou j'appelle ton patron. J'suis certain qu'il se trouve dans les parages à l'instant même où l'on se parle, probablement dans la réserve j'dirai. Parce que ça m'étonnerait fort qu'il laisse son « apprenti » livré à lui-même bien longtemps. Après tout, on n'sait jamais, les jeunes de nos jours… Paraît qu'ils ne sont plus vraiment dignes de confiance et il arrive à certains de piquer dans la caisse dès que le big boss a le dos tourné… »
Nijimura se redressa, bras croisés sur son tablier d'employé.
« Genre… toi, par exemple ? »
« Moi ? Et bien sache pour ta gouverne que j'ai bossé un temps derrière une caisse, en effet. Je travaillais tous les week-end en soirée au Maji Burger en bas de chez moi, mais ça n'a pas duré… »
« Laisse-moi deviner : tu as piqué dans la caisse justement ? Combien ? »
« Oh quelle mauvaise image tu as de moi, je suis outré ! » S'indigna faussement Haizaki, en ayant un mouvement de recul histoire de bien surjouer son affliction. « J'ai jamais rien piqué. A part des burgers à l'œil. Mais c'est tout, promis ! Nan, si j'me suis barré, c'est pas parce que j'ai été viré, mais uniquement parce que j'avais trouvé mieux ailleurs, nuance. »
Bon ok, il lui était arrivé de s'embrouiller avec des clients un peu chiants aussi, du genre qui s'énervent dès qu'on oublie de leur donner de la sauce et quelques insultes malheureuses avaient pu fuser à cette occasion... Mais rien de bien grave, en fait.
« Ah ouais ? Et tu fais quoi maintenant pour vivre exactement ? Parce que je suppose que t'as arrêté tes études… »
« Yep. »
« Ksss… quel gâchis. Y a pas d'quoi en être fier. Alalala... si seulement si tu utilisais ton cerveau pour de nobles causes au lieu de ne penser qu'à semer le chaos autour de toi, tu pourrais réussir. Parce que t'es loin d'être con, Haizaki. Et il n'est peut-être pas encore trop tard pour repr-... »
« Merci du compliment S-E-N-P-A-I. Mais comme je te le disais, j'ai déjà trouvé mieux. Ailleurs. Mieux que de perdre du temps à chauffer les bancs de la fac. J'me suis mis à mon propre compte, figure-toi. » Le coupa t-il.
« Tu braques les sacs à main des petites vieilles dans la rue ? C'est ça que tu appelles 'être à ton compte' ? »
« Nan, j'ai trouvé plus rentable. Tu t'souviens quand on avait aidé ton grand-père à retaper sa vieille tire pendant les vacances d'été une fois ? Bah voilà, c'est ce que je fais maintenant… C'est ça, mon gagne-pain quotidien. »
« Wow, un travail honnête. Incroyable. C'est vrai que t'as toujours aimé la mécanique, maintenant que j'y repense. Déjà à l'époque… t'étais doué pour. En tout cas, tu remontes dans mon estime, là. Non, vraiment je t'assure, j'suis sincère en disant ça. »
Bon… Haizaki avait quelque peu embelli la vérité à sa sauce, mais Nijimura n'avait pas besoin de savoir que son petit business trempait dans des combines pas toujours très légales… Cela risquerait fort de le décevoir. Et de l'éloigner de lui aussi sec. Or, maintenant qu'Haizaki venait de renouer avec son premier amour, il n'allait pas prendre le risque de le perdre aussi vite.
« Tu sais, ton estime n'est pas la seule chose dans laquelle j'aimerai bien remonter Shu… Genre, ton plumard, ça m'plairait bien aussi… » Souffla sensuellement Haizaki en prenant ses clopes et ses préservatifs pour les payer.
Autant ne pas perdre plus de temps et foncer droit vers le panier…
« Désolé, il ne me reste plus de lubrifiant par contre. » Rougit Nijimura, essayant malgré tout de cacher son émoi en changeant de sujet.
Si tant est que l'on puisse qualifier cette minable tentative ainsi…
« C'est pas grave, j'ai appris à me débrouiller sans, tu sais… Je pourrai peut-être te montrer d'ailleurs, parce qu'il n'y a pas qu'avec les moteurs de voitures que j'ai un bon doigté… Mais ça, tu t'en rappelles sans doute encore aussi. Enfin, tu ne t'en plaignais pas à une certaine l'époque… »
« Ça fera mille cinq cent yens. » Le recadra d'emblée son ex-capitaine, imperturbable.
Ou pas.
Haizaki sortit l'oseille comme demandé et le tendit à Nijimura, pour lui passer les billets de la main à la main. Mais au moment où l'autre brun s'en saisit pour les ranger dans sa caisse, Haizaki ne les lâcha pas et au lieu de cela, il tira Nijimura d'un coup sec vers lui, afin de venir lui murmurer à l'oreille :
« J'aimerai vraiment beaucoup qu'on se revoit Shu, j'déconne pas… T'avoir retrouvé ici et maintenant, c'est comme un signe… J'veux qu'on r'prenne là où on en était restés avant ton départ… »
Rien n'avait changé entre eux, après tout… tout était encore comme avant et leur joute verbale venait de le prouver.
« J'suis pas rev'nu pour ça Haizaki… » Avoua l'aîné en reculant.
A ces paroles, la colère se mit à gronder dans le cœur dudit concerné.
Pourquoi Nijimura le rejetait-il immédiatement, sans lui donner la moindre chance de prouver sa valeur ou de se rattraper !? Certes, il était loin d'incarner le petit-ami parfait à l'époque, mais merde, ils n'étaient alors que deux collégiens !
« J'ai changé Shu ! » Assura Haizaki. « J'ai un taf respectable qui fait vivre ma famille ! Et je reste loin des embrouilles maintenant, j'suis plus une tête brûlée comme avant ! Le gars qu't'as connu et qui en voulait à la Terre entière, ce même gars qui ne connaissait que la violence comme moyen d'expression, bah il n'existe plus ! »
« J'sais pas si… j'peux t'faire confiance Shogo… Je suis au courant de certains trucs que t'as fait au lycée et ça ne me donne pas spécialement envie de renouer avec toi, pour être franc. »
Putain… Sa main à couper qu'il s'agissait encore d'un coup de cet enfoiré d'Akashi ! Décidément, jamais ce nabot ne le lâcherait dès lors que Nijimura était impliqué !
« Ok, ok… c'est normal que tu le prennes comme ça. Je comprends. T'as besoin de garanties et de temps et je peux t'en donner, mais pour cela, faut qu'tu m'laisses une chance de te prouver c'que j'vaux ! »
Nijimura détourna le regard et il enfouit les articles d'Haizaki dans un sac en papier avant de les lui remettre, de même que sa monnaie.
« Allez… rentre chez toi maintenant Shogo… retourne d'où tu viens… »
« Attends… D'abord, j'voudrai connaître la raison pour laquelle t'es rev'nu et après, promis, j'te foutrai la paix. »
Momentanément.
Parce que le loup n'était pas du genre à abandonner.
« C'est ton père, c'est ça ? Il est pas encore mort ? »
Aïe, merde… c'était sorti de manière plus… abrupte et inconsidérée qu'il ne l'aurait voulu aussi. Mais quand il était question de Nijimura, son cerveau vrillait direct… comme s'il était incapable de se contrôler…
« Nan et il y a peut-être un moyen pour qu'on le guérisse définitivement, ici, au Japon. C'est c'que j'suis venu vérifier en tout cas. Le traitement expérimental qu'il reçoit aux USA s'est montré relativement efficace et tout, mais il est vachement coûteux, hélas. Notre meilleure chance, ce serait qu'il obtienne une greffe du rein… Et on nous a dit que ce serait super difficile de trouver quelqu'un de compatible en Amérique et qu'il aurait bien plus de chance dans son pays natal. »
« Mais j'comprends pas… Toi ou… les membres de ta famille, vous n'êtes pas compatibles avec lui ? »
Nijimura secoua la tête à la négative.
« Tu crois qu'on n'y a pas déjà pensé ? Tu crois vraiment que j'serai revenu ici, dans ce pays pourri, à faire ce job de merde, si c'était le cas ? »
« Ouais, nan, j'imagine que nan… Mais du coup, comment ça s'passe, tu étudies à côté ou tu bosses à plein temps ? »
« Je vais à l'université aussi, oui. »
« D'accord et hmm… comment c'est supposé se dérouler s'ils trouvent un donateur compatible avec ton père ? »
« Déjà, faut que ça arrive… Et c'est pas gagné. J'en connais pas beaucoup des personnes qui offrent spontanément l'un de leurs reins… Et ensuite bah… y a une liste d'attente plus ou moins longue, selon les priorités et les disponibilités… C'est comme partout. »
« Ok mais… ton père, il peut pas vivre avec un seul rein ? Il me semblait que c'était possible. » Se rappela t-il de ses cours de SVT du collège.
« En temps normal, si. Mais le second rein qui reste à mon père est défaillant aussi, bien qu'encore à peu près fonctionnel. »
« Oh merde. Putain. Ça… craint. »
« Comme tu dis… »
« J'savais pas que c'était à ce point, tu m'avais jamais rien raconté à ce sujet… »
« C'est parce qu'en général, j'évite d'en parler. Allez, t'en fais pas, tu pouvais pas d'viner que c'était aussi grave de toute façon. »
« Hmmm tu sais quoi ? J'repasserai… Au moins pour voir comment ça va, même si tu veux pas qu'on… enfin… j'aimerai continuer à avoir des nouvelles de ton daron en tout cas. Et j'vais m'renseigner de mon côté aussi pour voir s'il n'existerait pas une possibilité d'accélérer la procédure… T'sais, genre en contactant une asso ou chépakwa… »
Mais bon... nul doute que Niji avait déjà du essayer de passer par Akashi et si ça n'avait pas abouti même avec l'aide de l'Empereur, alors... lui ne risquait pas de pouvoir faire grand chose de plus...
« Merci Shogo, mais t'es pas obligé d'faire ça… »
« Me rejette pas Shu, c'est tout c'que j'te d'mande. De mon soutien, tu vas en avoir besoin. Et j'ai envie d'être auprès de toi, juste à tes côtés, même s'il ne se passe rien, ok ? »
« C'est toi qui vois. Mais j'te promets pas que... tout redeviendra comme avant entre nous... »
Bon, au moins, ce n'était pas un non ferme et définitif ça ! Et cela suffit à redonner un espoir aussi mince soit-il à Haizaki. Maintenant, il savait où trouver Nijimura et ils se trouvaient dans la même ville, sur le même continent. Il allait lui démontrer qu'il s'était assagi et qu'il était devenu digne de lui à présent !
Enfin, c'est ce qui était convenu à la base…
D'ailleurs, Niji lui avait même glissé de manière très commerciale un briquet gratuit (Orange pétant, à l'effigie de J-Mart) dans son paquet de nicotine. Si ça, c'était pas du traitement de faveur ! Haizaki choisit donc d'y voir un signe... Un bon signe quant à l'avenir de leur relation...
体がぐちゃぐちゃです…
Mais Haizaki avait beau être un dur à cuire, un gars de la rue, il ne pouvait s'empêcher de se sentir nerveux à l'idée de ce qui allait suivre, là, maintenant, tout de suite. Asami ne perdit pas de temps et enfonça brutalement son membre dans la gorge d'Haizaki, lui tapant d'abord dans le palais, avant de lui arracher un hoquet de surprise. C'était anormalement froid. Dur. Consistant.
Et beaucoup trop gros pour lui.
Il avait déjà eu l'occasion de côtoyer quelques verges masculines dans sa vie, que ce soit de loin dans les vestiaires ou même de bien plus près, mais celle-ci dépassait de loin tout ce qu'il avait pu voir ou toucher jusqu'à présent. Haizaki tenta de se concentrer sur sa respiration, mais l'excitation mêlée à la peur rendaient toutes ses tentatives vaines et il sentit bientôt ses poumons le brûler furieusement. Il toussa, essayant de dégager son visage de l'étreinte d'Asami, mais ce dernier ne semblait pas disposé à le laisser partir et il accentua sa prise, enfonçant son sexe encore plus profondément dans la trachée d'Haizaki.
Le désespéré jeune homme tenta d'encaisser les assauts débridés de son « client » du mieux qu'il le pouvait, une main posée à la base de sa sucette et l'autre sur l'une des cuisses d'Asami pour le retenir. Mais le loup noir maintenait bien la tête d'Haizaki, la pressant contre son bassin pour le forcer à avaler son sabre tout entier. Salivant exagérément pour rendre l'instrument de torture plus glissant et l'aider à mieux coulisser entre ses lèvres, Haizaki se sentait sur le point de s'évanouir, lorsque finalement Asami se retira tout aussi brutalement, le laissant haletant et suffoquant sur le sol. Leur joute avait été brève mais intense.
Sauf que tout n'était pas encore terminé…
Mais au moins, bénéficiait-il d'un répit… d'aussi court durée soit-il.
« Tu… t'as failli me tuer fils de pute ! » Grogna Haizaki, en essayant de reprendre son souffle.
Et tant pis si son langage châtié ne plaisait pas à Asami…
« Et toi, tu aurais dû y penser avant de te mettre à arnaquer plus fort que ta petite personne. » Rétorqua froidement le responsable.
Il caressa les cheveux d'Haizaki, une main glissée dans les rubans de soie. Haizaki releva vers lui ses yeux rougis par les larmes et il le défia du regard. Dès qu'il avait croisé son chemin, Haizaki l'avait senti. Que ce type-là n'était pas ordinaire et qu'il allait regretter de l'avoir rencontré. Son hypothèse semblait donc se vérifier de la pire des façons et sa seconde main se resserra autour de sa mâchoire, soulevant son menton.
« Termine ce que tu as commencé. Car moi, je suis encore très loin d'en avoir fini avec toi. » Affirma l'homme d'affaires.
Et de l'obliger à replonger dans cet enfer. Peut-être moins rudement, cette fois fort heureusement. Ou pas. Parce que de toute évidence, Asami ne voulait pas achever trop vite son passage… à la pompe. Et en parlant de « pomper », le service qu'il recevait en cet instant valait aisément quatre étoiles sur le guide du Routard. Oui, pas de doute, c'était bien mieux quand Haizaki fermait sa gueule si vulgaire. Le jeune brun avait eu raison sur ce coup et ce dernier se montra d'ailleurs bien plus docile la seconde fois. Plus coopératif, aussi. Sûrement se raccrochait-il à l'espoir un peu fou de faire jouir son ennemi le plus vite possible pour enfin pouvoir l'envoyer se faire foutre comme il se devait !
Mais ce qu'il ignorait, c'est que son adversaire avait décidé de se faire… désirer. Alors il prenait tout son temps, savourant chaque seconde de cette fellation jouissive à plus d'un titre. Surtout quand il sentit la langue de Haizaki se mettre à jouer avec son gland, à le lécher avec gourmandise. Il ne put retenir un grognement de plaisir au moment où le jeune homme agenouillé devant lui commença à le téter, avant de se remettre à le sucer avec frénésie. Mais Asami aussi était têtu et il avait décrété que Shogo aurait une crampe à la mâchoire le premier… Oui, Haizaki serait le premier à céder.
« Pense à Shu-senpai… » Essaya de s'encourager Haizaki dans son esprit.
Il mettait du cœur à l'ouvrage, ça, on ne pouvait pas dire le contraire, ni le lui reprocher. Mais Asami tenait bon, l'enfoiré. A croire qu'il le faisait exprès. Un combat silencieux s'était engagé entre les deux. Une bataille de mental. Et bordel, quelle connerie, voilà qu'il se mettait à bander lui aussi… Bien entendu, cela n'échappa pas à Asami et son regard d'aigle. L'homme en noir appuya son pied contre l'excroissance qu'il devinait croître sous le jean d'Haizaki et il l'écrasa sous la semelle de sa chaussure, la massant férocement.
Trop, c'était trop…
Heureusement qu'ici, personne ne pouvait les voir…
Au moins, l'honneur d'Haizaki était sauf. Un jour, il risquait vraiment de regretter sa tendance au masochisme et lorsque le regard d'Asami se focalisa sur le chantier de construction, Haizaki fit de même inconsciemment, toujours sans lâcher l'imposante hampe qui ramonait toujours sa bouche.
« Ce futur complexe m'appartient. Ma société est en train d'y construire une résidence hospitalière pour personnes dépendantes. » Crut-il bon de préciser.
Mais pourquoi lui parlait-il de ça maintenant ? Hmm… remarque, certains hommes devenaient soudainement plus bavards pendant qu'ils se faisaient sucer, c'était comme ça depuis la nuit des temps. A croire que risquer une castration bucco-dentaire les rendait immédiatement plus loquaces. Au moins maintenant, Haizaki comprenait la raison de la mystérieuse présence d'Asami sur ce maudit parking désert cet après-midi : il revenait très certainement de l'une de ses inspections ou visites du chantier, en sa qualité de grand patron.
Et même si sur le papier, ça avait l'air d'un business parfaitement légal, Haizaki se doutait bien que des trucs pas très reluisants devaient bien se planquer derrière cette jolie façade toute lisse, clamant venir en aide aux personnes handicapées. Exactement comme la belle gueule d'Asami dissimulait la noirceur de ses intentions réelles…
Brusquement, le chef de meute le contraignit à relâcher son étreinte et Haizaki ressentit trop vite un soulagement certain, lorsque le goût fort et tenace d'Asami quitta sa bouche. Mais c'était reculer pour mieux sauter. Hélas, Haizaki n'y vit que du feu. Il ne se méfia pas assez et aussitôt, ce fut l'inévitable douche froide.
Ou plutôt chaude.
Chaude comme la semence épaisse et laiteuse qui gicla sur son visage, presque dans ses yeux, qu'il eut à peine le temps de fermer en un réflexe salvateur. Quelle horreur, Haizaki ne put que réagir par une grimace de dégoût… Il détestait qu'on se soulage de la sorte sur lui. C'était dire à quel point son partenaire n'éprouvait aucun respect pour lui… Il frissonna et ne gêna pas pour l'engueuler copieusement, tandis qu'il essuyait tant bien que mal toute trace du méfait avec ses mains.
Asami, lui aussi, opta pour une nécessaire petite toilette rapide.
Mais à la différence d'Haizaki, il s'aida d'un tissu laissé à sa disposition à l'arrière de la banquette de la voiture…
… Une chemise.
Tâchée de sang.
De laquelle tomba un flingue, sans doute chargé.
Les yeux d'Haizaki s'ouvrirent comme ceux d'une biche prise dans les phares d'un camion.
…
Asami venait-il sérieusement de s'essuyer la bite avec des vêtements couverts de sang ? Et sûrement celui d'autrui, à en juger par son calme olympien…
Non mais QUI faisait ça, à part le psychopathe du coin !?
Il s'en était fallu d'un geste, d'un seul geste malheureux pour qu'Haizaki réalise toute la dangerosité de ce funeste personnage. Et ce à quoi il avait échappé aussi… Parce qu'il aurait pu y laisser bien plus qu'un peu de fierté et de salive…
L'ancien Miracle resta planté là, incapable de se relever, paralysé par une angoisse viscérale qu'il n'avait jusqu'alors encore jamais ressentie… Il avait envie de prendre ses jambes à son cou en insultant Asami de taré, mais présentement, ses jambes en coton(tiges) refusaient de le porter.
« Je suis certain que nous nous reverrons, Haizaki Shogo. Alors tâche de t'entraîner pendant ce laps de temps. » Fit Asami en mimant un va et vient avec sa bouche et sa langue. « Je suis sûr que tu feras mieux que ça, la prochaine fois que nos routes se recroiseront et j'espère également que tu m'excuseras de ne pas te raccompagner, mais je suis attendu. »
Sourire en coin, il disparut à nouveau derrière ses lunettes de soleil et claqua la portière, avant de démarrer en trombe.
Laissant Haizaki seul et déboussolé dans les ténèbres… tel un objet devenu trop encombrant, dont on se débarrasse après s'en être copieusement servi…
Cette nuit-là, Haizaki s'endormit sur le banc qui faisait face au grand complexe résidentiel évoqué par Asami…
Et cette nuit-là marqua également le début de leur… étroite collaboration, fort heureusement occasionnelle…
Car elle n'était que la première d'une longue suite de nuits passées à satisfaire les lubies sexuelles du cruel chef de gang…
Il se réveilla en sursaut, en sueur et effrayé.
Son myocarde jouait du tam-tam contre sa cage thoracique, tel un petit oiseau qui cherche à s'en libérer pour retrouver et bien, sa liberté.
Il manquait d'air. Ses poumons étaient en proie à un incendie ravageur, comme quand Asami avait forcé l'accès à sa bouche.
Pourtant, ce soir Haizaki se trouvait en sécurité. Kise alangui nu à ses côtés, la tête posée contre son torse… Son compagnon dormait en ronflant (très sexy pour un top model de sa trempe…) comme un bienheureux, sans se douter le moins du monde du cauchemar qu'Haizaki venait de revivre dans leur sommeil conjoint. Lui, semblait faire un beau rêve, à en juger par le sourire béat qu'il affichait et…
… La traînée de bave qu'il avait déversée sur le poitrail du loup…
A croire que cet imbécile de blond tenait plus de la grosse limace ou de l'escargot, que du renard finalement ! Mais au moins, ce n'était pas aussi collant et désagréable que le nectar d'Asami… Car c'était peut-être l'une des pires choses avec lui : sentir son odeur intime imprégnée partout sur sa peau, ses cheveux et ce, pendant plusieurs jours parfois, malgré les douches prises pour s'en débarrasser. Comme si l'Alpha cherchait à marquer son territoire de la sorte.
Doucement pour ne pas réveiller Kise, Haizaki se redressa dans le lit qu'ils partageaient et il déposa un baiser sur les lèvres du Kitsune. Asami… ne l'embrassait jamais. Il ne se montrait jamais câlin non plus avec lui après leurs ébats… Et Kise non plus, d'habitude… Pourtant ce soir, le mannequin avait fait preuve d'une tendresse inattendue à son égard. Plusieurs fois, il avait réclamé et même quémandé des bisous, avec plus ou moins de succès. Contre toute attente, Haizaki s'était surpris à aimer cela et en son for intérieur, il nourrissait à présent l'espoir un peu futile que demain, Kise continue à le désirer aussi ardemment.
Il n'était pas encore trop tard pour rebrousser chemin…
Tout n'était peut-être pas encore joué…
Oui, Haizaki pouvait faire marche-arrière et refuser de devenir le méchant de ce conte-là.
En prenant les traits du bûcheron qui se dressa entre le Petit Chaperon Rouge et le Grand Méchant Loup…
CHAPTER END !
J'espère que cela vous a plu comme d'habitude, les avis sont appréciés qu'ils soient bons ou mauvais ! C'est ce qui nous aide à nous améliorer, nous autres, humbles auteurs ! Mais également à mieux vous cerner et donc, à mieux vous satisfaire, lorsque nous le pouvons !
Place aux sacro-saintes notes de fin de chapitre à présent :
- 体がぐちゃぐちゃです = Peut se traduire par quelque chose comme "Mon corps est complètement déphasé/foutu."
- Oui, nous avons bien eu un flashback DANS un flashback. Ce qui m'a valu le surnom de "Kishimoto", remerciements et dédicace à Eikyuu !
- Je vais encore me répéter mais Haizaki n'était absolument pas contre effectuer un remboursement en nature à Asami. Mais il aurait sans doute préféré éviter que l'autre brun ne lui fasse un virement en liquide, par contre...
- D'ailleurs, toute la partie "rencontre" entre ces deux-là a été fortement inspirée par mon coup de coeur de ces derniers mois, le manwha/webtoon "SHUTLINE". Le début est très similaire et je vous le recommande CHAUDEMENT, parce que contrairement à Haizaki et Asami, il y a de l'amour entre les deux héros. Un amour tordu, mais véritable et leur dynamique est juste géniale de mon point de vue. On s'attache vraiment à eux en tant que couple et on espère les voir surmonter les épreuves ensemble, malgré le milieu dans lequel ils évoluent...
- Asami est évidemment un hommage au personnage d'Asami Ryuichi, (mais je crois que je l'avais déjà dit...) le seme du manga "Viewfinder." Qui doit être le premier véritable manga yaoi original (comprendre, pas tiré d'un doujinshi) que j'ai pu lire dans ma vie. Ca remonte à 2005 au moins, tout ça et ça ne me rajeunit toujours pas et noooon...
- Nijimura aaaah Nijimura... J'aime tellement écrire tes échanges avec Haizaki... et j'espère vraiment parvenir à faire passer tout l'amour que vous ressentez l'un pour l'autre, malgré les insultes et les coups reçus et donnés !
- Pour une fois, Kise a été en retrait dans ce chapitre... Mais rassurez-vous (ou pas) dès le prochain, il reviendra sur le devant de la scène !
Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée et je vous fais plein de bisouilles !
A bientôt je l'espère pour la suite !
