Résumé : « L'appel fut aussitôt interrompu. Kuroo éloigna son téléphone de son oreille, et le regarda longuement, profondément perturbé.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Oikawa, sans pour autant se rapprocher.

— Je… crois que mes petits-amis sont bourrés au milieu de l'après-midi.

Oikawa en parut tout aussi choqué que lui.

— Euh… Désolé, je te laisse, je vais voir ce qu'il en est… À demain !

Il récupéra son sac et courut en direction du métro le plus rapidement possible. »

Chapitre34 : Parai Kuklos 2

TW : Agression/ Panique

Après ce chaotique entretien chez le médecin, et la lourdeur que cette consultation avait jeté sur eux, Kuroo s'attendait au pire. Il avait été agréablement surpris de constater que les premiers jours avaient été relativement faciles. Au final Keiji faisait à peu près la même chose que ces dernières semaines, juste à un niveau supérieur : il avait toujours des instants de déconnexion avec la réalité, même si à présent cela pouvait durer une vingtaine de minutes où il faisait des tours en rond, contre à peine cinq au paravent il mangeait énormément, mais ne se cachait pas cette fois et n'essayait absolument pas d'ingérer des quantités raisonnables de nourriture il ramenait des cailloux à tout vas, et cette fois tout le monde pouvait en profiter. Il était toujours aussi pourvu d'un appétit sexuel presque insatiable, à la seule différence maintenant qu'il n'était plus le seul : le re-déclenchement naturel de son cycle avait enclenché celui de ses partenaires. Alors que pour le moment Kenma ne montrait pas d'énorme différence de comportement, mis à part quelques sautes d'humeur par-ci par-là, Kōtarō était une tout autre histoire. Dans une moindre mesure comparé à son partenaire, mais tout de même : il changeait également d'humeur rapidement, pouvant passer du rire aux larmes en un claquement de doigts, il mangeait à n'en plus pouvoir, ce qui était compréhensible puisque Kuroo avait appris qu'il allait pratiquement complètement arrêter de s'alimenter une fois en œstrus, il fallait bien faire des réserves ! Et enfin… son appétit sexuel également n'avait rien à envier à celui de son partenaire (ce qui au final lui faisait un peu des vacances sur ce plan-là).

Tetsurō s'était adapté à cette nouvelle situation sans grande difficulté, cependant, il avait rapidement constaté qu'il y avait quelques points négatifs : Akaashi ne pouvant plus être sous suppresseur, et voulant instinctivement montrer au monde entier que c'était le cas, il avait tendance à, mine de rien, imprégner Tetsurō dès qu'il en avait l'occasion. Il se souviendrait à jamais du jour où il était retourné à la fac, après ce qui avait paru pour lui une simple petite session innocente de câlinage matinal. Il n'avait tout d'abord pas bien compris les regards fuyants, et les masses d'étudiants s'écartant dès qu'il passait quelque part. Oikawa lui avait très vite fait comprendre pourquoi : apparemment, la fragrance alpha en pré-rut n'était pas forcément du goût de tout le monde, comme lui avait fait gentiment remarquer son ami, après lui avoir refait une magnifique reprise d'Edward Cullen rencontrant pour la première fois Bella Swann en cours de biologie. Kuroo avait dû aller s'assoir à l'autre bout de l'amphi, et un des étudiants avait eu l'audace d'aller ouvrir les fenêtres. C'est ainsi que Tetsurō avait découvert l'existence des gels douche phéromono-suppresseur, capable un minimum de le défaire de sa fragrance « mes petits-amis sont super horny et Akaashi Keiji va probablement venir personnellement de chercher des noises si tu t'approches trop. ». Oikawa pouvait maintenant rester en sa présence, même s'il devait entourer la moitié de son visage dans son écharpe et rester au minimum à deux mètres de lui pour qu'ils puissent entretenir une conversation. Cela va sans dire, Tetsurō avait donc renoncé à se rendre au CAPE, ne tenant pas particulièrement à infliger cela à tous ses amis. Heureusement il lui restait Chirs, restant avec lui malgré tout, baignant ensemble dans leur ignorance olfactive de bêtas.

Même si ce n'était pas forcément agréable pour lui de se retrouver dans cette situation, il n'était pas à plaindre non plus : Akaashi avait beau tenter par tous les moyens d'atténuer les effets olfactifs de son état, il n'y parvenait pas avec un grand succès : il avait fini par ne plus réellement se rendre en cours, perturbant l'ensemble de l'amphithéâtre et lui-même qui n'avait plus vraiment la capacité de rester aussi longtemps entouré d'autant de monde. Il avait pu néanmoins continuer à travailler au Fukuro, mais Kenma devait l'emmener et venir le rechercher en voiture, et il avait été relégué aux cuisines pour y faire des tartines salées. La tâche, normalement assignée à Komi-san, lui était revenu de droit car sa présence au comptoir, en plus d'indisposer ses collègues, avait tendance à faire fuir la clientèle.

En bref, rien n'était tout rose, mais il ne s'en sortait pas trop mal non plus…

Pour le moment en tout cas.

-/-

— Non mais Oikawa tu m'écoutes pas, qu'est-ce qu'il fout tout seul ton carbone là !

Alors que Kuroo se penchait sur la feuille pour indiquer à son ami l'erreur commise, ce dernier retint son souffle comme s'il allait plonger en apnée en plein pacifique. Il enfonça son visage dans son écharpe et s'éloigna le plus possible de Kuroo sans pour autant bouger de sa position. Son vis-à-vis soupira en le voyant faire, déjà bien trop habitué à ce genre de comportement.

— T'abuses là !

— Euh non, pas vraiment, je me trouve déjà bien sympa d'être là !

Kuroo fit la moue :

— Si t'abuses, ça fait deux jours que l'ait pas vu, j'ai des vêtements propres, et je me suis lavé avec ce putain de truc qui pue et qui coute méga cher !

Oikawa inspira, mais s'en mordit les doigts rapidement, semblant quelque peu étourdi.

— Bah on dirait pas ! Tu les as lavés où tes fringues bordel ?

— Quoi, mais je vais pas te faire un historique de -il baissa les yeux sur son t-shirt- Oh… chez Kenma. Ouais mais ils étaient au sous-sol et je…

Oikawa haussa un sourcil.

— Je les ai peut-être laissés un moment sans surveillance…

Oikawa roula des yeux.

— Ah merci !

— Non mais faut pas déconner non plus !

— J'exagère pas, j'y peux rien !

— Ok bon je vais m'assoir à l'autre bout et je vais te gueuler les explications en agitant des bouts de papier !

— Bah bonne idée !

— Je déconnais, je vais pas non plus… Roh , ok passe ta feuille.

Oikawa lui tendit et partit s'installer à la table voisine. Alors qu'il commençait à noter les explications sur un brouillon à part, il se stoppa en entendant son téléphone vibrer. Il s'agissait d'un message de Keiji dont il ne comprit pas un traitre mot.

— Quoi ? murmura-t-il pour lui-même.

Il reçut un deuxième message, tout aussi nébuleux que le premier.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Oikawa, haussant la voix pour qu'il l'entende.

— Je sais pas… Keiji m'envoie des messages qui ne veulent strictement rien dire… Mais il est censé être au boulot…attends, je l'appelle.

Il espérait que Keiji n'ait pas été enlevé par un sombre gang, il avait peut-être tenté de l'appeler au secours en tapant sur son téléphone les mains ligotées. Peut-être même était-il enfermé dans le coffre d'une voiture roulant vers le désert à l'heure qu'il était ! Le désert ? Quel désert ? Hmm... Quelque part, dans l'état actuel des choses, le désert serait surement un endroit bien plus facile à vivre que Tokyo, mégalopole la plus peuplée du monde… Il se décida tout de même à appeler : oui le désert serait certainement plus facile à vivre, mais s'il était ligoté dans un coffre de voiture, ou dans la cale d'un bateau, c'est qu'il n'avait certainement pas donné son consentement pour se retrouver là.

Il se détendit ostensiblement lorsque son petit-ami dérocha à la seconde sonnerie :

— Love ? Ça va ?

— Oh…

Le son de sa voix venait de faire d'étranges loopings.

— Oui ça va !

Kuroo fonça les sourcils.

— T'es pas au boulot ?

— Nope…. Non, non, pas du tout.

Ok… s'il ne le connaissait pas mieux, il pourrait penser que Keiji était ivre à… quatre heures de l'après-midi.

— Keiji… T'as bu ?

— Non…. Si oui, un peu.

— De… de quoi ?

— Ils m'ont suspendu jusqu'à la fin du mois…

— Oh…

— Du coup je fête ça !

— …Ok… t'es où là ?

— À la maison.

— Ok, t'es tout seul ?

— C'est Testu ? Babe ! T'es où ? Viens ! lui hurla Kōtarō à travers le combiné.

Kuroo dut s'éloigner du téléphone pour protéger ses tympans. La voix de Kōtarō non plus n'était pas celle de quelqu'un de sobre.

— Kō… qu'est-ce que…

— Et remmène à boire, lui hurla Kenma.

L'appel fut aussitôt interrompu. Kuroo éloigna son téléphone de son oreille, et le regarda longuement, profondément perturbé.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Oikawa, sans pour autant se rapprocher.

— Je… crois que mes petits-amis sont bourrés au milieu de l'après-midi.

Oikawa en parut tout aussi choqué que lui.

— Euh… Désolé, je te laisse, je vais voir ce qu'il en est… À demain !

Il récupéra son sac et courut en direction du métro le plus rapidement possible.

Lorsqu'il arriva devant chez Kenma, quasiment une heure s'était déjà écoulée, et Kuroo s'inquiétait de la quantité de breuvage alcoolisé qu'avaient eu le temps de s'enfiler ses petits amis entre temps. Comme demandé par Kenma, il avait ramené quelques bières, mais il se demandait tout de même si cela était bien raisonnable. Peut-être devait-il jouer les adultes dans cette situation ? Après tout, il était un peu tôt certes, mais il s'agissait de trois adultes responsables, il n'avait pas vraiment besoin d'intervenir… Non ?

Il fut accueilli par des cris de joie lorsqu'il passa la porte d'entrée, il pouffa en décelant l'ardeur alcoolisée de cette acclamation. En pénétrant dans le salon, il trouva Kōtarō vautré sur le canapé, bière à la main, Kenma installé entre ses jambes, bière à la main, et Keiji affalé dans son fauteuil, bière également à la main. Étant donné le nombre de bouteilles vides répandues un peu partout, Kuroo put deviner que leur sauterie improvisée avait commencé il y a de cela un moment.

— Mais qu'est-ce que vous foutez ?

— Apéro, lui répondit Kōtarō.

— À ce que je vois on en est plus trop au stade de l'apéro, rétorqua Kuroo en récupérant quelques bouteilles qui avaient roulé au sol.

— Pff , répondit Kenma, agitant sa main comme pour balayer ses propos mensongers, t'as ramené à boire ?

Le brun soupira et sortit les bières de son sac à dos qu'il posa sur la table basse sous les acclamations de ses petits-amis. Kuroo s'en prit une mine de rien, il n'allait pas se laisser abattre non plus !

Il s'apprêtait à reprendre la parole lorsque Keiji l'appela. En se tournant, il vit les pupilles de son petit ami se dilater en croisant son regard. Il commença ronronner bruyamment et ouvrit grand les bras pour l'inviter à venir à lui. Tetsurō pouffa mais s'approcha tout de même, se retrouvant dans une position bien peu confortable puisque Keiji, qu'il faut rappeler était plus petit que lui, tenait absolument à le serrer tout contre son torse, tout ça dans un fauteuil une place un peu trop étroit dans lequel Keiji était déjà installé de travers. Il ne s'en formalisa pas non plus et réussit à s'en accommoder. Certes, la moitié de son corps était dans le vide et il aurait très certainement un horrible mal de dos très rapidement, mais il ferait avec.

Kuroo, avec quelques contorsions qui lui vaudraient surement un torticolis, réussit à relever la tête pour attraper le regard de son amoureux.

— Ça va ?

— Hm… je suis ivre en milieu d'après-midi, lui répondit-il simplement.

Kuroo eut du mal à cerner s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise chose pour lui.

— Pourquoi ils t'ont suspendu ?

Keiji haussa un sourcil. La raison était en effet assez facile à deviner.

— Je suis désolé pour toi…

Le brun haussa les épaules.

— En même temps, intervint Kenma, il était temps. Il est insup' !

— Kenma… intervint Kuroo, pas bien certain qu'enfoncer le couteau dans la plaie soit la chose la plus délicate à faire.

Cependant, à sa plus grande surprise, la remarque fit rire Akaashi.

— Non mais attends, je suis allé faire des courses, je pensais que ça allait aller puisqu'y'avait quasiment personne dans le konbini, il a réussi à grogner sur les quatre quidams qu'il y avait à l'intérieur.

Kuroo fronça les sourcils. Akaashi Keiji, grogner sur quelqu'un en public ? Vraiment ?

La remarque fit à nouveau rire le concerné.

— Ils te regardaient, tenta de se défendre le brun.

— Ils me regardaient ? insista le blond. Oh bah oui alors, c'est terrible !

— Non, mais ils te regardaient de façon non convenable. À sa tête, Kuroo devina qu'il n'était pas non plus bien sûr de son argument.

— Non convenable, bien sûr. C'est pas moi qu'ils regardaient, c'était toi !

Kōtarō pouffa et Keiji roula des yeux.

— L'audace vraiment, reprit Kenma. Le mec baise mes petits-amis sans vergogne et il a l'audace de faire son jaloux !

Kuroo manqua de s'étouffer avec sa bière, choqué par la teneur de ses paroles. Cependant, encore une fois à sa grande surprise, les deux autres explosèrent de rire.

— Faut bien que quelqu'un le fasse, marmonna Akaashi.

Ça en devenait surréel. Kuroo tourna les yeux pour voir la réaction de Kenma, mais ce dernier paraissait amusé de sa réponse.

— Ah, l'audace ! Pour ta gouverne je m'en sors très bien merci.

Keiji et Kōtarō eurent l'air de s'accorder sur cette affirmation.

— Soit pas si surpris, intervint Kenma en voyant la tête de Kuroo. Au moins je me concentre sur ma tâche. Je ne suis pas maitre d'œuvre sur beaucoup d'ouvrage, mais quand c'est le cas, je sais faire le job.

Quelle étrange métaphore.

Combien d'alcool avaient-ils ingéré pour que Kenma en vienne à devenir graveleux ? Ne vous méprenez pas, il ne voyait rien de mal là-dedans, mais venant de l'individu en question, la chose était plutôt inusuelle.

— Ah non mais je vois clair dans votre jeu à présent monsieur, ça se la joue mais ça se fait une petite cour d'omégas et sa la garde bien jalousement, reprit le blond.

— Bah… et moi ! intervint Kuroo.

— Toi tu comptes pas !

— Comment ça je compte pas ?

— Non mais t'as compris, c'est pas pareil, t'es un bêta.

Et ? Non… il n'avait pas compris.

— Bien sûr, dit Keiji en roulant des yeux.

Il n'avait pas l'air non plus de vouloir prendre la défense de Kuroo.

— Bien jalousement, on est sûr ? On se souvient de la première année de fac de Kōtarō ? J'appelle pas ça garder jalousement.

— Ah oui, la fameuse « hoe phase ».

Keiji et Kenma pouffèrent en chœur.

— Hey ! intervint finalement Kōtarō.

— Non mais je juge pas, j'appelle juste un chat un chat.

— Hoe phase ? demanda finalement Kuroo.

— Ouais, quand Kōtarō est rentré à la fac, il arrêtait pas !

— T'es sorti avec combien de personnes au final ? Demanda Kenma, s'appuyant sur le torse de Bokuto, relevant les yeux pour capter son regard ?

— Je sais pas… Officiellement ? Quatre, cinq ?

— Et officieusement ?

— Ah… je sais plus…

— Tu sais plus ?

— Je sais pas, genre… dix-sept ?

— Dix-sept ! s'exclama Tetsurō, plus pour la comédie que par réel choc.

— Ça va c'est pas tant que ça !

— Non… Mais la qualité non plus n'était pas au rendez-vous, commenta Kenma.

— T'exagères ! Aki il était mignon…

— Hmm… c'est vrai… Et il faisait bien à manger… Mais bon. Il était casse couille et méga jaloux.

— Hmm… C'était compliqué… Si ! Mayumi !

— C'est vrai qu'elle était chouette, lui concéda Kenma. Elle devient quoi ?

— Elle s'est mariée avec le batteur de son groupe, elle attend un mioche .

— Cool. Combien de mois ?

Kuroo fronça les sourcils, l'info venait de lui monter au cerveau. Il les coupa dans leur conversation.

— T'es sorti avec une fille ?

Kōtarō releva les yeux vers lui, le regardant comme s'il venait de dire la chose la plus absurde qu'il soit :

— Bah… Oui… Plusieurs même.

— Plusieurs ?

Kenma et Kōtarō se regardèrent. Kōtarō retrouva son regard.

— Bah… Babe… c'est… c'est pas si surprenant. Tu... tu sais que je suis Pan, non ?

Kuroo se tut…

— Non je savais pas.

— Ah bah voilà.

Kenma explosa de rire :

— Comme ses pôpas et ses mômans, trop choup's.

La remarque amusa Kōtarō, qui dut tout de même se venger en pinçant la peau de la hanche de son partenaire qui manqua de s'étouffer avec sa bière.

— Tout ça pour dire que bref, tu vois Keiji, au moins Kōtarō il a fait dans la diversité ! reprit Kenma. Kuroo devinait toujours la lueur de malice brillant dans son regard, il n'était pas près de lui lâcher la grappe. Je suis même sûr que tu t'es jamais tapé un alpha.

Akaashi sembla y réfléchir.

— Hmm… si.

— Vraiment ? Non mais me raconte pas des salades !

— Ah non c'est vrai, je confirme, intervint Bokuto.

Kenma fronça les sourcils.

— Tu confirmes ?

— Oui j'étais là.

— T'étais là ?

— Oui… Tu te souviens de Keigo ?

— Oui.

— Bah voilà.

Kenma pouffa.

— Tu te tapes même les plans de ton mec, c'est dire.

Akaashi roula des yeux, un rictus finit par se dessiner sur ses lèvres.

— Tu peux parler niveau jalousie, c'est toi qui m'as fait une crise de nerfs dans la voiture parce que je flirtais de rien du tout avec celui-là.

— Celui-là c'est moi ? demanda Tetsurō.

— C'est pas pareil !

— D'où c'est pas pareil ?

— Parce que c'est Jiji !

Kuroo sourit malgré lui.

— Bah toi Kenma, avec Yūji, intervint Bokuto.

— T'es sorti avec Yūji ? demanda Kuroo.

— Non, pas du tout, quoi avec Yūji ?

— Bah je sais pas, on se souvient de la fois où je vous ai retrouvé à vous ligoté comme du filet mignon ?

— Ah, quoi ! Iel m'apprenait le bandage !

— Tu fais du bandage ?

— Un peu, je suis pas trop dégueulasse à ça en plus…

— Hmm… C'est bon à savoir.

Le blond haussa un sourcil, un sourire se dessinant sur ses lèvres.

— En plus pratique, si vous vous faites cambrioler, tu peux attacher le malfrat de façon artistique, c'est quand même un plus, ajouta le brun.

Les trois autres pouffèrent.

— Et toi babe ?

— Moi quoi ?

— T'as eu combien de copains ?

Kuroo réfléchit à la question.

— Officiellement ?

— Hm ?

— Hum… Attends… Quatre, cinq aussi.

— Et non officiellement ?

Il réfléchit.

— Si genre je compte les coups d'un soir et tout ?

— Bah t'en qu'on y est.

Il se tut. Il n'était pas vraiment certain de vouloir révéler cette information maintenant.

— Euh… disons que j'ai moi aussi eu ma « hoe phase » en rentrant à la fac.

— Combien ? insista Kenma.

Kuroo murmura quelque chose d'inaudible. Seul Keiji entendit sa réponse et manqua de s'étouffer avec sa bière.

— Il a dit quoi ? s'empressa de demander le blond.

— Quatre-vingts !

Kuroo se retrouva avec deux paires d'yeux supplémentaires braquées sur lui.

— Non, j'exagère… une soixantaine… moins peut-être. Attends… deux… trois… fois, ya combien de semaines ? Non mais non j'exagère, non voilà.

Le blond explosa de rire. Bokuto le regardait toujours, entre choc et admiration.

— Ah ouais, prenium hoe phase!

Kōtarō et Keiji ricanèrent en chœur.

— Ouais bon ok… Mais bon, étant donné que ça a grandement détérioré ma relation à l'intimité pendant des années après, pas certains que ça ai été la meilleure idée que j'ai jamais eue…

Ses petits amis acquiescèrent.

— Hmm, effectivement.

— Mais tu vois, même si j'avais l'occasion, j'ai jamais testé le bandage, rebondit Tetsurō.

— Je t'apprendrais si tu veux, proposa Kenma.

— Avec joie !

Kuroo échappa un rictus.

Il releva les yeux pour attraper le regard de Keiji.

— Ça t'intéresserait ?

— Hmm…

Il regarda le fond de sa bière.

— Non !

Il lui avait répondu d'un ton presque infantile, la spontanéité de sa réponse fit rire Tetsurō.

— Vraiment ?

— Non.

— Pourquoi ?

Il réfléchit, mais Kuroo put deviner qu'il s'apprêtait à lui répondre une bêtise.

— Car je désire que tu restes pur et vierge pour le mariage.

Kuroo pouffa.

— Ah bah merde alors, raté.

— Hmm…

— Mais t'inquiètes pas, apparemment ça compte pas parce que je suis un bêta.

— Non, tu comptes, murmura Keiji.

Il passa ses bras autour de lui, comme un enfant serrant son nounours préféré. Il fallait vraiment qu'il arrête de boire.

— Ah tu vois Kenma, Keiji a dit que…

En tournant les yeux il constata que le blond n'était pas prêt ni de l'écouter ni de lui répondre puisqu'il était occupé à embrasser fougueusement Kōtarō.

— Hmm.

Keiji reposa sa tête sur la sienne.

— Je t'aime, lui murmura-t-il.

— Pff, moi aussi.

Tetsurō réussit à se contorsionner assez pour pouvoir se tourner, faisant maintenant face au brun. Il posa ses mains sur son visage et s'approcha pour l'embrasser.

— Ça va aller ? demanda Kuroo.

— De ?

— Le boulot, la fac… Toi.

— Hmm, oui… J'ai de la lecture à rattraper, ce sera l'occasion. Si mon cerveau décide de coopérer.

— Hmm, ça me semble pas mal.

— L'onanisme me semble également un passe-temps intéressant.

Kuroo éclata de rire.

— Bien plus fun que Goethe en tout cas.

— Certes. Quoi que, tu serais surpris.

Tetsurō haussa un sourcil.

— Vraiment, nous pourrions peut-être nous accorder sur une activité commune : toi le bandage, tandis que je lirais des passages de Faust, proposa Keiji.

— Hmm, j'ai hâte !

Ils pouffèrent en chœur.

Alors qu'ils s'apprêtaient à s'embrasser de nouveau, ils sursautèrent en entendant Kenma hurler.

— Oh ! Je viens de me rappeler qu'on a du Whisky !

Et il partit à toute berzingue chercher ledit breuvage.

Kuroo soupira… Il n'était plus bien certain d'être capable de se réveiller le lendemain pour son cours de huit heures.

— Je te sert Jiji ?

Et puis merde, au diable cet affreux Nobishi.

— Allez.

Cela ne vous surprendra guère d'apprendre qu'il le regretta amèrement le lendemain matin.

-/-

Bien qu'ayant commencé sur une note festive, Keiji n'avait pas l'air d'apprécier sa quarantaine forcée. Il arrivait certes à maintenir les apparences, mais lorsque Kuroo interagissait avec lui, il pouvait bien voir que cela commençait à lui peser. Ce n'était pas la solitude pourtant qui le faisait souffrir : Tetsurō essayait de venir le plus souvent possible après les cours, Kōtarō rentrait également directement après, et Kenma était à domicile la plupart du temps. Akaashi était frustré d'être assigné à demeure, comme un prisonnier. Il était frustré de ne rien pouvoir faire d'intéressant de ses journées à cause de l'état d'agitation de son corps et de son esprit. Il pouvait bien sortir dans le petit jardin derrière la maison, mais ne s'autorisait aucune sortie au-delà de ce périmètre. Il était de plus en plus irritable, ne manifestant jamais pourtant explicitement ses émotions. Il pouvait se fermer d'un coup au milieu d'une conversation, affirmant que tout allait pour le mieux, puis n'adressait plus la parole à personne pendant plusieurs heures. Les sources de cet énervement n'étaient pourtant pas indécelables, et souvent légitimes. Par exemple, il avait demandé plusieurs fois à Kōtarō de lui rapporter quelque chose de la librairie universitaire, et à chaque fois ce dernier lui répondait qu'il avait oublié. La troisième fois, Akaashi avait juste fermé les yeux, inspiré profondément et était reparti dans sa chambre. Il n'avait adressé la parole à personne jusqu'au soir venu. Kuroo avait fini par « voler à son secours » en allant chercher une fois pour toutes ce dont il avait besoin, mais le mal était déjà fait.

Ce jour-là pourtant, aucun événement majeur n'était survenu, ce qui était plutôt bon signe.

— T'as regardé si y'avais pas un passage en bas ?

— Où ça ?

— Ya un mur, mais tu peux peut-être le casser ?

— Hmm, peut-être.

Tetsurō et Kenma étaient affalés sur le lit du blond, dans le noir. Seul la lumière de la console dans les mains de Kenma éclairait la pièce. Tetsurō appréciait ces moments-là, lui rappelant les week-ends qu'ils passaient ensemble étant enfant. À la simple différence que cette activité à présent impliquait bien plus de cajoleries qu'à l'époque, ce qui était très loin de lui déplaire.

— J'ai l'impression que ya quelque chose de l'autre côté mais faut trouver un truc pour le casser.

— Hmm… bah retourne dans le tunnel voir.

Ils relevèrent la tête simultanément en entendant Kōtarō et Keiji se chamailler dans la cuisine. Ils échappèrent un rire en comprenant que la teneur de la prise de bec avait à voir avec la façon de couper des poireaux et l'ajout potentiel de kombu. Il n'était pas inhabituel de les entendre se disputer sur des sujets aussi triviaux, ils en revinrent donc à leur activité principale.

— C'est peut-être plus tard qu'on pourra passer…

— Ouais mais du coup on continue par où ?

Le ton commençait à monter graduellement entre leurs deux autres petits-amis, qui en étaient maintenant à discourir sur le temps de cuisson.

Soudain, la voix de Keiji claqua :

— Tais-toi et arrête.

Kuroo sursauta. Kenma en eut le souffle coupé. En tournant les yeux, Tetsurō trouva le blond presque à bout de souffle, les yeux révulsés de panique. Il se reprit rapidement et se leva d'un bon, jeta sa console sur le lit et se précipita hors de sa chambre. Tetsurō le suivit, lui aussi inquiet. Il avait peur de comprendre ce qu'il venait de se passer il craignait savoir ce que ce ton signifiait.

En arrivant dans la cuisine, il découvrit Kōtarō accroupi au sol. Son souffle était erratique, les yeux dans le vide, sonné par le choc. Keiji se tenait debout face à lui, répétant des excuses en boucle, les yeux noyés de larmes. Kenma passa devant Keiji, le poussant sans pour autant y mettre aucune force. Il s'accroupit face à Kōtarō et prit ses mains dans les siennes.

— Kōtarō regarde-moi…

Il fallut qu'il réitère et qu'il prenne son visage dans ses mains pour que le regard de Kōtarō se focalise de nouveau.

— Voilà, très bien, respire Kōtarō, respire, regarde-moi, ça va aller.

— Kōtarō je ne voulais pas…

Alors que Keiji s'approchait, Kenma se tourna, il leva la main pour l'empêcher de faire un pas de plus. Son regard était défait d'animosité ou de rage, seule l'inquiétude était peinte sur ses traits. Keiji se stoppa, et le blond revint à Kōtarō qu'il prit cette fois dans ses bras. Son amoureux accueillit l'étreinte fermement, fébrile, tremblant de tous ses membres et en larmes.

Les traits de Keiji se tordirent, frappés par la douleur de sa culpabilité. Il fit volteface et partit à toute vitesse, passant la porte d'entrée sans la refermer, dévalant les escaliers à toute vitesse.

Kuroo resta planté là. Il croisa une demi-seconde le regard de Kenma et comprit.

Il se jeta à la poursuite de Keiji.

Il descendit la rue en courant, la tête lourde et le corps agité. Il repensa aux paroles de Kōtarō lorsqu'ils étaient rentrés de chez le médecin :

« — Je pense qu'il a peur.

— De quoi ?

— De lui. »

-/-

Même après plus d'une demi-heure à tourner en rond, Tetsurō n'avait pas retrouvé la trace de Keiji. Il avait renoncé à le retrouver pour le moment. Il avait fini par errer, enlacé par la douceur de la nuit. Il avait marché jusqu'au parc, et avait pris le temps de reprendre son souffle, de dégager complètement le trouble opaque de son esprit. Plus d'une heure s'était écoulée quand il rebroussa chemin. Il trouva les clés, restées derrière le portail pour qu'il puisse rentrer. En arrivant dans le salon, il fut accueilli par la pénombre et le silence. Seule la trotteuse de l'horloge se faisait entendre. L'atmosphère régnant à l'intérieur avait perdu de son effroi électrique, mais persistait toujours une certaine lourdeur, si dense qu'elle en était presque suffocante.

Kuroo finit par s'engager dans le couloir. Il s'arrêta devant la chambre de Kenma, voyant la lumière filtrer à travers la porte. Avant même qu'il ne frappe, la voix de Kenma lui parvint :

— Tu peux entrer.

Il ne répondit rien, mais abaissa la poignée. En ouvrant la porte, il fut accueilli par la pénombre mouchetée de lueurs dorées régnant dans la pièce, créant une atmosphère douce contrastant avec le reste de l'appartement. Tetsurō resta dans l'embrasure de la porte, ne voulant en aucun cas briser la bulle invisible s'étant formée tout autour.

— Viens, l'invita Kenma.

Il s'approcha à pas de loup, Kenma le regarda venir à lui sans rien dire. En s'approchant, Tetsurō s'aperçut que Kōtarō était lové contre son flanc, entouré d'un bras protecteur. Il semblait endormi mais Kuroo pouvait entendre ses ronronnements faire écho à ceux de Kenma. Il n'avait pourtant rien de ceux qu'il lui connaissait : c'était un son grave, profond, agité, qu'il émettait pour se défaire de l'angoisse et s'apaiser. Kuroo sentit son cœur se serrer atrocement en le constatant. Il s'agenouilla au bord du lit, attendant que Kenma l'invite à s'approcher plus.

Le blond battit lentement des paupières et inclina la tête. Kuroo reconnut instantanément le geste et s'approcha pour poser son front contre le sien. Il s'allongea finalement à côté de Kenma.

— Comment il va ? murmura le brun.

Kenma posa les yeux sur Kōtarō, resserra son étreinte, et trouva de nouveau le regard de Kuroo.

— Mieux je pense…

Il hocha la tête. Il n'arrivait cependant pas à se défaire de l'inquiétude lui pesant sur la poitrine.

— Ça va aller ?

— Oui… ça l'a juste secoué.

Kenma lui avait répondu d'une voix posée, comme pour maintenir l'atmosphère autour aussi douce que possible.

Le silence s'étendit quelques instants.

— C'était une commande ? finit par demander Kuroo.

Kenma acquiesça, sans que son regard ne se détourne de l'oméga installé contre lui.

— Oh…

— Elle ne m'était même pas destinée mais ça m'a…

— Pas mal secoué ?

— Ouais.

Silence.

— Et Keiji ?

— Hm ?

— Tu lui en veux ?

Il avait parlé dans un murmure.

Kenma soupira.

— Non… Je sais pas. Je suis juste en colère. Je sais qu'il n'a surement pas fait exprès… Il n'avait jamais fait ça avant… Je sais que ça doit être lié à l'arrêt des suppresseurs, mais j'ai du mal à laisser passer… si je vais le voir maintenant, je serais beaucoup plus blessant que ce que je souhaiterais être…

— Ok…

— Tetsu ?

— Hmm.

Leurs regards se captèrent.

— Il doit pas être bien non plus… Je suis en colère, mais je veux pas qu'il reste seul.

Kuroo n'eut aucun mal à comprendre ce qu'il lui demandait.

— J'ai essayé d'aller le chercher mais… je sais pas où il est.

— Il est rentré avant toi, il est dans sa chambre.

Kuroo acquiesça. Il se redressa, caressa du bout des doigts les cheveux de Kōtarō, posa un baiser sur la tempe de Kenma et repartit. Alors qu'il allait passer le pas de la porte, le blond l'interpella :

— Insiste, même s'il te dit qu'il veut rester seul… S'il te plait.

— Ok… Bonne nuit, t'aime.

— Nous aussi.

Il referma la porte derrière lui.

Il se retrouva seul dans le couloir et la lourdeur y régnant. Il avait la sensation d'avoir changé de dimension. Il tourna les yeux en direction de la chambre de Keiji : pas de lumière. Il inspira et s'y dirigea. Il ne savait pas non plus ce qu'il ressentait, un mélange étrange qu'il n'arrivait pas à démêler.

Il approcha son poing de la porte pour annoncer sa présence, mais se ravisa, détendant ses doigts pour les laisser glisser sur la porte. De longues secondes s'écoulèrent, lourdes comme du plomb. Avant même que sa conscience n'ait eu le temps de suivre, il se ressaisit et frappa.

Aucune réponse.

— Keiji ?

Toujours aucune réponse.

— Love ?

Il avait parlé à voix basse, d'un ton tendre et caressant.

Cette fois, un son entre le grognement roque et le couinement lui répondit.

— Je rentre, annonça le brun, avant de joindre le geste à la parole.

La pièce était drapée d'ombre, et il y régnait une fragrance lourde. Kuroo reconnut qu'il s'agissait de l'odeur d'Akaashi, piqué d'une note aigre, dense. Le lit était vide, mais il trouva au sol un enchevêtrement de couvertures et de plaids roulés ensemble. Il échappa un sourire triste. Les grognements cessèrent. Le brun s'approcha, détaillant le tas de couvertures pour déterminer de quel côté était tourné Akaashi.

— Keiji ?

Le son que ce dernier émit en guise de réponse lui indiqua qu'il était dos à lui. Kuroo fit le tour et s'accroupit devant le tas de couvertures.

— Love… murmura le brun.

Keiji releva le pan d'une couverture, découvrant son visage. Il avait l'air de s'être calmé, mais Kuroo put lire la douleur encore peinte sur ses traits.

Il lui sourit tendrement.

— Tu t'es fait un nid ?

— Ce n'est pas un nid, lui fut-il répliqué.

— Ah, et qu'est-ce que c'est ?

— Un cocon.

— Oh… ça à l'air confortable. Je peux venir ?

Akaashi sembla y réfléchir. Finalement il s'enfonça à l'intérieur et releva le plus possible le tas de couverture. Tetsurō se glissa à l'intérieur, s'appliquant à bien remettre les couvertures pour ne pas trop affecter la structure du cocon. Malgré la pénombre, Kuroo n'eut aucun mal à deviner les courbes de son visage, l'intensité de son regard. Leurs yeux se trouvèrent pour dialoguer en silence.

Tetsurō posa les mains sur le visage de son amoureux, laissant ses doigts explorer sa peau : ses paupières, ses joues, l'esquisse de ses lèvres… Elles s'arrêtèrent sur les courbes de sa mâchoire. Kuroo sourit et s'approcha pour l'embrasser. Il sentit l'atmosphère tout autour d'eux s'apaiser.

— Ça va ? finit-il par demander à voix basse.

— Je peux dire non ?

— Bien sûr.

— Alors non.

Il l'embrassa de nouveau.

— Tetsurō…

— Oui ?

Keiji ne dit rien de plus, mais son visage parla pour lui. Il vit ses traits se tordre de remords et de chagrin il sentit la colère et le dégoût qu'il se portait en cet instant, la culpabilité, l'impuissance. Et finalement, il s'abandonna aux larmes, comme éclate une pluie d'orage , violente et tourmentée.

— Son visage Tetsurō… son visage… c'est comme si… comme si je l'avais poignardé de mes propres mains… comme si je l'avais trahi… Je ne voulais pas faire ça, je…

Sa voix se perdit dans ses sanglots.

Kuroo l'écouta, sans rien ajouter, serrant ses mains dans les siennes.

— C'était effroyable… J'ai senti la colère monter, c'était… brutal… J'ai senti que c'était trop et je ne savais pas comment le gérer… Ça m'a échappé…

Il haleta, reprit finalement son souffle.

— Le pire… c'est que cela m'a fait un bien fou… Puis j'ai vu le visage de Kōtarō et j'ai compris…

Il trembla, terrassé de culpabilité et de chagrin. Tetsurō essuya ses larmes.

— Et Kenma… Il est en colère… encore… il a raison. Je suis une mauvaise personne… Je suis un mauvais alpha…

Kuroo fronça les sourcils.

Un mauvais alpha ?

Le secondaire de Keiji rentrait très peu en considération dans ses propos généralement, il était étrange de l'entendre dire cela maintenant.

Oh…

Kuroo comprit.

« — Je pense qu'il a peur.

— De quoi ?

— De lui. »

Non.

Il n'avait pas peur de « lui-même ».

Il avait peur de l'alpha.

— Keiji… Oui Kenma est en colère… mais il sait que ce n'était pas intensionnel.

— Un homicide involontaire et toujours un homicide, répliqua le brun.

— Certes… mais… je vois pas une mauvaise personne, ou un mauvais alpha.

— Il va falloir que tu m'expliques alors.

Il reprit le visage de son amoureux sans ses mains, Keiji détourna les yeux.

— Déjà, je vois quelqu'un de terrifié. De terrifié par lui-même, qui a toujours vécu dans la peur, la peur de perdre le contrôle de blesser ceux qui lui étaient chers en perdant le contrôle.

— Pas de chance, c'est exactement ce qu'il vient de se passer !

— Peut-être… Mais il va falloir avancer. Peut-être que ce sera compliqué, que ce sera dur. Mais c'est toi qui en as le contrôle, et tu ne le perdras pas, il faut apprendre à l'apprivoiser. Keiji.

Il tourna enfin les yeux.

— Il n'y a pas toi, et l'alpha. Il y a toi.

Keiji eut l'air terrifié.

— Ça veut dire que oui, tu ne peux pas le blâmer pour ce qu'il s'est passé. Oui, ce n'est certainement pas rien. Mais ça veut aussi dire qu'il ne peut pas prendre le contrôle, il ne peut pas t'évincer. Ça veut dire que tu peux faire quelque chose pour apprendre, pour ne plus avoir peur, pour que cela ne recommence pas.

Les larmes avaient recommencé à dévaler le visage de Keiji.

— Love… J'ai rarement rencontré quelqu'un d'aussi doux, tendre et bienveillant que toi. Ces choses font partie intégrante de toi. Cette colère aussi, cette impulsivité, elles font aussi parties de toi, même si ça fait peur… Et tu peux y faire quelque chose. Apprivoise-le… apprivoise-toi.

Son amoureux lâcha un soupire lourd du tressautement de ses sanglots.

— C'est assez dur à entendre…

— Peut-être… Mais j'ai tort ?

— J'imagine que non.

Ils restèrent silencieux un long moment, jusqu'à ce que les larmes de Keiji se tarissent, et que la douleur le quitte. Il reprit son souffle.

— Merci Tetsurō.

Ce dernier lui sourit. Il posa un baiser sur son front et frotta son nez contre le sien. La marque d'affection arracha à Keiji un sourire apaisé.

— Il faut que je m'excuse… Il faut que je lui parle…

— Il dort là, il est avec Kenma. Demain.

Keiji hocha la tête.

— Je sais pas comment je vais faire pour les affronter demain…

— Déjà, tu ne vas pas les « affronter », c'est pas des gladiateurs dans une arène.

Son vis-à-vis pouffa.

— Et puis on va discuter ensemble, et on verra après. Ok ?

— Ok.

Ils discutèrent encore longtemps, ils s'enlacèrent fort, là, dans cet étrange cocon à même le sol. Tetsurō resta éveillé jusqu'à ce que Keiji s'endorme finalement. Une fois qu'il entendit sa respiration s'apaiser et son corps s'alourdir de sommeil, il ferma les yeux, et s'endormit à son tour.

-/-

Kuroo ouvrit les yeux. Keiji venait de s'enrouler dans les couvertures, le laissant complètement étendu à même le plancher dans le froid. Le soleil était levé, la lumière s'engouffrant à travers les volets à demi clos. Tetsurō grogna et se redressa. Il comprit pourquoi Akaashi venait de se cacher : Kōtarō était planté là, dans l'embrasure de la porte. Il la referma derrière lui et avança. Son regard attrapa celui de Kōtarō : son visage ne portait aucune émotion discernable, seul son regard le transperçait.

« Sa tête de chouette effraie », pensa-t-il.

Kuroo ne dit rien, Bokuto non plus.

Kōtarō s'avança, il le regarda venir. Il s'assit à côté de lui, frotta sa tête contre la sienne et tourna finalement les yeux en direction du cocon. Kuroo s'écarta pour lui faire de la place. Kōtarō s'allongea dos à lui, il posa sa tête sur le tas de couvertures et échappa un petit bruit, mélange de gazouillement et de ronronnement. Keiji sembla comprendre. Il sortit sa tête du cocon. Leurs regards se captèrent. Aucun d'eux ne parla à voix haute, mais ils se comprirent. Keiji était de nouveau au bord des larmes. Il brisa l'échange visuel, détournant les yeux. Bokuto, s'approcha, et posa son front contre le sien.

« Je te pardonne », lui disait-il, sans pourtant qu'aucun mot ne soit prononcé.

Le geste bouleversa Keiji. Il ferma les yeux, échappant de lourdes larmes. Kōtarō ouvrit les bras et le serra fort contre lui. Seuls le froissement du tissu et leur respiration brisaient le silence.

Kuroo sourit pour lui-même.

Il releva les yeux en entendant la porte s'ouvrir de nouveau.

Kenma entra.

Keiji se redressa, détruisant le cocon qu'il avait formé par la même occasion. Le blond et lui se regardèrent longuement, restant pourtant tous deux immobiles. Finalement Kenma s'approcha et s'assit face à Keiji. Il tourna les yeux vers Kōtarō, qui s'était lui aussi redressé, tenant la main d'Akaashi dans la sienne. Le blond hocha la tête, et tourna de nouveau les yeux vers Keiji. Il inspira profondément, ferma les yeux quelques secondes, puis finalement s'agenouilla. Akaashi suivit son mouvement des yeux, levant la tête pour ne pas briser le contact visuel. Kenma prit son visage dans ses mains et son partenaire ferma les yeux immédiatement. Le blond posa son front contre le sien, y posa en baiser et ils glissèrent dans une étreinte.

Pour le moment, aucun mot n'était nécessaire.

Au-dehors, le ciel était gris.

-/-

Même si le premier contact c'était fait sans prononcer un seul mot, ils avaient tout de même dû en discuter longuement, finissant par chacun exprimer leur ressentit de ces dernières semaines, les manques, les besoins qu'il en ressortait. Keiji ne pouvait pas faire grand-chose pour se séparer de sa frustration, seul le temps l'en déferait. Il était cependant nécessaire qu'il arrive à gérer ses émotions, aussi brutales soient-elles. En temps normal, Akaashi était tout de même une personne assez pondérée, Kuroo se figurait donc que cela ne serait pas une tâche bien ardue. Il se trompait, et il s'en aperçut rapidement. Ils avaient décidé de mettre en place une sorte de « safe word », que Keiji pouvait utiliser à tout moment pour signaler son état émotionnel et ainsi lui permettre de se mettre à l'écart rapidement sans que la situation ne s'envenime. Kuroo n'avait pas était follement convaincu par cette solution: il en voyait certes l'utilité, mais cela ne réglait en rien le problème en profondeur, et il sentait très bien que cela allait finir par dégénérer. C'est exactement ce qu'il se produit. Bien étrangement, le « safe word » choisi par Keiji était, originellement du moins, « Pline l'ancien ». Original en effet. Surtout qu'il avait été rapidement raccourci en « ploup », ce qui donnait des situations assez extravagantes, où Akaashi scandait des « ploup ! » en pleine conversation avant de quitter la pièce. Au début, Kenma et Kōtarō respectaient soigneusement son utilisation, mais elle devint rapidement un tantinet abusive, ce qui ne manqua pas de les énerver à leur tour, sachant qu'ils n'étaient pas dans une situation émotionnelle des plus stable non plus. Ils s'étaient donc eux aussi mis à lâcher des « ploups ! » à tout bout de champ, la situation escaladant jusqu'à tant que tout le monde se barre en hurlant des « ploups ! » à répétition, laissant généralement Kuroo derrière. Il avait donc décidé de prendre les devants. Il n'était en rien un expert en psychologie, mais il avait deux trois tours dans son sac. Peut-être ferait-il l'affaire ?

Il avait finalement réussi à prendre à part Keiji pour essayer de lui inculquer quelques notions de méditation. Il avait cependant l'impression que cela ne marchait pas franchement très bien. Il ouvrit les yeux, Keiji, assis en tailleur face à lui, venait de refermer les yeux en le voyant, souriant infantilement. Tetsurō souffla.

— Pourquoi tu souris comme ça ? demanda-t-il, l'air désabusé.

— Hmm, la béatitude.

— Bien sûr…

Keiji pouffa.

— Tu n'y mets pas vraiment du tien là.

— Désolé…

Il ne perdit pas son sourire.

— Ah quoi tu penses ?

— Hmm… à la nourriture.

Rien d'étonnant.

— Au sexe.

Kuroo roula des yeux : rien d'étonnant non plus.

Keiji ouvrit de nouveau les yeux, attrapant son regard.

— Je suis certain que cela constituerait une activité capable de nous détendre.

Kuroo lui adressa un regard désabusé.

— Non.

L'intransigeance de sa réponse le désarma quelque peu. Il fit la moue, mais n'ajouta rien de plus.

Kuroo souffla. Il avait encore une idée en stock, peut-être que le guider un peu plus serait plus efficace. Il quitta sa position assise pour aller s'installer à la droite de Keiji, hors de son champ de vision direct. Le brun sembla surpris de le voir faire.

— On va essayer autre chose, précisa Kuroo.

Keiji se contenta de hocher la tête.

— Ok, installe-toi comme tu veux, ce que tu trouves le plus confortable.

Keiji hésita, et finalement recula pour coller son dos contre son lit.

— T'es confortable là ?

— Oui.

— Parfait. Maintenant, cite-moi cinq choses que tu peux voir.

Keiji tourna les yeux, surpris. Tetsurō dut insister du regard pour qu'il lui réponde.

— Hum, il releva les yeux, l'interrupteur, les livres, le bureau… la chaise, je dois vraiment continuer ?

— Oui.

— Hmm… Le sweat-shirt de Kōtarō.

Kuroo haussa un sourcil mais ne fit aucun commentaire.

— Ok… Maintenant cinq choses que tu entends.

— … Ta respiration, le bruit de la route, l'ampoule… le jet d'eau de la salle de bain et… le vent.

— Ok, maintenant, tu vas choisir un point de l'espace, un point que tu vas fixer.

Tetsurō parlait tout doucement, à mi-voix, déroulant les mots sans se presser.

Keiji releva la tête et regarda le mur face à lui.

— C'est bon ?

— Oui…

— Ok… fixe le point. Rien de plus. Concentre-toi sur ta respiration, sans essayer de la contrôler. Écoute-la juste.

Il laissa les secondes s'écouler dans la sérénité du silence.

— Écoute ta respiration… Comment l'air que tu inspires et fraies, il monte. Il gagne les poumons… Puis s'en va. Expire, l'air est plus chaud, lavé. Gorger le sang d'oxygène, qui revient au cœur. Écoute ton cœur battre.

Silence.

— Maintenant, quand tu seras près, sans quitter le point face à toi, sans contrôler ta respiration, tu vas fermer les yeux en expirant… puis les ouvrir en inspirant. Sans te presser.

Keiji mit plusieurs secondes à effectuer le mouvement, mais il finit par s'y mettre. Kuroo remarqua qu'il commençait à se détendre, à lâcher prise, à se concentrer sur lui-même.

— Inspire en fermant les yeux… puis ouvre-les de nouveau en expirant. À ton propre rythme.

Une, deux, trois secondes… Puis une dizaine, une vingtaine d'autre.

— Écoute toujours ta respiration, les battements de ton cœur… L'air qui va et vient. Le sang qui circule, qui descend jusqu'aux pieds. Le sang qui circule, qui monte jusqu'à la tête, les bras, tes doigts, qui repars, et reviens. Ta respiration, le souffle, l'air, qui part et revient.

Il se tut plusieurs minutes.

— Maintenant, quand tu seras près, tu pourras fermer les yeux complètement. Sans te brusquer. Quand tu te sentiras prêt.

Il attendit. Keiji finit par fermer les yeux complètement.

— N'essaye toujours pas de contrôler ta respiration, écoute là. Prends conscience de ce que ton corps ressent. La sensation de tes mains sur tes genoux, tes jambes sur le sol… Ton dos contre le bois…

Le temps avait commencé à ralentir, il s'égrainait lentement, paisiblement.

— Peut-être que tu ressens quelque chose d'autre, concentre-toi dessus… n'essaye pas de chasser ces sensations…

Il vit le Keiji légèrement grimacer.

— Peut-être que des pensées surgissent. Négatives, positives… pas besoin de me répondre. Des choses qui te tracassent peut-être… Des choses que tu dois faire… Ne les chasse pas, elles sont là, écoute-les… mais elles n'ont pas de prise, elles glissent. Ce ne sont que des pensées.

Silence, encore, qui s'étire à l'infini.

— Respire…laisse-les venir… puis repartir…

Le visage d'Akaashi se détendit de nouveau.

— Maintenant, quand tu le voudras, imagine un endroit paisible. Ça peut-être ce que tu veux… Un bord de plage peut-être, une forêt…en endroit imaginaire ou réel… comme tu veux… Tu n'as pas besoin de me le décrire, restes en toi, imagine… Peut-être qu'il y a du vent… le bruit des vagues, la sensation du corps dans le sable, le ciel… Peut-être qu'il y a des odeurs aussi, des voix… Ou le silence… Prends le temps d'observer, d'imaginer…

Il laissa le temps s'écouler, ne demandant plus rien… Il vit les membres de Keiji s'alléger, ses traits s'adoucir… Cela avait l'air de fonctionner…

Il le laissa ainsi une dizaine de minutes, peut-être moins, peut-être plus.

— Maintenant on va revenir, tout doucement. On quitte tout doucement cet endroit apaisant… écoute ta respiration, le souffle… à ton rythme… Puis retrouve les sensations, le dos sur le bord du lit, les mains sur tes jambes, le sol… Tu peux bouger, te mettre dans une position plus confortable, ou non, comme tu le sens, comme ton corps le désir. C'est toi qui en as le contrôle. On peut bouger un doigt, deux… la main… Écoute ta respiration…

Il vit Akaashi peu à peu revenir à lui.

— Quand tu seras près, tu pourras ouvrir les yeux en inspirant, retrouver le point d'accroche, expirer en fermant les yeux.

Keiji ouvrit les yeux, puis les referma à nouveau.

— Voilà… Et puis finalement, quand tu seras prêt, tu pourras complètement ouvrir les yeux… À ton rythme, quand tu le désires. Quand tu l'auras choisi…

Il lui laissa quelques instants, finalement, Akaashi ouvrit de nouveau complètement les yeux, il fixa un moment le point qu'il s'était choisi, puis se tourna, son regard retrouvant celui de son amoureux. Tetsurō lui sourit.

— Ça va ?

Keiji hocha la tête. Il plaça sa main sur sa poitrine, respira, et retrouva de nouveau son regard. Il avait les yeux humides.

— C'est pas censé te faire pleurer…

— Je… je … me sens bien… léger…

Il inspira profondément.

— Cela faisait si longtemps…

Il tourna les yeux vers la fenêtre, regardant au-dehors de longues secondes… Il se tourna de nouveau.

— Qu'est-ce que c'était ?

— De l'autohypnose.

Keiji haussa un sourcil.

— Vraiment ?

— Hmm… je sais, ça manque de bidouille qui tourne et de grandiloquent… Ça fait un peu méditation glorifiée mais bon... Après en y repensant j'ai fait que les deux premières séances, c'est peut-être pour ça... Mais bon, ça marche non ?

Il hocha la tête.

— Je t'ai guidé cette fois, mais tu peux le refaire seul, pas forcément aussi longtemps, juste quelques minutes, une fois par jour, quand tu le sens…

— Hmm… Il s'est passé combien de temps ?

Kuroo attrapa son téléphone pour regarder l'heure.

— Une heure et quelques.

— Vraiment ?

— Hmm…

Keiji hocha lentement la tête.

— Comment tu as appris ça ?

— Hmm…

Kuroo se gratta l'arrière de la tête.

— L'anxiété.

— Oh…

— Ça va… mieux maintenant. Mais ya eut des moments où… c'était plus compliqué… Au lycée c'était pas… ouf. J'ai été sous anxiolytique au bout d'un moment.

Il vit les yeux de Keiji s'écarquiller, il s'empressa de continuer :

— Mais j'ai fini par arrêter, j'aimais pas l'effet que ça avait sur moi… J'ai trouvé des alternatives du coup, et ça marche pas mal… C'est toujours présent, mais on s'y fait… Et franchement, j'ai pas eu de « vrai » crise depuis un moment… Je pense que la dernière c'était… quand je suis arrivé à Tokyo… Quand tu m'as trouvé.

Il lui sourit, et les lèvres de son amoureux lui firent échos.

— Bon… maintenant faut que j'apprenne ça aux deux autres zozos, je crois qu'ils en ont un peu besoin aussi…

— Hmm…

Keiji le regarda longuement. Finalement il se releva pour venir à lui. Kuroo le suivit du regard.

Son amoureux vint s'assoir face à lui, il passa ses bras dans son dos et l'attira à lui.

— Merci.

Tetsurō lui rendit son étreinte.

À partir de ce jour, « Pline l'ancien » fit beaucoup moins son apparition.

— Fin du chapitre—

Chapitre en looping, ça monte et ça descend, et ça remonte… Désolé mais ça va être ce rythme-là encore un moment :s Pas facile à écrire ce chapitre, j'espère qu'il vous aura tout de même plu =) on rentre enfin dans le vif du sujet avec le prochain chapitre « Kuklos 1 » :

« Il était 5h12 du matin lorsque Kuroo reçut le message suivant de la part Kenma : " Il est temps". Plutôt nébuleux comme message à recevoir en tombant du lit, il avait fallu quelques minutes à Tetsurō pour comprendre de quoi il en retournait. La chose se précisa, ou plutôt son urgence se précisa, lorsqu'il reçut ensuite : "on est en route, on passe te récupérer dans 15-20 minutes" . »

PS : véritable auto-hypnose, je vous épargne les 50 balles à payer, vous embêtez pas, cheers !

See ya