Comme dit, il était quinze heures passées ce samedi-là quand Bridgette retourna à L'Oiseau rare, Marlena lui ayant fait promettre plusieurs fois de revenir mercredi avant de se quitter. La fin de la journée avait été assez stressante pour la jeune fille, craignant de faire une bêtise en se laissant emporter par l'enthousiasme de ses camarades. Andréa lui avait demandé si elle avait fini par trouver quelque chose à se mettre pour la soirée et l'adolescente était restée assez évasive sur le sujet, ne souhaitant pas crier sur tous les toits qu'elle n'avait pas été capable de choisir sa robe toute seule.
-« Ça va Bridgette ? » demanda Tikki, sentant sa porteuse fébrile.
-« Je suis terrorisée. » répondit la jeune fille en continuant de regarder droit devant elle.
-« Il ne faut pas, tout se passera bien. »
-« Je sais, c'est ce que j'arrête pas de me dire mais je sais pas… J'ai l'impression qu'une catastrophe va arriver… ! Qu'est-ce qui m'a pris d'accepter tout ça ? J'ai rien à faire là-bas moi ! Je ne vais pas savoir où me mettre et je vais avoir l'air ridicule. »
-« Bridgette, arrête d'imaginer le pire ! Si ça se trouve, tu vas faire de supers rencontres ! Et puis tu ne seras pas toute seule ! Félix, Jehan et Andréa seront avec toi ! Et moi aussi je serai là, ne t'inquiète pas. »
-« Aww merci Tikki, répondit l'adolescente en adressant un doux sourire à sa petite compagne. Tu as raison, il faut que je parvienne à me calmer mais je ne sais pas encore comment je vais faire… »
-« Eh bien, tu vas commencer par mettre ta jolie robe et quand tu te rendras compte d'à quel point tu es belle, avec ou sans, tu pourras retrouver ton sourire. »
-« Oh Tikki… murmura Bridgette en soulevant sa sacoche pour poser ses lèvres sur le haut de la tête de la petite créature. Comment tu m'as trouvé avec mercredi ? »
-« Tu étais à couper le souffle ! Vraiment ! »
-« Merci… murmura la jeune fille, touchée. J'espère que ça va aller et que je ne me fais pas de faux espoirs... »
-« Ça va aller ! insista Tikki. Et quoi qu'il arrive, je suis avec toi. »
Bridgette lui adressa un petit regard reconnaissant avant de refermer sa sacoche au moment où elle arrivait au niveau des portes du cabaret. Elle prit une profonde inspiration avant de pénétrer dans l'établissement puis de constater que Marlena, ainsi que cinq autres danseuses, l'attendaient déjà, de larges sourires d'excitation sur leur visage.
Assise devant une large coiffeuse dans le vestiaire des artistes, Bridgette regardait ses camarades s'agiter tout autour d'elle. Toutes très emballées par l'idée de Marlena, la quasi-totalité de son groupe de danse avait accepté de lui prêter main forte pour la préparation de l'adolescente.
Elle avait donc été placée là avec pour seule consigne de ne pas bouger. Deux d'entre elles s'occupaient de vernir ses ongles après s'être mises d'accord sur la teinte à prendre, une autre fouillait les innombrables boîtes à bijoux à disposition pour trouver « la paire de boucles d'oreilles parfaite » pour embellir la tenue, Marlena et Alba se mettaient d'accord sur le maquillage qui lui irait le mieux tandis que leurs deux dernières collègues de disputaient depuis presque un quart d'heure pour savoir comment elle devait la coiffer.
-« Avec deux nattes hautes, ça peut être pas mal, je pense. » déclara la première.
-« Tu veux qu'ils pensent qu'elle a cinq ans ou quoi ? rétorqua la seconde. Il faut trouver quelque chose qui fasse classe sans en faire trop ! »
-« Bah sinon un chignon ici, reprit la première en désignant le haut de la tête de Bridgette. Et le reste des cheveux détachés. Comme elle a les cheveux longs, ça cascadera sur ses épaules, ça sera bien. »
-« Non, s'il vous plaît, les coupa Bridgette en relevant les yeux vers elles. Pas les cheveux détachés. »
-« Pourquoi ? » demandèrent-t-elles d'une même voix.
-« Parce que je n'aime pas me voir comme ça, c'est tout. Faites ce que vous voulez mais attachez-les s'il vous plaît. » insista l'adolescente.
-« Dommage, avec une robe comme celle-ci, les cheveux détachés ça aurait été mieux. » murmura la première collègue en posant ses mains sur ses hanches.
-« Elle vous a demandé de les attacher, alors faites-le, c'est tout, reprit Marlena en les regardant avec un sourire sévère. Vous allez bien trouver quelque chose non ? C'est vous qui nous coiffez d'habitude ! Vous avez une tête toute nouvelle pour vous exercer, alors allez-y ! »
-« C'est vrai, c'est vrai, répondit sa collègue. Faut juste qu'on prenne le temps d'apprivoiser notre nouvelle cliente. » rit-elle en posant ses mains sur les épaules de Bridgette.
Cette dernière acquiesça doucement avec un sourire en coin tandis que Marlena et Alba revenaient vers elle, armées de pinceaux et d'une palette dans les teintes bleues à violacées.
-« On va faire un truc simple, t'inquiète pas, la rassura Alba en la voyant écarquiller les yeux. On a bien compris que nos maquillages de scène ne te convenaient pas. » railla-t-elle.
-« Fais-nous confiance, reprit Marlena en posant sa main sur son bras. On a saisit ce que tu voulais, on te le fera pas à l'envers. »
-« Merci. » souffla Bridgette avec un sourire plus large.
Une demi-heure supplémentaire s'était écoulée : les paupières de Bridgette avaient été colorée d'un violet léger, rappelant la teinte de sa robe tandis que les deux danseuses chargées de sa coiffure s'étaient enfin mises d'accord et étaient en train de tresser ses cheveux, chacune d'un côté, dans l'idée de les rassembler autour d'un chignon attaché au niveau de sa nuque.
Le vernissage de ses ongles était terminé et l'adolescente observait maintenant le bout de ses doigts, la main exagérément relevée pour éviter de bouger la tête, mais seulement les yeux. Elle écoutait les filles autour d'elle discuter tranquillement, plaisantant et riant toutes ensemble, discutant de la soirée de la jeune fille tout comme d'autres sujets. Le cœur quelque peu apaisé, Bridgette se disait que même si, pour une quelconque raison, la soirée devait mal tourner, au moins elle avait passé un excellent moment avec elles.
Il lui était rare de se laisser chouchouter comme elle était en train de le faire et elle devait bien reconnaître que ce n'était pas désagréable. Alors que les deux coiffeuses improvisées venaient de terminer d'attacher les deux tresses sous son chignon, Priam pénétra dans la pièce, la robe lavande dans les bras, protégée sous une grande bâche en plastique, ramenée de la loge de Marlena. Quand il vit Bridgette tourner les yeux vers lui, le jeune homme s'arrêta quelques instants puis esquissa un large sourire.
-« Ouaaah ! Vous avez fait du super boulot les filles ! Bridgette tu es… absolument magnifique ! »
-« Merci beaucoup… » murmura la jeune fille en baissant les yeux.
-« Merci de l'avoir ramené, déclara Marlena en récupérant la robe des mains de son ami. Bridgette ! Derrière le paravent, allez hop ! »
Avec un sourire amusé, la journée fille s'exécuta en retirant sa veste tandis que Marlena retirait la robe de sa pochette. La danseuse passa derrière le paravent pour l'aider à enfiler la robe sans endommager sa coiffure et son maquillage puis à l'attacher en remontant la fermeture éclair le long de sa colonne vertébrale.
Une fois prête, Bridgette ressorti face aux miroirs des coiffeuses, faisant un petit tour sur elle-même pour se regarder. Ses camarades avaient fait un excellent travail, elle peinait presque à se reconnaître tellement il lui semblait inhabituel de se trouver aussi belle. Émue, la jeune fille sentit des larmes d'émotion lui monter aux yeux qu'elle s'empressa de chasser en relevant la tête.
-« Ah non ! Tu pleures pas hein ! Sinon on va devoir recommencer et on a plus vraiment le temps là ! »
-« Ouais, c'est eux qui vont pleurer d'admiration en te voyant ! déclara Alba en croisant les bras. Ils sont pas prêts, c'est moi qui te le dis. »
-« Vous êtes tellement gentilles, merci, répondit Bridgette, les lèvres tremblantes. Je ne serai peut-être pas la plus belle mais vous vous êtes donné tellement de mal pour moi, je ne sais pas comment j'aurais fait sans vous. »
-« … Quoi ? » souffla Priam, perplexe.
-« Comment ça « tu ne seras pas la plus belle » ? s'indigna Marlena. Tu te fiches de nous ? »
-« Non enfin… bredouilla l'adolescente. C'est juste qu'il y aura des dizaines et des dizaines d'autres personnes là-bas, et des femmes beaucoup plus jolies que moi. Camille sera là aussi, je pourrai pas rivaliser contre elle c'est sûr. Mais grâce à vous, je suis à mon maximum et j- »
-« Ouh là, stop. Arrête-toi tout de suite. » tonna sévèrement Marlena.
Elle lui attrapa le poignet pour la faire se déplacer devant un large miroir plein pied placé sur le mur, près des coiffeuses. Elle la plaça bien en face avant de se reculer.
-« Dis-moi ce que tu vois. » reprit la danseuse en croisant les bras.
-« Euh… Bah… Je me vois moi… ? »
-« Ah tu te vois ? Tu veux que je te dise ce que je vois moi ? »
Marlena revint à ses côtés pour regarder Bridgette dans le reflet du miroir, les sourcils froncés.
-« Moi je vois une femme fière, une femme forte ! cria-t-elle en pointant son doigt vers le reflet pour ponctuer ses paroles. Une femme qui sait ce qu'elle vaut, qui s'assume et qui se fout pas mal de ce que les autres peuvent penser d'elle ! »
-« … T-Tu… Tu vois tout ça toi… ? » murmura Bridgette en tournant la tête vers son amie.
-« Ouais ! Mais ce qui compte, c'est pas ce que je vois, c'est ce que tu vois toi ! Alors regarde dans ce miroir et dis-moi encore une fois ce que toi tu vois ! »
-« J-Je vois… Euh… »
-« Une femme fière ! » cria Marlena
-« F-Fière... ! »
-« Une femme forte ! » déclara à son tour Priam.
-« O-Oui forte… murmura Bridgette… Une femme… »
-« Qui sait ce qu'elle vaut, qui s'assume… ! » continua Marlena.
-« e-et qui se fout pas mal de ce que les autres peuvent penser d'elle… ! » compléta l'adolescente.
-« Encore ! »
-« Une femme fière ! »
-« J'entends rien du tout ! »
-« Une femme forte ! Une femme qui sait ce qu'elle vaut, qui s'assume et qui se fout pas mal de ce que les autres peuvent penser d'elle ! »
-« Encore une fois ! » crièrent les autres danseuses.
-« Une femme fière ! Une femme forte ! »
-« Voilà ! »
-« Une femme qui sait ce qu'elle vaut, qui s'assume et qui se fout pas mal de ce que les autres peuvent penser d'elle ! »
-« Est-ce que tu vas te laisser impressionner ?! » demanda Marlena en posant ses mains sur ses hanches.
-« Non ! »
-« Est-ce que ces gens valent mieux que toi ?! »
-« Non ! »
-« Et si quelqu'un te dit que tu n'as rien à faire là-bas, qu'est-ce que tu lui réponds ?! »
-« Q-Qu'il peut aller se faire voir ! Parce que si, j'ai le droit d'être là ! »
Le petit groupe se resserra autour de Bridgette pour la féliciter en criant et en tapant dans leurs mains, ravi d'avoir enfin réveillé leur camarade. La fin des préparatifs se passa dans cette même ambiance, Bridgette répétant sans cesse les mêmes paroles, comme pour terminer de se convaincre, encouragée par les danseuses qui achevaient de l'habiller et Priam qui continuait de frapper dans ses mains.
Et à l'heure prévue, Bridgette était prête.
Juchée sur les talons mi-haut qu'elle avait choisi, elle se regarda une dernière fois dans le grand miroir avant de se tourner vers Marlena qui posa sa main sur son épaule.
-« Tu es superbe, vraiment. »
-« Merci… Et merci pour ce que vous avez fait pour moi, déclara l'adolescente en se tournant vers les autres jeunes gens. Je ne sais pas comment j'aurais fait sans vous, merci. »
-« Ça nous a fait plaisir de t'aider, répondit Alba. Maintenant, ce qui va nous faire encore plus plaisir, c'est que tu vas t'éclater à cette soirée. »
Bridgette acquiesça avec un large sourire avant de se tourner vers Priam qui lui tendait un petit sac en bandoulière.
-« Tiens, on a trouvé ça pour remplacer ta sacoche. Je pense que toutes tes affaires iront dedans. Mais t'es sûre que tu ne peux pas t'en séparer, juste pour ce soir ? Je te la garde sans soucis moi, tu sais. »
-« Non non, je veux garder tout ça avec moi, protesta Bridgette en réceptionnant l'autre sac. Mais merci de me l'avoir proposé. »
-« Si tu le dis… Moi j'ai pas vu quoi que ce soit d'intéressant quand je l'ai ouvert tout à l'heure. » murmura Priam en haussant les épaules.
Bridgette cru s'évanouir de frayeur en entendant ces mots. C'est vrai qu'avec l'euphorie du moment, elle avait laissé la pochette où se cachait Tikki sans surveillance pendant un moment, la laissant avec le reste de ses affaires sans y faire attention, ce qui était absolument irresponsable. Quelqu'un aurait pu lui prendre, fouiller ses affaires et même…
-« Tu as ouvert ma sacoche ?! » s'emporta Bridgette, rouge de honte et de colère.
-« Oh chill, je plaisantais Bridgette, se défendit Priam en relevant les mains, constatant la fureur de son amie. Je ne ferais jamais ça enfin, tu me connais quand même. »
Bridgette s'autorisa à soupirer de soulagement en posant sa main sur sa poitrine, rassurée de comprendre que cet incident n'aurait pas de conséquence fâcheuse. Mais elle devait en tirer une leçon : même dans un moment comme celui-ci, elle ne devait jamais baisser la garde, jamais se laisser distraire.
Le danger pouvait venir de partout, et elle ne devait pas se laisser surprendre, jamais.
-« Qu'est-ce que tu peux être lourd sérieux parfois, protesta Marlena. C'est dingue. »
-« Rooh ça va… Je finirai par savoir ce qu'il y a dans ce sac de toute façon, tôt ou tard ! » ricana Priam.
Bridgette lui adressa un regard courroucé avant de s'écarter de ses camarades pour transvaser le contenu de sa sacoche dans l'autre sac à main ainsi que pour s'assurer que Tikki allait bien. Quand sa kwami lui fit un petit hochement de tête suivi d'une mine d'excitation en la voyant vêtue ainsi, l'adolescente s'autorisa à reprendre son sourire. La petite créature semblait déjà lui avoir pardonné son faux pas, même si elle n'était pas sûre de pouvoir se pardonner elle-même.
Elle rendit ensuite la sacoche à Marlena qui la posa avec le reste des affaires qu'elle portait en arrivant tout à l'heure.
-« On va les garder pour ce soir. Quand tu reviendras demain pour rendre la robe, on te rendra tout en même temps, ok ? »
-« C'est une sorte de caution si tu veux ! » déclara Alba.
-« Oui c'est parfait, merci beaucoup. »
-« Allez en selle princesse, reprit Priam en ouvrant la porte de sortie des vestiaires. Ton carrosse ne va pas tarder. »
Bridgette esquissa un petit sourire en baissant les yeux : il ne lui était pas rare de se faire appeler par de petits surnoms de ce genre mais dans cette situation, cela la touchait encore plus.
Le petit groupe retraversa l'établissement, discutant tous joyeusement avant de passer les portes d'entrées pour attendre sur le trottoir. À cause du changement de plan de dernière minute, il avait été conclu que Bridgette serait récupéré à L'Oiseau rare après que Félix, Jehan et Andréa soient conduits sur le lieu de réception, évitant un détour inutile au chauffeur qui devait de toute façon retourner à la résidence Agreste pour charger les derniers éléments de préparatif. C'est donc seule que Bridgette allait prendre la voiture de son ami pour se rendre sur les lieux de la soirée.
Malgré son sourire et les paroles encourageantes de ses camarades, la jeune fille n'en menait pas large : elle était stressée de ne pas retrouver ses amis, de devoir répondre à des questions auxquelles elle n'avait pas les réponses, de devoir expliquer la raison de cette arrivée solitaire à M. Agreste, et tout un tas d'autres questions plus ou moins rationnelles.
Quand vit la grande berline noire s'avancer dans la rue puis s'arrêter le long du trottoir, reconnaissant à moitié rassurée le visage du chauffeur habituel de Félix, le stress de Bridgette remonta d'un seul coup. Priam s'empressa de lui ouvrir la porte tandis que Marlena posait sa main dans son dos en l'aidant à s'installer dans la voiture.
-« Hey, tout va très bien se passer, tu vas voir, la rassura-t-elle. Tu leur fais un petit sourire et ils seront tous à tes pieds. »
-« Ouais montre-leur qui est la boss. » déclara Priam en croisant les bras.
Après que Bridgette eut baissé la vitre, Marlena claqua la porte puis posa sa main sur celle de l'adolescente en plongeant son regard dans le sien.
-« Tu vas vivre une soirée magique là, alors profite d'accord ? »
-« Ouais éclate-toi, c'est une occasion qui se représentera pas de sitôt ! insista Alba juste derrière elle. Alors prends-en plein les yeux. »
-« Et pense à nous aussi ! renchérirent les autres collègues. Tu vis un de nos rêves, alors t'as intérêt à bien en profiter pour avoir plein de choses à nous raconter ! »
-« Promis, répondit Bridgette. Merci encore pour tout. »
-« T'inquiète petite sœur, on te met tout ça sur ta note. » railla Priam en lui tirant la langue.
-« Amuse-toi bien et surtout n'oublie pas quelque chose de très important, insista Marlena en lui serrant la main. Tu ne dois rien à personne, d'accord ? Ne te laisse pas impressionner, ne fais rien qui te déplait, ne laisse personne te faire croire que tu n'as pas le droit de dire « non » si quelque chose ne te convient pas, ok ? Tu as le droit d'être là-bas, pas de te faire emmerder, vu ? »
-« Compris. » acquiesça Bridgette en hochant la tête.
-« Et surtout n'oublie pas que si quelqu'un essaye de t'intimider, tu dois prendre ça comme un compliment, parce que ça veut dire que tu les impressionne et que tu leur fais peur, et c'est pas rien crois-moi. Et tu leur feras peur parce que tu es sublime et que tu es… ? »
-« Une femme fière, forte, qui sait ce qu'elle vaut, qui s'assume et qui se fout pas mal de ce que les autres peuvent penser d'elle. » répondit la jeune fille sans hésiter.
-« Parfait. » déclara Marlena, satisfaite.
Elle s'avança ensuite vers l'avant de la voiture pour saluer le chauffeur, dont la vitre était aussi baissée. L'homme eut un demi sourire en reconnaissant Marlena qui se penchait vers lui avant de reprendre son expression neutre.
-« Prenez soin d'elle mon ami, d'accord ? On vous la confie, soyez sympa avec elle. »
-« Ouais ne lui faite pas trop peur. » précisa Priam.
-« Et venez nous voir un de ces jours ! reprirent les danseuses en lui faisant des signes de main. On vous offrira à boire. »
-« Et on pourra discuter comme ça. » acquiesça Marlena avec un sourire amusé.
L'homme de main se contenta d'une petite grimace, à moitié amusé à moitié renfrogné qui fit rire la petite bande et sourire plus largement Bridgette qui l'observait dans le rétroviseur. Le chauffeur redémarra le moteur de la voiture qui se mit à ronronner puis à rouler le long du trottoir.
-« Bye-bye Bridgette ! » saluèrent les danseuses en faisant des grands signes de main.
-« Profite à fond et ne pense à rien d'autre ! » reprit Priam en lui faisant un petit signe d'encouragement.
-« On veut que tu nous racontes plein de choses demain ! » termina Marlena.
Bridgette leur fit des petits signes de main le temps que la berline s'insère dans la circulation avant de refermer sa vitre pour empêcher le vent de la décoiffer. Le petit groupe regarda la voiture s'éloigner puis disparaître au loin, Priam posant son bras sur l'épaule de son amie avec un regard satisfait.
La voiture fila une vingtaine de minutes à travers la capitale et Bridgette était restée silencieuse, serrant ses doigts les uns avec les autres. Elle savait que le chauffeur de Félix n'était pas du genre à beaucoup parler, voire jamais. Mais elle n'aurait pas cru qu'il n'allait même pas lui adresser un seul mot. Même quand elle s'était penchée en avant pour le remercier d'être revenu pour la chercher alors qu'il aurait pu directement retourner sur les lieux de la réception, l'homme s'était contenté d'un petit hochement de tête avec un sourire en coin. Il l'avait observé dans le rétroviseur central mais c'était tout. Alors ne sachant que faire, l'adolescente s'était tue le reste du chemin.
Discrètement, elle s'était dépêchée de changer ses boucles d'oreilles : Alba l'avait obligée à passer une autre paire, plus adaptée à sa tenue mais Bridgette s'était arrangée pour garder ses miraculous près d'elle, promettant à Tikki de les repasser dès que tout le monde aurait le dos tourné. Et une fois les boucles échangées, Bridgette s'était autorisé à pousser un petit soupir de soulagement : elle se sentait nettement plus en sécurité avec sa petite compagne prête à intervenir au moindre souci. Le cœur plus léger, l'adolescente s'était calée contre la portière, serrant son sac contre elle.
La jeune fille avait regardé les bâtiments de l'avenue Foch défiler derrière la fenêtre. Elle connaissait déjà ces bâtiments, et même depuis leurs toits lorsqu'il lui était arrivé de passer par ici lors d'une de ses patrouilles, mais dans ces conditions, tout semblait différent. L'adolescente avait l'impression d'être prisonnière d'une rêverie cotonneuse sans savoir comment en sortir.
Une fois les champs Elysées dépassés, la grande berline s'engagea sur un grand rond-point boisé et décoré avant de décrocher de la situation pour entrer sur un parking ouvert sur lequel étaient déjà garés des dizaines de véhicules. La voiture roula quelques mètres de plus avant de s'arrêter sur une place qui semblait avoir été réservé pour la berline, un membre du personnel ayant déplacé un plot de signalisation au moment où elle s'était avancée. Après quelques manœuvres, le chauffeur déverrouilla les portes et Bridgette prit alors une profonde inspiration en adressant un petit regard à Tikki : le moment était venu.
La jeune fille descendit de la voiture alors que le chauffeur venait d'ouvrir le coffre. Elle proposa son aide quand elle le vit sortir plusieurs sacs mais celui déclina son offre par un léger mouvement négatif de tête quand deux membres du personnel s'avancèrent vers eux pour récupérer les affaires fraîchement sorties. L'adolescente les regarda faire et sursauta soudainement quand le garde du corps de Félix lui fit un petit mouvement de tête pour l'inviter à le suivre. Elle lui emboîta alors le pas sans dire un mot, les mains serrées sur la bandoulière de son sac : son objectif était maintenant de retrouver Jehan et Andréa qui devaient déjà être quelque part, la jeune fille priant pour que l'homme la conduise jusqu'à eux.
Les yeux écarquillés, Bridgette put enfin admirer les lieux de la réception. C'était un grand bâtiment aux pierres blanches, caché dans un petit écran de verdure. La lumière du jour déclinant, les lumières avaient été allumées, donnant à l'architecture des airs de château fort, les grandes fenêtres permettant déjà d'apercevoir l'intérieur du pavillon, ainsi que toutes les personnes présentes.
Suivant toujours l'homme, Bridgette traversa une petite cour où avaient été alignés des arbustes pour baliser le chemin vers l'entrée, eux aussi éclairés par de petites lampes. Elle passa à côté de plusieurs personnes, sûrement des invités, entre lesquels des membres du personnel slalomaient avec des plateaux. Rentrant un peu plus sa tête entre ses épaules, Bridgette remarqua quelques regards s'attarder sur elle, incapable de les interpréter, préférant ne pas y faire attention et continuer de suivre le chauffeur de son ami.
Enfin, elle pénétra dans le bâtiment : le sol de l'entrée, en marbre, était finement décoré d'une large rose des vents marron et dorée et permettait déjà de s'avancer dans deux ailes différentes du bâtiment. La symétrie des lieux déstabilisait déjà l'adolescente : il n'était pas difficile de comprendre pourquoi Gabriel Agreste avait décidé d'organiser sa réception ici. La réputation de son sens de l'organisation et de la perfection le précédait largement et il n'y avait qu'à regarder autour de soi pour identifier ce qui avait séduit l'homme d'affaires dans ces lieux. Tout était d'une symétrie parfaite, de l'agencement de la décoration jusqu'au placement des grandes tables qui servaient de buffet.
Continuant de suivre le chauffeur qui venait de bifurquer sur la droite, Bridgette ne savait plus où donner de la tête : les murs couverts de miroir donnaient une étrange impression de profondeur à la pièce, à tel point qu'on avait la sensation de ne plus savoir où s'arrêtait la réalité et où commençaient les reflets. Le haut des murs délicatement orné de moulures et les plafonds décorés d'une belle couleur bleue donnait à l'espace un air majestueux qui forçait le respect. Si on ne lui avait rien dit, Bridgette aurait pu se croire dans un musée tant rien n'avait été laissé au hasard, du sol maintenant en bois ciré qui reflétait la lumière des lustres aux fenêtres parfaitement nettoyées. Après quelques instants supplémentaires de marche, la jeune fille vit, parmi les invités, se dégager les visages familiers d'Andréa et Jehan, l'un à côté de l'autre.
Son meilleur ami avait opté pour un costume noir simple, complété par une belle chemise blanche et une longue cravate qui descendait jusqu'à la fermeture de sa veste tandis que sa compagne était vêtue d'une robe s'arrêtant juste au-dessus de ses genoux et au bustier finement décoré de perle. La jeune fille avait couvert ses épaules d'un large châle qui ne laissait voir que le bas de ses bras tandis ses jambes étaient couvertes par un collant de la même couleur que sa chair, juchée sur des talons mi-haut comme ceux que portaient Bridgette. Quand ils la virent approcher, de larges sourires se dessinèrent sur leur visage, écarquillant légèrement les yeux d'admiration. Bridgette se précipita dans leur direction, posant rapidement sa main sur le bras du chauffeur pour le remercier chaleureusement avant de se détourner de lui.
-« J'ai eu tellement peur de ne pas vous retrouver ! Vous êtes beaux tous les deux ! » s'exclama-t-elle une fois proche d'eux.
-« Bah et toi alors ! répondit Jehan avec un sourire plus large encore. Ouah ! Tu es… ! »
-« Absolument magnifique ! Les filles de L'Oiseau rare ont fait du super boulot ! Regarde-toi. » compléta Andréa en faisant tourner son amie sur elle-même pour la regarder sous ses coutures.
-« C'est parce qu'elles avaient une bonne base avec laquelle travailler. » répondit son compagnon avec un sourire en coin.
-« C'est vrai ça. » rit-elle.
-« Aww arrêtez, vous allez me faire rougir, souffla Bridgette en posant sa main sur sa poitrine. Vous avez vu Félix ? »
-« Tu viens de le rater, il est parti avec euh… l'assistante de son père ou quelque chose comme ça. Il va revenir, il a dit de l'attendre ici. »
-« Nathalie. » acquiesça Bridgette en regardant autour d'elle.
-« Oh je vois que tu commences à être familière avec tout ce beau monde ! » railla le jeune homme en lui donnant un petit coup d'épaule.
-« Non, c'est juste que je l'ai croisée plusieurs fois et que c'est plus poli de l'appeler par son prénom que « comme l'assistante de Gabriel Agreste ». »
-« Elle n'a pas tort. » acquiesça Andréa en regardant son compagnon.
Bridgette croisa le regard de son amie qui l'observait de haut en bas avec un air légèrement triste dans les yeux. La jeune fille l'observa à son tour plus précisément : au vu de sa tenue, il était évident qu'Andréa avait son possible pour porter une tenue plus habillée que d'habitude tout en cachant les cicatrices de sa peau faites par sa mère. Le collant estompait les marques sur ses jambes et le large châle permettait de soustraire toutes traces à la vue des autres. Bien qu'Andréa soit plus à l'aise avec son corps depuis quelques temps, laissant tomber pour la première fois les gros pulls aux manches longues lorsqu'elle était avec Jehan ou ses amis, Bridgette savait que c'était encore un sujet difficile pour sa camarade.
-« Toi aussi tu es magnifique tu sais, j'adore ta robe. »
-« C'est gentil de me dire ça. » remercia Andréa en posant sa main sur la sienne.
-« C'est ce que j'ai pas arrêté de lui dire. Je lui ai aussi dit qu'elle n'avait pas besoin de se couvrir comme ça, mais y'a rien eu à faire. »
-« Je me sens mieux comme ça, c'est tout, rétorqua Andréa en haussant les épaules. Pas besoin de me donner en spectacle. Si ça peut m'éviter des regards en coin, je préfère m'habiller comme ça. »
-« Je comprends, déclara Bridgette. De toute façon, tu es toujours magnifique, peu importe ce que tu portes. »
Andréa éclata de rire avant de la remercier chaleureusement en la prenant dans ses bras. Les jeunes gens discutèrent encore quelques instants avant que Jehan ne relève les yeux vers le fond du pavillon et ne se penche vers les deux adolescentes.
-« Oh… Soucis à midi. » murmura-t-il en se penchant en avant.
Bridgette et Andréa relevèrent alors à leur tour le regard. Droit devant eux, à quelques mètres, un homme à la silhouette imposante et aux cheveux blonds presque blancs se déplaçait au milieu de la foule, serrant quelques mains au passage. À son bras était accrochée une jeune fille que le trio connaissait bien, une grande blonde aux yeux bleu azur et au sourire aussi brillant qu'hypocrite.
-« Félix avait dit que Camille serait là, mais ça fait quand même quelque chose de la voir en dehors du lycée. » soupira Andréa.
-« Oui, j'ai soudainement très envie de pleurer de désespoir, pas vous ? » railla Jehan.
Sa compagne lui asséna un petit coup de coude dans les côtes, lui faisant comprendre qu'il parlait trop fort et que certains invités avaient entendu sa réflexion. Camille était vêtue d'une longue robe d'un bleu profond, fendue sur sa jambe gauche. Ses cheveux, toujours coiffés en natte haute, étaient rassemblés en chignon parfaitement exécuté, duquel s'échappait simplement deux mèches qui retombaient sur ses tempes et habillaient le bord de son visage. Malgré tout ce qu'on pouvait critiquer chez elle, il y avait quelque chose qu'on ne pouvait lui retirer sans être d'une mauvaise foi totale : Camille était une très belle jeune femme. La noirceur de sa personnalité et son mauvais comportement étaient compensés de l'extérieur par une silhouette parfaite, un choix d'habits qui la mettait toujours en valeur et un sourire éclatant qui aurait pu tromper n'importe qui. Pour le moment, elle se contentait de sourire aux personnes qui s'approchaient d'elle et son père mais Bridgette avait clairement remarqué son regard qui balayait la foule, sûrement à la recherche de Félix.
Mais quand leurs yeux se croisèrent, l'air de la peste s'assombrit tout d'un coup : Bridgette ignorait si Félix l'avait avertie de leur présence ce soir mais une chose était claire et nette, elle n'était pas du tout ravie de les voir ici. Malgré le regard meurtrier qu'elle venait de lui adresser, Camille resta accrochée au bras de son père, se contentant d'éviter de regarder dans leur direction.
Bridgette rentra un peu plus sa tête entre ses épaules en regardant Jehan qui avait également son expression mais le jeune musicien se contenta d'un haussement d'épaules désinvolte pour lui faire comprendre qu'il ne se sentait pas du tout impressionné. Les jeunes gens reprirent tranquillement leur conversation en essayant de concentrer leur attention sur autre chose mais d'un seul coup, la foule autour d'eux se fit un peu plus silencieuse et les personnes présentes dans la salle se reculèrent vers les murs, comme soudainement aspirées dans cette direction.
Bridgette releva la tête pour soudainement apercevoir Gabriel Agreste fendre la foule sans effort : les invités se poussaient à son passage, l'homme d'affaires se contentant de saluer et de remercier de la venue de certains d'entre eux, gardant son air sérieux et froid qui forçait le respect. Il était suivi de près par Félix qui affichait le même visage fermé, hochant la tête quand son père le présentait à d'autres hommes d'affaire et serrant lui aussi quelques mains, imperturbable. Habillé d'un costume noir qui rappelait fortement celui que son portait, l'adolescent se déplaçait avec sa flegme habituelle, le visage neutre. D'ici, son ami n'avait pas l'air très heureux, presqu'éteint, elle avait du mal à le reconnaître. Et elle n'avait pas besoin de s'approcher de lui pour comprendre que le jeune homme n'avait aucune envie d'être ici. Mais il ne disait rien, restait poli et à la place que son père lui avait demandé de tenir. Il n'avait pas tourné la tête dans la direction : l'avait-il fait exprès ou était-il trop occupé à tenir son rôle pour s'occuper d'eux pour le moment ? Elle l'ignorait.
Enfin M. Agreste s'arrêta en face de M. Bourgeois. Les deux hommes se serrèrent la main et c'était bien la première fois que Bridgette voyait le père de Félix esquisser un petit sourire : ce n'était pas grand-chose, juste un rictus au coin de ses lèvres, mais tout de même. Et bien qu'ils ne cherchaient pas à attirer l'attention, la discussion des deux hommes semblait intéresser beaucoup de personnes qui les observaient en silence. André Bourgeois était le maire de Paris après tout, et au vu du nombre de gardes du corps qui gravitaient autour de lui, comparable au nombre de ceux qu'Agreste père avait engagé pour sa propre protection, il était pratiquement impossible de passer inaperçu.
Après quelques instants à se contenir, Camille quitta le bras de son père pour s'approcher de Félix. Trop loin pour entendre leur discussion, le trio regarda la peste passer son bras autour de celui de leur ami, comme un serpent qui s'enroulerait autour de sa proie, avant de leur adresser un petit sourire méchant. Camille avait délibérément regardé dans leur direction, comme pour célébrer sa victoire. Mais quand Jehan se contenta de lui tirer la langue, peu sensible à sa provocation, suscitant le rire de Bridgette et Andréa tandis le regard de Camille se fit encore plus rude.
Enfin, Félix releva à son tour ses yeux dans leur direction. Il eut l'air tout de suite un peu plus soulagé, répondant au petit mouvement de main de Jehan et Andréa avec un sourire discret. Quand il aperçut Bridgette, la jeune fille put voir ses yeux s'écarquiller sensiblement, faisant inconsciemment grimper le stress de cette dernière. Bridgette regarda sur elle, partout où ses yeux pouvaient passer, essayant de comprendre ce qui avait pu faire réagir son ami de la sorte.
Suivant le regard de son fils, Gabriel Agreste regarda à son tour le trio avant d'échanger quelques mots avec Félix. Ils le virent hocher la tête avant que leur hôte ne décide de s'approcher d'eux. Jehan, Andréa et Bridgette eurent le temps d'échanger un petit regard stressé le temps que Gabriel Agreste ne s'arrête devant eux. Félix se tenait derrière lui, Camille toujours accrochée à son bras. Bridgette remarqua, qu'à son tour, le père de son père venait de la regarder de la tête au pied, un sourcil relevé. Paniquée, l'adolescente faisait de son mieux pour rester calme.
-« Je vois que vous avez pu venir finalement, c'est bien. » déclara l'homme d'affaires en scannant tour à tour les trois adolescents.
-« Oui, merci encore pour votre invitation M. Agreste, répondit aussitôt Andréa, essayant de contrôler les tremblements de sa voix. C'est un geste très généreux de votre part. »
-« Disons que mon fils ne m'a pas vraiment laissé le choix vous savez, répondit Agreste père en se tournant vers Félix. Nous avons fait une sorte… d'arrangement tous les deux, n'est-ce pas ? »
Félix se contenta de hocher la tête en baissant les yeux. Voyant que la situation commençait déraper sur un terrain glissant, Bridgette prit sur elle de changer de sujet de conversation.
-« Vous avez vraiment bien choisi le lieu de votre réception. C'est vraiment très beau ici, vous avez l'œil. »
-« Eh bien merci, j'apprécie le compliment. Il est vrai que j'aime le raffinement de cet endroit. Cela reste élégant sans être surchargé de décoration, c'est très agréable. »
-« On ne pouvait pas en attendre moins de vous, M. Agreste, renchérit Jehan avec un petit sourire. Quand on connait rien que l'agencement du hall d'entrée de votre maison, il était évident qu'un lieu comme celui-ci retiendrait votre attention. »
-« … Je suppose. » murmura l'homme d'affaire en fronçant légèrement les sourcils.
Avant que la discussion ne puisse se poursuivre, Nathalie apparut sur leur droite, fendant la foule avec grâce pour son pencher vers son employeur. L'homme l'écouta attentivement avant de la remercier puis de reporter son attention sur les jeunes gens.
-« Bien excusez-moi mais nous avons des choses à faire ce soir. Je vous souhaite une bonne soirée, déclara-t-il avec une expression neutre. Félix. » appela-t-il ensuite en regardant par-dessus son épaule.
Le garçon se contenta d'un nouveau hochement de tête en se dégageant de la prise de Camille. Par une pression sur son épaule, il lui intima de ne pas le suivre avant d'adresser un petit regard à ses amis puis de suivre son père sans un mot. Le trio le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse parmi les invités.
-« Je vois qu'on ne peut plus aller nulle part sans avoir affaire avec les parasites. » déclara Camille qui venait de croiser les bras en regardant dans leur direction.
-« Alors ça c'est drôle, j'étais justement en train de penser à la même chose ! » répondit Jehan en lui adressant un petit sourire insolent.
-« Aha, très amusant. Un petit conseil vous trois : vous êtes sur mon terrain. Je sais exactement quoi faire pour vous humilier jusqu'à la fin de vos jours. Alors ne restez pas dans mon chemin, n'essayez pas d'interférer avec quoi que ce soit et restez à votre place, vu ? »
Avant que quiconque ne puisse dire répondre, Camille traversa à son tour la foule pour rejoindre son père avec un grand sourire qui tranchait nettement avec l'expression qu'elle venait de leur adresser. Les jeunes gens restèrent muets quelques instants avant que Jehan ne hausse une nouvelle fois les épaules.
-« Bah, elle fait son intéressante comme d'habitude, laissons-la profiter un peu. C'est pas elle qui va nous gâcher la soirée, pas vrai ? »
-« Non, c'est pas comme si on avait pas l'habitude de ses menaces de toute façon hmm ? » dit Andréa en regardant le jeune musicien.
-« C'est clair. Bon… Je crois que ça va bientôt être à Félix de jouer. Essayons de voir où ils sont allés pour être au premier rang avant qu'il n'y ait trop de monde, ok ? »
-« On te suit ! » répondit sa compagne.
Main dans la main et Bridgette les suivant de près, les jeunes gens commencèrent à s'avancer dans les entrailles du bâtiment, tentant de retracer le chemin que Félix et son père avaient emprunté quelques instants plus tôt. Slalomant entre les invités en s'excusant ou en demandant pardon, Bridgette suivait ses deux amis en tentant d'ignorer tous les regards posés sur elle.
Mais qu'avaient-ils à la regarder comme ça ?! Y-avait-il quelque chose qui n'allait pas avec sa tenue ? Avait-elle fait quelque chose de mal que tout le monde avait remarqué sauf elle ? Le stress commençait à la prendre à la gorge, ignorant la conduite à prendre avec tous ces regards tournés dans sa direction. Puis quand elle aperçut son reflet dans l'un des nombreux miroirs de la pièce, la jeune fille prit une profonde inspiration en s'arrêtant quelques secondes.
« Fière, forte, je sais ce que je vaux, je m'assume et je me fous pas mal de ce que les autres pensent de moi » se répéta la jeune fille en rattrapant ses deux camarades.
Après quelques instants supplémentaires à jouer des coudes pour progresser, le trio s'arrêta devant une petite scène qui avait été aménagée pour l'occasion. Au pied de celle-ci étaient regroupés un quatuor de musicien qui s'appliquaient à faire danser quelques couples qui s'étaient formés devant eux, pris par le rythme posé des airs qu'ils jouaient. Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Bridgette en les voyant faire : elle n'avait jamais eu l'occasion de participer à un véritable bal et voir ces gens bouger tous en rythme faisaient palpiter son cœur un peu plus vite.
-« Je pense que Félix va jouer ici, il m'avait parlé d'une scène ou quelque chose comme ça. » murmura Jehan.
-« Le cadre parait idéal effectivement. » répondit Andréa en regardant Bridgette.
Cette dernière se contenta de hocher la tête. Ils observèrent distraitement les autres invités graviter autour d'eux, Bridgette se concentrant pour ignorer les nouveaux regards vers elle, gardant en ligne de mire la discussion qu'elle venait d'engager avec ses amis pour occuper son esprit. Puis, après une dizaine de minutes à échanger de la sorte, refusant les différents verres d'alcool que des serveurs étaient venus leur proposer, les musiciens s'arrêtèrent soudainement de jouer. Après quelques ultimes pirouettes, les couples de danseurs se dispersèrent après s'être applaudis pour laisser la place à M. Agreste qui venait de monter sur scène.
La lumière de la pièce entière avait été baissée, les spots lumineux se dirigeant vers l'homme d'affaire tandis que d'autres invités, arrêtés un peu plus loin, commençaient à se rapprocher de la scène, attirés par ce soudain changement d'ambiance. Un micro à la main, Gabriel Agreste attendit que le calme se fasse pour prendre la parole.
-« Chers invités, je vous remercie tous et toutes de votre présence ici ce soir. Je suis ravi de voir que vous êtes aussi nombreux à avoir répondu à mon invitation. J'espère que vous passez une excellente soirée jusqu'ici. »
De discrets applaudissements retentirent tout autour d'eux, les murmures reprenant dans la foule.
-« Je pense que vous êtes tous au courant de la tenue de mes invitations. Mon entreprise familiale est encore en pleine expansion et j'espère pouvoir lier de nouvelles alliances avec vous. »
-« Va falloir nous convaincre d'abord ! » lança un homme dans la foule, suscitant quelques rires.
-« Oh ne vous en faites pas, j'ai quelques atouts dans ma manche que vous ne pourrez pas refuser. » répondit Gabriel Agreste, amusé.
De nouvelles exclamations se firent entendre parmi les invités, le trio échangeant des petits regards perplexes et amusés.
-« Mais avant vous parler de bureaucratie pure et dure, je voudrais d'abord laisser ma place à mon fils et unique héritier, Félix. »
Leur ami entra à son tour sur scène, son violon à la main, cet air toujours fermé sur son visage. Il hocha légèrement la tête pour remercier quand de nouveaux applaudissements retentirent, son père posant sa main sur son épaule.
-« Afin de vous souhaiter à tous la bienvenue, mon fils a choisi de vous jouer un air de violon, en espérant que ses talents suffiront à vous faire comprendre à quel point nous sommes heureux de vous avoir parmi nous ce soir. »
Avec un dernier regard à Félix, l'homme d'affaires descendit de la scène. Le jeune homme regarda l'assistance un instant, les poings serrés sur son instrument. Il semblait légèrement stressé, Bridgette pouvait remarquer le léger tremblement de ses mains depuis sa position. Jehan lui fit alors un petit signe de main discret avant de lui faire comprendre de prendre une grande inspiration. Le garçon lui fit un petit sourire de remerciement avant d'inspirer à fond.
Il tourna ensuite la tête vers les autres musiciens qui attendaient son signal pour commencer à jouer. Félix resta immobile quelques instants puis cala son instrument sous son menton, passant l'archet au-dessus du manche. Il y eut un silence puis enfin, le garçon fit glisser l'archet sur les cordes.
La mélodie qu'il entama était mélancolique, lente mais majestueuse. Comme à son habitude, Félix avait fermé les yeux, s'isolant dans ses pensées pour ne se concentrer que sur sa musique. Bientôt accompagné des autres musiciens qui avaient été prévenus du morceau choisi par le jeune homme, ils s'accordèrent rapidement pour rejoindre Félix et faire chanter leurs instruments tous ensemble.
Bridgette remarqua que les sourcils de son ami étaient légèrement plus froncés que la normale, ses lèvres un peu trop pincées et ses gestes un peu trop brusques, mais il ne fit pas un seul faux pas. Agacée de constater que certaines personnes avaient repris leur discussion sans prendre la peine de l'écouter, l'adolescente ferma à son tour les yeux pour se concentrer sur la mélodie de son camarade. Félix lui avait plusieurs fois expliqué que faire ceci lui permettait de faire abstraction de tout ce qui se trouvait autour de lui et de focaliser son attention sur ce qui était vraiment important.
La mélodie dura plusieurs minutes, rythmée par le guidage de Félix et par les musiciens qui le suivaient tranquillement, en se regardant parfois pour se parler silencieusement. Et enfin, le garçon entama un ultime solo qui fit enfin taire les bavards tant sa musique occupait tout l'espace. Sans rien dire, Félix parvenait à se faire respecter, à capter l'attention grâce à son violon et son talent et c'était tout à fait impressionnant. Quand il exécuta le dernier accord, Bridgette sentit un long frisson remonter le long de sa colonne vertébrale puis rouvrit les yeux. Figé sur scène, Félix attendit que les cordes du violon cessent de vibrer pour baisser ses bras.
Il y eut un silence de quelques secondes avant que de nouveaux applaudissements ne retentissent dans la salle, Bridgette, Jehan et Andréa étant les premiers à frapper dans leurs mains. Félix fit un rapide mouvement de tête pour remercier au moment où Gabriel Agreste remontait sur scène. Il commença alors un nouveau discours de remerciements et de brèves félicitations adressées à son fils qui recula sur la scène pour se mettre en retrait. Après quelques instants, l'homme d'affaires fit un rapide mouvement de main à son fils pour lui indiquer qu'il pouvait se retirer, ce qu'il fit immédiatement, tandis qu'il continuait à parler dans son micro, exposant le programme de la soirée.
Écoutant d'une oreille distraite le discours de leur hôte, Jehan, Andréa et Bridgette purent soudain voir approcher Félix, slalomant entre les invités en essayant de rester discret pour éviter d'être interrompu. Accueilli par de grands sourires, le jeune homme resserra le nœud de sa cravate en arrivant à leur hauteur.
-« Pardon pour l'attente, je devais ranger mon violon et… négocier quelques minutes de tranquillité avec Nathalie. »
-« Oh, alors on va pas te garder avec nous ? » demanda Andréa en penchant légèrement la tête.
-« Malheureusement, cela risque d'être compliqué, soupira Félix en passant sa main dans sa nuque. Mon père a prévu tout un programme pour moi et je ne vais pas pouvoir y couper malheureusement. »
-« On comprend, ne t'inquiète pas. » répondit la jeune fille en hochant la tête.
-« Je suis heureux que vous ayez pu venir en tout cas. Je ne sais pas comment j'aurais fait si j'avais dû affronter tout ça tout seul. Vous savoir ici me rassure. »
-« Bah, tu sais bien qu'on sera toujours là pour assurer tes arrières vieux. » ricana Jehan en lui donnant un petit coup de poing dans l'épaule.
-« Merci… En parlant de cela, avez-vous vu Camille ? »
-« Oui, tout à l'heure, répondit le grand métis en haussant les épaules. Elle est venue nous raconter sa vie, essayer de nous faire peur et après elle a disparu. Elle était avec son père y'a pas si longtemps. »
-« Hmm… Je suis vraiment désolé pour ça. Camille est vraiment… »
-« Ne t'excuse pas de son comportement Félix, coupa Bridgette en hochant négativement la tête. Tu n'es pas responsable de ses actes, tu n'as pas t'excuser pour elle. »
Félix lui adressa un petit sourire de remerciement avant de regarder son amie de haut en bas durant quelques secondes, la détaillant rapidement avant de détourner le regard. À nouveau, Bridgette sentit son rythme cardiaque drastiquement augmenter. Elle étudia encore une fois sa robe, cherchant à comprendre pourquoi elle attirait autant les regards sans que personne ne veuille lui dire ce qui n'allait pas.
-« Et si on s'écartait un peu d'ici ? suggéra Jehan après s'être fait légèrement bousculé par un autre invité. J'étouffe ici moi. Et moins on restera au même endroit, plus on aura de chance d'éviter Camille. »
-« Nous pouvons aller un peu plus loin, proposa Félix en indiquant la direction d'un signe de menton. Tout le monde s'est rassemblé pour écouter mon père, la foule sera sûrement moins dense de ce côté. »
-« Ça me va ! » répondit le jeune musicien en faisant volte-face.
Il présenta son bras à Andréa qui s'y accrocha immédiatement avec un sourire avant de commencer à s'écarter de la scène sur laquelle parlait toujours Gabriel Agreste. Bridgette et Félix se regardèrent quelques instants puis ce dernier imita le geste de son ami. Bridgette hésita, regardant tout autour d'elle : Félix était au centre de l'attention, et il n'était peut-être pas nécessaire de risquer de déclencher des commérages infondés en prenant son bras. Mais en voyant le regard insistant de son camarade, Bridgette ne put se retenir. Avec un sourire timide, elle passa son bras sous celui de Félix, se serrant contre lui pour suivre son pas rapide quand il s'avança pour rejoindre Andréa et Jehan.
Mais alors qu'ils progressaient, Bridgette remarqua de nouveaux regards posés sur elle, certains invités se penchant vers ceux qui les accompagnaient pour chuchoter de manière peu discrète, leurs yeux toujours accrochés à elle. Au bord de l'évanouissement, Bridgette resserra sa prise sur le bras de son ami, appliquant une pression nouvelle que Félix remarqua aussitôt.
-« Quelque chose ne va pas ? » demanda-t-il quand ils furent enfin dans un espace plus dégagé, Jehan et Andréa à quelques mètres devant eux.
-« Si si ça va… » répondit-elle d'une petite voix en lâchant son bras.
Ne souhaitant pas insister, Félix se contenta de rester silencieux, observant son amie du coin de l'œil. Distrait, le garçon ne put s'empêcher de détailler sa tenue, son cœur battant légèrement plus vite. Mais le voyant faire, Bridgette ne put plus contenir son stress et attrapa le pan de sa veste d'un geste vif, paniquée.
-« Félix… ! appela-t-elle en essayant de parler à voix basse pour ne pas attirer l'attention. Désolée mais… Je… Tout le monde me regarde, je le vois bien… ! Toi aussi tu me regardes bizarrement… E-Est-ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec ma tenue… ? » bredouilla la jeune fille en inspectant une nouvelle fois sa robe.
-« C-Comment… ? » murmura Félix, interdit.
-« C'est la robe, c'est ça hein ? Je pensais que ça irait, je la trouvais bien mais j-je… Je ne sais pas ce qui m'a pris, je savais que ça n'irait pas… ! Je voulais essayer de porter autre chose pour l'occasion mais j'aurais mieux fait de ressortir une de mes vieilles robes, au moins j- »
-« Non, Bridgette tu… » tenta Félix.
-« Je suis ridicule, hein ? Je sais pas pourquoi je les ai laissé faire tout ça… ! reprit l'adolescente en commençant à hyperventiler. Ça ne me va pas du tout, je ne sais pas porter ce genre de vêtement… S'il y a quelque chose, je préfère que tu me le dises tout de suite, comme ça je rentre chez moi et j'évite de prolonger le massacre… ! Non parce qu- »
-« Bridgette ! » la coupa Félix en la prenant par les épaules.
Surprise, Bridgette se tut aussitôt. Elle le vit plonger son regard dans le sien, la faisant involontairement rougir quand il esquissa un sourire un coin.
-« Tout va bien, ne t'inquiète pas. Ta robe te va très bien. Tu es très jolie, vraiment. »
-« … T-Tu le penses vraiment… ? » bredouilla Bridgette en regardant son camarade.
-« Oui, répondit-il sans hésiter. Pardon si je t'ai fait penser que quelque chose n'allait pas en te regardant comme je l'ai fait. C'est juste que…. Enfin… » poursuivit-il avant d'échapper un petit rire gêné.
Il passa sa main dans sa nuque avant d'attraper la main de Bridgette avec un sourire un peu plus large, serrant son pouce sur les phalanges de sa camarade.
-« Tu es magnifique, souffla-t-il en la regardant une nouvelle fois. Je pense que c'est pour ça que tout le monde te regarde. C'est difficile de détourner les yeux de toi. »
-« O-O-oh, F-Félix… articula difficilement Bridgette, les joues aussi rouges que son costume d'héroïne, la main couvrant sa bouche, reculant d'un pas. C-C'est la r-r-o-be, c'est po-our ç-ça… »
-« Non ! E-Enfin je veux dire… ! Ta robe est très jolie, mais tu es très jolie sans ! … Enfin ! Avec d'autres habits sur toi, évidemment ! se reprit-il en voyant Bridgette s'empourprer davantage à l'écoute de sa dernière phrase. Ce que je voulais dire c-c'est que… »
Félix prit une profonde inspiration pour essayer de reprendre de la constance. Il ferma les yeux quelques secondes avant de reposer sa main sur l'épaule de son amie qui releva les yeux dans sa direction.
-« Tu es parfaite. Tout le temps. »
Les yeux brillants, Bridgette put distinctement sentir son cœur faire le grand huit dans sa poitrine avant de retomber dans son estomac. Figée, elle ne savait que dire : à cet instant, elle était persuadée que personne encore ne lui avait fait un aussi joli compliment. Et jamais elle n'aurait pu croire que ces mots viendraient de lui.
Ne la voyant pas réagir, Félix passa sa main dans sa nuque en détournant les yeux.
-« Ça fait un peu vieux jeu, je suis désolé… Mais c'est sincère. »
-« Oh non ! Non non… C'est… incroyablement gentil de ta part de me dire ça. Ça me touche beaucoup. »
-« Si tu es rassurée, c'est tout ce qui compte. » murmura Félix avec un sourire en coin.
-« Oui merci… Et toi aussi tu très beau. J'aime beaucoup ton costume. »
-« Merci. » répondit simplement le jeune homme, les yeux ronds devant ce compliment inattendu.
Alors que les deux camarades continuaient de discuter maladroitement, Jehan adressa un petit regard en coin à Andréa qui répondit par la même expression après s'être pincé l'arête du nez, alors que son compagnon passait son bras autour de ses hanches. En privé, il leur arrivait parfois de se moquer gentiment de leurs amis, plaisantant sur le fait qu'il était absolument évident qu'ils se tournaient autour sans même s'en rendre compte.
Mais dans ces conditions, la situation commençait vraiment à devenir désespérante, même pour eux.
Fin de ce chapitre, j'espère que ça vous a plu ! Il y avait beaucoup de description, mais c'était nécessaire pour bien établir le cadre, j'espère sincèrement que ce n'était pas trop, j'ai essayé de rendre le tout fluide. On avance lentement pour cet arc mais comme je l'avais dit, j'avais envie de prendre mon temps, laisser apparaître des personnages qu'on ne voit pas assez souvent comme Marlena, Priam, Gabriel Agreste, Nathalie, le Gorille, bref !
Des illustrations faites par mes soins pour vous montrer à quoi ressemblent les tenues de notre quatuor préféré sont disponibles sont mon compte insta (rimay89). N'hésitez pas à aller jeter un coup d'œil si ça vous intéresse ! Il y a une petite surprise pour les plus attentifs hehe...
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Je ne sais pas si vous l'avez remarqué mais c'était le 100e chapitre que je publiais pour cette histoire. Je n'arrive pas à croire que je sois arrivée jusqu'ici ! Croyez-moi, quand j'ai écrit "chapitre 100" sur mon document word cet été, ça m'a fait quelque chose. Je me suis revue, en terminale, assise au fond de la classe pendant le cours de philo, à gribouiller sur mon cahier à carreau un semblant de scénario après avoir découvert Miraculous et l'existence de Bridgette et Félix dans cette licence. Je ne pensais vraiment pas que ces quelques lignes auraient de telles conséquences dans ma vie. Plus de quatre ans plus tard, je suis toujours là, à écrire les aventures de ces deux adolescents qui ne vivent que dans mon esprit mais qui ont vraiment bouleversé mon existence, et ça pour toujours, c'est une certitude.
Et pouvoir vous raconter leurs aventures et savoir que des personnes bien réelles me suivent pour partager cet univers qui m'est si cher, c'est un truc encore plus incroyable. Cette histoire ne changera pas votre vie, mais elle changé la mienne et je vous remercie de votre soutien, de vos retours sur mon travail. C'est aussi grâce à vous que j'ai continué à écrire les aventures de Félix et Bridgette. J'ai littéralement grandi avec eux (et avec vous par extension) : quand je regarde le début de cette histoire et où j'en suis maintenant, je peux nettement voir que je me suis améliorée et que j'ai encore plein de progrès à faire, et ça m'enchante vraiment.
Je ne suis plus la lycéenne paumée dans la vie que j'étais à l'époque, la jeune fille qui pleurait tous les soirs dans son lit, peu sûre d'elle et ne sachant pas si elle allait pouvoir continuer de vivre comme elle le faisait alors. J'ai beaucoup évolué depuis ce temps-là et c'est en partie grâce à cette histoire. Pouvoir coucher sur papier mes envies, mes peurs, mes chagrins, ce qui me fait rire et rêver, faire vivre tout ça par l'intermédiaire de deux adolescents qui se découvrent peu à peu, ça m'a sauvé, vraiment.
Au départ, cette histoire n'était qu'une fanfic miraculous parmi d'autres, sans grande ambition. Mais de mon côté, c'est devenu quelque chose de très important dans ma vie. Tous mes personnages vivent dans mon esprit et y vivront pour toujours, même quand cette histoire sera achevée.
Alors merci d'être de plus en plus nombreux et nombreuses à suivre leurs aventures, à me laisser des petits commentaires et vos retours. Vous m'avez aidé à me forger, à me retrouver, même si vous l'ignoriez jusque-là. J'espère pouvoir continuer à vous faire ressentir toutes mes émotions à travers les péripéties de Bridgette, Félix et de tous les autres, à vous garder en haleine et à vous donner envie de revenir tous les dimanches pour suivre mon travail.
Merci d'être là pour eux et pour moi, tout simplement.
Je vous serre tous très fort sur mon cœur, les yeux humides après avoir écrit ces lignes, et vous dit à la semaine prochaine.
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