Aujourd'hui, c'était le mariage de Clara. Finalement, Andrew avait décidé de ne pas y aller, ça ne servait vraiment à rien de se torturer de la sorte. De toute façon, personne n'aurait envie qu'il soit là et il n'avait pas envie de croiser la mère de Clara. Il avait envisagé de prendre une potion de sommeil pour dormir une bonne partie de la journée et ne pas y penser mais il avait renoncé à l'idée. Allongé dans son lit, parfaitement réveillé, il se demandait bien pourquoi il n'avait pas pris cette potion. Il décida de se lever et de s'habiller. Peut-être était-ce le bon jour pour rendre visite à son grand-père et discuter avec lui de son futur atelier.
Son majordome eut l'air surpris de le voir descendre aussi tôt et ne put retenir une remarque en ce sens. Andrew aurait pu s'en offusquer mais son majordome était là depuis qu'il était né, il était quasiment un membre de sa famille et sa franchise avait quelque chose de rafraichissant. Andrew était suffisamment entouré d'hypocrisie comme ça. Il s'assit à la table de la salle à manger, but son café, joua avec ses toasts. Il n'avait pas faim, il se sentait étrange, vide, comme assommé.
- Vous allez bien, monsieur ? demanda son majordome avec sincérité.
- Vous savez quel jour nous sommes ?
- Oui, monsieur. Je sais que c'est dur pour vous.
Il savait, bien sûr. En tant que majordome, il avait assisté à l'histoire d'amour entre Andrew et Clara, il les avait regardés marcher dans le parc pendant des heures en bavardant et en riant, il les avait regardés monter à cheval, disparaitre dans la forêt, revenir en galopant comme des enfants. Il les avait regardés des dizaines de fois monter le grand escalier, s'enfermer dans la chambre d'Andrew et y rester des heures. Il connaissait Andrew depuis sa naissance et il ne l'avait jamais vu aussi heureux qu'avec Clara Seymour. Alors oui, il savait bien.
Andrew expliqua qu'il allait rendre visite à son grand-père, qu'il allait s'occuper l'esprit. Il se confiait à son majordome comme il l'aurait fait à un ami ou un oncle et ce dernier l'écoutait attentivement. Ils tressaillirent tous les deux en entendant tambouriner à la porte de la dépendance et échangèrent un regard étonné. Il était neuf heures du matin, c'était un samedi, ils n'attendaient personne. De toute façon, Andrew n'attendait jamais personne aussi tôt. Le majordome quitta la salle à manger pour aller ouvrir et Andrew resta immobile, moitié curieux, moitié indifférent. Le majordome revint à la porte de la salle à manger.
- Mademoiselle S… commença-t-il.
Clara lui passa devant et le coupa dans son annonce. Andrew se leva vivement de table et la regarda venir vers lui, le cœur battant. A chaque pas qu'elle faisait, il était un peu plus sûr de savoir pourquoi elle était là. Il ne pouvait y avoir qu'une seule raison. Il s'éloigna de la table pour la rejoindre et l'observa, tendu à l'idée de faire erreur.
- Clara, tu…
- J'ai tout annulé, s'écria Clara. J'ai dit à Antonius que je ne pouvais pas l'épouser et puis je suis partie.
Elle éclata de rire, nerveuse et sidérée par ce qu'elle venait de faire. Elle en tremblait encore. Le cœur d'Andrew tenta furieusement de s'échapper de sa poitrine.
- Mais Clara, ta mère… Elle va te…
- Arrête, ça suffit, ordonna Clara en agrippant la chemise d'Andrew. Laisse-moi choisir, c'est ma vie et ma décision. Je veux être avec toi, c'est tout ! Je veux t'épouser toi, comme nous l'avions prévu. Au diable la maison d'édition et au diable ma mère !
Andrew céda, il n'avait plus aucune raison de résister et il n'en avait plus envie. Elle allait abandonner son rêve pour être avec lui mais elle avait raison, c'était son choix. Et il avait envie d'être égoïste pour une fois, il voulait Clara, il allait l'avoir, c'était tout ce qui comptait. Andrew passa ses bras autour de la taille de la jeune femme et la serra contre lui, infiniment soulagé, toujours un peu incrédule, en proie à un bonheur qui manquait de faire exploser sa poitrine.
Un peu plus tard, Andrew et Clara se retrouvèrent dans le salon de la résidence principale, assis face à Mr et Mrs Stewart. Bien sûr, les parents d'Andrew étaient au courant que leur fils avait fréquenté Clara pendant un moment mais avec Andrew, ce n'était jamais sérieux. Ils furent donc stupéfaits d'apprendre que Clara venait de planter son fiancé au dernier moment pour venir rejoindre Andrew, plus stupéfaits encore d'apprendre qu'Andrew voulait épouser Clara. Le père regardait son fils, sidéré et vaguement impressionné, il se l'avouait volontiers. Avec sa femme, ils craignaient depuis longtemps qu'Andrew ne trouve jamais personne ou bien ne sorte qu'avec des hommes et que leur famille soit mise en péril. Et voilà qu'Andrew leur présentait sa future femme qui n'était autre que l'un des meilleurs partis des Etats-Unis. C'était mieux que tout ce qu'ils avaient pu imaginer. Comme quoi, il ne fallait pas désespérer.
Il y eut un moment de flottement quand Clara expliqua que sa mère avait menacé de la déshériter si elle épousait Andrew. Le visage de Mr et Mrs Stewart se ferma ostensiblement. Ils ne firent cependant aucune remarque, laissèrent la jeune femme parler. Ils sortirent sur la terrasse pour prendre l'air, commencèrent à planifier l'avenir avec espoir et entrain. Andrew n'arrêtait pas de sourire, il avait l'impression d'être ivre. Le moment de bonheur fut perturbé par l'arrivée du majordome de la résidence principale qui vint les informer qu'ils avaient une visiteuse. Mrs Seymour était là et désirait voir sa fille.
Ils revinrent dans le salon pour l'accueillir. Il était évident que Mrs Seymour était furieuse. Elle salua à peine les parents d'Andrew, marcha vers Clara et la fixa avec indignation.
- Quelle est cette mascarade ? s'écria-t-elle. Nous sommes le jour de ton mariage, il n'est pas encore trop tard ! Tu vas arrêter immédiatement ces enfantillages, rentrer à la maison et épouser Antonius.
Clara refusa, elles se disputèrent violemment au milieu du salon. Les Stewart n'intervinrent pas immédiatement, ils se sentaient mal à l'aise.
- La seule personne que j'épouserai, ce sera Andrew ! conclut Clara d'un ton hargneux.
Mrs Stewart jeta un regard mauvais à Andrew puis se tourna à nouveau vers sa fille.
- Tu vas te couvrir de honte et toute notre famille avec par la même occasion ! Te rends-tu compte du ridicule de la situation ? Regarde-le, il n'aime même pas les femmes, ça crève les yeux ! Tu veux vraiment que toute la société te voie au bras de ce travesti dépravé ? C'est la fin de ta réputation ma fille !
Andrew n'arrivait jamais à réagir correctement quand on l'insultait de cette manière. Il repensait après, dans sa chambre, à tout ce qu'il aurait dû répondre mais sur le moment, rien ne sortait de sa bouche. C'était tellement violent et humiliant qu'il ne savait même plus qui il était ou ce qu'il devait dire.
- Si tu l'épouses, tu n'auras pas un seul dollar de ma part, tu m'entends ? Hors de question que ma maison d'édition tombe entre les mains d'une personne comme lui ! Et tes enfants, tu y penses ? C'est ça le père que tu vas leur donner ? Une grande folle qui te trompera avec tous les hommes que vous…
La tirade de Mrs Seymour fut interrompue par la gifle magistrale que Mrs Stewart lui asséna, presque malgré elle. Ils étaient tous tellement en colère qu'ils ne l'avaient pas vue s'approcher. Mrs Stewart se planta devant l'autre, le visage plein de haine et de sidération. Andrew n'avait jamais vu sa mère dans cet état et il ne l'avait jamais vue lever la main sur qui que ce soit.
- Comment oses-tu parler de mon enfant de cette façon ? cracha Mrs Stewart. Tu viens chez moi, dans ma maison et tu nous insultes ? Pour qui est-ce que tu te prends, Caroline ?
Caroline Seymour trembla de rage, la main posée sur sa joue douloureuse. Personne n'avait jamais osé la frapper de cette façon.
- Clara va épouser Andrew ce qui signifie que maintenant, elle fait partie de ma famille. Garde tes dollars, elle n'en aura plus jamais besoin. Elle est désormais sous ma protection, ne t'approche plus d'elle et ne t'approche plus d'Andrew. Si j'entends encore une seule insulte sortir de ta bouche, je te colle un procès pour diffamation ! Suis-je claire ?
Caroline Seymour eut un sourire méprisant.
- Pour diffamation ? Vas-y donc, Alice. Tout ce que j'ai dit est vrai et je ne me priverai pas de le faire savoir !
Alice Stewart regarda Caroline de haut, comme un insecte et eut une moue méprisante.
- Tu veux la guerre, Caroline ? Parfait. Permets-moi de te rappeler que tous les précieux livres de la maison d'édition Seymour sont fabriqués avec les arbres des plantations Stewart. Alors vas-y, fais-toi plaisir, attaque-nous. Je t'attends.
Caroline Seymour trembla de rage, jeta un dernier regard à sa fille, voulut dire quelque chose, une dernière insulte sans doute, avant de s'en aller.
- Sors de chez moi, ordonna froidement Mr Stewart.
Il n'avait pas bougé, il avait laissé sa femme régler le problème, il ne voulait pas être un homme qui giflait une femme mais ça l'avait démangé aussi. Il arrivait toutefois à bout de sa résistance. Si elle disait encore un mot de plus, il perdrait son calme lui aussi. Caroline Seymour fit demi-tour et quitta le château à grands pas furieux. Le silence revint, pesant, incrédule et tendu. Clara ressentait une honte brûlante qui lui donnait envie de pleurer.
- Je suis désolée, dit-elle. Je suis vraiment désolée.
Mrs Stewart fit un signe de la main pour l'arrêter, lui faisant comprendre qu'elle n'avait pas à s'excuser du comportement de sa mère. Andrew regarda sa mère, choqué et en même temps terriblement heureux qu'elle l'ait défendu de cette façon. Alice Stewart, elle, tremblait légèrement, de haine et de colère. Personne n'avait jamais parlé d'Andrew devant elle avec autant de mépris mais elle savait que les gens devaient le faire dans leur dos et c'était insupportable. Comme son père l'avait fait, elle allait les envoyer se faire foutre, un par un. Ils étaient les Stewart, l'une des plus riches et des plus prestigieuses familles des Etats-Unis, ils n'avaient besoin de la permission de personne pour être ce qu'ils étaient. Elle se tourna vers Andrew et le regarda avec détermination.
- Ton mariage, ce sera le plus somptueux du siècle, je peux te l'assurer. Et si qui que ce soit ose faire une remarque sur la façon dont tu te coiffes ou la façon dont tu t'habilles, il aura affaire à moi.
Andrew crut sa mère sur parole. Maintenant qu'il tenait la main de Clara dans la sienne et qu'il voyait une flamme furieuse briller dans le regard de ses parents, il devina que sa vie ne serait jamais plus aussi pathétique qu'avant.
OoOoO
Les Corbeaux du Bronx avaient fini troisièmes du championnat et ils avaient dignement fêté ça. La défaite de Dahlia contre Los Angeles fut oubliée et globalement, les critiques de Quidditch conclurent sur le fait que la nouvelle attrapeuse des Corbeaux avait fait une première saison prometteuse. Dahlia était heureuse et fière d'elle, pour la première fois depuis longtemps. Maintenant, elle pouvait profiter de ses vacances et de son temps de repos bien mérité. Le Quidditch s'arrêtait toujours l'été, c'était la saison des transferts et les joueurs partaient généralement en voyage avec leurs familles. Dahlia aurait aimé s'en aller avec Harry mais sa formation s'était terminée et il devait retourner à Londres pour reprendre son poste d'Auror. Il n'allait pas prendre un congé à peine revenu.
Qu'à cela ne tienne, Dahlia partit avec Emily. Cette dernière était étrangement libre, malgré son travail au MACUSA mais Dahlia ne chercha pas à connaitre les détails, elle était trop contente que son amie ait pu avoir des vacances et accepte de partir avec elle. Elles passèrent une semaine sur l'île de Malte, parce qu'Emily y avait passé de nombreuses vacances quand elle était enfant, avec ses parents. Ils possédaient même une maison là-bas mais Emily n'avait pas eu le cran de demander les clés à ses parents. Ils ne se parlaient plus depuis des années, elle n'allait pas changer cela aujourd'hui. Elle loua donc une autre maison, un peu plus loin, elle emmerdait ses parents. Elle voulait montrer l'île à Dahlia, lui raconter des anecdotes et des souvenirs de jeunesse. C'était là qu'elle avait embrassé une fille pour la première fois, c'était là que Josh et elle, les quelques fois où il l'avait accompagnée, jouaient à être des espions en se cachant dans les rochers. Dahlia écoutait, en souriant, toujours heureuse et curieuse d'en apprendre plus sur Emily.
Cette dernière avait un don pour dégoter des plages désertes où elles étaient seules et tranquilles. Quand il n'y avait personne, Emily se mettait en maillot de bain et bronzait au soleil. Quand il y avait du monde, elle gardait sa jupe. Il y avait des angoisses contre lesquelles même la force d'Emily ne gagnait pas. Dahlia, elle, se baignait comme elle le voulait. Cela lui rappelait la Grèce avec Harry, elle était heureuse. Emily ne pouvait s'empêcher de la mater un peu, quand elle revenait vers sa serviette, avec l'eau qui scintillait sur sa peau nue mais juste un peu. Elle était humaine aussi, après tout. Enfin bon, tout de même, Emily préférait les brunes. Elles firent des randonnées aussi, pour apprécier le paysage. Dahlia n'était pas habituée à marcher aussi longtemps et elle s'essoufflait toujours la première. Emily, elle, n'était jamais essoufflée et ne montrait jamais le moindre signe de fatigue ou de faiblesse.
- Comment ça se fait ? s'agaçait Dahlia. Ce n'est quand même pas comme si tu randonnais souvent.
Emily haussait les épaules et racontait qu'elle allait souvent camper et marcher en forêt avec Josh. Elle avait bien l'intention d'y retourner cet été, maintenant qu'ils s'étaient réconciliés. Ils iraient marcher dans les montagnes, sur les sentiers escarpés et dangereux, là où les Non-Maj ne s'aventuraient pas. Josh et Emily aimaient les hauteurs, les gouffres, l'adrénaline et le risque.
Ce fut à Malte que Dahlia commença à se sentir malade, vers la fin du séjour. Elle mit cela sur le compte de la nourriture et de la chaleur. Elle essaya de le cacher à Emily et celle-ci fit semblant de ne pas le voir mais il était dur de cacher quoi que ce soit à Emily. Elle garda toutefois pour elle ses remarques et ses observations. Il y avait des choses qu'il fallait savoir taire. Elles rentrèrent à New York, heureuses de leur escapade, pleines de soleil et de sel marin. Emily avait bronzé, Dahlia avait rougi. Le Portoloin la fit vomir, ce qui ne lui était jamais arrivé. Emily raccompagna Dahlia chez elle et lui serra doucement la main pour lui dire au revoir.
Maintenant qu'elle était rentrée, Dahlia ne pouvait plus nier la vérité plus longtemps. Fidèle à ce qu'elle avait dit, elle n'avait pas repris de potion de fertilité depuis ce jour-là. Quand elle avait couché avec Harry dans la cuisine, elle était certaine de ne pas être enceinte, elle faisait assez de tests pour le savoir. Les tests aussi, elle avait arrêté. Donc, en toute sincérité, puisqu'elle ne prenait plus de potion, Dahlia avait cessé d'attendre quoi que ce soit et ne pensait vraiment pas se retrouver enceinte maintenant. Elle l'était pourtant, comme le lui prouvaient son absence de règles et ses nausées persistantes. Elle alla acheter un test chez l'apothicaire pour la première fois depuis un mois et demi et il vira au rouge si vite que le doute ne fut plus permis.
La nouvelle surprit Harry autant qu'elle mais il s'en réjouit immédiatement. Avec un peu plus de réserve que la première fois cela dit. Dahlia elle-même ne ressentit pas le même emballement. Ils ne pouvaient s'empêcher de penser au fait qu'ils allaient peut-être le perdre, celui-là aussi et qu'il valait mieux ne pas trop se projeter. Ils allèrent à Sarah Good pour voir le guérisseur Ndugu. En temps normal, peu de sorcières se rendaient à l'hôpital et les suivis de grossesse n'étaient pas très répandus dans leur monde. Ndugu le déplorait. Il encourageait nettement Dahlia à venir faire quelques visites à l'hôpital de temps en temps pour vérifier que tout allait bien. Trois fois suffisaient, mais quand même. Après tout, son cas était un peu particulier. Pour l'instant, il lui apprit qu'elle était enceinte de six semaines et que tout semblait se dérouler parfaitement.
Au fond d'elle, Dahlia savait parfaitement à quel moment elle était tombée enceinte. C'était ce fameux jour, sur la table de la cuisine. Elle était tombée enceinte la première fois où elle avait couché avec Harry sans prendre sa potion et où elle n'avait pas pensé à tomber enceinte, justement. C'était ironique quand on y pensait, à se demander pourquoi elle s'était fait chier à prendre cette potion de fertilité. D'une certaine façon, elle était contente de se dire que ça s'était fait à ce moment-là.
Il se passa une semaine après la nouvelle, deux semaines. Elle n'avait toujours pas perdu le bébé et elle commençait à y croire. Elle prit son courage à deux mains et se retrouva dans le bureau de son entraineur de Quidditch pour lui annoncer qu'elle était enceinte. Selon toute vraisemblance, elle ne ferait pas la saison prochaine. Son entraineur lui épargna toute remarque misogyne et sexiste mais c'était écrit sur son visage qu'il le pensait. Evidemment que ça le faisait chier que son attrapeuse lui claque entre les doigts au bout de la première saison, d'autant qu'elle était plutôt douée et qu'elle s'était très bien débrouillée jusqu'à présent. Il faudrait jouer avec le remplaçant, le former davantage pendant l'été.
- J'espère qu'il sera aussi bon que toi et en même temps, j'espère pour toi qu'il ne sera pas meilleur que toi.
Dahlia le regarda froidement et ne répondit pas. C'était plutôt cruel comme commentaire mais elle était trop rationnelle et lucide pour lui en vouloir vraiment. Femme ou pas, sexisme ou pas, sa grossesse emmerdait tout le monde et mettait sa carrière en péril, c'était un fait. Pour la première fois depuis qu'elle avait fait ce choix, Dahlia regretta d'avoir quitté la librairie. A la librairie, elle aurait pu travailler jusqu'au bout de sa grossesse, elle n'aurait rien perdu du tout et personne n'aurait risqué de lui voler sa place. Mais le Quidditch, c'était différent. Il était hors de question qu'elle prenne le risque de faire une fausse couche à cause d'acrobaties trop rapides, d'une chute de balai ou d'un cognard trop violent. Il n'y avait donc pas à tergiverser.
Harry commençait à y croire sérieusement lui aussi mais, fidèle à sa promesse, il n'en avait toujours pas parlé autour de lui. Il avait hâte de le faire toutefois, il aimait bien l'idée que son enfant aurait sensiblement le même âge que celui de Ron et Hermione. Il avait été infiniment heureux de les retrouver d'ailleurs. Le ventre d'Hermione avait bien grossi, Harry n'était pas habitué à la voir ainsi. Ron était excité et impatient. Harry devait se faire violence pour ne pas partager complètement sa joie en lui disant qu'il était dans le même état que lui. Harry fut également content de retrouver Rufus, Jane et surtout Mark. Ce dernier semblait radieux de l'avoir à nouveau dans son équipe. Harry fit la connaissance de Julia, qui était efficace et sympathique, reprit ses habitudes d'Aurors. Il avait de nouvelles connaissances, il maitrisait de nouvelles techniques, il pouvait s'en servir et les faire découvrir à ses collègues.
Il ne regrettait pas un seul instant d'être retourné travailler à Londres et de ne pas être resté à New York. A vrai dire, il respirait mieux maintenant qu'il était rentré. Le fait de croiser Ron tous les jours allégeait ses journées, il retrouvait les sensations d'avant, il se sentait moins isolé. Un soir, après le travail, il alla rendre visite à Molly et Arthur. Un autre jour, il fit la même chose chez Bill et Fleur. Certes, grâce aux Portoloins, Harry pouvait aussi rendre visite aux Weasley quand il vivait exclusivement à New York mais ce n'était pas la même chose. Ce n'était pas la même démarche psychologique de transplaner sur quelques kilomètres après le travail pour relier Londres et Loutry Ste Chaspoule et de prendre un Portoloin après le travail pour traverser la moitié du monde. D'autant que quand il était à New York, il ne pouvait venir que le weekend alors que là, il pouvait aller voir les Weasley en semaine, n'importe quand. Il y avait une situation plus facile que l'autre, c'était évident.
Cette semaine, Harry était en entrainement avec ses collègues. Cette ambiance-là aussi lui avait manqué. Il s'assit avec Ron et Hermione pour déjeuner, les regarda manger la même salade et se contenta d'un pain au chocolat avec du thé. Ses deux meilleurs amis lui avaient fait savoir qu'ils voulaient passer leur pause du midi avec lui, ils avaient quelque chose à lui dire. Harry était curieux, c'était toujours délicat ce genre de situation. Quelle nouvelle voulaient-ils lui annoncer ?
- J'ai donné ma démission, déclara Ron. J'arrête à la fin du mois d'août.
Harry le regarda, surpris. Il ne se souvenait pas que Ron lui ait déjà parlé d'une envie de démission.
- J'y pense depuis un moment, avoua Ron. Hermione est d'accord avec moi donc… Je vais quitter le bureau des Aurors et je vais aller travailler avec George à la boutique.
- Ah bon ? s'étonna Harry.
- Oui… Les enquêtes et les combats, ça commence à me fatiguer. Je… j'ai l'impression que j'ai assez donné comme ça, j'ai envie d'un travail plus… calme et tranquille.
- Je vois…
- Et puis, je vais avoir un bébé et, je ne sais pas, j'ai envie d'être là. En travaillant à la boutique avec George, se sera nettement plus simple de me libérer s'il y a un problème ou… Au moins, je suis sûr que je pourrai rentrer tous les soirs.
- Je comprends.
Harry se sentit un peu mal à l'aise, pour une raison qu'il n'ignora pas. Il pensait à sa propre situation, comparable à celle de Ron. Il aurait tout le temps d'y réfléchir plus tard toutefois, ce n'était pas le moment. Il était content pour Ron, il était certain que ça lui plairait de travailler avec son frère à la boutique de farces et attrapes, ça lui allait bien. C'était quand même un peu étrange de penser qu'il ne verrait plus Ron au Ministère tous les jours, qu'ils ne s'entraineraient plus ensemble. Encore une fois, quelque chose se terminait. C'était sans doute cela devenir adulte, perdre petit à petit tout ce qui nous avait rendu heureux et se créer d'autres joies. Certains n'en trouvaient jamais d'autres. Ron sembla deviner ce que pensait Harry, ce n'était pas très difficile.
- Le Chemin de Traverse n'est pas très loin du Ministère, tu pourras venir passer ta pause de midi avec moi, dit-il en souriant.
Harry lui rendit son sourire. Ron avait raison, il fallait rester positif.
Le mois d'août arriva, s'étira dans la langueur de l'été, toucha à sa fin. Harry et Dahlia allèrent fêter leur premier anniversaire de mariage au restaurant, seuls tous les deux. Ils n'avaient besoin de personne d'autre pour se rappeler qu'ils s'aimaient. Ils étaient heureux et d'une certaine manière, c'était quand même un soulagement de constater qu'ils étaient toujours heureux, un an après. Dahlia était toujours enceinte et l'angoisse commençait à se dissiper lentement. Elle refusait toutefois de penser à des prénoms ou ce genre de choses, elle voulait attendre. Elle savait bien qu'après le troisième mois de grossesse, elle avait moins de risques de le perdre et elle ne voulait pas crier victoire avant. La vie lui avait suffisamment volé de victoires comme ça.
Harry s'habitua au travail sans Ron. Heureusement, il y avait Mark et puis, Hermione n'était qu'à quelques couloirs de lui. Certains soirs de la semaine, il allait jouer au tennis avec Harold ou prendre une bière avec Tyler. Dahlia, elle, s'ennuyait un peu chez elle et elle passait pas mal de temps avec Andrew. Elle avait rencontré Clara, elles étaient rapidement devenues amies. C'était agréable de regarder Andrew se plonger dans les plans de son atelier de bijoux. Ce projet animait tout le monde. Clara, elle, pensait à fonder sa propre maison d'édition pour se débarrasser définitivement de sa mère et de son autorité.
A la fin du mois de septembre, Harry et Dahlia furent invités au mariage d'Andrew et de Clara. Comme Mrs Stewart l'avait prévu, ce fut un événement somptueux dont la presse people parla plusieurs semaines. Leur histoire d'amour avait fait scandale, parce que Clara Seymour avait planté Antonius Delaforge le matin même de leur mariage, parce que Mrs Seymour avait déclaré à la radio qu'Andrew Stewart n'était qu'un homosexuel sans scrupule qui se servait de sa fille pour avoir un hériter, parce que plusieurs personnes importantes avaient témoigné qu'Andrew Stewart avait comme hobby de porter des robes et du maquillage, parce qu'Ashton Picquery s'était énervé sur des journalistes en leur disant d'arrêter d'écrire n'importe quoi sur son ami.
- Andrew n'est pas homosexuel et il ne se sert pas de Clara. Pour Andrew, être un homme, être une femme, être homo et ou hétéro ça ne veut rien dire. Il est ce qu'il est et il aime qui il veut. Clara et lui sont très heureux ensemble, ça crève les yeux quand on les connait. Et Mrs Seymour, si elle s'intéressait réellement à sa fille, le saurait aussi ! Maintenant, fichez-leur la paix, j'en ai assez de vous voir insulter mon ami !
Le soutien venait parfois de là où on l'attendait le moins. La déclaration d'Ashton était passée dans tous les journaux, on soutenait le couple d'amoureux beaucoup plus que la belle-mère aigrie. Les pauvres s'amusaient à suivre les déboires des riches, on se demandait bien comment était Andrew Stewart. Personne ne croyait vraiment aux accusations de Caroline Seymour, tout simplement parce que l'héritier Stewart aurait pu se marier avec n'importe quelle femme s'il l'avait voulu et qu'il ne se serait surement pas emmerdé à choisir la fille d'une femme aussi détestable que Caroline Seymour s'il ne l'avait pas réellement aimée. Pour finir, Ashton fut le témoin de mariage d'Andrew qui s'était étonné que son ami l'ait si bien compris, finalement.
- Moi tu sais, je m'inquiétais pour ton avenir, c'est tout, assura Ashton. Mais puisque tu t'es trouvé une femme et que tu es heureux, alors tu peux bien faire ce que tu veux. Par contre, je te préviens, je ne porterai pas de robe à ton mariage.
- La ferme Ash, avait répondu Andrew en riant.
Le mariage d'Andrew révélait nettement la richesse de sa famille qui n'avait lésiné sur rien. C'était prétentieux, snob, vaniteux, mais c'était le jeu. La mère de Clara n'assista pas au mariage, personne ne critiqua le costume violet d'Andrew ou ses longs cheveux argentés. Alice Stewart et son père avaient fait le tri dans les invités et avaient oublié tous ceux qui avaient pour habitude de se foutre d'Andrew. La présidente du MACUSA, Deliverance Picquery, était bien sûr de la partie. Elle fut enchantée de tomber sur Harry Potter dans une telle circonstance, elle avait bien sûr entendu parler de lui et elle savait parfaitement qui il était. On prit Dahlia en photo avec Andrew aussi, parce que c'était une joueuse de Quidditch connue. Emily eut le déplaisir de croiser ses anciens patrons qui l'avaient plus ou moins virée de la Coopération magique internationale et plusieurs amis de ses parents qu'elle n'avait pas vus depuis longtemps. Certains firent semblant de ne pas la reconnaitre, un couple vint la saluer en l'appelant par son ancien prénom et en s'effarant des changements qu'elle avait opérés. Emily finit donc par fuir et éviter les autres, elle n'était pas sûre de pouvoir en supporter davantage. Heureusement pour elle, à cette fête, il y avait plusieurs petites bourges en passe d'étouffer dans le carcan serré de leur vie pour qui se taper une femme avec une bite semblait être le summum du fantasme et de la rébellion. Emily passa donc une fin de soirée agréable et plus ou moins torride avant de rentrer chez elle et de se dire qu'elle ne se marierait décidément plus jamais.
Enfin, après ce qui parut être à la fois une éternité et un claquement de doigts, Harry et Dahlia se retrouvèrent à Sarah Good pour le deuxième examen. Elle était enceinte depuis quatre mois et le guérisseur qui s'occupa d'elle assura que tout allait bien. Harry serra la main de Dahlia, heureux et soulagé. Il attendait d'être seul avec elle pour lui dire ce qu'il pensait mais il avait envie de crier de joie et de reconnaissance.
- Alors, dit le guérisseur avec un grand sourire. Vous voulez connaitre le sexe du bébé je suppose ?
Harry tressaillit, il n'y avait même pas pensé. Il eut spontanément envie de dire oui mais il sentit que Dahlia s'était un peu tendue à côté de lui.
- Pas la peine, dit-elle d'une voix froide. Les Malefoy ne font que des enfants de sexe masculin.
- Vous avez raison ! s'exclama le guérisseur sans comprendre l'amertume de la phrase. C'est bien un garçon !
Elle ne répondit pas et ils quittèrent l'hôpital. Harry regarda Dahlia du coin de l'œil, sans trop savoir ce qu'elle ressentait. Lui, il était content de savoir qu'il allait avoir un fils mais il aurait été tout aussi content d'avoir une fille. En réalité, il n'en avait rien à faire.
- Tu ne voulais pas que ce soit un garçon ? demanda-t-il enfin.
Dahlia secoua la tête immédiatement.
- Non, ça n'a rien à voir. C'est juste… Je me dis que c'est tellement dur de l'annoncer comme ça, de dire « c'est un garçon » alors que l'enfant n'est même pas encore né. C'est ce que mes parents ont dû entendre eux aussi même si… Notre enfant ne sera peut-être pas un garçon, qu'est-ce qu'on en sait ?
Il se doutait qu'elle pensait ça, elle aurait difficilement pu penser autre chose. Harry n'avait toutefois pas envie de se prendre la tête sur ce genre de chose ou de trop y réfléchir. Que voulait-elle ? Qu'ils attendent que leur enfant ait 10 ans pour lui donner un genre ? Harry ne voulait pas de ça, il voulait penser à son bébé comme à un futur petit garçon, même s'il se trompait.
- Ecoute, Dahlia… dit Harry avec précaution. Il y a quand même de grandes chances pour que notre enfant se sente comme un garçon donc inutile de trop penser à ça. De toute façon, il est évident que nous ne l'élèverons pas comme tu as été élevée, je veux dire… Je veux dire, s'il aime jouer aux poupées et porter des robes, il pourra le faire, on s'en fiche ! Franchement, il va grandir entouré de gens comme Andrew ou Marilyn, il saura parfaitement qu'il peut être comme il veut. Et si vraiment il n'est pas un garçon, eh bien, nous l'aimerons et nous le soutiendrons.
Dahlia le regarda sans rien dire, intensément. Harry se sentit mal à l'aise.
- Ce que je veux dire c'est que je ne pense pas que ce soit la peine de commencer à angoisser pour des choses qui n'arriveront peut-être jamais.
Dahlia s'arrêta sur le trottoir et fixa Harry avec un léger sourire.
- Harry ?
- Quoi ?
- Je suis vraiment heureuse que tu sois le père de mon fils.
Harry rougit un peu, surpris par la déclaration. C'était peut-être la plus belle chose qu'elle lui avait jamais dite, allez savoir.
OoOoO
Harry l'annonça à tout le monde dès le lendemain. Il s'était déjà senti heureux quand il avait dit à ses proches qu'il allait épouser Dahlia mais là, à vrai dire, c'était dix fois plus exaltant. Il ne pouvait que sourire en le disant, il n'avait jamais autant souri de sa vie. Ron était surexcité et particulièrement ravi que Harry vive la même chose que lui. Ils pourraient en discuter et partager l'expérience ensemble. Hermione, qui allait bientôt accoucher et avait arrêté de travailler, parut surprise, déclara qu'elle était très heureuse que Dahlia ait réussi à tomber enceinte, serra doucement le bras de Harry. C'était merveilleux de le voir aussi épanoui.
Molly et Arthur furent immédiatement enchantés eux aussi. Molly prit Harry dans ses bras et le serra fort contre elle, pour lui transmettre toute l'affection qu'elle lui portait et lui assurer qu'elle serait là pour lui. Bill et Fleur félicitèrent chaleureusement Harry, ouvrirent une bouteille pour fêter ça. Harry prit sur ses genoux le petit Louis, qui avait un peu plus de deux ans. Il regarda ses cheveux blonds, aussi blonds que ceux de Fleur, son sourire, ses petites mains qui voulaient absolument attraper les verres sur la table. Il songea que son fils ressemblerait peut-être un peu à Louis Weasley et il se sentit fébrile, impatient. Neuf mois, c'était terriblement long !
Dahlia reçut une lettre de Fleur qui la félicitait et se disait heureuse pour elle. Dahlia, alors qu'elle mourrait de jalousie quelques mois plus tôt, fut brusquement contente d'avoir des amies qui avaient déjà eu des enfants. Elle savait qu'elle pourrait parler à Fleur si elle avait la moindre question ou le moindre doute. A Fleur, pas à Hermione. Demander conseil à Hermione serait trop humiliant, il ne fallait pas exagérer non plus. Enfin, en attendant, elle n'avait besoin d'aucun conseil, elle vivait dans un monde cotonneux et étrange, fait de joie, d'ennui et d'impatience. Elle n'avait besoin de rien d'autre que de la vie qui grandissait en elle, ça lui suffisait complètement.
Harry et Dahlia étaient assis sur le canapé, buvant un bon thé chaud. Octobre était déjà froid cette année, l'hiver arrivait tôt. Dahlia se disait qu'ils pourraient peut-être reconsidérer l'idée d'avoir une maison avec une cheminée, maintenant qu'elle était presque riche. Elle sourit pour elle-même en se disant que la vie, depuis quelques temps, était particulièrement douce avec elle. A côté d'elle, Harry se redressa et se tourna vers sa femme avec détermination.
- Puisque nous savons que ce sera selon toute vraisemblance un garçon et que tout va bien, nous pourrions peut-être réfléchir à un prénom.
Dahlia hocha la tête en souriant toujours. Elle y avait déjà réfléchi en toute honnêteté, évidemment.
- Oui, dit-elle. As-tu une idée ?
Harry hésita un instant, l'air un peu nerveux et joua avec sa tasse de thé.
- Eh bien je… je me suis toujours dit que si j'avais un fils, ça me plairait qu'il porte le prénom de mon père.
- Tu voudrais appeler notre fils James Potter ? demanda Dahlia.
- Oui.
Dahlia s'écarta de lui sur le canapé et le regarda dans les yeux, le visage fermé et déterminé.
- Hors de question, dit-elle d'un ton qui ne souffrait aucune contradiction.
Harry tressaillit, un peu surpris.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? Parce que c'est aussi mon fils, pas seulement le tien. S'il porte le prénom de ton père et ton nom de famille, où suis-je dans l'affaire ? Et non, je ne veux pas de Sirius non plus. Sincèrement, si tu veux un enfant qui ne représente que ta famille, fais donc un bébé tout seul. Ou trouve-toi une femme sans personnalité qui sera prête à renoncer à toute identité propre en faisant un enfant avec toi.
Harry la fixa, sidéré. Dans ses rêves, il avait appelé son fils James Sirius Potter, c'était vrai. Il était blessé et agacé par le refus catégorique de Dahlia mais il ne pouvait empêcher une petite voix dans sa tête de lui souffler qu'elle n'avait pas entièrement tort. C'était un désir plutôt égoïste de sa part.
- D'accord, maugréa Harry. J'ai compris, pas besoin d'en faire autant.
- Parfait.
- Et toi alors, une idée ?
Dahlia n'hésita pas, elle.
- J'ai toujours aimé Scorpius, dit-elle doucement.
Le visage de Harry se ferma à son tour et il la fixa avec la même détermination qu'elle quelques minutes plus tôt.
- Moi vivant, mon fils ne s'appellera jamais Scorpius.
Dahlia lui lança un regard froid.
- C'est totalement ridicule comme prénom, insista Harry. En plus, un scorpion, ce n'est vraiment pas sympathique comme bestiole, pourquoi veux-tu donner un tel prénom à notre bébé ?
- Ce n'est pas ridicule ! Je voudrais perpétuer la tradition de la famille Black et donner à mon fils un nom de constellation.
- J'imagine qu'il y a beaucoup d'autres constellations plus avenantes et jolies que ça ! C'est vraiment snob, vaniteux et absurde de vouloir appeler son enfant Scorpius. C'est comme Drago, franchement. Heureusement que tu as changé de prénom !
Dahlia le fixa, outrée et vexée.
- Je n'ai pas changé de prénom parce qu'il me déplaisait en soi ! S'écria-t-elle.
- Oui, je sais bien mais tu as changé quand même et c'est tant mieux. Dahlia, c'est bien plus joli.
Il l'avait blessée, c'était évident. Il s'en voulut d'avoir été aussi dur dans ses jugements de prénoms, Dahlia n'était pour rien dans les traditions de sa famille mais tout de même... Scorpius, c'était inimaginable. Il se demanda comment il allait rattraper ce qu'il venait de dire.
- Je ne suis pas contre le fait de s'inspirer d'une constellation mais pas celle du scorpion, déclara doucement Harry.
- J'avais compris, répondit sèchement Dahlia.
- Il faudra que je trouve la liste des constellations et nous regarderons ce que…
Dahlia agita sa baguette, sortit un livre de la bibliothèque et le fit léviter vers eux. Il tomba sans douceur sur Harry qui le rattrapa au vol.
- Ah, j'ignorais que nous avions un livre sur les étoiles !
Elle le regarda sans répondre et Harry se racla la gorge. Il ouvrit le livre au hasard, finit par trouver une carte des étoiles et y jeta un coup d'œil rapide.
- Leo ? proposa-t-il sans grande conviction.
C'était le prénom qui lui semblait le plus normal.
- Non, beaucoup trop simpliste et banal, rétorqua froidement Dahlia.
- Bien…
- Je te laisse lire, je vais prendre une douche.
Elle se leva et s'éloigna de lui. Il savait qu'elle lui faisait la tête et qu'elle voulait le fuir. Il se tourna vers elle avec un léger sourire aux lèvres.
- Tu sais… Le prénom Drago a quand même un aspect positif. Ça a donné un tatouage très séduisant que j'aime beaucoup embrasser quand je fais l'amour avec toi…
- Va chier.
- Okay.
Il aurait dû se douter que choisir un prénom avec elle ne serait pas aussi simple que ça.
Harry regarda le livre un instant, un peu dépité. Il savait qu'il y avait des Cygnus dans la généalogie de la famille Black, il l'avait vu sur la tapisserie. Ça ne l'emballait pas spécialement. Appeler son fils Delphinus ou Corvus non plus. Harry referma le livre et le laissa sur la table du salon. Il faudrait qu'il se plonge dedans mais plus tard, il n'en avait plus vraiment envie pour le moment. Ou alors, il faudrait qu'il harcèle Dahlia pour qu'elle change d'idée et renonce à ses constellations. Il se doutait que ce serait dur, il savait qu'elle tenait à cette tradition, sans doute parce qu'elle avait renoncé à tout le reste et que c'était sa façon à elle de garder un lien avec ses parents et sa famille. Il ne pouvait pas l'en blâmer. D'un autre côté, elle avait refusé que leur fils porte le prénom d'un membre de la famille de Harry donc il ne voyait pas pourquoi il devrait accepter ça, lui. « Ton enfant va déjà porter ton nom de famille à toi juste parce que tu es l'homme alors que c'est elle qui va le porter neuf mois et accoucher, tu peux bien faire un effort » murmura une voix dans sa tête. Une voix qui ressemblait bizarrement à celles d'Hermione et d'Emily mélangées.
Après deux jours de tension palpable et d'échanges un peu froids, Harry et Dahlia firent la paix. Il était en congé et c'était donc le bon moment d'aller faire quelques achats. Leur enfant occuperait la chambre d'amis, évidemment. Ils étaient tous les deux d'accord pour dire qu'il faudrait envisager, ensuite, de déménager mais ils avaient encore le temps, ce n'était pas pressé non plus. Dahlia avait besoin de nouveaux habits, son ventre commençait doucement à gonfler. Et puis, parce qu'ils étaient trop excités et heureux pour se réfréner, ils achetèrent un lit pour le bébé. Ils l'installèrent dans la chambre et le contemplèrent un instant. Harry n'arrivait pas encore à réaliser qu'ils auraient bientôt un vrai bébé, c'était trop incroyable. Dahlia, elle, eut un léger coup au cœur en espérant que tout allait bien se passer jusqu'au bout. Elle posa une main sur son ventre, inconsciemment. Si elle perdait cet enfant et qu'elle se retrouvait avec le lit vide, ça serait insupportable.
Ils furent interrompus par l'arrivée d'un message qui se matérialisa dans la pièce avec un petit bruit sonore. Dahlia sursauta, agacée, et Harry l'attrapa pour l'ouvrir. Elle vit nettement son visage s'assombrir et il dut faire un effort pour lever les yeux vers elle.
- Il faut que j'aille au Ministère, annonça-t-il.
- Pourquoi ? S'étonna-t-elle.
Cette situation n'était encore jamais arrivée.
- Je ne sais pas, je te dirai quand j'en saurai plus.
Il avait l'air inquiet même s'il faisait tout pour ne pas trop le montrer. Dahlia le suivit dans l'appartement, le regarda enfiler sa veste rapidement puis prendre au hasard un morceau du carton qui avait contenu le lit de bébé pour en faire un Portoloin. Malgré elle, Dahlia sentit l'anxiété l'envahir.
- Harry, qu'est-ce qu'il y a ?
- Je ne suis pas encore sûr. Je reviens dès que je sais.
Dahlia resta seule dans l'appartement, un peu perdue, ne sachant si elle devait s'inquiéter ou non. Harry, lui, arriva au Ministère et se hâta de rejoindre l'étage des Aurors. Tout le monde était là et la tension était palpable. Harry se fraya un chemin entre ses collègues pour arriver jusqu'à Mark, Jane et Rufus qui attendaient.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Harry.
- Il y a eu un coup d'Etat en Pologne, répondit sombrement Rufus.
- Ah bon, mais…
Harry fut coupé par Nestor Achab qui demanda le silence pour parler. La nouvelle venait d'arriver, le parti radical polonais avait pris le pouvoir de force. Le président avait pu s'enfuir et se cacher ailleurs mais beaucoup de membres du gouvernement étaient morts. On comptait déjà une trentaine de disparitions suspectes, surtout parmi les membres nés-moldus du gouvernement. Harry se crispa et ne fut pas le seul. Cela ne pouvait que leur rappeler l'époque où Voldemort avait pris le pouvoir lui aussi.
- La France a déjà envoyé des troupes sur place, nous allons le faire nous aussi. Il faut rapidement endiguer ça, arrêter le parti radical et remettre le président au pouvoir. Beaucoup d'Aurors et de policiers suivent le parti radical malheureusement, nous devons les neutraliser.
Beaucoup de mots pour dire qu'en fin de compte…
- Vous voulez dire qu'on va aller se battre en Pologne ? demanda un Auror.
- Oui. C'est pour cela que vous êtes devenus Aurors, non ? Pour combattre le mal et anéantir les sorciers qui pratiquent la magie noire.
Une bonne partie des Aurors hocha la tête, d'accord avec le discours de leur chef. Harry, lui, se sentit mal. Son cœur battait un peu trop vite contre sa poitrine.
- Oui chef mais la Pologne ? demanda quelqu'un. En quoi ça nous concerne ?
Nestor Achab se tourna vers la personne qui avait parlé.
- Je sais que la Pologne vous parait loin mais ce n'est pas si loin que ça. Personne n'est venu nous aider quand Vous-Savez-Qui a pris le pouvoir et c'est bien regrettable. La confédération magique internationale a décidé que nous ne devions plus laisser ce genre de chose se reproduire. Si nous laissons la Pologne tomber entre les mains de gens comme eux, que se passera-t-il ensuite ? D'autres suivront et le mouvement grossira. Voulez-vous que la moitié de l'Europe soit aux mains des Mangemorts et des fanatiques ? Nous devons donc intervenir dès maintenant avant qu'il soit trop tard, tant que nous n'avons que la Pologne à combattre.
Le discours de Nestor Achab était convainquant. Tout le monde hocha la tête, l'air grave. Harry avait la gorge sèche et n'arrivait plus à avaler sa salive. Nestor sortit un document de sa poche.
- Les équipe partiront en premier, les autres les rejoindront plus tard. Espérons que ce sera réglé rapidement. Pour l'instant, rentrez chez vous, dites au revoir à votre famille et préparez vos affaires. Nous partons demain pour la Pologne.
Harry rentra chez lui, sonné et légèrement nauséeux. Il s'était engagé pour combattre les mages noirs et les fanatiques, oui, il ne pouvait le nier. Il ne voulait pas que les Polonais vivent la même horreur qu'eux, il ne pouvait pas le nier non plus. Mais… Harry essaya de se calmer. Ce ne serait peut-être pas si dramatique que ça, finalement. Une fois sur place, ils découvriraient peut-être que les forces polonaises étaient minimes, ils remporteraient rapidement le combat et ils rentreraient à Londres en deux semaines maximum. Voilà, c'était surement ce qui allait se passer.
Harry eut presque physiquement mal quand il retrouva Dahlia dans le salon. Putain, il n'avait pas envie de partir en Pologne alors qu'elle était enceinte. Il allait la laisser toute seule, elle allait avoir peur, elle… Harry devint froid et moite. Et s'il mourrait ? Et s'il mourrait sans même voir son fils ? Harry dut faire un effort pour marcher jusqu'au canapé et s'y asseoir sans trembler.
- Alors ? demanda précipitamment Dahlia.
- Je… je dois partir en Pologne. Il y a eu un coup d'Etat, ils commencent à enlever et assassiner les Nés-Moldus, nous devons les arrêter.
Il y eut un silence terrible puis Dahlia eut un éclat de rire un peu fou.
- Non, s'écria-t-elle. Ce n'est pas possible, tu ne vas quand même pas retourner là-dedans et…
- C'est mon travail.
- Alors quitte-le ! Cria-t-elle.
- Impossible, ce serait de la désertion.
Elle le regarda, sidérée et sonnée elle aussi. Harry en profita pour se reprendre.
- Nous ne serons pas seuls là-bas, il y aura aussi des Aurors français et surement des Aurors allemands. A nous tous, on devrait rapidement gagner et rétablir la paix, ce ne sera pas long. Ce ne sont que quelques Aurors et policiers polonais, je sais me battre, tout ira bien.
Elle le fixa en silence, l'air de dire « Arrête de te foutre de ma gueule » et il se tut.
- Et s'il t'arrive quoi que ce soit, qu'est-ce que je suis sensée faire ? demanda Dahlia.
- Il ne m'arrivera rien.
- Tu n'en sais rien.
- Je suis doué pour survivre à tout et n'importe quoi.
Il l'avait dit en souriant, plaisantant presque mais elle le prit très sérieusement. Harry regarda l'horloge du salon. Il était six heures du soir pour eux, onze heures à Londres. Il serait obligé de partir dans la nuit avec un Portoloin d'urgence pour rejoindre ses camarades à l'heure. Il ne lui restait plus beaucoup de temps. Harry se leva pour aller préparer ses affaires. Il fourra des vêtements dans son sac, ses uniformes et ses capes d'hiver. Evidemment, en plus, il fallait qu'ils aillent se foutre dans la neige de Pologne, comme si ce n'était pas assez pénible comme ça. Il avait envie de pleurer. Il se demanda vaguement si les autres étaient aussi abattus que lui. Les autres avaient des femmes, des maris et des enfants eux aussi. Ils devaient partager le désespoir de Harry.
Harry et Dahlia eurent du mal à avaler quoi que ce soit et ils se couchèrent tôt. Harry devrait partir à deux heures du matin, ça arriverait vite. Avant de se coucher, il eut une dernière pensée et sortit de la chambre. Il écrivit un mot à Ron et Hermione pour les prévenir puis il hésita une seconde et écrivit aussi à Emily.
« Je pars en Pologne. Veille sur Dahlia. Harry »
Il envoya ses messages et alla se coucher. Il prit Dahlia dans ses bras et ils restèrent immobiles, effrayés et déprimés. Ils n'arrivaient plus à parler, ils n'essayèrent pas de faire semblant. Aucun d'eux ne parvint à fermer l'œil et Harry se sentait complètement épuisé quand il dut se lever. Epuisé et terrifié, il n'arrivait même plus à se le cacher. Pas vraiment terrifié à l'idée d'aller se battre mais plutôt à l'idée de laisser Dahlia maintenant, dans cette situation.
Dahlia se leva elle aussi et le regarda boire un café pour se motiver. Ils sursautèrent quand ils entendirent frapper à la porte et Dahlia alla ouvrir. Elle ressentit plus de soulagement que de surprise en voyant Emily sur le seuil de sa porte. Elles rejoignirent Harry dans la cuisine et Harry se sentit soulagé lui aussi.
- Je dois y aller, dit-il à Emily.
- Je sais.
Il marcha vers la porte, un peu heureux dans sa douleur qu'Emily soit là pour rester avec Dahlia et la soutenir. C'était mieux que rien. Dahlia s'approcha de lui et le regarda dans les yeux un instant. Elle ne pleurait pas, elle ne tremblait pas, elle était dure et froide. Elle ressemblait à sa mère. Elle attrapa la cape de Harry et la serra fortement dans ses mains.
- Si jamais tu es fait prisonnier ou si jamais tu tardes trop à répondre à mes lettres, je viendrai te chercher, dit-elle.
Il sourit malgré lui.
- Ne dis pas n'impor…
- Je suis sérieuse, déclara-t-elle froidement. Tu n'as pas idée de ce que je pourrais faire. Alors voilà, ne m'oblige pas à faire ça. Reste en vie.
Emily lança un regard étrange à Dahlia, l'air pas très emballée que son amie projette d'aller jouer les héroïnes en Pologne. Harry ne répondit rien et l'embrassa avec un certain désespoir. Il écrirait, il promit, tout irait bien. Il rentrerait avant qu'elle accouche, elle ne devait pas s'inquiéter. Dahlia le serra dans ses bras une dernière fois puis Harry sortit de l'appartement. Là, il fut rattrapé par Emily qui lui fit une accolade à son tour et se pencha à son oreille.
- C'est le bordel en Pologne, Harry. Surtout, ne fais pas n'importe quoi.
Le fait qu'Emily ait l'air inquiète était peut-être le pire dans l'histoire.
- Veille sur Dahlia, bredouilla Harry.
- Promis.
Harry créa un Portoloin et regagna Londres. Quand il posa le pied sur le sol anglais, il se rappela qu'il n'avait toujours pas choisi le prénom de son fils.
Harry retrouva Julia, Rufus, Jane et Mark ainsi que tous les Aurors qui attendaient de partir. Personne n'avait une mine radieuse et la plupart n'avaient pas dû dormir de la nuit. Rufus était bizarrement silencieux, il devait penser à sa femme. Julia avait l'air terrifiée mais courageuse à la fois, c'était indescriptible. Jane et Mark étaient sans doute ceux qui semblaient les plus en forme. Ils n'avaient pas l'air spécialement anxieux ou déprimés.
- Tu as pu dire au revoir à Dahlia ? demanda Mark. C'est moche que ça arrive quand elle est enceinte…
- Oui, dit Harry d'une voix blanche.
Être avec ses camarades lui redonna toutefois un certain courage. Il ne devait pas se laisser abattre, il avait connu pire. Ils se motivèrent, imaginèrent un peu ce qui les attendait, firent des pronostics sur les dates de leur retour. Enfin, il fut l'heure de partir. Tous les Aurors se regroupèrent sur les terrains de Portoloin du Ministère et se laissèrent emporter vers la Pologne.
OoOoO
Les Aurors anglais furent accueillis par les Aurors polonais qui avaient choisi de défendre leur pays contre les fanatiques qui avaient pris le pouvoir. Ils se trouvaient dans une zone boisée, en pleine campagne. Harry s'étonna de ne pas arriver à Varsovie.
- Varsovie est complètement entre les mains d'Ogólny, impossible d'y mettre les pieds. Il y a des protections magiques tout autour de la ville.
- Et les Moldus ? demanda Rufus.
L'Auror polonais lui jeta un regard sombre et ne répondit pas. Nestor Achab avait accompagné ses troupes, il n'était pas le genre de chef à laisser ses hommes mourir au loin. Ils suivirent les Aurors jusqu'à une sorte de campement militaire, à quelques mètres de là. Partout sur le trajet, des Aurors polonais, baguette à la main, surveillaient que les arrivées de Portoloins n'amènent pas d'ennemis. On montra aux Anglais où s'installer et chaque groupe monta rapidement sa tente avant d'y déposer ses affaires. Ensuite, ils se regroupèrent autour du chef des résistants polonais, Komorowski, qui leur expliqua la situation. Varsovie était pour l'instant aux mains de l'ennemi mais en attendant de reprendre leur capitale, ils pouvaient reprendre petit à petit les villes occupées. En ce moment, ils combattaient pour récupérer Poznań, qui se trouvait à quelques kilomètres de là. Toute la zone autour de la ville était truffée de sortilèges anti-transplanage et d'alarmes qui se déclenchaient quand quelqu'un essayait de transplaner. Ça faisait trois semaines que Komorowski et ses troupes étaient là et ils n'arrivaient à rien à part se faire massacrer. Les partisans d'Ogólny étaient nombreux et entrainés. En plus, il avait le soutien d'une partie de la population.
- Ici, l'héritage de Grindelwald est encore très présent, dit Komorowski d'un air sombre. Beaucoup de gens adhèrent encore à cette idéologie. Les Moldus et les Nés-Moldus se font assassiner un peu partout dans le pays. C'est une catastrophe.
Harry et les Aurors anglais compatissaient. C'était comme le règne de Voldemort, en pire.
- Ils ont à leur disposition des armes fabriquées avec de la magie noire. Il y a notamment des petites boules de terre qu'ils lancent et qui dégagent une fumée empoisonnée. Elle empêche de respirer et tue en quelques minutes. Il faut vous méfier.
Tout le monde hocha la tête, tendu. Au cas où ils en avaient douté, ils avaient la confirmation à leurs questions. C'était bien la guerre qui les attendait, rien de moins, rien de plus. Harry eut une pensée pour Dahlia. Ce ne serait finalement pas si rapide que ça.
La mission de Harry et des Aurors anglais fut rapidement de déjouer les pièges placés sur le chemin jusqu'à Poznań. Il y avait des alarmes, il y avait des sortilèges mortels, des Portoloins dissimulés qui emportaient les Aurors vers des destinations inconnues d'où ils ne revenaient jamais, des sorts de confusion, des protections magiques qui empêchaient les résistants de voir où se trouvait l'ennemi. Il y avait des morts, régulièrement. Une équipe composée d'Anglais et de Polonais se fit décimer par les hommes d'Ogólny qui les attendaient, désillusionnés dans la forêt. C'était plus une guérilla qu'une guerre rangée mais c'était tout aussi mortel. Les partisans d'Ogólny avaient sans doute pour mission d'empêcher les forces étrangères de récupérer les villes et ils s'y prenaient comme ils le pouvaient pour obéir. Le problème, c'est qu'ils s'y prenaient plutôt bien.
Des nouvelles arrivaient constamment du reste du pays et cela n'avait rien de réjouissant. Les disparitions continuaient et il y avait régulièrement des massacres de Moldus. La situation devenait si tendue que même les gouvernements moldus commençaient à se tourner vers la Pologne et à s'inquiéter. La ville de Varsovie ne répondait plus et semblait complètement dirigée par les rebelles. A quelques centaines de kilomètres du campement de Harry, les Aurors allemands essayaient de reprendre Wroclaw. Au sud, les Français encerclaient Cracovie. Tout le monde perdait des Aurors à cause des pièges installés par les Polonais ou à cause des armes fabriquées à l'aide de la magie noire. C'était frustrant et épuisant.
« Dahlia,
Tout va bien par ici. Nous sommes basés dans un campement avec des Aurors polonais et nous les aidons comme nous pouvons. Je ne peux pas te dire exactement où nous sommes mais notre objectif est de récupérer une ville tombée aux mains des partisans d'Ogólny. La situation est plus complexe encore qu'à l'époque de Voldemort car Ogólny a beaucoup de soutien parmi les Aurors et la police. Il est primordial que nous arrêtions les extrémistes avant que d'autres pays ne les imitent.
Comment vas-tu ? J'espère que tout va bien à New York et que tu arrives à t'occuper. Inutile de trop t'inquiéter pour moi, nous sommes nombreux et nous nous protégeons tous.
Que penses-tu du prénom Orion ?
Tu me manques,
Harry. »
Il avait emmené le livre des étoiles, pour y réfléchir le soir, sous la tente, quand il avait le temps. Penser à son fils l'empêchait de trop penser à ce qu'il était en train de faire. C'était vrai qu'il avait combattu Voldemort quand il était plus jeune mais ça n'avait jamais vraiment ressemblé à ça. Ici, en Pologne, c'était un combat d'adultes, un vrai, pas un récit pour enfants. C'était violent, froid, dur et sans pitié. Personne n'était réellement préparé à ça, ni Harry qui ne pensait qu'à retrouver Dahlia, ni Julia qui avait pleuré tous les soirs pendant une semaine, ni Rufus qui parlait de moins en moins au fil des jours qui passaient. Jane et Mark étaient les seuls qui continuaient à faire des plaisanteries et qui se levaient le matin avec motivation, prêts pour leur mission du jour. Jane et Mark étaient faits pour ça, c'était évident et il y en avait beaucoup comme eux. Il y en avait aussi beaucoup qui se demandaient ce qu'ils foutaient là.
Ils avançaient de plus en plus vers Poznań. Les chefs discutaient pour savoir comment s'infiltrer dans la ville et la prendre s'assaut sans blesser les Moldus qui s'y trouvaient. Cela demanderait de l'habileté et de la stratégie. Harry, lui, était soulagé de ne pas avoir à réfléchir à ce genre de choses et en même temps, il trouvait parfois cela difficile d'agir sans avoir son mot à dire. Ils étaient là depuis déjà deux semaines et on comptait dix morts dans les rangs des Aurors anglais. Il faudrait envoyer plus de renforts. Harry espérait que ce qu'il faisait servait à quelque chose. Il alternait entre des moments où il estimait que sa présence ici était absurde, que c'était inutile et qu'ils feraient mieux de rentrer et des moments où il ressentait une motivation et une rage profonde envers les partisans d'Ogólny. Il avait toujours détesté ces idéologies-là, il les avait toujours combattues. Et quand il entendait que les Nés-Moldus continuaient à disparaitre dans le pays, Harry se disait que sa présence en Pologne était juste et qu'il avait envie de les éliminer tous un par un.
« Harry,
Je vis à New York, je lis les nouvelles dans le journal, je sais que la situation est critique. Ne me demande pas de ne pas m'inquiéter, n'essaie pas de me faire croire que tout va bien. Dis-moi simplement que tu es en vie, c'est tout ce que j'ai besoin de savoir.
Je passe beaucoup de temps avec Andrew et Clara, ça m'occupe. Je vais aider Clara dans son projet de créer sa maison d'édition, je n'ai rien d'autre à faire de toute façon. Je suis allée assister à un entrainement de mon ancien club, ça m'a fait plaisir de revoir Meg et les autres. Ils étaient frustrés d'apprendre que je ne jouerai pas cette saison mais ils étaient heureux pour moi.
Tu me manques, j'espère chaque jour que tu vas revenir mais je me rends compte que tu ne reviendras pas avant longtemps. Pas la peine de prétendre le contraire Harry, je doute que cela soit réglé dans quelques semaines. J'ai fui l'Angleterre pour fuir mon passé, je ne pensais pas que la guerre nous rattraperait de cette manière. Comment vas-tu vraiment ? Je trouve cela difficile de vivre tranquillement chez nous et de te savoir en danger aussi loin.
J'aime bien Orion, gardons cette idée dans un coin. Dis-moi s'il y en a d'autres qui te plaisent.
Fais attention à toi,
Je t'aime, Dahlia. »
Ils avaient réussi à entrer dans Poznań et à atteindre le QG des partisans d'Ogólny. Harry n'avait pu s'empêcher de repenser à ce qu'il avait vécu en cinquième année, quand les Mangemorts l'avaient poursuivi au Département des Mystères. La scène y ressembla beaucoup. Les Aurors alliés et les extrémistes se chassèrent dans le bâtiment, dans les couloirs jonchés de cadavres, au milieu des explosions et des sortilèges qui volaient de toute part. Les extrémistes tentèrent de leur lancer l'une de leur bombe empoisonnée mais les Aurors étaient prêts. Protégés par des sortilèges de Têtenbulle, ils avançaient dans être touchés par le poison. Au bout de plusieurs heures de combats, tous les partisans d'Ogólny furent tués ou emprisonnés. Les Aurors alliés avaient subi des pertes eux aussi, il y avait beaucoup de blessés mais c'était leur première vraie victoire. Ils la fêtèrent avec enthousiasme, pleins d'espoir dans le fait qu'ils allaient gagner cette guerre.
« Dahlia,
Nous avons repris la ville, c'est une victoire ! Tout n'est pas fini mais c'est déjà ça. J'ai été blessé lors du combat, rien de grave. Au moins j'ai gagné un jour de repos à l'infirmerie. Toute mon équipe va bien, nous avons de la chance.
J'ai reçu une lettre de Ron, ils ont eu une fille ! Elle s'appelle Rose. Encore une fleur, décidément. Je suis heureux pour eux mais tout ceci me parait vraiment loin. Ça me semble irréel de penser que je ne suis même pas là pour la naissance de leur fille. J'ai peur de ne pas être là pour toi non plus. Je crois que c'est ce qui me fait le plus peur.
D'ailleurs, que dis-tu de Cepheus ?
Quand je m'endors, je m'imagine m'allonger contre toi, j'imagine tes bras autour de moi et j'essaie d'y croire. Il fait froid ici, je donnerais n'importe quoi pour me coucher dans notre lit avec toi.
Je t'aime,
Harry. »
Ils se reposèrent quelques jours après leur victoire puis partirent vers un nouvel objectif. Ils laissèrent la ville dans les mains d'un membre du gouvernement qui soutenait toujours le président et sous la surveillance d'un bon nombre d'Aurors polonais. Maintenant, il fallait qu'ils se rapprochent de Varsovie. C'était évidemment leur but final. Ils transplanèrent dans la campagne, au centre de la Pologne et dressèrent leur campement. La stratégie était la même, déjouer les pièges qui se dressaient sur leur route pour s'approcher de la capitale. Ici, tout était plus dur et dangereux. Le chef des rebelles se trouvant à Varsovie, la ville était particulièrement bien protégée. Des mercenaires patrouillaient dans les environs, tuant les résistants qu'ils croisaient, arrêtant les Nés-Moldus. Harry et son équipe tombèrent sur des Détraqueurs plusieurs fois et en réchappèrent de justesse.
Plus le temps passait et plus Harry se rendait compte qu'il avait quand même de gros risques d'y rester. Rufus était à l'infirmerie, victime d'un sortilège violent qui avait failli le tuer. Julia était restée prostrée une journée entière, traumatisée par les Détraqueurs qui n'avaient pas été loin de l'embrasser pour de bon. Nestor Achab avait pris cinq ans en quelques jours. Tout le monde subissait la situation et faisait de son mieux pour y faire face mais ce n'était pas si facile.
Les nouvelles en provenance des autres campements étaient parfois bonnes, parfois mauvaises. Les Allemands avançaient bien et remportaient de nombreuses victoires. Des Aurors français avaient été capturés et assassinés pour l'exemple, comme une provocation morbide. Ils avaient été torturés avant, pour leur arracher le plus d'informations possible mais on ignorait s'ils avaient parlé ou non. C'était l'une des choses qui terrifiait le plus Mark et ils en parlaient parfois le soir, sous la tente, serrés autour des flammes magiques qui les éclairaient et leur donnaient chaud.
Les seules joies de Harry étaient les lettres que Dahlia et ses amis lui envoyaient. Et même là, cela ne le rendait pas vraiment heureux pour autant. Il savait que ce n'était pas juste mais il était jaloux de Ron et Hermione. Ils avaient démissionné au bon moment, comme c'était pratique… Ron était chez lui à s'occuper de son bébé tandis que Harry était là, luttant pour sa vie dans le froid glacial de Pologne. Harry n'avait pas envie que ses deux meilleurs amis soient à sa place, risquent leur vie et souffrent comme lui. Mais il aurait voulu être à leur place à eux.
Harry alla s'asseoir sur sa couchette et déplia la lettre de Dahlia. Ils ne se disaient pas grand-chose mais Harry savait qu'ils le faisaient exprès. Ni lui ni elle n'avaient envie de s'épancher dans une lettre, ça n'aurait servi à rien. Lire que Dahlia avait peur pour lui, n'en dormait pas, était parfois en prise à des crises de panique à l'idée de se retrouver seule avec son bébé n'aiderait pas Harry et n'arrangerait pas les choses. Lui dire qu'il avait peur de mourir, qu'il risquait sa vie à chaque fois qu'il partait en mission, qu'il était déprimé, que cela lui rappelait la guerre contre Voldemort et lui donnait des cauchemars et des angoisses terrifiants n'aurait pas aidé Dahlia non plus. Harry préférait donc rester sobre.
« Bonjour Harry,
Tu as été blessé ? Où, comment ? Est-ce que tu es guéri ? D'une certaine façon, oui, je préfère t'imaginer à l'infirmerie que sur un champ de bataille.
Je suis contente de savoir que vous avez remporté une première victoire. J'espère que cela est un signe que la guerre ne durera pas trop.
J'étais au courant pour la naissance de Rose, Ron m'avait envoyé une lettre. Je sais que je ne devrais pas te le dire mais tant pis. Ron m'a écrit que c'était dur pour lui de te savoir là-bas et de ne pas être à tes côtés. Il regrette d'avoir démissionné même s'il est bien sûr heureux d'avoir pu assister à la naissance de sa fille. Je crois qu'il se sent coupable.
Harry, je veux que tu sois là quand j'accoucherai. Je ne veux pas faire ça toute seule.
Je travaille toujours avec Clara, je fais la secrétaire. Je fais ça bénévolement bien sûr, je ne travaille pas vraiment mais ça me plait et ça m'amuse. Je suis mieux avec elle que chez moi à penser à toi.
Je n'aime pas Cepheus…
Je t'aime,
Dahlia. »
Harry se lava le visage avec l'eau chaude de la petite salle de bain de la tente. Il remerciait le ciel d'être un sorcier et de ne pas affronter tout cela dans le froid, sans chauffage ou confort. Là au moins, il pouvait dormir au chaud, dans un vrai lit. Harry regagna la pièce principale de la tente où ses camarades l'attendaient. Ils ne partaient que quand il faisait jour, pour se laisser plus de chance de survie. La nuit, tout devenait beaucoup plus dangereux. Mark et Jane étaient déjà prêts et bavardaient tous les deux autour d'un café, sur la petite table. Julia était allée voir Rufus à l'infirmerie pour vérifier qu'il se remettait.
Harry s'assit avec ses coéquipiers, se servit une tasse de café brûlant et souffla dessus. Avant qu'il puisse le boire, quelqu'un ouvrit la tente et entra dedans, cherchant Harry du regard. C'était l'un des seconds de Nestor Achab.
- Auror Potter, le chef veut te parler.
Harry échangea un regard étonné avec ses collègues et suivit le messager sans rien dire. Il rejoignait rapidement la tente de son chef et entra à la suite de l'Auror. Nestor était assis à son bureau, les sourcils froncés, l'air fatigué. Harry eut un peu pitié de lui. Il leva les yeux vers Harry, parut se souvenir de ce qu'il voulait lui dire et le salua lentement.
- Nous allons recevoir la visite d'une journaliste américaine du nom de Juliana Smith. Elle est là pour prendre des photos du conflit et raconter ce qui se passe. Nous ne pouvons évidemment pas laisser une civile sans surveillance au milieu de la bataille, c'est pourquoi je te charge de l'accompagner et de veiller à sa sécurité.
Harry regarda son chef, surpris. Il ne s'attendait pas à une telle mission et il ne savait pas très bien ce qu'il était censé en penser.
- Mais, chef… Vous voulez que j'aille me promener avec une journaliste pendant que mes camarades iront se battre ?
- Veiller à sa sécurité, pas te promener !
Nestor Achab soupira et se leva lentement de son bureau.
- Ecoute Harry… Cette mission est plus importante que tu le crois. Soyons francs, cela nous arrangerait bien que le MACUSA nous envoie ses Aurors. Le reportage de cette journaliste pourrait motiver Deliverance Picquery à le faire. Tu vois où je veux en venir ?
- Oui chef. Mais pourquoi moi ? Je suis sûr que Julia serait tout à fait capable de…
- C'est toi qui y vas. En plus, on t'a demandé personnellement.
- Ah bon ? s'étonna Harry. Je n'ai jamais entendu parler de cette journaliste. Qui est-ce qui m'a demandé ?
- Je n'en sais rien, s'agaça Nestor. Fais ce que je te dis bon sang, c'est tout ce que je te demande. Elle arrive en Portoloin dans deux heures. Tu restes là et tu l'attends.
Harry retourna dans sa tente, incrédule. Il était un peu content à l'idée d'échapper aux prochaines missions parce que cela voulait dire qu'il serait moins en danger. Il se sentait toutefois coupable d'abandonner ses camarades de cette façon. Harry retrouva les autres, toujours à la table. Ils lui lancèrent des regards interrogateurs et Harry leur expliqua ce que Nestor Achab lui voulait. Il insista sur l'importance du reportage de la journaliste qui pourrait amener à une intervention des Etats-Unis, pour ne pas donner l'impression qu'il allait seulement faire du babysitting. Mark eut un sourire un peu moqueur.
- Eh bien, tu vas surement passer quelques jours agréables… Dans les romans, c'est souvent le début d'une grande histoire d'amour. J'espère pour toi qu'elle sera jolie !
- N'importe quoi !
Mark rit et Harry s'assit à côté de lui pour finir son café.
A l'heure dite, il rejoignit son chef près de la zone d'arrivée des Portoloins et attendit. La journaliste arriva sans encombre, son sac sur le dos, et marcha vers les Aurors d'un pas ferme. Harry la regarda avancer, se remit de son choc et pensa à ce que Mark avait dit. Elle était plutôt jolie avec ses longs cheveux noirs et ses yeux sombres. Mais même son chignon serré inhabituel et ses fausses lunettes d'intello ne faisaient pas oublier le fait que c'était Emily. Et Harry, une fois la surprise passée, ressentit un mélange de joie et de soulagement à l'idée de la voir. Il en eut presque envie de pleurer, ce qui était inquiétant. Il se reprit, suivit son chef et serra la main de la fausse journaliste.
- Bonjour Auror Potter, dit-elle en le regardant à peine.
Nestor expliqua que Harry l'accompagnerait durant les prochains jours, qu'il serait plus simple qu'elle installe sa tente ici, au campement, et qu'elle rentre tous les soirs. C'était plus sûr. Emily hocha la tête, accepta tout et Harry fut chargé de lui montrer où planter sa tente. Ils s'éloignèrent tous les deux et Harry estima que si ça n'avait pas été Emily, ça l'aurait fait chier de se retrouver à jouer les guides pour une journaliste.
- Bienvenue en Pologne, Juliana. Je peux vous appeler Juliana ?
- C'est bon, arrête, répondit Emily en souriant. Je suis contente de voir que tu vas bien.
Harry s'arrêta devant un emplacement libre et Emily monta rapidement sa tente. Dès qu'elle fut prête, ils entrèrent tous les deux dedans pour discuter comme ils le voulaient. Elle lui fit une accolade chaleureuse, peut-être bien la plus chaleureuse qu'elle lui ait jamais faite. Ensuite, elle posa son sac sur son lit, vida les choses non essentielles puis se tourna vers Harry.
- Alors, tu as été envoyée ici finalement ? Demanda-t-il.
Elle hésita une seconde.
- Non, je me suis portée volontaire.
Harry eut l'air surpris.
- Volontaire ? Mais pourquoi ? Tu devais veiller sur Dahlia, tu…
- C'est ce que je fais, répondit fermement Emily. Le meilleur moyen de veiller sur elle, c'est de faire en sorte que tu reviennes vivant.
Harry ne sut pas quoi répondre. Il la regarda sortir un appareil photo de son sac et vérifier qu'il fonctionnait comme il fallait.
- Je ne suis évidemment pas journaliste mais je vais vraiment prendre des photos. Je dois estimer leurs forces réelles, le nombre de soldats qu'ils ont et les armes qu'ils possèdent. Je te préviens, ce ne sera pas une balade de santé.
Malgré lui, Harry se sentit un peu excité. Accompagner une journaliste de guerre dans ses reportages ne l'enthousiasmait pas vraiment. Accompagner une espionne dans ses missions de repérage lui plaisait déjà beaucoup plus. Il savait qu'il ne s'ennuierait pas et qu'il découvrirait surement des choses intéressantes. Finalement, il était heureux d'être là.
- Il parait que tu m'as demandé personnellement, dit Harry.
- Oui, pour deux raisons évidentes, répondit Emily comme si ça coulait de source. Premièrement parce que tu sais qui je suis et que cela facilitera donc grandement mes missions de ne pas avoir à faire semblant. Deuxièmement parce que tant que tu es avec moi, tu restes en vie.
- Il pourrait très bien nous arriver quelque chose, rétorqua Harry.
- Certes, mais j'ai plutôt confiance dans mes compétences de survie.
Elle devenait un peu différente quand elle était en mission, beaucoup plus sûre d'elle et autoritaire, plus calme et lapidaire. C'était rassurant et agréable, d'une certaine manière.
- Comment va Dahlia ? demanda enfin Harry.
Emily hésita un peu à sa réponse.
- Pas bien, dit-elle finalement. Enfin, elle vit sa vie mais elle a peur pour toi. Et nous savons qu'elle a raison d'avoir peur. C'est une chance que tu sois encore en vie, ce n'est pas vraiment une mission de routine pour vous. Vous allez perdre beaucoup d'Aurors, je me doute que tu le sais.
- Oui…
- Donc voilà, je vais m'assurer que tu continues à rester en vie.
Emily termina de prendre les affaires dont elle avait besoin puis elle étala une grande carte sur la petite table qui trônait dans la tente. Elle indiquait les zones où on pouvait transplaner et les zones ensorcelées infestées de pièges. Harry regarda la carte avec elle et pointa du doigt le nom d'une petite ville.
- Ici, on peut transplaner mais quand on le fait, une alarme se déclenche et les ennemis nous tombent dessus. On s'est fait avoir une fois.
- Noté, dit Emily en entourant la ville en rouge.
Ils passèrent en revue le reste de la carte puis Emily entraina Harry avec elle. Il n'y avait pas un instant à perdre. Ils sortirent du campement et transplanèrent quelque part où ils le pouvaient. Emily ajusta le sac qu'elle portait sur le dos et sortit sa baguette. Elle se tourna vers Harry et le regarda avec sérieux.
- Je pense que le mieux, quand nous sommes en mission, c'est que tu fasses ce que je dis.
- Bizarrement, je m'en doutais… répondit Harry avec un mélange d'agacement et d'amusement.
- Bien.
Harry la suivit en pensant à Nestor Achab. Son chef lui avait demandé de veiller à la sécurité de la journaliste. Quelle blague… C'est elle qui allait veiller à sa sécurité. Tant pis, cela ne faisait rien, Harry était content d'être avec elle. C'était une amie, elle était efficace et douée dans son travail et quand il était avec elle, il se sentait plus proche de Dahlia. L'un dans l'autre, Harry ne regrettait pas une seule seconde d'être là.
Harry et Emily entrèrent dans une zone anti-transplanage et avancèrent à pied dans la forêt. Il y avait une base polonaise ici, Emily le savait. Il fallait être silencieux et sur le qui-vive mais le chemin se fit sans embuche. Ou plutôt, Emily déjoua les quelques embuches qu'il y avait. Harry pouvait l'aider, il faisait ça depuis des semaines, il avait le coup de main. Ils arrivèrent aux abords de la base et se cachèrent derrière des rochers. Emily sortit son appareil photo et prit des clichés des soldats qui étaient là. Elle nota leur nombre, leur équipement, tout ce qu'elle voyait. Ensuite, elle rangea soigneusement ses affaires dans son sac et se tourna vers Harry.
- On arrive à la partie délicate où je vais te laisser seul. Surtout, reste caché et ne fais rien.
- Me laisser seul ?
- Je dois aller voir à l'intérieur de la base, répondit Emily, comme si c'était évident.
Harry lui lança un regard incrédule et sursauta quand elle lui lança un sortilège de désillusion. La sensation de froid qui suivait n'était jamais agréable, surtout en hiver.
- Comment tu vas faire pour aller à l'intérieur ? chuchota Harry. Il y a des soldats partout, tu vas…
- T'inquiète, souffla Emily. Rendez-vous dans quinze minutes. Ne bouge pas.
Sous le regard éberlué de Harry, Emily se transforma en mouche et vola vers la base. Harry sourit et soupira. Evidemment, c'était plus facile comme ça… Pourquoi diable n'était-il pas un animagus lui aussi ? Après tout, même son père et Sirius avaient réussi à en devenir un alors qu'ils n'étaient que collégiens. Ça devait donc être à sa portée. Harry médita la chose un moment, immobile. Il avait froid mais ça ne faisait rien et il ne voulait pas décevoir Emily en se faisant prendre dès la première sortie. Il craignait qu'elle ne se débarrasse finalement de lui s'il faisait n'importe quoi. Harry attendit quinze minutes, comme elle l'avait dit, puis il entendit le léger bourdonnement d'une grosse mouche noire qui vint se poser sur son bras. C'était drôle, les poils de l'insecte étaient aussi noirs que les cheveux d'Emily.
Elle reprit son apparence humaine et s'empressa d'écrire dans son carnet tout ce qu'elle avait repéré. Quand ce fut fait, ils s'éloignèrent lentement pour sortir de la zone et rentrer en transplanant.
« Bonjour Dahlia,
Je vais bien. J'avais été blessé lors d'une explosion, les Polonais aiment particulièrement le sortilège Bombarda… Mais je suis complètement guéri depuis longtemps.
En ce moment, je combats un peu moins. Je dois accompagner une journaliste américaine qui prend des photos du conflit et veiller à sa sécurité. Ce n'est pas passionnant mais c'est utile. Si jamais le MACUSA avait la bonne idée de nous envoyer des renforts, nous ne serions pas contre. Tu peux donc te détendre un peu et moins t'inquiéter.
Je suis étonné que Ron te confie tout ça. Depuis quand êtes-vous aussi proches ? C'est suspect, dois-je m'inquiéter ?
En revanche, je suis content de savoir que tu travailles avec Clara Stewart. J'avais peur que tu restes seule à la maison et que tu t'ennuies pendant des mois. C'est plus facile de penser à toi en t'imaginant avec tes amis. Avez-vous fêté Thanksgiving ? Le repas de fête d'Emily me manque presque.
Comment va notre fils ? Tant pis pour Cepheus, ce n'était pas mon préféré non plus. J'ai trouvé celui que je veux, si tu es d'accord. Je ne sais pas pourquoi je ne l'avais pas repéré plus tôt, je ne devais pas être très attentif en lisant. C'est Perseus. Ça me rappelle notre voyage de noces en Grèce quand je lisais les récits de mythologie. Et puis Perseus est le mari d'Andromeda, non ? Je sais, j'essaie de trouver des arguments mais il me plait vraiment. Qu'en penses-tu ?
Je vais bien en ce moment, Dahlia. Je me sens moins abattu. Je voudrais que tu ailles bien aussi.
Je t'aime,
Harry. »
Les journées de Harry et Emily étaient bien remplies. Parfois, Harry allait combattre avec ses camarades et Emily le suivait pour prendre des photos. C'était une excuse parfaite pour regarder les techniques de l'ennemi, son armement et son nombre exact. Personne n'enviait Harry car personne n'avait envie de combattre en devant surveiller et protéger une civile en même temps. Harry, lui, trouvait cela plutôt rassurant de savoir qu'Emily marchait derrière lui. Parfois, ils partaient tous les deux explorer les environs, sans donner beaucoup d'indications sur ce qu'ils faisaient. Harry commençait à se dire que son chef risquait d'avoir des soupçons mais de toute évidence, son chef avait autre chose à penser.
Les explorations pouvaient durer une journée entière. Dès qu'ils arrivaient dans une zone protégée par des alarmes ou des sortilèges, ils étaient obligés de marcher pour atteindre leur but. Il arriva quelques fois qu'ils s'absentent plusieurs jours et ne rentrent pas au campement. Dans ces moments-là, Harry se sentait presque libre et détendu, l'angoisse diminuait et il se sentait bien. Il était de toute façon moins déprimé depuis qu'Emily était là, parce qu'être avec elle le sortait de la routine terrifiante de la guerre.
Il arriva plusieurs fois que, lors de leurs explorations, ils croisent des troupes de polonais rebelles. Ils parvenaient toujours à se cacher pour les éviter, c'était plus facile d'être discrets à deux. La première fois, Harry s'attendit à ce qu'ils restent silencieux jusqu'à ce que les troupes s'éloignent mais Emily n'était pas de cet avis. Elle s'assurait que Harry soit caché puis elle le laissait là et s'approchait des fanatiques polonais sans faire de bruit pour les tuer tous, sans la moindre hésitation. Harry avait été un peu choqué de la voir faire ça mais Emily avait haussé les épaules d'un geste fataliste.
- Tout ennemi mort est un ennemi en moins à combattre, avait-elle dit en récupérant son sac. C'est la guerre Harry, pas un jeu. Comment veux-tu gagner une guerre sans tuer les autres ?
- Je sais, avait admis Harry.
Il n'arrivait toutefois pas à s'y faire. Il répugnait toujours autant à tuer d'autres êtres humains, il n'avait pas ça dans le sang et ce n'était sans doute pas plus mal. Il était capable de voir que dans certaines situations, tuer était nécessaire mais ça ne rendait pas les choses plus faciles pour autant. Ça les rendait plus acceptables peut-être, et encore. Harry n'aimait pas ça.
« Harry,
J'ai été contente d'apprendre que tu participais moins aux combats. C'était exactement la bonne nouvelle dont j'avais besoin. Moi aussi j'aimerais que le MACUSA envoie du monde et vous aide à terminer cette guerre plus vite. J'aurais voulu en parler avec Emily mais elle est en voyage diplomatique, sans doute à cause de la Pologne, j'imagine.
Il n'y a vraiment aucune inquiétude à avoir concernant Ron Weasley, pour qui tu me prends ? Dois-je m'inquiéter pour la journaliste que tu suis tous les jours ?
J'ai fêté Thanksgiving avec mes amis, comme d'habitude. Andrew était là avec Clara, Jamal était avec sa copine et Chris était avec Ethan. Marilyn et moi étions les seules à n'avoir personne. Le problème c'est qu'elle s'en fiche alors que moi, je souffre de ton absence. Je suppose que je vais passer Noël sans toi, sans Emily aussi. Ce sera l'un des Noël les plus tristes que je passerai depuis longtemps.
Je me plains, je suis désolée.
Notre fils va bien, il me donne des coups de pieds, ce qui est à la fois merveilleux et pénible. Ça dépend de mon humeur et du contexte. En tout cas, il est plein de vie. J'ai peur que mon angoisse déteigne sur lui mais je préfère ne pas trop me pencher sur cette question.
Notre fils s'appellera donc Perseus ! J'aime beaucoup ce prénom aussi et il est parfait pour la famille Black, tu as raison. C'est un soulagement que cette question soit réglée et tu as de la chance. Si tu étais mort avant que nous nous soyons mis d'accord, je l'aurais appelé Scorpius. Et si je meurs en couche, je suis certaine que tu ne l'appelleras pas James malgré moi. Tout va bien !
Je suis contente que tu ailles bien ces temps-ci, ça me réchauffe un peu. Je ne vais pas bien Harry, mais je suppose que tu t'en doutes. Reviens-moi vite.
Dahlia. »
Cela faisait maintenant plus de deux semaines que Harry travaillait avec Emily. Ils avaient sillonné tout le nord de la Pologne mais ils n'avaient pas trouvé tout ce qu'ils cherchaient. Il y avait des bases plus grandes que ce qu'ils pensaient, avec plus de soldats qu'ils l'imaginaient mais c'était tout. Comme il s'y était attendu, Emily lui avait déclaré qu'elle devait se rendre à Varsovie pour espionner le cœur du pouvoir. Il n'avait pas essayé de l'en dissuader et il était resté au campement de fortune qu'ils avaient monté quelque part dans la campagne. Elle était allée à Varsovie seule, sous sa forme d'animagus. Il l'avait attendue plusieurs heures, il s'était inquiété mais finalement, Emily était revenue saine et sauve. Elle avait pu estimer le nombre de soldats qui protégeaient Ogólny et où se trouvait le dictateur. C'était déjà ça. Leur prochain objectif serait de trouver les emplacements des fabriques d'armes, notamment des bombes empoisonnées que les Polonais utilisaient.
Ils mirent cinq jours à en trouver une, aux alentours de Lódź. Ils attendirent la nuit pour s'y faufiler, il y avait moins de gardes. Emily prit le plus de photos possibles, nota tout ce qu'elle put puis sortit aussi vite qu'elle était entrée. Quand elle voulut repartir, Harry la retint par le bras, surpris.
- Nous avons trouvé l'une de leurs usines, pourquoi ne pas la détruire ?
- La détruire comment ? demanda sérieusement Emily.
- Eh bien je ne sais pas moi, la faire sauter ou mettre le feu !
- Tu veux mettre le feu à une usine pleine de bombes empoisonnées ?
Harry tiqua.
- Non, enfin je veux dire…
- Elle sera détruite en temps et en heure avec toutes les précautions qui s'imposent mais ce n'est pas nous qui le ferons. Je ne peux pas faire ça seule.
Il céda, elle avait raison et elle s'y connaissait mieux que lui. Ils repartirent au campement et, pour ne pas réveiller ses camarades ou faire face à leurs questions, Harry resta dormir dans la tente d'Emily. Il savait que ses collègues commençaient à se moquer de lui et à faire des insinuations. Il passait tout son temps avec Emily, même quand ils n'étaient pas en mission. Mark lui faisait des sourires ironiques quand il partait le matin et Jane le suivait des yeux avec un regard vaguement réprobateur. Tant pis, il ne pouvait pas leur dire la vérité.
Le lendemain, Harry fut à nouveau convoqué par son chef. Il eut peur qu'on lui pose des questions sur leurs absences répétées ou qu'on l'informe qu'il devait arrêter de travailler avec la journaliste. Il savait que la mission d'Emily durait encore cinq jours et il voulait aller au bout avec elle. Il entra donc dans la tente de Nestor Achab, un peu tendu. Son chef était en compagnie d'une femme d'une quarantaine d'années que Harry n'avait jamais vue. Elle se présenta comme membre du WIS et Harry se tendit encore plus. Elle ne prit pas de gant pour lui dire pourquoi elle était là.
- La femme que vous accompagnez n'est pas journaliste, dit abruptement l'employée du ministère. C'est un agent de la MIA qui est là pour faire du repérage.
Harry n'eut pas besoin de jouer la surprise mais pas pour la raison que son chef pensait. Il se sentit brusquement inquiet de ce qu'on allait lui dire.
- Et… je dois arrêter de…
- Non, coupa la femme immédiatement. C'est une très bonne nouvelle ! Si la MIA envoie quelqu'un sur place, c'est qu'ils envisagent une intervention, c'est parfait. Continuez à l'aider du mieux que vous le pouvez. La MIA est notre alliée après tout…
- Ah, d'accord, très bien.
- Seulement, j'ai un service à vous demander. Et quand je dis un service, je veux dire que c'est un ordre, bien sûr… Nous voulons récupérer les renseignements qu'elle a trouvés.
Harry se sentit mal à l'aise.
- Pourquoi ne pas envoyer nos propres agents faire du repérage ? Demanda-t-il.
- Et pourquoi diable mettrais-je la vie de nos agents en danger alors que la MIA a fait tout le boulot pour nous ? Ramenez-moi les informations, c'est un ordre.
Harry vit son chef le foudroyer du regard et baissa la tête. Il savait qu'il discutait beaucoup trop, il ne pouvait s'empêcher de poser des questions quand on lui demandait de faire quelque chose. Il n'était plus doué pour obéir aveuglément, il l'avait assez fait comme ça. Harry sortit de la tente et rejoignit celle d'Emily. Il y entra sans s'annoncer, l'esprit préoccupé. Emily sortit de la salle de bain en s'attachant les cheveux et jeta un coup d'œil à Harry.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien.
Il s'assit, la regarda fermer son sac avec des gestes vifs et sûrs. Elle était déjà prête à partir.
- Ils savent que tu travailles pour la MIA, dit brusquement Harry.
Emily se tourna vers lui sans paraitre surprise ou inquiète outre mesure. Elle haussa les épaules avec fatalité.
- Oui, je me doutais que ça arriverait, je n'ai pas fait beaucoup d'effort pour maintenir ma couverture. Mais peu importe, ce n'est pas d'eux que je dois me cacher.
- Si tu le dis…
- Et alors ? Ils t'ont demandé de continuer à m'aider, je suppose ?
- Oui. De t'aider et de leur rapporter toutes les informations que tu avais trouvées.
Emily éclata de rire, un rire un peu méprisant.
- Evidemment, pourquoi se farcir un boulot que j'ai déjà fait ? Nous verrons ça ce soir, je te donnerai les infos que je veux te donner et ils s'en contenteront. Nous leur dirons où se trouve l'usine, ils pourront la détruire eux-mêmes. Après tout, il faut bien que le WIS se bouge le cul aussi.
Harry contempla Emily, bouche bée. Il s'était attendu à une réaction différente, plus énervée et anxieuse.
- Quoi ? demanda Emily en riant. Tu croyais que j'allais te faire disparaitre pour garder mes infos secrètes ?
- Non, bien sûr que non.
- Détends-toi Harry, parfois les choses sont plus faciles qu'il y parait. Allons donc prendre un café avec ton équipe. Ils doivent se demander où tu es.
Ils se le demandaient, effectivement. Rufus était guéri et avait réintégré la tente depuis déjà plusieurs jours. De toute évidence, il n'avait pas envie d'être là mais il n'avait pas le choix. Tous les regards se posèrent sur Harry quand il entra dans la tente. Des regards embarrassés et pleins de reproches.
- Bonjour Juliana, dit Mark avec un air moqueur. Harry a découché cette nuit, il me semble… ça devient de plus en plus intense entre vous, non ?
Harry rougit sans pouvoir s'en empêcher. Il n'avait rien à se reprocher mais il savait que ses dénégations ne changeraient pas grand-chose. Emily enjamba le banc d'un geste souple et attrapa un toast qui trainait sur la table.
- Je suis lesbienne Mark, dit-elle calmement. Il n'y a rien d'intense entre nous. Nous sommes simplement amis.
Mark faillit s'étouffer avec son café tandis que Rufus eut une expression un peu gênée. Jane se redressa en souriant.
- Tant mieux à vrai dire parce que je commençais à trouver cela un peu déplaisant à regarder, surtout quand on pense que sa femme enceinte l'attend chez eux.
- C'est bon Jane, s'agaça Harry. Je sais très bien que Dahlia existe et m'attend, merci bien.
- Tout va bien alors !
Tout le monde se détendit et termina de prendre son petit déjeuner. Au fond, Harry était un peu touché de voir que ses collègues se préoccupaient de lui et de ce qu'il faisait. Il n'aimait pas les gens qui s'immisçaient dans les affaires des autres mais tout de même, l'idée que ses camarades ne soient pas très emballés de le voir tromper sa femme était réconfortant. Réconfortant surtout parce que Dahlia continuait à être présente dans l'air, tout autour de lui, et qu'il en avait besoin.
