Note des auteures : Retour au présent !
Bonne lecture,
Yzan & Lili.
~5. Retrouvailles~
Mars - Île de Nabu.
- Yo, Katsuki !
Surpris d'être interpellé ainsi, sur l'île où la plupart des gens l'appelaient Bakugo ou Dynamight, Katsuki tourna la tête. Ses yeux s'écarquillèrent et il fixa, choqué, les quatre personnes qui n'avaient rien à faire ici. Et merde ! Il se doutait qu'après ses récentes révélations ces abrutis finiraient par lui tomber dessus. Mais il pensait qu'ils auraient au moins eu la décence de prévenir, ou de lui demander son avis !
Et bien sûr, il fallait que dans le lot des visiteurs surprises, il y ait ce sale nerd ! Merde ! Le regard que posait sur lui son ami d'enfance brillait de trop d'émotions différentes pour qu'il puisse toutes les discerner. Merde ! Il envisagea un bref instant de déguerpir en vitesse, son fils sous le bras. Mais, ils étaient sur une île et les quatre autres auraient vite fait de le retrouver. Décidant que l'attaque était la meilleure défense, il fronça les sourcils en les fusillant rageusement du regard, et leur cracha :
- Qu'est-ce que vous foutez là ?
Denki grimaça en entendant la question, découvrant les prunelles assassines de leur camarade explosif posées sur eux. Quel accueil chaleureux ! Il jeta un coup d'œil à Eijiro, notant la posture tendue de ce dernier, visiblement prêt à se jeter sur Katsuki s'il tentait de s'enfuir. Shoto s'apprêta à ouvrir la bouche pour répondre quand un cri attira l'attention de tous sur le petit garçon à côté de son père.
- Papouuuu !
Affolé, Izuku vit le petit bonhomme se faire emporter par son cerf volant, tombant la tête la première dans le sable. Mais, avant même qu'il ne puisse réagir, Katsuki avait déjà agrippé son fils et l'avait redressé.
- Ça va ? T'as rien ?
- Non, papou ! Je suis juste tombé.
- On va ranger le cerf volant.
- Mais papou, je voulais en faire encore !
- Le vent s'est levé, et puis... on a de la visite.
Shoto observa le duo devant lui. Katsuki s'était accroupi près de son fils, lui essuyant le sable qu'il avait sur le visage tout en l'aidant à ramener le cerf-volant. Une fois le cerf-volant au sol, Katsuki le plia soigneusement et le rangea dans un sac, contenant le goûter et une bouteille d'eau, posé à ses pieds. Katsuki avait à peine changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Il avait pris quelques centimètres, comme eux tous, mais c'était la principale différence.
Tout en restant tout près de son père, le petit garçon jetait des regards curieux aux quatre jeunes hommes qui étaient restés en retrait et en silence.
- Papou, souffla Hiroshi pendant que Katsuki nettoyait ses mains gantées, ôtant le sable qui les couvrait partiellement.
- Hm ?
- Le monsieur là, on dirait Double Face...
Denki et Eijiro ne purent s'empêcher de pouffer en entendant la remarque du petit bonhomme. Izuku sourit, amusé et Shoto soupira, blasé.
- C'est lui, répondit Katsuki en dardant un regard noir sur le concerné.
- En vrai ?! s'écria Hiroshi avec un immense sourire.
Katsuki posa un index devant la bouche de son fanboy et décréta, les sourcils froncés :
- Je dois leur parler, après tu pourras causer. Ok ?
Hiroshi hocha énergiquement la tête, sautillant sur place d'excitation. Après Red Riot, il allait rencontrer Shoto ! C'était son quatrième héros préféré ! Sagement, il prit la main de son père qui se redressa, le sac contenant le cerf-volant sur l'épaule, faisant face aux quatre nouveaux venus, et s'en approcha.
- Alors, qu'est-ce que vous foutez là ? demanda Katsuki, son ton moins dur que précédemment.
- On est venu te rendre visite, répondit platement Shoto.
- Après tout ce qu'on a appris, tu pouvais pas t'attendre à ce qu'on ne fasse rien, lâcha Eijiro d'un ton sec. Bordel, Katsuki ! Pourquoi...
- Vous êtes logés où ? l'interrompit le blond.
- A l'auberge du port, dit Denki en souriant avec malice. Et on est là pour trois jours !
Katsuki soupira lourdement. Trois jours... Aucune chance qu'il échappe à un interrogatoire en règle. Il vit Kirishima ouvrir la bouche, sûrement pour le bombarder de questions et de reproches, aussi reprit-il rapidement, ne laissant pas le temps à son ancien camarade de classe de dire quoique ce soit.
- Plus tard, Tête d'ortie !
Il soutint le regard colérique de son ami. Pas question de parler de ça maintenant ! Et surtout pas devant Hiro !
- Vous avez un truc de prévu là ? demanda-t-il.
- A part te retrouver ? Non.
La réponse de Denki le fit soupirer un peu plus. Baissant les yeux vers son fils, qui se tortillait à ses côtés, ayant visiblement du mal à se taire et rester tranquille, Katsuki prit rapidement une décision. Autant en finir au plus vite avec les questions de ses invités surprises.
- Suivez-nous. Vous bouffez à la maison ce soir.
Sans attendre de réponse, il interpella son fils :
- Hé, le nain de jardin !
Ce dernier leva les yeux vers son père, un grand sourire éclairant son visage poupin.
- Tu vois ces quatre là ?
Devant le hochement de tête du petit, il reprit :
- C'est Double Face, Pikachu, Tête d'ortie et le sale nerd !
Amusés d'entendre les surnoms qu'ils n'avaient plus entendu depuis six ans, les quatre interpellés regardèrent le petit garçon. Ce dernier écarquilla les yeux, tant et si bien qu'ils craignirent qu'ils ne lui sortent de la tête.
- Shoto, Chargebolt, Red Riot et Deku ? souffla-t-il incrédule.
- Ouais, confirma Katsuki, un léger sourire au coin des lèvres. Et ils viennent à la maison.
Izuku s'approcha du bambin qui semblait devenu muet, les fixant avec des yeux brillants de mille feux et la bouche grande ouverte.
- Bonjour, dit-il. Je suis Izuku Midoriya, mais tu peux m'appeler Deku. Et toi ? Comment tu t'appelles ?
- Hiroshi, mais Hiro c'est plus court, souffla le bambin extatique.
- Enchanté de te rencontrer Hiro-chan, le salua Izuku avec un grand sourire.
Soudainement, le petit garçon se mit à babiller à une vitesse folle, surprenant les quatre héros, tout en s'agitant frénétiquement, lâchant la main de son père.
- Tu es mon second héros préféré ! Le premier, c'est Red Riot, et après c'est Chargebolt et Shoto ! Et à mon anniversaire, j'ai eu ton super costume gamma. Et j'ai aussi un grand poster où tu fais la pose de la victoire ! Même que j'ai une peluche de toi ! Mais papou veut pas que je la sorte de la chambre, sauf quand Red Riot passe à la machine, parce que moi...
Retenant un ricanement moqueur, Katsuki observa l'air ahuri de ses amis. Si Kirishima ne semblait pas vraiment surpris, ayant déjà eu à faire au garçonnet, les trois autres ne s'attendaient visiblement pas à un tel flot de paroles, ni à autant d'agitation. Sans un mot, il saisit au vol la main de son fils et l'entraîna à sa suite en direction de leur maison. Pas perturbé pour deux sous, le petit bonhomme poursuivit son monologue, les héros en repos suivant le duo.
Profitant que Shoto, Denki et Deku étaient occupés à essayer de répondre aux questions d'Hiroshi, qui leur laissait à peine le temps de répondre, Eijiro se plaça à côté de Katsuki.
- T'as l'air d'aller bien, dit-il.
- Ouais.
- Je t'en veux tu sais... On croyait que tu étais encore aux Etats-Unis, et là... Merde, Katsuki... Pourquoi tu nous as rien dit ?
- Plus tard, souffla le blond.
Coupant court à l'échange, Hiroshi interpella Eijiro, l'entraînant dans une discussion, principalement menée par le plus jeune. L'enfant le remercia entre autres pour la photo, prise lors de sa visite de l'agence de Fat Gum, que son père avait encadrée et mise dans sa chambre. Le petit bonhomme babilla joyeusement tout le long du chemin vers leur maison, inconscient des regards que s'échangeaient les adultes et de la tension plus que visible de son père.
A peine eut-il franchi le seuil qu'Hiroshi se précipita dans sa chambre, annonçant qu'il devait la ranger, abandonnant ses affaires sur le sol du vestibule.
- Merde, ricana Katsuki. Vous devriez venir plus souvent, le voilà qui range sa chambre sans que je lui crie dessus !
- Ta femme ne va rien dire que tu ramènes des invités sans prévenir ? s'inquiéta Shoto tout en suivant leur hôte jusqu'au séjour.
Surpris, Katsuki se tourna vers lui.
- Ma femme ? Qu'est-ce qui te fait croire que je suis marié ? Où t'as vu une putain d'alliance ?
Tout en parlant, Katsuki agita sa main gauche sous le nez du bicolore qui fronça les sourcils.
- C'est juste que... C'est surprenant que tu aies un fils mais que tu ne sois pas marié avec sa mère.
La grimace du blond n'échappa à aucun de ses camarades.
- Y'a pas de mère, grogna finalement Katsuki. Y'a que moi. Je l'élève seul depuis sa naissance.
- Oh ? s'étonna Denki. Mais...
- C'est rangé ! s'écria Hiroshi en surgissant dans le séjour. Papou, je peux leur montrer ma chambre, hein ? Maintenant qu'elle est rangée !
- Si tu veux, soupira Katsuki. Mais après, c'est le bain !
- Oui papou ! Viens, Chargebolt !
Et les quatre héros pros furent entraînés de force par un Hiroshi surexcité, dans la chambre enfantine.
Profitant du fait que son fils occupait ses invités imprévus, Katsuki rangea rapidement les affaires de sa progéniture. Puis, il ouvrit son frigo et ses placards, tout en se demandant ce qu'il allait pouvoir faire à manger pour huit personnes, Mahoro et Katsuma squattant chez lui en l'absence de leur père. Ayant trouvé son bonheur, il alla préparer le bain pour son fils et ouvrit le tiroir contenant les jouets dédiés à ce moment, Anima ayant rejoint Froppy et Tentapoulpe après Noël.
Dans la chambre, les invités surprises écoutaient avec amusement Hiroshi leur expliquer le fonctionnement, parfois très imaginatif, de ses divers jouets et figurines, les incitant à s'en servir. Les jeunes hommes s'étaient docilement pliés à la demande du plus petit. Mais le moment fut brutalement interrompu par une voix grave et menaçante :
- Hiro ! Où est Anima ?
Tous tournèrent la tête pour voir Katsuki dans l'embrasure de la porte, les sourcils froncés et l'air sévère. Mais Hiroshi ne sembla nullement impressionné, répondant en haussant les épaules :
- Je sais plus...
- Qu'est-ce qu'on avait dit ? tonna Katsuki. Froppy, Tentapoulpe et Anima : c'est dans la salle de bain ! Nulle part ailleurs !
- Mais papou, je sais plus ! protesta Hiro avec une moue boudeuse.
- Tu l'as sorti de la salle de bain ?!
- Y'a pas d'animaux dans la salle de bain !
- Y'a aucun animal dans cette foutue baraque !
- Ah, mais si ! Dans le jardin ! s'exclama le bambin, ayant soudain retrouvé la mémoire.
- Dans le jardin ? gronda Katsuki.
- Oui, l'autre jour tu disais que les limaces mangeaient les légumes, alors j'ai mis Anima dans le jardin pour qu'il dise aux limaces de plus manger tes légumes, expliqua Hiro avec un grand sourire innocent.
Très amusé par la scène, Denki vit Katsuki se pincer le nez en soufflant, tentant visiblement de garder son calme.
- Où dans le jardin ? finit-il par demander.
- Hmmm...
- Hiro...
- Attends, je cherche ! Ah oui, c'est à côté des grandes tiges vertes.
- Des... Ok, tu vas à la salle de bain, tu te déshabilles, je vais chercher Anima ! décida Katsuki. Et tu traînes pas !
- Oui, papou !
Sous les regards très amusés des quatre autres, Katsuki tourna les talons et disparut. Hiroshi, lui, prit tout son temps pour quitter sa chambre, visiblement pas pressé, continuant à babiller joyeusement avec les héros. Soucieux que le petit bonhomme ait besoin d'aide, Izuku le suivit jusqu'à la salle de bain où il le vit s'asseoir au sol pour ôter ses chaussettes. Une porte claqua dans son dos, le faisant sursauter. Il se fit bousculer par Katsuki revenant avec un jouet plein de terre dans les mains.
- Je te jure Hiro, la prochaine fois que tu me fais un coup pareil, je balance ton jouet à la poubelle ! C'est clair ?!
- Mais papou, protesta le petit bonhomme tout en laissant son père finir de le déshabiller. C'était pour sauver les légumes des vilaines limaces.
- Je sais, soupira Katsuki. Mais y'a d'autres moyens de se débarrasser des limaces. Pas besoin d'un foutu héros pour ça !
Tout en disputant son fils, Katsuki le colla dans la baignoire, puis le shampouina, le laissa se savonner et le rinça. Hiroshi bouda un peu, mais retrouva bien vite le sourire quand son père lui tendit Anima (soigneusement nettoyé auparavant). Katsuki sortit de la pièce et quand il revint avec le pyjama, il trouva son ami d'enfance à genoux devant la baignoire, jouant avec le marmot, le plus jeune riant aux éclats. En silence, il observa la scène, sentant son cœur se serrer un peu. Deku avait toujours été plutôt doué avec les enfants et visiblement Hiroshi ne dérogeait pas à la règle. Comment Deku réagirait-il s'il savait que c'était avec son propre fils qu'il jouait actuellement ?
- Katsuki, l'interpella Eijiro depuis le séjour. On peut faire quelque chose pour t'aider ?
- A part prévenir que vous débarquez ? grinça Katsuki. Non. Posez vos culs dans le canapé, je gère.
- Je peux m'occuper d'Hiroshi si tu veux, intervint Izuku en souriant.
- Oh oui, papou ! Dis oui !
Avec un soupir, Katsuki accepta, admettant en son for intérieur que ça l'arrangeait bien, il avait de la cuisine à faire.
- Pas trois heures le bain ! prévient-il quand même.
- Promis Kacchan ! répondit Izuku avec un grand sourire.
D'un pas rapide, Katsuki alla dans sa cuisine, jetant un regard rapide aux trois squatteurs qui le fixaient depuis le canapé. Sans un mot, il commença à préparer le repas, incapable de penser à autre chose qu'à la merde dans laquelle il se trouvait. Comment il allait pouvoir expliquer quoi que ce soit à ses potes ? Il n'était pas prêt pour ça, putain ! Voilà, c'était pour ça qu'il détestait les mensonges. Quand c'était découvert, ça vous pétait à la tronche violemment et c'était le bordel.
- Elle est sympa ta baraque, intervint Denki en s'appuyant sur le plan de travail derrière Dynamight.
Katsuki haussa les épaules sans répondre, ne voyant pas bien ce qu'il pourrait dire à ça. Oui, sa maison était sympa. Il l'aimait bien. Mais, Denki ne sembla pas être découragé par son silence, et entreprit de lui demander des nouvelles des habitants de l'île dont il se souvenait.
Tout en s'activant, Katsuki répondit à son ami. Il l'informa que la vieille Samako était décédée l'an dernier, que l'agriculteur avait finalement acheté un nouveau tracteur il y a quatre ans et n'avait plus de problème de batterie depuis. Il partagea aussi d'autres petites anecdotes. Tout en écoutant les deux blonds discuter, Eijiro quitta le canapé et s'approcha des cadres accrochés aux murs, plus pour s'occuper qu'autre chose.
Il avait bien compris que Katsuki ne répondrait à aucune question devant son fils, alors il serrait les dents et prenait son mal en patience. Ils avaient trois jours pour le faire parler et ils finiraient bien par avoir le fin mot de cette histoire, foi de Red Riot. Il laissa ses yeux naviguer d'un cadre à l'autre, notant des photos de paysages variés et quelques photos d'Hiroshi à divers âges.
Ses yeux s'écarquillèrent en tombant sur un cliché en particulier. Il reconnut la petite maison devant laquelle posait le petit groupe. C'était celle-ci, celle de Katsuki. Il reconnut aisément les parents de Katsuki, la ressemblance entre la mère et le fils étant tellement flagrante qu'aucun doute n'était permis. Il reconnut aussi Hiroshi, bien que plus jeune, entre ses grands-parents et dans les bras de son père, un grand sourire illuminant son visage parsemé de tâches de rousseur.
Mais ce qui le surprit le plus, c'était les quatre autres personnes sur la photo. Aucune hésitation n'était possible sur leurs identités. Cette jeune fille aux longs cheveux blancs et aux grands yeux rouges avec une petite corne sur le front, c'était Eri. Derrière elle, avec son éternel air blasé et ses cheveux noirs lui tombant sur le visage, se tenait Aizawa. Le grand blond dégingandé au sourire digne d'une pub pour dentifrice au rabais, c'était bel et bien All Might. Et derrière tout ce petit monde, ses ailes écarlates légèrement déployées, il y avait Hawks.
Sans un mot, Eijiro décrocha le cadre, le posant sur une étagère pour l'attraper facilement plus tard, bien décidé à demander des explications à son ami. Visiblement, un certain nombre de leurs connaissances communes étaient depuis longtemps déjà informées de la situation de Katsuki. Alors pourquoi pas eux ? Il se sentait trahi. Un éclat de rire attira son attention vers la salle de bain, ses pensées dérivant immédiatement vers Izuku. Non, il n'était sûrement pas le seul à se sentir trahi... Même si c'était pour des raisons différentes.
Il n'était pas débile, ni aveugle et surtout pas sourd. Et Katsuki avait été son voisin de chambre. Il savait donc parfaitement que le blond et Izuku avaient couché ensemble lors de la soirée où ils avaient célébré leur victoire à peu près six ans plus tôt. Il avait été un peu surpris sur le coup. Mais après réflexion, il avait trouvé ça logique. Katsuki et Izuku avaient toujours eu une relation complexe et même à l'époque où les choses étaient houleuses entre eux, ils s'observaient en permanence. Alors qu'ils finissent par se sauter dessus pour autre chose que se battre n'avait pas été si étonnant que ça.
Après le départ de Katsuki, Eijiro en avait parlé avec Izuku, qui lui avait avoué être amoureux du blond. Kirishima n'avait pas pu faire grand chose à part tendre des kleenexs à son ami qui pleurait ses regrets de ne pas s'être déclaré à Katsuki avant son départ. Et même si les années avaient passées, Eijiro avait bien vu la peine dans les prunelles émeraudes de son ami quand ils avaient discuté de la paternité et du mariage de Katsuki. Oui, leurs raisons étaient différentes, tout comme les sentiments qu'ils avaient pour leur ami commun, mais le sentiment de trahison, lui, était le même.
Dans la salle de bain, Izuku sourit largement en entendant le petit bonhomme rire aux éclats après l'avoir éclaboussé. Il se prêta au jeu, mimant d'atroces souffrances après avoir été soi-disant touché par la langue de Froppy.
- Ah ! Rends-toi vilain ! s'exclama Hiroshi en agitant son jouet Froppy.
- Je me rends, je me rends, supplia Izuku pour le plus grand plaisir du petit.
Ce dernier se lança dans un long monologue entre Tentapoulpe et Anima, amusant un peu plus l'adulte. Le sourire d'Izuku s'adoucit, se teintant de tristesse. Hiroshi ressemblait tellement à Kacchan que s'en était douloureux. Il était la preuve vivante que Katsuki l'avait vite remplacé, vite oublié. Et ça lui déchirait le cœur. Bien sûr, lui aussi avait eu d'autres aventures depuis, mais il n'avait jamais pu oublier son ami d'enfance.
Il s'était attendu à ressentir beaucoup de choses en revoyant Katsuki. Mais pas à cette déferlante de sentiments qui l'avait laissée sans voix, le souffle coupé, et le cœur battant à mille à l'heure. S'occuper d'Hiroshi était facile, plus que d'affronter le regard carmin du blond qui le chamboulait beaucoup trop. Alors oui, il avait sauté sur le premier prétexte venu pour ne pas rester en compagnie de Katsuki. Il pensait s'être préparé à le revoir... Il avait eu tort... Et ces quelques minutes loin du blond lui permettaient de se ressaisir. Se mettre à verser toutes les larmes de son corps devant Kacchan ne lui vaudrait que d'être traité de pleurnichard. Et il n'était plus un pleurnichard.
- Dis donc, Hiro, t'as pas l'impression d'abuser là ? grogna une voix dans son dos.
Izuku sursauta et tourna la tête pour voir Katsuki dans l'embrasure de la porte, les bras croisés sur le torse, un rictus moqueur sur le visage.
- Papou ! répondit le petit bonhomme avec un grand sourire. Deku a pas dit que c'était fini !
- Et donc t'en profites, râla Katsuki en entrant dans la pièce. Te laisse pas marcher sur les pieds, sale nerd ! Et toi, tu sors du bain.
- Désolé Kacchan, s'excusa Izuku un peu embarrassé. Je...
- Laisse tomber, il fait le même coup à tout le monde, le rassura Katsuki. C'est un malin. Hein, le nain de jardin ?!
- Je suis un nain de jardin malin, confirma Hiro en riant emmitouflé dans son peignoir, son père l'ayant sorti du bain.
Assis au pied de la baignoire, Izuku regarda attendri le père et le fils discuter. Hiro racontait les fabuleux exploits de ses héros dans le bain pendant que Katsuki le séchait et l'aidait à enfiler son pyjama. Izuku se souvint de la discussion avec ses camarades quand ils avaient appris la paternité de Katsuki. Tous avaient eu du mal à imaginer le blond au caractère explosif dans le rôle d'un père, certains se montrant même clairement sceptiques sur ses capacités à s'occuper d'un enfant.
Pourtant, il était évident que Katsuki aimait son fils. C'était même flagrant. Ça se voyait dans chacun de ses gestes, dans sa façon de le regarder, dans la douceur de son sourire, et jusque dans sa manière de le disputer. Et le petit garçon avait l'air d'être totalement épanoui et heureux. Contrairement à ce que tous pensaient, Katsuki était visiblement un père aimant et attentionné. Heureusement que Shoto, Eijiro et Denki étaient là eux aussi, sinon personne ne le croirait quand il le dirait aux autres.
- Tu viens Deku ? l'interpella Hiroshi, le sortant de ses pensées. Papou a dit que je pouvais regarder la télé avant de manger.
Docilement, Izuku suivit le bambin jusqu'au salon. Ce dernier s'installa dans le canapé entre Shoto et Eijiro, Denki venant les rejoindre. La télécommande en main, Katsuki chercha la chaîne où était diffusé le dessin animé préféré de son fils. Un truc qu'il trouvait, lui, complétement débile, mais que visiblement les mômes adoraient, le sien ne faisant pas exception.
Il trouva la chaîne voulue, et à peine quelques secondes plus tard, le générique commença, Hiro se mettant à le chanter en même temps.
- C'est quoi ? s'enquit Shoto avec curiosité.
- Tu connais pas les Pyjamasques ? s'étonna Hiroshi. Tu vas voir, c'est trop bien !
Pendant que son fils expliquait aux héros professionnels les aventures trépidantes des Pyjamasques, Katsuki retourna surveiller le contenu de sa casserole.
Un coup d'œil sur la pendule lui fit froncer les sourcils. Katsuma et Mahoro auraient dû être arrivés depuis un moment. Inquiet, il appela l'adolescente.
- Vous êtes où les morveux ? grogna-t-il. On va passer à table !
Il écouta la réponse de la jeune fille tout en sortant les assiettes du placard.
- Ah ?! On s'en fout de ça, putain ! Ramenez vos culs vite fait, sinon c'est moi qui viens vous chercher ! claqua-t-il agacé avant de raccrocher.
- Un souci, Kacchan ? s'enquit Deku qui n'écoutait que d'une oreille les tribulations du trio masqué à la télévision.
- Tsss, ces deux morveux n'osaient pas venir, vu que j'ai des invités, bougonna Katsuki. Comment ils ont su que vous étiez là d'ailleurs ?
- Si tu parles de Katsuma, on l'a croisé devant l'auberge, expliqua Deku.
- C'est lui qui nous a dit que tu étais à la plage, précisa Eijiro.
- Tu connais Katsuma-kun ? s'exclama Hiroshi.
Deku sourit largement et raconta à Hiroshi comment, plusieurs années auparavant, ils avaient rencontré Katsuma et sa sœur Mahoro. La porte d'entrée s'ouvrit et les deux concernés entrèrent dans le séjour, saluant gaiement les adultes. Hiro sauta dans les bras de Mahoro en riant, se lançant immédiatement dans le récit de sa rencontre avec ses héros préférés.
Depuis le salon, Shoto, Denki, Eijiro et Deku regardèrent, amusés, leur ami engueuler les deux adolescents pour avoir crû qu'ils dérangeraient ce soir. Puis, celui-ci leur demanda s'ils avaient bien fait leurs devoirs. Katsuma sortit un cahier de son cartable et le tendit à Katsuki, avouant qu'il ne comprenait pas l'exercice demandé. Mahoro prit les verres que l'adulte avait dans les mains, laissant ce dernier se pencher sur l'exercice de mathématiques avec son petit frère. Elle finit de mettre la table, avec l'aide toute relative d'Hiroshi qui babillait toujours. Il était évident que c'était une scène habituelle entre les différents protagonistes.
- Tu fais quoi ? demanda discrètement Eijiro à Denki qui avait son téléphone en main.
- Je filme, répondit le blond électrique. Personne ne nous croira jamais sinon...
- Pas faux, ricana Eijiro.
- Vous êtes sûrs que c'est Katsuki Bakugo ? s'enquit Shoto légèrement amusé.
- Mais t'es con ou quoi ? C'est pourtant facile bordel ! Réfléchis ! tonna Katsuki à ce moment-là, tapant sur le crâne de Katsuma qui fit la moue.
- Si, si c'est bien lui, confirmèrent en chœur Denki, Eijiro et Izuku.
Dix minutes plus tard, ils étaient tous attablés, Katsuma ayant cependant son cahier de maths avec lui et Katsuki l'aidant à faire son exercice tout en servant ses convives. Mahoro et Denki discutèrent joyeusement de choses et d'autres. Shoto se retrouva embarqué par Hiroshi dans une longue discussion sur les Pyjamasques, pour le plus grand amusement d'Izuku qui voyait bien que son ami au double alter était complètement paumé. Eijiro, assis près de Katsuma, tenta d'apporter un peu d'aide à l'adolescent, mais se fit vite rembarrer par Katsuki qui lui rappela qu'il avait toujours été nul en maths.
Katsuma finit par mettre un point final à son exercice et rejoignit la discussion entre sa sœur et Denki, Eijiro et Izuku, s'y intégrant aisément. Shoto, lui, essayait tant bien que mal de comprendre les explications assez décousues d'Hiroshi sur un dessin animé dont il avait déjà oublié le nom. Sous l'œil clairement moqueur de Katsuki qui ne faisait rien pour l'aider. Le repas terminé, Shoto saisit le prétexte d'aider Katsuki à débarrasser et faire la vaisselle pour fuir courageusement la discussion enfantine.
Mais Hiroshi ne fut pas longtemps sans interlocuteur et accapara rapidement l'attention des trois autres héros. Tout en essuyant la vaisselle, Shoto observa le petit garçon qui s'était lancé dans une démonstration d'acrobaties diverses et variées avec Katsuma, sous les encouragements des adultes. Il fut très surpris devant l'habileté du bambin, et quand il entendit ce dernier se vanter que c'était son papou qui lui avait appris tout ça, il fronça les sourcils et posa un regard réprobateur sur Katsuki.
Shoto n'avait jamais digéré l'entraînement intensif que son père lui avait fait subir enfant et les conséquences que cela avait eu sur sa famille. Il savait que Katsuki était au courant de son histoire familiale, comme à peu près tout le monde. Et bien que le blond ait souvent été comparé à Endevor pour son caractère irascible, sa détermination sans faille et son ambition assumée, Shoto n'aurait jamais crû qu'il ferait les mêmes erreurs que son père.
Katsuki capta le regard de son camarade et le lui rendit au centuple en crachant :
- Me prend pas pour ton connard de père !
Reportant son attention sur Hiroshi, Shoto l'observa d'un œil critique. Et cela lui sauta aux yeux : Hiroshi s'amusait. Il avait un immense sourire et riait de bon cœur. Il était à mille lieux d'être comme Shoto à son âge : triste, renfermé, épuisé, aigri avant l'heure. Le garçonnet, quant à lui, était un véritable petit rayon de soleil.
- Je serai curieux de voir comment tu arrives à lui apprendre tout ça, avoua-t-il finalement un léger sourire aux lèvres.
- Demain, venez à mon agence à dix-sept heures. Tu verras, répondit Katsuki. Venez en tenue de sport, hein ! Que je puisse en profiter pour vous foutre une raclée.
Shoto hocha la tête, acceptant l'invitation et le défi.
- Au lit les mômes ! décréta Katsuki environ une demi-heure plus tard.
- Mais papou ! protesta Hiro.
- J'ai dit : au lit ! Y'a école demain.
- C'est nul ! Je veux rester avec Deku et Red Riot !
- Tu les reverras demain, dis bonne nuit et file au lit !
- Non ! Je veux rester avec eux !
Hiroshi croisa les bras sur sa poitrine, une moue boudeuse sur le visage. Quand il vit Katsuki s'avancer vers lui d'un pas vif, il fila comme une flèche de l'autre côté du canapé, vite poursuivi par son père. Les quatre héros médusés assistèrent alors à la course poursuite entre Katsuki et son fils à travers tout le séjour. Tout en poursuivant l'enfant, l'adulte beuglait menaces et jurons à son fils qui protestait vivement, maintenant mordicus qu'il n'était pas fatigué et ne voulait pas aller se coucher.
Agacé, Katsuki sauta finalement par-dessus la table de la salle à manger et saisit son capricieux fiston par la taille. Sans tenir compte des protestations de ce dernier, qui gigotait dans tous les sens, il le cala sous son bras et l'emmena dans sa chambre tout en râlant. Il le mit au lit et allait quitter sa chambre quand une petite voix le rappela :
- Papou... Câlin.
Avec un soupir, Katsuki fit demi-tour et alla embrasser et câliner son fils. Il s'assura également qu'il était bien installé pour la nuit, tout énervement envolé, se maudissant intérieurement d'être toujours aussi faible face à son petit bonhomme.
Pendant ce temps, Katsuma et Mahoro avaient salué les invités et étaient allés eux aussi se coucher, dans la chambre d'ami qui leur était réservée en l'absence de leur père. Quand Katsuki revint dans le séjour, Denki le taquina allégrement :
- Il t'a fait galoper ton fiston ! Et il a du répondant !
- C'est mon fils, bougonna Katsuki. Tu t'attendais à quoi ? A un petit garçon modèle ? Tsss...
- C'est plus tard maintenant ? demanda brusquement Eijiro, une expression dure sur le visage.
Katsuki grimaça, et désigna d'un signe de tête la terrasse, conscient qu'il ne pouvait plus reculer l'heure des explications. Ils s'installèrent dans le petit salon de jardin posé là, Katsuki laissant la baie vitrée entrouverte pour surveiller l'intérieur de sa maison au cas où. Il préférait que la discussion ait lieu à l'extérieur, loin des oreilles indiscrètes qui pourraient traîner. Et si ça s'envenimait, son mobilier serait préservé.
Eijiro posa le cadre-photo, qu'il avait récupéré en passant, sur la table devant eux, et attaqua :
- Eri-chan, Aizawa-sensei, dit-il en désignant les personnes au fur et à mesure qu'il les nommait. All Might et Hawks. Eux, visiblement sont au courant ! Pourquoi pas nous ?
- Le directeur Nezu et Recovery Girl aussi, répondit platement Katsuki. Et vous vous souvenez de David Shield et de sa fille Mélissa ?
Devant les hochements de têtes de ses amis, il ajouta simplement :
- Eux aussi.
Il se retint de grimacer en voyant la tronche de ses potes. Ouais, il comprenait qu'ils le prennent mal... A leur place, il l'aurait eu mauvaise aussi.
- Pourquoi ? demanda Deku d'une voix ne dévoilant que trop bien le sentiment de trahison qu'il ressentait.
Katsuki soupira lourdement, se passant une main nerveuse dans les cheveux, hésitant. Il releva la tête, qu'il avait inconsciemment baissée, affrontant ceux qui étaient, malgré les années et la distance, restés ses amis, enfin il l'espérait.
- Je... Je peux pas tout vous dire, souffla-t-il finalement.
Voyant Eijiro ouvrir la bouche pour protester, il reprit :
- Pas encore. Avant de pouvoir tout vous expliquer, je dois en parler à quelqu'un...
Oui, il devait d'abord en parler avec Deku, seul à seul... Et il n'était foutrement pas prêt pour cette conversation, pas du tout même.
- Mais je peux vous donner les grandes lignes, dit-il finalement.
Il prit quelques secondes pour souffler, cherchant par où commencer exactement.
- Vous vous souvenez que j'ai été blessé au bide par l'autre enfoiré de Shigaraki ?
Devant les signes d'assentiment des autres, il poursuivit :
- Le chirurgien qui m'a opéré a fait de la merde. Il était de mèche avec cette bande de connards.
- C'est pour ça que tu étais malade ? se souvint Eijiro.
Katsuki approuva d'un hochement de tête, se passant une main nerveuse sur le visage.
- Comme la ligue en avait après moi, il a été décidé de m'envoyer sur I-Island pour... régler mes soucis de santé. Chez David. J'ai jamais foutu un orteil à Los Angeles. J'ai jamais eu de foutue proposition d'apprentissage aux Etats-Unis. J'étais chez David, à me traîner comme une merde entre son appart et l'hôsto.
En voyant les regards soudainement très inquiets de ses amis, il s'empressa de les rassurer :
- C'est bon, c'est réglé. Je vais bien maintenant, vraiment... Et ça risque pas de se reproduire.
- Tu as eu quoi au juste ? s'enquit Shoto.
- Ça fait partie des trucs que je peux pas vous dire, grimaça Katsuki. Pas encore, précisa-t-il tout en soutenant le regard noir de Kirishima.
- Je voulais pas y aller, avoua-t-il. Merde, la vieille baveuse a du m'endormir. Je me suis réveillé dans l'avion. J'ai pas eu le choix, bordel ! Mais, putain, je suis pas assez con pour ne pas avoir compris que c'était la meilleure solution. Mais, ça me faisait chier... et pas qu'un peu... J'espérais que ce serait vite réglé, mais... Les choses se sont avérées plus compliquées que prévues.
- Pourquoi tu ne nous a pas dit la vérité ? insista Eijiro. Tu nous fais pas confiance ?
Katsuki secoua la tête, agacé.
- Ça n'a rien à voir, abruti. Moins y'avait de gens au courant, mieux c'était. Puis, Hawks a découvert quels étaient les projets de l'autre face de cul pour moi. Et non, ça non plus, je peux pas vous le dire... Juste que, putain, c'était dégueulasse. Et c'était encore plus la merde. Alors, même si ça m'a fait chier, j'ai fermé ma gueule.
Merde ! Il tremblait ! Katsuki ferma les yeux et inspira profondément pour essayer de se reprendre, serrant ses mains l'une contre l'autre pour cacher leurs tremblements. Quand il rouvrit les yeux, il tomba sur les regards attentifs et soucieux des autres. Évidemment que ces crétins avaient remarqué ! Pourquoi fallait-il que ces abrutis soient aussi observateurs ? Merde ! Mais ils ne dirent rien, lui laissant le temps de se reprendre.
- Aizawa-sensei me donnait des cours par correspondance, reprit-il finalement. Et quand j'ai été mieux, Hawks et lui se sont chargés de me faire rattraper mon retard sur la pratique. Je me suis présenté à l'examen pour la licence définitive en candidat libre aux Etats-Unis... Six mois après que vous ayez obtenu les vôtres.
- Six mois ? souffla Denki surpris. Pourquoi si longtemps après ?
- Parce que j'avais passé six mois à pouvoir rien faire de plus qu'une putain de demi-heure de marche par jour, grogna Katsuki. J'avais interdiction formelle de faire le moindre effort.
- Merde, Katsuki, râla Eijiro. C'était grave à ce point là ?
- Disons que mes chances de survie étaient limitées, expliqua Katsuki en haussant les épaules. Mais c'est fini. Alors putain, arrêtez de tirer ces tronches ! J'ai survécu, bordel !
- Excuse nous d'être choqués d'apprendre que t'as failli mourir, hein, bougonna Denki.
- Failli mourir, c'est un peu exagéré... Les risques n'étaient pas nuls. Mais j'ai pas l'intention de clamser avant de vous avoir tous écrasés, assura Katsuki avec un léger rictus provocateur.
- Et ton fils ? demanda Shoto.
La grimace de Katsuki n'échappa à aucun des héros.
- Quand il est né, dit Katsuki. J'ai décidé de l'assumer... Seul. Mais, si la ligue apprenait son existence, ils risquaient de s'en prendre à lui. Alors...
- Sa mère ? l'interrompit Izuku.
- Aucun intérêt, éluda Katsuki.
- Si t'avais si peur que la ligue s'en prenne à lui, pourquoi être revenu au Japon ? contra Eijiro. Et pourquoi ils s'en prendraient à ton fils ?
- Vous allez me laisser finir oui ? grogna Katsuki, agacé d'être interrompu. Parce que c'est mon fils justement, abruti ! C'est Hawks qui a suggéré que je vienne ici, à Nabu. C'était un bon compromis. J'étais plus près de mes parents, j'étais au Japon, mais loin des caméras... Aucun risque que ces enfoirés apprennent l'existence d'Hiro tant qu'on reste sur cette île... Et puis, il avait même pas un an quand on s'est installé ici...
Eijiro se leva brusquement, semblant incapable de tenir en place.
- D'accord, dit-il d'un ton où perçait tout son désarroi et son énervement. T'es en train de nous dire que t'as failli mourir et que tu nous as menti toutes ces années juste pour protéger ton fils. La ligue est sous les barreaux depuis des plombes ! T'as cru quoi ? Qu'on irait crier sur tous les toits que t'as un fils ? Qu'on irait le livrer au premier connard venu ?
- Non, putain ! Bien sûr que non ! tonna Katsuki en se levant d'un bond pour faire face à son ami. Tu crois quoi bordel ? J'ai rien demandé de tout ça ! Ça m'est tombé dessus comme ça ! C'était une merde sans nom putain ! C'était pas dans mes plans bordel ! Mais j'ai pas eu le choix ! Je pouvais pas vous le dire ! Je POUVAIS pas bordel ! Ça vous aurait causé encore plus d'emmerdes ! Et tu crois que ça me fait plaisir de voir vos tronches partout ? Et que la mienne soit pas avec les vôtres ? Tu crois que ça m'a fait plaisir de perdre mes potes ? Merde, putain ! Pas le crier sur tous les toits ? Dis moi, il t'a fallu combien de temps pour balancer la photo de mon fils aux autres ? Combien de temps pour que vous réalisiez qu'il me ressemble ? Sous le nez de combien de personnes elle va être mise cette putain de photo ? Oh ! Regarde ! Bakugo a un fils ! Voilà pourquoi je pouvais rien vous dire !
- Si j'avais été au courant, j'aurais jamais montré cette photo à qui que ce soit, contra Eijiro, le visage blême.
- Je sais, souffla Katsuki, calmé par sa tirade enragée et décousue, et surtout par la mine défaite de son ami. Putain... Je voulais pas dire ça... merde !
Il se laissa tomber sur sa chaise, se maudissant silencieusement en constatant qu'il pleurait. Putain, ça faisait longtemps qu'il avait pas pleurniché.
- Kacchan, commença Izuku avant de se faire interrompre.
- Ta gueule, lâcha Katsuki, son ton un peu trop suppliant à ses propres oreilles. Sérieusement, Deku, ta gueule... J'veux pas de ta foutue compassion ou de tes putains de reproches. J'aurai dû vous le dire y'a un bail, mais... Plus le temps passait, moins c'était facile de vous balancer tout ça.
Un lourd silence s'installa, Katsuki essayant de reprendre contenance après avoir perdu son sang froid, et les autres digérant les informations reçues. Un cri enfantin retentit soudainement, faisant sauter Katsuki sur ses pieds et le précipitant à l'intérieur de sa maison. Les quatre autres le suivirent plus lentement, le voyant disparaître dans la chambre de son fils, des pleurs devenant audibles à proximité de la porte. Ils entendirent la voix grave du blond, calmant son fils, et même s'ils ne comprirent pas les mots employés, la douceur perceptible dans le ton de leur ami leur tira un sourire.
D'un regard, ils tombèrent d'accord : il était temps pour eux de prendre congé. En silence, Eijiro remit le cadre à sa place et rejoignit ses compagnons dans le vestibule pour récupérer leurs affaires. Ils finissaient d'enfiler leurs vestes et manteaux quand Katsuki vint vers eux, son petit bonhomme blotti dans ses bras.
- On se voit demain ? demanda Shoto.
Katsuki hocha doucement la tête, confirmant le rendez-vous pris plus tôt.
- Désolé de pas pouvoir vous loger, dit-il. Si vous m'aviez prévenu je me serais arrangé.
- T'inquiète, le rassura Denki. On a des supers piaules qui nous attendent ! A demain, Hiro-chan ! A demain Katsuki !
Le bambin, la tête nichée dans le cou de son père, les regarda d'un œil encore brillant de larmes, sa peluche Red Riot serré contre lui, et renifla une vague réponse incompréhensible.
Après avoir fermé la porte derrière ses invités, Katsuki alla fermer les volets du séjour, son fils toujours niché dans ses bras. Une fois tous les volets fermés et les lumières éteintes, il alla déposer son fils dans le grand lit parental. Quand le père rejoignit son enfant, après une douche rapide et avoir enfilé un pyjama, Hiroshi s'était rendormi. Avec un léger sourire, Katsuki s'installa près de son petit bonhomme qui avait fait un cauchemar, une sombre histoire de monstres cachés sous son lit.
Tendrement, il caressa les cheveux de son fils, aussi indisciplinés que les siens. Oui, rien ne s'était passé comme il l'avait planifié. Et ça avait été la merde... Mais il adorait son fils et ne regrettait pas d'avoir finalement décidé de l'élever. Il n'avait pas la prétention d'être le meilleur père du monde. Il faisait comme il pouvait, espérant faire au mieux sans en être totalement sûr. Son regard tomba sur la peluche qu'Hiro tenait fermement serré contre lui. Il allait encore se réveiller avec la tronche de ce crétin de Tête d'ortie sous le nez. Comme si l'avoir vu toute la soirée ne suffisait pas...
Sur le chemin les menant à l'auberge, un petit groupe de jeunes gens avançait en silence, chacun d'eux perdu dans ses pensées. Sans surprise, ce fut finalement le blond qui rompit la quiétude environnante :
- Et ben, quelle soirée !
- J'ai encore plus de questions qu'avant, soupira Eijiro.
- Hm, confirma Shoto. Ça a l'air assez compliqué effectivement, et il est resté très vague.
- Hiroshi est tellement... commença Izuku.
- Adorable ? Bavard ? Agité ? suggéra Denki en riant.
- Ouais, tout ça à la fois, confirma Deku. Il ressemble tellement à Kacchan.
- Physiquement c'est sûr, rit Eijiro. C'est les mêmes, à part pour la couleur de cheveux.
Izuku secoua la tête, amusé, avant de reprendre avec une infinie tendresse :
- C'est pas que physique. Kacchan... Il était pareil. Toujours en train de galoper à droite et à gauche, à avoir dix mille idées à la seconde, à bavarder. Il avait toujours un truc à dire, à raconter. Tout à l'heure, quand Hiro ne voulait pas aller au lit, j'ai eu l'impression de revoir Kacchan tenant tête à Mitsuki-san. Sauf que Mitsuki-san ne courrait pas après Kacchan en le menaçant de passer son doudou par la fenêtre.
- Son putain de doudou de merde, précisa Denki en riant.
Le souvenir de la scène épique du coucher fit rire les jeunes hommes. Shoto finit par demander comment la mère de Katsuki avait réussi à faire céder son têtu de fils. Izuku rit en lui expliquant qu'elle utilisait le chantage : s'il n'allait pas au lit, Izuku ne viendrait plus dormir chez eux.
- Ça marchait à tous les coups, avoua-t-il, un peu honteux à posteriori d'avoir servi de moyen de pression sur son ami d'enfance.
Une sonnerie de téléphone les surprit et Eijiro s'empressa de décrocher pour répondre à Mina, mettant le haut parleur.
- Alors ? Vous l'avez vu ?
- Ouais, on sort de chez lui, dit-il en souriant.
- Vous êtes encore vivants ? Tous les cinq ? s'inquiéta la voix d'Ochako.
- Oui, rit Denki. Même si c'était pas gagné vu la tronche qu'il a tiré quand il nous a vu.
- Et alors, sa femme ? Elle est comment ? intervint Hanta.
- Inexistante, répondit Eijiro. Il n'est pas marié et vit seul avec son fils.
- Quoi ? Mais... s'étonna Mina.
- D'après ce qu'il nous a dit, il élève Hiro seul depuis sa naissance, expliqua Eijiro. On n'en sait pas plus.
- Vous lui avez posé des questions au moins ? soupçonna Mina. Ou vous étiez juste tellement contents de revoir votre pote que vous avez bu comme des trous sans aborder le sujet ?
- Hé ! protesta Denki. Pour qui tu nous prends ?
- C'était pas facile d'en parler devant son fils, intervint Shoto. On a dû attendre que le petit soit couché pour essayer de faire parler Katsuki.
- Et on n'a rien bu, s'offusqua Eijiro.
- Il nous a même pas proposé un verre, se désola Denki.
- Et il vous a dit que ça, rien d'autre ? insista Ochako.
- C'est compliqué, soupira Izuku. Et on n'a pas encore tous les éléments. On sait juste que la ligue est impliquée dans son départ et son silence.
- La ligue ? s'étonna Hanta. Merde...
- Je sais que c'est peut-être un peu tard pour ça, reprit Eijiro. Mais y'aurait moyen que personne ne l'ouvre à propos du gosse de Katsuki ?
- On se charge de faire passer le mot, assura Mina.
- T'es la meilleure, sourit tendrement Eijiro.
- Attendez qu'on puisse plus vous entendre pour flirter, protesta Denki, faisant rire les autres.
- Vous allez le revoir ? demanda Hanta.
- Demain, confirma Shoto. En fin de journée.
- Passez-lui le bonjour hein ! s'exclama Mina. Et je veux des photos de lui avec son fils !
- T'aura même des vidéos, lui assura Denki.
Eijiro raccrocha, non sans rougir quand Mina le salua d'un "Bonne nuit mon loup" qui fit hurler de rire ses trois amis, enfin surtout le blond électrique, les deux autres étant un peu plus discrets. Il se fit gentiment chambrer sur son histoire avec l'héroïne Pinky, histoire qui avait vaguement débuté au lycée. Mais ne s'était réellement concrétisée qu'un an après l'obtention de leur diplôme. Tous deux se tournaient autour depuis de longs mois, et tous leurs camarades avaient facilement deviné leurs sentiments respectifs. Alors quand Eijiro avait enfin pris son courage à deux mains pour se déclarer, recevant une réponse plus que positive, leurs amis avaient été ravis de la nouvelle.
Arrivés à l'auberge, les quatre amis se séparèrent, chacun regagnant sa chambre pour y trouver un repos bien mérité. La soirée avait été riche en émotions et en révélations. Cumulée au trajet et à leur matinée de travail, ils étaient tous épuisés. Aucun d'eux ne fit long feu ce soir-là. De toute façon, ils avaient toute la journée de demain pour repenser à tout ça, Katsuki ne leur ayant donné rendez-vous qu'à dix-sept heures.
A suivre...
Commentaire des auteures :
Putain, un chapitre entier juste pour une soirée... Oui, une soirée, une seule ! On espère au moins que ces retrouvailles plutôt mouvementées vous ont plu.
Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :
Pendant que Yzan et Lili discutent avec frénésie des chapitres à venir, attablées comme d'habitude devant leurs ordinateurs, café et coca bien en main, dans leur dos, trois héros sont aux prises avec des étudiants très énervés.
- Vous étiez au courant ! rugit Eijiro.
- Et vous nous avez rien dit ! renchérit Denki.
- All Might... je suis déçu... Je vous faisais confiance, soupire Deku.
- Moi aussi, je voulais voir Katsuki enceinte ! proteste Mina.
Ligotés par le scotch d'Hanta, les pieds gelés par la glace de Shoto, et en lévitation à plusieurs mètres du sol grâce à Ochako, Aizawa, Hawks et All Might tentent de se justifier. Voyant qu'ils n'arrivent à rien, Hawks se tourne vers un blond explosif qui les regarde narquois.
- Tu vas pas nous aider, je suppose... dit-il.
- Tu supposes bien l'emplumé, ricane sadiquement Katsuki.
- Je t'ai aidé à faire tes lacets, plaide le héro ailé. Je t'ai même offert des chaussures et un chausse-pied !
Devant le regard blasé du blond, Hawks se tourne vers les lecteurs et supplie :
- Une petite review pour que ces deux folles nous libèrent ? Non, parce que là je sens plus mes orteils et mes plumes vont être toutes froissées !
A suivre : Chapitre 6 - Parenthèse infernale.
" On est le clan des licornes !"
" Il s'en fout, c'est une licorne ! Ça explique tout !"
" Je sens plus mes jambes ! Pourquoi je sens plus mes jambes !"
