Notes
Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.
- Le titre vient du premier épisode de la série The Walking Dead.
Mon petit blabla avant de commencer : Wow, je suis enfin de retour ! La publication a été suspendue un peu plus longtemps que prévu car une petite personne a décidé de pointer le bout de son nez bien plus tôt que prévu ! Et essayez d'écrire avec un nouveau-né qui a décidé de pleurer. Pas simple haha… En tout cas, j'ai enfin réussi à finir cette fic et tout corriger ! Alors, en espérant que vous êtes toujours au rendez-vous, voici la dernière partie de La Pièce Vide.
Précédemment dans La Pièce Vide (Much needed haha) : Mustang, Smith, Ross et le Fullmetal sont partis à la recherche de Mary Bradley. Ils la découvrent prisonnière de ses propres pensées dans un quartier, gardé par des habitants contrôlés par Selim et à moitié morts de faim ainsi que par Marcoh qui, l'espace d'un instant, parvient à leur demander de mettre fin à ses jours. De leur côté, Breda, Fuery, Alphonse, Colt et Broche ont repris la planque du district Sud, occupée par des soldats. Quant à Remington, des paroles de Vernet et d'Evans sèment le trouble dans son esprit, alors que l'armée a décidé de raser un à un chacun des quartiers barricadés.
Passé décomposé
Elle ne savait pas ce qui l'avait prise exactement. De la curiosité malsaine peut-être. Ou alors les restes d'un esprit d'investigation lessivé par toutes ces semaines de tensions et de stress.
Audra était sortie du quartier général contre l'avis de Remington qui avait pesté avant de la suivre. Puis, d'un pas décidé, elle s'était dirigée vers le district nord, ou du moins s'était approchée aussi près que possible de la zone de combat. Et à quelques rues même du district nord, l'odeur l'avait prise à la gorge.
"Toutes les personnes dotées d'un minimum de bon sens sont parties, fit remarquer Remington d'un ton sec. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais la zone est presque vide.
- Je suis avec vous et votre garde rapprochée, rétorqua Evans. Ils sont censés assurer votre sécurité, non ?
- La mienne, mais pas nécessairement la vôtre"
Audra lui jeta un regard réprobateur, mais ce n'était que pure vérité. En cas de troubles, cette garde n'accorderait pas la moindre importance à sa vie. Et tous les civils avaient fui. En tout cas, ils n'en avaient plus aperçus depuis un moment. Néanmoins, la jeune femme haussa les épaules et Remington soupira à nouveau.
Plus ils s'approchaient et plus la présence militaire augmentait. Patrouilles armées, fourgons et tentes déployées au milieu de la route. Tout ce dispositif laissait présager le pire et lorsqu'Audra aperçut l'épicentre des combats, sa bouche s'assécha.
Un immense cratère ornait désormais le sol, là où une tête d'ogive avait explosé, rasant complètement la rue. Les rares ruines encore en place étaient noircies par les flammes de l'incendie qui avait éclaté et de la rue piétonne qui existait autre fois, ne restait plus grand chose.
"Ils n'y sont pas allés de main morte, constata Remington d'une voix sèche."
Maintenant qu'elle le connaissait, Evans savait que ce ton rigide n'était là qu'une façade et une façade pas très bien solide. L'horreur se lisait dans son regard, mélangée à l'horreur et au dégoût.
Un des soldats qui dirigeait l'évacuation des décombres - des cadavres - l'aperçut et se dirigea immédiatement vers lui.
"Monsieur le Président, colonel Wickham, se présenta-t-il. Je ne pensais pas recevoir votre visite aujourd'hui.
- Colonel Wickham, compte tenu de l'ampleur des affrontements, venir constater les faits par moi-même était indispensable." Le ton était froid, officiel. Quelques semaines auparavant, Audra aurait attribué des noms d'oiseau à Remington. Mais plus aujourd'hui. "Quel est l'état de la situation ?
- L'offensive a été lancée hier soir à vingt-deux heures, sur ordre du général de brigade Raven. Mes hommes et moi avons…"
La conversation n'incluait pas Audra. Les deux hommes s'étaient éloignés sans un regard pour elle mais la jeune femme ne s'en formalisa pas. Elle écouta d'une oreille distraite le décompte des morts : côté civil – mille deux cent cinquante-quatre - et côté militaire - quatorze. Aucun prisonnier n'avait été fait et tous les protestataires avaient été fusillés. Des recherches étaient toujours en cours pour déterrer les cadavres ensevelis sous les décombres et les exposer en place publique, en guise d'exemple.
Evans secoua la tête pour elle-même : un massacre à sens unique. Il n'y avait pas d'autres mots pour qualifier ce qui s'était passé la nuit précédente. Le visage de Remington s'était crispé en un masque impassible mais l'ancienne journaliste devinait dans le pli de ses lèvres l'écho de son propre dégoût : comment l'armée pouvait-elle procéder aussi froidement à cette répression sanglante ?
Tous étaient si absorbés par le rapport du colonel, qu'ils ne remarquèrent pas l'homme se diriger vers elle et Audra elle-même ne l'aperçut que lorsqu'il lui agrippa le bras.
"Qu'est-ce que…
- Pas maintenant, la coupa-t-il à voix basse."
Sa poigne sur son bras était si forte qu'Audra ne put que le suivre en titubant. Derrière eux, les militaires poursuivaient leur chemin sans même prêter attention à elle.
"Qu'est-ce que tu fais ici ? grommela l'individu en l'entraînant dans une ruelle à moitié détruite mais vide."
Le visage noirci par la fumée, des cheveux bruns ébouriffés et surtout des yeux furieux qui la fixaient.
"Ted ? s'exclama-t-elle."
Audra avait failli ne pas le reconnaître tant son apparence tranchait avec l'image propre et soignée qu'elle avait de son ami.
"Qu'est-ce que tu fais ici ? Répéta-t-il.
- Je suis venue voir, je devais...
- Tu dois partir. Tout de suite, la coupa-t-il."
Evans fronça les sourcils : Ted n'avait jamais été de ces journalistes qui rédigeaient ses articles, enfermés dans son bureau. Il était de ceux qui enquêtaient, ceux qui n'hésitaient pas à frayer avec la foule pour obtenir ses informations et c'était précisément ce qui les avait rapprochés. Sans être ouvertement contestataire, son journal n'en était pas moins distant du régime.
"Pourquoi est-ce que...
- Tu n'étais pas là hier soir, l'interrompit-il avec le même ton urgent. Tu ne sais pas ce qui s'est passé.
- Non, c'est bien pour cette raison que je suis ici aujourd'hui. Je devais...
- Ce n'étaient pas juste des combats, Audra, souffla le journaliste. C'était un massacre en règle. Ils n'ont eu aucune pitié, ils n'ont même pas essayé. L'armée est venue et a décidé de mettre fin à ces protestations quitte à raser ce quartier.
- Je sais..."
Les dégâts ne laissaient aucune place au doute. Les militaires avaient fait démonstration de leur force sans aucune retenue et le décompte des morts était effroyable.
"Non, tu ne sais pas, insista Ted, une lueur folle brillant à présent dans ses yeux. Ils ont tiré de chez eux tous les civils, sans aucune distinction. Combattants ou non, femmes, enfants et vieillards. Ils ont abattu toutes ces personnes sans distinction et pire encore, ils semblaient chercher des personnes en particulier.
- Les chefs de la rébellion.
- Eux et les journalistes. Ils nous tiennent pour responsables de ce soulèvement."
Le regard de son ami semblait accusateur et Audra se raidit malgré elle. Elle avait fait tout ce qu'elle avait pu, avait lutté pour les civils, pour leurs droits. Ted ne pouvait pas lui reprocher d'avoir échoué. Elle n'était pas responsable de tous ces morts.
"Tu étais là, la nuit dernière, finit-elle par souffler. Que t'est-il arrivé ?
- J'ai réussi à m'échapper, de justesse." Sa voix trembla légèrement et le regard de Ted se fit d'autant plus dur. "J'ai passé toute la nuit à courir.
- Et tu vas quitter Centrale, devina-t-elle.
- Tu devrais faire de même.
- Je ne peux pas.
- Toi plus que quiconque, tu devrais partir, insista-t-il.
- De quoi est-ce que tu parles ?"
Elle avait un accès direct au généralissime, la chance de pouvoir ne serait-ce qu'apporter son point de vue à l'état-major et essayer de faire peser la balance en sa faveur. Et Remington ne lui était pas hostile, bien au contraire. Mais Ted n'était pas de cet avis.
"Tu es une journaliste. Peu importe que tu aies tes accès au bureau présidentiel, tu restes une journaliste. Et le président en place ne pourra pas toujours te protéger. A supposer qu'il le fasse maintenant"
Audra aurait voulu protester mais la preuve était bien que Ted avait réussi à l'entraîner contre sa volonté dans cette ruelle, au nez et à la barbe des soldats, trop occupés à l'ignorer. Si les rebelles décidaient de s'en prendre à elle, aucun militaire ne lèverait le petit doigt pour la protéger.
"Combien de temps crois-tu qu'il ne leur faille pour se retourner contre toi ? Tu as convaincu Mustang de ne pas réprimer les journaux, je me trompe ? et tu as sans doute essayé de convaincre Remington de ne pas recourir à la force.
- Ce n'est pas...
- Dès qu'ils en auront fini avec nous, Audra, ce sera ton tour, la coupa Ted d'une voix ferme. Fuis tant que tu le peux encore."
Mustang et son équipe ne furent de retour à la planque du district Sud qu'au petit matin. Et face au calme apparent de la maison, les soldats ralentirent inconsciemment leur rythme, sur leur garde malgré la fatigue. Mais la porte d'entrée s'ouvrit dans un geste ample, dévoilant un Breda visiblement épuisé.
"Colt vous a vus approcher.
- Tout va bien ? demanda Mustang."
L'ancien major s'écarta pour les laisser entrer avant de répondre : "Une éraflure, pour Broche. Rien de significatif. Il s'en remettra."
Ce n'étaient que des blessures mineures, mais elles commençaient à s'accumuler. La cuisse de Breda, Broche maintenant. Les hommes ne s'en plaignaient probablement pas, mais ces blessures ne seraient pas sans conséquences à court terme.
"J'en déduis que la maison n'était pas vide à votre arrivée."
Breda les mena jusqu'à quelques tabourets sur lesquels les soldats s'affalèrent sans grâce ni discipline et commencèrent à se servir dans le petit stock de rations amassées dans un coin.
"Six soldats. Faction ou Selim, impossible à dire.
- Qu'en avez-vous fait ?
- Nous les avons tués, répondit le roux avec détachement."
Dans une autre vie, une autre vie qui semblait à présent si lointaine qu'elle en devenait irréelle, jamais Breda ne se serait comporté de cette manière. Il aurait donné pour consigne à ses hommes de ne surtout pas tuer leur adversaire, de privilégier les blessures pour retarder, incapaciter si possible et jamais il n'aurait évoqué ces morts avec autant de désinvolture. Mais cette vie-là était partie en fumée sur un bûcher.
"Tous ?
- Presque. Deux ont survécu.
- Et qu'est-ce que vous en avez fait ? demanda Smith, surpris. Ne me dis pas qu'ils sont quelque part dans la maison. On a pas vraiment...
- Alphonse a refusé de les exécuter et s'est débrouillé pour se débarrasser d'eux sans qu'ils ne posent problème par la suite. Fuery est parti avec lui pour s'en assurer."
Le soldat blond semblait dubitatif et tourna la tête vers Mustang qui se contenta de hausser les épaules. S'ils étaient certains que cette décision ne se retourneraient pas contre eux, pourquoi pas. Ils avaient d'autres chats à fouetter.
"Les travaux ? demanda Mustang."
C'était en cours. L'équipe avait commencé par trier ce qui se trouvait dans la maison pour ne garder que l'utile et l'intéressant - soit pas grand-chose - reconstituer les stocks et mettre en place les tours de garde, avant que Breda n'ordonne aux autres un repos bien mérité. Le soldat roux lui-même ne tenait debout uniquement par pure volonté et Mustang sentait sa propre fatigue embrumer son esprit.
"Gardes au minimum. Nous nous reposons en priorité et cela vaut aussi pour toi, déclara-t-il."
Breda acquiesça puis désigna Mary Bradley d'un signe de tête.
"Et elle ?"
Jusqu'à présent, la veuve s'était faite discrète, se contentant d'observer silencieusement les soldats. Mais à présent, les regards peu amènes des soldats étaient braqués sur elle et celle-ci se tendit.
Le retour vers le district Sud s'était fait dans le silence. Après les horreurs qu'ils avaient pu voir, les habitants décharnés qu'ils avaient laissés derrière eux, Mustang n'avait pas eu la moindre envie de discuter avec Mme Bradley, ne serait-ce que pour essayer de comprendre ce dont elle se souvenait. Et à vrai dire, il n'avait aucune envie de regarder cette femme dans les yeux. Pas après ce que Selim leur avait fait à tous. Personne d'autre n'avait tenté d'initier la conversation avec l'ancienne première dame non plus alors Mustang n'avait aucune idée de ce qu'elle savait ou même si elle était capable de tenir une discussion. Toutefois l'expression de Mary face à Breda laissait entendre que son visage ne lui était pas tout à fait inconnu.
"Mme Bradley a accepté de nous suivre pour... mieux comprendre la situation, expliqua Mustang. Son fils l'a à peine mieux traitée que Marcoh et elle ne se souvient presque de rien. A peine de son nom.
- Une belle preuve d'amour filial, commenta Breda d'un ton acide."
Le soldat ne semblait pas éprouver la moindre once de pitié pour la veuve. Au contraire, son regard la jugeait sévèrement. Mais Mme Bradley ne se laissa pas intimider.
"Je sais. Je sais que j'ai probablement fait quelque chose de terrible, étant donné la manière dont vous me traitez. Sans doute moins que ce que mon fils vous a fait. Mais je ne me souviens de rien et si ce que vous m'avez dit est vrai, rajouta-t-elle en se tournant vers Mustang, alors je n'ai pas non plus eu mon mot à dire, dernièrement.
- Cela ne fait pas de vous une victime innocente pour autant, fit remarquer Smith, d'un ton pragmatique.
- Non, mais je n'en reste pas moins une victime."
Et elle avait sans doute raison. La veuve avait sans doute agi de façon désespérée, sans se rendre compte des réels enjeux de la situation. Elle avait agi pour protéger son fils, le seul vestige de sa vie d'autrefois, et la situation s'était retournée contre elle de la pire des manières. Mais Mustang n'y arrivait pas. Il ne trouvait aucune compassion en lui, aucune pitié. Simplement du vide.
"Peu importe, trancha-t-il avec lassitude. Nous sommes ici pour régler cette affaire et en finir une bonne fois pour toute avec votre fils. Vous voulez avoir vos réponses, vous les aurez. Vous pouvez circuler dans cette maison, mais ne nous gênez pas. Ne vous mettez pas en travers de notre chemin."
Ce qu'elle risquait dans le cas contraire n'avait pas besoin d'être énoncé à haute voix. Elle se trouvait dans une maison pleine de soldats hostiles et elle n'avait aucun intérêt à se faire remarquer.
Le visage blême, la veuve hocha la tête.
"Ross vous trouvera un endroit où vous reposer."
La soldate était encore celle qui semblait avoir le plus d'empathie avec l'ancienne première dame et elle acquiesça sans un mot avant de l'entraîner à sa suite. Smith se leva et s'étira.
"Une victime, hein ? demanda-t-il. Alors parce qu'elle a été enfermée quelque part, cela efface tout ? Les mensonges ? les morts qui s'en sont suivies et celles qui restent à venir ?
- Est-ce que cela a encore de l'importance au point où nous sommes ? rétorqua Mustang. Elle est venue, nous continuons avec le plan. C'est tout ce qui compte.
- Etant donné que Panaya est morte, que cette jeune fille de quoi ? même pas vingt ans a été retrouvée à ses côtés, je dirais que ça compte, oui, insista Smith. Que comptez-vous faire d'elle après tout cela ? La rendre à la police ?
- Smith"
Breda le rappela à l'ordre d'une voix sèche. Mais Mustang se contenta de hausser les épaules.
"Si nous parvenons à nos fins, elle aura tout perdu. Peu importe ce qu'elle devient après cela."
Les dégâts, le nombre de blessés et de morts lui faisaient tourner la tête.
Mille trois cent soixante-huit morts, une cinquantaine de blessés.
Tant de destruction en une seule nuit. Et les alchimistes d'état n'avaient même pas été déployés.
Remington hocha la tête d'un air impassible face au colonel Wickham qui poursuivait son compte-rendu. L'officier avait l'air fier. Il avait l'expression de l'homme satisfait face au travail bien fait et quelque part, Remington se demanda : avait-il conscience des vies écourtées derrière ces chiffres ? des foyers, des souvenirs réduits à l'état de poussière ? La nausée montait rapidement en lui et il lui fallut toute sa rigueur pour ne pas le montrer. Le généralissime ne pouvait pas se permettre d'être malade face à ses hommes. Surtout pas face à des pierres noircies par les flammes.
Néanmoins, Remington se débrouilla pour écourter la visite autant que possible. Il devait trouver un moyen d'arrêter toute cette folie, peu importe la manière.
"Nous rentrons au quartier général, annonça-t-il à sa garde qui se contenta d'acquiescer.
- C'était un honneur, monsieur le président, salua une dernière fois le colonel Wickham."
Remington se contenta d'hocher la tête sans un mot, une fois de plus. Il se retourna pour faire signe à Evans de le suivre mais s'aperçut avec mécontentement que la journaliste avait une fois de plus disparu.
"Où est passée cette satanée femme ? maugréa-t-il"
En plein champ de bataille, elle n'avait rien trouvé de mieux à faire que de s'éclipser dans son dos, sans indiquer où elle se rendait. Néanmoins son absence ne semblait affecter personne d'autre que lui et sa garde l'entraîna rapidement vers les véhicules de fonction qui ne firent rien pour arranger sa nausée.
Le Quartier Général était toujours occupé à traiter les événements de la veille sans sembler plus affecté que cela par le massacre qui avait eu lieu la veille. Remington avait l'impression d'avoir été parachuté dans un univers parallèle, de nager en plein délire. Les couloirs fourmillaient de secrétaires et d'assistants affairés, tous, les bras chargés de rapports à remettre au plus vite. Le nombre de morts, le nombre de blessés, le nombre de combattants à remplacer au front et toute la paperasse que cela impliquait. Au détour de certains couloirs, des sous-officiers reportaient à leurs supérieurs mais leurs attitudes baignaient dans une normalité incongrue. Comme si personne ne s'était rendu compte des vies qui correspondaient à ces chiffres. Aucun regard choqué, aucun visage blême. Personne ne semblait avoir pris la mesure de ce qui s'était passé. Et au milieu de toute cette effervescence, Remington passa presque inaperçu.
Avec un soulagement tout relatif, le colonel claqua la porte de son bureau provisoire derrière lui.
Les nausées ne s'étaient pas calmées. Il y avait toujours cette sensation de malaise, cette certitude tout au fond de lui que cette situation n'était pas normale et pire, que ce n'était pas la première fois. Cela n'avait pourtant aucun sens.
Remington attrapa une bouteille d'eau et inspira lentement pour remettre de l'ordre dans ses idées.
Il ne se sentait pas mal à cause de cette petite excursion. Qu'importe le nombre de pertes, Remington n'était pas sensible au sang et à la mort, sans quoi sa carrière dans l'armée aurait été plus que compromise. Il savait que son malaise n'était pas lié à cette visite au front. Non, sa nausée était là depuis bien plus longtemps. Depuis son réveil à l'infirmerie, réalisa-t-il brusquement. Discrète, mais bien présente.
Il avala une gorgée d'eau et tenta de calmer son estomac.
Très bien, il avait le cœur au bord des lèvres depuis l'attaque. Et qu'en était-il de cette sensation de déjà-vu ? Quand l'avait-il éprouvée pour la première fois ?
Il lui fallut un instant de réflexion, puis la réponse lui vint : depuis l'explosion de son bureau. Remington se souvenait précisément de ce moment à l'infirmerie lorsque cette conviction l'avait saisi. Mais le médecin l'avait prévenu des conséquences de sa commotion : nausées, troubles de la mémoire, sensation d'égarement... En somme tout ce que le soldat ressentait depuis son réveil. Ses symptômes n'avaient rien d'étonnant mais il ne s'expliquait pas cette sensation de déjà-vu. Et pourquoi celle-ci s'était-elle à nouveau manifestée sur le champ de bataille ? Quel pouvait être le lien entre ces deux situations ?
Il s'assit à son bureau, tentant de déchiffrer ce maelström d'émotions dissonantes. L'impression de déjà-vu s'était manifestée dès son réveil à l'infirmerie mais le malaise et l'effroi n'étaient apparus que lors de sa conversation avec Evans, lorsque celle-ci lui avait rappelé son précédent bureau, également détruit dans une explosion de gaz. Et à nouveau, son estomac sembla brusquement remonter dans sa gorge.
Comment ses deux bureaux avaient-ils pu être successivement détruits ? Dans un accident de gaz à chaque fois, de surcroît ? La coïncidence était trop belle et impossible. Le Quartier Général était sûr. Il avait été construit pour résister à des attaques. Et pourtant.
La nausée se faisait de plus en plus forte et à cela se rajoutaient les vertiges. Remington serra le rebord de la table jusqu'à en faire blanchir ses jointures.
Que s'était-il passé avant qu'il ne se retrouve dans ce satané bureau ce jour-là ? Les heures, les journées entières même, lui glissaient entre les doigts. La semaine même semblait si lointaine et si brumeuse qu'il n'était plus certain de savoir ce qu'il avait fait ces derniers jours. Et cela, il en était sûr, ne pouvait pas être normal. Un choc à la tête ne pouvait pas expliquer une perte de mémoire aussi longue. Quel était le dernier souvenir dont il se souvenait ?
Par précaution, Remington rapprocha la corbeille et mit sa tête entre les genoux. Il se sentait malade comme il ne l'avait jamais été. Malade, comme si tout son corps entier ne lui appartenait plus et voulait se rebeller. Et cela également lui semblait étrangement familier. Ce n'était pas la première fois qu'il était au bord de la nausée dans son bureau.
Malgré les haut-le-cœur de plus en plus poignants, Remington se força à se concentrer.
Quel était le dernier souvenir encore clair dans son esprit ? Que faisait-il dans son ancien bureau avant que celui-ci n'explose ?
Une image fugitive passa derrière ses paupières closes. La silhouette devant la fenêtre. Une fraction de seconde avant qu'il ne fasse feu.
Les images étaient floues, terriblement brumeuses mais Remington se concentra. Quelle silhouette ? Qui avait-il vu dans l'obscurité de son bureau ?
L'effroi le submergea.
Un enfant. Pas plus haut que trois pommes.
Il se souvenait à présent.
C'était comme tomber d'une falaise. Déraper et glisser du haut d'un bâtiment.
Remington ne savait plus s'il vomissait le contenu de son estomac, s'il faisait un malaise ou une attaque. Les souvenirs semblaient revenir d'un coup. En masse et brutalement. Comme si soudainement son esprit avait retrouvé, rangés dans un coin, les enregistrements de la dernière semaine et décidait de tout visionner en même temps.
L'attaque, Knox, et ce piège devant la cabine téléphonique.
Le secret de Bradley, le complot et les humains artificiels.
Cette fois, il fut définitivement malade et ne s'en rendit compte qu'en s'entendant vomir.
Lorsque sa vue s'éclaircit, Remington était couvert de sueur de froide et tremblait.
Il s'était déjà souvenu une fois et se souvenait à nouveau. Selim Bradley, avait réussi à le piéger une seconde fois et l'homonculus ne se trouvait probablement pas très loin du Quartier Général, prêt à réaliser sa visite quotidienne, pour s'assurer que Remington ne s'opposerait pas à lui une seconde fois.
Le soldat se releva ses jambes, tremblant malgré lui. Il devait fuir.
Leurs chemins se croisèrent dans la cuisine.
Alphonse avait entendu l'autre équipe rentrer, dans son demi-sommeil, et se doutait bien qu'il serait confronté à Mme Bradley à un moment ou à un autre. La veuve n'était pas enfermée dans la maison et même si elle se cantonna à la chambre indiquée par Ross pendant la majeure partie de la journée, il ne pouvait pas l'éviter éternellement. Alors fatalement, elle apparut dans son dos tandis qu'il se ravitaillait.
Il l'entendit avant de la voir - ses pas timides et hésitants sur le parquet du couloir - et pendant un moment, Alphonse fit mine de ne pas l'avoir remarquée. Il attrapa une bouteille d'eau, une barre de ration militaire et se dirigea vers l'autre sortie de la pièce, bien décidé à l'ignorer. Mais sa voix étrangement pleine d'espoir l'arrêta.
"Je te connais !"
Smith les avait rapidement mis au courant : Selim avait presque réussi à effacer la totalité de la mémoire de sa mère et celle-ci n'était qu'à moitié présente, son esprit s'égarant parfois au milieu d'une phrase. Mme Bradley n'était pas en état de les reconnaître. Elle ne savait plus qui étaient Mustang et Breda, même si leurs visages ne lui étaient pas totalement inconnus. En tout cas, personne ne s'était réellement donné la peine de la sonder pour comprendre ce que l'ancienne première dame savait très exactement. Mais visiblement, la silhouette, même de dos, d'Alphonse lui était familière.
"J'ai ton nom sur le bout de la langue. Je n'arrive juste pas à...
- Alphonse Elric."
Sa voix était froide, plus dure qu'il ne l'aurait voulu et Alphonse ne la reconnut pas. Mary semblait tout aussi surprise par son ton.
"Toi aussi, tu me détestes ? demanda-t-elle prudemment."
Alphonse resta silencieux.
Lui en voulait-il ? Certainement. Mais la détestait-il ? Il ne savait pas. Elle était venue le trouver trop tôt, bien avant qu'il n'ait pu faire le point sur ce qu'il ressentait. Pour l'instant, il était simplement incapable de se tourner vers elle et encore moins de la regarder dans les yeux.
Mme Bradley prit son silence pour de l'interrogation et expliqua : "Je n'ai presque aucun souvenir. Je n'ai que des bribes ou des échos et je ne me souvenais même pas de mon nom jusqu'à ce qu'un des soldats me le dise. Alors je n'ai pas d'autre choix que de demander. Est-ce que tu me détestes ?"
Lentement, l'adolescent pivota sur lui-même, les mains crispées autour de ses rations.
Mary Bradley n'était pas désolée. Son visage ne montrait pas le moindre signe de remords ou d'hésitation. Elle semblait au contraire attendre sa réponse avec calme et détermination et c'était bien plus que ce qu'il pouvait supporter. Alphonse détourna les yeux.
Il avait essayé de se raisonner, plusieurs fois, de se dire que Mme Bradley n'était pas coupable des agissements de son fils. Mais constamment les mêmes questions revenaient. Pourquoi avait-il fallu qu'elle veuille protéger son fils à tout prix ? pourquoi avait-il fallu qu'elle mente à tout le monde ?
"Vous nous avez appelés, répondit-il d'une voix qu'il reconnaissait à peine. Vous nous avez fait revenir à Centrale et vous nous avez entraînés dans cette histoire. Vous avez menti à tout le monde pour protéger votre fils et beaucoup de personnes sont mortes à cause de vous. Winry est morte. Panaya et Hawkeye sont mortes. Et mon frère se trouve dans un état pire que la mort. "
A chacun de ses mots, le visage de Mme Bradley se décomposait mais Alphonse ne pouvait pas s'arrêter.
Il avait fait tout son possible pour essayer de ne pas lui en vouloir, parce que ce n'était pas le genre de personne qu'il était. Et il savait que Mary était tout aussi responsable des agissements de Selim que Mustang qui les avait enfermés chez eux, les avait contraints à se cacher. Mais Mustang avait autant souffert que lui. Il avait vu sa meilleure amie et sans doute la femme de sa vie, s'il en croyait les autres, brûler vive sur un bûcher. Alphonse avait assisté à toute la scène. Il avait entendu les hurlements, senti l'odeur insoutenable et vu le corps calciné du colonel. Il avait découvert le corps sans vie de son amie d'enfance et devait affronter tous les jours le regard vide de son frère. Ce n'était pas le genre de choses qui s'oubliait ou se pardonnait facilement.
"Tout ça pour quoi, Mme Bradley ? Pour quoi au final ? Où se trouve votre fils, à présent ?"
Cela n'avait aucun sens, aucune logique. Ils avaient tous souffert de ses décisions et de ses mensonges. Mais elle, quelle perte avait-elle à déplorer ?
L'ancienne première dame le regardait, horrifié, sans savoir quoi répondre. Elle ouvrait et fermait la bouche sans réussir à dire quoi que ce soit. Probablement parce qu'il n'y avait rien à ajouter.
Honteux de sa propre réaction, Alphonse secoua la tête et lui tourna le dos pour découvrir Colt qui attendait dans le couloir. La soldate avait vraisemblablement entendu leur conversation, ou tout du moins la fin. L'adolescent serra les dents, prêt à affronter sa désapprobation, mais à son grand soulagement, elle s'abstint de tout commentaire. Son visage était impassible, sans aucune trace d'émotion qui aurait pu trahir sa pensée.
"Mustang et Breda veulent qu'on se réunisse dans le séjour, indiqua-t-elle simplement"
L'adolescent hocha la tête et se dirigea vers la pièce principale, à peine conscient du fait que Mme Bradley leur emboîtait le pas.
Mustang et Breda affichaient des mines affreuses. Des cernes noirs sous leurs yeux rougis par la fatigue. Le teint plus pâle que jamais. Mais ce fut d'une voix calme que le Flame Alchemist prit la parole.
"Je serai bref car je sais que tout le monde est épuisé. Nous avons pu retrouver Mme Bradley et la ramener ici, avec son consentement."
L'ensemble des regards se portèrent sur la veuve qui fit de son mieux pour ne pas flancher sous le poids de la désapprobation.
"Selim l'avait effectivement laissée sous la surveillance du professeur Ploetz. Au cours de l'opération, nous avons découvert que Selim avait donné l'ordre à l'ensemble des habitants du quartier de tuer tous les intrus pénétrant dans la résidence, au péril de leur propre vie.
- En clair, cela veut dire que c'était à peine plus que des cadavres ambulants, incapables de se nourrir, précisa Smith d'une voix sombre.
- Merci, Smith, reprit Mustang comme si le soldat n'était pas intervenu par pur dégoût mais par souci du détail. Le docteur Marcoh faisait également partie des victimes. Et au cours de notre intervention, le docteur nous a demandé... de mettre fin à ses jours.
- Quoi ? l'interrompit Alphonse. Comment ça, il vous l'a demandé ?"
Ce récit lui rappelait beaucoup trop Winry pour qu'il ne réagisse pas.
"Il a brièvement repris conscience et nous a demandé de l'exécuter.
- Mais s'il était conscient, pourquoi...
- Pas sur une longue durée. Marcoh n'a pas cessé de nous attaquer et il n'a repris le contrôle de lui-même qu'une seconde à peine ?"
Breda confirma d'un signe de tête.
"Le temps de nous demander de le tuer. Après ça, il a de nouveau essayé de s'en prendre à nous. Les ordres de Selim étaient tout simplement trop puissants pour qu'il ne parvienne à s'y opposer."
L'adolescent secoua la tête. Encore une victime de l'homonculus. Encore une personne qui n'aurait jamais dû perdre sa vie. Du moins pas comme ça.
Plusieurs regards peu amènes se dirigèrent vers l'ancienne première dame qui semblait à présent être prise dans la glace. Les lèvres serrées, la posture raide comme si elle n'était plus faite que de pierre.
"Nous avons également exécuté le professeur Ploetz. A moins que Selim ne rende visite à sa mère, il ne devrait pas être au courant immédiatement de sa disparition et même encore, il ne saura pas où chercher. Néanmoins, notre intervention dans cette affaire reste évidente, étant donné la façon dont les habitants ont été immobilisés.
- N'y avait-il pas possibilité de rendre votre implication plus discrète ? demanda Colt toujours aussi impassible.
- Pas si nous comptions nous échapper en vie de cette résidence."
La soldate hocha la tête. La situation n'était pas idéale mais pour le moment, le plan tenait toujours.
"Vous savez tous ce que vous avez à faire, reprit Breda. Alphonse, le sous-sol. Mustang s'occupera des extérieurs, avant de venir t'aider. Ross, Broche, Fuery et moi, nous nous occupons du ravitaillement. Les autres, vous vous occupez de sécuriser cette maison.
- Et ensuite, nous attendons ?
- Ensuite, nous attendons, confirma Mustang."
"Colonel Remington ? Colonel Remington ! Attendez-moi !"
Bien sûr que c'était elle. Il s'agissait forcément d'elle, au pire moment.
Les couloirs du Quartier général étaient bondés, fourmillant d'une activité que seul un massacre pouvait justifier. Mais même à travers cette foule affairée, la journaliste l'avait repéré et elle jouait à présent des coudes pour le rejoindre. Remington soupira et l'attrapa par le bras pour l'entraîner plus loin, avant qu'elle ne se remette à crier son nom.
"Où étiez-vous passée ? grommela-t-il.
- Je visitais le site, rétorqua Evans sans se démonter. Et où allez-vous comme ça ?
- Moins fort.
- Pardon ?
- Faites moins de bruit, soupira le soldat."
Une secrétaire les regarda passer et haussa un sourcil en le voyant presque traîner la jeune femme derrière lui. Pour le moment, Remington avait réussi à fausser compagnie à sa garde rapprochée mais l'inconvénient d'être président, même par intérim, était de ne passer inaperçu nulle part. Avisant un bureau vide, il la poussa dedans et verrouilla après lui.
"Mais qu'est-ce que vous faites ? s'exclama Audra .
- Le Quartier général n'est pas sûr.
- Sûr de ?
- Nous ne sommes pas en sécurité ici, précisa Remington avec agacement.
- Par rapport à quoi ?"
Il soupira. Par où commencer ? L'ancienne journaliste avait été victime de Selim Bradley au même titre que lui et Remington n'avait aucune idée de la façon dont procéder. Il tira une chaise et la lui désigna. Cela risquait d'être long.
"Vous rappelez-vous du docteur Knox ?
- Y avait-il quelque chose en particulier dont j'aurais dû me souvenir ? demanda-t-elle, perplexe.
- Nous sommes allés lui rendre visite, vous et moi.
- Vraiment ?"
Evans avait repris ce ton dubitatif mais prudent qui lui donnait l'impression d'être un illuminé. Mais Remington devait reconnaître que si la journaliste lui avait tenu ce discours, il lui aurait probablement recommandé d'aller consulter un médecin.
"Il y a trois nuits de cela, expliqua-t-il avait toute la patience dont il était capable. Nous sommes allés chez lui, après l'attaque de mon bureau.
- L'attaque ? Votre bureau s'est effondré en raison d'une conduite de gaz, il n'a pas été...
- Je ne parle pas du bureau présidentiel, l'interrompit-il avec impatience. Mon ancien bureau. Il a été attaqué. Vous étiez présente. Northrop aussi. Et après cela, nous sommes allés rendre visite à Knox en compagnie de Reynes et un autre officier.
- Je... Je ne me souviens pas, répondit Audra avec hésitation."
L'inquiétude était visible dans son regard et au vu des coups d'œil fréquents qu'elle jetait à ses sutures à l'arcade sourcilière, la jeune femme se demandait visiblement si sa blessure à la tête n'était pas à blâmer.
"Vous ne vous en souvenez pas, car Selim Bradley a effacé notre mémoire.
- Selim Bradley, le fils décédé de King Bradley ?
- Hé bien il s'avère qu'il n'était pas aussi mort que prévu.
- "Pas aussi mort que prévu" ? répéta lentement Evans. Et que voulez-vous dire par "il a effacé notre mémoire" ? Vous vous rendez compte que tout ceci n'a aucun sens, colonel Remington ?"
Oui, il le savait. S'il n'avait pas de lui-même recouvré la mémoire, Remington aurait sans doute éconduit sans grande délicatesse son interlocuteur.
Il soupira à nouveau. Le problème était qu'il ne savait pas comment il avait pu retrouver ses souvenirs. Peut-être parce que ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait ? Les souvenirs avaient été difficiles à convoquer mais il y était parvenu. Mais rien de ce qu'il disait maintenant ne semblaient avoir aucun impact sur elle. Pas de nausées, pas de vertiges. Il aurait pu lui parler Xinois que cela n'aurait pas plus d'effet. Et ils n'avaient pas le temps. Des témoins les avaient vus ensemble dans cette aile. Sa garde rapprochée ne tarderait pas à retrouver sa trace et le colonel n'avait aucune envie de les voir débarquer.
"Essayez de vous souvenir, insista-t-il. Toutes ces journées qui vous semblent floues, qui vous donnent l'impression de passer trop vite. Tout ceci n'est pas normal. Quelqu'un joue avec votre mémoire."
Evans soupira.
"Colonel, est-ce que tout va bien ? Je suis inquiète pour vous.
- Non, tout ne va pas bien. Essayez de vous souvenir. Essayez.
- Je ne comprends pas ce que vous attendez de moi, admit la jeune femme."
Une partie de lui était tentée de la laisser dans cet état. Même si elle savait, que pouvait faire la journaliste ? Elle n'avait rien à faire dans ces luttes. Le mieux restait encore de la renvoyer chez elle en sécurité, mais la connaissant elle refuserait probablement. Elle resterait au Quartier Général pour tenter de changer le cours des choses. Et que risquait-elle ? Pas grand-chose.
Toutefois quelque chose l'en empêchait. Remington ne pouvait pas la laisser entre les mains de cet homonculus.
"Knox nous a parlé des tentatives de Bradley, reprit-il de sa voix la plus calme. Le gouvernement précédent a tenté de créer des homonculus. Des êtres humains artificiels.
- Des quoi ?
- Des homonculus. Leur but était de régner sur ce pays. D'en sacrifier tous les habitants."
Pour la première fois, une ombre passa dans le regard de la jeune femme.
"Sacrifier tous les habitants.
- Nous tuer tous pour créer une pierre philosophale.
- Mais comment...
- Le tunnel sous nos pieds. Celui évoqué dans l'article." Mais Evans semblait avoir oublié tout souvenir de cette révélation. "Mustang et les frères Elric ont empêché Bradley de tous nous sacrifier, mais le but de l'ancien gouvernement était de se servir de l'ensemble des habitants de ce pays pour devenir des êtres humains artificiels. Atteindre l'immortalité.
- J'ai besoin d'un instant, soupira Audra en secouant la tête."
La journaliste était passé d'un scepticisme inquiet à une incertitude soucieuse, se grattant le front d'une main. Et c'était un bon signe.
"L'ancien président Bradley n'était pas humain, poursuivit Remington. Et son fils adoptif nous plus. Et celui-ci a décidé de se venger. C'est lui qui m'a attaqué dans mon bureau.
- Il vous a attaqué dans votre bureau ?
- Souvenez-vous, vous étiez présente. Une silhouette minuscule, pas plus haute que trois pommes. J'ai fait feu sur lui. Et s'il avait été humain, il serait mort. Mais Selim Bradley est un homonculus. Il est capable de manipuler les ombres et il s'en est sorti. Il est capable de se faire obéir de n'importe qui et il s'en est servi pour effacer notre mémoire. Et vraisemblablement, il est décidé à raser ce pays."
La sueur commençait à perler sur le front pâle de la jeune femme et Remington y vit un signe encourageant : elle commençait à se souvenir. Ils étaient sur la bonne voie, mais malheureusement, le temps pressait.
"Vous devez me faire confiance et me suivre. Le Quartier Général n'est plus un lieu sûr pour nous.
- Un enfant vous a attaqué dans votre bureau, répéta lentement Evans.
- Oui et c'est pour cette raison que nous devons partir. Maintenant.
- Vous avez fait feu sur un enfant et il a survécu."
La journaliste était visiblement sous le choc. La tête au niveau des genoux, elle répétait en boucle les dernières informations qu'il venait de lui donner d'une voix distance et presque décharnée, comme si son esprit se trouvait à des kilomètres de là. Remington retint un grognement de frustration. Sa garde ne tarderait pas à s'apercevoir de son absence et se lancer à sa recherche. S'ils devaient quitter le Quartier Général, ils devaient partir, maintenant. Mais il pouvait difficilement soulever Evans et l'emmener contre son gré.
"Evans, vous devez vous ressaisir. Nous devons partir maintenant.
- L'armée n'est plus sûre.
- Non.
- Bradley a essayé de tous nous tuer.
- Oui. Nous devons quitter les lieux le plus vite possible."
A sa plus grande frustration, la jeune femme resta silencieuse un instant, comme si elle ne l'avait pas entendu, avant de finalement relever la tête, le visage luisant de sueur.
"Pour aller où ?"
A suivre...
J'espère que ce n'est pas trop compliqué de suivre l'intrigue après un arrêt aussi long ^^;
La situation se calme un peu pour Mustang et les soldats. J'ai beaucoup aimé écrire ces scènes car elles montrent à quel point le conflit les a changés, que ce soit les soldats ou Alphonse, et pas de façon positive comme cela a pu être dans le manga (quoi, comment ça, c'est déprimant ?). En tout cas, j'espère que Remington qui recouvre à nouveau la mémoire n'a pas été trop redondant et lourd à lire. Promis, plus d'actions dans la suite. Et comme toujours, n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire (si tant est que vous me lisez toujours ;A;)
