Scorpius,

Quand tu n'es pas dans les magazines, tu es encore présent dans mes rêves. Et c'est fatigant. Á croire que mon cerveau refuse de t'oublier…ou alors il fait exprès de me tourmenter pour me faire souffrir le plus longtemps possible.

Deviendras-tu comme ses anciens coups de cœur d'adolescence que j'ai peiné à oublier ? Un an, deux, quatre et parfois encore, à y repenser, lasse, à n'avoir jamais pu y mettre un dernier mot ou tout savoir ? C'est peut-être pour ça que j'y pense encore : parce que rien n'a été réglé. Mais te contacter est au-dessus de mes forces et il est fort probable que si le hasard nous faisait rencontrer à nouveau, je n'aurais aucun courage pour te faire face. Et le problème reste toujours le même, comme évoqué dans mes autres lettres : je ne peux plus faire confiance au moindre mot qu'il sort de ta bouche. Parce que tu n'as jamais été honnête avec moi, même quand je me mettais à nu.

Dans mon rêve, je rencontrais ta fiancée dans mon propre jardin. Que faisiez-vous dans le coin, aucune idée. Toujours est-il que cette femme-là, n'avait rien à voir avec celle dépeinte dans les journées. Elle était petite, blonde, les cheveux aux épaules avec un profond décolleté. Et elle était adorable, si à l'écoute. Je lui confiais tout ce que je ressentais, ces non-sens que j'éprouve envers toi, ma peine, ma colère…et elle comprenait. Elle me disait même que, même toi, tu avais du mal à m'oublier, tu te rends compte ? Et Rose dans tout ça, la principale concernée, visiblement mon rêve n'a pas voulu s'y attarder. Je me suis réveillée au moment où cette femme allait expliquer comment tu te sentais depuis ces évènements, comme si mon cerveau ne pouvait même pas imaginer une vraie justification suffisamment crédible pour apparaître dans un rêve.

Á chaque songe déstabilisant, c'est la même chose : se convaincre que ce n'est pas réel. Que la vie n'est pas comme ça. Que les choses ne sont pas aussi simples. Et que cette situation n'a aucune chance de se réaliser. Et on continue. Boulot, cheminée, dodo.

J'ai osé à en parler à Hugo de tout ce que je ressentais. Mon compagnon, je n'ose pas et Rose mérite d'avoir la paix avec ça. Étrangement, il ne m'a pas jugé, il m'a écouté, jusqu'au bout. Il n'a pas cherché à me placer en victime, cela aurait été un mensonge, mais je n'étais pas la plus grande coupable à ses yeux. Il m'a dit une phrase, lors de notre repas de rencontre, qui me marque encore aujourd'hui :

« -En fait le plus long, ce ne sera pas que tu oublies ce qui s'est passé, je ne pense pas que ce soit possible, du moins tu ne pourras jamais faire comme si rien ne s'était passé bien que tu peux ne plus y penser. Ce ne sera pas non plus que tu lui pardonnes, car rien ne t'y oblige, ni que tu oublies tes sentiments, car ça finira par passer, je te connais et là tu es heureuse en couple. Non, le plus long, ce sera de te pardonner toi. »

Car c'est peut-être pour ça que deux ans et demi plus tard, je ne passe pas à autre chose. Et pourquoi la colère est toujours là. Car tant que Rose existera dans ma vie, je m'en voudrais d'une manière ou d'une autre, car elle a été meurtrie à cause de moi. Tant qu'Albus, Hugo, James et tous les autres, témoins malheureux de cette histoire seront autour de moi, je me verrai toujours comme celle qui a tout gâché dans notre lien entre cousins. Ils sont impossibles à rejeter car c'est ma famille et que serais-je sans eux ?

Il m'est arrivé de vouloir que tous, toute ma famille, m'engueulent à ce sujet. Qu'ils cessent de me regarder avec cette espèce de compassion légèrement lassée ou avec crainte quand ton nom revient sur la table. J'ai eu souvent envie que l'un me chope les épaules et me secoue comme un prunier en disant « c'est de ta faute avec ton incapacité à être satisfaite de ce que tu as, à jouer avec l'interdit parce que c'est « plus fun » et de ne pas penser aux conséquences de tes actes ! Tu as merdé en voulant le beurre, l'argent du beurre et le derrière de la pauvre crémière ! C'est ton problème si tu es encore triste à ce sujet, tu ne mérites pas de compassion après ce que tu as fait à Rose ! Si tu n'étais pas de notre famille, tu ne serais même plus là avec nous ! Tu es juste qu'une pétasse en manque d'attention. ».

Dans deux mois, c'est ton anniversaire. Je n'ai pas oublié la date. Je risque d'avoir de nouveau ton visage avec ta chère et tendre sous les yeux. Quand bien même je ne veux pas les voir, vos sourires, votre joie, je sais que je les regarderai avec une volonté malsaine. Tel un Endoloris de rappel.

Que dois-je faire maintenant, pour que tu cesses de hanter ma tête ? Ce n'est pas comme si je te désirais réellement en réalité. Ce n'est pas comme si je quitterai mon copain pour toi, car clairement tu as perdu la bataille bien avant de la commencer. Mais parfois, le vide par ton absence se présente. Quand je ressens une solitude, même entourée de monde. Je ne sais même pas ce que je veux de toi…un câlin, un baiser, ta main, rien ?

Quand la colère se consume, le manque revient au galop jusqu'à l'écœurement ou un autre évènement qui me convainc de te haïr à nouveau. Parfois l'oubli se présente mais ça ne dure jamais longtemps. Et le schéma recommence…tout comme ces lettres. Mais jusqu'à quand encore ? Suis-je condamnée telle une meurtrière à la culpabilité tandis que toi, tel un criminel relâché par manque de preuves, tu te libères de toute crainte ?

Est-ce que je mérite même ma relation amoureuse actuelle ? Est-ce que Rose trouvera finalement la paix sans que je devienne un poids, même si je n'étais plus à ses côtés ? Ces lettres me servant de pseudo-thérapies cesseront-elles de se multiplier toutes les deux semaines ?

Merlin, faites de moi un phénix pour que je renaisse et m'envoler loin, loin d'ici.