Chapitre 33 : La fin du Terrier
Charlie était assis dans un coin du salon, il observait sa famille discuter en petits groupes. Depuis son arrivée la veille, il faisait de son mieux pour cacher sa peine, sans vraiment y parvenir. Il avait tellement mal au cœur que par moment il souhaitait mourir. Il ne savait pas si ce serait plus simple une fois qu'il aurait perdu la mémoire et que Harry aurait détruit leur lien. Tout ce qu'il savait c'était qu'il n'avait plus envie de vivre, même l'idée de retrouver ses dragons ne le motivait plus.
A chaque fois qu'on lui avait posé la question il avait répondu qu'il avait une peine de cœur, mais qu'il ne souhaitait pas en parler. George l'avait regardé comme s'il savait quelque chose, à cet instant Charlie s'était demandé si ce qu'il ressentait ressemblait à ce que son frère subissait depuis la perte de son jumeau. Si c'était le cas, il n'aurait pas le courage de le supporter aussi longtemps que lui. Il ne vivait avec cette douleur que depuis vingt-quatre heures et commençait déjà à imaginer en finir avec sa vie. Son père semblait vouloir l'aider sans savoir comment s'y prendre et les autres avaient préféré le laisser dans son coin ou discuter de futilités. Seule Hermione avait deviné le fond du problème et était vraiment peinée pour lui. Elle lui avait proposé de se livrer, que son secret était bien gardé avec elle, mais il ne voulait pas en parler, de toute façon dans quelques heures il aurait oublié. Il savait que Harry allait attendre qu'il ait perdu ses souvenirs pour rompre leur lien. Charlie préférait cela, il souffrait déjà suffisamment. Hermione lui avait proposé de le faire le lendemain lorsqu'il pourrait rester au calme pour quelques heures ensuite. Il avait accepté, faisant confiance à la jeune femme qu'il savait brillante. Elle avait d'ailleurs prévu de s'infliger le sortilège à elle-même ensuite. Elle ne savait pas grand-chose, mais elle ne voulait prendre aucun risque.
La soirée de Noël était donc bien avancée, les cadeaux étaient dans les chaussettes ou au pied du sapin, ils avaient déjà fini la dinde et dégustaient un digestif lorsqu'une chouette tapa à la fenêtre. Molly lui ouvrit, se saisit du papier et perdit ses couleurs au fur et à mesure de sa lecture, elle chancela. Ses enfants et son mari furent tout de suite à ses côtés, la guidant pour s'asseoir dans un fauteuil. Elle tendit la lettre à Arthur qui la lut à haute voix. Celle-ci débutait en s'adressant à toutes les personnes présentes dans la pièce, ce qui les fit frissonner.
"Le ministre de la magie vous convoque, aujourd'hui même à 22 heures précises en salle d'audience du ministère. Vous y serez interrogés sur les disparitions de Harry Potter, Teddy Lupin, Andromeda Tonks, Bill Weasley, Fleur Weasley et Victoire Weasley.
Votre absence sera comprise comme un acte de trahison passible d'arrestation et de confiscation de votre baguette.
Cordialement."
Charlie et Hermione échangèrent un regard, réalisant tous deux qu'ils ne pouvaient plus attendre pour supprimer leurs souvenirs, sauf que le rendez-vous était dans moins de cinq minutes. Ils n'avaient pas le temps. Le dragonnier commença à s'inquiéter, il avait promi à Harry qu'il oublierait tout de lui pour pouvoir le garder en sûreté et sentait qu'il risquait de ne pas pouvoir tenir cette promesse.
"Charlie, tu dois partir, dit alors Molly d'un ton fermé, la colère grinçant au fond de ses yeux.
Le dragonnier la regarda interdit.
- Tu sais où est Bill, tu es allé chez lui plusieurs fois. Je ne les laisserai pas le parquer comme un animal, ni toucher à Fleur ou à ma petite fille…"
La fureur de la mère de famille rappela à tous la sorcière qui avait tué Bellatrix pour sauver sa fille unique, mais Charlie n'eut pas le temps de faire ce que sa mère lui demandait. L'alarme de transplanage retentit. Chacun se saisit de sa baguette. Arthur ouvrit la porte dès que des coups retentirent.
"Vous devez tous fuir, leur dit Drago Malefoy, paniqué, en entrant dans la maison. Si vous vous rendez au ministère vous serez tous arrêtés, si vous n'y êtes pas à 22h exactement ils feront sauter votre maison."
Le blond avait parlé à toute vitesse, respirant à peine. Personne ne remit en question ses paroles, mais ils n'eurent pas le temps de réagir. Ils entendirent le bruit de l'explosion avant d'en sentir le souffle, puis la maison tomba sur eux. Charlie eut le réflexe de lancer un sort de bouclier, il entendit que d'autres faisaient pareil, mais le sort n'eut pas le temps de s'ouvrir complètement. Il hurla de douleur en sentant quelque chose transpercer sa jambe, mais lutta pour ne pas s'évanouir et garder son bouclier ouvert autant que possible. Le poids s'accumula sur son bouclier à un tel point qu'il dut prendre sa baguette à deux mains pour maintenir le sort. La magie qu'il devait envoyer dans sa baguette pour ne pas lâcher le sortilège le vidait de ses forces, lentement, mais sûrement. Il entendit d'autres cris de douleur au milieu du brouhaha de sa maison qui s'effondrait sur eux. Tout était flou, un monde de poussière l'entourait, il n'y voyait plus rien. Il ferma les yeux et pria pour que sa famille s'en sorte, essayant de ne pas s'effondrer sous le poids des débris tombant sur son bouclier.
En quelques secondes, qui lui semblèrent pourtant durer une éternité, tout fut terminé. Plus rien ne bougeait, il n'y avait plus que des peines et des douleurs. Charlie rouvrit les yeux et regarda autour de lui. Il constata qu'il était tombé à genoux et qu'un pieu en bois traversait son mollet. Il grimaça, en plus d'être douloureux, ça l'immobilisait complètement. Il regarda son bouclier, mais constata qu'il ne pouvait pas le replier sans prendre le risque qu'ils soient tous ensevelis par les gravats, il ne pouvait même pas lâcher une main de sa baguette sans relâcher le sort. Il se sentait vide, fatigué par l'énergie qu'il envoyait à sa baguette et sa perte de sang. Cependant l'adrénaline pulsant dans ses veines lui permettait de ne pas s'évanouir.
Il chercha ensuite les membres de sa famille des yeux, grimaçant sous le poids qu'il devait continuer à porter. L'horreur et la détresse le saisirent lorsqu'il regarda à sa gauche. Ginny gisait sur le sol, transpercée par une poutre, les yeux ouverts, vides de vie, le sang coulant de sa blessure et de sa bouche. Les larmes coulèrent sur les joues du dragonnier, mais il ne s'éternisa pas sur sa petite sœur, il ne pouvait plus l'aider et cette vision le rendait malade. Il repéra George un petit peu plus loin. Il était visiblement blessé, au moins à l'épaule, mais vivant. Lui aussi regarda Ginny avant de remonter ses yeux sur Charlie.
"Molly ! Molly !" retentit la voix d'Arthur paniquée.
Charlie pria pour que sa mère réponde, mais tout ce qu'il entendit fut les sanglots de son père. Il tourna les yeux vers celui-ci, mais entre les débris et la poussière il ne parvenait pas à le voir. Il distingua cependant la silhouette de Drago qui tentait de déloger certains débris, Percy faisait de même en face de lui. Des voix étrangères s'élevèrent au loin, à l'extérieur de ce cauchemar, mais Charlie savait que ce n'était pas les secours qui arrivaient.
"George, tu peux bouger ?" demanda-t-il à son frère avec urgence dans la voix.
L'inventeur se rapprocha difficilement de lui, traînant une jambe visiblement brisée sous lui.
"Prends les portes-clés dans ma poche, la tour Eiffel. Panda. dit le dragonnier, le souffle court. Prends tous ceux qui ont survécu.
George regarda le bouclier qui tenait toujours au-dessus d'eux avant de reporter son regard sur son aîné.
- Et toi ?
- Si je lâche, on meurt tous." affirma le dragonnier d'un ton qui n'acceptait aucune réponse en tournant à nouveau les yeux sur leur sœur.
George acquiesça, montrant cependant son désaccord, mais ils n'avaient pas le temps de discuter. Il se saisit du dit porte-clés et se déplaça vers leur droite. Percy terminait de dégager Ron des poutres qui l'avaient enseveli, il était blessé mais vivant. Le plus jeune se remit debout péniblement et se tourna vers sa petite amie. Hermione avait été libérée par Drago, elle était inconsciente, elle saignait, mais respirait toujours.
"Papa ! hurla George. Viens ! Nous devons partir.
L'homme regarda autour de lui et comprit.
- Charlie ?
- Pars papa, je ne peux pas venir. Dépêchez-vous, ils arrivent."
Arthur voulut protester, mais Drago se saisit de sa main puis toucha le porte-au-loin. Ron et Percy firent de même avec Hermione. George prononça le mot d'activation, le visage ravagé par les larmes. Charlie les regarda disparaître, les voix se rapprochaient. Il n'avait plus vraiment le choix, priant pour que ça lui permette de garder ses secrets, il désactiva son bouclier. Les restes de la maison tremblèrent et s'écrasèrent sur lui. La peine fut immense alors que les gravats le frappaient lourdement. Il accueillit avec soulagement le noir qui l'engloba, espérant ne plus se réveiller.
