Chapitre 41

Adrien se réveilla seul dans son lit. Il inspecta sa chambre, les yeux mi-clos, mais il n'y avait aucune trace de Marinette. Son kwami se précipita vers lui dès que ce dernier le vit se redresser.

« Plagg… où est-elle ?

– Elle est partie avec Tikki.

– Hmm… il est tard, j'aurais dû m'y attendre. Et puis elle n'allait pas vivre dans ma chambre pour toujours, même si l'idée ne m'aurait pas dépl…

– Ton père l'a flanquée à la porte », le coupa Plagg.

Adrien écarquilla les yeux, abasourdi, prenant conscience en une seconde de tout ce que cela signifiait.

Il se leva en grimaçant, enfila à la va-vite les premiers vêtements sortis de son placard et descendit jusqu'au bureau au rez-de-chaussée.

« Adrien, contesta Gabriel lorsque son fils passa la porte. Tu ne dois pas te lever sans autorisation, tu n'as pas complètement cicatrisé.

– Pourquoi père ?! Pourquoi avez-vous fait ça ?

– Tu n'as pas à me parler sur ce ton. Et ramener cette fille sous mon toit, dans ton état qui plus est, tu n'as pas honte ?

– Elle s'appelle Marinette.

– Peu importe, tu ne la reverras plus jamais.

– Vous ne pourrez pas m'en empêcher !

– Oh que si… »

Son cœur battait à tout rompre. Adrien savait de quoi son père était capable pour le cloitrer à la maison. Cependant, cette fois, il ne lâcherait rien. Pas après avoir frôlé la mort, pas après la nuit idyllique qu'il venait de vivre, pas après avoir appris que Marinette et Ladybug ne faisaient qu'une.

« Alors il faudra me dire adieu à moi aussi.

– Ne fais pas l'enfant ingrat ! Je fais tout ça pour nous, pour notre famille.

– Vous faites tout ça parce que vous n'êtes qu'un lâche et que vous avez peur de souffrir ! Je ne passerai pas à côté de ma vie, pas même pour mon propre père…

Sa gorge se noua.

– Tu veux finir comme ta mère, c'est ça ?! trancha Gabriel.

C'était la première fois qu'il voyait son père perdre son sang-froid. Même lorsqu'il se mettait en colère, Gabriel ne perdait jamais le contrôle de lui-même et de ses paroles.

– Je veux juste ne pas finir comme vous. »

Pourquoi son père l'obligeait à être si cruel, lui qui avait bon cœur d'ordinaire, non ? Il n'avait aucune envie de lui parler ainsi. Pourtant, en y réfléchissant, c'était bien la première fois que leur rapport était aussi direct, franc et sincère.

Gabriel s'approcha, telle une barre de fer glaciale. Sa main se tendit pour fondre sur la joue d'Adrien, mais ce dernier le stoppa dans son élan d'un geste vif.

« J'ai compris que je ne serai jamais assez bien pour vous… mais je le suis pour elle, et ça me suffit. »

Il vit le masque poli de son père se fissurer. Adrien lâcha son poignet et partit.


Marinette avait passé la journée enfermée dans sa chambre. Ses parents lui avaient demandé des explications concernant le fait qu'elle n'était pas allée au lycée aujourd'hui et qu'elle avait, en plus de cela, été ramenée chez elle par le chauffeur des Agreste.
Heureusement, ils s'étaient montrés compréhensifs, vis-à-vis de son inquiétude pour Adrien, de son désir d'aller voir comment il allait, du poids de sa culpabilité, et même vis-à-vis de la tyrannie de son père qui voulait l'éloigner à jamais de son fils.

La nuit était tombée mais son humeur restait toujours aussi maussade.
Son téléphone sonna soudainement.

« C'est pas possible ! » s'écria-t-elle lorsqu'elle regarda l'émetteur de l'appel.

Elle décrocha en vitesse. Une voix merveilleusement chaude répondit à l'autre bout du fil.

« Bonsoir ma lady.

– Adrien ! Mais je croyais que tu n'avais plus ton téléphone !

– Je l'ai récupéré.

– Comment ?

– Disons que Plagg m'a aidé…

– Et si ton père s'en rend compte ?

– J'aviserai le moment venu. Mais je ne pouvais pas rester plus longtemps sans nouvelle de toi… »

Ses joues s'empourprèrent et son cœur palpita dans sa poitrine.

« Malheureusement je suis sous surveillance rapprochée, et il faut encore que je récupère. Mais dès demain, je trouverai le moyen pour te voir ! »

Ils n'avaient surement pas les mêmes intentions derrière cette nécessité de se revoir, mais elle n'eut pas la force de mettre les choses au clair ce soir.

« Tu tiendras le coup ? demanda-telle.

– Hmm… heureusement que j'ai ton t-shirt. Sinon je ne crois pas… Au fait, tu pourrais me passer le numéro de Nino ? Mon cinglé de père a effacé tous mes contacts. Tu vas rire, mais j'ai quasiment mis quatre heures à retrouver le tien… »


Marinette s'était préparée à passer encore une journée loin d'Adrien. La décision de son père était connue depuis sa première semaine d'hospitalisation. Le lycée s'était fait à l'idée de ne plus le revoir depuis un moment, à part Chloé, toujours plongée dans un chagrin aussi intense qu'exagéré.

« Ça fait tellement plais' de savoir qu'il est remis d'aplomb et qu'il est rentré ! s'exclama Nino.

– Ce serait une bonne nouvelle s'il pouvait mettre le nez dehors ! protesta Alya.

– T'inquiète ! Je sais que son paternel est super lourd, mais tu ne l'as pas eu au téléphone : Adrien est méga déterminé ! Jamais vu ça ! Il réussira à convaincre son père. D'ailleurs, j'ai appris d'autres trucs pas mal… glissa-t-il à l'intention de Marinette avec un sourire vicieux.

– Ouais… tu étais effectivement très « malade », ronchonna Alya en se pinçant l'arête du nez. Et dire que je l'ai appris par Nino…

– Hé hé ! »

Marinette était trop préoccupée pour prendre part à la conversation.
Elle n'avait toujours pas éclairci la situation. Son camarade laissait le Chat Noir en lui s'exprimer et elle n'avait obtenu que des conversations légères, pleine d'humour et de jeux de mot douteux. Adrien éludait toutes ses questions sur son isolement, son rapport avec son père, sa convalescence, leur relation… Tout sujet susceptible de l'inquiéter.
Même si l'inactivité du Papillon – qui était terriblement suspecte –, ses devoirs et son statut de gardienne lui prenaient tout son temps et qu'elle était torturée par son amour impossible, elle lui en voulait. Elle lui en voulait qu'il ne se confie pas. Elle lui en voulait qu'il la surprotège. Elle lui en voulait de ne pas aborder les sujets qui fâchent comme si ça allait les préserver de la menace.

Ils connaissaient leur identité, ils connaissaient leurs sentiments. Ils s'aimaient. Et même si tout les empêchait d'être ensemble, ils pouvaient être sincères l'un envers l'autre à présent. Elle pouvait comprendre, lui aussi.
Alors pourquoi continuait-il d'agir ainsi ?
Cette distance morale, en plus de la distance physique, l'énervait autant qu'elle la faisait souffrir.

Et ce fut mille fois pire au moment où elle vit Adrien passer les portes du lycée.

« Regardez, il est là ! » s'écria Nino.

Comment était-ce possible ? Comment avait-il pu convaincre son père ?

Il arborait un sourire radieux, visiblement ravi de revenir en cours. Passé l'étonnement général, de nombreuses personnes le saluèrent sur son passage et lui adressèrent des mots d'accueil chaleureux. L'histoire de son agression avait fait le tour de la ville et le voir en forme réjouissait tout le monde. Il leur répondit brièvement, mais se dirigeait toujours tout droit vers son petit groupe d'amis.

« Ça fait un bien fou de te revoir mon pote !

– Ça fait vraiment plaisir, confirma Alya.

– Merci beaucoup les amis, répondit-il à la volée.

– Comment tu as convaincu ton … ? »

Nino et Alya eurent tout juste le temps d'exprimer leur satisfaction qu'Adrien pressait ses lèvres contre celles de Marinette dans un profond, tendre et délicieux baiser devant tous les élèves.

Son cœur explosa. Ses pensées perdirent le fil et son sang passa d'une température tout à fait supportable à bouillonnant en une seconde. Elle dût se mordre la langue pour ne pas la fourrer dans la bouche de son camarade.

Elle ouvrit grand les yeux de surprise et d'agitation. Jamais ils n'avaient eu de démonstration affective aussi manifeste et appuyée en public. Tous les regards se tournèrent vers eux, ébahis, tandis que ses joues avaient viré au cramoisi.

« Que…qu'est-ce que… » bredouilla Marinette lorsqu'il daigna la laisser respirer.

« T'es en forme mec !

– Et tu n'as rien de plus discret Agreste ? le taquina Alya. Et comment ça se fait que t'arrives si tard ?

– J'ai dû prendre le bus », dit-il en se frottant la nuque avec un rire gêné.

Marinette fut visiblement la seule à comprendre ce que cela signifiait.
La réponse était non. Son père ne l'avait pas laissé y aller et ce n'était qu'une question d'heures avant qu'il ne le rapatrie à domicile. Cette idée lui retourna l'estomac.
Mais avant tout : Ses amis n'allaient tout de même pas laisser passer un truc pareil ?! Ils n'allaient pas faire comme si de rien était, comme si Adrien ne venait pas de l'embrasser devant tout le monde ?

La sonnerie du début des cours retentit.

« On ne peut pas être ensemble, on en a déjà parlé ! lui chuchota-elle alors qu'ils montaient les escaliers avec les autres élèves.

– Oui, et je crois bien que je n'étais pas d'accord, murmura-t-il sans une once d'irritation, mais plutôt avec une malice et une innocence déconcertantes.

– Et qu'est-ce que tu fais de tes préconisations à rester discrets ?

– Chat Noir et Ladybug doivent rester discrets. Nous, on va s'afficher au grand jour.

– Ton père va nous tuer.

– Qu'il essaie !

– Ne plaisante pas avec ça… pas après…

– Adrichou ! »

Une tête blonde lui sauta au cou, manquant de le faire basculer en arrière.

– Chloé… dit-il embarrassé.

– Je suis tellement contente que tu ailles mieux et que tu aies pu revenir au lycée ! »

Tous s'installèrent en classe, et Marinette était assise à côté d'Adrien pour ce cours. Elle avait eu beaucoup de mal à s'habituer à la place vide et froide qu'il avait laissé, mais le voir présent à ses côtés était beaucoup plus troublant et difficile à supporter.

Hormis le baiser de ce matin, il resta très galant et courtois dans ses marques d'affection. La matinée se passa tant bien que mal pour Marinette, qui attendait le moment où Adrien serait rattrapé par l'injonction de son père comme on attend une exécution. Mais lui ne laissait rien paraitre, absolument rien. Ce qui fut d'autant plus choquant pour tous ses camarades lorsque le moment fatidique arriva à midi, probablement l'heure à laquelle Nathalie avait dû se rendre dans la chambre du jeune homme et s'apercevoir de son absence. Elle était aussitôt arrivée au lycée avec le garde du corps d'Adrien pour le ramener à domicile.

Il ne fit aucune une scène, n'essaya même pas de la convaincre de le laisser rester. Il la suivit, résigné mais néanmoins très satisfait, laissant une trainée de chuchotements interloqués dans son sillage.

Et le lendemain matin, ce fut la même histoire. Il fit sa même apparition soudaine sous l'incompréhension générale.
Marinette esquiva l'embrassade de la veille en faisant mine d'avoir une discussion importante avec Ivan.

« Adrien qui fait le mur, on aura tout vu ! s'exclama Alya.

– Mec… hier, je croyais que t'avais réussi à convaincre ton paternel…

– C'est mal le connaitre, dit-il en riant.

– Ils vont te mettre la main dessus encore plus vite aujourd'hui, ils savent où tu vas.

– Et puis tu vas quand même pas filer en douce pour le restant de ta vie ?

– Si vous avez une meilleure idée, je suis preneur !

– Je sais mais… avec ton père, ça va être de pire en pire.

– Ça l'est déjà. Il a mis des caméras de surveillance sous les fenêtres de ma chambre et garde ma porte fermée à clef.

– Mais il a carrément péter les plombs ! C'est quoi la prochaine étape ?! T'enchaîner à ton lit ?! »

Marinette n'avait rien manqué de la conversation. Son cœur se serra davantage, ses poumons la brûlaient et l'air lui manquait.
C'était Adrien qui avait péter les plombs, à provoquer et faire enrager son père avec son comportement.

« Miaou, tu es absolument charmante aujourd'hui. »

Elle sursauta et claqua la porte de son casier un peu trop fort quand elle l'entendit ronronner dans son dos. Ses doigts se crispèrent sur ses livres.
Marinette regarda les lycéens autour d'eux, affairés à leurs occupations, avant de l'attraper par le col, l'obligeant à se pencher à sa hauteur.

« Tu délires ! Il y a du monde autour ! murmura-t-elle. T'es devenu fou ou quoi ?

– Je suis fou de toi ma lady. »

Si seulement il savait que l'entendre lui dire ça enflammait son bas ventre. Mais ce n'était vraiment pas le moment.

« Non mais t'es dingue de dire ça en civil ! s'insurgea-t-elle aussi doucement que possible. Tu risques de révéler nos identités ! Tu dérailles complètement.

– Regarde, répondit-il en scrutant les alentours, personne ne nous entend.

– Même ! »

Ils durent se rendre à la bibliothèque avec les autres élèves de la classe pour une heure d'étude consacrée à un devoir de français.

Marinette tenta de s'installer ailleurs, même si ses amis ne voulaient pas comprendre pourquoi. Elle ne tenait pas à ce qu'Adrien soit puni ou priver de quoi que ce soit par sa faute. C'était sans compter sur la non-coopération de ce dernier, qui rallia Alya et Nino à sa cause.

« Il n'y a pas assez de place à cette table, constata Alya. Tenez ! On n'a qu'à prendre celle-là et la rapprocher ici. »

Marinette lâcha un lourd soupir de résignation, tandis qu'elle posait ses mains sous le plateau en bois pour la soulever.

« Laisse, je vais le faire ! » assura Adrien avec un grand sourire et en l'écartant sur le côté.

Marinette fut sidérée. Les bras lui en tombèrent le long du corps, tout comme sa mâchoire.
Il ne venait quand même pas de déplacer une table à sa place ?

Dès les deux premières minutes après qu'ils se soient installés, elle prétexta aller chercher un livre dans les rayons et s'éloigna le plus possible de son camarade d'un pas pressé.

Elle ne voulait pas revenir sur sa décision : être ensemble était bien trop dangereux en tant que super-héros, et bien trop problématique en tant que lycéens !

Mais elle ne put s'empêcher de se sentir coupable de son malheur à cause de la distance qu'elle mettait entre eux, alors qu'il devait sûrement avoir besoin d'elle plus que jamais.
Et pendant ce temps-là, il continuait de nier en bloc, prétendant être le plus heureux des hommes. Pourquoi fallait-il qu'il lui prenne autant la tête ?

.

Alors qu'Adrien cherchait sa belle camarade du regard, Alya le saisit par l'épaule et l'entraina dans un coin à l'écart.

« Parle-lui !

– Pardon ?

– Elle a peur pour vous deux, mais vous n'y arriverez pas si vous ne vous confiez pas l'un à l'autre à 100%.

– Mais de quoi tu parl…

– Arrête de faire l'idiot innocent ! le coupa Alya. Il se passe un truc grave ! Sans doute la chose la plus importante que vous ayez eu à vivre tous les deux. Alors ne laissez pas vos doutes détruire votre union inséparable et gangréner votre confiance en l'autre. »

Il la dévisagea avec une attention toute particulière.
Ces sous-entendus par rapport à son lien profond avec Marinette, sa proximité avec celle-ci, la meilleure amie qui connaissait son secret, cette renarde rousse… Alya.
C'était Rena Rouge.

Il la regarda très sérieusement et lui répondit :

« Elle ne veut rien entendre. Pour elle, c'est non négociable.

– C'est peut-être elle Ladybug, elle qui décide, elle la gardienne… Mais c'est toi son partenaire. Tu sais qu'elle n'est pas infaillible, elle peut se tromper et c'est pour cela qu'elle aura toujours besoin de toi pour l'aider. C'est ça un duo !

– Mais elle sait déjà ce que j'en pense et que je ne me laisserai pas faire.

– Ça, c'est peut-être ce que tu as bien voulu lui dire. Mais pour tout le reste ? Tu ne pourras pas être heureux avec elle si tu n'es pas franc.

– Que veux-tu dire par là ?

– Comment elle peut se fier à toi et avoir confiance en votre relation si tu ne lui dis pas tout ? Sur ce que tu vis, tes peurs, tes craintes et le reste ?

– Je ne peux pas…

– Tu ne la protègeras pas ainsi, pas en la tenant à l'écart de ce que tu traverses.

– Elle le fait sans scrupule, me tenir à l'écart de sa vie.

– Et ça a protégé votre secret mais ça ne lui a jamais rien apporté de bon ! Elle a même craqué devant moi un jour, et m'a tout déballé pour ne pas devenir folle.

– Alors elle n'a pas besoin de se préoccuper de moi en plus du reste, avec tout ce qu'elle a déjà à penser…

– C'est là que tu te trompes lourdement. Elle s'en préoccupe déjà, et ce que tu vis la ronge de l'intérieur. »

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Marinette finit par revenir et trouva sa meilleure amie debout avec Adrien à l'autre bout de la grande salle. Ce dernier paraissait contrarié. Il tourna la tête dans sa direction tout en continuant de marmonner quelque chose à son interlocutrice. Le regard qu'il lui lança à ce moment-là mit Marinette dans tous ses états.

Elle le vit soudain interrompre la conversation d'un air décisif et se diriger droit vers elle. Son instinct lui aurait hurlé de s'enfuir à toutes jambes si l'envie dévorante de savoir ce qu'il allait dire ou faire ne l'avait pas clouée sur place.
Adrien arriva jusqu'à elle, lui agrippa le poignet et l'entraina dans le couloir.
Sa paume autour de sa peau… Comment ce simple contact pouvait-il la troubler autant ?

« Pourquoi tu m'évites à ce point ? dit-il en rentrant dans le vif du sujet.

– Je te l'ai expliqué…

– Ok. Je m'excuse de t'avoir embrassé hier devant tout le monde. Ça jase et le mal est fait. Mais là, c'est comme si même être amis t'était insupportable ! »

Elle baissa les yeux, sans savoir s'il elle était en train d'être envahie par la tristesse ou la colère.

« Je ne peux pas te protéger de ton père. À cause de moi tu subis tout ce que tu détestes : l'isolement, la solitude, le rejet…

– Tu n'as pas à me protéger de lui.

– C'est de ma faute, je ne t'amène que du malheur.

– Qu'est-ce que tu racontes ? Tu m'as apporté bien plus de joie et de bonheur que je n'en aurais jamais espéré, et tu le sais !

– … Et j'ai une mauvaise influence sur toi, conclut-elle.

Il la regarda, interdit.

– … Quoi ?

– Tu te comportes bizarrement depuis que l'on s'est… Enfin, on dirait que plus rien ne t'arrêtes.

– Sûrement parce que voir sa vie défiler devant ses yeux et se dire que c'est la fin change une personne… Il doit y avoir un peu de ça.

– Mais tu te montres si… impertinent. Je ne peux pas écarter l'idée que j'y suis pour quelque chose.

– Disons que tu m'as aidé à ce que Chat Noir aide la vie d'Adrien, lui souffla-t-il malicieusement à l'oreille.

Pourquoi ne voulait-il pas comprendre l'enjeu de la situation et vivre leur amour comme si cela n'impliquait rien ?

– Arrête de sourire comme ça ! L'Adrien que je connais serait profondément concerné et impliqué.

Il ne souriait plus.

– Et moi la Marinette que je connais serait d'une gentillesse et d'une bienveillance infinie, pas une donneuse de leçon. Peut-être qu'on ne se connait pas si bien que ça finalement…

Elle ravala sa salive.

– Tu sais que ce n'est pas vrai ! Et je refuse de croire que je suis tombée amoureuse d'un faux-semblant. Écoute… Qu'on ne puisse pas être ensemble en tant que Ladybug et Chat Noir à cause du Papillon est une chose. Mais là, on ne peut pas non plus en tant qu'Adrien et Marinette à cause de ton père. Et on ne peut pas prendre le risque de se faire des ennemis. On n'a plus le droit à l'erreur ! Et si ton père se faisait avoir par le Papillon ?

– Rien ne peut nous arrêter Marinette ! On est invincible tous les deux, on est un duo de super-héros !

– Je sais que tu es parfaitement capable de comprendre que si tu continues à vouloir me voir et que je te laisse faire, on ne pourra jamais s'arrêter. On devra lutter contre le reste du monde et à la moindre contrariété, on se fera akumatisé !

– Toi et moi, ensemble contre le monde entier, ce ne serait pas la premières fois.

– Le Papillon utilise les émotions pour exercer son pouvoir. Avec les sentiments qu'on éprouve, ce sera un jeu d'enfant ! On doit rester distants et faire profil bas.

– Jamais ! Pas après avoir découvert que tu es la femme de ma vie. Je ne perdrai plus une seule seconde à être loin de toi.

– Tu es tellement désinvolte !

– Et toi tellement sévère et rabat-joie ! »

Quelque chose derrière elle attira l'attention de son camarade. Marinette se retourna et vit Nathalie faire une nouvelle fois son apparition à l'autre bout du couloir.
Adrien lança un dernier regard beaucoup trop dur et blessé à Marinette, puis alla rejoindre l'assistante de son père.

C'est alors qu'il la frôla en passant. Trop peu pour qu'elle savoure la douceur de ce contact, mais juste assez pour brûler sa peau.

Pour la première fois de sa vie, elle aurait donné n'importe quoi pour être quelqu'un d'autre. Une fille normale, libre de vivre une vie normale avec l'homme qui était et serait pour toujours le seul à donner un sens à sa vie. N'importe qui, sauf Ladybug. C'était la première fois qu'elle ne voulait plus se sacrifier pour une cause juste, que son cœur était en miette sans salut possible, qu'elle perdait tout espoir. Que leurs rapports la faisaient autant souffrir.
Pourquoi avait-il fallu que ce soit lui ?

Elle tomba à genoux, seule au milieu du couloir et fondit en larmes.


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Bonjour à toutes et à tous,

Le prochain chapitre sera plus long que d'ordinaire, car je n'avais vraiment pas le cœur à le couper en deux.
(En réalité, il ne faisait à l'origine que 2000 mots. Mais grâce à l'inspiration des vacances, il a eu droit à des retouches et des rajouts très satisfaisants.)
En espérant qu'il vous plaise ! Bonne lecture à tout un chacun !