Chapitre 43
Ladybug se lança à sa poursuite, traversant la ville à la vitesse de l'éclair. Chat Noir courrait à peine à une quarantaine de mètres devant elle.
Elle tenta de le prendre de côté en se propulsant à l'aide d'une cheminée bien placée. La portée de son yoyo lui aurait permis de le devancer sans problème. Cependant, il était plus agile et alerte. Il esquiva et repartit dans la direction inverse dès qu'elle arriva sur lui.
« Arrête-toi Chat Noir !
– Pas question ! »
Il était terriblement rapide. Ses réflexes surhumains l'empêchaient de mettre la main dessus. Elle tenta de l'intercepter par le sol en disparaissant de son champ de vision. Et dès que Chat Noir s'arrêta pour regarder en arrière et voir où elle était passée, elle se jeta en l'air pour se saisir de son bras.
Raté. Il s'écarta en un mouvement dès que ses oreilles se mirent à remuer. Puis il reprit sa fuite.
Elle aurait pu l'avoir par la ruse, mais Ladybug n'avait pas le temps de réfléchir à un plan si elle ne voulait pas le perdre de vue. Des passants les pointèrent du doigt dans la rue mais elle n'y prêta pas attention et se remit à courir.
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Chat Noir n'arrivait toujours pas à la semer. C'était Ladybug après tout, résolue et tenace. Ce n'était pas la peine non plus d'espérer la fatiguer. Ils avaient déjà fait une bonne partie des toits de la ville et n'étaient même pas essoufflés grâce aux costumes et à l'entrainement.
Toutefois, elle allait bien finir par comprendre qu'elle n'arriverait à rien et qu'elle allait devoir revoir son jugement. Que même si elle le pensait vulnérable, il était Chat Noir, le super-héros de Paris ! Elle n'avait pas à s'angoisser pour sa sécurité comme elle le faisait. Elle devait comprendre qu'il ne s'arrêterait jamais de vivre.
Pas cette fois. Il fit un bond en avant par-dessus son yoyo et elle le manqua de justesse.
Mais il avait beau avoir une confiance excessive en lui-même, elle était bien plus maligne. Et il devait être de plus en plus vigilant en passant au-dessus des places publiques ou des grands bâtiments. Car Ladybug utilisait chaque caractéristique et particularité du terrain et de l'environnement autour d'eux pour l'atteindre et tomber sur lui. Cette fois-ci, elle frôla son dos lorsqu'il fit une roulade pour l'esquiver.
Il avait une longueur d'avance, mais peut-être plus pour longtemps.
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Peut-être devait-elle utiliser la transformation de vol spatial pour l'emporter ? Non. Il la distancerait le temps d'ingérer le magicaron et en profiterait pour se cacher. Devait-elle utilisé son yoyo en guise de filet ? C'est ce qu'elle fit. Elle accéléra sa course, le forçant à augmenter sa vitesse à la limite de l'empressement. Elle jeta son filin devant lui pour le prendre au piège et c'était gagné.
Il dû freiner à l'excès pour ne pas tomber dedans. Il s'était enfin immobilisé, elle tendit les bras. Elle y était.
Malheureusement ses doigts glissèrent le long de ses jambes lorsqu'il dégaina son bâton et l'actionna pour passer au-dessus.
Presque. Mais encore manqué.
Sa tête réfléchit à toute allure pendant que ses jambes étaient à sa poursuite. Devait-elle feindre avoir changé d'avis pour qu'il se laisse approcher ? Non plus. Il la connaissait trop bien et savait déceler la moindre de ses plus petites pensées et intentions en lisant ses traits. Devait-elle utiliser la foule en contre-bas en guise de diversion ?
Dressée sur le rebord de la corniche, elle jeta un œil sur les nombreuses personnes rassemblées à leurs pieds. Tous les regards étaient braqués sur eux.
Elle hurla à l'intention de Chat Noir :
« Faut que ça cesse ! »
Puis elle se rua vers lui. Il esquiva encore, se sauva de nouveau. Elle trouva une nouvelle approche, il y échappa in extrémis.
Le bruit des pales d'un hélicoptère bourdonna au loin, mais Ladybug ne sourcilla pas.
Car cette fois-ci c'était la bonne. L'inclinaison de la pente, la hauteur de la rue, la disposition des murets, sa vitesse, la sienne, l'orientation de son regard…
C'était une ouverture.
Ladybug lança son yoyo. Il allait s'entourer autour de lui, l'attraper au vol et il ne pourrait pas esquiver. Cette fois, c'était la bonne.
Chat Noir le vit aussi. Alors, son bâton fermement serré dans sa main, il déploya son bras et frappa brutalement dans son yoyo pour parer l'offensive.
Elle retomba adroitement sur le sol.
« Allez, faut que t'arrête maintenant ma lady. Ça ne mène à rien.
– J'arrêterai lorsque tu me donneras ton miraculous, lança-t-elle en ouvrant sa paume.
– Comment on pourra encore être ensemble si je te le remets ? Et comment je pourrai te défendre et veiller sur toi sans mes pouvoirs ?
– Je refuse que tu mettes ta vie en péril ! C'est en étant Chat Noir que tu risques de mourir ! Je te le rendrai quand tout sera fini avec le Papillon. Alors donne-le moi !
– Vraiment ? Tu me le rendras ? Ne me fais pas rire. Tu le conserveras et tu me tiendras éloigné de tout ce qui pourrait représenter un danger. Je resterai là à t'attendre à la maison. Tu agis comme mon père ! Et d'ailleurs, je peux savoir qui tu vas choisir à ma place ?
– Je n'y ai pas encore réfléchi…
– Ben voyons. Ça me semble un peu bancal comme plan. »
Son corps se contracta. La colère déformait son visage et ses yeux piquaient atrocement.
« Tu crois que ça a été une décision facile à prendre ? hurla-t-elle.
– Alors renonce ! »
Une énorme bourrasque balaya la poussière autour d'eux au moment où l'hélicoptère de TVi apparut et se positionna à leur hauteur.
Nadja Chamack était présente en personne et parlait à sa caméra :
« Chers téléspectateurs, je suis arrivée à proximité de nos deux héros que nous voyons s'affronter depuis ce début de soirée ! Comment expliquer un tel événement ? »
Ladybug secoua la tête avec un rictus exaspéré tandis que Chat Noir leva les yeux au ciel. Donner cette image des deux héros déchirés aux citoyens et au Papillon était pire que de donner l'image d'eux en couple.
« C'est pas le moment Nadja ! pesta Chat Noir.
– On n'a pas besoin que vous envenimiez la situation ! » protesta Ladybug.
Les deux héros reprirent leur course en s'éloignant au mieux des caméras. Mais c'était peine perdue, Nadja les filait déjà en hélico.
« Donne-moi ce fichu miraculous ! ordonna l'héroïne.
– Ladybug se serait-elle faite akumatisée ?
– Jamais ! lui répondit son coéquipier.
– Chat Noir aurait-il failli à sa mission de super héros pour qu'elle récupère son bijou ? A-t-il pactisé avec le Papillon ? »
Soudain, tout ce petit monde fut interrompu par une explosion à quelques pâtés de maison.
Ladybug se figea. Son sang se glaça. Il devait en être de même pour Chat noir. Il devint blême.
Cela ne pouvait signifier qu'une chose : Papillon attaquait.
Tout bien réfléchi, c'était l'opportunité parfaite pour une de ses attaques.
Ils foncèrent vers le panache de fumée quand une autre détonation retentit à cinq rues de là. Ils bifurquèrent pour se diriger vers la source des dégâts. Une enfilade de voitures en feu engloutissait l'allée dans un nuage noir. Et aucun akumatisé en vue.
Juste avant d'atteindre le sol, des cris retentirent dans les six cents mètres à la ronde, suivis par des hurlements apocalyptiques un peu plus loin.
« Mais c'est quoi cette catastrophe ? Et ce super vilain insaisissable ?
– À peine on arrive qu'il sévit déjà ailleurs ! »
Au même moment, une lumière surnaturelle semblable à une déflagration nucléaire jaillit de la place Vendôme avant qu'ils n'aient pu atteindre le lieu de la provenance des cris.
Ils changèrent à nouveau de trajectoire.
« Il se téléporte à ce compte-là. Encore un avec une puissance démesurée !
– Qu'est-ce que le Papillon nous réserve cette fois ?!
– Il ne pouvait pas choisir meilleure circonstance après tout.
– Tu crois que c'est le moment de plaisanter ?
– C'était une remarque on ne peut plus sérieuse. C'était évident qu'il allait en profiter. »
Elle s'immobilisa. Il fit de même en se tournant vers elle. Au loin, les sirènes de la police retentirent tandis qu'une immense éruption faisait trembler la terre.
« Tu donnes raison à notre ennemi maintenant ?
– C'est toi qui lui donnes raison en voulant mettre fin à notre duo. Tu l'as fait gagner !
– Parce que c'est de ma faute ? Je suis la gardienne je te rappelle ! Jamais je ne ferai une chose aussi désastreuse !
– Alors c'est ça, c'est juste une histoire d'orgueil ? Tu veux prouver que c'est toi qui a raison ? »
Elle vit ses sourcils froncés, ses yeux attendre la réponse, son ventre entaillé, rouge et dégoulinant.
« T'es vraiment qu'un pauvre abruti… » cracha-t-elle.
Il releva le menton avant de détourner la tête. Elle reprit d'une voix stricte qui ne lui appartenait pas.
« Peu importe. On neutralise ce super-vilain et je ferai ce que j'ai à faire.
– Dans tes rêves pour que je te donne ma bague de mon plein gré ! »
Cependant, quand ce n'est pas les super-héros qui vont au danger, c'est le danger qui vient aux super-héros.
Une énorme boule de feu se dirigea droit sur le toit où ils se trouvaient. Ils y échappèrent en se projetant hors de portée, mais n'eurent pas le temps de se remettre sur pied qu'une autre fonçait directement sur eux.
Ladybug aurait dû se mettre à l'abri, mais son instinct lui hurla une tout autre option et la frénésie guida ses actes. Elle devait avant tout le mettre à l'abri, lui. Elle lança son yoyo pour l'attraper et les emmener en sureté.
Mais Chat Noir avait déjà entamé sa course pour se jeter sur elle et l'écarter du danger au lieu de se sauver.
Par conséquent, aucun des deux ne s'écarta de la trajectoire du météore. Aucun des deux n'avait prévu la réaction absurde de l'autre, réaction qu'ils n'auraient jamais eue en temps normal.
Chat Noir s'entrava dans son filin et Ladybug fut entrainée dans sa chute.
Le bolide percuta le toit et s'écrasa sur eux, avant de disparaitre dans une volute de fumée.
Ladybug ouvrit les yeux et écarta ses bras qu'elle avait placés au-dessus de sa tête par réflexe. Elle aurait dû être morte. Et non seulement ils étaient intacts, mais il n'y avait rien. Pas une trace d'impact.
« Non…
– C'est… »
Rena Rouge atterrit sur le toit devant eux et s'avança, les surplombant d'un regard aussi lourd et froid que du plomb.
« C'est toi qui a fait tout ça ? T'es malade Rena ?
– Comment as-tu osé ? Tu veux que les parisiens se croient en danger de mort ?
– C'est déjà le cas », les interrompit l'héroïne renarde en brandissant son écran digital où était écrit en toute lettre dans l'actualité : « La fin de Ladybug et Chat Noir ? »
La coccinelle lâcha un juron.
« Ils ne peuvent pas comprendre ce qui se joue, dit-elle en se redressant et en époussetant son costume rouge.
– C'est elle qui veut récupérer mon miraculous ! Pourquoi tu as mêlé les citoyens à ça ?
– Ça suffit vous deux ! »
Rena leur adressa un regard noir.
« C'est vous les responsables de toute cette pagaille ! Vous n'avez plus confiance en l'autre, les parisiens doute et n'ont plus confiance en vous ! J'ai bêtement cru que vous remémorer pourquoi vous êtes là, pourquoi vous vous battez depuis des années et pourquoi vous avez été choisis vous rafraichirait les idées. J'ai pensé que simuler une attaque du Papillon vous rappellerait le sens des priorités !
– La priorité c'est qu'on reste ensemble à tout prix.
– La priorité c'est qu'il ne nous arrive rien, et aux habitants non plus, quel qu'en soit le prix à payer. »
Rena posa sa main sur son front.
« Alors reste en dehors de ça et laisse nous régler cette histoire ! »
L'attention de Chat Noir était focalisée sur leur amie. Son annulaire n'était qu'à quelque pas, à portée de main. Elle s'empara de son yoyo en un éclair l'enserra dans son fil.
« Que… !
– Rena ! Prend-lui sa bague pendant que je le tiens ! »
Chat Noir écarquilla les yeux de frayeur. Rena sursauta, les mots lui manquaient :
« Je…
– Qu'est-ce que tu attends ?
– Mais je… jamais je ne pourrai faire ça… Tu as perdu la tête…
– Tu crois ça ! s'impatienta Ladybug.
– Elle sait aussi bien que moi que c'est de la folie, gronda le félin. Alors lâche-moi.
– Je ne t'ai rien demandé Chat Noir ! Et toi Rena ! Pourquoi tu n'as rien dit à Carapace, toi qui lui confies toujours tout et ne lui mens jamais ?! Hein ! Pourquoi tu ne lui as toujours pas avoué qui nous étions avec Chat Noir ?! »
Rena garda le silence, en soutenant le regard de l'héroïne rouge qui s'époumona :
« Parce tu sais très bien qu'il pourrait devenir la cible du Papillon s'il savait, tout comme nous trois ! Toi aussi tu veux protéger celui que tu aimes de la menace du Papillon ! Alors pourquoi tu ne me soutiens pas sur ce coup ! Pourquoi tu n'es pas de mon côté ?! Tu sais que je fais ça pour son bien !
– J'ai toujours été de ton côté Ladybug… murmura la renarde navrée. Mais… regardez autour de vous. »
Elle parcourra les alentours des yeux, scrutant la ville en état d'alerte, la panique et l'affolement général, des camions des forces de l'ordre par centaines de partout tentant de calmer la foule.
« J'ai toujours cru en vous, en Ladybug et Chat Noir, en mes héros qui se sont toujours battus côte à côte. Jamais l'un contre l'autre. Mais aujourd'hui… dites-moi en quoi je crois ? »
Ladybug la fixa sans un mot, jusqu'à sentir la tension de son filin s'envoler. Chat Noir en avait profité pour se libérer et se défiler.
Sans même un regard pour sa meilleure amie, elle se hissa dans les airs à sa poursuite. Le bruit de son yoyo siffla sans relâche et continua d'heurter le bâton de son partenaire. Elle ne retenait plus ses assauts, lui ne retenait plus ses frappes, tandis qu'un trottoir se brisait en mille morceaux sous leurs pieds.
Une nouvelle illusion vint les perturber, en vain. Ils la traversèrent en rebondissant sur des tuiles.
Il faut en finir.
« Tu ne me laisses plus le choix ! » clama-t-elle.
Il se retourna à l'instant où elle lança son yoyo dans les airs.
« Lucky Charm ! »
Une boite en carton au couvercle transparent retomba dans ses mains. À l'intérieur, se trouvaient deux marionnettes à mains à l'effigie de Ladybug et Chat Noir.
« Alors ? C'est quoi la solution miracle très chère partenaire ? » maugréa-t-il d'un ton méprisant.
Cela l'énerva d'autant plus qu'elle ne voyait pas comment l'utiliser pour parvenir à ses fins. Des larmes perlèrent au coin de ses yeux bleus.
« Pourquoi tu m'obliges à faire ça ? On pourra enfin vivre heureux tous les deux si tu me rends ton miraculous !
– Depuis ma chambre ? Et comment ? Tu peux m'expliquer ?
– Très bien. Si tu refuses de comprendre… Alors je te ferai renoncer, avec ou sans mon Lucky Charm !
Il se redressa de toute sa hauteur, comme pour lui rappeler qu'il était bien plus grand qu'elle.
– Renoncer ? Tu me demandes de faire comme si je ne savais pas qui tu étais ? De revenir comme avant ? De renier mes sentiments alors que je sais que tu m'aimes ? Et si notre lutte contre le Papillon durait encore des années ? Tu ne peux pas me demander ça, de me demander de gâcher des années de ma vie à vivre loin de toi. Tu n'as pas le droit de m'abandonner toi non plus !
– Et si Papillon gagne par notre faute, qu'il refait le monde, un nouveau monde où on ne se serait jamais rencontré ? »
Un grondement sourd résonna une nouvelle fois dans les rues plongées dans le chaos.
« Je suis Chat Noir. C'est ce que je suis, qui je suis. Je suis enfin moi-même Marinette. Nous sommes enfin qui nous sommes.
Elle déglutit.
– Tu penses que c'est ce que nous sommes, ça, là maintenant ?
– Disons que maintenant que nous savons qui se cache derrière nos masques, nous pouvons enfin l'être, nous-mêmes…
– Pas à ce prix, jamais ! dit-elle en secouant la tête. J'ai trop peur de te perdre. Je ne changerai pas d'avis !
– Dans ce cas… »
Il ouvrit sa main droite.
« Cataclysme. »
Elle se jeta sur lui, son Lucky Charm dans une main, son arme dans l'autre. Il esquiva et para ses assauts, brandissant son bâton d'une main et tendant l'autre devant lui pour briser son Lucky Charm. Car il était hors de question que le pouvoir des coccinelles l'aide à détruire sa vie de super-héros.
Ladybug réclama son miraculous sans interruption, il refusa catégoriquement à chaque fois tout en déviant son arme. Elle était focalisée, obnubilé, obsédé par son coéquipier. Même lorsqu'une silhouette féminine bleutée émergea entre les immeubles.
« Mayura, carrément !
– Sérieusement Rena… »
Ils poursuivirent leur cavale effrénée sur les toits des immeubles, au milieu des bruits d'explosion, de la fumée et du monde qui partait en lambeau.
Rien ne les arrêta. Ni les cris affolés des parisiens. Ni les illusions perpétrées par Rena. Ni le compte à rebours lancé par le clignotement de leur miraculous.
Ni même quand Ladybug, dans une ultime offensive, manqua de se retrouver sous ses griffes destructrices et dû se protéger avec son Lucky Charm, qui fut anéanti. Une perte qui ne fit qu'accroitre sa colère et la violence de ses coups pour le désarmer.
L'exaspération bouffait le ventre de Chat Noir. Cette dernière amplifiait la douloureuse onde de choc qui vibrait le long de son bras lorsque son bâton percutait le yoyo de toutes ses forces. Mais sa volonté n'avait d'égal que sa résistance physique. Car il était sûr d'être dans le vrai, le juste, le droit chemin. Ladybug avait tort cette fois-ci, il en était certain. Alors il enserra son arme à s'en faire craquer les phalanges.
La situation dégénéra assez vite. Sûrement à partir du moment où elle tenta de le désarmer. Ou bien peut-être avant…
La colère rongeait ses membres. Ils étaient trop proches pour évaluer convenablement les distances, aveuglés par la rage qui bouillait dans leurs veines. Et c'est à l'instant où elle visa sa main pour lui faire lâcher son arme qu'elle en prit conscience, quand ses doigts lancèrent son yoyo dans la mauvaise direction et que les bras de son partenaire se raidirent pour abattre son bâton trop étendu.
Ils allaient se frapper.
Le geste de Chat Noir fût leste et vif, mais elle avait amorcé le sien plus rapidement. Elle allait l'atteindre en première.
Elle eut tout juste le temps de retenir son mouvement pour faire perdre la tension à son fil. Puis elle vit dans ses yeux verts que lui aussi avait réalisé ce qui allait se produire, mais que contrairement à elle, il n'avait plus le temps de réagir.
Pris dans ce tourbillon qui lui noyait l'esprit, il se rendit compte trop tard qu'il la projetait à une dizaine de mètres plus loin.
Elle toussa, avant de se hisser sur ses genoux et de se relever sans grande difficulté. Chat Noir avait tenter de la désarmer à la base. Le coup n'était pas aussi violent que ça en avait l'air, même si son vol plané avait été spectaculaire.
Mais ça lui était égal d'avoir reçu le coup. Même si elle avait dû se remettre sur pied péniblement, peu importe. Car si elle ne s'était pas stopper dans son élan, c'est elle qui l'aurait frappé.
Et Ladybug pouvait tout endurer. Tout, mais pas ça.
Elle plaqua ses mains sur sa bouche pour retenir son effroi. Son partenaire quant à lui, avait été abattu sur place par son geste, sous le choc. Elle entendait sa respiration incontrôlable d'ici.
Qu'étaient-ils en train de faire ? Qu'est-ce qu'ils avaient osé faire ? Qu'est-ce qu'ils étaient devenus ?
Une nouvelle déflagration explosa à côté d'eux, faisant voler une façade en éclat.
« CA SUFFIT RENA ! » hurlèrent-ils simultanément de fureur.
Pas besoin de leur rappeler qu'ils étaient allés trop loin, que c'était toute leur vie et le monde qui étant en train de s'écrouler et s'effondrer.
Ils le savaient que trop bien. Et ils étaient dévastés, fous de rage d'en être arrivés là.
Hors d'elle, Ladybug lança son yoyo en même temps que Chat Noir envoya son bâton d'un même geste en direction de l'illusion pour la faire disparaitre en fumée. Comme pour faire taire la voix inquisitrice qui leur rabâchait ce qu'ils étaient en train d'éprouver et d'endurer amèrement.
C'est alors que le yoyo et le bâton ricochèrent sur les décombres de la façade et leur revinrent dans les mains.
Leur visage devint livide. Ce n'était pas une illusion.
« Mais alors… La Mayura de tout à l'heure… »
Les deux héros constatèrent avec terreur les ravages de la ville autour d'eux, des habitants hurler et pleurer, les secours tenter une évacuation d'urgence, l'hélicoptère de TVi évaluer les dommages et compter les victimes par centaines.
Depuis combien de temps ce cauchemar était devenu une réalité ?
Ils se précipitèrent vers l'épicentre de la tourmente, où les victimes au sol étaient assistées par des pompiers. Les deux héros s'attirèrent des regards d'appréhension, comme si leur venue amenait la peste et portait malheur. Pour la toute première fois, Paris craignait ses héros.
Le fracas d'un bus qui percute un échafaudage se répercuta jusqu'à leurs oreilles. En moins d'une seconde, ils furent sur place.
Rena Rouge était en train d'essayer de contenir un ours jaune de trois mètres de haut qui balayait les bras devant lui.
Il était certes impressionnant, mais pas au point de causer autant de dégâts.
Ladybug tourna la tête de tout côté à la recherche de… Une petite fille. Tenant une peluche d'ourson dans ses mains. Elle se rua vers l'enfant pour déchirer le nounours et récupérer l'amock.
Soudain, juste avant de s'emparer de l'objet, la chose la plus improbable et la plus incompréhensible à laquelle Ladybug n'avait jamais assisté se produisit : La plume s'échappa de la peluche, retrouva sa couleur immaculée et s'envola dans le ciel couvert de fumée noir. L'ours géant s'évanouit.
Qu'est-ce que ça signifie ?
Chat Noir parût tout aussi sidéré qu'elle.
Cependant, la réponse arriva au moment où elle aperçut une marée de civils s'enfuirent courant à l'autre bout de l'esplanade.
« Que s'est-il passé ? s'affola Rena en arrivant auprès des héros.
– C'est Mayura… Elle a des potentielles victimes de partout, absolument partout. Elle a dû voir que j'allais récupérer sa plume, alors elle a délaissé celle-ci et a amokisé un autre objet, sûrement par là-bas, dit-elle en pointant son doigt en direction de la foule en déroute.
– Mais alors, s'inquiéta Rena, elle peut amokiser n'importe qui, à volonté ! Tu auras beau récupérer l'amok à chaque fois, elle pourra continuer de causer des dégâts !
– Cela veut dire aussi qu'elle doit être dans le coin. »
Elle marqua un silence, couvert par le bruit des cris, des sirènes, des incendies, de l'affolement et de la confusion général.
« Rena, vérifie les alentours. Si ça se trouve, elle fait diversion pour le Papillon. Au moindre signe suspect, tu nous appelle. Chat Noir et moi on va s'occuper de Mayura. »
Leur coéquipière obéit, s'apprêtant à bondir.
« Rena ! »
L'héroïne renarde se retourna vers sa meilleure amie. Un air grave fronça les traits de Ladybug. Elle l'avertit :
« Ne le fais que si tu es certaine de ne pas te faire akumatiser ou amokiser toi aussi. Sinon, détransforme-toi et rentre à l'abri chez toi. »
Rena parut hésiter, puis disparut derrière un immeuble.
Chat Noir n'avait toujours pas prononcé un mot, ni fait aucun signe de tête. Le clignotement sonore de sa bague fut le seul signe d'activité qui émana de lui.
Son regard vert électrique était figé dans le sien. Elle ne le supporta pas plus longtemps et se mit en route sans le regarder, suivi de près par le bruit de ses pas dans son dos.
Comme prévu, se concentrer sur les victimes n'eut aucun effet, hormis celui de libérer la plume sans même intervenir, avant qu'une nouvelle entre en jeu dans un nouvel objet et les fasse repartir de zéro.
C'est Chat Noir qui repéra en premier la silhouette svelte et violette de Mayura. Il fonça droit sur elle.
Plus question de la vaincre ou de récupérer le miraculous du Paon. Il fallait juste la neutraliser et la faire battre en retraite avant qu'ils ne se détransfoment. Mayura était probablement déjà au courant qu'ils avaient utilisé leur pouvoir et qu'ils n'avaient plus aucun avantage, ni aucune carte à jouer.
Elle contra son offensive grâce à son éventail mais Ladybug l'aborda par l'autre flanc. Ils la tenaient en tenaille. En position défensive, leur ennemie avait néanmoins l'avantage du temps qui était contre eux.
Étrangement, elle leur adressa un sourire en coin avant d'éjecter son arme sur Ladybug, qui l'esquiva sans encombre, après que Chat Noir se soit jeté dans sa direction pour défendre sa coéquipière.
Mayura profita de l'ouverture pour se défiler et se camoufler dans l'épaisse fumée noire. Sa voix résonna contre les murs, comme si elle était partout à la fois :
« Rejoignez-nous.
– Non mais qu'est-ce que tu crois ? vociféra la coccinelle.
– Si vous pensez pouvoir surmonter ce qui vous arrive, alors dans ce cas je m'abstiens… Mais dans le cas contraire, c'est la meilleure chance pour vous de parvenir à vos fins. »
Pourquoi Chat Noir n'avait toujours rien dit ? Pensait-il vraiment qu'il n'y avait plus rien à faire, que leur fin était advenue ? Et pourquoi elle non plus n'avait rien à rétorquer à Mayura ? Était-elle convaincue au fond que c'était terminé ?
« Ladybug, le Papillon et moi sommes prêts à te suivre et t'aider à récupérer son miraculous. Mais si c'est toi qui nous rejoins Chat Noir, nous saurons nous montrer reconnaissants et fidèles. Vois comment ta loyauté a payé. Aucun de vous deux n'est dans le bon camp désormais. »
En ce qui la concernait, ce n'était pas du tout le moment de tergiverser. Le dernier tintement de leur bijou venait de sonner et il était hors de question que Mayura les voit sans leur costume. Ils allaient devoir laisser les citoyens à eux-mêmes et revenir plus tard pour s'occuper de leur adversaire. Elle se retourna vers son coéquipier pour l'emmener loin d'ici. Mais Chat Noir resta sans bouger.
Un frisson parcourut sa colonne au moment où elle alla pour lui attraper le bras. Était-il vraiment en train de réfléchir à ce que Mayura venait de proposer ?
Tout à coup, une quinte de toux gronda à travers l'épaisse couche de fumée, accompagnée par une vive lumière indigo qui eut pour effet de réveiller Chat Noir. C'était l'occasion rêvée de découvrir qui se cachait derrière le masque de ceux qui les empêchaient de vivre heureux, la cause de tous leurs problèmes. Mais Ladybug l'empêcha de se lancer à sa poursuite.
« On ne peut plus rien faire », souffla-t-elle.
Mayura avait dû en profiter pour s'éclipser. Il aurait été impossible de la localiser là-dedans, avec les quelque secondes qui leurs restaient.
Alors ils se résignèrent et partir se dissimuler à un angle de maison. Ce fut à leur tour d'être enveloppés d'une lumière vive.
Marinette vit le regard bas d'Adrien perdu dans le vague. Elle avança sa main pour la poser sur son épaule, mais il réagit immédiatement et s'écarta pour l'esquiver.
Elle avait l'impression de ne jamais avoir été aussi meurtrie de toute sa vie.
« Tout ça aurait pu s'arrêter, murmura-t-il.
– Je sais… C'est allez trop loin.
– On s'est battu… je t'ai frappé.
– Et tu as cherché à me protéger alors que je n'en avais pas besoin.
– Tu as fait pareil. Et on ne serait plus là si la boule de feu n'avait pas été une illusion de Rena.
Marinette aurait soupiré s'il y avait eu de l'air dans ses poumons.
– Tu as oublié que je suis moi aussi une super-héroïne, je suis plus forte que tu ne le penses. Tu cherches même à me protéger en tant que Marinette.
– Moi non plus je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit.
– Pas au point de me considérer comme une incapable. »
C'est comme s'il lui avait enfoncé un couteau dans le dos et l'avait ouverte sur toute la longueur. Et l'épouvantable goût amer qui remplissait sa bouche voulait sûrement signifier qu'elle lui avait fait la même chose.
« Tu n'étais pas comme ça avec moi avant, chuchota-t-elle d'une voix éteinte.
– C'était avant que je sache…
– Donc tu n'en avais rien à faire de moi avant ?
– Marinette… ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit.
– C'est pour ça que tu penses qu'on ne surmontera pas ça ?
– C'est simplement que c'est moi qui aie toujours pris tous les risques. Donc si maintenant tu cherches à me défendre, c'est que toi non plus tu n'en avais rien à faire de moi avant. »
Elle ne sentait même plus la chaleur émaner de son corps. C'est comme si tout l'amour qu'elle éprouvait pour lui s'était métamorphosé en monstre inarrêtable.
« Rassure-toi, dit-il doucement. Jamais je ne rejoindrai le camp de Papillon. Mais Mayura a peut-être raison.
– On ne peut plus être Ladybug et Chat Noir.
– Je ne te rendrai pas mon miraculous.
– Même après ce qu'on a osé faire ?
– Même après ce que j'ai osé faire. Oui. Même si je dois te protéger de moi ou de nous.
– Même après avoir failli mourir et passer presque un mois à l'hôpital ? Je te le redis, mais je n'ai pas besoin que tu me protèges.
– Et pourtant, j'affronterai la mort un millier de fois s'il le faut pour toi.
– Et moi je ne te laisserai pas faire. Je ne la laisserai pas te prendre et t'emporter. Pense à si c'était moi à ta place ? demanda-t-elle. Tu me laisserais marcher droit vers une mort certaine ?
– C'est justement pour que ça ne t'arrive jamais que je dois rester auprès de toi et garder mes pouvoirs de super-héros.
– Tu crois que je vais attendre que tu succombes sans rien faire ? Je t'arracherai ta bague de force s'il le faut. »
La fatigue fit trembler ses muscles. Marinette avait envie d'hurler mais était trop vidée de tout pour le faire.
Adrien releva la tête vers elle. Elle l'imita mécaniquement.
Il ouvrit la bouche, elle se décomposa :
« Tu m'as aimé ? »
C'était à elle qu'on aurait dû offrir le miraculous de la destruction. Elle aurait cataclysmer le mur sur lequel elle reposait, le sol sur lequel ils se trouvaient pour le faire taire. Elle aurait détruit la terre entière, et elle avec.
« Les enfants ! intervint un gendarme qui passa l'angle de la rue à travers les fumées. Il ne faut pas rester là, c'est trop dangereux ! Les super-héros sont en train de s'affronter dans le secteur et Mayura ne doit pas être loin. Suivez-moi. Allez ! »
