Chapitre 3 : Où Amour n'est plus
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Singulier destin que celui de Melania Black.
Saviez-vous qu'elle sombra lentement ?
Que ses parents l'y aidèrent ?
Que sa vie s'écroula une nouvelle fois ?
Et qu'elle ne s'en remettrait jamais vraiment ?
Remarquez, elle est seulement sur le point de se faire du mal, encore une fois.
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Jamais, jamais elle ne dépendrait de son père et de son second frère qui avaient détruit son grand amour. Elle s'en fit la promesse lorsque Barnabas revint les mains pleines de sang et les cheveux poisseux peu avant le dîner. Elle le jura sur tous les dieux et tous les mages lorsqu'il l'accueillit par une gifle froide et dominatrice devant tout le monde, sur le seuil de la salle à manger.
Elle garda les yeux sur le sol si bien qu'elle manqua le regard fou de son frère. Il n'avait jamais eu ce regard fou par le passé. Barnabas Macmillan, second fils de Sileas et Jane Macmillan, avait toujours été très dur, très exigent et pointilleux sur la tenue qu'une femme devait avoir. Longtemps, il avait essayé de s'assouplir, surtout sur les demandes de Tomas et à cause de l'affection qu'il portait à sa petite sœur, rieuse, révoltée et éprise de liberté. Puis son idéologie rétrograde et raciste avait pris le dessus, et il avait déchiré son âme.
Il avait tué à l'aide de la magie.
L'Avada Kedavra avait tué le fils de chienne qui avait engrossé sa sœur. L'Avada Kedavra avait tué une partie de son âme. Il ne se retint plus de montrer à sa sœur à quelle attitude elle devait se cantonner.
« Barnabas ! le reprit Tomas en bloquant la deuxième gifle qu'il s'apprêtait à assener à la douce Melania.
— Laisse-moi la corriger, Tomas. Ce n'est pas toi qui as fait la basse besogne, laisse-moi finir !
— Tu ne battras pas Melania ! Baisse… la… main », articula-t-il lentement en faisant plier son frère dans un bras de fer éclatant de pouvoir.
La main de pouvoir plana au-dessus de Melania à partir de cet instant. À cet instant, au lieu de fuir, elle dût comprendre qu'elle devait se ranger sous les bras les plus doux et les plus forts qu'elle pouvait trouver. Elle se glissa derrière Tomas.
« Et que va-t-on faire de ce demi-moldu, hein Tomas ? Tu veux vraiment accueillir quelqu'un comme ça dans notre maison ? s'exclama Barnabas en reprenant son bras pour lui. »
Le ça avait été ponctué d'un mouvement de tête en direction du ventre de Melania. La mèche de cheveux poisseuse qui s'agita resterait longtemps dans les cauchemars de Melania.
« Tu parles du fils de ta sœur, de ton neveu, de…
— Il ne manquerait plus que ce soit un garçon ! Cet enfant ne portera pas le nom des Macmillan, je te préviens Tomas…
— C'est moi l'aîné, c'est moi qui prends les décisions ! rappela Tomas d'une voix froide et tranchante. »
Melania évalua la puissance calme et impériale de Tomas en un clin d'œil. Il tenait sa promesse, il ne laissait personne lui faire du mal.
« Et c'est moi le chef de cette famille, cassa Sileas Macmillan. Cet enfant ne sera pas un Macmillan et il ne grandira pas sous notre toit.
— Père !
— Personne ne sera au courant de la sottise de Melania, décida-t-il. »
Melania avait la protection de Tomas, quoi qu'il se passe, elle le savait. Mais elle ne voulait pas de l'autorité de son père.
Alors le lendemain matin, lorsque ses frères furent aux champs avec leur père, lorsque sa mère vint la trouver pour lui dire qu'elles devaient se rendre sur le Chemin de Traverse pour une course, Melania approuva le mensonge et suivit sa mère jusqu'à Londres. Elle la suivit même dans l'Allée des Embrumes sans poser de questions.
« C'est pour ma fille, elle… vous savez, annonça maladroitement Jane Macmillan la voix tremblante.
— Un avortement ? explicita Anathema Selwyn. »
Melania se redressa à ce moment-là, et releva la tête avec arrogance. C'est elle qui le voulait. Elle ne voulait pas de l'enfant d'un homme qui l'avait traitée de sale sorcière. Elle ne voulait pas se retrouver sous l'autorité de son père pour toujours parce qu'aucun homme ne voudrait l'épouser, elle, une sorcière au Sang-Pur avec un enfant dont on ignorerait la généalogie. Elle ne voulait pas…
Elle suivit Anathema Selwyn à l'étage de sa boutique, elle se laissa ausculter et questionner. Elle était apparemment enceinte depuis deux mois et demi, ou bien trois. Miss Selwyn lui rappela que c'était dangereux un avortement, surtout si la grossesse était déjà avancée. Elle hocha distraitement la tête. Elle ne voulait pas…
La fiole de potion s'approcha de sa bouche, et la panique s'infiltra dans chaque pore de sa peau. Non, elle ne voulait pas ! C'était son bébé, le bébé de John, le seul lien qui lui restait de l'homme qu'elle avait aimé à la folie. Elle se débattit. Sa mère ou Miss Selwyn lui versa la potion dans la gorge.
« A… Avale, ma chérie, s'il te plaît, la supplia sa mère en sanglotant.
— Mrs Macmillan ! Arrêtez, elle…
— S'il te plaît, Melania, pense à ton avenir… continua sa mère, la main tremblante mais ferme contre la bouche de Melania. »
Et Melania avala.
Elle se laissa tomber sur le lit mis à disposition dans la salle macabre de Miss Selwyn. C'était un Paradis qu'un ange de plus rejoindrait dans quelques heures. Son ange. Son bébé qu'elle venait de tuer.
« Allez-vous en, ordonna-t-elle à sa mère en sentant sa voix, sa bouche et tout son corps se tordre d'horreur et de douleur.
— Melania…
— Allez-vous… »
Elle cria lorsqu'une nouvelle crampe la prit au ventre. Elle cria beaucoup ce jour-là, dans la pièce terne et poussiéreuse de la boutique de Miss Selwyn. Elle pleura aussi en voyant tout le sang s'écouler hors d'elle, son bébé, l'ange qu'elle venait de créer. Elle hurla de douleur et de désespoir. Car l'amour s'écoulait avec ce fruit d'amour. L'amour qu'elle avait porté à John était effacé, nié, avec l'enfant que la potion lui arrachait.
Et personne ne saurait jamais qu'elle avait aimé John. Que John l'avait touchée.
L'Amour n'exista plus pour Melania à partir de cet instant.
Mais avait-il vraiment existé, cet amour ?
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Ce fut Tomas qui revint la chercher le soir, furieux et désemparé. Il n'adressa pas un seul mot à Miss Selwyn qui pinça les lèvres avec agacement. Elle ne voulait pas d'ennuis, elle. Elle exerçait sa profession dans une légalité toute relative d'un point de vue moral pour certains, mais une légalité juridique tout de même. Et toutes ces grandes familles qui se disaient offusquées de ses activités savaient très bien venir la voir pour leurs affaires, et plus encore lui éviter toutes représailles juridiques. Elle protégeait leurs secrets s'ils protégeaient sa boutique et sa personne. Tout le monde était gagnant.
Melania suivit son frère comme un Inferi hors de l'Allée des Embrumes. Elle écouta vaguement ses inquiétudes. Elle n'avait plus de forces, plus rien. Son ventre était vide, son cœur était vide et ses yeux étaient vides. Elle n'avait plus de larmes à verser. Elle n'en verserait plus du reste de sa vie. Enfin, c'est ce qu'elle crut ce soir-là. Car la vie n'en avait pas fini avec elle.
Elle monta derrière son frère sur le balai et elle le laissa les ramener en Écosse, chez leurs parents. Il s'arrêta dans la petite rue, devant chez eux. Elle avait encore mal au ventre, elle ne pourrait transplaner ou utiliser de poudre de Cheminette pendant plusieurs jours.
« Comment… comment te sens-tu ? lui demanda-t-il à mi-voix dans l'obscurité aveuglante de la nuit.
— Vide, avoua-t-elle.
— Melania, si j'avais compris que…
— C'est mieux ainsi », essaya-t-elle de se convaincre.
Elle essaya de s'en convaincre car elle ne pensait plus à cet instant. Elle ne respirait presque plus, seul le réflexe l'empêchait de mourir d'asphyxie. La joie, l'amitié et l'amour l'avaient toujours fait vivre, et elle avait l'impression que les trois lui avaient été volés aujourd'hui. Arrachés. Ou même qu'ils n'étaient qu'une illusion qui était tombée à présent. Comment vivre alors ?
« Veux-tu que j'invite Ludovica et Fiona demain pour…
— Non, refusa-t-elle. »
Ses amies la jugeraient et ne chercheraient pas à comprendre, comme elles l'avaient fait avec John. Ludovica dirait qu'elle le lui avait dit, et Fiona la regarderait mal, très mal, comme tous les autres. Si John l'avait repoussée à cause de sa nature sorcière, c'est qu'il ne l'aimait pas. Si Fiona et Ludovica n'avaient pas cherché à l'écouter et à la comprendre, c'est qu'elles n'étaient pas ses amies. Il n'y avait que Tomas qui essayait de lui parler sans rien lui imposer.
« Je suis fatiguée, avoua-t-elle.
— Rentrons, je vais te monter une assiette. Soupe ?
— Merci, souffla-t-elle en glissant sa main dans le creux de son coude. »
Tomas laissa son balai sous le haut-vent, et lui ouvrit la porte pour la laisser passer. Son père, sa mère et Barnabas étaient dans le grand salon. Sileas Macmillan était assis dans son fauteuil et parlait avec agitation à son frère qui lui, était debout, appuyé contre le linteau de la cheminée. Sa mère faisait les cent pas. Elle s'immobilisa et se tourna vers sa fille.
« Melania, bafouilla-t-elle en accourant vers eux mais Melania fit un pas en arrière et se cacha une fois de plus derrière Tomas.
— Bien, conclut Sileas en se levant, toute agitation disparue. Je vous remercie de vous en être occupé, Jane. Viens t'asseoir, Melania, j'aimerais mettre les choses au point.
— Je suis fatiguée, je…
— Melania.
— Elle est fatiguée, père, reprit Tomas qui était le seul à essayer de tenir tête à son père.
— Et moi aussi je suis fatigué de son comportement, reprit son père en pinçant les lèvres. Je vais surveiller tes sorties, et tu viendras avec moi aux champs. Ta mère s'occupera de la maison uniquement, et toi, tu resteras sous mes yeux. Si tu veux voir tes amies, invite-les chez nous. Si tu veux sortir, sois accompagnée de ta mère, tes frères ou moi. Je te faisais confiance, j'avais apparemment tort. »
Melania acquiesça car elle était vide, une coquille vide que son père était en train de remplir à nouveau.
« Père, vous…
— Il suffit, Tomas, trancha Sileas Macmillan d'un geste sec. Avance ton mariage au lieu de céder à tous les caprices de ta sœur et de ta fiancée. Six ans de fiançailles, où va le monde ?
— Je ne l'épouserai pas avant deux ans, vous savez aussi bien que moi que les études de médicomagie sont longues et…
— Et que fera-t-elle de sa médicomagie lorsqu'elle tiendra la maison ? » s'agaça Sileas Macmillan.
Comme toujours, Tomas Macmillan avait réussi à détourner l'attention de leur père de sa petite sœur sur lui. Et comme toujours, Sileas Macmillan s'emporta contre lui.
« Elle sera Guérisseuse à Ste-Mangouste, et elle achètera un deuxième elfe pour aider mère, répondit pour la énième fois Tomas.
— Non, Tomas. Ce mariage aura lieu avant vos vingt-cinq ans. Je vais parler à son père, il sera d'accord avec moi. Cette situation est intenable. C'est ton attitude qui a donné un mauvais exemple à ta sœur. Alors nous allons marier ta sœur, et ensuite, ton mariage aura lieu. La discussion est close.
— Père ! s'emporta Tomas.
— J'ai dit : la discussion est close ! Si ta sœur est si fatiguée, monte la coucher. »
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La Maison des Black fera enfin son apparition au prochain chapitre avec un personnage mystère d'une autre de mes fanfic... Merci d'avoir lu, et à très vite j'espère :) Bonne nuit !
