Chapitre 4 : Où Amant est plus utile
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Singulier destin que celui de Melania Black.
Saviez-vous qu'elle oublia l'Amour ?
Qu'elle oublia de vivre ?
Qu'elle se mit à regarder les hommes comme des moyens ?
Et qu'elle compta leurs avantages comme du bétail ?
Remarquez, elle entre seulement dans ce 12, Square Grimmaurd qui va la dévorer.
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Je vous arrête tout de suite. Ce n'est pas Sileas et Barnabas Macmillan qui arrangèrent les fiançailles de Melania avec Arcturus Black. Ils étaient durs, racistes et dominateurs, mais pas fous. Arcturus Black, lui, était fou. C'était un secret de polichinelle. Il était toqué de partout, il sortait toujours prendre l'air, il n'avait pas d'amis, il ne parlait jamais en public. Une forme de paranoïa aiguë qui allait de mal en pis.
Sileas et Barnabas voulaient que Melania se marie pour ne plus avoir à s'inquiéter de son cas, et ils lui donnèrent six mois pour trouver un futur époux. Six mois pour inviter leurs amis, se rendre aux réceptions dans ce but de trouver un bon parti à Melania. Six mois durant lesquels Melania fit ses deuils d'un amour et d'un ange qui déchiraient son cœur jour après jour. Six mois durant lesquels elle porta du noir et reçut des moqueries de la part de la société Sang-Pur qui la surnomma d'abord Melanoir pour cette couleur, puis Morvina pour ses yeux toujours humides puis Noirvina, Morvinoir et autres quolibets imagés.
Six mois qui lui furent nécessaires pour parler à ses amies de ce qui lui était arrivé. Loin de s'offusquer, ses amies s'horrifièrent des gestes de son frère et son père, de la soumission aveugle de sa mère, et du comportement de John.
« Mais quel malotru, quel !... s'horrifiait Ludovica, incapable d'imaginer pareille situation.
— On devrait les enfermer les types pareils ! s'enflammait Fiona, plus au fait.
— Il… Il est mort maintenant mais… avançait Melania avec hésitation.
— Pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? Il n'a pas le droit de… de faire quand tu ne veux pas, disait Ludovica avec hésitation.
— Je ne voulais pas, mais après ça allait un peu, je…
— C'est pas compliqué d'entendre un non quand même, rageait Fiona.
— Je pensais que c'était normal de…
— Alexander aussi insistait comme ça ?
— Non mais, on… on était plus jeunes alors…
— Et puis te traiter de sale sorcière comme ça alors que tu étais enceinte…
— Ta mère, ton père et Barnabas… J'en reviens pas », bafouillait Ludovica.
Ce furent peut-être leurs mots qui firent songer Melania au fait que John n'était pas son Darcy – ni même un Darcy. Elle ne songea malheureusement pas à partir – la vie se résumait à cette vie pour elle : elle songea plutôt au fait qu'elle avait besoin de trouver un mari qui puisse la protéger définitivement de son frère et de son père. Dès que Tomas avait le dos tourné, les réprimandes et les coups volaient, comme si elle était perpétuellement en faute. La violence n'avait jamais été aussi présente chez les Macmillan à cette époque.
Lorsqu'elle sortit de l'âtre de l'immense cheminée de ce 12, Square Grimmaurd, elle se souvint que ce soir faisait presque quatre mois que John l'avait laissée – et blessée. Elle se souvint de la date imposée par son père et elle se souvint qu'elle ne devait plus tarder pour évaluer son environnement. Elle tira sur l'échancrure de sa robe noire pour l'ouvrir un peu et peut-être attirer l'attention. Elle se permit de sourire, en partie libérée des souvenirs étouffants depuis qu'elle en avait parlé à ses amies.
C'était le mariage de Pollux Black et Irma Crabbe, des camarades de son année à Poudlard. Ils avaient tous deux été répartis à Serpentard alors qu'elle-même avait fait ses classes dans la Maison d'Helga Poufsouffle, mais elle s'était toujours plus ou moins entendue avec Irma, même si Irma n'était pas drôle et bien trop sérieuse. Lors de leur quatrième année, Irma avait commencé à mourir d'amour pour Pollux qui lui accordait une attention toute relative. Le temps avait fait les choses, le dévouement d'Irma aussi, et Pollux avait arrêté son regard sur la petite, obéissante mais déterminée Irma Crabbe. Et quelques mois après la fin de leur septième année, en mars 1924, ils officialisaient l'amour qu'ils se portaient par une union brillante et fastueuse non, comme l'aurait voulu la coutume, dans le Manoir Crabbe qui tombait en ruine, mais dans le majestueux 12, Square Grimmaurd qui recevait assez rarement depuis vingt ans pour être considéré comme mythique.
Pourtant, selon Melania, c'était lugubre.
Il faisait sombre, la lumière ne passait pas les lourdes tentures vert bouteille des rideaux, et c'était froid et silencieux. Peut-être étaient-ils en avance ? Tomas était accompagné de Myrina Greengrass, ce qui ne choquait personne à part son père, soit parce que chacun se réjouissait d'un couple si bien assorti et si tendre, soit parce qu'ils s'y étaient habitués. Sa mère restait silencieuse à côté de son père et Barnabas s'assurait qu'elle ne s'éloigne pas de lui d'une semelle.
Pollux accueillait les invités les uns après les autres secondé par son père auquel il ressemblait comme deux gouttes d'eau.
« Melania, je suis ravi de te revoir, la salua Pollux avec un large sourire. »
Il était heureux, et fier aussi. Pollux avait toujours eu beaucoup de prestance, c'est ce qui avait tellement plu à Irma.
« Je suis honorée de l'invitation, Pollux, répondit-elle machinalement.
— Macmillan, salua-t-il ensuite son frère.
— Black, tu dois être comblé. Mes félicitations, répondit son frère avec toute l'urbanité dont il savait user.
— Je le serai encore plus après la cérémonie. Irma m'en veut toujours d'avoir repoussé le mariage au mois de mars, raconta-t-il avec un discret sourire posé, mais je tenais à la validation de mon admission au Département des Transports Magiques au préalable. Les femmes sont si pressées de se marier, ajouta-t-il d'un ton moqueur.
— Si pressées, répéta Barnabas avec crispation.
— Les invités sont dans la salle de réception, la porte est ouverte, je vous laisse vous y rendre, les invita-t-il pour accueillir les prochains venus qui faisaient déjà gronder la cheminée. »
Melania manqua le départ de son frère et elle eut l'impression de se faire traîner dans les couloirs de ce 12, Square Grimmaurd. Quelle soirée. Quelle soirée cela allait être.
La salle de réception était illuminée de mille chandelles, les invités étaient tous vêtus de couleurs, de fourrure, de pierreries, d'or et de plumes exotiques. Le tournis fit flancher Melania, seule la poigne brusque et la réprimande de Barnabas la ramenèrent à l'instant présent. C'était le moment, le moment de trouver un regard doux, des bras forts et un confort. Elle ne dit rien, elle ne répondit rien à Barnabas qui lui désignait un garçon puis un autre.
« Tu fais ta difficile, crissa finalement Barnabas à son oreille. Regarde Anosyius Prewett, il était à Gryffondor un an au-dessus de moi, et…
— Je t'ai déjà dit qu'il avait une horrible réputation de coureur, le coupa Melania. Je ne veux pas être humiliée par des tromperies répétitives, merci.
— Tu saurais le garder dans ton lit si…
— Il est trop roux de toute façon. Tu veux des neveux roux ?
— Cet homme brun, là-bas, me dit quelque chose. Je suis sûr de t'avoir vue avec lui à Poudlard. Ce ne serait pas Darius Potter ?
— Impossible, Potter déteste Regulus, le cousin de Pollux, il ne mettrait jamais un pied ici, réfuta patiemment Melania en fixant l'homme. C'est Aristote Parkinson, Serpentard de mon année. Meilleur ami de Pollux.
— Et il te plaît ? lui demanda aussitôt son frère.
— Il ne me dégoûte pas, en convint Melania. »
Il était toujours très discret, en retrait, derrière ses petites lunettes en ferraille, le nez dans ses livres. C'était sans doute pour cela qu'elle ne l'avait pas vu à d'autres réceptions depuis quatre mois. Elle lui avait un peu parlé pour les devoirs en commun qu'ils avaient dû rendre. Macmillan arrivait peu avant Parkinson dans la liste alphabétique, et une fois les BUSE passées et certains élèves ayant abandonnés des matières, en Botanique et en Métamorphose ils avaient dû travailler ensemble. Il ne l'avait jamais regardée dans les yeux, timide à l'excès, ce que n'était pas du tout Melania.
Oui, il était gentil. Son regard était doux, et c'était un bon sorcier quoique trop timide pour se lancer à l'assaut du monde. Elle le vit expirer tout l'air de ses poumons avec nervosité puis sourire à la ronde.
« J'irai lui parler dans la soirée, accepta-t-elle en sentant l'espoir faire repartir difficilement son cœur.
— Enfin tu t'ouvres au monde, marmonna son frère en les menant vers un ami à lui. Bonsoir Reginald, comment vas-tu ?
— Bonsoir Barnabas, bonsoir Melania, toujours aussi belle, la complimenta-t-il avec amusement. Aurais-tu peur de te perdre pour te cramponner ainsi à ton frère ? Je t'ai déjà dit de laisser vivre ta sœur, Barny, elle ne va pas s'échapper.
— Je suis un peu fatiguée ces temps-ci, plaisanta habilement Melania pour ne pas que son frère fasse une remarque quelconque sur elle. »
C'était toujours son frère et ça ne l'était plus. Il était aussi irascible que leur père depuis quatre mois, même plus irascible encore. Sa main était leste, et même s'il frappait moins fort que son père et sa ceinture, ce n'était pas agréable non plus. Il y avait toujours un peu de cette complicité qu'ils avaient eu tous les trois, Tomas, Barnabas et elle, mais quelque chose s'était brisé. Tomas ne parlait presque plus à Barnabas, et les moments de plaisanterie désertaient de plus en plus leurs conversations.
« Tu m'accorderas bien une danse, douce Melania ? insista Reginald avec amusement. Rose n'a pas pu venir, sa grossesse l'épuise et elle est sur la fin. Elle ne m'a autorisé qu'à danser avec toi.
— Comment va-t-elle ? demanda-t-elle en sentant son ventre vide crier. »
Parce que oui, la vie avait continué et le monde à tourner autour d'elle. Les femmes avaient des enfants, les amants ne mouraient pas : ils se mariaient. Elle jeta un nouveau coup d'œil à Aristote Parkinson qui remettait fébrilement ses lunettes sur le bout de son nez.
Les amants se mariaient.
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La cérémonie fut longue à n'en plus finir. Notre douce Melania au cœur un peu guéri regardait Irma, pure et rayonnante dans sa robe d'une blancheur éclatante ; Pollux qui ne maîtrisait plus vraiment sa prestance et se tournait vers sa promise pour lui sourire largement ; la demoiselle d'honneur d'Irma, Valentina Crabbe, sa petite sœur, splendide dans sa robe vert pomme ; et le témoin de Pollux, Arcturus Black, fébrile et inquiet qui regardait tout autour de lui. Et puis elle regardait aussi Aristote Parkinson, non loin de Pollux, qui semblait prêt à remplacer le cousin dérangé de Pollux à tout moment.
Oui, j'ai parlé d'Arcturus Black, le futur époux de Melania. Et pendant longtemps j'ai aussi pensé que tout s'était joué entre eux ce jour-là. Pour Arcturus Black tout se décida ce jour-là, mais pas pour Melania. Melania avait encore d'autres épreuves à affronter avant de choisir à quelle main remplie de pouvoir elle accorderait la sienne. Elle était encore prête à croire à nouveau à l'Amour ce soir-là. La vue d'Aristote Parkinson réveilla en elle l'adolescente à la découverte de l'amour qu'elle avait été. Elle se rappelait l'avoir trouvé mignon avant de le trouver trop coincé.
Alors elle dansa un peu avec Reginald, avec ses frères, avec son père aussi. Avec Pollux un moment. Avec d'autres ensuite. Elle se rapprocha d'Aristote, discuta avec lui, mais il ne se décida pas à l'inviter à danser ni elle ni aucune femme et son cœur s'engonça un peu plus dans le corsetage de sa robe. Peut-être n'était-il pas intéressé, ni par elle, ni par les femmes ?
Il finit par s'excuser et prétexter se rendre aux commodités.
Elle décida de le suivre et d'en faire son amant.
Car les amants se mariaient, n'est-ce pas ?
Les amants comme lui épousaient les amantes comme elle, n'est-ce pas ?
Et puis il était bien trop respectueux et correct pour l'abandonner une fois l'affaire conclue. Elle le connaissait, c'était quelqu'un de gentil.
Il entra dans les commodités sans fermer la porte derrière lui. Elle l'entendit inspirer et expirer à plein poumon, ouvrir l'eau du robinet, la refermer. Il était inquiet, il avait besoin d'elle, besoin d'un peu de tendresse.
Et elle, elle avait besoin d'un homme.
Elle poussa la porte et s'empressa de la fermer d'un sortilège derrière elle avant de chercher ses yeux écarquillés de stupeur.
Elle leva lentement la main vers le col de sa robe dans l'idée de le tirer vers le bas et révéler un peu mieux le galbe blanc de son sein. Elle ouvrit la bouche dans l'idée de lui dire qu'elle l'admirait, qu'elle l'aimait et qu'elle pourrait être une épouse aimante sur laquelle il pourrait se reposer, qu'elle serait attentive à lui, qu'elle savait tenir une maison, même sans elfe pour l'aider… Elle voulut dire tout cela, mais face aux joues rouges d'Aristote, à sa bouche entrouverte, à ses yeux fixés sur sa poitrine, elle se sentit à nouveau désirée pour elle-même, pour son corps à elle, et non un corps. Et elle comprit un peu mieux combien John l'avait traitée comme un corps en voyant le désir d'elle dans les yeux d'Aristote. Alors elle oublia tout le reste. Elle le désira lui, elle désira la douceur de ses gestes fébriles de l'amour et de la découverte.
Elle désira être aimée.
« Fais-moi du bien, le pria-t-elle en entendant sa voix se casser.
— Melania, qu'est-ce que tu…
— Fais-moi juste du bien, s'il te plaît, chuchota-t-elle en s'approchant de lui. »
Il avait relevé les yeux vers les siens, des yeux écarquillés de stupeur et de convoitise. Elle était toujours jolie, mais elle devenait belle. La métamorphose s'était entamée quatre mois plus tôt, au commencement des épreuves. Melania ne l'avait pas sentie, elle ne se regardait plus dans le miroir. Mais Aristote le constata aussitôt. Et sa main aussi le constata puisqu'elle se glissa sur le cou nu de Melania et dans ses cheveux noirs remontés en chignon.
« Tu… Tu veux que…
— Je veux que tu me fasses du bien. Je veux que tu me désires et sentir ta bouche sur mon corps, souffla-t-elle comme des mots ultimes.
— Tu… Tu m'aimes ? » bafouilla-t-il avec innocence.
Avec innocence parce qu'Aristote Parkinson était tout innocent de l'amour et des femmes. Il n'avait que l'étude et le travail en ligne d'horizon. Il n'était pas encore à l'aise en société sauf s'il était question de relations internationales et d'histoire de l'Europe de l'Est.
« J'ai envie de t'aimer, corrigea-t-elle habilement le Serpentard. »
La Poufsouffle en elle était toujours là, mais doucement le jaune de la vie se teintait d'un vert chartreuse, à mi-chemin vers le vert de l'espoir
« Comment ça ? bafouilla Aristote en cessant de trembler.
— Tout de suite, insista-t-elle. Je veux t'appartenir immédiatement. Ici. »
Aristote déglutit bruyamment et Melania put voir sa pomme d'Adam tressauter sur son cou. Il avait dix-huit ans, comme elle. Ce n'était pas un homme, mais il allait le devenir, avec elle. Et il lui rendrait l'envie d'être et d'être une femme.
Elle oublia toute la machination à laquelle elle avait pensé une minute plus tôt lorsqu'il avança timidement sa bouche vers la sienne. Elle oublia qu'elle ne l'aimait pas lorsqu'il glissa ses lèvres contre les siennes. Elle oublia qu'elle voulait quitter le foyer de ses parents d'une manière ou d'une autre et que ce n'était pas en se montrant faible devant Aristote qu'elle réussirait. Elle oublia tout lorsqu'elle entrouvrit la bouche contre la sienne et qu'un parfum mentholé s'infiltra dans sa bouche en même temps qu'un baiser empli d'hésitation qui la ramena quatre ans en arrière, lorsqu'elle avait reçu son premier baiser.
Elle oublia la douleur et le malheur en sentant toute la tendresse d'Aristote se perdre sur sa peau. Les frissons de plaisir revenaient. La boule de chaleur reprenait ses marques dans sa gorge et entre ses côtes. Le soupir qui lui échappa galvanisa Aristote qui quitta sa bouche pour toucher et embrasser ses épaules à moitié dégagées et la naissance de sa poitrine.
Elle laissa ses mains se perdre sur son torse et ses épaules avant de les ramener sur elle, dans le bas de son dos, et de dénouer le simple lien magique qui tenait une robe de sorcière.
Ses épaules se dégagèrent aussitôt et Aristote ne les lui dévora pas. Il les contempla comme s'il contemplait une œuvre d'art, une statue ou un tableau. Il humidifia ses lèvres et vint chercher son regard.
« Tu es sûre que… Ici ? Tu n'es pas sous imperium ou…
— Je sais ce que je veux, souffla-t-elle en sentant à nouveau son cœur battre à ses oreilles.
— On… On pourrait peut-être prendre un peu notre temps et… et trouver un endroit plus confortable et…
— Je te veux maintenant. Tu ne me désires pas ? »
Ce mot de désir le fit rougir comme un enfant. Un court instant, elle se demanda si elle ne le forçait pas un peu, si elle ne le pressait pas un peu trop, si elle ne lui faisait pas un peu violence, puis elle oublia toutes ses questions lorsqu'il vint baiser la peau froide de sa gorge, de ses seins et de ses épaules. Il la caressa et il prit soin d'elle comme elle en avait rêvé pendant des semaines. Elle l'aima un peu ce jour-là. Elle aima un peu à nouveau, et peut-être que ce fut grâce à Aristote qu'elle ne ferma pas son cœur pour le reste de sa vie.
« Tu… Tu veux te mettre comment ? » lui demanda-t-il en regardant autour de lui.
Elle avisa les huit mètres carrés carrelés de noir puis l'évier allongé d'un rebord assez long pour qu'elle puisse s'y asseoir et alla s'installer après avoir laissé sa robe tomber au sol. Les yeux d'Aristote doublèrent de volume, ses joues se firent plus pourpres encore. Elle lui fit signe de venir à elle et de se placer entre ses jambes avant d'ouvrir tous les boutons de sa robe de cérémonie. Il était mince, élancé et à peine musclé.
Il se déroba pour remonter sa main le long de sa jambe à peine couverte d'une sous-robe légère dans un geste tendre, doux et curieux. Elle frissonna encore. Elle frissonna tout du long, elle ne s'arrêta pas un seul moment de frissonner et de soupirer alors qu'elle se sentait à nouveau aimée et à nouveau aimable.
Elle fut rapidement prise à son propre piège.
Melania avait pensé attraper Aristote Parkinson dans ses filets par l'attrait du corps et faire jouer la responsabilité de son ancien camarade pour le pousser à cette idée de mariage. Elle s'était fait avoir dès le début face à l'innocence d'Aristote qui avait fait tomber son plan comme un château de cartes. Elle se fit avoir aussi au milieu, alors qu'il venait à elle avec maladresse, parce qu'elle le désira plus proche d'elle, sans la barrière de sa sous-robe. Elle voulut plus d'intimité avec lui.
Elle n'eut pas le loisir d'approfondir ses pensées puisqu'on toqua à la porte avec une impression de déjà vu.
« Melania ? Melania, je t'ai vue partir mais non revenir, tout va bien ? »
Ce n'était pas Tomas. Si seulement cela avait été Tomas. C'était Barnabas. S'il voyait ça, il…
Aristote se retira aussitôt d'elle en jurant. Il était déjà rhabillé lorsqu'il releva les yeux vers elle. Il était paniqué, et elle, effarée d'avoir cru un seul instant qu'on épousait un amant d'une fois.
La constatation la frappa. Elle ne savait plus aimer. Elle ne savait plus courtiser et se faire courtiser. Elle n'avait plus que son corps éduqué à l'amour pour parler d'amour. John l'avait détraqué. Ce Moldu l'avait détraquée. C'était de sa faute. Elle… Il lui fallait un mari, un mari qui ne serait dans son lit qu'au jour de leurs épousailles. Un mari…
« Je suis désolée, bafouilla-t-elle en sentant les larmes couler sur ses joues.
— Melania ? Melania c'est toi ? répéta Barnabas.
— Désolée de quoi ? lui chuchota Aristote avec quelque chose de déjà plus mûr et assuré dans la voix. De… De m'avoir poussé à… à te faire ça comme ça ? Je… bafouilla-t-il en passant nerveusement les mains dans ses cheveux. »
Il semblait effaré et outré plus par son attitude que par celle de Melania, c'était déjà un bon point pour elle. Il semblait effrayé aussi, au vu du sursaut qui l'agita lorsque la voix de Barnabas résonna une nouvelle fois.
« Je ne peux pas t'épouser, bafouilla Aristote en l'aidant à remettre sa robe. Je… Ma famille va faire une bouchée de toi. Tu… Tu n'as pas les épaules pour supporter leurs sarcasmes ou écouter ma sœur parler politique et droit à longueur de journée. Je… Je peux t'épouser et je le veux, mais ils passeront leur temps à te rabaisser et… et puis je pars faire mon Grand Tour dans deux jours. Je dois visiter toute l'Europe de l'Est, apprendre les langues de là-bas et leurs juridictions pour le Ministère, j'en ai pour deux voire trois années et…
— Je ne t'ai rien demandé, le coupa Melania avec douceur. »
Elle lui parla avec douceur, parce qu'il lui avait rendu une partie de sa douceur et rien que pour cela, il aurait toujours une place particulière dans son cœur. Une belle place. Pour l'instant.
« Tu… Tu… bafouilla Aristote complètement perdu. Et ton frère ?
— Tu vas passer devant, en te jetant un sortilège pour modifier les traits de ton visage, je sais que tu sais très bien le faire. Tu feras mine de sortir simplement, et tu t'en iras. Barnabas ira alors me chercher ailleurs, et je sortirai à mon tour, imagina-t-elle.
— Je… Excuse-moi, je me suis conduit comme…
— Comme un homme, c'était très bon, approuva-t-elle en s'amusant de le voir encore rougir.
— Et moi qui croyais que tu étais… souffla-t-il avec embarras en passant une main fébrile dans sa nuque. Je… Je t'aime bien, tu sais. Je veux dire… Je t'ai toujours trouvée belle et gentille. »
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle regarda avec émerveillement le renfermé et intello d'Aristote Parkinson lui lancer un petit sourire timide. On pouvait l'aimer. On pouvait bien l'aimer.
« Melania ! les coupa encore une fois son frère, la voix vraiment paniquée.
— Vas-y, l'incita-t-elle en remettant le col de sa robe. Je te retrouve tout à l'heure dans la salle de réception. »
Il approuva d'un signe de tête sans pour autant la lâcher des yeux ou faire le moindre geste avec sa baguette pour changer les traits de son visage.
« Je… Tu… Si je… Si je te le demandais, tu m'attendrais ?
— T'attendre ? s'étonna-t-elle avec confusion.
— Tu m'attendrais pendant deux ans ? insista-t-il pendant que Barnabas donnait un nouveau coup dans la porte.
— Non, lui dit-elle aussitôt en souriant. Je veux me marier dans les mois qui viennent et tu l'as dit, je me sentirais idiote face à ta sœur et ta famille. Vous êtes tous au ministère à des postes hauts placés et moi, je ne comprends rien à ces histoires. »
Le sourire timide et l'éclat heureux des yeux d'Aristote s'éteignirent aussitôt et elle s'en voulut. Elle s'en voulut parce qu'elle était une personne gentille et généreuse et qu'elle venait d'écraser le cœur du pauvre Aristote.
« Mais tu auras toujours ma tendresse, lui assura-t-elle en venant poser une dernière fois sa bouche à la commissure de la sienne. »
Il hocha la tête avec quelque chose de militaire, changea de visage d'un coup de baguette et alla ouvrir la porte. Elle l'entendit échanger deux mots avec Barnabas pendant qu'elle se blottissait dans un coin de la pièce.
Il aurait sa tendresse parce qu'elle ne pourrait pas lui offrir plus. Un homme si doux et gentil méritait une femme amoureuse, pas une femme qui voulait l'aimer.
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Melania traumatisée reproduit un peu trop l'attitude traumatisante de John, et c'est Aristote qui en fait les frais... J'ai une fanfic en cours d'écriture sur lui (alias ma fanfic niaise hihi). J'espère la finir pour l'année prochaine. Et puis Pollux Black fait son entrée ! Il reviendra héhé. En attendant, Melania se retrouvera enfin face à Arcturus Black au prochain chapitre qui portera le doux titre de : Où Arcturus Black est bizarre.
