Chapitre 5 : Où Arcturus Black est bizarre
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Singulier destin que celui de Melania Black.
Saviez-vous qu'elle se réveilla à partir de cet instant ?
Qu'elle fut décidée coûte que coûte à être heureuse ?
Que sa décision vacilla en quelques jours ?
Et qu'elle se serait définitivement écroulée si Arcturus Black n'était pas entré dans sa vie ?
Remarquez, elle ne le comprit pas tout de suite non plus.
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Je n'avais pas prévu de parler d'Aristote Parkinson. Il faut croire qu'il ne pouvait être omis pour comprendre tout à fait Melania. Il y a quelque chose de vraiment déchirant à raconter la vie de Melania à cette période. Elle avait perdu tous ses repères, elle ne croyait plus en rien et elle se sentait seule alors qu'elle avait été d'une joie de vivre extraordinaire à Poudlard. J'ai longtemps pensé que c'était sa manière de grandir. À présent, je crois qu'il y avait autre chose. Une soif de liberté qu'elle ne pouvait pas à étancher. Une nécessité de faire des choses qu'on lui interdisait pour être maître de sa vie. Maîtresse de sa vie, pardon.
Revenons-en à Arcturus Black. Il n'était pas cinglé parce que cruel. Il était cinglé parce que fou. Tout le monde a dit que sa paranoïa venait de la consanguinité, et les mariages entre cousins ont été décriés un peu plus. Ce n'était qu'une occasion saisie : ses parents, Hesper Gamp et Sirius Black formaient l'un des couples les moins consanguins de cette époque – consanguin tout de même mais que voulez-vous, nous formons une petite communauté. Et puis, c'étaient deux têtes brillantes. Machiavéliques, mais brillantes. Ils avaient assemblé leurs mains avides de pouvoir en l'an de grâce 1900 et Arcturus était né l'année suivante. Arcturus avait été choyé et adoré par ses parents, plus encore que sa petite sœur et que son petit frère. Il était l'héritier de l'Empire des Black, l'aîné et le chef de cette génération dorée. Dix enfants. Dix enfants viendraient des trois fils du grand directeur de Poudlard Phineas Nigellus Black et de son épouse Ursula Flint-Black. Sans compter les trois enfants de leur fille, Belvina Black-Beurk. Et la fille du fils renié, Phineus Black. Mais ceci est une autre histoire.
Dix enfants Black, dont seulement huit resteraient sur la tapisserie auxquels seulement cinq sorciers et sorcières lieraient leur vie. Et nous arrivons à treize sorcières et sorciers qui avaient grignoté de leurs noms et de leurs visages la fameuse tapisserie du XIIè siècle : l'Arbre.
Et comme on le sait, les chiffres sont magiques.
Les Black n'auraient pas dû renier Cedrella et Septimus Weasley, ils n'auraient pas dû renier Marius le Cracmol. Ils auraient dû faire attention et écouter la magie. Ils n'auraient pas dû vouloir élaguer l'Arbre à leur convenance. La loi du Sang et de la Magie avait refusé d'effacer purement et simplement ces noms de l'Arbre. On ne peut couper la branche, il faut la brûler, comme une sorcière sur un bûcher. Et ce faisant, on détraque l'Arbre, on détraque ses liaisons et ses dates. On torture l'Arbre aussi.
Les Black se sont torturés eux-mêmes, entre eux et dans leur 12, Square Grimmaurd qu'ils ont tantôt fui, tantôt embrassé.
Melania a été engloutie, hachée menue et régurgitée la première année de son mariage avec l'héritier des Black. Elle est entrée dans ce 12, Square Grimmaurd pour le mariage de Pollux et Irma, elle y a retrouvé le goût de vivre dans les bras hésitants mais amoureux d'Aristote Parkinson, puis elle y a épousé Arcturus Black. Elle n'avait pas attrapé Aristote Parkinson dans ses filets, elle avait été attrapée par le 12, Square Grimmaurd et Arcturus Black qui avaient décidé qu'elle serait la nouvelle Mrs Black au premier pied qu'elle eut posé ce soir-là sur l'âtre de la cheminée de cette maison qui la consumerait lentement.
Arcturus était fou, mais Melania le trouva seulement bizarre au début.
Elle n'avait pas revu Aristote Parkinson puisqu'il était parti deux jours après le mariage de son meilleur ami pour ce Grand Tour en Europe de l'Est. C'était mieux ainsi. Elle n'avait pas répondu à la lettre qu'il lui avait envoyée parce qu'il était amoureux et qu'elle ne l'était pas. Il l'avait toujours trouvée belle et gentille. Il l'aimait bien. Il lui avait cédé parce qu'elle était son fantasme, son rêve d'adolescent timide et transi d'amour.
Mais il n'était pas pour elle.
Elle était dans les champs avec son père pendant que ses frères s'occupaient des bêtes avec les employés. Sa mère était seule dans la Villa Caledonia, la Ferme écossaise, leur maison, comme depuis quatre mois. Melania enduisait les arbres fruitiers de Repousse-Botrucs avec Sileas Macmillan. Son tablier était barbouillé de la potion visqueuse et ses gants en cuir de dragon également. Elle maniait la truelle aussi habilement que sa mère et ses frères à présent. L'écorce du prunier dirigeable était enduite de la pâte qui durcissait sur une quinzaine de pouces depuis ses racines jusqu'au milieu du tronc, lorsqu'elle entendit un battement d'ailes au-dessus de sa tête.
Elle leva les yeux vers le ciel et accrocha la truelle avec le petit crochet sur le bord du seau en étain, spatule vers l'intérieur.
« Tu attends du courrier ? lui demanda son père sans arrêter sa propre tâche.
— Non, Ludovica et Fiona savent qu'il ne faut m'envoyer du courrier que le soir, précisa-t-elle immédiatement.
— Est-ce que c'est un homme ? Barnabas dit que tu as porté ton dévolu sur Aristote Parkinson. C'est un garçon sérieux et travailleur qui œuvre pour la communauté magique, c'est bien. »
Elle se garda bien de dire qu'elle avait reçu une lettre d'Aristote. Encore plus de raconter ce qu'il s'était passé au 12, Square Grimmaurd. Elle préféra dire combien une évolution avec lui était impossible.
« Il est parti pour l'Europe de l'Est au nom du Ministère. Il doit y apprendre les langues et les coutumes des habitants de là-bas, dit-elle en ôtant habilement ses gants pour ne pas se brûler avec le Repousse-Botrucs. Il ne reviendra pas avant trois ou quatre ans, insista-t-elle.
— C'est dommage, vous auriez été bien assortis. »
C'était dans ces moments de douceur que Melania retrouvait le père certes dur et exigent mais aussi aimant qu'elle avait toujours eu. C'était aussi dans ces moments-là qu'elle se disait qu'elle méritait peut-être ces reprises à l'ordre et ces corrections assez virulentes. Elle acceptait d'être battue comme si elle avait été grondée. Elle ne comprenait plus la mesure des choses, l'acceptable et l'inacceptable, elle perdait doucement la notion de moral, de bien et de mal. Elle voyait le monde en gris sans les repères du blanc et du noir. Il n'y avait plus rien d'admirable et plus rien d'haïssable. Il y avait une vie grise, la vie qui était grise. Il y avait la vie hors de Poudlard.
« Vous trouvez ? demanda-t-elle avec espoir.
— Mais de toute évidence, il n'est pas prêt pour le mariage.
— Certes, reconnut-elle en baissant les yeux sur le parchemin. »
Chère Melania,
Voudrais-tu venir prendre le thé avec moi cette après-midi ? Pollux sera au ministère, sa sœur et ses tantes se mêleront peut-être un moment à nous, et sinon nous aurons le jardin pour nous isoler et discuter comme à Poudlard.
En l'attente de ta réponse,
Irma Black
« C'est Irma, elle m'invite à prendre le thé cet après-midi, bafouilla Melania sous le coup de la surprise.
— Elle aurait pu te prévenir plus tôt ou t'inviter hier, quand il pleuvait à verse et qu'on ne pouvait pas s'occuper du verger, marmonna son père.
— Mère a lu dans sa tasse de thé ce matin qu'il pleuvrait cette après-midi, Irma l'a sûrement vu aussi et…
— Barnabas t'accompagnera, se décida son père. »
Elle aurait préféré que Tomas fût son chaperon. Elle respirait plus facilement avec Tomas à ses côtés. Elle parlait plus facilement aussi. Avec Barnabas, elle avait l'impression de devoir se battre pour le moindre geste et le moindre mot qu'elle voulait dire. Le moindre sentiment qu'elle éprouvait aussi. Mais son père semblait n'avoir confiance qu'en Barnabas ou en lui-même pour la surveiller. C'était même presque étonnant qu'il accepte aussi facilement qu'elle s'y rende. Et donc une fois de plus, elle pensa retrouver son père exigent mais tendre.
Avant le repas de midi, elle monta se changer et faire un brin de toilette. Les Macmillan étaient travailleurs et n'hésitaient pas à mettre les mains dans la boue, mais en dehors de leurs champs ils savaient tenir leur rang de vieille famille Sang-Pur. Jane McKinnon-Macmillan avait su donner un peu mieux cette bonne tenue à ses enfants. Sileas lui faisait entièrement confiance sur ce point.
« Vous aviez encore vu la pluie venir, Jane, la remercia Sileas à mots couverts.
— Comme toujours, se contenta de répondre la discrète Jane. »
Melania dévisagea une fois de plus sa mère. C'était à cause d'elle que son bébé était à présent un ange. C'était grâce à elle qu'elle ne portait plus l'enfant d'un Moldu qui avait profité de son corps. Elle n'arrivait plus à regarder sa mère sans une rancœur mêlée à une vague de soulagement malsain. Alors qu'elle aurait dû détester son père, détester sa mère et détester son frère, elle se retrouvait à rechercher ce qu'elle avait aimé chez eux. Plus le temps passait, plus elle s'habituait à ce nouvel environnement et moins elle était à l'aise avec elle-même. Elle voyait que rien n'allait comme il l'aurait fallu, mais elle n'arrivait pas à mettre les mots sur ce qu'elle ressentait à cause de la culpabilité qu'elle s'imposait. Tout ce qu'elle voulait se trouvait dans l'abrutissement au travail qui l'empêchait de penser. Et lorsqu'elle ne songeait pas au malaise qui lui donnait la nausée, elle réfléchissait aux hommes de son entourage qui pourraient la rendre un minimum heureuse. Mais plus elle cherchait, plus elle les déshumanisait. Plus elle cherchait, plus elle listait leurs avantages et leurs inconvénients. Elle comptait les têtes de bétail du troupeau devant elle.
Barnabas la suivit au 12, Square Grimmaurd. Irma l'accueillit, toujours aussi rose de bonheur. Elle lui prit les mains et la regarda d'en-dessous à cause de son petit mètre quarante-trois.
« Je suis contente de te voir, viens, allons un moment dans le jardin, tu verras comme nous y sommes bien. Ton frère reste-t-il ? demanda Irma avec un semi-étonnement.
— Il reste avec moi, oui, en convint Melania. Pollux n'est pas là ?
— Me voilà à peine mariée et déjà délaissée par mon époux au profit du Ministère de la Magie ! plaisanta Irma. Son cousin Arcturus a promis de se joindre à nous dans une poignée de minutes. Mr Macmillan, voulez-vous attendre Arcturus dans le petit salon ou dans le jardin en notre compagnie ?
— Je vais me joindre à vous, à distance suffisante pour ne pas me montrer indiscret, précisa Barnabas avec un sourire de circonstance. »
Melania releva le très bref froncement de sourcil d'Irma face à cette surveillance draconienne si peu subtile. Irma ne fit aucun commentaire. Il y avait ce quelque chose de convenable avec Irma, elle ne disait jamais rien qui puisse être mal interprété ou qui puisse déranger. C'était une sorte d'uniformité, de lissage, qui était peut-être reposant mais d'une certaine façon hypocrite.
Aujourd'hui, elle remercia simplement Irma de l'accueillir dans sa nouvelle maison, loin de la Villa Caledonia.
Elle n'avait pas vu le jardin le soir du mariage. C'était un havre de paix, calme, silencieux et paisible. Il y avait des allées à la française et elle se demanda vaguement quel dessin se dessinerait sous ses yeux si elle prenait de la hauteur. Elle demanderait à Irma pour prendre de la hauteur, un jour, lorsqu'elles seraient plus que de simples camarades de Poudlard.
« Ce n'est pas très grand, s'excusa Irma, mais c'est bien aménagé et tout à fait suffisant pour prendre l'air et profiter du vent frais en été.
— C'est très bien, approuva Melania. »
Cela n'avait rien à voir avec les champs de ses parents qui s'étendaient à perte de vue. La vue était limitée par trois murs hauts et la façade de la maison. Tout avait sa place ici. Je dirais plutôt que c'était étriqué et codifié à l'excès. Le jardin était petit et privé des possibilités que laissait un horizon dégagé. Il n'y avait pas de liberté dans ce 12, Square Grimmaurd. Pas de rêves autres que ceux imposés par la noble maison de la Noble et Très Ancienne Maison des Black. Mais Melania ne le remarqua pas. Elle s'étonna juste une fois de plus de la volonté des urbains à maîtriser la nature, à couper les buissons en petits murets végétaux et à construire des allées avec des gravillons de la même taille chacun. Elle avait l'impression d'être dans un salon végétal. Pas un salon naturel, mais un salon-jardin, destiné à se prélasser, non à jardiner.
« Il y a une serre ? se réjouit-elle.
— C'est la serre de Mrs Hesper Black, l'épouse de l'oncle de Pollux, Sirius, lui expliqua Irma en la retenant. Personne n'a le droit d'y aller. C'est ma belle-mère, Mrs Violetta Black, qui me l'a dit. Mrs Hesper Black, reprit plus bas Irma, a l'air très avenant, et elle est brillante, mais elle ne souffre pas d'être contredite. On l'entend souvent pester après ses enfants qui n'en font qu'à leur tête. Il n'y a qu'une personne qu'elle ne contredit jamais, c'est son époux, Mr Sirius Black.
— Je ne sais pas comment tu fais pour vivre avec tant de gens, avoua Melania en s'asseyant à côté d'elle sur un petit banc en pierre de la cour.
— Pollux prévoit d'acheter une maison de campagne à la naissance de notre premier enfant, lui apprit Irma, les joues à nouveau roses, le sourire sur la bouche recouverte de rouge. Il sait que j'aime la tranquillité, et il m'a promis que nous passerions les trois mois d'été dans cette maison.
— Mais combien y a-t-il de personnes qui vivent ici ? insista Melania avec curiosité.
— Je devrais t'amener devant la tapisserie, l'Arbre, insista-t-elle avec respect. Il est dans le salon par lequel tu es arrivée. Mais il fait bon pour une fois, profitons-en. Je vais compter de tête. Pollux a deux sœurs, comme tu le sais. Elles sont plus jeunes que lui d'une dizaine d'années. Et un petit frère aussi. Cassiopeia, Marius et Dorea. Il y a ses parents, continua-t-elle en ouvrant deux doigts sur sa main gauche. Et la branche aînée, avec Mr et Mrs Sirius Black. Arcturus est leur aîné, tu te souviens peut-être de lui ?
— Oui, vaguement, en convint Melania.
— Il a quelques années de plus que nous. Lycoris, sa sœur, est toujours aussi insupportablement maniérée qu'à Poudlard, et il ne fait pas bon vivre d'habiter avec elle, reconnut à demi-mot Irma. Et puis il y a Regulus aussi, qui finit sa dernière année à Poudlard actuellement, je ne sais pas si tu t'en souviens.
— Vaguement, en convint-elle à nouveau.
— Nous en sommes à onze. Et puis il y a l'autre oncle de Pollux. C'est un peintromage, il me fait un peu peur, avoua Irma avec un rire nerveux. Il paraît toujours sous l'emprise d'un philtre hallucinogène, toujours dans sa peinture. Il est marié et il a trois filles. Seize. Et puis la Grand-tante de Pollux, la sœur du Directeur de Poudlard, Tante Elladora. Nous sommes dix-sept.
— C'est un hameau à ce niveau, la taquina Melania.
— Un peu, consentit Irma avec un haussement d'épaule. Mais il est rare que nous soyons tous dans la maison en même temps.
— Et avec ta belle-mère ? demanda Melania avec curiosité. »
Elle avait le vague souvenir de sa propre grand-mère s'en prendre à sa mère pour un rien quand elle était encore enfant. Et puis elle savait qu'il fallait toujours se renseigner sur la belle-mère avant d'épouser qui que ce soit. On épousait plus qu'un homme, on épousait une famille. Pour preuve, on changeait de nom en se mariant.
« Mrs Violetta Black est vraiment adorable, lui confia Irma avec plaisir. Je la connais depuis plusieurs années à présent. Pollux a beaucoup d'affection pour sa mère, il tenait à ce que je m'entende bien avec elle avant de me demander en mariage. J'ai cru devoir faire des efforts au début, mais cela n'a pas été nécessaire. Elle a toujours cherché à me mettre à l'aise depuis que Pollux m'a demandée en mariage, et depuis notre mariage, elle n'a pas changé d'attitude.
— C'est une chance pour toi, se réjouit Melania. C'est amusant qu'on ne se soit pas parlé plus que cela à Poudlard.
— Nous n'étions pas dans la même maison et nous ne suivions pas les mêmes matières, en convint Irma en haussant ses épaules rondes. Mais j'ai vraiment été heureuse de te voir à mon mariage. Nous partageons les mêmes valeurs. »
Ce qu'Irma ne disait pas, c'est qu'elle s'était sensiblement éloignée durant ses fiançailles de ses amies de Poudlard, Rachel Stevenson et Amaryllis Craggy, dont les origines faisaient tiquer son récent époux. Pollux ne voyait pas trop de difficultés à concéder à Irma des amitiés pas entièrement sorcière – ce n'étaient que des amitiés et puis les Stevenson étaient de très bons cordonniers – mais il préférait qu'elle fréquente une femme comme Melania Macmillan, et il le lui avait habilement fait comprendre.
Arcturus Black le lui avait fait également comprendre quelques jours plus tôt.
Mais ce n'était pas pour les mêmes raisons.
Arcturus Black, en plus d'être fou, était d'un romantisme à faire peur. Peut-être que c'était sa paranoïa qui en était à l'origine. Il rêvait silencieusement depuis tout petit d'une princesse à sauver, d'une belle sorcière au sang pur à sauver d'horribles Moldus. Il cherchait celle à qui il pourrait faire entièrement confiance.
Il recherchait cette personne dont il ne pourrait jamais douter. La seule qui ne serait jamais victime de sa paranoïa. Et le hasard désigna cette personne comme étant Melania Macmillan.
Arcturus Black était aussi brillant que ses parents, peut-être même plus encore. Il aurait pu entrer au Département des Mystères… s'il n'avait pas était dangereusement paranoïaque. Sa paranoïa le rendait encore plus raciste et prompt à des sauts d'humeur. Elle le faisait douter du moindre point de sa démonstration, il devait les vérifier des dizaines de fois, ce qui lui prenait toujours un temps monstre. Sans parler du fait qu'il avait toujours peur que quelqu'un lui vole son travail et qu'il n'en parlait par conséquent jamais. Mais dans ses bons jours et lorsqu'il était en confiance, il avait une conversation fabuleuse.
Il était dans un bon jour, quand Irma invita Melania. Mais il était intimidé et émerveillé par sa princesse à sauver. Il était fébrile comme un adolescent à son premier rendez-vous.
C'était en quelque sorte, il est vrai, son premier rendez-vous.
Comment savait-il que Melania était une princesse à sauver d'un horrible Moldu ? Parce qu'il était Legilimens. Pas de naissance. Il s'était entraîné longtemps. Il arrivait à saisir des bribes. C'était sans doute une conséquence de sa paranoïa. Il avait besoin de savoir à qui il pouvait faire confiance. Ou bien était-ce l'inverse ? Peut-être était-il devenu paranoïaque à force de lire dans la tête des gens ?
Ce n'est pas l'important.
L'important c'est qu'il avait lu dans les pensées de Barnabas que Melania avait été embobinée par un Moldu qui l'avait traitée de sale sorcière. Cette simple information lui avait suffi. Il avait vu dans Melania la sorcière qu'il devait sauver, celle de ce conte d'enfants que sa Tante Violetta lui avait raconté des centaines de fois.
« Tu as de la chance qu'il pleuve sur notre village de Simonide-le-Luron, préféra répondre Melania à Irma. J'étais en train de protéger les arbres des Botrucs quand j'ai reçu ta lettre. Écris-moi plutôt de sorte à ce que je reçoive ton courrier le soir. Je serai sûre de ne pas le manquer de cette manière.
— Excuse-moi, lui dit aussitôt Irma avec embarras. Je… Je n'ai pas encore beaucoup à faire la journée. Mrs Hesper Black gère la maison avec Mrs Elladora Black et je n'ai pas encore d'enfants. Les deux sœurs et le frère de Pollux qui ont quatre, sept et neuf ans, sont dans la salle à manger avec leur mère et les trois cousines de Pollux qui ont sensiblement le même âge. Ces derniers jours, ils y ont passé leur temps pour leur étude. Et…
— Ce n'est rien, Irma, la rassura aussitôt Melania, perplexe devant tant d'angoisse. Une simple demande pour la prochaine fois.
— Pour la prochaine fois, répéta Irma Black avec un soulagement mêlé de joie. »
Irma ressentait de la joie car Melania prévoyait qu'elles se voient une nouvelle fois à l'avenir. Et Irma avait beau aimer être tranquille, elle avait besoin comme tout le monde d'une oreille attentive et d'un cœur généreux comme celui de Melania.
« Pourquoi ton frère te surveille-t-il ainsi ? demanda Irma à voix basse.
— J'ai contrarié mon père, et il est persuadé que je lui mens, reconnut à moitié Melania. Il refuse de me laisser sortir seule.
— Qu'as-tu fait pour le contrarier ? s'étonna Irma.
— Je suis sortie me promener sans lui demander la permission, raconta-t-elle en essayant de garder un ton léger et amusé. Il s'était levé du mauvais pied, si tu veux mon avis.
— Oh… Eh bien, ton père a l'air très strict, lui dit Irma avec hésitation.
— Il veut ce qu'il y a de mieux pour moi, essaya de se convaincre Melania. »
Irma allait répondre quelque chose à cette réponse, mais elle s'interrompit et se mit sur ses pieds aussitôt en exécutant une révérence respectueuse. Melania se leva à son tour, s'attendant à voir le Directeur de Poudlard, Phineas Nigellus, ou encore son fils, Sirius Black, ou même Mrs Hesper Black qui semblait si autoritaire. Mais ce n'était qu'Arcturus Black, le témoin de Pollux Black.
« Arcturus, ajouta Irma après avoir relevé la tête. Vous vous souvenez peut-être de Melania. Elle était de notre promotion avec Pollux, mais à Poufsouffle. »
Arcturus s'inclina légèrement non vers Irma, qu'il ignorait déjà, mais vers Melania avec un éclat d'admiration dans le regard. Il la regarda de longues secondes qui laissèrent perplexe Melania. Puis elle se souvint ce qu'on disait sur lui, qu'il était fou. Son cœur généreux et naïf de Poufsouffle pensa qu'était-il seulement bizarre.
« J'ai dansé avec Melania lors du mariage, Irma, finit-il par répondre d'un ton calme avec un visage moins toqué qu'ordinaire. Enchanté de vous retrouver, Miss Macmillan. »
Il est vrai que Melania avait dansé avec lui. Mais elle ne s'en souvenait pas spécialement au point de dire ceci en guise d'introduction.
Au contraire, Arcturus avait littéralement été transpercé de part en part par la flèche de Cupidon lorsqu'il l'avait tenue dans ses bras pour exécuter des pas de danses timides et fiévreux. Il avait été fasciné par le moindre morceau de Melania. Son visage en forme de cœur, ses yeux noirs et profonds, ses cheveux sombres et lisses remontés en un chignon simple mais élégant, sa peau pâle comme le marbre, sa bouche rose, sa silhouette longue et fine, et surtout sa douceur : tout l'avait émerveillé. C'est en cela qu'il fut le Darcy de Melania. Arcturus était trop renfermé pour l'avoir insultée ou avoir dit à son meilleur ami qu'elle était quelconque – et surtout il n'avait pas d'ami – mais il avait été séduit par sa voix pleine de panache et son esprit perspicace alors qu'à première vue, elle lui avait parue trop campagnarde et trop écossaise. La sincérité de son regard, lorsqu'il l'avait croisé, avait mis le pauvre Arcturus Black à genoux. Il lui avait juré fidélité et dévouement comme un chevalier médiéval l'aurait fait pour son seigneur ou pour sa dame, pendant que Melania retrouvait la douceur sous les mains d'Aristote Parkinson.
Drôle de situation, n'est-ce pas ? Melania, petit cœur de Poufsouffle blessé par la vie, avait réussi à manipuler et à obtenir l'entière confiance du sorcier le plus paranoïaque de son temps d'un simple regard noir et désintéressé et ce, de manière totalement involontaire.
De manière involontaire…
Au début.
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Enfin Melania peut parler (plus ou moins) librement, et enfin des femmes ont vraiment voix au et dans les chapitres... Irma initie Melania à la Maison des Black gloups. Et Arcturus se présente... Melania répondra au prochain chapitre. Mais quoi ?, hehe, telle est la question !
