Bien le bonjour ! Très contente de poster ce chapitre, parce que je l'aime beaucoup ! J'espère que vous l'aimerez aussi ! Bonne lecture et à très vite !


« Il fait froid ici. » dit Ben, essayant de faire la conversation.

Melvin lui manquait comme ce n'était pas possible, mais il n'était pas capable de rester triste très longtemps. Il continuait juste d'avancer. Tonks était pareille, de ce qu'il pouvait voir, tout comme Shacklebolt. Florence pleurait toujours beaucoup et était affreusement calme quand elle ne pleurait pas. Aucun d'eux n'avait vu McKinnon ces derniers jours, alors il ne savait pas comment elle gérait.

Tu t'en vas, mec, pensa tristement Ben. Et tout s'effondre.

Il jeta un œil vers Finch, qui avait des yeux gonflés et le coin de ses lèvres qui tiraient vers le bas. Finch était habituellement si joviale, mais il ne l'avait pas vu sourire de toute la semaine.

« Tu n'as pas froid ? » demanda Ben.

Finch tourna les yeux vers lui. Il se demanda si elle l'avait entendu et réfléchit à l'idée de se répéter.

« Un peu, dit-elle platement. Pourquoi ? Toi, tu as froid ? »

Ben serra un peu sa robe autour de lui et frissonna.

« Je- »

Il observa son souffle, buée blanche dans l'air clair. Ensuite, il regarda Finch qui fronçait les sourcils. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et une nuée noire apparut. Ben compta cinq Détraqueurs. Ils ne s'approchèrent pas, cependant. Ils se contentaient de flotter à l'autre bout de la pièce.

« Qu'est-ce qu'ils font là ? demanda-t-il à Finch, dont les yeux étaient vides. Finch ? Lyra ? »

« Je suis désolée, Melvin. » murmura-t-elle.

« Je ne suis pas Melvin, dit Ben en lui secouant l'épaule. C'est Ben. »

« Je suis si désolée. » souffla Finch en couvrant son visage avec ses mains.

Elle s'assit et commença à pleurer. L'un des Détraqueurs tourna la tête dans la direction de Ben. Ben n'aimait pas les Détraqueurs, mais il avait aussi eu une vie plutôt facile. De ses amis, il était toujours celui qui gérait le mieux lorsque leurs devoirs en tant qu'apprentis les obligeaient à entrer en contact avec des Détraqueurs. Il n'avait jamais perdu quelqu'un avant Melvin, jamais vu quoi que ce soit d'horrible et son plus grand regret était ses préjugés envers les Serpentards, qu'il avait plus ou moins dépassé.

« Lyra ? » dit Ben en secouant encore son épaule.

« Désolé. » murmura-t-elle.

Il aurait parié son travail qu'elle était en train de se souvenir du matin où elle avait trouvé Melvin. En tant qu'Auror, elle avait vu pas mal de choses affreuses, mais il pensa que c'était probablement pire car elle avait connu Melvin personnellement. Ce n'était pas juste un inconnu sans nom.

« J'aurais du répondre, je n'aurais pas du simplement le laisser- »

L'ascenseur s'ouvrit et cinq autres Détraqueurs apparurent.

« Hey ! » appela Ben par-dessus son épaule.

Il sortit sa baguette, sachant qu'il ne pourrait pas faire grand chose. Il n'avait jamais appris à lancer un Patronus.

« Hey ! McDuff ! Louisson ! Yaxley ! Hey ! A l'aide ! »

« Wellingt- »

La tête de McDuff apparut à travers les barreaux de la porte de la cellule de Black.

« Oh, bordel. Yaxley, réveille Louisson. Vite ! »

« Reculez ! lança Ben, mais les Détraqueurs continuèrent d'avancer. Depulso. Ventus. »

Aucun sort ne fonctionna correctement.

« -Détraqueurs. » entendit-il McDuff dire.

« Je t'avais dit que je pouvais les sentir, dit une voix masculine qu'il ne connaissait pas, mais la voix avait l'air inquiète. Je pensais que Scrimgeour leur avait dit de rester éloigné. »

« En effet, répondit Louisson. Tiens-toi bien, Black. On revient vite. »

La porte s'ouvrit et McDuff, Louisson et Yaxley sortirent, les baguettes levées. Louisson s'approcha directement de Finch, tandis que McDuff fondait sur les Détraqueurs. Yaxley alla se placer près de Ben, l'air nerveux.

« Vous avez été relevé de votre garde ici, dit McDuff en agitant sa baguette, menaçante. Je ne sais pas qui vous a envoyé, mais je sais que vous ne resterez pas tant que je n'aurais pas un message qui vous y autorise, signé par Scrimgeour lui-même. »

Louisson avait déplacé Finch, maintenant immobile, dans un coin de la pièce et avait rejoint McDuff.

« Allez, dit-il. Sortez. »

Quand aucun d'eux ne bougea, la mâchoire de Louisson se serra.

« McDuff, si tu veux bien- »

« Désolé, marmonna Lyra. Désolé Melvin- »

« Spero- » commença McDuff, mais un Détraqueur saisit son menton avec une main blanche et squelettique.

« Relashio ! » crièrent Louisson et Ben à l'unisson.

Il y eut un éclat de lumière et McDuff tomba à la renverse. Deux Détraqueurs se séparèrent du groupe et allèrent attraper les bras de Ben. Deux autres firent la même chose avec Louisson.

« Lâchez-moi- » commença Louisson en essayant de s'en défaire.

Tout ce qu'il parvint à faire, cependant, ce fut lâcher sa baguette. Ben lutta, donna des coups de pieds, mais il n'y avait aucune jambe à frapper.

« Spero Patron- NON ! » cria McDuff lorsqu'un Détraqueur agrippa à nouveau son menton.

Ben essaya de lever sa baguette, mais les Détraqueurs qui maintenaient ses bras étaient forts. Il ne pouvait même pas la voir correctement.

« Fais quelque chose ! » cria-t-il en direction de Yaxley.

Mais elle tremblait, le dos appuyé contre le mur, sa baguette inutilement posée sur le sol près d'elle. De la glace recouvrit les murs et les cris de McDuff s'arrêtèrent.

« Non ! » hurla Louisson.

Ben se débrouilla pour regarder et vit McDuff, allongée sur le sol avec un air impassible, presque rêveur sur le visage. Sa bouche s'ouvrit.

« Non ! Comment osez-vous- »

Louisson se tut, avant de gémir.

Quelqu'un jura tout près de Yaxley, mais la voix était trop grave pour lui appartenir. Ben vit un visage pâle à travers les barreaux de la porte de la cellule. Black. Black jura à nouveau et regarda Ben.

« Tu peux lancer un Patronus ? » demanda-t-il sur le même ton qu'utilisent tous les Aurors et qui n'attend aucune réponse absurde.

Ben secoua la tête et continua à se débattre contre les Détraqueurs.

« Toi ? Yaxley, c'est ça ? »

Yaxley frissonna et secoua la tête.

« Laissez-moi vous aider. » dit-il.

« Quoi ? » demanda Yaxley.

« On a pas besoin de ton aide, Black, dit Louisson. On se débrouille très bien, merci- »

« Bien ? demanda bruyamment Black. McDuff vient de recevoir le Baiser du Détraqueur, espèce d'idiot ! »

Il se tourna vers Yaxley.

« Donne-moi une baguette – je promets que je ne ferais que lancer un Patronus et je te la rendrais tout de suite- »

« Des mensonges ! On ne peut pas lui faire confiance ! cria Louisson. Salacia, tu n'as pas intérêt ! »

Yaxley leva la tête vers Black, puis vers Louisson qui était traîné là où Finch et McDuff se trouvaient déjà, contre le mur.

« Non ! »

« Je peux vous aider. » dit Black, ses yeux écarquillés et sincères depuis l'autre côté des barreaux.

Ben le croyait. Il essaya de jeter sa baguette dans la direction de Black, mais les Détraqueurs le bloquaient trop. Sa baguette atterrit avec un bruit sourd et roula hors de portée.

« On ne peut pas- C'est un prisonnier ! On ne peut pas lui faire confiance- Ah ! »

Les Détraqueurs lâchèrent Louisson qui laissa échapper un cri et se recroquevilla.

« Yaxley ! dit Black urgemment. Laisse-moi aider, s'il te plaît ! »

« Louisson, murmura Yaxley, l'air effrayé. Qu'est-ce que je dois- »

« Donne-lui la baguette ! » cria Ben.

Avec un effort massif, il se débrouilla pour libérer un de ses bras, mais fut rattrapé l'instant d'après et un troisième Détraqueur flotta vers lui, la main tendue. Ben s'affaissa, détournant la tête.

« S'il te plaît. » dit Black.

« Non ! » cria Louisson.

« Donne-lui ta foutue baguette ! » s'exclama Ben.

Yaxley laissa échapper un sanglot et poussa sa baguette – elle roula vers Finch et le cœur de Ben s'arrêta.

« La porte, Black ! La porte est ouverte ! Black- »

L'espoir que Ben nourrissait, que Black puisse les sauver, s'effondra rapidement. Black ouvrit la porte à la volée, mais un Détraqueur était là pour l'intercepter. Black referma la porte et Ben eut un aperçu de son visage à travers les barreaux. Alors le Détraqueur bougea pour lui bloquer la vue, sa main se levant pour repousser sa capuche. Il émit un long râle et Ben pria pour que Black ait le bon sens de bouger.

Heureusement, il entendit des bruits de pas et un murmure. Black disait quelque chose à Potter, ou peut-être que c'était l'inverse. Le Détraqueur posa ses mains sur la porte et l'ouvrit. Yaxley ouvrit la bouche lorsqu'il passa près d'elle.

« Patmol ... »

Ben entendit la voix de Potter et quelque chose en Ben se brisa. Il recommença à lutter et son épaule se déboîta, mais les Détraqueurs qui le tenaient refusèrent de le laisser s'en aller. Black était un adulte – probablement même un meurtrier – mais Potter … Potter était juste un enfant. Un innocent.

Ils traînèrent Ben jusqu'à l'endroit où se trouvaient Louisson, Finch et McDuff – à trois mètres de la cellule de Black et trois autres mètres de l'ascenseur – avant de le relâcher. Il frotta son épaule tandis que Yaxley se débrouillait pour les rejoindre. Ben se demanda si c'était la peur qui l'avait fait bouger ou si c'était ses instincts de survie de Serpentard. Il décida que ça n'avait aucune importance. Il pouvait la sentir trembler.

« Donnez-moi Potter ! dit désespérément Ben, tirant sur la cape du Détraqueur le plus proche, tandis qu'un autre rejoignait le premier sur le pas de la porte de la cellule. S'il vous plaît ! C'est juste un enfant, juste- »

« S'il vous plaît. » entendit-il sortir de la bouche de Black.

Un troisième Détraqueur rejoignit les deux autres, mais celui-là les dépassa. Ben entendit des bruits de pas précipités et le son qu'il entendit devint sa plus grande peur. Le râle d'un Détraqueur.

Ben jeta un œil à la baguette abandonnée de Yaxley et aux Détraqueurs. Les sept qui les entouraient lui, Finch, McDuff, Louisson et Yaxley étaient tous obnubilés par la cellule. C'était évident que personne d'autre ne pourrait ou – dans le cas de Yaxley – ne serait d'aucune aide. Ben se prépara et se lança sur la baguette. Ses doigts caressèrent le bois et alors, le froid se répandit sur lui, le râle devint assourdissant. Il ne pouvait pas bouger, pas voir. Tout était noir. Quelque chose de visqueux toucha son épaule douloureuse et il fut ramené – plutôt brusquement – jusqu'aux autres.

Louisson était voûté, marmonnant et les trois autres étaient affalés contre le mur, même si les yeux de Yaxley étaient au moins encore vifs.

Suis-je le seul sain d'esprit qui reste ? se demanda Ben en toussant l'air glacé qui lui brûlait les poumons.

« Non ! dit Louisson en plaquant ses mains contre son torse. Non, laissez-moi- Je suis votre supérieur ! Ne vous approchez pas de moi- »

Ben fut poussé et rentra dans Yaxley, tandis que deux Détraqueurs s'approchaient de Louisson.

« Stop ! cria Ben en essayant de retirer les mains du visage de Louisson. Laissez-le- arrêtez ! »

Des doigts maigres pressèrent l'épaule de Ben. Son épaule se tendit. L'air était glacé. Il lutta contre la douleur, mais la main qui le tenait était ferme.

« Laissez-moi ! »

Ben savait ce qui allait arriver, mais était impuissant pour l'arrêter. Il ferma les yeux et se détourna, son estomac se serrant fortement. Des larmes commencèrent à couler sur ses joues et son nez était bouché. Il entendit la respiration de Louisson se heurter, ses protestations s'arrêter, l'horrible râle. Il sentit la température descendre encore. Il entendit quelque chose tomber en émettant un tintement.

« Oh, Merlin, sanglota Yaxley à travers ses doigts. Il est- ils viennent de- »

Ben rampa jusqu'à la chose qui était tombée de la main molle de Louisson et les Détraqueurs le laissèrent faire. C'était un Sidekick, légèrement ouvert. Ben le ramassa, espérant, priant pour que peut-être les Détraqueurs n'aient pas remarqué ce qu'il tenait. Ils l'avaient remarqué, cependant. La main était de retour sur son épaule, sans le restreindre. Elle était juste … posée là. Peut-être que c'était un avertissement ou peut-être qu'il était le suivant.

Ben réfléchit rapidement à ses options. Finch ne pouvait pas les aider et même s'il pouvait encourager Yaxley à l'aider, ils se retrouveraient à deux contre sept. Leur côte était basse.

S'il vous plaît, faites que ce ne soit pas une énorme erreur, pensa Ben et il referma le Sidekick. Il le fit rouler au sol et il atterrit près de la baguette de Yaxley. La main sur son épaule disparut et les yeux de Ben se remplirent de larmes effrayées, mais soulagées. Yaxley pleurait aussi. Elle bougea un peu, s'appuyant contre le mur près de lui.

« Pas de Sidekick, murmura-t-il. Ok ? »

Ben tendit la main vers Finch, qui se rapprocha immédiatement de lui.

« On va s'en sortir. »

Ils s'assirent, immobiles, et les Détraqueurs ne firent aucun geste pour leur faire du mal. Ben pensa qu'ils iraient bien.

« Black ? » dit Ben dans un demi murmure.

Trois Détraqueurs se trouvaient dans la cellule désormais et la porte était ouverte, mais Ben ne pouvait voir personne – ni Black, ni Potter, ni les Détraqueurs.

« Black ? Tu es- tu peux m'entendre ? »

Yaxley laissa échapper un autre sanglot.

« Potter ? »

Aucune réponse ne vint de lui non plus.

« Black ? »


« Black ? »

Sirius se mordit la lèvre, mais n'osa pas tourner la tête vers l'endroit d'où venait l'appel. Patmol se tenait devant lui, les oreilles basses, les poils dressés, brillant en bleu-gris. Le nez de Patmol se trouvait à quelques centimètres des barreaux rouillés de la cellule de Sirius et de l'autre côté, se trouvaient trois Détraqueurs, qui patientaient.

« Black ? »

La voix résonna depuis le ciel gris d'Azkaban, mais il semblait plutôt traverser de l'eau et non de l'air. Le gamin semblait effrayé, mais il n'y avait rien que Sirius puisse faire pour lui, même s'il aurait voulu aider.

Quelque chose cogna l'arrière du genou de Sirius et il baissa les yeux instinctivement, même s'il n'y avait rien à cet endroit. Harry était dans le vrai monde, avec le corps de Sirius, pas dans sa tête avec sa projection mentale. Sirius aurait aimé amener Harry ici. Harry aurait été en sécurité ici, avec Patmol pour le protéger.

Harry n'était pas en sécurité là où il se trouvait. Il était gelé, enfermé dans ses pires cauchemars. Et Sirius ne pouvait rien faire à part empêcher les Détraqueurs de leur faire subir le Baiser. Il ne s'était jamais senti aussi impuissant. Il savait que garder les Détraqueurs à distance sans baguette était impressionnant, mais il n'en avait pas l'impression, pas quand il était incapable de faire quoi que ce soit d'autre.

Alors, pendant qu'il s'asseyait, pas vraiment affecté dans les confins de son esprit et à peu près en sécurité – les bords de sa réalité mentale avaient commencé à perdre de leur vigueur et Patmol n'était plus aussi brillant qu'il ne l'avait été, Harry souffrait, tout comme les Aurors et les apprentis.

Si Sirius retrouvait son état normal cependant, il serait submergé – son esprit était sécurisé, mais les Baisers étaient physiques. Il ne faudrait qu'un Détraqueur pour poser la main sur lui et tout serait fini. Ainsi, utiliser Patmol de cette façon était la seule chose qui forçait les Détraqueurs à garder leurs distances.

Non, pensa Sirius. Son manque de concentration avait autorisé les Détraqueurs à pénétrer dans la cellule. Il recula, Patmol le défendant et il rechargea son Patronus en souvenirs heureux. C'était trop tard, cependant. Les Détraqueurs étaient entrés. Sirius se pressa contre le mur couvert de marques qui représentaient les jours.

« Black ? »

S'il crie, c'est qu'il a toujours son âme, pensa Sirius, mais il tira peu de réconfort de cela. Il aurait voulu dire quelque chose – n'importe quoi – pour rassurer le gosse, mais cela ne valait pas le coup de prendre le risque de retourner dans son corps. Il ira bien. Nous irons tous bien. Il trouva un souvenir – James, Remus et Peter qui étudiaient dans la Salle Commune de Gryffondor, mangeant de la nourriture que lui et James avaient volé dans les cuisines – et le transmit à Patmol. Patmol brilla un peu plus fortement et les Détraqueurs dans sa tête reculèrent d'un pas. Par chance, les vrais Détraqueurs reculèrent aussi.

« Black ? »

La voix de l'apprenti résonna à nouveau dans la cellule.

Concentre-toi, se dit-il à lui même et il commença à chercher d'autres bons souvenirs. Il en aurait besoin d'un nouveau dans quelques secondes. L'un des Détraqueurs s'éloignait des autres, essayant de le prendre de revers. Sirius offrit un souvenir à Patmol et se pressa dans un coin, Patmol devant lui.

Le Détraqueur retourna vers ses camarades et les trois reprirent leur observation patiente. C'était une bataille de volontés, une que Sirius savait qu'il pouvait gagner. Combien de fois Remus se plaignait-il qu'il était trop têtu pour son bien ? La volonté ne serait pas suffisante pourtant. Il ne pourrait pas maintenir Patmol indéfiniment – pas à cette puissance – et c'était ce qui allait importer. Il allait finir par fatiguer, arriver à court de bons souvenirs. Et aussitôt que Patmol faiblirait, il s'en irait et Sirius serait exposé.

Non, il ne pourrait pas les battre. Il pouvait juste espérer que les prochains Aurors arriveraient avant que ses force ne le lâchent. Comme si les Détraqueurs avaient entendu ses pensées, le râle se fit plus fort et la glace grimpa sur les murs de la cellule. Même Sirius se sentit froid pendant un moment, avant d'offrir un autre souvenir à Patmol. Le Patronus brilla un peu plus et chassa le froid. L'effort fit trembler les bordures de la réalité mentale de Sirius.

Concentre-toi, pensa-t-il encore, fermement, en rassemblant sa force. Sa force manqua d'éclater lorsqu'un nouveau son atteignit son monde. Ce n'était pas un apprenti et ce n'était pas la respiration d'un Détraqueur. Harry pleurait.

Juste encore un peu, pensa Sirius en serrant ses poings, alors qu'il entendait quelque chose exploser. Les Aurors vont arriver d'un instant à l'autre. Juste encore un peu.


Rufus jeta un œil à Hemsley, Shacklebolt, Dale et Brown. Dale et Brown semblaient indifférents, mais Shacklebolt et Hemsley étaient Aurors depuis suffisamment longtemps pour savoir quand quelque chose n'allait pas. Et quelque chose n'allait pas.

L'ascenseur s'enfonça profondément et la température se mit à baisser encore et encore. L'inconfort de Rufus grandit. Sans un mot, il leva sa baguette et les autres firent de même – même les apprentis avaient l'air méfiant maintenant.

Rufus pensa à sa sœur et sa famille et envoya son Patronus en forme de renard à travers les portes ouvertes de l'ascenseur. Le lynx de Shacklebolt s'élança après lui. Dale ouvrit la bouche et recula contre Brown, permettant à Rufus de voir la pièce. Des compétences finement réglées lui permirent d'émettre une hypothèse rapide.

Les cinq Aurors de garde pour la nuit étaient affalés contre le mur de gauche et en face d'eux, se trouvaient sept Détraqueurs. Il n'y avait pas de sang et ils respiraient tous. Ils étaient tous en vie. Bien. Un Sidekick et quatre baguettes étaient éparpillés sur le sol et la porte de la cellule de Black était ouverte. Les Détraqueurs se tournèrent pour faire face au lynx et au renard.

« Black ! » dit Wellington.

Yaxley – dont la tête reposait sur son épaule – sursauta, vit Rufus et les autres et éclata rapidement en sanglots. L'un des Détraqueurs s'approcha, tendant la main vers Wellington. Rufus envoya son renard vers là, mais le lynx de Shacklebolt le prit de vitesse, venant à la rescousse de l'apprenti de son maître.

Le Détraqueur recula rapidement – esquivant à peine un coup du lynx – et dans la seconde qui suivit, Shacklebolt avait repoussé les sept Détraqueurs à l'opposé de la salle, gardés par son Patronus. Shacklebolt se hâta vers les autres.

« Yvonne ? » demanda Hemsley en fronçant les sourcils.

McDuff s'étira légèrement, mais ne répondit pas.

« Brown, aide Shacklebolt, aboya Rufus et l'apprenti se lança en avant. Dale, puisque tu ne sembles pas prêt à sortir de l'ascenseur, remonte en haut et va chercher du renfort. Hemsley, tu viens avec moi. »

Hemsley détourna les yeux de McDuff et suivit Rufus à travers la pièce. Rufus envoya son renard dans la cellule de Black juste au cas où, avant d'y entrer, inquiet de la vision qu'il y trouverait.

On aurait dit une zone de guerre. Les lits étaient retournés et les plumes des oreillers couvraient le sol, blanc comme de la neige. Il y avait des traces de brûlures sur les murs et le rideau autour des toilettes, de la douche et de l'évier était tombé. La paroi de la douche était craquelée et l'évier projetait de l'eau dans toute la pièce.

La pièce semblait vide et la première pensée de Rufus fut que Black et Potter avaient lancé les Détraqueurs sur les Aurors et s'étaient échappés. A ce moment-là cependant, un râle de Détraqueur attira son attention. Trois Détraqueurs étaient rassemblés dans un coin de la cellule et Rufus n'hésita pas à envoyer son Patronus pour les disperser. Cela les chassa hors de la cellule et Rufus entendit Hemsley verrouiller la porte, bien qu'il était évident que Black n'était pas du tout en condition de s'enfuir.

Les yeux de Black, qui jusque-là étaient aussi vides et gris que le ciel d'Azkaban, se posèrent sur Rufus avec une intensité alarmante et il s'appuya contre le mur pour ne pas tomber.

« Black ? » dit Rufus en s'approchant.

Black ouvrit la bouche comme s'il allait dire quelque chose, mais ses yeux roulèrent dans leur orbite et il tomba comme une pierre, atterrissant lourdement sur le côté avant même que Rufus n'ait pu pensé à lancer un sortilège de Coussinage.

La chute de Black révéla Potter, qui était recroquevillé dans le coin de la cellule, et avait apparemment été protégé par Black. Son visage était aussi blanc que les murs de la cellule et il avait des traces de larmes sur les joues. Ses yeux – qui étaient aussi vides que ceux de Black – s'agitèrent et se posèrent sur Black. Rufus et Hemsley sursautèrent lorsque l'un des lits à l'autre bout prit feu et que la paroi de la douche explosa et retomba sur tous les occupants de la pièce.

Quand tout se calma, Rufus s'agenouilla et s'approcha un peu de Potter, qui fixait toujours son parrain.

« Potter. » dit-il doucement.

Potter sursauta et leva lentement les yeux. Rufus découvrit qu'il était incapable de soutenir son regard très longtemps. Ils montraient les traces d'un apprentissage terrible et un air hanté qui n'avait rien à faire dans les yeux d'un enfant – dans les yeux de quiconque. Il avait toujours l'air un peu sauvage.

« Monsieur ! »

Brown poussa la porte, son visage aussi blanc que celui de Potter. Wellington était derrière lui, l'air instable, mais déterminé.

« Wow, dit Brown en remarquant les dégâts qui étaient, Rufus aurait parié son job là-dessus, l'œuvre de Potter – involontaire, bien sûr. Qu'est-ce qui s'est- »

« Tu veux quelque chose ? » demanda sèchement Rufus.

Brown eut l'air accablé.

« Oh. Oui, Monsieur, dit-il et son visage pâlit immédiatement. C'est McDuff et Louisson, Monsieur- »

« Qu'est-ce qu'ils ont ? » demanda Rufus.

« Ils ont été … Les Détra- Ils ont reçu le Baiser, Monsieur. »

Brown regardait Hemsley pendant qu'il parlait, même si ses mots étaient dirigés vers Rufus. Le visage de Hemsley perdit toute trace de couleur et il partit en courant, poussant Wellington qui vacilla un peu. Rufus jeta un œil à Potter, qui n'avait pas l'air d'être en capacité de bouger – tout comme Black d'ailleurs – et les compétences de soin de Rufus n'étaient pas suffisantes pour leur donner ce dont ils avaient besoin. Des côtes cassées et des sales maléfices, il pouvait gérer, mais l'évanouissement – à cause d'autre chose que du poison – et le traumatisme mental … pas vraiment.

Il suivit Brown en dehors de la cellule et vit Hemsley secouer McDuff et Shacklebolt passer sa baguette sur Louisson, tandis que Yaxley lui parlait avec une voix basse et tremblante. Brown tomba près de McDuff et posa sa main sur l'épaule de Hemsley.

Un grincement fit lever la tête à Rufus vers l'ascenseur qui s'ouvrait. Maugrey en sortit en boitant, suivi par Robards, Taure, Klenner, Savage et Dumbledore – Rufus trouvait incroyable sa capacité à se trouver toujours à l'endroit exact où les choses se passaient – et après un regard vers les Détraqueurs, Rufus s'avança pour partager ce qu'il savait.


La sonnette retentit, surprenant Marlène. Elle se leva – sa chaise crissant sur le parquet – et se rendit à l'étage, tenant toujours sa tasse de thé.

Elle déverrouilla la porte – à la façon moldue, car elle avait laissé sa baguette en bas – et l'ouvrit.

« Monsieur ? » dit-elle en clignant des yeux.

Gawain eut l'air aussi surpris de la voir – ce qui était étrange, étant donné que c'était sa maison – et pour la seconde fois de la semaine, leva sa baguette vers elle et la désarma. Sa tasse de thé sauta de sa main et explosa sur le sol de l'entrée. Du thé chaud se répandit sur la robe de chambre de Marlène et tâcha les murs blancs. Gawain entra à l'intérieur et ferma la porte derrière lui.

« Bordel, qu'est-ce que tu crois que t'es en train de faire ?! » demanda-t-elle en se tenant au mur pour ne pas tomber.

« Désolé, dit-il, penaud, avant de faire disparaître les dégâts. Où est ta baguette ? »

« A côté de la bouilloire. » dit-elle en regrettant de ne pas l'avoir avec elle.

Elle croisa les bras et se redressa de toute sa taille – elle faisait presque deux centimètres de plus que Gawain.

« J'ai fait quelque chose de mal ? »

Les yeux Gawain se posèrent sur les siens et elle soutint son regard, confuse, mais résolue.

« A toi de me le dire. »

Elle n'avait jamais entendu Gawain parler de façon si froide.

« Je ne sais pas- »

« Dis-moi ! » cria-t-il.

Les yeux de Marlène se remplirent de larmes. Il ne fallait pas grand chose pour la bouleverser ces temps-ci.

« Pourquoi tu pleures ? » demanda-t-il avec une voix dure.

« Sors. » lui dit-elle.

Elle passa près de lui et rouvrit la porte.

« Excuse-m- »

« J'ai dit : va-t-en ! s'exclama-t-elle. Je n'ai pas dormi correctement depuis des jours, je suis assez fatiguée et confuse- »

Sa voix se brisa au dernier mot.

« -sans que tu n'en rajoutes ! »

Gawain ouvrit la bouche, mais elle reprit la parole.

« Dis ce que tu es venu dire ou sors. »

Elle repoussa ses cheveux – qu'elle n'avait pas brossé depuis le matin de la veille – et montra la porte d'entrée. Gawain ne bougea pas cependant.

« Tu n'as pas dormi ? » demanda-t-il.

« C'est ce que tu as retenu ? » demanda-t-elle en riant sans humour.

Elle referma la porte et s'éloigna dans l'entrée.

« McKinnon, où tu vas ? »

« Chercher une autre tasse de thé. » dit-elle, sans regarder son mentor.

Elle se versa une autre tasse quand elle arriva dans la cuisine, avant de s'installer à table. Gawain – qui l'avait suivi jusqu'en bas – regarda la bouilloire, puis Marlène, qui agita la main. Il se servit une tasse lui-même et s'assit en face d'elle.

« Merci. » dit-il.

Elle se contenta de l'observer par-dessus sa tasse. Il commença à boire, avant de s'éclaircir la gorge et de reposer la tasse.

« Il y a eu une attaque au Ministère cette nuit. » dit-il.

Marlène garda le silence.

« On a perdu McDuff et Louisson. »

« Ils sont morts ? »

« Ils ont reçu le Baiser du Détraqueur. »

L'estomac de Marlène se retourna. McDuff et Louisson étaient de garde la nuit passée. Ca aurait du être elle et Gawain, mais Marlène avait demandé à changer, incapable de regarder le visage de Sirius. Louisson et Yaxley avaient pris leur place. Elle ne savait pas si elle se sentait soulagée ou coupable.

« Il y avait des Détraqueurs dans les cachots ? demanda Marlène, avant d'hésiter à prononcer le nom de Sirius. C'est seulement McDuff et Louisson, ou- »

« Personne d'autre n'a reçu le Baiser. » répondit Gawain.

Marlène ne pouvait pas imaginer à quoi ressemblait son propre visage à cet instant. Elle ne savait pas comment elle se sentait.

« Que faisaient-ils là ? Scrimgeour les avait renvoyé- »

« Quelqu'un leur a demandé de venir. » expliqua Gawain en la dévisageant.

N'appréciant pas l'observation, Marlène se leva pour remplir sa tasse.

« Dix Détraqueurs ont passé huit heures au niveau des cellules cette nuit, sept avec les nôtres, trois avec Black et Potter. »

Les entrailles de Marlène se serrèrent à nouveau, cette fois d'inquiétude pour Harry.

« On ignore qui était la cible, mais Wellington pense que c'était Black ou Potter, parce que si ça avait été l'un d'entre eux, les Détraqueurs ne se seraient pas embêtés à entrer dans la cellule. Scrimgeour est d'accord – Black et Potter étaient dans un coin, complètement encerclés, pendant que les nôtres étaient juste surveillés – mais ce n'est qu'une hypothèse. McDuff et Louisson sont ceux qui ont reçu le Baiser … Peut-être qu'ils étaient les cibles. »

« Tu ne le crois pas ? »

« Wellington et Yaxley ont dit tous les deux que McDuff a été attaqué lorsqu'elle a voulu lancer un Patronus et que Louisson essayait d'utiliser son Sidekick. »

Gawain secoua la tête.

« Et les deux ont reçu le Baiser assez tôt, mais les Détraqueurs étaient encore là, des heures plus tard. »

« Et si Wellington, Finch et Yaxley n'ont pas été attaqué, alors il est peu probable qu'ils aient été les cibles, marmonna Marlène. Je pense que Wellington a raison. »

« Moi aussi. Malheureusement, ça rend les choses plus difficile – Potter est un bon gamin, mais il est aussi le garçon-qui-a-survécu. Il a des ennemis, même si on aimerait prétendre le contraire. Et Merlin sait que Black n'est pas un homme populaire. La liste des gens qui le veulent mort est sûrement plus longue que la liste de ceux qui le veulent vivant. »

« Ou qu'il reçoive le Baiser du Détraqueur. »

« Ou qu'il reçoive le Baiser du Détraqueur. » confirma Gawain.

« On a des suspects ? »

« La recherche est en cours. Jusque là, j'en ai un. »

« Qui ? » demanda Marlène.

Gawain lui lança un regard éloquent.

« M-moi ? bafouilla-t-elle, les yeux écarquillés. Mais- »

« Tu as essayé de le tuer il y a quatre jours, lui rappela Gawain comme si elle avait oublié, comme si elle pouvait un jour oublié. Je serais idiot de ne pas te suspecter. »

« Alors tu penses que je- que c'était moi ? » demanda-t-elle avec une voix rauque, se demandant ce que cela voulait dire pour elle désormais.

Elle ne l'avait pas fait, mais comment allait-elle pouvoir prouver ça ?

« C'est le cas ? » demanda Gawain.

« Non ! Non, je ne ferais jamais- Harry était là ! »

Marlène avala une gorgée de thé pour se donner de la force.

« Gawain, je ne pourrais pas- ne ferais pas- »

« Je pensais que c'était le cas, dit-il en vidant sa tasse. Mais je doutais aussi que tu serais capable d'utiliser un Impardonnable. »

Marlène ne répondit pas. Elle avait utilisé son premier Impardonnable à dix-neuf ans pour protéger Lily d'un Mangemort. Gawain ne savait pas ça et il ne l'apprendrait jamais, si c'était à elle d'en décider.

« Je me suis déjà trompé à ton propos. »

« Tu me crois pourtant, pas vrai ? » demanda Marlène désespérément.

« Tu n'es pas du genre à envoyer d'autres personnes attaquer les gens pour toi. »

A nouveau, Marlène ne dit rien, certaine qu'ils pensaient tous les deux à sa tentative avortée de meurtre sur Sirius quatre jours plus tôt.

« Oui, dit Gawain finalement. Je te crois. »

Les yeux de Marlène se remplirent à nouveau de larmes.

« Est-ce que Harry va bien ? »

Elle posa la question, sincèrement inquiète, mais Gawain avait aussi ouvert la bouche pour dire quelque chose – probablement quelque chose de réconfortant – et elle ne pensait pas qu'elle pouvait supporter de l'entendre.

« Quelques égratignures parce qu'il a fait explosé la douche, mais à part ça, il va physiquement bien. Mentalement, par contre ... »

Gawain secoua la tête et Marlène sentit quelque chose se contracter en elle. Quelques larmes coulèrent sur ses joues.

« Les guérisseurs pensent que ce serait mieux de lui lancer un sortilège d'Amnésie, mais ils ont besoin de l'accord de son tuteur et Black ne s'est pas encore réveillé. »

« Sirius est blessé ? » s'entendit-elle demander.

« Côtes cassées, mais le reste est mental. Le guérisseur qui s'est occupé de lui a dit qu'il s'était renfermé. Ils devaient faire venir un Legilimens- »

Gawain jeta un œil à son Sidekick.

« -à peu près maintenant en fait, pour réparer les dommages internes. »

« Sirius a survécu à Azkaban, dit Marlène en traçant le bord de sa tasse avec un doigt tremblant. Il va survivre à ça. »

Elle n'était pas sûre de savoir si elle était réconfortée à cette pensée, ou déçue. Gawain ne répondit rien, mais il fronçait les sourcils en direction de sa tasse de thé.

« Non ? »

« Je ne sais pas. » répondit Gawain.


« -sorts finiront pas s'en aller. » confirma Lunard.

Harry aurait pu trouver que c'était bien que, pour une fois, Lunard puisse parler sans être obligé de prétendre qu'il détestait Patmol. Du moins ... Si le sujet de la discussion n'était pas Harry lui-même.

« Exactement. » dit Patmol.

Harry entendit sa chaise crisser sur le sol de la cellule.

« Alors vous voulez laisser le garçon souffrir ? » demanda le guérisseur – qui avait dit son nom à Harry, mais que Harry avait oublié.

« J'aurais préféré qu'il ne soit pas dans cette situation tout court. » dit Patmol.

Harry bougea un peu. Sa voix était plus proche que Harry ne s'y attendait.

« Mais ce qu'il a pensé ou vu – peu importe les mauvaises pensées qui lui ont été imposé par les Détraqueurs – va revenir la prochaine fois qu'il sera proche d'un Détraqueur et nous nous retrouverons dans la même position. »

La panique s'immisça dans les veines de Harry et il essaya de la repousser.

Écoute. Contente-toi d'écouter, ne pense pas, se dit-il à lui-même. Et ne dors pas. Harry se demanda s'il allait pouvoir dormir à nouveau.

« Vous vous attendez à d'autres rencontres avec des Détraqueurs, M. Black ? » demanda sournoisement le guérisseur.

Les Aurors à l'autre bout de la pièce devinrent silencieux, visiblement impatients d'entendre la réponse de Patmol.

« Je ne m'attendais déjà pas à cette rencontre. » grogna Patmol.

Sa voix était toute proche de Harry maintenant, il sentit une main passer dans ses cheveux.

Harry se força à respirer profondément pour ne pas se faire remarquer, même s'il voulait désespérément parler à Patmol. Il avait fait semblant de dormir la nuit précédente pour éviter les questions concernant la nuit d'avant et Patmol avait repris connaissance voilà seulement une heure. Harry avait écouté une quarantaine de minutes de soin, durant lesquelles Patmol avait avalé des potions et avait parlé Légilimancie – apparemment, le Legilimens avait trouvé Azkaban en ruine dans la tête de Patmol et il y avait eu un débat sur ce que cela signifiait – et Harry s'était presque 'réveillé' quand la conversation avait viré sur les sortilèges d'Amnésie. Patmol soupira et ensuite, Harry entendit la chaise de Patmol crisser à nouveau.

« Que vous me croyez ou pas, Leatherby, je veux ce qu'il y a de mieux pour Harry. Je ne suis pas heureux – pas du tout – qu'il ait du traverser ça- »

Quelqu'un ricana – un des Aurors, pensa Harry, en jugeant par la direction d'où cela était venu.

« Tu penses que c'est drôle, Dawlish ? » demanda Scrimgeour avec une voix franchement menaçante.

Scrimgeour n'avait pas quitté la cellule de la journée. Il semblait avoir pris la présence des Détraqueurs comme une insulte personnelle et était déterminé à surveiller Harry, Patmol et ses Aurors lui-même. Harry n'avait pas eu beaucoup d'interaction avec Scrimgeour – et il ne l'avait pas particulièrement aimé quand ça avait été le cas – mais il admirait certainement la détermination de l'homme.

« C'est Black. » dit Dawlish, comme si ça expliquait tout.

Les mains de Harry se crispèrent sur sa couverture.

« Il se fichait des Potter quand il les a vendu à Vous-Savez-Qui- »

Il y eut un crissement, un bruit sourd et quelqu'un lâcha un « Oof ! ». Harry, pendant ce temps, essaya de contrôler sa respiration. Les souvenirs de la nuit passée étaient réapparus, menaçant de le submerger.

« Assieds-toi, Sirius. » s'écria Lunard, et Harry devina que Patmol s'était jeté sur Dawlish et que Lunard l'avait arrêté.

Il y eut encore quelques bruits de pas, le bruit d'une chaise que l'on relevait brusquement et ensuite un bruit sourd – probablement Patmol qui se rasseyait.

« Honnêtement, tu dis avoir changé, dit froidement Lunard. Et ensuite, tu fais un truc stupide comme ça. Tu penses qu'on est tous idiot ? »

« Pas tous. » répliqua Patmol.

Harry se demanda à qui il avait jeté un regard éloquent. Probablement Dawlish.

« Et je n'ai jamais dit que j'avais changé. Tout ce temps, j'essayais plutôt de prouver que je n'avais pas changé. »

« Tu fais un travail affreux à propos de ça. » dit Lunard après une pause.

Harry se demanda pourquoi personne ne l'avait pris de vitesse.

« Vraiment ? demanda Patmol. Pourquoi ? Je me suis toujours empressé de défendre Lily et James. »

« Sauf quand tu les as vendu à- »

« Il n'a pas insulté les Potter. » contredit Scrimgeour.

Harry pensa que son intervention arrivait à point nommé, mais la mention de ses parents le fit paniquer à nouveau.

Écoute. Contente-toi d'écouter. Ne pense pas, se dit-il à lui-même.

« Il l'a fait, répliqua Patmol, irrité. Il a dit que 'je me fichais' des Potter. »

Sa voix ne devint plus qu'un murmure.

« James et Lily n'étaient pas de ceux qui laissaient indifférents. »

« Clairement, vous- »

« Sors. » dit Scrimgeour.

Harry supposa que Dawlish l'avait regardé, car Scrimgeour reprit la parole.

« Oui, Dawlish. Toi. Dehors. Va chercher un remplaçant. »

« Je suis un Auror, pas un messager. » dit sèchement Dawlish.

« Alors peut-être qu'une fois là-haut, tu pourras investiguer et découvrir ce qui prend si longtemps à Rattler. »

La porte s'ouvrit et se referma brusquement.

« Joliment géré. » dit Patmol, et Lunard renifla.

Harry soupçonna qu'il avait essayé de dissimuler son rire.

« Je t'aurais bien renvoyé aussi, si j'avais pu. » répliqua Scrimgeour, irrité.

Quelqu'un – le guérisseur, pensa Harry, puisque les seules autres personnes dans la cellule étaient lui, Patmol, Lunard et Scrimgeour – se mit à rire. Harry avait de nouveau oublié son nom.

« Non, tu ne l'aurais pas fait, dit Patmol. Tu es trop malin pour nous renvoyer ensemble – on aurait continué à se disputer et ça aurait été contre productif. »

« Par Merlin, vous avez réponse à tout, non ? » demanda le guérisseur.

Harry n'était pas sûr s'il avait l'air appréciateur ou exaspéré.

« Vous voulez vraiment une réponse à ça ? » demanda Patmol.

Harry pouvait l'entendre sourire. Lunard soupira.

« Alors c'est non pour le sortilège d'Amnésie ? » demanda le guérisseur pour clarifier.

Harry se tendit et Patmol s'approcha à nouveau, cette fois pour s'asseoir sur le lit, près des genoux de Harry.

« Il va bien ? » demanda Lunard, l'air inquiet.

Il avait même oublié de s'adresser à Patmol de manière agressive.

« Vous voyez ! s'exclama le guérisseur. Des cauchemars ! Nous pouvons le protéger de ces- »

« On pourrait. » confirma Patmol.

Harry pouvait sentir ses yeux gris sur son visage. Il soupçonnait Patmol de savoir qu'il était réveillé et cela le fit se sentir penaud. Patmol rit doucement et Harry réalisa trop tard que Patmol – et Lunard – pouvait probablement sentir ça.

« Mais franchement, Leatherby- »

Leatherby, pensa Harry, déterminé à se souvenir du nom du guérisseur cette fois.

« -je ne pense pas que les enfants devraient être recouverts de sortilège de Coussinage et lire les Contes du crapaud. Dites que je suis irresponsable- »

« Pas besoin de le dire, dit vicieusement Lunard, comme pour se rattraper de son écart. Tout le monde le sait, de toute façon. »

« Tu as dit que tu étais d'accord avec moi là-dessus, alors tais-toi. » dit Patmol sur le même ton.

Lunard se tut.

« Pas de sortilège d'Amnésie. » continua Patmol, l'air fatigué.

Il posa la main sur le genou de Harry et Harry – doucement – appuya sur sa main.

« Monsieur, dit Leatherby, s'adressant apparemment à Scrimgeour. Pouvez-vous faire entendre raison à Black ? »

« Bon courage. » murmura Lunard.

« Le garçon devrait être épargné ! »

« C'est trop tard pour l'épargner. » dit Scrimgeour.

Harry entendit la porte s'ouvrir et Rattler qui saluait tout le monde.

« On ne peut pas défaire ce qui a été fait hier soir – sa mémoire oui, mais la nuit se sera tout de même passée, même s'il ne s'en souvient pas. »

« C'est le genre de choses qui font espérer que les Langues-de-plomb avancent un peu plus vite sur la machine à voyager dans le temps, pas vrai ? » dit Rattler, et Patmol laissa échapper un petit grognement approbateur.

« Vous êtes sûrs ? » demanda Leatherby.

Harry donna un nouveau petit coup dans la main de Patmol.

« Je suis sûr. » dit Patmol.

Harry entendit Leatherby s'en aller. Alors, Patmol secoua l'épaule de Harry et Harry comprit que son prétendu sommeil était terminé. Il ne voulait pas se réveiller. Se réveiller voudrait dire parler à propos de la nuit de la veille.

« Gamin. » dit Patmol – pour faire illusion évidemment, car Harry avait déjà ouvert un œil.

Patmol tendit ses lunettes à Harry.

« Bonjour. » dit Harry avec réticence.

Patmol l'observait avec tristesse.

« Ça vous ennuierait de- » commença Patmol.

Lunard eut l'air partagé – il voulait apparemment rester, mais il n'y avait aucune façon de le faire sans éveiller les soupçons. Il croisa les yeux de Harry pendant un instant, sourit tristement et s'en alla. Scrimgeour et Rattler se levèrent aussi – Rattler sourit à Harry – et il suivirent Lunard hors de la cellule.

« Pourquoi- »

« Ils me font confiance avec toi maintenant, je pense, dit Patmol en regardant la porte se fermer. Scrimgeour en particulier. C'est lui qui- »

« Ouais. » dit Harry.

Cela ne faisait vraiment que quelques heures ?

« Comment tu as fait pour savoir que je ne dormais pas ? »

Patmol leva un sourcil.

« Tu parles, dit Patmol, amusé. C'est drôle, en fait. La moitié du temps, quand tu es réveillé, c'est impossible de te faire parler, mais quand tu dors, tu n'arrêtes pas. »

Il sourit largement. Harry ne se sentit pas la force de retourner ce sourire et l'amusement de Patmol disparut.

« Gamin, je- Tu ne voulais pas du sortilège d'Amnésie, pas- »

« Non. » dit Harry, mais il n'était pas sûr de savoir si c'était vrai ou non.

N'y pense pas, n'y pense pas.

Patmol acquiesça.

« Tu te sens bien ? »

« C'est un peu le bazar dans ma tête, admit Patmol en faisant la grimace. La même chose qu'avant que j'y ai construit Azkaban, alors ce n'est pas comme s'il y avait de vrais dommages, mais ça semble … bizarre. »

« Tu vas le reconstruire ? » demanda Harry.

« Probablement. » dit Patmol après une pause.

Ils parlaient déjà calmement, mais sa voix se baissa encore et il jeta un œil vers la porte.

« Je ne sais pas si je serais capable de lancer un Patronus vu l'état des choses en ce moment et c'est … Je pense que c'est une bonne idée de s'assurer que je puisse, juste au cas où. »

Patmol souffla sur une plume – la plupart du verre, des plumes et de l'eau avait été nettoyé, mais il en restait encore – et la plume vola jusqu'à la table, à l'endroit où Lunard était assis. Harry garda les yeux sur la plume, même si l'attention de Patmol s'était reportée sur lui.

« Les pensées se sont arrêtées ? »

« Pour l'instant. » dit Harry.

Patmol ne semblait pas savoir quoi dire. Il essayait visiblement d'être délicat à propos de la situation – ce pour quoi Patmol n'était vraiment pas doué. Harry aurait trouvé drôle de l'observer dans d'autres circonstances.

« Je suis content de t'avoir pris avec moi, dit doucement Patmol. Je suis désolé si ça veut dire que tu es coincé ici et que la nuit dernière … est arrivée ... »

« Ce n'est pas ta faute. » lui dit Harry.

« Non, confirma Patmol. Mais je suis désolé de ne pas avoir pu faire plus pour t'aider. »

Harry haussa les épaules. Patmol passa un bras autour de ses épaules et le serra un peu. Harry se blottit contre lui – Leatherby avait guéri ses côtes, alors Harry n'avait pas peur de lui faire mal.

« Vraiment, vraiment désolé. »

« Ça va. »

« Vraiment, vraiment, vraiment- »

Avec réticence, Harry laissa échapper un rire.

« Je t'avais entendu la première fois. » dit-il en donnant un petit coup à Patmol.

Patmol se mit à rire.

« Tu veux- je veux dire, tu es- »

Harry allait presque dire 'sérieux', mais il s'en empêcha.

« Tu es content de m'avoir pris avec toi ? »

« Oui. » répondit Patmol.

Et il ne plaisanta pas à ce propos – peut-être car il sentait que Harry avait besoin de l'entendre. Harry sourit, hésitant, tandis qu'une partie de ses peurs de la veille disparaissaient. C'était stupide d'être encore inquiet de savoir si Patmol voulait de lui – il avait été parfaitement clair à de nombreuses occasions – mais Harry supposa que c'était un manque de confiance qu'il avait conservé depuis les Dursley.

« C'est ça que tu as vu, alors ? demanda Sirius, hésitant. Moi te disant que je ne voulais pas de toi ? »

« Ouais. » dit Harry en haussant les épaules.

Entre autres choses.

« Et c'est tout ? » insista Patmol sur un ton très prudent.

« Je- non. Il y a- avaient d'autres … choses. » murmura Harry sans regarder Patmol.

« Juste des pensées ? » demanda Patmol en utilisant une voix que Harry n'avait entendu qu'une fois, ce jour voilà un an, où ils étaient assis sur le pallier à la maison et où Patmol avait demandé à propos des Dursley.

La confiance. C'était ce qu'il demandait. Après avoir encore entendu Rogue murmurant à quel point Patmol était un monstre, ce n'était pas aussi facile que ça l'aurait du de lui faire confiance. Mais Rogue avait tout faux et Harry faisait confiance à Patmol.

« Des souvenirs. » murmura-t-il, et Patmol s'immobilisa complètement près de lui.

« Des souvenirs ? »

Il observa Harry, mais Harry fixa le sol.

« Je n'avais pas réalisé- je pensais que c'était juste des pensées- des hallucinations- »

Harry frotta ses yeux – ils commençaient à piquer – et secoua la tête.

« Oh, gamin. » dit Patmol en le serrant fortement contre lui.

Harry le serra un peu plus fort encore, distrait.

« Peut-être- si tu veux que Leatherby revienne- »

« Non, dit fermement Harry. C'est- juste non. »

« La caverne ? » supposa Patmol, et Harry acquiesça.

« Et après ça … Avec Kreattur- »

« Et pas moi, dit Patmol en hochant la tête, mais en fronçant les sourcils. Je pensais que tu avais dépassé ça. »

« J'imagine que non. » s'exclama vivement Harry.

Il se sentit de suite mal d'avoir crié. Patmol essayait d'aider.

« Je n'en avais pas rêvé depuis des mois. Je pense que c'est juste la nuit dernière qui- »

« Qui a tout ramené en mémoire ? suggéra Patmol et Harry acquiesça. J'apparais toujours dans tes mauvaises pensées et tes mauvais souvenirs, j'ai l'impression. »

Parce que c'est un monstre, murmura Rogue, quelque part dans la tête de Harry.

Tais-toi, lui dit Harry.

« Je suppose. » dit tout fort Harry, en espérant que Patmol sentirait qu'il ne voulait plus en parler et qu'il termine la conversation.

Il ne fut pas si chanceux.

« Tu es sûr que tu ne veux pas que Leatherby- »

« Je suis sûr. » insista Harry.

« Pourquoi ? demanda doucement Patmol. Gamin ? »

« Parce que. » dit Harry en repoussant le bras de Patmol.

« C'est une réponse pourrie. »

« Je ne veux pas- »

Patmol arqua un sourcil, invitant Harry à continuer. Harry le foudroya du regard.

« Laisse tomber. »

Patmol, l'air soucieux, obéit.