ça va faire à peu près un an depuis la dernière update et je vous jure que je suis vraiment désolée parce que ça fait des mois que mon chapitre est prêt je devais juste le corriger T-T mais la dépression et d'autres trucs ont eu bien raison de moi. Bref de manière générale ma vie était pas super donc j'était occupée et j'ai pas pris le temps de vous poster le chapitre et vraiment my bad j'en suis désolée T-T
JE N'ABANDONNE PAS CETTE FIC DON'T WORRY !
Bref, nouveau chapitre sur nos persos secondaires, petit flashbacks et autre révélations j'espère que ça va vous plaire ;)
(si vous voyez des fautes, vous n'en voyez évidemment pas, l'orthographe est après tout une arme de satan pour nous faire détester le français)
« Les enfants sont des êtres purs. Ce sont des petits humains, pas encore corrompus, qui fixent le monde avec leurs grands yeux et qui ne cessent d'être émerveillés par ce qu'ils y voient. »
Yukiteru Junichiro âgé de neuf ans, faisait partie de ces enfants-là.
Les yeux verts comme sa mère, le teint hâlé et les cheveux noirs ébouriffés, Yukiteru était un enfant plein d'énergie et un peu trop franc. On pouvait facilement croire qu'il n'existait pas de filtre entre la pensée de Yuki et ce qui sortait de sa bouche.
Sa mère trouvait ça particulièrement amusant et lui frottait toujours affectueusement la tête en le reprenant. Son père, lui, trouvait ça particulièrement agaçant et malpoli.
Erika Junichiro et son mari Fuyuki Junichiro représentaient tous les deux le jour et la nuit.
Erika était enjouée, pleine d'énergie, bruyante et souriante. Fuyuki était plus calme et taciturne, introverti, il restait souvent à la maison et s'occupait de Yuki.
S'il avait eu à choisir entre son père ou sa mère, Yuki aurait définitivement choisi sa mère car elle était comme lui, pleine d'énergie, sincère et gentille. Fuyuki lui imposait toujours le silence et le calme et c'était quelque chose qu'il avait du mal à faire, surtout âgé de neuf ans.
Erika travaillait beaucoup mais elle revenait souvent avec des cadeaux et dès qu'elle le pouvait, elle s'occupait de son fils. Yuki adorait ces moments-là, il adorait sa mère.
Alors ce jour-là, ils passaient l'après-midi au parc. Yuki n'avait pas le droit d'y aller seul car il y avait beaucoup de « grandes personnes peu fréquentables et mal intentionnées » dans les rues de leur quartier. Quand ils y allaient, d'autres parents étaient là avec leurs enfants et Yuki jouaient avec eux pendant que les adultes discutaient.
Comme toujours, Yuki jouait avec les autres enfants de son âge. La mère de Tadashi avait ramené un vieux ballon de foot, beaucoup trop grand pour des pieds d'enfants mais suffisant pour s'amuser.
Malheureusement, la balle avait tendance à sortir des limites du terrain de jeu pour se diriger vers les différentes ruelles qui entouraient le parc.
Après un tir particulièrement mal cadré de Ryuji, la balle roula sans s'arrêter jusqu'à sortir de leur champ de vision.
— Oh non, le ballon, il est parti trop loin ! s'exclama Tadashi.
— Moi je vais pas le chercher, j'y suis déjà allé tout à l'heure, annonça Ryuji en croisant les bras sur sa poitrine.
—Mais c'est mon ballon il faut que quelqu'un aille le récupérer ! protesta Tadashi.
— Je peux y aller si vous voulez ! se proposa Yuki.
Les autres enfants accueillirent l'idée avec enthousiasme. La vérité c'est que leurs parents les avaient prévenus des dangers auxquels ils pouvaient faire face s'ils sortaient un peu trop du périmètre du parc (des dangers comme des monstres mangeurs d'enfants et autres démons maléfiques) alors personne ne voulait aller chercher le ballon.
Yuki n'avait pas peur. Même si sa mère lui avait dit que la rue était dangereuse, Yuki n'avait jamais été confronté au danger alors il ne le craignait pas.
Il aurait peut-être dû.
L'enfant s'avança sereinement dans la ruelle, à la recherche du ballon. Ne voyant rien, Yuki décida de s'enfoncer un peu plus et de regarder sous les voitures garées si le ballon n'avait pas roulé en dessous.
Au bout d'une longue minute, il finit par retrouver le ballon qui était sous une camionnette grise. Yuki dû ramper sous le véhicule pour atteindre le ballon et l'attraper. En dessous, le sol était humide et terreux. Yuki écrasa un verre de terre et un escargot en ramenant le ballon vers lui.
Au moment où il allait bouger pour repartir, il entendit distinctement provenant de la camionnette au-dessus de lui, des pleurs étouffés.
Il n'eut malheureusement pas le temps de s'attarder dessus car deux mains saisirent ses chevilles et le tirèrent d'un coup sec. En un instant, Yuki se retrouva à l'air libre, allongé sur le sol, le ballon dans les mains, face à un homme qui semblait âgé aux vues de ses cheveux grisonnant avec une cigarette dans la bouche.
— Qu'est-ce que tu foutais sous ma voiture, gamin ? lui demanda l'homme.
Yuki se releva tranquillement, pas plus gêné par l'inconnu et agita le ballon face à lui.
— Je cherchais mon ballon. Pourquoi y a du bruit dans ta voiture ? dit-il.
La question était complètement innocente. Yuki supposait que peut-être qu'il venait juste d'arriver et qu'avant de partir, il n'avait pas entendu le son étrange que le petit garçon avait entendu.
L'homme le fixa d'un œil mauvais puis tira un coup sur sa cigarette avant de jeter le mégot et de l'écraser par terre.
— Où sont tes parents ? demanda encore l'homme.
— Ma mère est dans le parc là-bas avec mes amis. Mais du coup y a quoi dans ta voiture ? insista Yuki qui n'aimait pas que l'on ignore ses questions.
Cette fois-ci l'homme sourit d'un air étrange mais Yuki ne s'en soucia pas plus que ça. Il voulait réellement savoir ce qu'il y avait dans cette camionnette.
— Tu veux vraiment savoir ?
Il acquiesça vigoureusement.
L'homme lui indiqua la camionnette.
— Regarde par toi-même.
Yuki n'était pas doté d'une quelconque forme d'instinct ou d'hyper intuition. Il était naïf.
Alors il ouvrit la portière et fit face à une fillette d'à peu près son âge, nue, allongée baignant dans son propre sang. La bouche bâillonnée par une sorte de tissu épais laissa à peine passer le cri paniqué que la fille poussa en voyant Yuki et l'homme.
Cette vision terrifia Yuki qui tenta de hurler. Une main épaisse se colla sur sa bouche et il ne put rien faire pour empêcher l'homme de fracasser son visage contre la portière épaisse. L'enfant perdit connaissance sur le coup.
C'était la toute première fois de sa vie que Yuki faisait face à la violence.
Étant donné la partie de la ville dans laquelle il vivait, toute personne normalement constituée aurait trouvé ça plutôt étonnant. Après tout, les quartiers est avaient déjà une mauvaise réputation à l'époque, la criminalité était très haute et sortir après une certaine heure était dangereux.
Yuki ne savait pas ça. Quand il était enfant, il ne voyait rien de la réalité qui s'offrait à lui. Peut-être était-ce parce que ses parents le rendaient heureux alors il n'avait jamais réellement eu le temps de se rendre compte ?
Quand Yuki reprit connaissance, sa tête lui faisait mal et il était nu. Il y avait un collier autour de son cou relier à une laisse, attachée à un mur. La pièce ressemblait à une ancienne salle de classe abandonnée, il faisait froid et les fenêtres étaient barricadées de manière que l'on ne voit ni l'extérieur, ni la lumière du jour.
Si Yuki n'avait jamais ressenti la peur pour sa vie avant, il l'a ressentie clairement en voyant l'homme à la camionnette entrer dans la pièce avec des gants en plastiques couverts de sang.
— Ne t'inquiète pas, je vais bien m'occuper de toi, sourit-il.
Yuki n'arrive jamais à se rappeler en détails de ce qu'il se passe ensuite. Les souvenirs qu'il a quand il essaye ne viennent que par flashs courts et incompréhensibles, des sensations désagréables et une peur insoutenable qui lui donne envie de vomir.
Il se souvient de l'homme au-dessus de lui, si proche qu'il peut sentir son haleine putride. Il se souvient de sa laisse qu'il a fait passer autour du cou de l'homme et qu'il tente de serrer de toutes ses forces, le corps tremblant, les mains ensanglantées, le souffle court. Il peut se souvenir de l'odeur du sang, de l'air irrespirable autour de lui et de la douleur aigue sur sa tempe.
Après ça, il y a les sirènes de police, sa mère qui le serre si fort contre elle qu'il en étouffe, les questions, les prélèvements ADN et des gens qui viennent toujours lui poser plus de questions.
Yuki ne se souvient pas beaucoup mais il veut tout oublier.
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Après ça, leur famille n'est plus la même.
Son père est plus stricte qu'avant, plus froid et sa mère, elle l'empêche de sortir et tente de le distraire en lui achetant toujours plus de cadeaux.
Erika parle souvent de déménager.
Quand il fait nuit et que la maison est silencieuse, quand Yuki craint de se rendormir pour faire face à des cauchemars qu'il oublie au réveil, il peut entendre la voix de sa mère qui chuchote de manière pressante, presque paniquée.
— Il faut qu'on parte. Yuki ne peut pas grandir ici.
— Erika, ne soit pas ridicule. Tu sais très bien qu'on ne peut pas partir, on n'en n'a pas les moyens. Et Yuki peut très bien grandir ici, toi et moi on s'en sort plutôt bien, objectait son père.
— Tu plaisantes ? Il est complètement traumatisé Fuyuki, il ne sourit plus, il ne mange plus il…
— Il est vivant Erika ! La fille qui était avec lui n'a pas été aussi chanceuse. Notre fils est un battant, il a survécu à ça, il pourra survivre à n'importe quoi d'autre.
Il y eut un silence brisé par des sanglots. Yuki n'aimait pas entendre sa mère pleurer.
— Écoute, je vais essayer de demander une augmentation sur mon salaire mais… Je ne garantis rien. Je ne veux pas que tu te fasses de faux-espoirs d'accord ? Mais si on peut partir, on partira. On ira où tu veux, résonnait la voix de son père.
Yuki retourna se coucher et fit comme s'il n'avait rien entendu au petit matin.
Le temps s'écoula et Yuki grandit.
Comme tous les gamins des quartiers est, il finit éventuellement par comprendre le système des gangs, par craindre certaines personnes et éviter certains endroits. Il devint ami avec Aki et fuma sa première cigarette avec lui.
Erika travaillait beaucoup plus qu'avant et Yuki se mit à la voir de moins en moins souvent. Leur maison d'habitude emplie de joie et d'amour était devenue froide. Yuki restait de moins en moins chez lui, évitant la présence distante et austère de son père et Erika ne revenait que quelques jours dans le mois.
Yuki a douze ans quand il a sa première gueule de bois.
À genoux, la tête dans la cuvette à vomir ses tripes, il regrette son choix de la veille. Oui, Hijime était définitivement un type beaucoup trop cool et il voulait lui prouver qu'il n'était pas un gamin et qu'il pouvait boire aussi mais il aurait certainement dû réfléchir un peu plus longtemps aux conséquences.
Et son père le regarde d'un air réprobateur que Yuki déteste.
C'est un mélange subtil entre « mon fils est un raté » et « pourquoi est-ce qu'il fait tout ça ». Et parfois, Yuki aussi se pose la question. Pourquoi est-ce qu'il fait tout ça ? Pourquoi est-ce qu'il commence à trainer avec les membres de gang de la ville ? Pourquoi est-ce qu'il fume ? Pourquoi est-ce qu'il sèche les cours ? Ses parents ne le comprennent plus, mais lui aussi ne se comprend plus.
Yuki essuie sa bouche du revers de sa main en lançant un regard noir à son père.
— Arrête de me regarder comme ça, grogna-t-il.
Son père secoua simplement la tête avant de partir.
Yuki se retrouva seul.
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Même s'il ne voulait pas se l'admettre, Yuki détestait leur ville et son quartier pourri. Il détestait les différences sociales criantes, la misère et la destinée tragique vers laquelle chaque habitant se dirigeait.
Il rêvait de voyager comme sa mère, d'aller aux États-Unis assister à un match de baseball, son sport préféré, aller en Italie et voir la tour de Pise, prendre une photo de la tour Eiffel, faire un safari en Afrique… Le genre de trucs inutile que les bourges adoraient faire.
C'est pour ça qu'il a rejoint les Underwater's. Hijime lui avait raconté que c'était une chance de travailler pour le Boss qui était un homme bon et protecteur. Il voulait faire changer les choses.
Yuki aussi voulait faire changer les choses.
Dans la rue, les gens parlaient. Beaucoup spéculaient sur une certaine alliance qui visait à faire tomber les FIVE, mais les rumeurs étant des rumeurs, personne ne pouvait réellement s'y fier.
— Si quelqu'un a les couilles de buter Hanagawa t'imagines pas le bordel que ça foutrait ici, avait dit un jour Aki.
Yuki aimerait bien devenir ce « quelqu'un » plus tard.
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Un jour, sa mère est rentrée à la maison et elle ne l'a plus jamais quittée.
Yukiteru a treize ans et il a l'impression de revivre.
Erika lui a donné une batte de baseball qu'elle avait acheté aux États-Unis en lui disant qu'elle jouerait avec lui maintenant qu'elle avait changé de métier.
Yuki est tellement heureux qu'il ne se soucie même plus des rumeurs sur la coalition contre les FIVE ou de la manière dont la rue s'agite, comme pour se préparer à quelque chose.
La maison n'est plus aussi froide et austère qu'avant, son père est (à peu près) redevenu normal, il a même recommencé à sourire. Il s'est même motivé à arrêter la cigarette après une longue discussion avec sa mère et un énième regard réprobateur de son père. La vie est belle.
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Et parfois, quand Yuki y repense il se dit que c'est peut-être parce qu'il a été assez naïf pour croire que tout irait bien désormais que tout a aussi mal tourné.
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— Les Hanagawa sont morts !
La nouvelle est choquante, quelques mois plus tôt Yuki n'aurait jamais cru une telle chose possible.
Et pourtant.
La ville est à feu et à sang, la police (qui d'habitude n'agit jamais dans leur partie de la ville) est intervenue et de nombreuses personnes sont mortes ou portées disparues.
La rumeur dit que Makoto, le gamin, n'est pas mort, sauvé par une mystérieuse alliée. Yuki est certain que c'est de la déléguée dont les gens parlent, « Madame Parfaite » comme aimait l'appeler Aki. La fille était déléguée de leur classe, membre éminent du club de taekwondo de la ville, polie, souriante, gentille. Une des rares anomalies du quartier Est, où tous les adolescents étaient des délinquants en devenir.
Si la fille avait une addiction semblerait-il que ce soit aux canettes de café froid que vendaient les distributeurs du collège.
Tout le monde savait qu'elle était un peu timbrée. Il lui arrivait parfois de péter un câble et de tabasser les rares personnes qui lui cherchaient des ennuis, avec une violence extrême. Et quand un jour le distributeur ne lui avait pas donné sa canette, elle l'avait détruit (tout simplement).
Alors ce n'était pas vraiment surprenant de savoir que la fille était partie sauver le gamin Hanagawa même si ça l'était tout de même car qui serait assez taré pour oser s'interposer durant un règlement de compte ?
— Mais du coup… Les FIVE, c'est fini ? demanda Ryuji.
— N'importe quoi ! C'est le gamin qui va reprendre avec son oncle, expliqua Tadashi en finissant sa canette de bière.
— Il a un oncle ? s'intéressa Yuki en jouant avec son briquet.
Allumé, éteint. Allumé, éteint. À défaut de pouvoir fumer, jouer avec son briquet occupait ses mains et le détendait.
— Ouep. Revenu de Corée y a quelques semaines. Personne était au courant et visiblement ceux qu'ont lancés l'attaque non plus, dit Tadashi.
— Je pensais qu'il était mort, dit Aki.
— Bah, il l'était. Personne ne survie à une balle dans la tête d'habitude, fit Tadashi.
— Mais si ! Vous connaissez pas la meuf au Pakistan ! Malala je crois. Bah on lui a tiré dans la tête pourtant elle est toujours en vie, protesta Ryuji.
— J'imagine que tuer quelqu'un, c'est plus ce que c'était si tu peux même survivre à ce genre de choses, fit pensivement Yuki.
La conversation continua jusqu'à ce que Aki décide de rentrer. Bientôt, les autres suivirent et Yuki se retrouva à marcher, seul, sur le chemin de chez lui.
Yuki aimerait se dire qu'il se fichait bien de qui prendrait la suite des FIVE et de comment serait organisé la relève mais il fallait bien admettre qu'ils faisaient partie des plus gros gangs de la ville et avaient certaines connexions avec la mafia. Avec les FIVE, c'était déjà bien la merde mais sans eux, ce serait encore pire. La peur qu'ils faisaient régner imposait une forme d'ordre auquel tout le monde se pliait et s'était habitué.
Yuki voulait que les choses changent mais il ne savait pas si c'était la bonne manière.
C'est en arrivant devant sa maison et qu'il vit la voiture noire garée devant qu'il sentit que quelque chose n'allait pas.
(Les grosses voitures noires aux vitres teintées étaient TOUJOURS mauvais signe)
Il rentra discrètement et silencieusement chez lui, écoutant les sons autour de lui pour mieux comprendre ce qu'il se passait. Des voix se faisaient entendre de la cuisine alors il s'y dirigea, toujours silencieusement et entrouvrit la porte de la pièce.
Son champ de vision était restreint mais il pouvait voir sa mère qui semblait à deux doigts de la crise de panique et le dos de son père qui semblait lui tenir la main. Il y avait au moins cinq ou six voix différentes mais il ne pouvait pas voir les autres adultes.
— Il n'était pas censé revenir ! s'écria une voix.
— He bien il est revenu ! Bordel, t'es même pas capable d'exécuter un seul boulot correctement ! fit une autre voix.
— Il faut qu'on les attaque encore. Qu'on achève le gamin et l'oncle, leur gang ne pourra pas survivre à ça, dit la voix calme et mesurée de son père.
— Fuyuki, nos hommes sont tous morts ou sur le point de mourir. Hanagawa n'a pas perdu une seule minute en revenant ici, il est déjà en train de commencer sa chasse aux sorcières. Quand il saura qui est à la tête de la coalition, on sera aussi sur sa liste, objecta quelqu'un d'autre.
— Alors qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Putain, j'ai un fils ! Je peux pas le mettre en danger comme ça !
Sa mère parlait de lui. Yuki était déjà suffisamment sous le choc de savoir que sa mère travaillait avec un gang pour prendre en compte que sa vie était potentiellement menacée.
— On a tous une famille et des enfants Erika. Si tu ne voulais pas le mettre en danger, il ne fallait pas entrer dans cette alliance.
Le silence se fit dans la pièce, lourd de sens.
— Sérieusement ? Ne me dites pas que personne n'a de plan.
— Je ne veux pas mourir.
— Merde, moi non plus mais on est un peu à court d'options là ! Hanagawa est super énervé et on n'a pas assez d'hommes pour s'opposer à lui !
— J'ai un plan. Mais il va nous falloir l'aide des Sawamura.
C'était son père.
— Tu crois vraiment qu'ils vont nous aider ? Ils ne sont fidèles qu'aux italiens.
— S'ils ne veulent pas, on kidnappe leur fille.
Des exclamations outrées résonnèrent dans la pièce.
— Quoi ? Pas besoin d'avoir une dizaine d'hommes pour ça. Et puis, c'est seulement s'ils disent non, protesta son père.
— Je… Je ne sais pas Fuyuki. Je ne pensais pas qu'on était tombés si bas, dit Erika, le regard empli de remords.
— Tu as lancé cette coalition Erika. Il serait temps d'en assumer les conséquences, répliqua froidement Fuyuki.
Yuki avait déjà vu son père énervé ou en colère. C'était souvent dirigé envers lui d'ailleurs.
Mais jamais, il n'avait été comme ça avec sa mère, jamais Yuki ne l'avait vu aussi froid et blessant.
Erika se contenta de baiser la tête, coupable.
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Ce soir-là, durant le dîner, Erika agit de manière particulièrement tendre et câline avec Yuki. Son père se contenta d'agir comme à son habitude, silencieux, observateur.
Yuki ne savait pas réellement quoi penser de tout ce qu'il avait appris.
Il avait longtemps pensé que ses parents étaient le genre de personne simple qui ne voulait pas de problèmes et qui n'avait pas d'ennemis mais personne n'était vraiment simple quand on grandissait ici.
Ils n'avaient pas échappé à la destinée réservée aux personnes de leur quartier.
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Peut-être que Yuki allait mourir, tué par Hanagawa pour l'affront que sa mère avait commis en créant la coalition mais au moins elle avait essayé de se battre pour quelque chose, elle avait essayé de faire changer les choses.
Yuki serait toujours fier d'elle pour avoir essayé.
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Deux semaines s'écoulèrent après ces évènements.
La vie continuait plutôt tranquillement.
Yuki tenta par deux fois d'espionner sa mère et son père mais il ne réussit pas à obtenir des informations sur les prochaines actions de la coalition ou sur la réussite de leur plan.
La chasse aux sorcières des Hanagawa continuait. Plusieurs personnes de sa classe n'étaient plus jamais revenues en cours.
Yuki se demandait quand est-ce que ce serait son tour.
Depuis qu'il s'était fait enlever l'idée de la mort n'était plus quelque chose qu'il craignait réellement. Mourir sans avoir combattu, sans avoir lutté pour être en vie, c'était une mort nulle. Yuki refusait d'avoir une mort nulle, il refusait de mourir comme tous les imbéciles qui avaient eu le malheur de naître ici. Il refusait de suivre le cours de sa destinée.
Mais personne ne pouvait réellement s'opposer au destin. Personne n'avait la force des dieux pour faire ça. Yuki n'était pas un héros, il ne changerait sûrement pas les choses mais ça ne le dérangeait pas de mourir pour quelqu'un qui aurait au moins essayé.
En rentrant des cours, il tomba nez à nez avec sa mère qui ouvrait la porte en même temps que lui.
— Salut maman, lui dit distraitement Yuki en passant rapidement à côté d'elle.
Il n'eut pas le temps de faire deux pas que les bras de sa mère entouraient et ses épaules et sa tête était plaquée contre sa poitrine.
Il était encore plus petit qu'elle, Erika était une femme plus grande que la moyenne, c'était peut-être dû à ses lointaines origines européennes.
Yuki ne comprenait pas toujours les soudains élan d'affection de sa mère mais il savait y répondre. Il entoura de ses bras, la taille de la femme et inspira son odeur, s'abreuva de sa douceur.
Et Erika le serra plus fort encore, tremblante.
Elle sembla ouvrir la bouche, comme pour parler avant de la refermer immédiatement.
— Tu sais pas à quel point je vous aime, murmura-t-elle comme un secret.
Il le savait mais il préféra se taire.
Erika le lâcha et le regarda droit dans les yeux. Elle observa avec une attention nouvelle chaque partie de son visage d'une manière étrange.
— Je ne suis pas assez forte pour vous protéger. Je suis désolée, lâcha-t-elle soudainement au bout d'un moment.
Un sourire triste, une caresse sur la joue et un regard qui sera le dernier. Yukiteru ne le savait pas encore mais il sentait que quelque chose n'allait pas.
Il saisit sa main dans la sienne et lui sourit.
— C'est pas grave maman. Du moment qu'on est ensemble on est les plus forts pas vrai ? On peut tous se protéger les uns les autres !
Et il y croyait. Essayer c'était déjà réussir et s'ils se battaient tous ensemble, ils étaient capables d'accomplir de grandes choses. C'est ce qu'elle lui avait toujours dit.
Yukiteru ne comprit que très tard pourquoi sa mère s'était mise à pleurer après ses paroles.
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Erika fini par quitter la maison sans un regard en arrière. Yuki profita de cette occasion pour tenter de la suivre discrètement.
Quelque chose d'étrange avait lieu sous ses yeux, sa mère n'allait pas bien et son père n'était pas là. Peut-être allait-elle le rejoindre à une réunion de la coalition anti-FIVE ?
Yuki était à vélo tandis que sa mère était en voiture. Elle avait quelques minutes d'avance sur lui mais cela lui permis de ne pas être vu et de déposer son vélo dans une ruelle sombre en passant par les dédalles de maisons à pied, capuche sur la tête.
La voiture avait traversé le portail d'une maison traditionnelle japonaise. Des hommes en costume noirs armés semblaient encercler le périmètre et protéger l'habitation.
Yukiteru dut prendre un temps considérable avant de pouvoir entrer dans l'enceinte de la demeure sans se faire repérer. Heureusement pour lui, les hommes finirent par partir pour une réunion d'après les murmures qu'il pouvait vaguement entendre.
Les couloirs étaient longs et spacieux. Le sol en bois semblait briller de mille-feux, Yuki avait l'impression que sa présence même salissait l'endroit dans lequel il se trouvait.
Il commençait sérieusement à se demander où est-ce qu'il avait atterrit.
De plus, sa mère semblait avoir complètement disparue.
Soudain, le son d'un coup de feu étouffé retentit, faisant sursauter l'adolescent qui se plaqua contre le mur. C'était proche.
Yuki attendit le cœur battant, immobile, avant de commencer à bouger. Personne ne semblait venir dans sa direction, le couloir restant désert.
Il recommença à avancer.
Tout au fond du couloir se trouvait une grande porte coulissante, entrouverte. Yuki décida d'y jeter un œil.
Peut-être que s'il n'avait pas décidé de regarder, il se serait éviter le traumatisme de ce qu'il allait voir. Peut-être que s'il avait décidé de rester chez lui et de ne pas suivre sa mère, les choses auraient pu se passer différemment.
Yuki passa doucement son visage dans l'ouverture, regardant attentivement s'il y avait des gens dans la pièce. La seule chose qu'il put observer était la silhouette inerte de sa mère, allongée sur le flanc sur les tatamis. Elle était de dos et Yuki ne pouvait voir que ses longs cheveux bruns s'étaler autour d'elle.
— Maman ? l'appela doucement Yuki.
Quelque chose n'allait pas.
Sa mère ronflait quand elle dormait. Elle dormait toujours sur le dos et peu habillée parce qu'elle avait toujours chaud. Sa position était étrange, peu naturelle, et surtout pourquoi irait-elle dormir sur le sol d'une maison appartenant à des étrangers ?
Quelque chose n'allait pas.
Yuki entra dans la pièce et s'avança vers sa mère.
— Maman, il-
Du sang.
Il y avait du sang qui s'écoulait sur le sol. La tâche s'étendait doucement sous le corps de sa mère comme une tache d'encre sur une feuille blanche. Le sol semblait s'abreuver de son sang, de sa vie.
Yuki était complètement figé sous le choc.
Morte. Morte. Morte.
Le sang coulait sur le sol toujours sur le sol, il ne voulait pas s'arrêter. Les yeux étaient clos à tout jamais, des traces de larmes récentes sur ses joues.
Un trou dans la tempe.
Morte.
Un pistolet sur le sol, près de ses mains.
Yukiteru hurla.
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Il se souvient vaguement de la manière dont il l'avait secoué avec force, la manière dont il s'était blottit contre elle, la tête contre sa poitrine encore chaude, pour écouter un cœur qui ne battrait plus jamais.
Il se souvient aussi du désespoir, de la peur.
Il se souvient toujours de la colère. C'est ce qui surpasse toujours tout, c'est ce qui maintient en vie.
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Il pleuvait quand ils l'ont enterrée.
Yukiteru et son père sont tous les deux sous la pluie, face à la tombe, blottit l'un contre l'autre. La main de son père est posée sur son épaule, comme s'il ne voulait pas le lâcher. Yuki essaye d'essuyer vainement ses larmes, sa main serrant la veste de son costume noir.
Ils ne sont plus que deux désormais.
— Elle voulait vraiment te protéger, tu sais, lui dit son père.
Il le sait. Pourtant, voir sa mère se faire enterrer parce qu'elle s'est suicidée va à l'encontre de ce que son père lui dit.
Le suicide c'était un acte de lâche, de personne qui préférait mourir plutôt que lutter encore pour prouver que l'on avait le droit de vivre, que l'on devait vivre. Se suicider c'était accepter de mourir.
Et qu'est-ce qu'est la vie si ce n'est un combat quotidien contre la mort ?
Le temps se joue inéluctablement des humains et à la fin, tout le monde sait qui sera le grand gagnant de ce jeu. Ça n'empêche pas de lutter, d'essayer de se battre, d'essayer de vivre.
Erika aurait dû se battre encore.
Yuki avait du mal à comprendre pourquoi elle avait fait ça alors qu'elle faisait clairement partie de la coalition anti-FIVE qui s'était opposée au gang.
— Elle nous a abandonné, dit simplement Yuki.
La main de son père vient doucement caresser ses cheveux de cette manière rassurante qu'elle avait l'habitude de faire pour qu'il dorme la nuit quand il faisait des cauchemars.
— Non, Yuki. Elle s'est sacrifiée, corrige son père.
Mais l'adolescent ne voit pas la différence, pour lui sa mère est morte, leur ville maudite est toujours dans la même merde et les FIVE sont toujours bien présents. Tu parles d'un sacrifice.
— Tu comprendras plus tard, soupira l'adulte avant de commencer à partir.
Yukiteru fixa la tombe encore un moment avant de le suivre.
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— Il faut qu'on parte, déclara son père.
— Quoi ? s'exclama Yuki, indigné.
— Yukiteru… soupira Fuyuki.
La maison était redevenue froide. Erika était morte depuis trois semaines.
— Maman est morte et tu veux l'oublier c'est ça ? Passer à autre chose et faire une autre vie ? s'exclama l'adolescent en colère.
— Bien sûr que non, Yuki, je ne veux pas oublier ta mère. Je ne pourrais jamais même si je le voulais. Mais il faut qu'on parte d'ici, qu'on quitte cette ville. C'était sa dernière volonté pour toi, qu'on aille vivre ailleurs, explique-t-il, très calmement.
— On ne peut pas partir d'ici. Elle est morte ici, souffle Yuki les larmes aux yeux, la voix étranglée.
C'était peut-être stupide mais Yuki avait encore l'impression que sa mère allait revenir subitement de l'un de ses voyages en ouvrant la porte de la maison, chargée de valises et de cadeaux avec ses lunettes de soleil. Il pouvait encore entendre sa voix qui l'appelait pour qu'il rentre à la maison quand il restait trop tard dans la rue.
Rester dans cette ville maudite c'était la faire vivre encore un peu.
Il pensait que son père l'avait compris.
Vivre avec Fuyuki maintenant qu'Erika n'était plus là n'était pas aussi difficile qu'avant. Il semblerait que son père fournisse des efforts avec lui alors Yuki essayait d'en faire aussi.
— Yuki…souffla son père en s'approchant de lui.
Ses mains saisirent doucement les siennes.
— Ta mère a toujours voulu quitter cette ville. Depuis ce qu'il t'est arrivé quand tu étais petit, elle m'en parlait tout le temps, elle essayait de tout faire pour qu'on parte. Je m'y suis toujours opposé.
— Pourquoi ?
Fuyuki haussa les épaules.
— Je ne sais pas vraiment. Je pense que, même si je déteste cet endroit depuis ma plus tendre enfance, c'est le nôtre tu sais ? C'est pas à nous de quitter notre maison mais c'est à nous de nous battre pour rendre cet endroit meilleur. Et avant de rencontrer ta mère, avant que tu naisses c'est ce que je faisais, je me battais pour cette ville, pour ces quartiers, pour les gens comme nous. Je ne voulais plus fuir, j'étais fatigué de fuir.
Et Yuki le comprend.
Lui aussi il est fatigué de fuir, fatigué d'être pauvre, fatigué de subir un destin qu'il n'a jamais choisi.
— On a… Avec ta mère et d'autres personnes on a fait des choses vraiment mauvaises parce qu'on voulait assurer un avenir à tous les enfants comme toi tu sais ? On s'est opposé aux FIVE, on a essayé de faire du mal à beaucoup de gens. Au final, on vaut pas vraiment mieux qu'eux.
Yuki en avait entendu parler à l'école, les gens disaient que le père de Makoto s'était fait arracher les ongles puis coupé les doigts de pieds avant de mourir, tabassé à mort. Et pour sa mère, on raconte que des bouts de son cerveau ont giclé sur les vêtements de Makoto.
Des morts horribles.
Même si Yuki était au courant que ses parents faisaient partie des commanditaires de ces évènements, entendre son père admettre qu'il avait sciemment fait torturer et brutalement assassiné les parents d'un de ses camarades de classe était choquant.
— Ça n'a pas vraiment fonctionné. Les FIVE ont voulu se venger et… Tout devenait vraiment hors de contrôle, certains gangs ont été décimés, des innocents ont été tués et une véritable chasse aux sorcières a eu lieu. Ils étaient très en colère. Si ta mère s'est… A fait ce qu'elle a fait, c'était pour nous protéger. Les Hanagawa avaient proposé d'arrêter leur chasse aux sorcières si les commanditaires venaient se dénoncer. Ta mère a accepté leur marché. Elle leur a donné toutes les informations qu'ils voulaient et ils ont décidé de ne pas la torturer. Mais en échange… En échange elle devait se suicider devant eux.
Yukiteru fixe son père avec l'impression horrible que quelqu'un a versé de la glace dans son sang.
Sa mère s'est donné la mort en signe de soumission totale face à ses ennemis. Elle est morte seule, peut-être effrayée, en colère, déçue, en croyant faire ce qu'elle pensait être le bon choix.
Il ne peut pas retenir plus longtemps le sanglot qui le prend violemment. Fuyuki a l'air aussi affecté que lui, les larmes aux yeux, l'air grave. Ses bras l'entourent silencieusement et Yukiteru se laisse aller contre son père, le corps tremblant, secoué par des sanglots plus violents les uns que les autres.
— Je sais que c'est difficile. Je suis désolé pour tout ce qu'on te fait subir et pour tout ce que tu dois vivre à cause de nous mais il faut que l'on parte mon grand, c'est ce qu'elle aurait voulu, dit Fuyuki, sa main dans ses cheveux.
Et soudain, la colère. Encore.
Yuki n'a plus envie de pleurer, il a envie de se venger, il a envie de se battre, il a envie d'aller éclater le crane de tous les Hanagawas encore présents sur terre. Erika ne pouvait plus se battre, alors il se battrait pour elle.
— On peut pas partir, déclare-t-il fermement en reniflant.
Fuyuki le lâche.
— Yuki… dit son père sur le ton de l'avertissement.
L'adolescent recule en secouant la tête.
— Elle s'est pas suicidée. Ces enfoirés de fils de chien l'ont buté, ils l'ont obligé à faire ça !s'exclame-t-il.
— C'était-
— Quoi, tu vas me dire que parce que c'était son putain de flingue et que c'est elle qui a tiré, elle s'est suicidée ? C'est ce qu'ils t'ont dit de me dire ? Pour que je l'accepte mieux c'est ça ?
Fuyuki pousse un long soupir en passant une main fatiguée dans ses cheveux. On dirait qu'il en appelle à tout son self-control pour ne pas exploser et Yuki ça l'énerve encore plus. Pourquoi n'est-il pas en colère ? Pourquoi tant de nonchalance ?
— Je n'ai pas envie d'avoir cette discussion avec toi. Il faut que l'on parte, répète son père.
On dirait qu'il ne sait que dire ça, comme un robot cassé et Yuki a envie de le baffer, de le sortir de son apathie.
— Tu veux fuir ? Sérieusement ? demande-t-il.
— Yuki…
Cette fois, son prénom sonne comme une menace.
— Putain mais t'es quel genre d'homme ? T'as pas de couilles ou quoi ? Ils ont buté ta femme et toi tu vas t'enfuir la queue entre les jambes ? Mais tu-
La première gifle ne l'empêche pas de continuer sa tirade. C'est la deuxième qui lui fait sonner les oreilles et voir des étoiles, le goût du sang dans la bouche. Il n'a pas le temps de se reprendre que son père l'a attrapé par le col et l'a plaqué contre le mur le plus proche.
Quand ses yeux sombres, emplis d'une colère sourde heurtent les siens, Yuki se souvient vaguement d'une de ces nombreuses fois où sa mère lui disait qu'il était exactement comme son père. Ses colères étaient toujours légendaires.
— Arrête de faire le petit con ! Tu crois que j'ai pas envie de prendre d'assaut la maison Hanagawa ? J'ai déjà déclaré une guerre pour ta mère Yukiteru, je lui ai toujours TOUT donné !
Il hurle si fort que c'est comme si les murs du salon tremblaient. Yuki se sent trembler, ses mains s'accrochent à celle de son père qui le tient par les épaules et qui ne le lâche pas.
— Alors qu'est-ce qu'on fout putain ? Allons-nous battre ! geint Yuki, désespéré.
— Non, répond fermement l'adulte.
— Pourquoi ?
— Parce que j'ai juré à ta mère que je te protégerais Yuki ! Les Hanagawa sont des démons, rien ne garantit qu'ils ne seront pas après nous malgré la promesse qu'ils ont fait à ta mère ! Je ne peux pas prendre le risque de te perdre aussi.
— Donc quoi, on s'en va et on oublie ? On abandonne maman ?
— Ta mère est morte Yuki. Elle est morte tu entends ? Elle ne reviendra pas ! Ça ne sert rien plus à rien de se battre parce qu'on a perdu c'est fini ! On a perdu Erika, on a perdu cette bataille on a perdu toute cette putain de ville ! La seule chose à faire maintenant c'est d'accepter la défaite et de partir comme on aurait dû le faire dès le début.
Yuki hurle de rage en repoussant son père violemment.
— Je te hais, je te déteste t'es qu'un putain de lâche ! J'ai honte que tu sois mon père ! Comment tu peux faire ça ? Maman s'est battue pour nous, jusqu'à la fin et toi… Toi tu veux juste fuir !
— Yuki, calme-toi…
— Non, je me calme pas ! C'est notre maison, c'est notre famille putain on peut pas se laisser marcher dessus comme ça ! Je m'en fous de mourir pour ça parce que au moins, au moins on se sera battu pour quelque chose !
Yuki est essoufflé quand il a fini de hurler.
Fuyuki le fixe, le choc se lisant sur son visage. Puis doucement, il semble passer à la résignation.
— Alors… Tu veux vraiment rester ici ? souffle-t-il.
— Oui.
Yuki croise les bras sur sa poitrine pour se donner l'air sur de lui-même si en vérité, il est perdu.
Fuyuki s'approche de lui et Yukiteru se crispe, prêt à encaisser un autre coup.
— Ta mère voulait qu'on parte parce qu'elle craignait que tu deviennes trop comme les gens d'ici. Comme moi. Prêt à mourir pour une ville qui pourrit de l'intérieur.
Sa main vient caresser sa joue enflée.
— Tu ne peux pas gagner un combat que tout le monde a perdu des années avant toi fils. Il faut savoir choisir ses batailles.
— Redorer l'honneur de maman, c'est ma bataille.
Un sourire triste se dessine sur les lèvres de l'adulte. Yukiteru peut même voir une larme couler sur sa joue.
— Tu vas mourir. Tu vas mourir et ce sera ton choix, tu le sais ?
Yuki ne le savait pas mais il acquiesça tout de même.
— D'accord. D'accord.
Il se retrouve plaqué contre la poitrine de l'adulte qui le serre contre lui plus fort qu'il ne l'a jamais fait avant. Yuki est toujours en colère contre son père, en colère contre tout le monde mais en même temps il est tellement triste qu'il a l'impression qu'il ne pourra jamais rien ressentir d'autre.
— Je t'aime Yuki. N'oublie jamais ça.
Il acquiesce doucement.
Le silence s'étend entre eux.
— Mais je ne peux pas rester ici. Et je ne peux pas te convaincre de me suivre non plus. Alors, adieu mon fils, je sais que la prochaine fois que je te verrais, tu seras dans un cercueil.
Fuyuki le lâche.
Les deux hommes se fixent.
Ce n'est pas la première fois qu'ils se regardent l'un et l'autre comme deux étrangers, essayant de se comprendre sans la parole mais cette fois à le goût des dernières fois.
Peut-être qu'ils ne s'étaient jamais réellement compris.
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En sortant de chez Sawada, Yuki fit un dernier signe à Nana avant de s'enfoncer dans les rues de la ville.
Il s'alluma une cigarette, les mains tremblantes.
Il savait que cette femme n'avait rien à voir avec sa propre mère mais la détermination qu'elle avait lui rappelait cette femme enjouée et joyeuse qu'elle avait été.
Enfoiré de Tsuna, tu devrais faire plus attention aux gens qui t'aiment.
Il se promit de garder un œil sur Nana Sawada.
