~ Prologue ~

L'homme soupira, passant une main nerveuse dans ses cheveux noirs. Il n'avait pas le même talent que Dumbledore pour ces choses là. Cet optimisme excessif du vieillard qui l'avait si souvent irrité pendant son adolescence lui manquait à présent. Presque autant que le sorcier lui-même.

Et pourtant, tout devait commencer cette nuit-là. Cette nuit qu'il redoutait depuis des années, depuis qu'on la lui avait annoncée.

Ses yeux verts empli d'incertitude se posèrent sur le parchemin devant lui. Il n'avait pas le droit d'intervenir, cela risquait de tout changer. Mais rien ne lui interdisait de regarder. D'un geste hésitant, il appliqua légèrement sa baguette sur la feuille jaunie par l'usure et le temps.

- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, murmura l'homme d'une voix rauque, la gorge serrée.

Des lignes vertes semblèrent jaillir du bout de sa baguette pour s'étendre sur le parchemin. Elles s'éloignèrent du point de contact en se croisant, s'entremêlant et se superposant, formant comme une toile d'araignée couvrant toute la feuille. Les traits émeraude finirent par s'immobiliser, prenant ainsi la forme si souvent contemplée du château de Poudlard et du parc environnant.

D'un regard fatigué par des années d'horreurs, le Directeur rechercha les neufs points qui, ce soir, disparaîtraient.

*

**

- Hestia, s'il te plait, n'y va pas ! s'exclama la fillette.

Sa voix résonna dans le couloir, mais elle ne sembla pas le remarquer.

- Chuut, tu vas nous faire prendre, la réprimanda sa compagne.

La jeune fille, inquiète, s'agrippa à la manche de son amie. Elle regarda un instant autour d'elle avant de continuer.

- Allez, Hestia, on rentre ? murmura-t-elle.

- Non.

- S'il te plaît ? Je t'ai déjà dit que c'était pas la peine.

Agacée, Hestia s'arrêta. Elle fit demi-tour, prit sa camarade par les épaules et la regarda droit dans les yeux.

- Ecoute, Sarah, chuchota-t-elle juste assez fort pour que l'autre l'entende. Nos parents se sont battus, contre Voldemort et contre bien d'autres, pour que les enfants comme toi soient traités comme tous les autres. Ce que Zabini t'a dit, il va le regretter. Tu n'es pas une sang-de-bourbe, tu es une sorcière. Comme moi, comme lui.

Sa voix sèche avait fait monter les larmes aux yeux de son amie. Plus gentiment, elle reprit.

- Je sais que tu n'aimes pas l'idée d'un duel, mais si c'est la seule chose qu'il comprenne, alors on n'a pas le choix. Il ne faut pas qu'il recommence. D'accord ?

Sarah ne répondit pas, gardant la tête baissée.

- D'accord ? répéta doucement Hestia.

- D'accord, répondit la fillette d'une voix faible.

- Allez, sèche tes larmes. On n'est qu'en première année, on ne risque pas de faire de gros dégâts.

Sarah se redressa, un sourire hésitant sur les lèvres. Voyant cela, Hestia sourit à son tour. Elle prit la main de son amie dans la sienne et la guida vers une porte sur leur gauche.

- En plus, on est déjà arrivées, on va quand même pas faire demi-tour maintenant.

Sur ce, elles entrèrent dans la salle servant de rendez-vous.

- Vous en avez mis, du temps, s'exclama la voix moqueuse du Serpentard. Les escaliers voulaient pas laisser passer la moldue ?

Sarah sursauta avant de se cacher derrière son amie.

- Sorcière, Zabini, pas moldue, répliqua Hestia.

- Oh, ma faute, désolé Lupin. Je savais pas que les sang-de-bourbe se prenaient pour des sorciers maintenant.

Elle entendit Sarah gémir derrière elle.

- Surveille ton langage, serpent, siffla-t-elle entre ses dents.

Le garçon ricana, quelques mèches blanches lui retombant devant les yeux.

- Ah, mais c'est qu'il mordrait, le louveteau.

Les yeux d'Hestia s'enflammèrent alors même que sa baguette apparaissait dans sa main. Zabini la regarda faire, un sourire suffisant sur les lèvres.

- Tsk tsk tsk ! s'exclama-t-il en secouant la tête. On ne commence pas le duel tant que mon second n'est pas là.

- Et il se ramène quand, Boot ? Il a eu trop les j'tons pour venir ? se moqua Hestia.

Le Serpentard fronça les sourcils, les bras croisés sur la poitrine. Très bonne question de la Gryffondor. A vrai dire, il n'en savait rien. Mais il n'allait sûrement pas le lui avouer.

Ils se regardaient en silence depuis un moment, immobiles, refusant de briser le contact avant l'autre, quand  Sarah tira sur la manche de son amie. N'obtenant aucune réaction, elle recommença.

- Quoi ? s'exclama Hestia.

Sarah sursauta au ton sec de sa voix, mais répondit tout de même.

- Miss Teigne, murmura-t-elle, pointant quelque part derrière le garçon.

Les yeux d'Hestia s'agrandirent sous la surprise. En effet, le chat de Rusard se tenait là, plus mal en point que jamais, ses petits yeux cruels fixés sur le trio.

Zabini, qui s'était retourné, s'exclama :

- Et merde ! Faut se casser avant que Rusard n'arrive, et en vitesse.

Sans plus attendre, les trois enfants filèrent par la porte, leur rivalité bien vite oubliée devant un ennemi commun : Rusard et sa chatte qui leur collait aux trousses.

*

**

Connor soupira une fois de plus, essuyant son front dégoulinant de sueur d'un revers de manche. Fatigué, il se rassit sur ses talons, inspectant du regard la salle autour de lui.

Les bocaux étaient impeccablement rangés sur les étagères, par ordre alphabétique, sans toucher le mur mais sans dépasser. Les paillasses, cirées, brillaient comme jamais, de même que les bassines de fer et les repose-chaudrons. Le sol, en dalles de pierre épaisse, devait bien avoir perdu un centimètre pour tout le temps qu'il avait passé à le gratter. Et pourtant, la grosse tache verdâtre était encore bien présente, là, juste sous ses yeux.

Le jeune garçon frissonna au souvenir de son cour de potion qui lui avait valu une retenue. Il n'avait cessé de penser au baiser que Molly Brown lui avait donné le matin même et ne s'était pas rendu compte que sa potion était encore orange quand il y avait introduit la plume de Billywig. Le mélange avait soudain viré au vert et avait doublé de volume, le liquide visqueux s'écoulant le long de son chaudron. Au contact du sol, il s'était mis à fumer puis, en quelques secondes, il avait disparu, ne laissant derrière lui qu'une large marque verdâtre. Marque qu'il s'efforçait de nettoyer.

- Ca partira jamais, gémit Connor en reposant la brosse.

Quelque part dans le château, une horloge sonna minuit.

- Déjà ? Je suis crevé, marmonna-t-il tout en s'étirant.

- Encore à frotter, Mr Finnigan ? demanda une voix légère derrière lui.

Le garçon se retourna vivement et rougit à la vue de son professeur d'Enchantements. Il se releva maladroitement, s'emmêlant les jambes tout en bégayant :

- Ma… ma… ma… Madame Delacour ! s'exclama-t-il, accompagnant son salut d'un semblant de révérence.

Le rire cristallin de la femme le fit rougir un peu plus.

- Toujours aussi charmeur, Mr Finnigan, le taquina-t-elle. Et toujours en retenue. Alors, quelle horreur avez-vous donc commise cette fois ci ?

Dans ses douze années d'existence, Connor n'avait jamais connu une autre femme aussi belle que celle-là. A chaque fois qu'il la voyait, il avait ces mêmes papillons au creux de l'estomac, et cette même impression d'insignifiance face à elle.

Se tirant de ses pensées, il se força à répondre.

- Je… je… j'ai renversé… de la potion. Et… et… ça a fait une tache qui… qui refuse de partir.

- Je vois.

Un sourire plaisant sur le visage, elle s'approcha de lui. Pétrifié, il n'osa pas bouger quand elle se pencha au dessus de son épaule pour évaluer les dégâts.

- Vilaine tache, c'est vrai, acquiesça-t-elle en fronçant le nez. Abstergeo, murmura-t-elle, accompagnant ses paroles d'un mouvement de baguette.

La marque s'effaça immédiatement et la Veela hocha la tête, satisfaite.

- Et voilà, comme neuf ! Enfin, autant que possible, ajouta-t-elle avec un clin d'œil à l'adresse du garçon, le laissant stupéfait.

Connor n'avait toujours pas bougé quand une troisième personne se joignit à eux.

Le Maître des Potion, dans ses longues robes noires habituelles, avait passé un bras autour de la taille de sa collègue. Cette dernière, reconnaissant immédiatement son compagnon, se laissa aller contre son torse. Elle déposa un rapide baiser sur la joue du sorcier, provoquant le rougissement de ce dernier.

Connor n'en croyait pas ses yeux.

- Fermez donc la bouche, mon garçon. Vous avez l'air d'une carpe, lui reprocha l'homme.

Il s'exécuta, les yeux ronds comme des soucoupes. Il avait beau les savoir Liés, il était tout de même ahurit devant un tel « déploiement d'affection » de la part de son professeur de Potion, le sorcier aux cheveux gras et au sourire méprisant.

Ce dernier, justement, regardait d'un air semblait-il déçut l'endroit où se trouvait la tache quelques instants plus tôt.

- Bien, soupira-t-il. Puisque ma femme a nettoyé à votre place, Mr Finnigan, je suppose que votre punition peut être considérée comme faite.

Voyant que le garçon ne bougeait pas, il ajouta.

- Vous pouvez retourner à votre dortoir, Mr Finnigan.

- Euh… oui, merci Professeur, s'exclama-t-il, rougissant une fois de plus avant de détaler vers la porte.

Toutefois, avant qu'il ne soit totalement sortit, il entendit les adultes chuchoter.

- Tu ne devrais pas l'aider pendant ses retenues, Fleur.

- Quoi, jaloux, Severus ?

Puis il s'en alla en frissonnant.

Il avait décidé de faire un détour par les cuisines, qu'il avait découvertes un soir comme celui-là, quand il entendit un bruit de cavalcade se dirigeant droit sur lui. Curieux, et trop fatigué pour prendre des précautions, il s'arrêta là où il était. Il ne fallut que quelques instants à Connor pour découvrir un groupe de première année apparaissant à l'autre bout du couloir.

Un garçon aux cheveux blanc neige guidait le trio. Derrière lui couraient une Gryffondor, Hestia tirant par la main une fillette trop petite pour son âge dont il ne connaissait pas le nom.

- Eh, le Gryff', barre toi, y'a Rusard qui nous suis.

Surpris, Connor reconnut le garçon. Dorian Zabini, un nouveau Serpentard à la langue bien pendue. Dans son esprit embrumé par la fatigue, il lui fallut encore plusieurs secondes avant de comprendre le message. Rusard, le colleur de retenues, arrivait.

Il resta un instant trop surpris pour bouger.

- Mince, pas une autre ! s'écria-t-il, se mettant à courir derrière les deux filles.

*

**

Le couple quitta enfin les donjons, disparaissant dans les appartements du Maître des Potions. Les deux adolescentes relâchèrent leur souffle et sortirent de derrière l'immense chaudron.

- Aaah, j'ai bien cru qu'ils ne partiraient jamais ! s'exclama la brune, ramassant un sac en toile à ses pieds.

- Tu l'as dit, Erin. J'ai eu peur un instant qu'ils ne finissent la soirée ici, soupira sa compagne tout en attrapant un flacon en cristal sur une étagère.

Erin fronça les sourcils

- Ici ? répéta-t-elle.

- Hmm, hmm, répondit son amie, debout sur la pointe des pieds pour atteindre le haut d'une commode.

- Tu veux dire… qu'ils font… ça… ici aussi ?

- Ca ? demanda-t-elle d'un ton faussement innocent, tournant la tête vers Erin entre ses bras tendus.

Son amie s'empourpra et répliqua en regardant ailleurs.

- Tu sais bien, Gabby, dit-elle, mal à l'aise. Ca

Retournant à sa besogne, Gabrielle expliqua, un sourire moqueur sur les lèvres.

- De temps en temps, ça leur arrive. Ils commencent à travailler puis finissent sur une paillasse. Heureusement, je sort toujours à temps pour m'épargner un tel spectacle. Rogue sans ses robes… brrr…, dit-elle, frissonnant de dégoût.

Bouche bée, Erin s'exclama :

- Une paillasse ?!

- Ne sous estime jamais le charme d'une Veela.

Gabrielle retomba soudain sur ses talon, brandissant d'un air victorieux un petit sachet entre ses mains.

- Ah ah ! Je l'ai.

Erin sembla sortir de sa rêverie, un sourire éclairant son visage, ses yeux pétillant de malice. Elle ouvrit le sac et sa compagne y fit tomber les derniers ingrédients.

- C'est bon, on a tout ? demanda-t-elle.

- Yep.

- Alors, allons-y.

Et les deux amies quittèrent à leur tour les donjons, en route pour finir leur nuit dans leur lit respectif.

Elles n'avaient pas plus tôt traversé quelques couloirs que quelqu'un les interpella.

- Granger, Delacour, plus un geste ! s'exclama une voix masculine derrière eux.

Les adolescentes se figèrent un instant, avant de se détendre légèrement, reconnaissant la voix du Préfet en Chef, Alexander Londubat. Discrètement, Gabrielle fit un clin d'œil à sa camarade avant de se retourner. Ses longs cheveux bouclés semblèrent soudain plus argentés et sa peau se mit à scintiller sous la lumière diffuse des torches.

- Tiens, Xander, quelle bonne surprise ! s'exclama la Veela, sa voix douce comme une caresse aux oreilles du jeune homme.

Ce dernier resta un instant immobile, les yeux rivés sur l'apparition devant lui, avant de secouer la tête. Il fronça les sourcils et son regard se fit plus dur.

- Tes tours de Veela ne marchent pas sur moi, Delacour, prévint le Serdaigle.

- Vraiment ? demanda Gabrielle, faisant la moue, son magnétisme redoublant de vigueur.

La volonté de l'adolescent sembla vaciller quelques secondes avant que ses esprits ne reprennent le dessus. La Veela jura entre ces dents, maudissant le Directeur et son Sortilège Atténuant placé sur le château.

- Oui, vraiment, assura le Préfet.

Gabrielle se retourna alors vers sa compagne.

- Et bien, je pense qu'il ne nous reste qu'une solution. Qu'en penses-tu, Erin ?

- Je suis d'accord avec toi, Gabby.

Xander les regardait, perdu.

- Et qu'est-ce donc, mesdemoiselles ? demanda le Serdaigle, tapant du pied.

Les deux amies échangèrent un regard avant de répondre à l'unisson :

- Courir !

Et c'est ce qu'elles firent.

*

**

Des lèvres s'abattirent sur les siennes et Aiden laissa échapper un gémissement. Les mains de son compagnon posées sur ses hanches le serrèrent brusquement contre lui. L'adolescent hoqueta de surprise et la langue de son assaillant en profita pour l'envahir. Les yeux fermés, Aiden repoussa le Serpentard.

- Qu'est-ce qu'il y a, encore ? demanda le blond d'un ton agacé.

Le jeune garçon répondit d'une petite voix, regardant ailleurs.

- Rien.

- Bien, alors y'a pas de problème, s'exclama l'autre, penchant à nouveau sa tête sur le visage du garçon.

Aiden le repoussa une fois de plus.

- Non !

Le Serpentard soupira.

- Tu as dit qu'il n'y avait rien.

- J'ai mentit, murmura Aiden.

- Ca, j'avais compris.

Ils restèrent face à face en silence, leur bassin collé l'un contre l'autre. Le rouquin regardait partout sauf vers son compagnon tandis que ce dernier le fixait, impatient.

- Bon, tu vas me dire ce qui cloche, Weasley ? gronda-t-il.

L'adolescent sursauta, tournant la tête un peu plus loin, la plaquant contre le mur comme le reste de son corps. Le jeune blond soupira une nouvelle fois, prit son compagnon par le menton et l'obligea à lui faire face. Les yeux noisette du Serdaigle étaient brillant de larmes.

- Qu'est-ce que j'ai encore dit ?

Aiden marmonna quelque chose.

- Quoi ?

- Tu m'as appelé Weasley, s'exclama le Serdaigle un peu plus fort.

Son compagnon leva un sourcil interrogateur.

- Et ?

Aiden dégagea son menton pour fixer à nouveau le sol.

- Et tu m'appelles toujours par mon nom de famille à chaque fois qu'on se retrouve pour… pour…

- Se peloter ? proposa le Serpentard avec un sourire moqueur.

Le garçon acquiesça, rougissant.

- Et c'est ça qui te déranges ?

Aiden approuva de nouveau.

Avec une lueur malicieuse dans les yeux, le grand blond approcha ses lèvres de l'oreille du Serdaigle.

- Tu préfèrerais peut-être que je t'appel autrement, murmura-t-il d'une voix suave. Mon cœur ? dit-il avant de mordiller le lobe de son compagnon.

Aiden gémit à nouveau avant de chuchoter.

- Non.

- Mon trésor ?

Il lui souffla gentiment dans l'oreille et Aiden dû se mordre la lèvre pour ne pas faire de bruit. Une fois de plus, il déclina.

- Alors, quoi ? demanda-t-il, s'attaquant au cou de l'adolescent.

- Aiden.

Surpris, le Serpentard se redressa.

- C'est tout ?

Aiden acquiesça.

- Pas de mot doux, rien ?

Il secoua négativement la tête.

- D'accord… Aiden, murmura-t-il avant de se pencher vers les lèvres gonflées du Serdaigle.

Le rouquin était prêt à accueillir une fois de plus son compagnon quand les mains du jeune homme le quittèrent brusquement et qu'un grand fracas lui fit ouvrir les yeux.

Aiden hésitait entre rougir de honte et éclater de rire. Il opta finalement pour un rire étouffé derrière une main, sans jamais quitter des yeux la scène devant lui. Son compagnon Serpentard était étalé sur le sol, prit en sandwich entre deux groupes de noctambules, écroulés les uns sur les autres dans le désordre le plus total.

Erin Granger, une septième année Gryffondor, était allongée de tout son long sur le torse du grand blond. Face à elle, une main à la tête et l'air désorienté, se trouvait Dorian Zabini, ses cheveux blanc immaculé complètement décoiffés. Derrière lui s'étaient écroulées deux autres première année. Leur badge les identifiait clairement comme étant de Gryffondor et de Poufsouffle mais il ne se souvenait pas de leur nom. Et finalement, arrêté à temps, Connor Finnigan se tenait hilare derrière elles.

- Et ben dit donc !* siffla une voix chantante à sa droite.

Tournant la tête, Aiden découvrit Gabrielle Delacour, un sourire moqueur sur les lèvres.

- C'est du joli ! Toujours aussi gracieux à ce que je vois, Malfoy. J'aurais jamais cru que—

- Granger ! Delacour ! Je vous ai de de—, commença le Préfet en Chef en déboulant dans le couloir.

Malheureusement, il ne vit pas l'adolescente à temps et lui rentra dedans, la projetant contre un vase décorant le passage. La verrerie vacilla un instant avant de se fracasser à terre, disséminant sur le sol ses éclats tranchants. La Veela s'écrasa à sa suite, paumes en avant pour amortir sa chute.

Ses yeux s'agrandirent avant de se fermer, puis elle atterri.

Elle sentit le verre lui déchirer la peau, d'abord de ses mains, puis de ses avant bras. Elle serra les dents pour ne pas crier et resta immobile, étalée sur le sol. Autour d'elle, tout le monde s'était tu. Les yeux rivés sur sa forme inerte, ses camarades n'osaient bouger. Puis Gabrielle laissa échapper un gémissement de douleur.

- Merde, Gabby ! s'exclama Erin.

Elle tenta de se relever et de se dégager de ses robes enroulées autour d'elle.

- Ouch ! Fait attention, Granger ! s'exclama Malfoy quand elle lui donna un coup de coude dans les côtes.

- Désolée, répondit-elle distraitement.

Puis elle était debout, aux côtés de son amie.

- Gabby, est-ce que ça va ?

- …

- Gabby, allez, relève toi.

Erin la prit gentiment par le bras pour l'aider à se lever. L'adolescente entendait vaguement derrière elle les autres se remettre sur pieds, trop concentrée sur Gabrielle. Son amie était en mauvais état. Les manches de sa robes étaient déchirées et sa peau d'albâtre maculée de sang. A chaque frôlement de tissus sur sa peau déchirée, la Veela grimaçait de douleur.

- Mince, je suis désolé, Delacour. J'avais pas vu et… bredouilla le Serdaigle.

- Gaspille pas ta salive, Londubat. Ce qui est fait est fait, siffla Gabrielle entre ses dents.

Erin sortit sa baguette et, d'un geste gracieux, fit disparaître les éclats.

- Evanesco.

- Merci, Reen.

- C'est vraiment pas du joli, fit remarquer Malfoy en se penchant par dessus l'épaule d'Erin.

Gabrielle grimaça, approuvant intérieurement.

- Laisse moi un peu de temps, et ce sera comme neuf, lui dit son amie.

- Et bien on n'en a pas, de temps, s'exclama Zabini.

Tout le monde se retourna pour regarder le Serpentard.

- Rusard va pas tarder à rappliquer, expliqua-t-il en pointant par-dessus son épaule.

Après quelques minutes d'une course folle, le petit groupe arriva essoufflé à l'autre bout du château, dans une salle de classe sombre et déserte.

- De retour dans les donjons, grognèrent trois voix en même temps.

Connor, Erin et Gabrielle se regardèrent, surpris, avant d'éclater de rire.

- Encore à voler, Delacour ? s'exclama une voix moqueuse.

- Encore à se bécoter, Malfoy ? répliqua la Veela.

Le Serpentard se contenta de sourire, resserrant son bras autour des épaules d'un Aiden rougissant.

- Certains ont de quoi s'occuper, d'autres pas, fit remarquer le blond d'un ton moqueur.

- Tom, murmura le Serdaigle, gêné.

Gabrielle ne répondit pas, jetant un regard condescendant au jeune rouquin.

- Eh, les gars, venez voir par là ! s'exclama Connor à l'autre bout de la pièce.

Finnigan et Zabini se tenaient tous deux devant une haute tapisserie représentant un immense serpent vert aux reflets argentés. Le plus jeune avait soulevé la broderie et jetait un coup d'œil curieux de l'autre côté, tandis que le Gryffondor faisait  signe aux autres de les rejoindre. Le jeune Serpentard disparut dans la pièce adjacente et le reste du groupe le suivirent.

- Oh, regardez moi tous ces livres ! s'exclama une Erin émerveillée devant des murs entiers couverts de bibliothèques poussiéreuses.

- Je n'ai jamais vu aucun de ces volumes, fit remarquer Alexander.

Il en sortit un d'une étagère et souffla sur la couverture.

- L'art de distiller l'Aldrovanda vesiculosa, lut-il à voix haute.

- Mais c'est mortel ! s'écria Erin. L'Aldrovanda vesiculosa est une plante carnivore qui agit différemment suivant son degré de distillation. Le moindre mal qu'elle puisse faire serait une poussée d'acné… mais si jamais elle était distillée d'une certaine manière, alors elle pourrait devenir mortelle. Cette plante a été interdite dans l'utilisation des filtres depuis 1870**. Qui peut bien posséder un livre pareille ?

- Un Serpentard, répondit Connor sans hésitation.

Malfoy allait répliquer quand Londubat l'interrompit.

- Regarder les autres livres, ils traitent tous de sujets illégaux ! Les Potions et le Contrôle des Rêves. Filtres d'Amour et leurs Répercussions sur l'Histoire. Distillés d'Horreurs : leurs Effets à Long Terme, énonça-t-il tout en faisant glisser ses doigts sur la tranches des livres.

Un livre sans titre avait attiré son regard et Gabrielle le tira pour en lire le contenu. A peine l'eut-elle déplacé qu'un bruit sourd résonna dans la pièce. Tout le monde s'immobilisa, retenant leur respiration. Les étagères face à Gabrielle se mirent à bouger et elle fit un pas en arrière. Puis tout un pan de la bibliothèque sembla s'enfoncer dans le mur.

- Qu'est-ce que t'as encore fait, Delacour ?

- La ferme, Malfoy.

Avec un clic final, les étagères pleines de livres avaient laissé place a une large ouverture. Chacun pouvait voir l'intérieur d'une salle, plus large et plus sombre encore que la précédente.

-  Merde alors, chuchota Zabini d'un ton admiratif.

Le grand Serpentard siffla, apparemment d'accord.

- Vous croyez qu'on est tombé sur le labo secret de Rogue ? demanda Hestia.

A ce nom, Sarah serra un eu plus fort la robe de son amie, se blottissant contre son dos.

- Peut être bien, concéda Gabrielle, ses blessures momentanément oubliées.

- Mama ? gémit une petite voix provenant de la pièce.

Le petit groupe s'arrêta une nouvelle fois.

- Mama ? répéta-t-on.

- Nathaniel ? demanda la Veela, incertaine.

- Gabby ! s'exclama la voix, à présent excitée.

Toutes les têtes se tournèrent vers la silhouette d'un enfant sortant des ombres de la pièce. Il ne devait pas avoir plus de trois ans, ses cheveux blonds et raides lui tombant sur les épaules. Il portait une chemise de nuit verte brodée de petits serpents argentés et des chaussons de velours noir.

- Mama Gabby ! criait-il tout en courant vers la jeune fille, bras tendus en avant.

La Veela s'agenouilla et le pris dans ses bras.

- Tu nous cachais des choses, Delacour ? demanda Malfoy levant un sourcil moqueur.

- Idiot !* C'est mon neveux, répliqua-t-elle en se redressant.

Puis elle tourna son attention vers le garçon qui avait enroulé ses petits bras autour de son cou.

- Qu'est-ce que tu fais ici, Nathaniel.

L'enfant tourna vers elle de grands yeux bleus plein d'innocence.

- Papa* a dit que je devais dormir ici, cette nuit. Pour me protéger.

- Te protéger ? répéta Gabrielle.

Il hocha exagérément de la tête.

- Te protéger de quoi ? demanda Erin.

Nathaniel haussa des épaules, faisant signe qu'il ne savait pas. Puis il se tortilla pour se dégager des bras de la Veela. Cette dernière fit la grimace quand il se frotta contre ses plaies, les réouvrant. Elle le reposa doucement à terre et l'enfant partit à la découverte des alentours.

- Montre tes bras, Gabby, demanda Erin.

Gabrielle se laissa faire tandis qu'autour d'elle les autres suivaient l'exemple de Nathaniel.

- Ouch ! s'exclama-t-elle quand la Gryffondor lui effleura une de ses coupures du bout de la baguette.

- Désolée, mais il va falloir recommencer pour chacune d'elles.

Voyant son amie prête à protester, elle ajouta.

- A moins que tu ne préfères aller à l'infirmerie et expliquer comment tu t'es faite ça.

La Veela se tue immédiatement et regarda faire sa compagne. Après la première application, Erin avait prit soin de ne pas trop appuyer sur les plaies. Elle se contentait d'effleurer la peau tout en murmurant « medicor », ne laissant à la place qu'une fine marque blanche qui disparaîtrait bien vite. Quand elle en arriva au niveau du poignet, elle fit semblant de ne rien voir, et passa à la paume. Puis elle recommença sur l'autre main.

Gabrielle, ennuyée, avait finit par regarder ailleurs.

Dans un coin de la pièce, Aiden s'était plongé dans un grand grimoire laissé ouvert sur le bureau, tandis que Malfoy se tenait derrière lui, bras croisés sur la poitrine. Un peut plus loin, Zabini s'amusait à narguer une tortue dans son bocal il échappait de peu aux mâchoires de l'animal, écartant sa main au tout dernier moment. Hestia traînait Sarah par la main d'un côté à l'autre de la pièce, émerveillée par tout ce qu'elle voyait. Connor, quand à lui, semblait perdu dans la contemplation de bocaux de verres empilés sur une étagère. Et Nathaniel…

- Nathaniel ! s'écria Gabrielle.

Elle libéra son bras pas tout à fait guéri des mains d'Erin pour se précipiter aux côtés du garçon. L'enfant se tenait sur la pointe des pieds, perché sur un tabouret bancal. Son visage marqué par la curiosité, il penchait sa tête au-dessus d'un haut chaudron d'argent. Gabrielle n'était qu'à quelques pas de lui quand il perdit l'équilibre. Le tabouret se déroba sous ses pieds et il se retint de justesse au bord du chaudron.

Mais le récipient se mit à bouger. Il commençait à basculer, menaçant d'écraser l'enfant sous son poids, quand Gabrielle attrapa Nathaniel par la taille. Au même moment, le chaudron se renversa dans un claquement assourdissant. Toutes les têtes se retournèrent tandis que le liquide se déversait rapidement, rendant le sol glissant. Gabrielle perdit son équilibre et se retrouva à terre.

Quelques instants plus tard, le petit groupe pataugeait dans une vase bleuâtre.

- Tout le monde va bien ? demanda Erin.

- Oui, répondirent quelques voix.

- Purée, mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? s'exclama Malfoy, inspectant une de ses mains d'un air de dégoût.

- Aucune idée, répondit Xander.

Gabrielle soupira, fronçant les sourcils au garçon à cheval sur ses genoux.

- Ne refait jamais ça, Nathaniel. C'est dangereux. D'accord ?

- D'accord, répondit le garçon, les yeux baissés.

La Veela le regarda un instant avant de le serrer dans ses bras.

- Allez, c'est pas bien grave. Y'a pas de mal.

Au même moment, une goutte de sang s'échappa de sa dernière coupure et tomba dans le liquide. A son contact, le mélange brilla d'un éclat violet. La lumière se répandit dans toute la salle, allant en s'amplifiant jusqu'à devenir éblouissante.

Quand la lumière s'éteignit enfin, tous avaient disparus.

*

**

Dans son bureau, l'homme jura en voyant le dixième point disparaître. Nathaniel Severus Rogue… Il avait espéré épargner l'enfant en prévenant son père. Et pourtant, il semblerait qu'il ait ainsi tout amorcé.

- Méfait accompli, murmura-t-il, effleurant une fois de plus le vieux parchemin fatigué.

Les lignes émeraudes s'effacèrent. A présent, il ne pouvait plus rien pour eux. Il soupira en se renversant dans son fauteuil. Le Directeur retira ses lunettes et se frotta les yeux. Comme il était fatigué !

Une paire de bras l'enserra soudain et un menton se posa sur son épaule. Il se détendit, sentant des lèvres lui caresser la joue. La voix douce et chaude de son Compagnon lui murmura à l'oreille.

- Tu ne devrais pas tant t'inquiéter, Harry. Il nous avait prévenu. Ce qui doit arriver arrivera.

Le sorcier inhala, fermant les yeux. Puis il les rouvrit et, souriant faiblement, se tourna vers son amant.

- Je le sais, Blaise, je le sais, chuchota-t-il.

Et il l'embrassa légèrement sur les lèvres.

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* en français dans le texte (et oui, parce qu'en fait, ils parlent tous en anglais ^^) Attention ! : dans l'histoire, tous les mots en italique de la part de Gabrielle, Fleur ou Nathaniel seront soit des sorts, soit du français !!

** de tout ce qu'elle dit sur cette plante, seul le nom est vrai. L'Aldrovanda vesiculosa est réellement une plante carnivore, mais quand au reste, c'est une jolie invention.

- Alexander est la version anglais du prénom Alexandre, et Xander est le diminutif anglais (en français, ce serait Alex).

- Sarah n'est pas seulement un prénom arabe (je crois) ou français, on l'utilise aussi dans les pays anglophones. La première fois que je l'ai entendu, je ne l'ai pas reconnu (il a fallut que l'on me l'écrive pour que je comprenne que c'était Sarah) parce que les anglais ne prononcent pas toujours le a avec le son « a », et des fois il ressemble plus à un « e ». Du coup, ça se prononce presque comme « Sera ».                C'était juste un truc en passant ^^