~ Chapitre Premier ~
Comme tous ses semblables, le Prince Elfe dormait les yeux ouverts. De plus, il avait le sommeil léger, de sorte que le moindre bruit suspect le réveillât. C'est ainsi que l'apparition le tira de sa rêverie.
C'était une jeune femme humaine ou elfique, il ne le savait pas. Elle lui tournait le dos, agenouillée à ses côtés sur le lit à baldaquin. Ses longues boucles d'argent cascadaient sur ses épaules, roulant dans le creux de son dos pour se déverser sur les draps. Ses bras dénudés étaient tendus sous elle, supportant son corps lourdement vêtu. La pâleur de sa peau contrastait avec le noir de sa tunique et, quand elle se retourna, le mauve de ses yeux le surpris.
Elle eut un mouvement de recul en voyant son visage. Puis, comme il ne bougeait pas, elle sembla se détendre. Une lueur curieuse s'alluma dans son regard et la jeune femme se pencha en avant. Elle le scruta de ses yeux pervenche, s'attardant sur ses lèvres pâles et ses oreilles pointues. Hésitante, elle lui caressa la joue de ses longs doigts fins et soupira de soulagement au contact de sa peau tiède.
Son toucher se fit plus léger, traçant les contours de sa bouche, puis de sa mâchoire finement sculptée. Le visage de la jeune femme s'éclaira d'une joie enfantine tandis qu'elle approchait sa main d'une des oreilles du jeune elfe. Le Prince choisit ce moment-là pour intervenir. Vivement mais gentiment, il la saisit par le poignet. L'inconnue laissa échapper un hoquet de surprise, ses yeux agrandit de terreur.
Ne désirant pas l'effrayer d'avantage, il lui demanda d'une voix douce :
- Qui êtes-vous ?
La jeune femme ne répondit pas, mais la peur quitta son regard. Une expression confuse en prit la place.
- Qui êtes-vous ? dit-il plus lentement.
- Q-qui… qui èteuh-vvvous ? répéta-t-elle en déformant ses mots.
Le Prince secoua la tête en soupirant et, inquiète, elle dégagea sont bras. Puis, comme elle commençait à reculer, il tendit une main vers elle en s'écriant :
- Non, ne fuyez pas !
Mais elle prit peur une fois de plus et, fermant les yeux, elle disparut.
*
**
Xander se frottait la nuque en regardant autour de lui. Il n'y comprenait rien. Un moment ils étaient des les donjons, couverts de cette substance bleuâtre et collante, et l'instant d'après ils se retrouvaient en pleine forêt. Et quelle forêt ! Rien que l'atmosphère des lieux lui donnait la chaire de poule.
- C'est la Forêt Interdite ? demanda la voix inquiète d'une première année.
L'adolescent se retourna et reconnut la tête bouclée de la jeune Poufsouffle, toujours collée contre sa camarade.
- Non, je ne crois pas, Sarah, répondit-il. Qu'en penses-tu, Malfoy ?
Le jeune homme, qui était en train de s'épousseter, releva la tête.
- On n'est pas près de Poudlard, c'est certain, répondit-il.
- Comment peux-tu en être aussi sûr ? s'exclama Zabini en se levant.
Le Serpentard se contenta de hausser les épaules, un sourire moqueur sur les lèvres.
- Quand tu auras traîné dans Poudlard aussi souvent que lui, tu comprendras, répondit Erin à sa place.
- Tu peux parler, Granger.
Elle lui tira la langue avant de l'ignorer, inspectant ses environs. Finalement, les mains sur les hanches, elle s'exclama.
- Bon. On ne sait pas où nous sommes, alors autant rester groupé.
- Merveilleuse idée, Granger, dit le jeune Serpentard, suivant l'exemple de son aîné.
- La ferme, Zabini, répliqua Hestia.
Le garçon allait continuer, quand Erin reprit la parole.
- Commençons par vérifier si tout le monde est là. Weasley ?
- Lequel ? demanda-t-on.
- Aiden.
- Là !
- Malfoy ?
- …
- Malfoy !
Aiden donna un coup de coude dans les côtes de son compagnon qui répondit de mauvaise grâce.
- Présent, dit-il, roulant des yeux.
Erin lui jeta un regard agacé.
- Xander ?
- Ici.
- Finnigan ?
- Là !
- Zabini ?
- Présent.
- Hestia ?
- Là !
- Sarah ?
- Là ! répondit la voix fluette de la jeune fille.
Et, avant qu'Erin ne puisse aller plus loin, une autre petite voix s'exclama :
- Nathaniel présent !
Quelques regards amusés se tournèrent vers l'enfant qui, debout dans son pyjama vert, souriait fièrement. Erin lui frotta gentiment la tête avant d'appeler le dernier membre du groupe.
- Gabby ?
- …
- Gabrielle ?
Inquiète, elle parcourue le bois des yeux. Aucune trace de la Veela.
- Quelqu'un a vu Gabrielle ?
- Non, pas depuis le donjon, répondit Connor.
- Elle n'a pas pût atterrir bien loin, pourtant. On est tous réapparut dans les environs ! s'exclama Aiden.
- Avec Delacour, on sait jamais. Elle adore attirer l'attention, fit remarquer Malfoy.
Erin le foudroya du regard.
- Pas comme ça, elle ne ferait rien d'aussi stupide. Enfin, j'espère, ajouta-t-elle à part.
Elle commençait à s'inquiéter sérieusement, s'apprêtant à crier le nom de son amie, quand un poids lui atterrit sur les épaules, la projetant à terre.
- Oouf ! s'exclama-t-elle, le souffle coupé.
- Désolée, lui répondit la voix de Gabrielle, perchée sur son dos.
- Quelle entrée fracassante, Delacour.
- Merci, Malfoy. Je—
- Si tu pouvais arrêter de parler et descendre de mon dos ! s'écria la voix étouffée d'Erin.
Ignorant les ricanement de ses compagnons, la Veela se releva, s'excusant une fois de plus. Elle n'eut pas plus tôt fait deux pas que quelque chose s'accrocha à sa jambe. Regardant à terre, elle sourit en voyant la petite tête blonde de son neveux.
- Ca va, mon grand ? demanda-t-elle en le prenant dans ses bras.
Connor ne laissa pas le temps à l'enfant de répondre.
- Mais comment t'as fait ça ? s'écria-t-il.
- Quoi donc ?
- Apparaître comme ça, de nulle part.
- Elémentaire, mon cher Connor : par Transplanage, répondit Xander.
- Mais elle n'a pas sortit sa baguette !
- Et elle ne connaissait pas l'endroit exact, non ? renchérit Hestia.
Gabrielle soupira, l'air contrarié. Voyant cela, Erin expliqua à sa place :
- Technique de Transplanage par amulettes, dit-elle en découvrant un pendentif caché sous ses robes. Inventée lors de la Dernière Guerre pour les cas d'urgence. Malheureusement, il faut que les deux personnes puissent se représenter physiquement dans les moindres détails pour que le traçage fonctionne. Les ScientiMages ont réussit à réduire les critères au corps seul, rendant ainsi la tenue superflue. Et puis, évidemment, chacune des personnes concernées doit porter une amulette sœur et adaptée à eux… sinon le dispositif ne marchera pas.
- « Dans les moindres détails », hein ? Encore des cachotteries, Delacour ? demanda Malfoy, levant un sourcil suggestif.
Erin rougit tandis que Gabrielle le fixa droit dans les yeux. Ses iris virèrent à l'or.
- Mêle-toi de ce qui te regarde, Malfoy, siffla-t-elle entre ses dents.
Personne n'osait émettre le moindre son tandis que les deux sorciers se défiaient du regard. Les Malfoy étaient réputés pour leur sang froid hors du commun, mais la colère des Veela était particulièrement redoutable. Et celle de l'héritière des Delacour l'était d'autant plus qu'elle serait un jour l'Hênbelein, Prêtresse des Puissants.
- Mama, on est où ? demanda la petite voix de Nathaniel, toujours perché dans les bras de la Veela.
- Le petit a un point, là, dit Xander.
Puis, comme les deux rivaux tournaient vers lui leur regard fixe, il se racla la gorge et regarda ailleurs, gêné. Hestia lui vint à la rescousse.
- Il a raison. On ne sait ni où on est, ni comment on a atterrit ici.
- La potion y est sûrement pour quelque chose, bien que son effet soit des plus insolites, ajouta Aiden, pensif. Une application cutanée non proportionnelle… et cette lueur éblouissante ! Et surtout, un déplacement physique et temporel… Sur quel projet Rogue pouvait-il bien travailler ?
Un silence mal à l'aise s'installa sur le petit groupe et tous échangèrent des regards inquiets. Seul Zabini osa dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
- Temporel ? répéta-t-il.
- Ouais, répondit Malfoy.
- C'est vrai ? demanda Connor, incrédule.
Erin acquiesça de la tête, l'air grave.
- Mais… mais comment ? Comment vous… bégaya Hestia.
- Comment on le sait ? soupira Gabrielle, calant son neveux contre sa hanche.
Les plus jeunes la regardèrent, approuvant de la tête.
- La magie.
Fut la réponse de Malfoy, provoquant un nouveau regard noir de la part d'Erin. Gabrielle décida d'intervenir avant que cela ne dégénère.
- Ce qu'il veut dire, c'est que la magie ici est… différente. En tout temps, tout lieu, la Terre conserve une trace de magie, et ce depuis sa création. Seulement, avec le temps elle s'atténue, ou au contraire s'intensifie, se modifie suivant ses habitants. Les êtres magiques peuvent plus ou moins « sentir » ces différences. A Poudlard, tellement de générations de sorciers s'y sont succédés que la terre c'est emprunte d'une sorte de… concentré de magie. Même les moins sensibles aux fluctuations magiques finissent par se faire à l'ambiance de Poudlard.
- C'est comme ça que Malfoy peut être aussi sûr que nous ne sommes plus à Pouldard, l'interrompit Erin en jetant un regard appuyé à Zabini.
Gabrielle lui jeta un regard interrogateur avant de reprendre.
- Mais ici… ici la magie semble plus jeune, plus vivante si l'on peut dire. Elle est différente aussi, comme si beaucoup d'êtres magiques résidaient en ces lieux. Je ne sais pas vraiment à quelle époque nous sommes, mais bien avant la notre, c'est certain.
Connor, Dorian, Hestia et Sarah regardaient autour d'eux, un air perdu sur le visage. Ils n'étaient pas encore à Poudlard depuis assez longtemps pour comprendre de quoi parlaient leurs aînés. Malfoy passa une main dans ses cheveux blonds, roulant des yeux.
- Finnigan, dit-il. Tu as été collé assez souvent pour être allé au moins une fois dans la Forêt Interdite. Qu'est-ce que tu y as ressentit ?
Le Gryffondor remua, mal à l'aise. Voyant que tout le monde attendait une réponse, il marmonna.
- De la peur.
- Et ? demanda Malfoy, surprenant Gabrielle par sa patience.
- De l'inquiétude, de la méfiance. Je me sentais mal. C'était comme si des milliers d'yeux étaient rivés sur moi.
Le jeune homme lui fit signe de continuer.
- J'avais comme un poids sur les épaules, et une force qui me compressait la poitrine. J'avais le souffle court, comme si j'avais couru alors que je marchais. Et les cheveux hérissés et la peau qui passait constamment du chaud au froid.
Une lueur de compréhension s'alluma dans le regard du garçon.
- Alors c'était ça ?!
Le Serpentard acquiesça.
- La Forêt Interdite est un des rares lieux où la magie est aussi intense. Il est donc normal que vous ne sentiez rien maintenant.
Tous les regards se tournèrent vers Xander qui venait de parler. Sarah, pointant son nez de derrière sa camarade, demanda d'une petite voix.
- Et ici, c'est comment ?
- Rares sont les personnes assez sensibles pour… sentir la magie, expliqua Erin. Aiden et Malfoy ont passé leur vie dans des endroits fortement imprégnés, comme le Manoir Malfoy ou toute autre demeure aussi ancienne. Ils sont donc plus sensibles que la moyenne, mais pas assez pour te répondre. Seules les Veelas ont une si grande affinité avec la magie.
La jeune Poufsouffle fixa Gabrielle, ses grands yeux gris brillant de curiosité.
- C'est… commença la jeune femme, tournant les yeux verts le ciel.
Elle ne dit rien pendant plusieurs secondes, fixant les rares parcelles de bleu visibles à travers le feuillage. Elle cherchait ses mots pour décrire cette sensation si étrangère, et pourtant si familière.
- C'est comme une brise légère qui me caresse la peau, murmura-t-elle. Comme des draps de soie qui s'enroulent autour de moi, ne laissant que douceur et fraîcheur sur mes bras.
Gabrielle ferma les yeux et inspira, s'imprégnant de l'atmosphère de ce temps, de cette époque lointaine.
- C'est une magie ancienne, une magie noble. Elle chante avec le vent et danse avec les feuilles, elle et la nature ne font qu'un. Elle est vivante et gaie… mais elle n'est pas seule.
La Veela fronça les sourcils, serrant Nathaniel un peu plus fort contre elle.
- Un autre courant plus brutal tente de la supplanter. Il est rêche et chaud. Il irrite ma peau et me brûle les yeux. C'est une présence… une présence ancestrale et sombre, pleine de rage et de colère, expliqua-t-elle, haletante. Pleine de désir, de soif de pouvoir et… d'impatience.
Gabrielle ouvrit grand les yeux, frissonnant de terreur.
- Je n'ai jamais ressentit une telle chose depuis… depuis la Dernière Guerre, murmura-t-elle, la gorge serrée.
Ses yeux croisèrent ceux d'Erin et elle comprit immédiatement.
- Tu veux dire qu'on est coincé ici, dans le passé avec en plus un autre Voldemort quelque part sur la foutue planète ? s'exclama Malfoy, incrédule.
Le soleil était encore haut et ils avaient finalement décidé de quitter la forêt. Au bout d'une heure de marche, ils étaient tombés sur une petite clairière. Zabini s'était mit à crier en apercevant les larges trolls avant que Xander ne fasse judicieusement remarquer qu'on était en plein jour.
- Et alors ? avait dit le garçon.
- Regarde les, tes trolls ! s'était exclamé Malfoy avant de jeter un caillou à la tête de l'un d'eux.
Le projectile s'était écrasé avec un choc sourd et la créature n'avait pas réagit. Une fois que tout le monde eut réalisé qu'ils étaient de pierre et non de chair, ils décidèrent d'un commun accord de profiter de la protection des statues pour se reposer.
Nathaniel, tout comme les Première année, s'était d'abord amusé à les escalader. Il était resté émerveillé devant le nid trouvé derrière l'oreille de l'un d'eux, avant de retourner s'installer sur les genoux de sa tante. Il dormait à présent à points fermés.
- Je n'ai pas dit ça.
- Non, mais c'est tout comme. Je suis pas idiot, Delacour, fit remarquer le Serpentard. On étaient peut-être que des gosses pendant la Guerre… merde, la plupart d'entre nous n'était même pas né ! Mais on sait ce qu'elle représente, les horreurs que ce foutu Voldemort a fait subir à nos parents. Moi peut-être plus que beaucoup d'autres.
Gabrielle acquiesça, les yeux baissés de honte. Oui, elle savait. Elle avait souvent côtoyé Virginia dans la maison des Black. La jeune Weasley avait particulièrement souffert aux mains de Voldemort… de son Tom, comme elle l'appelait dans ses cauchemars. Elle ne s'en était jamais vraiment remise, et même la naissance de son fils n'avait put la sortir de sa démence.
Quand à son père, Draco Malfoy, lui aussi avait gardé des séquelles de la Guerre. La Marque sur son bras n'était que l'une d'entre elles, mais la plus douloureuse. Le symbole d'un souvenir cuisant qui ne s'effacerait jamais.
- Je suis désolée, murmura-t-elle.
- Pas besoin de ta pitié, Delacour, répliqua sèchement le jeune homme.
Elle le regarda droit dans les yeux.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, Tomas.
- Je sais, soupira-t-il. Je sais.
Erin, qui s'était tue jusqu'à présent, choisit ce moment pour intervenir.
- Donc, on a un Grand Méchant quelque part. Sais-tu s'il est prés d'ici ?
Gabrielle secoua la tête.
- Non, plutôt loin en fait. Mais il faut se méfier, tout grand seigneur à ses serviteurs.
- Et tout méchant ses laquais, rigola Malfoy.
La Veela esquissa un sourire.
- Oui, mais Voldemort était humain… enfin, en quelque sorte. Et ses Mangemorts aussi. Ce… cette chose est tout sauf humaine.
- Alors, je ne voudrais pas croiser un de ses sous-fifres, murmura Xander.
Les trois autres acquiescèrent en silence.
- Eh, vous avez remarqué qu'on a plus une trace de bleu sur nous ? s'écria Connor tout en sautant du genou de l'un des trolls.
- Tu veux dire de cette foutue potion qui nous a envoyés ici ? demanda Zabini.
- Ouais.
- C'est étrange, accorda Aiden assis sur le bras de la statue. Peut-être qu'elle s'est évaporée pendant le voyage. La puissance dégagée pour nous transporter dans le temps devait avoir besoin de combustible… ou quelque chose comme ça.
Hestia sauta derrière le trio avant de s'exclamer :
- En tous cas, c'est pas moi qui vais m'en plaindre. Mes robes en étaient couvertes !
Sarah, apparue comme par magie derrière elle, approuva. Ils gardèrent le silence un moment, ne sachant que dire, avant que Connor ne propose une idée :
- Puisqu'on est paumés et qu'on risque de ne pas rentrer de si tôt, on ferait peut-être bien de se présenter correctement, non ?
Personne n'objecta.
- Alors je commence. Connor Seamus Finnigan, pour vous servir, dit-il en s'inclinant. Deuxième année Gryffondor et Maître dans l'art de changer l'eau en Whiskey.
Son introduction provoqua quelques rires.
- Vraiment ? Comment tu fais ça ? demanda Aiden, curieux.
- Secret de famille, mon vieux, répondit-il avec un clin d'œil.
L'adolescent sembla accepter la réponse, bien qu'insatisfait, et se présenta à son tour.
- Aiden Ronald Weasley, Cinquième année Serdaigle.
- Et nouveau joujou de Malfoy, ricana Zabini.
Aiden rougit, mais ne répondit pas. Hestia soupira et tapa sur la tête blonde de son rival.
- Arrête de faire l'idiot et essai plutôt de faire preuve d'intelligence, pour une fois dans ta vie.
Le garçon croisa les bras sur la poitrine, faisant la moue.
- Dorian Blaise Zabini, Première année Serpentard. Sang pur.
- C'était pas nécessaire, Zabini.
Il l'ignora et Hestia soupira.
- Hestia Calypso Lupin. Gryffondor, Première année.
- Lupin ? Comme dans Professeur Lupin ? s'étonna Connor.
Aiden tourna vers elle un regard intrigué.
- Fille d'un lycanthrope ? demanda-t-il.
La jeune fille ne décela aucune méchanceté chez lui, seulement cette curiosité insatiable commune à tous les Serdaigles, et répondit par l'affirmative. Mal à l'aise, elle changea tout de même de sujet, coupant court à toute autre question :
- Et voici Sarah Vivian Weasley, Poufsouffle, même grade que moi.
- Et née moldue, ajouta Dorian en ignorant le regard noir d'Hestia.
- Née moldue ? Une Weasley ? s'étonna Connor.
Sarah se cacha un peu plus derrière le dos de son amie, les larmes aux yeux.
- Sarah n'est pas ma cousine par sang, expliqua Aiden. Mes oncles, Fred et George, l'on trouvée errant près d'un de leurs magasins de Londres. Elle était en sortie pédagogique avec son orphelinat moldu mais c'est égarée en route. Les deux hommes ont craqué et l'ont adoptée. Ca a été une surprise pour tout le monde quand elle a reçut la lettre de Poudlard, cet été.
Puis, se tournant vers le Serpentard, il ajouta.
- Mais c'est une Weasley et une excellente sorcière.
Dorian ne répondit rien, une fois de plus. Connor regarda tour à tour les deux garçons avant de s'exclamer :
- Bon, et si on allait explorer les environs ?
Ils jouaient entre les arbres, profitant de leurs robes noires pour se fondre dans l'obscurité du bois. De temps à autre, un rire étouffé montait de derrière un tronc, suivit par des crissements de pas sur les feuilles mortes. Et quand Connor arrivait à la cachette, il la trouvait invariablement vide.
- C'est pas juste, grogna-t-il. Pourquoi c'est moi le Mangemort ?
- C'est toi qui as voulut jouer, répondit Hestia derrière lui.
Il se retourna mais elle avait déjà disparut. Baguette à la main, prête à être utiliser au premier mouvement suspect, il gémit une nouvelle fois.
- On ne pourrait pas utiliser la magie ?
- Etant donné que tu te bats contre des Première année, se ne serait pas équitable, expliqua la voix d'Aiden, semblant venir de partout à la fois. Le sort de Pétrification est amplement suffisant.
Il s'adossa à un tronc, l'air contrarié. Une fille pouffa à quelques pas de lui et il se tourna d'un geste vif. Personne, encore une fois. Fronçant les sourcils, il parcourut le bois de ses yeux sombres. Il se tenait près d'un chemin rocailleux, le feuillage épais de la forêt formant comme un toit au-dessus de sa tête. Les arbres étaient vieux, leur tronc épais et leurs branches hautes. Ils poussaient serrés, dans le désordre le plus complet, certains s'appuyant sur leur voisin.
Connor était en train de penser que cette forêt était bien différente de celles qui poussaient à leur époque quand un mouvement attira son regard. Sans un bruit, il s'enfonça un peu plus dans les ombres, attendant que sa proie se rapproche.
A peine vit-il le bout d'un pied pointer qu'il sortit de sa cachette en criant :
- Petrificus totalus !
Sa cible tomba à terre avec un bruit sourd. Au même moment, le Gryffondor entendit quelqu'un crier puis détaler, glissant sur les cailloux du chemin. Le garçon, trop soulagé d'en avoir enfin attrapé un, n'y fit pas attention. Il était prêt à déclarer sa victoire quand il découvrit la forme inerte allongée sur le sol.
C'était celle d'un enfant. Non, plutôt d'un petit homme. Il était encore imberbe et quelques boucles brunes semblaient collées à son front, plus par la crasse que par le sort. Le petit être portait des vêtement moldus, vieux et usagés et couverts de poussière et de boue. Mis à part sa taille, se furent ses pieds qui surprirent le plus le garçon. Ils étaient disproportionnés, trop longs pour sa petite stature, et couverts de poils aussi bouclés que ses cheveux.
- C'est un lutin ? demanda la voix fluette de Sarah.
Il se retourna pour les découvrir tous les quatre derrière lui.
- Non.
- Un nain, peut-être ? proposa Hestia.
- Non plus, répondit Aiden. On les a étudiés en Histoire de la Magie l'an dernier, et ils ne lui ressemblaient pas du tout.
Le petit homme les regardait, ses yeux bleus grands ouverts, regardant tour à tour chacun des enfants penchés au-dessus de lui. Tous pouvaient lire la peur dans son regard.
- Alors, qu'est-ce que c'est ? demanda Dorian tout en le tâtant du bout d'un bâton.
- Aucune idée.
- On devrait peut-être—
Aiden fut interrompu par des cris provenant de plus haut dans le sentier. La voix basse et grave d'un homme adulte résonna dans la forêt, parlant dans une langue qu'aucun d'eux ne connaissait. Ils n'hésitèrent pas une seconde avant décamper.
Les quatre aînés étaient en train de se reposer quand les plus jeunes les rejoignirent. Ils étaient entrés en trombe dans la clairière, évitant de justesse l'une des hautes statues. Dans leur précipitation, ils parlaient tous en même temps, créant ainsi un bourdonnement confus. Tomas leva une main et ils se turent.
- Bien, maintenant expliquez nous calmement ce qui vous est arrivé, dit Erin en s'approchant.
Haletante, Hestia raconta leur jeu puis leur « rencontre » avec le petit homme. A peine eut-elle finit son récit qu'un autre groupe entra dans la clairière.
Un homme aux longs cheveux noirs ouvrait la marche, tenant dans ses bras le « petit homme » qu'avait mentionné Hestia. Un peu en retrait se tenait un autre petit être, les cheveux plus clairs cette fois-ci. A ses côtés, un troisième individu similaire guidait un poney lourdement chargé. Un de ses semblables était avachi sur le dos de l'animal.
Tous sursautèrent quand l'homme se mit à parler dans sa langue étrange. Ils se regardèrent les uns les autres, confus.
- Quelqu'un comprend ce qu'il dit ? demanda Malfoy à tout hasard.
- Pas la moindre idée, répondit Aiden.
L'adolescent regardait avec intérêt les étrangers. Leur accoutrement était archaïque, même pour des sorciers. Ce qu'ils ne semblaient pas être au vu des armes tranchantes à leur ceinture. Le petit groupe avait l'air d'appartenir à ne période médiévale, seulement les petits hommes ne concordaient à aucun folklore de sa connaissance. Intéressant, pensa-t-il.
- Que se passe-t-il ? demanda Gabrielle.
Elle s'approcha de ses camarades, étouffant un bâillement derrière une main aux longs doigts fins. Elle s'arrêta net quand ses yeux se posèrent sur les inconnus face à eux. Pendant un instant, un visage d'enfant se superposa à celui de l'homme, puis l'image disparue.
- Qui sont ce gens ?
- Des nouveaux amis, répondit sarcastiquement Tomas.
La Veela allait répliquer par une remarque cinglante quand l'étranger parla une nouvelle fois. Sa voix, bien que toujours aussi basse, sembla plus musicale dans ce nouveau langage. Gabrielle laissa échapper un hoquet de surprise et les yeux d'Erin s'agrandirent.
- On dirait de la Haute Langue ! s'exclama-t-elle, stupéfaite.
- Ca y ressemble, accorda Gabrielle. Mais pas tout à fait.
L'homme répéta sa phrase.
- Qu'est-ce qu'il dit ?
- Il demande qui nous sommes… je crois.
- Et bien, vas-y, répond lui ! s'exclama Connor.
Gabrielle resserra Nathaniel contre elle, mal à l'aise.
- Je vais essayer, dit-elle avant de s'adressa à l'inconnu d'une voix hésitante.
*
**
Pippin et Merry descendaient la pente rocailleuse, l'épaisseur du feuillage plongeant leur chemin dans la pénombre. Leurs pieds nus glissaient sur les pierres et les deux hobbits se retrouvaient obligés de s'appuyer aux tronc rêches des arbres. Ils marchaient depuis quelques minutes en silence quand une forme noire jaillit soudain des bois. Elle cria des mots dans une langue étrange tout en brandissant sauvagement une longue tige de bois. Les deux compagnons n'eurent pas le temps de réagir que Pippin tombait à terre, raide mort. Merry laissa échapper un glapissement de terreur avant de détaler dans la montée.
Il ne lui fallut que quelques instants avant de rejoindre Grands-Pas et les autres. Encore sous le choc, les larmes aux yeux, le pauvre hobbit tentait vainement de s'expliquer.
- Du clame, mon ami, du calme, lui dit gentiment le Ranger en le prenant par les épaules. Où est Pippin ?
- Il est tombé… les lutins… mort
- Quels lutins ?
- Mais les lutins qui ont tué Pippin, bien sûr ! s'exclama-t-il entre deux sanglots.
Grands-Pas fronça les sourcils en se relevant. Ce que disait le jeune hobbit ne faisait aucun sens, mais il était inquiet. Qu'est-ce qui avait bien pu le mettre dans cet état ? Faisant signe aux autres de le suivre, le Ranger emprunta à son tour le chemin caillouteux.
Quand il aperçut la forme immobile du hobbit, il se précipita à son côté. D'une main experte, il chercha son pou, soupirant en le sentant vigoureux sous ses doigts râpeux. Remarquant ses yeux grands ouverts, il passa une main au-dessus d'eux. Les pupilles suivirent le mouvement.
- Qu'a-t-il, Grands-Pas ? demanda Frodo du haut de sa monture.
- Je ne sais pas. Il semble se porter bien mais sans pouvoir bouger. Je n'ai encore jamais rien vu de tel.
- C'est la faute des lutins, des lutins de la forêt ! s'écria Merry.
Grands-Pas se tut un instant, inspectant le sol autour d'eux. Il remarqua plusieurs traces de pas dans la poussière, les jugeant de la taille des pieds d'un enfant. Il se frotta le menton, perplexe. Les marques semblaient faire demi-tour, se dirigeant vers le bas du sentier.
- Bien, dit le Ranger en soulevant un Pippin rigide dans ses bras. Allons les voir, ces lutins.
La première chose qu'ils remarquèrent en débouchant dans la clairière furent les trois grands trolls, immobiles. Passé la surprise initiale, il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre qu'il s'agissait en fait des trolls des contes de l'oncle Biblo, surpris par le soleil et transformés en pierre. Puis leurs yeux se posèrent sur le groupe, debout au milieu des géants.
Ils portaient tous d'étranges robes noires ornées d'un écusson. Là s'arrêtait leur ressemblance.
La plus petite d'entre eux avait sur son cœur un blaireau jaune et noir, encadrant la lettre P. Ils n'eurent que le temps d'apercevoir ses boucles noisette avant qu'elle ne disparaisse derrière l'une de ses compagnes. La fillette qui la camouflait portait sur sa tunique un lion rouge dressé derrière un G doré. Ses cheveux blond cendré étaient nattés dans son dos, dégageant son visage. Merry se raidit sous son regard de défit, mais Grands-Pas lut la peur sous la bravade.
A côté d'elles, l'air incertain, ce tenait un garçon à la chevelure blanc neige. Son habit arborait un serpent vert étincellent lové autour d'un S brodé d'argent. Un grand blond portait le même symbole, ses yeux vert fixant intensément leur petit groupe.
Un rouquin les dévisageait également, et le Ranger reconnut la curiosité brillant dans son regard. Son écusson représentait un aigle bleu, ses serres agrippées à un S de bronze. L'autre jeune homme portant le même emblème semblait tout aussi intéressé. Ses cheveux châtain clair lui tombaient devant les yeux, se glissant sous un masque de verre et d'acier*. Une petite brune à l'écusson rouge complétait le groupe, tenant par les épaules un jeune garçon à la tête baissée.
Aucun d'entre eux ne semblait avoir plus de vingt ans.
- Qui êtes-vous ? demanda Grands-Pas en Langue Commune. Et qu'avez-vous fait à ce hobbit ?
Il les vit sursauter puis se mettre à parler dans une langue inconnue. Fronçant les sourcils, il répéta ses questions. Ils se contentèrent de le regarder, un air perplexe sur le visage. C'est alors qu'une nouvelle personne apparue.
Elle portait les mêmes robes noires que les autres et ses longues boucles argentées cachaient son blason. Son visage était fin et sa peau laiteuse. Ses yeux, d'un mauve aux reflets bleus, se tournèrent d'abord sur ses compagnons tandis qu'elle leur posait une question.
Puis son regard se braqua sur eux. Grands-Pas du retenir une exclamation de surprise tant la ressemblance était frappante. Seule la couleur de ses cheveux la différenciait de la femme de son enfance. La Dame aux yeux pervenche qui le visitait parfois dans les jardins d'Elrond.
- Qui êtes-vous ? demanda-t-il, en elfique cette fois-ci.
Les yeux de l'étrangère s'agrandirent sous la surprise et la jeune brune lui dit quelque chose.
- Qui êtes-vous ? répéta-t-il.
Ils parlèrent à nouveau et il sembla au Ranger que l'un des plus jeunes la poussait à répondre. Elle parut hésiter, serrant quelque chose dans ses bras. C'est à ce moment là qu'il remarqua l'enfant. Il avait les cheveux longs et aussi clairs que ceux de la femme, la tête nichée contre sa poitrine. Il tétait fiévreusement l'un de ses pouces, l'autre bras enroulé autour l'étrangère.
Il se surprit à ce demander si c'était son enfant, mais elle coupa court à sa réflexion.
- Nous… étrangers, dit-elle dans un sindarin maladroit.
- Qu'avez-vous fait au hobbit ?
Elle fronça les sourcils, réfléchissant un instant, avant de répéter :
- Hobbit ?
- Le semi-Homme, dit-il en pointant Pippin.
La jeune femme se tourna vers ses compagnons et leur demanda quelque chose. Le grand blond répondit en pointant un garçon plus jeune qui gardait le nez baissé. Elle lui adressa quelques mots et il releva la tête, les joues rougies de honte.
Puis elle leur fit de nouveau face.
- Excusez. Ils sont enfants, ils… jouaient ?… et ils n'ont pas fait…, elle fit une pause, cherchant ses mots. Pas fait attention.
Elle fit quelque pas dans leur direction et sortit une longue tige de bois de sa poche. Aussitôt, Merry tira sur la chemise de Grands-Pas et cria en Commun :
- C'est l'arme des lutins ! Celle qui a tué Pippin !
Le Ranger lui jeta un regard septique. Ca, une arme ? L'inconnue s'arrêta, confuse.
- Je comprends pas ce que dit le… hobbit. Son ami va bon… non, bien. Il est enroulé. Ligoté ? Mais je peux le défaire.
Grands-Pas acquiesça, la laissant approcher. Il tendit doucement le hobbit mais resta sur ses gardes. Il avait déjà vu trop de choses pour ne pas se méfier.
L'enfant dormait toujours, soutenu contre la hanche de l'étrangère par un bras dénudé.
Elle se posta devant lui, son bâton pointé sur Pippin, et murmura deux mots dans une nouvelle langue qu'il ne reconnu pas. Aussitôt, le petit homme devint mou dans ses bras, mais il ne bougea toujours pas.
Dès le premier instant qu'elle était apparue dans son champ de vision, Pippin sut qu'il ne verrait jamais d'autre femme aussi belle. Sa peau luisait faiblement à l'ombre des bois et ses cheveux ressemblaient à une couronne d'argent encadrant son visage. Ses yeux pervenche le fixaient d'un regard bienveillant et un sourire décorait ses lèvres pâles.
Trop absorbé dans sa contemplation il ne se rendit pas compte qu'elle l'avait libéré de ses liens invisibles. Il resta immobile dans les bras de Grands-Pas et sentit son cœur fondre quand elle s'adressa à lui de sa voix douce et chantante.
- Mae govannen, tithen adan. Man eneth lîn** ?
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* « un masque de verre et d'acier » : pour ceux qui n'auraient pas comprit, mais ça m'étonnerais, Alexander porte des lunettes. Je ne sais pas si ça existe dans SDA… alors on va dire que non (je vois pas comment ils feraient pour faire des verres correcteurs adaptés… m'enfin bon, avec la magie on sait jamais).
** excusez-moi pour mon elfique, mais j'étudie déjà quatre autres langues (en plus du français dont je n'ai toujours pas maîtrisé la conjugaison ni l'orthographe) et j'ai vraiment pas le temps d'en apprendre une autre. En plus, j'ai une tonne de boulot de la part des profs, plus les bacs blancs de français qui arrivent… grrr
- Comme vous avez put le remarquer dans la présentation des plus jeunes, le deuxième nom des garçons reprend celui du père. Je m'explique.
J'avais envi de trouver un nouveau moyen pour nommer les enfants sorciers qui diffèrerait de celui des moldus. Quelque chose qui serait une sorte de tradition, si vous voulez.
Comme les familles anciennes sont de moins en moins nombres, il fallait trouver un moyen pour que chacun puisse passer leur nom à leur descendant, que ce soit la mère ou le père. Ainsi, la fille aînée porte toujours le nom de famille de la mère, ainsi que son prénom en guise de deuxième nom. Le fils aîné fait de même avec le nom et prénom du père.
L'utilisation du prénom maternelle ou paternel joue, en quelque sorte, le rôle du patronyme que l'on retrouve chez les Russes, par exemple. Dans la société magique, où les gens sont peut nombreux et ont tous plus ou moins des relations, ça peut servir à situer une personne (un équivalent peut-être aussi au « --- , fils de --- » qui est très courant dans la société moyenâgeuse de SDA, et puis on peut voir ça comme une ancienne tradition qui descend de cette époque là).
- J'ai aussi parlé d'un Lien, dans le chapitre précédent. Celui de Fleur et de Rogue. C'est un peut l'équivalent du mariage chez les croyants, bien que différent. Je verrai si j'en montre un exemple ou pas plus tard dans la fic.
En tout cas, l'utilisation du nom de famille diffère aussi ici. En effet, la femme ne perd pas son nom ^^ Les sorciers ont d'autres moyens de savoir si une personne est Liée ou non.
