Bonjour!
Merci à toutes et à tous de lire et de commenter cette histoire, ça me fait très plaisir de voir que vous appréciez.
Voici donc la suite tant attendue.
Bonne lecture...
Chapitre 9
Hermione avait fait ses bagages dès le lendemain matin, en compagnie de Madame Chourave, qui ne pouvait contenir son émotion de voir sa petite protégée partir vers d'autres horizons. Néanmoins, malgré la nostalgie qu'elles éprouvaient toutes deux, elles avaient pu discuter longuement, tandis qu'elles empaquetaient les effets personnels de la plus jeune. Thomas avait ensuite été chargé d'emporter ses valises et de les fixer correctement à l'extérieur de la calèche que Lord Prince avait mis à sa disposition, comme il le lui avait promis.
La jeune femme avait quitté le manoir en début d'après-midi après avoir salué tous ses collègues domestiques, avoir embrassé chaleureusement Madame Chourave et avoir fait un petit et discret signe de la main au maître des lieux, qui observait la scène depuis le perron, les mains dans le dos, son visage impassible, comme à l'accoutumée.
Hermione était alors montée à l'intérieur de la voiture. Par la fenêtre, elle avait regardé une dernière fois la grande et majestueuse demeure ancestrale des Prince, puis elle avait détourné ses yeux noisette embués de larmes et s'était laissée guider par le cocher sur la route qui quittait le domaine.
Severus était resté dehors à observer la diligence s'éloigner de plus en plus jusqu'à ne plus être qu'un petit point noir à l'horizon, sentant son cœur se déchirer dans sa poitrine à mesure que la jeune femme était en train de disparaître et de quitter sa vie pour toujours. À ce moment-là, il avait légèrement contracté ses mâchoires et ses poings, il avait fermé les paupières en poussant un soupir puis il était rentré dans son manoir pour rejoindre son bureau personnel, seul et en silence. Il avait eu la gorge serrée par l'émotion mais il était parvenu à ne rien montrer et il s'en félicitait intérieurement…
Maintenant que Miss Granger était définitivement partie, emportant avec elle le soleil qui illuminait ses journées, il allait pouvoir reprendre le cours de sa morne et décevante existence auprès de son épouse vile, superficielle et acariâtre…
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Le Somerset n'étant pas la porte à côté, l'attelage avait dû faire une halte, une fois la nuit tombée, afin que les chevaux, le cocher et la passagère de la calèche puissent tous se reposer. Ils s'étaient donc arrêtés dans une petite auberge sur le bord de la route, avaient pris un bon repas chaud, tandis que les palefreniers de l'endroit s'occupaient des chevaux, puis ils avaient chacun gagné une chambre simple mais confortable pour dormir un peu.
Hermione avait été incapable de fermer l'œil de toute la nuit. Trop d'émotions se bousculaient dans son cœur meurtri, trop de souvenirs lui venaient à l'esprit et trop de doutes quant à l'avenir assaillaient ses pensées…
Elle repensait à sa tendre enfance lorsqu'elle était encore entourée de sa mère et de son père et qu'ils étaient heureux, tous les trois, dans leur petite fermette. Elle songeait ensuite aux moments qu'elle avait passés, seule, en compagnie de son père, quand sa mère les avait quittés, emportée par une terrible maladie. Puis lui revenait alors en mémoire son arrivée dans le fabuleux manoir de Lord Prince, ses débuts en tant que domestique dans une grande maison comme la sienne, les taquineries de l'aristocrate qui l'avaient faite s'emporter contre lui ou bien pleurer de désespoir, la façon dont, petit à petit, tout cela avait cessé pour plutôt se transformer en bienveillance à son égard et même en tendresse…
La jeune femme songeait à la manière dont cet homme, qui paraissait si austère et froid, prononçait son prénom de sa voix de velours, à ce qu'elle ressentait quand, par un heureux hasard, ses mains entraient en contact avec sa peau, à tout ce qu'elle éprouvait lorsqu'il était si proche d'elle et qu'il se laissait aller – à de bien trop rares occasions – à poser ses fines lèvres contre son front dans un baiser délicat, chaste et plein de retenue… Elle revoyait ses yeux d'un noir d'encre si profond la détailler comme si elle était une œuvre d'art, elle entendait encore son cœur qui battait si fort dans sa cage thoracique quand il était près d'elle, elle ressentait toujours son trouble, son désir et son envie de se rapprocher d'elle sans pouvoir y céder à cause de son respect et de son sens de l'honneur et des convenances.
Lord Prince s'était montré digne et fort pour eux deux. Il avait toujours agi en véritable gentleman, peu importe les circonstances. Il avait toujours fait ce qui était bon, juste et honnête. Il n'avait jamais rien dit mais Hermione n'avait pas eu besoin de l'entendre parler pour savoir ce qu'il éprouvait pour elle car elle ressentait exactement la même chose pour lui, cela se répercutait en écho dans son propre cœur. Hermione était une jeune femme qui était généreuse, bonne et sincère, tout comme lui, mais elle savait pertinemment que, s'il ne leur avait pas imposé la retenue qui convenait dans leur cas de lui-même, elle se serait très certainement laissée aller. Elle se serait jetée dans ses bras… Elle aurait commis une terrible faute aux yeux des hommes et un pêcher aux yeux du Seigneur tout puissant…
Mais il avait toujours été là pour veiller sur elle et pour conserver intacts l'honneur et la réputation de chacun. Il s'était appliqué à lui trouver une bonne maison pour assurer son avenir. Il l'avait judicieusement éloignée, dans leur intérêt à tous les deux, pour qu'aucun d'entre eux ne soient plus jamais tentés de commettre une terrible faute. Il avait absolument tout fait et tout donné pour elle, afin qu'elle soit la plus heureuse possible, malgré les circonstances, et, pour cette raison, elle lui en serait reconnaissante jusqu'à la fin de ses jours…
Hermione savait pertinemment que la chance de rencontrer l'amour de sa vie n'était pas donnée à tout le monde. Donc, bien qu'elle n'ait pas pu expérimenter, profiter et vivre pleinement cet amour impossible entre une domestique et son maître, elle rendrait tous les jours grâce à Dieu d'avoir pu éprouver en son cœur ce sentiment à la fois si doux, puissant et violent…
Le petit équipage avait repris la route le lendemain matin, après avoir dégusté un bon petit-déjeuner, ils avaient parcouru les derniers miles qui les séparaient du Somerset et de la nouvelle demeure de Hermione puis ils étaient finalement arrivés à destination dans le courant de l'après-midi.
Là-bas, Lord et Lady Slughorn en personnes attendaient Hermione accompagnés de leurs deux adorables petites filles, blondes comme les blés, qui étaient habillées et coiffées comme de jolies petites poupées.
« Bonjour, Miss Granger ! Et bienvenue dans notre manoir ! s'exclama aussitôt le gros homme bedonnant, jovial, à peine la jeune femme eut-elle posé un pied au sol, afin de l'accueillir.
- Bonjour, Lord et Lady Slughorn, répondit-elle en faisant une petite révérence devant chacun. Je vous remercie pour votre accueil.
- Oh ! Pas de chichis, ma chère ! Ne vous encombrez pas de toutes ces courbettes ! Nous n'aimons pas cela ! s'écria-t-il alors en l'observant se redresser. N'est-ce pas, ma mie ? demanda-t-il ensuite confirmation à son épouse en tournant son visage rond et rieur vers elle.
- Absolument, mon cher, confirma-t-elle en hochant légèrement la tête avant de reporter son attention sur Hermione. Ne nous embêtons pas avec toutes ces manières. Nous nous contenterons de nous témoigner un respect mutuel, appuya-t-elle en prenant l'une des mains la jeune femme entre les siennes. C'est le plus important pour nous et nous savons, grâce à Lord Prince, que vous n'en manquez certes pas.
- Très bien, se contenta d'approuver Hermione, fatiguée par son long voyage.
- Nous avions tellement hâte de vous rencontrer, Miss Granger ! reprit ensuite le maître des lieux, enthousiaste. Il est rare que Severus emploie de tels éloges afin de nous parler de quelqu'un. Il est plutôt avare de paroles, d'ordinaire.
- Je vous remercie, Monsieur. Mais il s'agit de ma première place en tant que gouvernante. Lord Prince vous en a bien fait part ? s'assura-t-elle en fronçant légèrement ses sourcils bruns, un peu anxieuse face à un tel engouement pour sa personne de la part de ce couple.
- Oh, oui ! Absolument ! Il nous en a bien fait part. Rassurez-vous, ma chère enfant ! répliqua-t-il avec toujours autant d'énergie. Mais, rien qu'en vous voyant, je sais qu'il a été sincère et que nous avons fait le bon choix en vous proposant cette place. N'est-ce pas, ma chère Phyllis ?
- Tout à fait, Horace ! confirma la femme en opinant du chef.
- Tant mieux dans ce cas. Je vous remercie de la chance que vous m'offrez, Lord et Lady Slughorn, rétorqua-t-elle alors, soulagée.
- Bien ! Si tout est clair, venez donc faire connaissance avec notre tendre progéniture ! » décréta l'homme en se dirigeant vers les deux fillettes qui patientaient sagement, les mains posées sur le devant de leurs robes roses.
L'aristocrate, qui tenait toujours les mains de la jeune femme dans les siennes les pressa chaleureusement en lui offrant un sourire, puis Hermione s'avança avec eux vers les deux petites filles.
La plus grande avait cinq ans et elle se nommait Charlotte. Elle avait une peau très pâle, des yeux bleus et de longs cheveux blonds et légèrement ondulés. Elle parlait déjà très bien pour une petite fille de son âge mais elle semblait fort timide et réservée. Sa petite-sœur, quant à elle, venait tout juste d'avoir quatre ans. Elle n'avait pas sa langue dans sa poche et elle s'appelait Olivia. Elle avait des cheveux bouclés qui tiraient fort sur le roux clair et qui lui arrivaient au milieu du dos, elle avait des taches de rousseur sur sa peau laiteuse et avait de grands yeux verts malicieux et très expressifs. Elle paraissait beaucoup moins réservée que sa grande-sœur et Hermione sentait qu'elle allait sans doute lui donner plus de fil à retordre.
Après ces présentations succinctes, Lord et Lady Slughorn proposèrent à Hermione de lui faire brièvement visiter leur domaine et leur maison, pendant que leurs domestiques finissaient de décharger la calèche et installaient ses bagages dans sa chambre. La jeune femme, après avoir fait un signe de la main à Seamus, le cocher de Lord Prince, qui l'avait conduite jusqu'ici, emboîta le pas de ses nouveaux maîtres et partit, en leur compagnie, à la découverte de son nouveau chez elle…
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Plusieurs mois plus tard, Miss Granger avait relevé avec brio le défi d'éduquer les deux fillettes de Lord et Lady Slughorn. Les artistocrates étaient très contents de son travail. Ils trouvaient qu'elle s'en sortait à merveille que ce soit pour l'orthographe, les mathématiques, l'histoire ou les sciences mais aussi pour le dessin, le chant et la musique. Hermione s'était documentée et avait appris, seule, certaines matières avant de les enseigner aux petites filles de ses maîtres et le couple était très satisfait de leurs progrès.
En ce beau jour de printemps, la jeune femme était en train de surveiller les enfants tandis qu'elles faisaient des aquarelles dans leur salle de classe.
« C'est très bien, Charlotte. N'hésitez pas à vous servir de toutes les couleurs de votre palette pour embellir votre peinture, conseillait Hermione en observant le dessin de la plus grande, penchée par-dessus son épaule.
- Et moi, Miss Granger ? C'est joli ? demanda la plus petite, pleine d'enthousiasme, en attrapant son dessin et en le brandissant en l'air pour le lui montrer.
- Oui, c'est très beau, Olivia, répondit-elle en se dirigeant directement vers elle, voyant déjà l'aquarelle couler sur sa page. Mais ne vous appuyez pas ainsi sur la table, vous allez renverser… » voulut-elle l'avertir en pressant le pas.
Elle n'eut pas le temps de terminer sa mise en garde… Le pot rempli d'eau et de couleurs se renversa sur la table, la robe, les collants et les chaussures de la petite fille, sur le sol couvert d'un tapis persan ainsi que sur la propre robe de Hermione qui était arrivée en vitesse et redressait déjà le pot plein d'eau.
« Oh… Pardon, Miss Granger… s'excusa aussitôt la petite fille, sincèrement contrite, en observant le désastre.
- Ce n'est rien, Olivia. Cela peut arriver, la rassura-t-elle en se retenant de pousser un soupir de dépit. Mais vous devriez faire plus attention, comme je ne cesse de vous le répéter… ajouta-t-elle en fronçant légèrement ses sourcils bruns, pour la gronder gentiment.
- Ne soyez pas en colère contre moi, Miss Granger. Je ne le fais pas exprès », lui assura encore la fillette en approchant de la jeune femme et en la serrant dans ses bras avant de relever son petit visage vers le haut.
Hermione n'eut pas le cœur de la gronder, comme à chaque fois, réduite au silence par ses grands yeux verts qui pétillaient d'espièglerie, de tendresse et de sincérité, elle tapota gentiment le dos de la fillette et conseilla :
« Allons, je le sais, Olivia. Ne restez pas dans vos vêtements salis et mouillés. Allez trouver Hannah et demandez-lui de vous aider à passer d'autres habits.
- Oui, Miss Granger ! Et encore désolée ! s'exclama la fillette, après s'être détachée d'elle, en quittant la salle de classe à vive allure.
- Charlotte, pourrais-je vous demander de veiller sur votre sœur et de revenir avec elle lorsqu'elle sera changée ? demanda Hermione en se tournant vers la plus grande.
- Bien sûr, Miss Granger. À tout à l'heure », acquiesça-t-elle avant de partir et de suivre les pas de sa sœur.
Une fois les deux fillettes parties, la jeune femme entreprit de nettoyer la table, la chaise ainsi que le tapis qui étaient maculés d'eau colorée. Heureusement pour elle, ce n'étaient que de simples aquarelles et il était plutôt facile de faire disparaître les taches sur les différentes matières qui avaient été touchées par la maladresse d'Olivia.
Concentrée sur sa tâche, comme elle l'était à l'époque où elle était au service des Prince comme simple servante, elle n'entendit pas la porte de la salle de classe se rouvrir ni les pas d'une personne qui s'approchait d'elle.
« Allons, ma chère Miss Granger ! Pourquoi n'avez-vous pas fait appeler Charity pour nettoyer tout cela ? » s'exclama Lord Slughorn qui se situait désormais juste à côté d'elle.
Hermione sursauta en laissant sa loque humide lui échapper des mains, elle posa une main sur sa poitrine en soupirant et en fermant les yeux pour se remettre de sa frayeur puis elle affirma en rouvrant ses paupières :
« Lord Slughorn, vous m'avez fait peur…
- Oh, pardon, ma chère ! Je ne voulais pas ! Je pensais que vous m'aviez entendu arriver, déclara-t-il, sincère, en désignant la porte de son pouce.
- Ce n'est rien. J'étais dans mes pensées, explicita-t-elle en secouant légèrement la tête.
- Charity aurait pu faire cela pour vous, Miss Granger, répéta l'homme en désignant le bazar que sa cadette avait mis dans la classe.
- Je ne voulais pas l'embêter pour si peu, répondit-elle en haussant brièvement une épaule. Et puis, je sais parfaitement faire disparaître les taches. C'était mon travail, avant, dit-elle en relevant ses yeux noisette vers son maître.
- Oui, je le sais… approuva-t-il en hochant la tête de haut en bas. Encore Olivia, n'est-ce pas ? interrogea-t-il avec un sourire en coin, amusé par sa petite fille.
- Oui, Monsieur. Encore, acquiesça-t-elle, malgré tout elle aussi amusée.
- Alala… soupira-t-il en mettant ses mains dans son dos. Cette petite est une véritable tornade qui emporte tout sur son passage.
- En effet, Monsieur. Mais sa vivacité fait partie de son caractère et, personnellement, je ne voudrais pas qu'elle soit autrement. C'est une enfant charmante et pleine de bonté malgré son énergie débordante, affirma Hermione.
- Moi non plus, Miss Granger, approuva-t-il directement. J'aime mes filles telles qu'elles sont toutes les deux. »
Après plusieurs secondes de silence, Hermione, qui avait terminé de nettoyer, déposa son linge imbibé d'aquarelle sur la table puis elle interrogea Lord Slughorn qui était toujours là pour elle ne savait quelle raison :
« Vous… Vous vouliez me voir pour m'entretenir d'un sujet précis, Lord Slughorn ?
- Oui, en effet, ma chère ! Mes tendres enfants m'ont fait oublier la raison de ma présence ! répliqua-t-il en se frappant légèrement le front du plat de sa main.
- Et quelle est-elle ? l'engagea-t-elle à s'exprimer, curieuse.
- Eh bien, mon épouse et moi-même nourrissons depuis quelques temps déjà le désir de nous installer sur le continent avec nos enfants. Plus précisément en France, commença-t-il à expliquer.
- Vous souhaiteriez aller vivre en France ? répéta Hermione, surprise par ses paroles.
- Oui, mon épouse a de la famille, là-bas, et nous pensons qu'il serait bien que nos filles apprennent le français ainsi que la culture de ce beau pays. De plus, nous irions nous installer dans le sud et la météo est bien plus clémente là-bas qu'en Angleterre, ajouta-t-il en se penchant légèrement vers elle avant de lui faire un clin d'œil.
- Oui, Monsieur, vous avez sans doute raison, approuva la jeune femme, amusée, sachant pertinemment que le climat anglais ne pourrait jamais rivaliser avec le climat du sud de la France.
- En fait, ma chère Hermione, nous avons déjà trouvé une maison pour notre famille et nous nous demandions si vous accepteriez de partir avec nous et de continuer d'instruire nos filles là-bas, lui avoua-t-il alors en l'observant attentivement de ses yeux couleur groseille.
- Moi ? Quitter l'Angleterre pour partir vivre en France avec vous tous ? réitéra-t-elle encore, sous le choc de cette annonce.
- Et oui, Miss Granger. Vous êtes, je le crains, devenue un membre indispensable de notre grande famille… Alors, qu'en dites-vous ? » questionna-t-il encore la jeune femme, impatient de connaître sa réponse.
To be continued...
Merci d'avoir lu! J'espère que ça vous a plu ;-)
A la prochaine!
Bisous ;-)
