Voici venu le deuxième chapitre ! Très rapidement après le premier, ensuite les mises à jour seront probablement un peu plus espacées, mais j'aime bien l'idée de poser le décor en postant rapidement les premiers chapitres.

Bonne lecture et n'hésitez pas à commenter !


— Tout va bien, M'dame ?

La jeune femme cessa de sangloter et leva vers lui un visage plein d'espoir.

— S-Spider-Man, Dieu merci, vous êtes là ! Vous auriez quelques minutes pour m'aider ?

— Toujours pour les demoiselles en détresse. Et les damoiseaux, ajouta Peter après un bref instant de réflexion. Spider-Man ne fait aucune discrimination.

Ils étaient à Central Park ; l'ombre rousse des arbres déposait des paillettes d'or sur leurs silhouettes, la femme par terre et Peter savamment accroché à un réseau de branches, le visage dissimulé sous son masque bleu et rouge.

Les larmes avaient laissé des sillons salés sur les joues de la femme, mais la présence du jeune héros sembla la rasséréner et un sourire s'épanouit sur ses traits pâles.

— Vous êtes exactement l'homme qu'il me fallait ! Doudou — mon chat — s'est échappé, je pense qu'il a grimpé tout en haut d'un arbre… je serai bien allée le chercher, mais j'ai le vertige ! S'il vous plaît, retrouvez-le ! S'il lui arrivait quelque chose, je m'en voudrais toute ma vie !

— Ne vous inquiétez pas, Mère Michèle, c'est un travail pour ce bon vieux père Lustucru !

Il s'élança jusqu'au sommet de l'arbre, sous les rires étouffés de la jeune femme.

Il n'eut besoin que d'une poignée de minutes avant de retrouver le chat, roulé en boule au sommet d'une branche et les poils de la queue gonflés comme un plumeau. Lorsque leurs regards se croisèrent, le petit félin lui cracha dessus et Peter eut toutes les peines du monde à l'attraper. Ignorant tant bien que mal les griffes qui labouraient férocement ses avant-bras, il rejoignit le sol en quelques bonds.

— Doudou, mon bébé !

— Vous êtes sûre que c'est un chat, pas un tigre ?! geignit Peter sous son masque alors que la femme lui arrachait l'animal des bras.

— D'habitude, il est adorable ! Vous avez dû lui faire peur avec votre masque bizarre, répliqua-t-elle — mais son sourire trahissait sa joie. Merci, merci mille fois, Spider-Man, d'être allé chercher mon bébé.

— Je vous en prie, M'dame, tout le plaisir était pour moi ! Bye bye, Doudou !

En guise d'adieu, le chat feula et régurgita une boule de poils.

OOO

Ce dimanche de patouille était calme. Pas de voyous à arrêter, pas de voleurs à la sauvette à appréhender, pas même deux ou trois trafiquants à appréhender dans les artères sombres de la ville. Peter ne s'en plaignait pas ; il avait promis à May de ne pas rentrer trop tard, il devait l'aider à faire le ménage avant le retour de James. Toutefois, il était étrange de constater à quel point les années d'Eclipse avaient transformé New-York, étouffant les velléités des malfrats et assagissant les esprits les plus pernicieux.

Peter décida de s'éloigner de Central Park et de s'engouffrer entre deux gratte-ciel, là où le soleil automnal ne parvenait pas à étendre ses rayons cuivrés. Il slalomait de mur en mur machinalement, songeant à May et James, lorsque tout à coup l'une de ses toiles rata sa cible.

L'espace d'un battement de cils, il fut en chute libre.

La sensation l'arracha brutalement de ses pensées et son coeur remonta jusqu'à sa gorge. Il s'empressa de presser son lance-toiles, se rattrapant de justesse à une nouvelle toile qui se déplia brusquement. L'arrêt fut brutal, se répercutant en échos violents de son épaule jusqu'au bout de ses doigts. Grimaçant de douleur, il manqua de heurter de plein fouet la façade d'un immeuble et l'esquiva au dernier moment, le vent sifflant furieusement à ses oreilles.

Une fois stabilisé, il se laissa lentement retomber sur le trottoir, le coeur battant la chamade.

— Karen ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il en approchant son poignet de son visage pour examiner son lance-toiles.

— Je n'ai rien détecté d'anormal, Peter, mais si je peux me permettre, ta température est très légèrement plus élevée qu'à l'ordinaire.

— Normal, je te rappelle que je viens de manquer de me faire écrabouiller par un mur ! Mais pourquoi est-ce que ma toile ne s'est pas accrochée correctement ?!

— Tu l'as lancée dix centimètres trop à gauche.

— Impossible. Je n'ai jamais visé à côté, riposta l'adolescent.

— Je suis désolée, c'est tout ce que mes capteurs ont relevé.

Incrédule, Peter insista :

— Il doit bien y avoir un problème avec le lance-toiles ! Ça fait trop longtemps que je ne l'ai pas remanié. Il faut que j'aille à la Tour, et que…

— D'accord. Appel en cours – Happy Hogan.

— Hein ? Quoi ? Non, non, je ne veux pas appeler…

— Peter ? Tout se passe bien ?

L'adolescent grimaça sous son masque.

— H-Hey, Hap. Désolé, Karen a pris l'initiative de t'appeler, mais tout va bien, je g-gère !

— Tu es sûr ? D'après ton IA, tu as lancé une toile à côté de sa cible et failli embrasser un mur. Rien de cassé ?

— Je vais très bien, et je n'ai pas lancé une toile à côté de sa cible ! protesta-t-il vivement. Mon lance-toile a eu un problème, c'est tout ! Il faut juste que j'aille à la Tour pour le réparer.

Il y a un bref silence de l'autre côté du fil, puis :

— Un problème, tu dis ? Ne bouge pas, je viens te chercher. Je t'amènerai moi-même à la Tour.

— Ne t'embête pas, Hap, je peux me débrouiller !

Mais l'homme refusa catégoriquement.

— Désolé, Peter, mais May m'arracherait les ongles de pied avec une pince à épiler si je te laissais te promener dans la rue avec un costume défaillant.

— Les ongles de… eeewww, s'il te plaît, ne me mets pas des visions d'horreur dans la tête !

— Et le costume de Peter n'est pas défaillant, ajouta froidement Karen.

OOO

La voiture de Happy ne tarda pas à apparaître au coin de la rue. Peter s'engouffra précipitamment sur le siège passager, retira son masque et aspira une grande goulée d'air au parfum de sièges en cuir. Les mèches qui rebiquaient sur son front étaient trempées de sueur.

— Beaucoup de boulot pour Spider-Man ? s'enquit Happy en lui jetant un regard par l'intermédiaire du rétroviseur intérieur.

— Euh, ouais. Un peu, répondit Peter en passant machinalement les doigts sur les griffures que lui avait infligé Doudou — déjà presque totalement refermées. J'ai combattu un lion à mains nues, ce matin. Il avait échappé à sa maîtresse.

Happy lui accorda un haussement de sourcils qui parut presque amusé, avant de replonger dans un silence pensif. Bientôt, Peter put déceler une nouvelle expression sur son visage, une interrogation muette qui semblait creuser ses traits, conférant à sa physionomie une pointe de tristesse à laquelle l'adolescent n'était pas habitué.

— Je peux te poser une question, Peter ? demanda-t-il brusquement.

Avant que Peter n'ait eu l'occasion de répondre, l'homme se reprit :

— Non, non, oublie. Ce n'est pas important.

— Tu veux savoir quelle était la taille du lion ? hasarda Peter en penchant légèrement la tête. Je dirais, gros comme…

— Non, non, je voulais savoir... Est-ce que tout se passe bien avec le nouvel ami de ta tante ?

Il y avait définitivement quelque chose d'étrange dans sa voix. Il fixait la route, mais Peter devinait à la façon dont ses phalanges tambourinaient le volant qu'il avait l'esprit ailleurs. Ses soupçons furent rapidement confirmés lorsque Happy s'emmêla à nouveau les pinceaux :

— Non, ne réponds pas, ce ne sont pas mes affaires, bien entendu, ta tante fréquente qui elle le souhaite, je suis juste un peu… enfin bref. Oublie, petit.

— Ça… ça se passe bien, oui, répondit Peter après un léger instant de flottement. Il est revenu plusieurs fois à la maison, depuis le dîner de l'autre jour. Il aime bien cuisiner. Il m'appelle Pete et m'a proposé d'aller à des matchs de base-ball avec lui. Je crois que May aimerait bien qu'il emménage avec nous.

— Super. Je suis heureux pour vous, dit Happy du même ton que s'il venait de lui annoncer la date de son enterrement.

Peter se mordit l'intérieur des joues, se maudissant mentalement. Pourquoi avait-il ouvert la bouche ?! De toute évidence, les détails de leur nouvelle vie à trois blessaient Happy et il aurait mieux fait de se taire.

Il hésita, puis se pencha jusqu'à ce que la ceinture de sécurité lui cisaille le thorax. Il posa timidement la main sur l'épaule de Happy ; l'homme ne le repoussa pas.

— J-je suis désolé, Hap. Je sais que, euh, tu aimais beaucoup May et que vous aviez eu quelques rendez-vous, pendant l'Eclipse. Je ne dis pas que ce n'est pas un peu perturbant, c'est un peu comme si on m'annonçait que ma tante et mon prof préféré étaient sortis ensemble, même si tu n'es pas mon prof mais tu vois ce que je veux dire, mais bref, euh tout ça pour dire que, euh, je suis désolé, j-je comprends que tu sois un peu… triste.

— Je ne suis pas triste, ce n'était qu'une… une petite histoire comme ça, éluda Happy avec un geste vague de la main, lâchant le volant et manquant de les faire rouler sur un lampadaire. On n'était même pas vraiment ensemble, tu sais. On allait juste au bowling de temps en temps. Pour faire une métaphore, je lui préparais des sandwichs au thon, maintenant quelqu'un lui prépare du poulet rôti au thym avec des pommes grenailles. Lui et moi, on ne joue pas dans la même cour, et c'est très bien comme ça.

— Moi, j'adore tes sandwiches, Hap !

Les commissures de ses lèvres frémirent, dessinant l'esquisse d'un sourire.

— C'est vrai ?

— Oui, même si j'ai failli m'étouffer la dernière fois à cause de la dinde sèche, MJ a dû faire la manoeuvre de Heimlich mais, euh, sinon c'était très bon ! S'empressa de balbutier Peter en voyant les traits de Happy se figer.

OOO

Dans le laboratoire de la Tour, il perdit toute notion du temps. Il y avait si longtemps qu'il ne s'était pas attardé au milieu de tous les gadgets et outils de Monsieur Stark… il avait oublié à quel point il adorait travailler ici !

Happy lui tenait compagnie, et même s'il ne comprenait pas la moitié de ce que Peter faisait, sa présence avait quelque chose d'indéniablement réconfortant. Après leur avoir préparé deux énormes bols de chocolat chaud, il s'était accoudé à côté de son plan de travail et s'était mis à l'observer d'un air intrigué tandis qu'il s'escrimait sur son lance-toile.

— Tu as trouvé un défaut, alors ? s'enquit-il après avoir terminé son chocolat chaud en trois lampées gourmandes.

— Non, avoua Peter en resserrant une vis au niveau du poignet. Rien qui ne se voit à l'oeil nu, en tout cas. J'ai quand même changé quelques pièces et rechargé de la toile. Normalement, ça devrait marcher comme sur des roulettes !

— J'espère, petit. May et Tony m'ont tous les deux à l'oeil. S'il t'arrivait quoi que ce soit, je n'aurais plus qu'à changer de pays !

— C'est vrai ? sourit Peter.

— Je trouve que tu as l'air un peu trop réjoui par rapport à ce que je viens de te dire.

— Non, je veux dire… Monsieur Stark s'inquiète vraiment pour moi ?!

— Il m'écrit presque tous les jours à ton propos, Peter. Pourquoi ? Tu en doutes ?

L'adolescent détourna le regard, soudainement gêné.

Monsieur Stark lui écrivait aussi très régulièrement depuis son retour de l'Eclipse. Il n'y avait pas une seule journée sans qu'il n'ait droit à une notification WhatsApp de sa part, mais ses messages ne suffisaient pas à remplacer le vide que son départ avait laissé dans la ville. Peter se surprenait, parfois, à guetter la rue à la sortie du lycée à la recherche de son Audi — mais c'était idiot, bien sûr. Il était loin, dans son chalet près du lac, avec Pepper et Morgan. Lui était à New-York, avec May et, désormais, James. Chacun avait sa vie, sa famille, son rôle à jouer. Tony devait être un époux et un père ; Peter devait être un neveu et un super-héros.

Comme disait May, il ne fallait pas mélanger les torchons et les serviettes.

Alors il sourit à Happy et haussa les épaules, s'efforçant d'adopter un air insouciant.

— Nan, je demandais juste ça comme ça. Au fait, quelle heure il est ?

Ses yeux s'arrondirent en voyant les chiffres qui dansaient sur le cadran de sa montre.

— Quoi, déjà ?! Oh non, May va me tuer, je lui avais promis que je serai là avant dix-sept heures, James doit passer à la maison !

— Je te ramène, dit aussitôt Happy en allant chercher leurs manteaux. Je lui dirai que c'est de ma faute si tu es en retard, c'est moi qui t'ai amené ici. N'oublie pas ton costume.

— Oh, merci merci Happy !

OOO

De retour à l'appartement, Peter nota qu'un nouveau paillasson trônait devant la porte, proclamant gaiement : « Bienvenue dans la maison du bonheur ! » Il sourit, mais se figea en voyant l'expression de Happy qui l'avait raccompagné : il affichait la même expression que si on lui avait enfoncé une gousse d'ail dans la narine.

Peter enfonça la sonnette et n'attendit pas plus d'une seconde avant que le panneau de bois ne s'entrebâille, dévoilant de grands yeux verts qui se posèrent sur lui avec chaleur.

— Hey champion, tu es enfin là ! Ta tante commençait à s'in…

James s'interrompit net en remarquant la présence de Happy et l'espace d'un battement de cils, Peter crut voir son visage se déformer, comme s'il venait de croquer à pleines dents dans un citron — mais ce ne devait être que son imagination, car l'instant d'après il retrouva son masque de bienveillance et de bonhomie.

— Oh, bonjour, Monsieur Hogan. Que faîtes-vous ici ? Devons-nous ajouter un couvert à notre table ? s'enquit-il poliment en lui accordant un sourire lumineux.

— Ahem, hum, non, non, ça ira, marmonna Happy. Je raccompagnais juste Peter.

— Oh, c'est très gentil de votre part. Vous voulez peut-être boire un café, avant de repartir ? Un thé ? May ! appela James, tout en se décalant pour permettre à Peter et Happy de s'engouffrer dans l'appartement. Nous avons de la visite, ma chérie !

Peter échangea un regard avec Happy, qui se dandinait sur place d'un air embarrassé.

— Non, non, ne vous embêtez pas, je vais repartir. Tu as toutes tes affaires, Peter ? Ton sac ? Ton téléphone ? Super, alors je ne vous dérange pas plus longtemps. Au revoir, petit.

Il lui fit un maladroit coucou de la main tout en s'éloignant.

— Salut, Hap !

— Au revoir, Monsieur Hogan, dit aimablement James avant de refermer la porte derrière lui.

A l'instant où il se tourna vers Peter, May émergea de la cuisine, un tablier fleuri noué autour des reins et une tâche couleur groseille sur son chemisier blanc. Elle accueillit Peter d'un sourire resplendissant, les yeux débordant d'un amour qui lui fit l'effet d'un tourbillon de chaleur dans sa poitrine.

— Tout se passe bien, chéri ? J'ai cru entendre des voix…

— C'était un ami de Peter, qui a eu l'extrême gentillesse de le raccompagner, répondit James d'un ton léger.

Il administra une bourrade affectueuse sur l'épaule de l'adolescent.

— Alors, tu nous racontes ton après-midi, champion ? ajouta-t-il joyeusement. May et moi avons préparé un gâteau en attendant ton retour, tu vas pouvoir nous faire un compte-rendu détaillé de tes activités autour d'un bon goûter.

— Euh… okay, répondit Peter en jetant un regard à May, se demandant bien ce qu'il allait pouvoir raconter pour ne pas éveiller les soupçons de James sur ses pouvoirs.

Par chance, May devina son trouble et proposa gaiement :

— Pourquoi ne pas plutôt regarder un film tous ensemble ? Peter aura tout le temps de nous raconter sa journée plus tard, n'est-ce pas chaton ?

Il approuva vigoureusement. James n'insista pas et se proposa pour chercher les assiettes à dessert. En attendant qu'il leur ramène les parts de gâteau, Peter s'installa sur le canapé à côté de May, qui enroula aussitôt son bras autour de sa taille et le ramena contre elle, déposant un baiser contre sa joue.

— Bonne patrouille, mon coeur ? lui chuchota-t-elle dans le creux de l'oreille.

— Super, May !

Il se sentait heureux dans les bras de sa tante.

Et sa bonne humeur remontra d'un cran que lorsque son téléphone s'illumina sur une nouvelle notification de Monsieur Stark, qui lui arracha une exclamation de joie.

Tony Stark : Yo, Pete. Pep, Morgan et moi allons passer Halloween à NY, et il paraît que c'est là-bas que vit un certain Spider-Kid.

Tony Stark : Morgan aimerait beaucoup le rencontrer.

Tony Stark : Je dis ça, je ne dis rien.

Tony Stark : A samedi, petit.

Tony Stark : Bisous bisous.