Petit mot de l'auteure : j'ai la lèvre sèche
Jour 7 : Toujours
Moment : UA saison 4
Tyrion avait toujours su que sa sœur le détestait. Mais il n'avait jamais imaginé à quel point avant de la voir pointer un doigt accusateur sur lui.
- Mon frère a toujours détesté Joffrey, sanglotait-elle. Il l'a frappé plusieurs fois par le passé. Il l'a traité d'idiot incompétent.
Le Lannister leva les yeux au ciel. Combien de fois Cersei en avait fait de même ? Il ne pouvait même pas les compter ! Il était étrange de voir comment elle oubliait de signaler à la cour toutes ces nuits où l'ivresse lui avait délié la langue, où elle avait admis avoir été déçue de Joffrey, de combien elle avait peur de lui... Si l'on suivait les arguments qu'elle avançait, elle-même devrait se tenir sur le banc des accusés à ses côtés.
Mais le problème tenait en la personne effectivement à ses côtés : Sansa.
La jeune rousse était terrorisée. Elle avait été arrêtée en même temps que lui, jugée de complicité. Le fait qu'elle était sur le point de s'enfuir avec un intrus de la cour n'avait pas plaidé en sa faveur. Elle se retrouvait maintenant coincée entre le marteau et l'enclume, incarnés par Cersei et Tywin bien décidés à la broyer impitoyablement pour avoir assassiné le roi. C'est pour cela que Tyrion se refrénait tant. Il n'avait pas tué Tyrion, pas plus que Sansa. Lui était condamné, jugé coupable par les siens au moment même où il était né. Mais il y avait encore de l'espoir pour la louve. C'est pourquoi, lorsque Cersei clôtura ses accusations, Tyrion prit son plus sourire le plus beau et le plus cruel.
- Oui... j'ai toujours haï Joffrey. Et le vin a été l'humiliation de trop. Alors j'ai décidé de le tuer ! Et tu sais quoi ? Quand j'ai vu tes yeux désespérés, j'ai tellement rit !
Sa déclaration causa une vive agitation dans la foule. Tywin, comme à son habitude, conserva son calme.
- Tu clames donc que ce n'était pas prémédité ?
- Oui, répondit le nain. Et c'est ce qui était jouissif... savoir que moi, le fils que tu as toujours jugé comme incapable, j'allais renverser à moi tout seul le roi !
- Lady Sansa n'a pas fait partie de ce complot ?
- C'est ce que je me tue à vous faire comprendre, soupira d'un ton faussement dramatique Tyrion. Ce n'était pas un complot. Je n'avais pas prévu de tuer Joffrey. Mais il m'a... humilié, devant tout le monde que j'ai décidé de le punir. Une minute avant de le tuer, je ne savais pas moi-même que j'allais le faire. Comment voulez-vous donc que l'espèce de cruche que vous m'avez refilé en guise de femme soit intervenue ?
Il s'efforça de ne pas se retourner vers Sansa. Il ne voulait pas voir la blessure dans ses yeux en l'entendant parler d'elle ainsi. Il s'en voulait d'utiliser ces mots, mais il le devait. Sansa devait rester en vie. Il espérait simplement avoir été convaincant.
- Très bien. Sansa Stark, vous êtes reconnue innocente mais vous avez voulu vous enfuir. Je vous condamne donc à être enfermée le temps que cette affaire ne se tasse.
Tyrion était à peu près convaincu que Tywin avait préconisé cette sentence non pas à cause de son vibrant discours, mais uniquement parce que celui-ci lui fournissait une excuse pour ne pas renoncer à la clef du Nord. Dans cette logique implacable, son père se tourna vers lui.
- Tyrion Lannister, je vous condamne à mort.
À l'annonce de la sentence, la foule s'enflamma, tous commentant la décision du patriarche Lannister. Tyrion, lui, demeura étrangement calme. Dans une autre vie, peut-être aurait-il demandé un procès par combat. Mais ici, il avait à peine réussi à sauver Sansa. Il ne voulait pas prendre le risque que les grandes instances se penchent de nouveau sur son cas. Si cela permettait de sauver une enfant, il offrait son sang volontiers.
Il baissa la tête en signe d'acceptation, mais surtout pour cacher les larmes qui lui montaient aux yeux en voyant la satisfaction dans le regard de Cersei et Tywin. Comment sa famille pouvait-elle le haïr à ce point ?
Ce fut alors qu'il entendit des sanglots à ses côtés.
Sansa pleurait.
Elle pleurait en le regardant, une détresse dans les yeux.
Étrangement, cette vision lui suffit à se ragaillardir. Il partirait peut-être détesté des siens, mais il savait que lorsque le bourreau l'exécuterait, quelqu'un dans la foule serait là pour le pleurer.
