Chapitre 44
Elle portait son costume rouge à pois noirs. Mais il y avait quelque chose de différent, une sensation désagréable comme s'il était trop petit pour elle. C'était plutôt l'impression qu'il lui collait à la peau et qu'elle ne pourrait plus jamais l'enlever. Elle attrapa son bâton assorti à ses couleurs et se jeta du toit de l'immeuble. Puis Marinette se souvint ce qu'elle était en train de faire : poursuivre Chat Noir.
Le décor venait de changer, elle se trouvait maintenant sur cette esplanade ravagée et couverte de décombres, entourée de tous. Ses amis, sa famille, les habitants de Paris, le maire, les médias, et même le Papillon. Tous regardaient la scène se dérouler sous leurs yeux attentifs.
Chat Noir se trouvait à genoux devant elle, vaincu. Elle avait réussi.
Ladybug s'avança, lui saisit brutalement le poignet et lui arracha sa bague. Le costume s'évapora et Adrien se retrouva à la vue de tous.
Elle ne pouvait s'empêcher de sourire, elle avait enfin obtenu ce qu'elle voulait. Mais l'horreur la frappa lorsqu'elle réalisa que le Papillon était présent lui aussi, et elle avait retiré le miraculous de son partenaire devant tout le monde, lui y compris.
Elle se retrouva seule au milieu d'une rue de la ville, sans l'ombre d'Adrien à l'horizon. Il n'était plus là.
La silhouette de Tikki se dessina sur le sol et se mit à lui parler :
« Tout ce qui compte, c'est que le Papillon ne peut s'en prendre qu'à toi, car tu es en possession des deux miraculous désormais. C'est tout ce qui importe, non ? Il ne peut plus rien arriver à Adrien. »
L'image d'Adrien apparut, dans la pénombre, sans aucune source de lumière extérieure, au fond d'une cave lugubre. Il était enchainé au mur par des chaines humides et rouillées, la tête baissée, ses cheveux tombaient devant son visage. La vision de Marinette descendit le long de son corps, découvrant ses ecchymoses, ses coupures, ses trainées de sang, ses plaies ouvertes, sa chair à vif, ses os brisés. Le bruit d'une canne martela le sol froid et lui fit relever la tête, révélant ses yeux verts terrorisés. Car il allait mourir.
Il était prisonnier dans son antre, à la merci du Papillon.
Marinette se réveilla en sursaut, tremblante, hors d'haleine et le visage inondé de larmes. Elle essuya ses joues d'un revers de manche en tentant de se calmer et reprendre son souffle. Son regard tomba sur celui de Tikki, installée sur une étagère au-dessus du lit. Leur contact visuel dura quelques secondes, puis le petit kwami bascula sur le côté pour lui tourner le dos.
Marinette ravala la boule de ronce dans sa gorge et se recoucha. Après tout, c'était sa première nuit de sommeil.
« C'était "Retrouve moi dans l'au-delà", le nouveau titre de Clara Rossignol. Un vrai tube, numéro un des ventes ce mois-ci… »
« Marinette ! Tu vas être en retard en cours ! »
Elle termina de fourrer ses affaires dans son sac et d'enfiler ses chaussures, sans cesser d'écouter la chaine musicale, petit rituel instauré depuis quelques semaines pour éviter de s'entendre penser.
« … Nos auditeurs nous demandent ce que nous pensons des nouvelles directives du maire Bourgeois ? Et bien, ce que l'on peut dire, c'est que s'il faut instaurer l'état d'alerte général et permanent pour pouvoir être en sécurité, que pouvons-nous faire de plus ? Après le combat entre Ladybug et Chat Noir hier soir, plus rien ne garantit que… »
Elle éteignit son ordinateur et descendit l'escalier silencieusement. Ses deux parents étaient assis sur le canapé devant leur café matinal, écoutant attentivement la télévision. En temps normal, ils auraient déjà dû être à la boulangerie à cette heure, mais tous les commerces de Paris avaient été fermés.
« Et en ce qui concerne l'état d'urgence de la ville et l'arrêt temporaire des activités classées « non-essentielles » ?
– Effectivement, nous faisons tout notre possible pour rétablir l'ordre. En espérant que cela ne dure pas. Nous ne voulons pas de révolte, mais les habitants doivent comprendre qu'en période de crise majeure, il faut suivre les recommandations. Le maire Bourgeois tente de joindre les deux super-héros pour évaluer le danger et éclaircir cette situation. Mais vous pouvez imaginez la complexité de la chose, étant donné que nul ne connait leur identité secrète. Nous devons rappeler aux citoyens que c'est leur sécurité qui se joue aujourd'hui, gardez bien cela à l'esprit. Car si Ladybug et Chat Noir ont décidé de changer de camp… »
« Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer ? Qu'est-ce qui leurs a pris ?
– Du calme Tom, c'est déjà bien assez inquiétant comme ça. »
« Sans transition, nous apprenons que le très célèbre couturier Gabriel Agreste est revenu à Paris ce matin par le premier vol. Il semblerait que son fils ait été aperçu à son établissement scolaire hier en début d'après-midi, alors qu'il était censé se trouver avec son père… »
« J'y vais », lança Marinette en claquant la porte du salon sans se retourner vers ses parents. Elle entendit ces derniers l'interpeller mais elle descendit les marches pour se retrouver dehors aussi vite que possible.
Elle slaloma entre les voitures de polices en patrouille dans chaque rue. Marinette leva les yeux au feu rouge d'un passage piéton et tomba sur le regard vert de Chat Noir en grand format, aussi sombre que son costume. En parcourant l'affiche, son visage à elle ne lui parut pas moins agressif.
En une nuit, la ville avait été recouverte des retombées de leur altercation. Paris avait revêtu les couleurs de l'angoisse et de la peur.
« Chloé, calme-toi !
– C'est ridicule, totalement ridicule ! Si j'avais eu mon miraculous, jamais je ne les aurais laissé se battre ainsi ! Ce n'est pas digne de héros !
– Ça signifie surtout que nous ne sommes plus en sécurité.
– Qu'est-ce t'en sais ?
– C'est confirmé à 97,3 %.
– Et si jamais ils s'en prenaient à nous ?
– Ou pire, si le Papillon les prenait dans son équipe ? On aurait trois super-vilains en possession de miraculous.
– Oh non, ce serait une véritable tragédie ! »
La quasi-totalité de sa classe était réunie en cercle au milieu de la cour pour débattre des événements de la veille, à l'instar du reste de la ville.
Marinette s'assit sur le banc le plus éloigné en attendant le début des cours, les jambes repliées sur son ventre, fatiguée d'entendre les conséquences de sa conduite.
Beaucoup d'élèves qu'elle ne connaissait pas passèrent devant ses yeux. Cependant, elle reconnut ces baskets et ce jean bleu clair. Lorsqu'elle releva la tête, Alya passa devant elle sans s'arrêter, avec un simple coup d'œil résigné dans sa direction.
Marinette regarda sa meilleure amie partir au loin, avant qu'elle ne disparaisse derrière une porte battante.
« On ne peut pas lui en vouloir… »
Marinette sursauta. Nino se tenait près du banc, le regard posé dans sillage d'Alya.
« T'as vraiment une tête à faire peur »
Il posa finalement son regard sur Marinette. C'est vrai qu'elle n'avait pas pris le temps de se maquiller ce matin, ni même de se regarder dans une glace depuis des jours.
Elle se décala machinalement sur le côté pour lui faire une place, mais il ne s'assit pas.
« Adrien non plus ne dort pas. Il fait des cauchemars, où il te voit t'en aller définitivement, l'abandonner ou bien le laisser seul. Il y en a d'autres où il t'entend dire que tu ne l'aimes pas. Pfff… Je crois qu'il faut vraiment être au fond du trou, ou ne pas t'avoir bien regardé pour penser ça. Enfin bon, c'est que des rêves… »
Il replaça son sac sur son épaule.
« Mais le truc, tu vois… C'est qu'il faut être encore plus con pour ne pas m'en avoir parlé. Car ne va pas croire qu'il m'a raconté tout ce que je viens de te dire ! C'est ce que j'ai dû reconstituer entre ses blagues et derrière son sourire de con, à force de lui tirer les vers du nez. Va savoir pourquoi, il élude tout ce qui fâche. »
Elle ravala difficilement sa salive et resserra ses bras un peu plus autour de ses genoux.
« J'aurais bien aimé savoir ce que son paternel allait lui faire après une évasion pareille. Perso, j'ai pas osé imaginer. Mais j'ai pas eu de nouvelle depuis hier soir… Comme par hasard. »
Marinette écarquilla les yeux. Se pourrait-il que…
« Faut dire, après ce qui s'est passé… Ça m'rassure, il n'y pas que moi et Alya. Vous n'écoutez vraiment plus rien ni personne. On a pu tous le voir ! »
Elle bredouilla :
« Mais… Comment… Comment tu as su ?
– Quand Adrien m'a expliqué comment il avait chouré le portefeuille de son père de façon totalement improbable avant de prendre l'avion incognito, j'ai trouvé ça louche, mais j'ai pas cherché. Mais c'est quand Alya est venue vers nous, après la conversation… elle ne lui a pas posé une seule question. Ma nana, la personne la plus curieuse de la galaxie, n'a pas cherché à savoir comment notre pote avait fait pour fuir depuis l'autre bout du monde jusqu'ici en un temps record. Un peu comme si elle savait déjà comment il avait fait un truc aussi dingue… C'est là que j'ai capté. Elle a essayé de rattraper le coup quand je lui en ai reparlé, mais elle sait pas bien mentir, surtout quand elle est mal et qu'elle se fait du souci pour ses amis. »
Ses yeux se perdirent sur le visage grave de Nino. Le regret pouvait transformer la plus pure des sympathies en froideur.
« Elle ne voit pas comment vous aider. Pas étonnant, vu que vous n'y arrivez pas vous-même… Vous ne comptez plus l'un sur l'autre. »
Ils n'avaient pas eu d'autre choix. Elle n'avait pas eu d'autre choix. Même si personne ne la comprenait.
« Marinette… Merci de nous avoir fait confiance. Mais ne comptez plus sur nous non plus. »
Il abaissa sa casquette sur son front avant de suivre le même chemin que sa petite amie quelques minutes plus tôt.
Ses jambes se redressèrent comme un ressort.
« Nino ! »
Elle essaya de le rattraper mais une tête blonde se planta devant elle et lui barra la route.
« Chloé, pousse-toi, j'ai pas le temps de…
– C'est de ta faute ! C'est ta faute s'il ne reviendra pas.
– Tu parles d'Adrien c'est ça ?
– Son père n'a vraiment, mais vraiment pas apprécié sa dernière escapade. Et quand je pense qu'il fait tout ça pour toi ! »
Marinette essaya de la repousser pour rattraper son ami mais Chloé était tenace.
« Il ne vient que pour te voir ! C'est ridicule. Donc s'il décide de ne plus pointer le bout de son nez, tu seras la seule responsable ! »
L'alarme retentit, coupant court à la conversation.
C'est vrai ? Il n'allait plus revenir ? Elle avait enfin obtenu ce qu'elle voulait ?
« Bonjour à tous », commença la prof d'un ton on ne peut plus sérieux. « Vous êtes certainement déjà au courant, mais vu les circonstances actuelles, nous vous demandons de ne pas sortir de l'enceinte de l'établissement à la pause de midi. Rentrez chez vous directement après les cours. Nous devons également restez vigilants quant à nos émotions. Les situations comme celle que nous vivons sont propices à l'akumatisation. »
D'ordinaire, elle aurait ajouté « nous pouvons garder confiance en nos héros », mais Marinette ne fut pas surprise par l'absence de cette phrase. Ses pensées divaguèrent.
Personne ne lui adressa la parole de la journée. Certains par malaise, ne sachant pas comment réagir, et d'autres volontairement. Ses amis restaient avec elle, en classe, au repas, sur les courts trajets à travers le lycée. Mais sans être vraiment présents. Et sans prononcer un mot à son intention.
Marinette regarda l'heure encore une fois, sans vraiment savoir si elle espérait le voir arriver ou si elle le redoutait. Peut-être les deux. Aussi paradoxal que toutes ses choses qui l'habitaient.
Finalement, Adrien ne vint jamais.
Elle erra comme une âme en peine jusqu'à sa maison, telle une épave à la dérive qui fend les vagues et endure les tempêtes, traversant la panique du dehors, les marrées de gens courir pour rentrer chez eux et les annonces sonores d'appel à la vigilance.
Elle trouva ses parents en train de se préparer à sortir.
« Marinette, on aimerait que tu nous accompagnes.
– J'ai pas mal de devoir à faire… prétexta-t-elle pour tenter encore d'esquiver son entourage.
– Enfile ta veste et viens avec nous s'il te plait. »
Une demi-heure plus tard, elle était sur la table d'occultation chez le médecin.
« Vous êtes avec nous mademoiselle ? »
Son regard ne décrocha pas de cette intrigante paire de ciseaux posée sur le meuble blanc.
« Vous vous nourrissez correctement ? »
Marinette ne trouva pas la force de répondre.
« Elle ne touche plus à son assiette », répondit doucement sa mère.
Il passa sa lampe-stylo devant ses pupilles.
« Et votre sommeil, vous dormez bien ? »
Marinette secoua la tête en signe de négation.
« Alors ? questionna son père.
– Il n'y a rien à signaler à part une tension un peu basse, répondit le médecin sans lâcher Marinette des yeux. Ça fait combien de temps que ça dure ?
Toujours pas de réponse de la part de la jeune fille.
« Nous pensons que ça fait environ un mois. Depuis que l'un de ses amis a été blessé…
– Je pense que vous devriez commencer par là, auprès d'un spécialiste.
– C'est-à-dire ? »
Il marqua une pause en enlevant le brassard de prise de tension, puis planta ses yeux soucieux dans ceux de Marinette.
« Je peux vous donner le numéro de collègues psychiatres très compétents. »
Le diner venait d'être servi, son assiette était pleine devant elle.
Un cap avait été franchi. Elle se sentait enfin tranquillisée, assez pour de nouveau ingérer de la nourriture et avaler.
Bizarrement, ça n'avait aucune saveur. Les couleurs du monde avaient disparu elles-aussi.
Adrien ne cherchait plus à la voir. Elle avait obtenu ce qu'elle voulait, l'éloigner d'elle, la séparation complète, la distance entre eux.
Elle avait obtenu ce qu'elle voulait. Et pourtant ça, ça avait un goût terriblement amer.
En sortant de la douche, sa peau rougie par l'eau brûlante, Marinette tomba sur son image dans le miroir et manqua d'hurler de peur.
Impossible. Ça ne pouvait pas être elle ! Ce cadavre sans âme et sans cœur, ces joues creuses et ces cernes sous les yeux ne pouvaient pas appartenir à son visage. Elle tata du doigt sa peau blanche pour s'en assurer.
Qu'est-ce que j'ai fait ?
Marinette se mit à pleurer devant son reflet.
Cette vision la hanta toute la soirée, même plusieurs heures après que la nuit soit tombée. Elle était roulée en boule sous sa couette. Il aurait suffi qu'elle lance une playlist aléatoire pour arrêter de penser, pour oublier. Mais au lieu de cela, elle compressa son oreiller contre sa poitrine.
Son portable vibra. Un énième appel de Luka.
Et comme à chaque fois, elle l'ignora. Elle n'aurait pas supporté qu'il ait raison cette fois-ci. Car Luka avait toujours raison.
Puis elle reçut un nouveau sms de l'État, demandant à tous les citoyens de rester sur leur garde et de demeurer chez eux. Un long pavé de texte pour lui rappeler qu'Adrien et elle avaient dérapé.
Oui ça a dérapé.
Mais c'était pour la bonne cause, n'est-ce pas ?
Peut-être pas si bonne que ça…
Tellement de choses et de questions l'obsédaient, dont la plus préoccupante de toutes qui était de savoir si lever la main sur elle avait fermement convaincu Adrien de ne plus jamais l'approcher, ou bien si son père l'avait définitivement enfermé ? Voire pire…
« Tikki… »
Son kwami ne répondit pas. Elle ne lui adressait plus la parole.
« Vous avez déjà vécu ça, avec d'autres porteurs ? »
La petite créature vola jusqu'à elle.
« Si je te dis oui, tu écouteras mes conseils ? »
Marinette se recroquevilla lamentablement.
« Oui… marmonna-t-elle, les yeux gonflés.
– D'après mon expérience, il est trop tard pour les conseils. La seule chose à faire, pour Plagg et moi, est de vous laisser vivre ce que vous avez à expérimenter.
– Mais… Même si Adrien est peut-être en danger ?
– … Quoi qu'il advienne. On n'interviendra pas. »
La petite coccinelle repartie se poser dans un coin de la chambre.
Marinette avait envie de vomir. C'était peut-être bien ça, elle était peut-être malade.
Malade à en crever.
« Marinette ! »
La jeune fille tira sa couverture sur sa tête. C'était samedi nom d'un chien…
« Pitié, laissez-moi tranquille… » murmura-t-elle à haute voix même si personne ne pouvait l'entendre.
Le bruit de la trappe de sa chambre qui s'ouvre et la voix vacillante de sa mère l'interpelèrent :
« Marinette, il faut que tu descendes à la boulangerie. »
Elle souffla un grand coup avant de rabattre sa couette et enfiler des pantoufles. Sabine l'escorta jusqu'au rez-de-chaussée, mais elle sentit que quelque chose clochait. La boutique était vide de clients, toujours soumise aux directives d'alerte de la ville. Mais il y avait néanmoins quelqu'un avec son père : l'agent chef Roger.
« Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.
– Ma chérie…
– Mademoiselle Dupain-Cheng, c'est à propos de l'un de vos camarades… »
Un frisson glaça sa colonne, ses mains se mirent à trembler. Son cœur s'arrêta.
« Monsieur Adrien Agreste a disparu »
Un silence qui dura une éternité l'écrasa contre le carrelage sous ses semelles.
« Il a fugué de chez lui et est porté disparu depuis 48h, reprit le policier. Son père nous a signalé sa disparation et… malheureusement, M. Gabriel Agreste est persuadé qu'il est avec vous. Mademoiselle ? »
Sa voix était partie.
« M. Agreste nous a expressément demandé de vous surveiller, mais nous ne pouvons pas vous accuser sans preuve. »
Sa bouche était pourtant béante, mais aucun son n'en sortait.
« Puis-je aller jeter un œil ? »
Tom vint poser ses larges mains sur les épaules de sa fille et hocha la tête à l'intention du policier. Ce dernier monta à l'étage, laissant la petite famille en plan, avant de revenir dix minutes plus tard.
« Bon, rien à signaler. Cependant, si vous avez la moindre information, prévenez-moi immédiatement. Ce n'est pas bon de rester dehors par les temps qui courent.
– Évidement Roger.
– Comptez sur nous », renchérit son père.
Dès que le policier eut tourné les talons, Marinette se mit à courir jusqu'à sa chambre, ignorant les appels de sa mère et de son père dans son dos. Elle s'empara de son téléphone sur l'étagère au-dessus du lit.
Elle devait se renseigner de son côté. Si Adrien avait besoin d'être seul après leur combat, et le coup qu'il lui avait porté, c'était compréhensible. Ou bien qu'il ait eu besoin de fuir son père, car elle l'avait laissé affronter seul la fureur de Gabriel, Marinette n'aurait pas cherché plus loin. Elle n'aurait pas tenté de le rejoindre pour être avec lui, ni même essayé de le raisonner. Sans doute qu'elle ne l'aurait même pas dénoncé aux autorités. Car s'il avait besoin de s'isoler – bien que cette idée lui serrait la poitrine –, le laisser tranquille était bien le moins qu'elle pouvait faire.
En revanche, elle devait savoir où il était. Ne serait-ce que pour être sûre…
« Bonjour, vous êtes bien sûr le répondeur d'Adrien. Je ne suis pas disponible pour l'instant… »
Son père devait toujours être en possession de son téléphone. Elle appela un autre numéro.
« Allô ?
– Alya, c'est moi… »
Sa meilleure amie garda le silence, sans raccrocher pour autant.
« Adrien a fugué, reprit Marinette.
– Je sais. La police est passée me voir ce matin.
– Tu sais où il est.
– Non.
– Et Nino ?
– On ne s'est pas appelé.
– Comment ça se fait ?
– … Écoute Marinette, il faut que j'y aille là. Si jamais j'apprends quoi que ce soit, je te le dis.
– Ok… »
Elle raccrocha, puis contacta la personne suivante.
« Nino !
– Salut Marinette.
– Tu es au courant pour Adrien ?
– Ouep.
– … Et ?
– Et quoi ?
– Il est chez toi ?
– Pourquoi il serait chez moi ?
– Parce que tu es son meilleur ami ?
– Ça se saurait, il m'aurait écouté ou se serait confié.
– Donc il n'est pas chez toi.
– T'as tout compris.
– T'as pas un indice ? Une idée ? Une miette de quoi que ce soit qui pourrait nous aider à savoir où il est passé ?
– Nop.
– Et t'es pas inquiet plus que ça ?!
– Bien sûr que je suis inquiet. Mais tu sais Marinette, ça fait des semaines qu'on est inquiets. On s'y habitue à force…
– Tu réalises que c'est grave là !
– Ça fait un bail qu'on a dépassé ce stade.
– Ok ça va j'ai pigé, grogna-t-elle avant de laisser un long flottement dans leur conversation.
– Je te préviens si j'ai de ses nouvelles », conclut-il.
Elle aurait aimé dire que c'était réciproque, mais elle ne se faisait aucune illusion. C'était certain qu'elle serait la dernière personne qu'Adrien chercherait à contacter.
Chacun de ses amis eut droit à ses questions. Personne n'avait la moindre idée d'où il pouvait être.
Marinette joignit également Kagami. Mais il ne se cachait pas chez elle.
Elle dévala l'escalier en express, claqua la porte d'entrée derrière elle et courut en direction du lycée.
Passer par-dessus le portail fermé pour le week-end ne fut pas un problème. Entrer dans les bâtiments et les classes verrouillés, un peu plus. Heureusement, Tikki avait beau ne plus lui parler, la petite coccinelle avait sûrement besoin de savoir également où était caché son compagnon. Elle s'occupa d'ouvrir toutes les portes.
Une heure et demie plus tard, après avoir inspecté chaque recoin, le moindre interstice et l'ensemble des pièces de l'établissement, elle ne trouva personne. Marinette grimpa les marches quatre à quatre jusqu'au toit, finalement tout aussi désert que le reste.
C'était le moment de passer à la vitesse supérieure. Chat Noir avait accès à des endroits auxquels les simples mortels ne pouvaient pas prétendre, et il était temps d'aller y faire un tour.
Marinette se transforma en Ladybug et traça droit jusqu'à la tour Eiffel en prenant garde de ne surtout pas se faire remarquer par les civils.
C'était leur lieu favori, celui où leur histoire de Ladybug et Chat Noir avait commencé.
La structure métallique était un véritable dédale de poutrelles et de cachettes potentielles. Alors elle y passa le nombre d'heures nécessaires pour en faire le tour complet. Sans résultat.
Puis ce fût le Trocadéro, l'Hôtel de Ville, l'arc de Triomphe, le Louvre, le Sacré Cœur, la tour Montparnasse…
Elle parcourut tous les toits, les corniches et les rebords de cheminée sur lesquels ils avaient passé d'innombrables soirées à discuter.
Ses jambes atterrirent jusqu'au petit renfoncement dissimulé en haut d'un immeuble, là où elle avait emmené Adrien juste après leur premier baiser. La couleur des briques, l'aspect usé de l'escalier d'accès, les effluves du bistrot juste en dessous mêlés à l'odeur parfumée de de la boutique de cosmétique, le peu d'espace entre le créneau et le muret, le son de l'éclat de son rire, ses doigts sur sa peau…
Son cœur commença à noyer son esprit des souvenirs de cette magnifique soirée.
Elle secoua la tête comme on chasse une araignée dans les cheveux. La priorité était de retrouver Adrien. Rien d'autre.
L'après-midi était déjà bien entamé quand Ladybug arriva devant l'hôtel en rénovation où Chat Noir lui avait donné rendez-vous. Elle refit le même chemin que cette nuit-là, repassa devant les mêmes tapisseries, sur les mêmes moquettes, jusqu'à arriver à cette petite chambre. Mais contrairement à cette nuit inoubliable, la chambre était sombre et froide. Elle ressemblait à l'intérieur d'un caveau.
Et pourtant, la chaleur s'empara de ses doigts lorsqu'elle frôla les draps du lit, au moment où elle posa sa tête sur l'oreiller en satin et quand elle sentit les mains de son partenaire parcourir ses courbes.
Elle rouvrit les yeux pour s'arracher à ce doux souvenir qui avait un arrière-goût de passé lointain et révolu. Néanmoins, la réalité était bien plus dure et terne.
Elle était toute seule dans cette chambre lugubre aux apparences presque funèbres. Cela ne lui inspira que la perte et la solitude.
Il n'était pas là.
Ladybug ressortit dehors, là où le bruit de la circulation et des activités urbaines bourdonnèrent à ses oreilles. Hormis les messages d'alerte, les affiches géantes et effrayantes de leur affrontement et le pas des parisiens pressés de rentrer à l'abri chez eux, tout lui paraissait bien trop inchangé. La ville entière restait indifférente à la disparition d'Adrien, comme si le fait qu'il ne soit plus là ne changeait absolument rien.
Elle leur en voulait, terriblement, car sa disparition changeait tant de choses. Ça changeait tout.
Ses jambes faiblirent et sa tête se mit à tourner. Prise de vertiges, Paris devenait soudain beaucoup trop grande pour elle. Il y avait tellement d'endroit où il pouvait se cacher, il pouvait être n'importe où.
Elle passerait la nuit à le chercher s'il le fallait, voire même l'année entière. Mais elle devait savoir.
Elle continua d'enchainer les lieux de recherche comme on enchaine les shots d'alcool pour oublier. Le tout ponctué par les affreuses piqures de rappels de la dernière chose qu'elle avait vécu avec lui : une nouvelle banderole avec ses yeux injectés de haine, une pancarte exposant le bâton heurtant son yoyo, un panneau où la violence de leur combat faisait rage.
Effectivement, Chat Noir et Ladybug étaient allés trop loin. Mais dans leur intérêt.
Cette litanie qu'elle s'était gravé dans la chair sonnait tellement creuse désormais. Aussi creux qu'un bois mort, qu'un cœur privé de son amour.
Le sifflement de son yoyo reprit et elle s'élança en direction de la demeure des Agreste.
Elle avait voulu l'éloigner, mais pas ainsi.
Ladybug passa devant le Liberty, le pont complètement abandonné, au même titre que le reste de la ville dont les habitants ne se sentaient plus en sécurité nulle part.
Et pourtant, le Papillon aussi avait disparu. Des semaines qu'il n'avait pas attaqué, un véritable exploit. De quoi penser qu'il s'en était allé. De quoi penser qu'il n'était plus nécessaire de revêtir le costume pour défendre les citoyens.
Est-ce qu'Adrien s'était dit cela avant de disparaitre ?
La vision du manoir des Agreste lui scia les jambes et coupa sa respiration. Perchée sur la toiture d'en face, elle avait une vue imprenable sur ce qui s'apparentait dorénavant à un centre pénitencier pour les pires criminels. Elle écarquilla les yeux en tombant sur la chambre d'Adrien à travers les vitres. Ou du moins, ce qu'il en restait, et qui n'avait plus rien à voir avec une chambre.
Elle scruta les innombrables caméras, les barreaux aux fenêtres, les barbelés surmontant les murs d'enceinte…
« Peut-être que Gabriel retient son fils en otage ?! Non… je délire. Il n'aurait pas lancé l'avis de recherche sinon. »
Justement, le styliste passa devant une baie vitrée du rez-de-chaussée. Il était en prise de bec au téléphone, à en croire son visage. Beaucoup trop préoccupé, inquiet et en colère pour être présumé coupable.
Ladybug s'était immobilisée quelques minutes pour cette inspection.
Quelques minutes qui suffirent à lui faire réaliser sa propre épouvante. Elle vit ses membres trembler, sa respiration manquer d'air, son ventre se nouer au stade de la nausée. La panique se traduisait clairement, même si elle avait été trop précipitée et bornée pour s'en rendre compte.
Il était forcément quelque part, mais où ? Ce n'était pas possible qu'il soit juste… parti.
Un hoquet éjecta un cri bizarre coincé au fond de sa gorge. Son corps ne lui obéissait plus, régi par ses propres codes et ses réactions viscérales.
Le docteur avait donc raison. Elle pouvait être dévastée au point que son corps manifeste son désespoir à l'insu de son conscient.
Elle devait le retrouver. Il était le maux, et le remède.
Elle se mit à espionner ses propres amis en désespoir de cause. Au cas où l'un d'eux dissimulerait son partenaire et lui aurait menti à sa demande.
C'était stupide, c'était minable. Mais elle n'avait plus confiance en personne à présent.
Son angoisse grossissait à mesure que sa liste de possibilités réduisait au fil des heures. Jusqu'à ne devenir qu'une ligne.
Elle était littéralement rongée par la peur, elle le comprenait enfin. C'était ça, de la peur… depuis le début.
La peur de ne pouvoir vivre avec l'amour de sa vie. La peur d'échouer en tant que Ladybug et Chat Noir. La peur de le perdre.
Marinette se défit de son costume sur le parvis de son ancien collège, l'endroit même où elle était tombée amoureuse de lui par ce fameux jour de pluie.
Peut-être se cachait-il ici ?
« Adrien ? » appela-t-elle pleine d'espoir en entrant dans la cour centrale.
Le silence lui répondit.
Elle recommença, plus fort cette fois. Toujours aucune réponse. Alors elle se mit à crier son nom, à pleins poumons, à s'en déchirer les cordes vocales. Ne retenant plus ni sa détresse, ni son angoisse.
Il n'y avait personne.
L'espoir venait de s'envoler.
L'affolement et la frayeur étaient à son comble.
Elle tentait maintenant les idées les plus improbables et incohérentes qui lui venaient à l'esprit.
Désespérée, elle plaqua son téléphone à son oreille pour diminuer les secousses de sa main.
« Chloé ?
– Qu'est-ce que tu me veux la boulangère ? répondit la voix nasillarde et détestable de sa camarade de classe.
– Chloé je t'en prie, dis-moi qu'Adrien est avec toi.
– Je ne suis pas ta boniche. Je n'ai rien à te dire.
– Chloé s'il te plait… » Marinette se mit à pleurer. « Dis-moi qu'il est sain et sauf avec toi…
– Tu es pitoyable. Mais bon, finalement ça me touche que tu te sentes enfin concernée par son sort. Eh bien non, il n'est pas là. Les policiers ont déjà retourné l'hôtel de fond en comble.
– J'ai… J'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque chose…
– J'espère pour toi que ce n'est pas le cas.
– Mais enfin pourquoi tu me dis ça ?
– Parce que s'il lui est arrivé le moindre petit, minuscule, infime problème, je t'arrache la tête. »
Marinette déglutit.
« Alors je te conseille de prier pour qu'il soit encore en un seul morceau, Marinette. Sinon, tu pourras dire adieu à ton existence. »
Chloé raccrocha. Son portable lui glissa des mains.
Elle avait peur. Elle était seule. Et elle s'était elle-même tiré la balle qui venait de l'achever définitivement.
C'était peine perdue. Elle avait fait tous les endroits de la ville, chaque lieu où il aurait pu se dissimuler. Il n'était nulle part.
Ses larmes se mirent à couler sans interruption, gouttant abondamment sur ses vêtements et les pavés.
Mais malgré la fatigue et l'accablement extrême, il fallait qu'elle continue.
Marinette esquiva les patrouilles de police comme une fugitive tandis que le signal de l'alarme s'éleva une fois de plus dans les rues.
Ce n'était juste pas possible.
Une autre image terrifiante de la veille l'assaillit à un croisement, le moment où il l'avait frappée.
C'était la dernière chose qu'on retiendrait de leur union. C'était la dernière chose qu'ils avaient partagé.
« J'ai pété un câble… » se réprimanda-elle en crispant ses doigts sur ses tempes.
Et s'il ne s'était pas pardonné ce geste ? Et s'il avait commis l'impardonnable ?
Oh mon dieu !
« Tikki… Plagg serait venu nous prévenir si Adrien avait fait une… une bêtise… Il serait venu nous prévenir s'il lui était arrivé quelque chose, n'est-ce pas ? »
Son kwami la regarda tristement depuis l'intérieur de son sac.
« Tikki, dis quelque chose !
– Plagg serait forcément venu… sauf si Adrien a décidé de renoncer à lui. Plagg serait alors enfermé dans son miraculous…"
Elle avait tellement peur.
Ses jambes s'affaissèrent et Marinette se laissa tomber contre le mur d'un commerce abandonné. Ses larmes ruisselaient sur la totalité de son visage.
« Pardon… » hoqueta-t-elle. « Pardonne-moi… Adrien. Pardonne-moi Chat Noir… Je… je suis… tellement désolée. »
Pitié… reviens-moi.
Elle s'effondra sur elle-même.
Marinette se sentit ensevelie six pieds sous terre, comme si elle avait déjà le pied dans la tombe. Elle avait froid. Il faisait noir.
Les sirènes continuaient de retentir, les passants continuaient de se presser au loin pour rentrer chez eux. Le bruit, l'agitation, l'urgence était omniprésente.
Mais Marinette, elle, était morte à l'intérieur.
Adrien avait disparu.
Pourquoi ? Pourquoi en était-elle arrivée là ?
Elle en était certaine maintenant. Personne d'autre n'aurait pu se battre à ses côtés. Personne d'autre n'aurait su la protéger. Personne d'autre n'aurait pu être Chat Noir. Son Chat Noir.
Elle s'en rendait compte, elle aussi s'était cachée derrière son masque. Mais son masque était sa force. Elle n'aurait pas été celle qu'elle était sans lui.
Cette vie de super-héros, ce lien, cette fusion… tout faisait partie d'eux.
Elle l'aimait tellement pour ce qu'il était, ce qu'il avait fait et ce qu'ils avaient accompli ensemble sans le savoir. Jamais elle n'aurait pu confier son miraculous à un autre.
Il n'y en avait pas d'autre.
Elle l'avait aimé. Elle l'aimait et l'aimerait toujours. Adrien ou Chat Noir. Le seul et l'unique homme qui devait être avec elle.
Comment avait-elle imaginé être quoi que ce soit sans lui ? Comment avait-elle pu lui dire d'être quelqu'un d'autre, d'être autre chose que l'homme le plus gentil, bienveillant et courageux que la terre ait porté ?
Elle n'en aurait pas aimé un autre.
Elle aurait juste dû accepter son amour en retour.
Car elle n'était plus Ladybug. Elle n'était plus elle-même, elle n'était plus personne.
Je ne suis plus rien.
Comment avait-elle fait pour devenir dingue à ce point ?
« Adrien… » gémit-elle sur le trottoir en laissant son nez couler tout en pleurant toutes les larmes de son corps.
Elle attendit.
C'est à ce moment que Chat Noir apparaissait, toujours quand elle avait sombré tout au fond. Il venait la défendre, la réconforter, la sauver de la folie ou du désespoir. Il était comme une ombre protectrice au-dessus d'elle, une aura qui la soutenait en permanence. Toujours là quand ça n'allait pas, peu importe l'identité quelle revêtait.
Son seul et unique héros…
Elle releva les yeux et le chercha dans les airs. Peut-être qu'il l'avait entendue ?
Mais il n'y avait personne. Aucune présence pour veiller sur elle.
Il était parti. Pour de bon.
Tout venait d'exploser. Harassée par une douleur aussi intense et insupportable qu'une déchirure physique, tout ce qu'elle retenait depuis des semaines. Peut-être des mois. C'était un barrage qui cédait, la terre qui s'ouvrait, l'ouragan qui la ravageait.
Elle s'était retenue, vacillante, elle s'était gardée du bon côté pour ne pas perdre la tête. Mais le point de rupture venait d'être outrepassé. Elle n'avait pas craqué, ni même cédé.
Elle explosa.
Marinette hurla au milieu de la rue.
C'est alors que des voix lointaines crièrent au secours.
Son visage fut éclairé quelques secondes par d'innombrables reflets mordorés. Une odeur de brûler piqua ses narines.
Ses pas la guidèrent péniblement à travers les allées étroites jusqu'à l'origine des appels à l'aide. La chaleur ambiante augmenta d'un seul coup. Ses pupilles reflétaient à présent les gigantesques flammes de l'enfer.
L'Opéra Garnier était en feu.
Des dizaines de camions de pompier encerclaient l'édifice. Personne ne la remarqua.
« Qu'est-ce que tu attends ? » pépia Tikki.
Mais sa porteuse, la mine basse, fit demi-tour et repartit en sens inverse.
« Marinette ! Il faut qu'on aille aider ces pauvres gens ! »
La jeune fille baissa un peu plus le regard, se cachant dernière ses mèches brunes. Elle pinça les lèvres. Ses larmes redoublèrent en silence.
La ville pouvait brûler et être réduite en cendres. C'était lui qu'elle aurait voulu sauver et retrouver.
Ses jambes lâchèrent une nouvelle fois et Marinette se ramassa sur le goudron.
Elle ne voyait plus rien, sa vue troublée par l'eau.
Elle aurait pu mourir, ça n'avait plus aucune importance.
« Ladybug doit aller secourir ces personnes !
– Je ne suis plus Ladybug, trancha-t-elle d'une voix éraillée entre deux spasmes de sanglots. Je ne suis plus rien.
– Bien sûr que si ! Tes supers pouvoirs sont toujours là. Tu es capable d'en faire bon usage. Reprends confiance !
– Je ne pourrai jamais y arriver sans lui, jamais je ne pourrai m'en sortir seule. Sans Chat Noir… Je ne suis plus rien sans lui.
– Souviens-toi de la première fois où tu as enfilé ce costume. Rien ne prouvait que tu en serais capable, tu n'y croyais pas toi-même. Et pourtant, tu as réussi. Car tu es une super-héroïne.»
Marinette détourna le regard. Elle n'était plus une super-héroïne, plus après ce qu'elle avait osé faire à son âme sœur. Plus depuis qu'elle avait perdu la raison.
Une idée lui vint soudain. Elle sortit de son sac la petite boîte de macarons magiques.
C'était de la pure folie de se rendre là-bas en étant si profondément dévastée. Elle aurait été capable de se faire consumer vivante par les flammes. Pour se punir de ce qu'elle avait fait et de ce qu'elle était devenue.
La solution était donc simple.
Marinette attrapa délicatement le biscuit rose entre ses doigts.
« Non ! intervint son kwami qui s'interposa. Ne fais pas ça, c'est beaucoup trop risqué ! Je ne mangerai pas ce magicaron !
– … Je n'y arriverai pas seule Tikki. Pas sans lui. J'en ai besoin…
– Ça ne te viendrait pas à l'idée de prendre de la drogue pour lutter efficacement contre la dépression !
– Il y en a bien qui le font…
– C'est un incendie Marinette ! Tu as besoin du macaron rouge, pas de perdre ton discernement et la conscience de tes faiblesses ! »
Marinette hésita. Elle n'avait aucune envie d'aider ces gens dans l'immédiat. Elle n'était plus Ladybug. Rien qu'un spectre qui avait perdu sa raison de vivre.
« Je ne peux prendre qu'une transformation à la fois Marinette… »
Sans ce macaron, elle n'en reviendrait pas.
Avec ce macaron, sa lucidité volerait en éclat, au point de penser que secourir les citoyens en les poussant par la fenêtre du troisième étage serait une excellente idée.
C'était eux, ou elle.
« Au secours ! À l'aide ! »
De nouveaux cris parvinrent jusqu'à ses oreilles.
Marinette reposa le magicaron rose et donna le rouge à la place à son kwami. Cette dernière le dévora en une seconde et se métamorphosa.
« FlammTikki ! répondit-elle pleine d'entrain.
– FlammTikki, transforme-moi. »
De l'autre côté, à l'opposé de la petite ruelle par laquelle elle était arrivée tout à l'heure, une masse de pompiers tentaient de maitriser le feu et les habitants affolés.
Une silhouette rouge se dégagea de la foule.
« Ladybug ! Vous ne venez pas aggravez les choses au moins ? » s'insurgea le capitaine déjà bien assez surmené.
Son costume d'héroïne s'était modifié en conséquence. Elle possédait un plastron renforcé, noir et strié, à l'image d'un abdomen de coléoptère. Son dos était apparent de sa nuque jusqu'au creux de ses reins, à travers un voilage léger, pour se prémunir de la chaleur, et translucide, comme les ailes d'une coccinelle. Ses mains gantées et protégées, à l'instar du reste de sa tenue ignifugée.
« Quelle est l'étendue des dégâts ? demanda-t-elle sans relever sa remarque.
– Une conduite de gaz a explosé, brailla-t-il pour se faire entendre par-dessus le bruit assourdissant du brasier. On essaie encore d'évacuer des personnes coincées à l'intérieur. Une douzaine d'après nos estimations.
– Je m'en occupe.
– Et Chat Noir ? Il va venir ? »
Mais elle pénétrait déjà la tête la première à l'intérieur du bâtiment dévoré par les flammes.
Les boiseries étaient parties en fumée. Deux tiers de la structure du toit avait commencé à s'effondrer sur les étages inférieurs. La chaleur était insoutenable pour un être humain.
Ladybug se risqua à parcourir les lieux, même si les ravages rendaient son avancée périlleuse et ralentie.
Le feu ne faisait aucune distinction et brûlait toute chose qui rentrait en son contact. Il lécha son costume, l'encerclant comme des bras qui tentaient de la retenir à lui.
Elle trébucha sur des restants de fauteuils et s'écorcha contre des blocs de pierre effondrés. Sa concentration manquait, elle finirait par se blesser si elle ne faisait pas plus attention.
Le plus troublant dans tout ça, c'était sans doute qu'elle aurait préféré y rester. Elle aurait laissé le feu l'engloutir et la dévorer.
Comment j'ai pensé que je pourrais m'en sortir sans lui ? Je ne peux même pas vivre sans lui…
Des voix appelant à l'aide la ramenèrent à la réalité.
Elle était la seule à pouvoir les sauver. C'était son rôle.
Elle crut voir une ombre passer dans l'angle de son champ de vison. Ses yeux bleus parcoururent les alentours, mais autour d'elle, il n'y avait rien. Rien à part un incendie destructeur.
Les victimes se mirent à hurler de soulagement en la voyant arriver jusqu'à eux. Mais il fallait encore qu'elle les sorte de là.
Elle passa le bras de l'un d'eux, prêt à s'évanouir à cause de l'asphyxie, autour de ses épaules. Puis le petit groupe se mit en marche, avançant difficilement à travers l'endroit.
Tout à coup, un craquement significatif vibra.
« Écartez-vous ! »
Une seconde plus tard, une poutre s'écroula devant le chemin par lequel elle était arrivée. Ils rebroussèrent chemin.
Elle finit par accéder à un couloir bloqué par des éboulis et des braises. La toux rauque des blessés à ses côtés lui rappela qu'elle devait se dépêcher.
Ladybug se précipita vers l'accès et tenta de le dégager. Sans y parvenir.
Elle avait toujours autant de force, autant d'agilité, autant de facilité. Pourtant, tout paraissait plus haut, plus lourd, plus difficile.
De nouveau, elle crut sentir une présence dans son dos. Elle se retourna, mais il n'y avait toujours rien, exceptée cette poutre en travers du passage de l'autre côté des décombres et des flammes.
Elle avait tellement besoin de lui qu'elle se mettait à l'imaginer accomplir son devoir auprès d'elle. Comme si toutes les horreurs qu'elle lui avait dites n'avaient jamais franchi ses lèvres.
« On va tous mourir ici ! crisa une jeune femme.
– Rassurez-vous, je vais vous sortir de là. »
Elle se retourna une dernière fois.
La poutre n'était plus là. L'issue de secours était accessible.
Sans réfléchir, toute son énergie afflua dans son sang et ses muscles. Ladybug entraina les personnes jusqu'à l'extérieur, avant de repartir à la recherche de Chat Noir. Ne craignant plus de se faire mal, elle enjamba chaque foyer, esquiva chaque chute d'ossature, courra au milieu du feu à la vitesse de l'éclair.
Et elle le trouva.
Sa silhouette se détachait de la nuit, dressée sur ce toit en partie détruit. Sa transformation ignifuge donnait à son costume noir de puissants reflets rougeoyants, tel des écailles écarlates. Il ressemblait à un dragon flamboyant.
« Chat Noir ! »
Il ne répondit pas et la toisa du regard, les sourcils froncés.
Elle l'appela désespérément.
Les flammes venaient de faire s'effondrer une partie du plafond qui se trouvait entre eux. Mais si elle le rejoignait, il s'enfuirait aussitôt. Elle ne savait pas quoi faire.
On aurait dit qu'il la jugeait, la réprouvait, de colère, ou de douleur.
« On formait un chouette duo » souffla-t-il.
Ses mots brisèrent son cœur. Il lui tourna le dos.
« Personne ne me prendra l'amour que j'ai pour toi. »
Elle le supplia à genoux mais il s'évanouit dans la nuit, comme un lointain souvenir.
« Ladybug ! Que s'est-il passé entre vous ?
– Est-ce vrai ? Est-ce la fin de Ladybug et Chat Noir ? C'est confirmé ?
– Pouvez-nous nous expliquer pourquoi Chat Noir n'est pas intervenu ce soir ?
– Où est-il passé ?
– Vous êtes quand même venue en aide aux victimes de cet incendie malgré votre attitude incompréhensible de la veille ?
– Les parisiens exigent des réponses ! »
Elle venait de sortir de l'Opéra où une marée de paparazzis et de journalistes l'attendaient, micro en main et caméras sur l'épaule.
Le maire Bourgeois poussa brutalement tout ce monde pour l'atteindre à son tour.
« Ladybug ! J'ai fait passer des messages partout dans la presse pour vous contacter ! Qu'est-ce que ça signifie ? Êtes-vous toujours les défenseurs de Paris ? »
Ses yeux bleus regardèrent toutes ces personnes, sans les voir. Sa voix n'était plus qu'un murmure :
« … Je l'ai perdu. »
Ladybug se mit à pleurer devant les caméras. Tous se turent de stupéfaction, mais son image ne lui importait plus.
Ça avait toujours été lui le plus important.
« Je regrette tellement… »
Elle lança son yoyo et partit le plus loin possible.
Marinette finit par se détransformer dans une rue où il n'y avait plus personne. Elle avait rempli son rôle…
Si perdre sa moitié était son rôle.
Non.
Ce n'était pas ce qu'elle avait voulu. Comment avait-elle pu se persuader du contraire ?
Son estomac se retourna et elle vomit sur le trottoir.
Voilà pourquoi ils ne devaient pas connaitre leur identité. Parce qu'elle n'avait jamais été aussi seule et vulnérable de toute sa vie. Que se passerait-il si un akuma s'emparait d'elle en cet instant ?
Effrayée, elle releva la tête pour observer les environs en quête du moindre insecte volant.
Si un akuma guettait le moment où elle baisserait sa garde et se laisserait happer ? Repousser Adrien n'avait plus de sens. Si l'un d'eux se faisait avoir, il conduirait le Papillon à l'autre.
Et Adrien aussi risquait de faire akumatiser, plus vulnérable que jamais.
Marinette avait déjà perdu. Elle n'avait plus qu'à attendre la fin. Alors elle se traina piteusement jusqu'à chez elle.
Sa maison était vide. Ses parents étaient probablement partis à sa recherche, étant donné que personne n'était censé rester dehors.
Marinette remonta au dernier étage et pénétra dans sa chambre assombrie par l'absence de soleil.
C'est là qu'elle le vit.
Assis sur la couverture de son lit, les jambes recroquevillées contre son torse et sa tête entre les genoux, il sursauta lorsqu'il l'entendit marcher sur le plancher. Ses magnifiques yeux verts étaient rougis.
C'était un miracle.
« Pardon, je… je ne savais pas où aller… je vais partir. » balbutia-il d'une voix incertaine et enrouée.
Elle accourut vers lui, renversant les affaires sur son passage et la tasse sur son bureau qui se fracassa sur le sol. Elle l'attrapa et le compressa contre elle avant qu'il ne disparaisse de nouveau, comme un rêve au matin qui s'oublie et se perd dès que l'on ouvre les yeux.
Il était bien là, dans ses bras.
Marinette lâcha prise face à cette miraculeuse apparition. Adrien se laissa aller lui aussi dans son étreinte, noyé dans ses cheveux bruns, pleurant autant qu'elle pleurait.
« Pardon ma Lady… Je ne voulais pas te mentir. C'est simplement… que j'y croyais vraiment. Je croyais qu'on était invincible et inséparable tous les deux. On a toujours été du même côté. Mais maintenant… Je ne peux plus. Je ne plus avoir confiance en ce que je suis capable. Je n'aurais jamais dû te… Je suis désolée Marinette.
– Non, c'est moi qui suis désolée, sanglota-t-elle. Pardonne-moi Adrien. Tout est ma faute, je voulais qu'il ne t'arrive rien… Je suis allée contre toi… contre nous… J'ai eu tellement peur de te perdre ! »
Son masque de certitudes se brisa, laissant aller toutes ses craintes et ses doutes, lui confiant entièrement ce qu'elle avait sur le cœur.
Adrien retira sa bague.
« Je suis prêt à renoncer à mon miraculous si ça me permet de rester à tes côtés sans que tu risques quoi que ce soit… Je ne peux pas vivre sans toi. »
Elle prit délicatement le miraculous dans le creux de sa main. Puis, contre toute attente, enleva ses boucles d'oreilles d'une traite et posa les bijoux sur l'étagère.
« Jamais je ne pourrai te le prendre. Avec ou sans miraculous, on est Ladybug et Chat Noir, le duo de super-héros. C'est ce que nous sommes. Personne ne pourra nous prendre ça. Personne d'autre ne le sera. Il n'y a que nous. »
Elle passa outre ses peurs, le tiraillement entre la menace qui pesait sur eux et l'envie de vivre avec lui. Il n'y avait plus qu'eux deux qui comptaient.
Juste elle et lui, qui se complétaient. Il endurait sa vie civile et était libre en héros. Elle avait le poids des responsabilités sur ses épaules en costume et retrouvait sa liberté en redevenant une fille comme les autres.
Les deux faces d'une même pièce, le Yin et le Yang. Unis et liés pour toujours.
Elle lui caressa sa joue mouillée et écarta une mèche blonde de son visage.
« C'est quoi cette marque rouge ? Ne me dis pas que…
– Je ne l'ai pas vu venir celle-là », répondit-il en essayant de sourire.
Ce sourire qui cachait l'horreur des circonstances.
« Ça a eu l'air de lui faire aussi mal qu'à moi, reprit-il. Mais je n'ai pas le choix, tant qu'il n'a pas appris à communiquer avec moi autrement, nos rapports n'évolueront pas. »
Son visage devint blanc comme un linge.
« Mais j'ai compris que le pire… c'est que je fais pareil. Je ne veux pas aborder les sujets qui fâchent avec toi, à propos de ce que je vis et ce que je dois endurer. Je… je suis comme mon père. Non, ne pleure pas Marinette.
– Comment tu peux penser une chose pareille !
– C'est ce qui est…
– Ce n'est pas vrai !
– Je me cache derrière un masque pour ne pas souffrir ou montrer que je souffre…
– J'ai fait exactement la même chose !
– Je te tiens à l'écart de mes sentiments en pensant te protéger, parce que c'est plus facile que d'affronter la réalité… je suis comme lui.
– Arrête ça maintenant ! » trancha-t-elle.
Elle prit son visage dans ses mains et le força à la regarder.
« Tu n'es pas comme ton père, tu n'as rien à voir avec lui ! »
Elle s'approcha doucement, plantant ses yeux bleus profonds dans les siens.
« Tu es gentille, drôle, prévenant, sincère, altruiste, sensible et plus encore… »
Marinette approcha ses lèvres à quelques millimètres de celles d'Adrien.
« Tu sais exprimer ce que tu ressens… »
Elle y déposa un baiser délicat.
« Tu as un cœur immense et c'est pour ça que tu souffres autant, parce que tu ne reçois pas l'amour que tu donnes… et pourtant tu en mérites plus que n'importe qui sur terre. »
Elle l'embrassa de nouveau, plus intensément cette fois. Elle le sentit craquer sous ses lèvres lorsqu'il échappa un hoquet de douleur mêlé de délivrance et que ses larmes reprirent. Il libérait enfin toute sa peine accumulée depuis des semaines, peut-être même des années. Il enserra sa taille de ses bras pour la presser contre lui.
Marinette le voyait enfin, le vrai, tel qu'il était. Celui qui était à moitié Adrien et moitié Chat Noir. Ce jeune homme doux, sensible et sincère mais tout aussi intrépide, entreprenant et invulnérable.
Elle l'avait enfin retrouvé.
Et il devait sûrement voir pour la première fois la vraie Marinette. Elle aussi s'était retrouvée. Gentille et optimiste mais pleine de détermination, ferme et audacieuse.
Elle ne lâcherait plus. Peu importe ce qui s'était passé avant, les risques de mort qu'il avait vécu. Peu importe ce qui se passerait à l'avenir, la menace qui planait au-dessus de leur tête et les raisons qui les empêchaient d'être ensemble. Rien ne pourrait les empêcher de s'aimer, et présentement, c'est tout ce qui importait.
« Je t'aime, à la folie. Chat Noir ou Adrien. C'est toi que j'aime. »
Il passa ses mains chaudes de part et d'autre de son visage, essuyant ses larmes de son pouce.
« Je t'aime tellement Marinette, ma Lady. Si tu savais à quel point je t'aime. »
La nuit était tombée. Marinette et Adrien pouvaient entendre le bruit de la ville en soirée dehors, à la fois calme, mais encore bien présent et sur le qui-vive. De nouvelles sirènes sonnèrent dans la rue. Leur lumière bleue et rouge se refléta sur les murs de la chambre.
Tous les deux allongés dans le lit, Marinette caressait ses beaux cheveux blonds tandis qu'il était désespérément accroché autour de sa taille, son visage blotti tout contre sa poitrine, à l'abri du monde extérieur.
Elle pencha la tête pour lui murmurer à l'oreille :
« Je ne sais pas si tu es au courant, mais ton père a lancé un avis de recherche pour te retrouver. »
Il ne répondit pas.
« On va trouver une solution, je te le promets.
– Je ne veux pas retourner chez moi. Un jour il finira par m'y enfermé pour de bon, et mes pouvoirs de super-héros n'y feront rien.
– Il y a toujours une solution. Il doit y avoir un moyen de convaincre ton père, au moins jusqu'à ce qu'on ait fini le lycée. Ça ne peut pas durer ainsi, il ne peut pas te séquestrer éternellement et refuser le dialogue. Et tu ne peux pas fuir et te cacher jusqu'à notre majorité.
– Tu as une idée ?
– Je ne sais pas trop… Peut-être en parler à la police, leur dire que tu ne te sens pas en sécurité au manoir.
– Et si cela ne suffisait pas ? que je sois quand même obligé d'y retourner ?
– J'ignore si c'est une bonne idée, mais tu pourras toujours te réfugier ici si tu en as besoin. »
Il releva le regard vers elle, elle lui souriait tendrement. Adrien aurait voulu lui apporter la même chaleur.
« Je ne peux pas faire ça à tes parents. Ils prennent des risques eux-aussi à me dissimuler, et sans le savoir en plus. Je ne peux pas…
– Alors on va leur expliquer. »
Il la dévisagea, surpris.
« Non, répondit-il d'un ton las. Ils ne sont pas de taille à lutter contre mon père…
– Tu n'as plus confiance en ta famille, le coupa Marinette. Et ça se comprend, personne ne peut t'en blâmer. Mais j'imagine que comme moi, tu n'as également plus confiance en personne, au point de tout garder pour toi. C'est difficile à croire quand on est seul, mais il a des personnes sur lesquelles on peut compter et qui sont de notre côté. »
Elle se redressa.
« Tu crois vraiment que l'on pourra vivre ensemble un jour ? »
Il hocha la tête.
« Alors quand ce jour arrivera, nous formerons une famille tous les deux. Et il faudra que tu apprennes à te confier à moi, à partager ce que tu vis, ce que tu ressens, les bonnes choses comme les mauvaises, ce qui incluent tes problèmes. Tu devras me faire confiance. Pas simplement croire en moi et en mes capacités, mais savoir que l'on peut compter l'un sur l'autre, pour tout. »
Il se releva à son tour, fit courir l'une de ses mains dans son cou, l'autre au creux de ses reins, et attrapa ses lèvres entre les siennes.
« Tu es la personne la plus merveilleuse que je n'ai jamais rencontrée Marinette.
– Et je vais te montrer ce qu'est le pouvoir et l'amour d'une famille.
– Tu crois vraiment qu'ils pourront nous aider ?
– Ce qui est sûr, c'est que je ne me défilerai plus. Je ne resterai plus là sans rien faire face à ce qui se dresse contre nous et nous fait souffrir. Laisse-moi t'aider. »
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Bonjour à toutes et à tous.
Je. Pédale. Dans. La. Semoule !
J'ai mis une éternité à écrire ce chapitre ! Je n'en voyais pas le bout… Et plus j'en écrivais, plus il y en avait à dire ! Je n'ai rien compris.
Déjà que, comme vous le savez, le moment de la révélation étant passé, j'ai déjà écrit ce que j'avais à écrire sur cette fic, et donc prends moins de plaisir à la finir. Ajouté à cela mes activités quotidiennes qui ont pris un boost et me laissent peu de temps. Et surtout, mon inspiration qui ne vient que pour des idées de futures fictions, alors que celle-ci n'est pas encore terminée !
Conclusion : je rame. (J'avoue que j'ai même hésité à laisser le brouillon tel quel sans relecture.)
Oskour ! (en fait c'est moi qui criait à l'aide)
Bref. Passons ce petit moment d'égarement.
Que fait la transformation rose ? Que va-t-il arriver à nos héros ? Comment tout cela va-t-il se terminer ?
Encore un petit chapitre de transition pour reposer le cœur, et vous aurez toutes ces réponses lors de la dernière bataille de Ladybug et Chat Noir !
Merci à vous d'être encore et toujours là !
PS : Pas d'analogie ou de confusion s'il vous plait. Ce chapitre n'est pas un plaidoyer en faveur du confinement ou des directives gouvernementales françaises ^^
