9 octobre (U.A contemporain – L'âge de Gilles a été abaissé de dix-huit à seize ans pour des raisons de logistique)

Jour de match (Game day – Sports)


Gilles traversa en courant le parking de son lycée, son sac battant son flanc, et slaloma entre les voitures et les gens qui sortaient. Il arriva devant le panneau, derrière la rangée de buissons, qui indiquait « Dépose-minute » à l'exact même moment que son frère, bien reconnaissable dans sa voiture verte. Robin, étonné, s'arrêta, se pencha pour lui déverrouiller la portière et l'adolescent s'engouffra à l'intérieur.

« Tu pouvais m'attendre sur le parking, tu sais, observa le trentenaire en regardant à droite et à gauche avant de redémarrer. Je sais que les places coûtent cher à la sortie des cours, mais j'arrive toujours à en trouver une.

-Je sais, j'étais juste impatient de rentrer, rétorqua Gilles en laissant tomber son sac à ses pieds.

-Bon. Tu vas bien ?

-Oui, merci. Je suis content de passer le week-end avec toi.

-Oui, moi aussi, répondit Robin avec un sourire. »

Son cadet parut se détendre au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient de son lycée et ils bavardèrent tranquillement durant tout le trajet jusqu'à l'appartement. Là, Gilles traîna son sac jusqu'à la chambre d'ami que Robin était en train de réaménager pour lui et le laissa tomber dans un coin.

Il habitait toujours dans le foyer pour jeunes délinquants, mais il avait de plus en plus souvent le droit d'aller vivre chez son aîné. Son assistante sociale avait toutefois décrété qu'il devait avoir sa propre chambre et non pas se ressentir comme un invité occasionnel qui dormait dans le lit de son frère. Robin avait acquiescé à tout. C'était bien normal : après tout, son but final était bien de pouvoir récupérer son cadet de façon permanente.

Gilles se sentait d'ailleurs de plus en plus à l'aise dans l'appartement de son frère. Il récupéra ses vêtements pour les ranger dans la commode et éviter de les froisser, sortit ses affaires de cours pour ne pas oublier le travail qu'il avait à faire et enfin, se déchaussa. Il alla ensuite à la salle de bain pour se laver les mains et, tandis qu'il observait avec une moue sceptique l'acné qu'il avait encore sous ses cheveux blonds, Robin s'appuya contre le cadran de la porte, son portable éteint à la main.

« Dis-moi, je viens d'avoir la directrice de ton foyer au téléphone, lança-t-il. Elle voulait s'assurer que je n'aie pas oublié le tournoi de rugby de ton lycée demain. Est-ce que j'étais supposé être au courant de quelque chose ? »

Gilles se figea. Soudain buté, il en évita littéralement de croiser le regard de son aîné dans le miroir du lavabo et se referma comme une huître en contractant les épaules, une chose que Robin lui avait beaucoup vu faire quand ils se rencontraient, au début.

« Hé ! Ce n'est pas la peine de bouder, lança-t-il en se rapprochant pour le saisir par la taille et le soulever du sol.

-Hé ! Qu'est-ce que tu fais ? protesta Gilles tandis que son frère l'entraînait jusqu'au canapé. »

Il le jeta dessus et s'assit doucement sur ses jambes avant qu'il puisse se relever.

« Qu'y-a-t-il ? demanda-t-il gentiment. Tu n'aimes pas le rugby ?

-Pas vraiment, marmonna l'adolescent. En fait, je n'aime pas tellement les sports collectifs.

-Pourtant, je suis sûr que tu es très doué. Tu es agile et rapide. Est-ce que tu avais l'intention de me le dire un jour ?

-Non. Je… j'ai même essayé de te cacher les affiches qui en parlent sur les murs du lycée. J'avais peur que tu m'obliges à y aller.

-T'obliger ? Pourquoi t'aurais-je obligé ?

-Parce que c'est obligatoire. Je ne suis pas censé le sécher.

-Gilles, voyons, je suis ton frère, pas ton père. Ce n'est pas à moi de te forcer à quoi que ce soit. Moi, je te couvre. Tu veux que je te fasse un mot ? »

L'adolescent, qui avait attrapé le coussin le plus proche pour enfoncer son menton dedans, leva un peu les yeux vers son aîné.

« Me faire un mot ? répéta-t-il. Mais… qu'est-ce que tu as dit à la directrice ?

-Que ça dépendrait de la façon dont tu le sentirais, répondit Robin en souriant. Alors dis-moi, petit frère, comment le sens-tu ? Tu veux y aller ? Ou bien nous restons ici sous une couverture à jouer à des jeux vidéo sur la télé ? »

L'adolescent laissa échapper un rire. La proposition était alléchante… Mais quelque chose, dans la gentillesse de son frère, le poussait à revoir sa décision. Peut-être que ce serait bien de participer à ce match, finalement… Peut-être qu'il s'amuserait bien à courir après un ballon sous les encouragements de Robin.

« D'accord, finit-il par admettre. Ça pourrait être… bénéfique. Allons-y demain. »

Le sourire de son frère s'élargit et il se leva enfin de ses jambes.

« Je vais te préparer des crêpes salées avec du jambon braisé, de l'œuf au plat et plein de fromage pour te donner des forces ! s'enthousiasma-t-il. »

Grâce à la bonne nourriture, ou bien les encouragements de son frère, ou bien les deux, Gilles se donna particulièrement à fond pendant les matchs du lendemain. C'était vrai qu'il était plutôt doué et Robin ne l'acclama pas uniquement par pure fierté fraternelle.

« Je savais que tu jouais bien ! se rengorgea-t-il quand son cadet vint s'appuyer contre la barrière blanche qui délimitait le terrain, à la faveur d'un match où il était remplaçant.

-Merci, répondit l'adolescent en souriant. Merci, aussi, de m'avoir encouragé à jouer.

-Mais je n'ai rien encouragé du tout, rétorqua Robin en ébouriffant ses cheveux pleins de terre. Tu as décidé tout seul. Ça me fait plaisir que tu aies changé d'avis. »

Gilles s'écarta doucement mais laissa quand même son aîné l'attraper par le revers de son dossard rouge pour l'attirer à lui et frotter sa joue contre la sienne.

« Fais attention, plaisanta-t-il, tu vas te couvrir de poussière et on va croire que tu fais partie du tournoi, toi aussi.

-Je suis sûr qu'on formerait une super équipe, sourit Robin en posant sa main sur sa nuque. »