Au dehors du pavillon, Juan Hywel était en train d'attendre son chauffeur, les bras croisés et les dents serrées.

-« Je n'arrive pas à y croire ! Jeté comme ça, moi ?! Je suis un prodige, un véritable génie de la musique. Et quand je veux lui faire remarquer qu'il pourrait avoir mieux comme musiciens à sa soirée minable, il me fiche à la porte ?! Il va le regretter ! Je ne vais pas laisser cette affaire couler, il peut compter sur moi ! Il y aura des conséquences à ce geste, il peut me croire sur parole ! »

Alors que le jeune chef d'orchestre ruminait sa rage, il ne se rendit pas compte qu'un petit bruit d'ailes était en train de se rapprocher de lui. L'akuma s'approcha doucement de lui et, sans effort, se glissa dans la clé de sol stylisée qu'il portait à la boutonnière. Aussitôt, l'homme entendit une voix grave résonner à l'arrière de son esprit.

« Maestro, je suis le Papillon. J'ai entendu ta détresse et ta contrariété : on t'a manqué de respect, toi un musicien de grand talent ? Tu ne peux pas les laisser s'en tirer comme cela… Comme je te comprends.

Voici ce que j'ai à te proposer : je t'offre le pouvoir de laisser éclater ton art et ta fureur comme bon te semble. En échange, tu me ramèneras les miraculous de Ladybug et Chat Noir.

Sommes-nous d'accord ? »

-« Pas de problème Papillon, tu peux compter sur moi. Je vais te ramener tes petits bijoux… Je vais leur faire comprendre que se moquer de Maestro n'est pas sans conséquence ! »

L'homme se redressa en laissant éclater un rire satisfait au moment où sa voiture s'arrêtait devant lui. Et, impuissant, son chauffeur vit son corps se recouvrir d'une matière sombre et violette sans qu'il ne puisse rien y faire, reprenant immédiatement le volant pour s'écarter de lui le plus vite possible.


Ayant repris leur discussion, Jehan, Andréa et Bridgette étaient restés près de la zone des musiciens. Ils voulaient être facilement repérables au cas où Félix reviendrait vers eux, afin de ne pas perdre de temps. Mais cela faisait déjà plus d'une heure et demie qu'ils étaient debout, presque sans bouger, et la fatigue commençait à se faire sentir.

-« Bon, j'ai vraiment soif moi, déclara Jehan en humidifiant ses lèvres avec le bout de sa langue. Vous voulez que je vous ramène un truc ? »

-« Un verre d'eau s'il te plait. » répondit Andréa avec un petit hochement de tête.

-« Pareil, je veux bien. » acquiesça Bridgette.

-« D l'eau, c'est tout ? Vous voulez pas un truc un peu plus… Enfin, plus que de l'eau quoi ! »

-« Non, pour le moment de l'eau c'est très bien. » insista Bridgette.

-« On verra plus tard pour les jus de fruit. » précisa Andréa en sachant pertinemment que son compagnon n'avait des jus de fruit en tête.

-« Aha, ok ! Je vais vous chercher ça. Et après je te fais danser, c'est juré. » dit Jehan en commençant à s'éloigner vers le bar après avoir donné une petite tape affective au dos de Bridgette.

-« J'ai cru que tu avais oublié ! »

-« Jamais ! »

-« Je vais aller aux toilettes pendant ce temps-là, expliqua Andréa en faisant signe au grand métis. Tu viens Bridgette ? »

-« Non, je vais rester là pour le moment. Si Félix revient par ici, ça serait dommage de le louper, tu penses pas ? »

-« Oui c'est vrai… Bon d'accord ! Mais ne bouge pas, pour qu'on puisse se retrouver facilement. »

-« Je suis une statue, promis ! » plaisanta Bridgette en mettant ses bras le long de son corps tout en relevant le menton.

Andréa émit un petit rire avant de partir dans la direction opposée dans laquelle Jehan était parti quelques instants plus tôt. Bridgette la regarda disparaître derrière les autres invités puis soupira discrètement. Elle savait que c'était sa faute mais Bridgette n'appréciait pas vraiment se retrouver seule au milieu de personnes qu'elle ne connaissait pas. Elle posa sa main sur sa sacoche comme pour se rassurer, se disant qu'elle n'était pas vraiment seule.

Mais quand elle sentit Tikki donner des coups à travers le tissu du sac, Bridgette fronça les sourcils : sa petite compagne ne faisait jamais quoi que ce soit qui pourrait la faire repérer, mettant toujours un point d'honneur à rester la plus discrète possible. Alors, en la sentant s'agiter comme cela, Bridgette comprit aussitôt que quelque chose n'allait pas.

Mais alors qu'elle allait à son tour se diriger vers les toilettes en prétextant une éventuelle envie pressante, Bridgette entendit soudain des cris dans son dos. Mais ce n'étaient pas des cris de dispute comme plus tôt : cette fois, il s'agissait de véritables cris de terreur. Et au moment où elle se retournait, la jeune fille eut tout juste le temps de se baisser pour éviter une chaise qui voltigeait vers elle. Passant au-dessus de sa tête, le meuble atterrit sur un groupe d'invités qui se retrouva à terre en une fraction de seconde.

Effarée, la jeune fille regarda vers l'entrée de la salle pour remarquer une silhouette habillée d'un costume aux couleurs flashy et d'une queue de pie semblable à celle d'un paon s'élever au-dessus de toutes les têtes. Elle put apercevoir aussi que l'homme devant elle était accompagné d'une multitude d'instruments qui semblaient sortir de nulle part. Le vilain claqua des doigts et les instruments, entamant une musique au rythme très soutenu, se mirent à pourchasser les invités qui commençaient à hurler de frayeur.

Plus de doute possible, Papillon était passé à l'action et elle devait trouver rapidement un endroit pour se transformer. Bridgette se rappela alors une coursive réservée au personnel de service qu'elle avait remarqué en arrivant, non loin des toilettes et qui était donc toute proche de sa position. C'était son meilleur choix pour se mettre à l'abris des regards, même quelques instants.

Sans prendre le temps de se retourner, l'adolescente traversa la salle, non sans se faire bousculer par quelques invités qui courraient dans tous les sens avant de tirer la porte de la coursive de toutes ses forces. Elle s'assura de refermer la porte derrière elle afin de ne pas être suivie puis arpenta le couloir. Elle s'enfonça dans les entrailles du bâtiment avant de trouver une petite salle qui devait servir d'annexe à la cuisine du pavillon, pour le moment déserte. Satisfaite de sa trouvaille, elle s'y engouffra le plus rapidement possible puis se baissa derrière un chariot de service en ouvrant sa sacoche.

-« Décidément, Papillon ne nous laissera jamais tranquille ! Même avec une soirée comme ça, il faut qu'on ait du travail ! » se lamenta la jeune fille.

-« Bridgette, attends, il fau- » dit la kwami en virevoltant devant sa porteuse.

-« Je sais, je sais. Il faut que je sois prudente. Ne t'en fais pas Tikki ! Mes amis sont en danger, il faut que j'aille les secourir. »

-« Non, il faut que tu m'écoute, il y a Ca- »

Mais Bridgette n'écouta pas. Elle se redressa avec un sourire assuré en regardant sa petite compagne.

« Tikki ! Transforme-moi ! »

Aussitôt, la jeune fille se retrouva habillée de son costume rouge et noir et s'empressa de remonter la coursive dans l'autre sens, ayant pour idée de faire sortir un maximum de gens avant de commencer un affrontement face à face avec le vilain du jour.


Restez bien en arrière pour le moment, déclara Papillon au téléphone. N'oubliez pas, si vous êtes découvert, notre plan tombe à l'eau. Ne faites rien d'inconsidéré. »

-« Ne vous en faites pas patron, je serai une vraie ombre. Ils ne me verront pas arriver. Et quand bien même ils devaient me voir, ce serait déjà trop tard. » ricana le jeune homme, caché derrière un pan de mur à l'extérieur du pavillon, admirant l'akuma aux ailes pourpres posé sur son index.

Bien, allons-y. Ne vous faites pas repérer depuis l'extérieur. »

-« Compris. »

L'associé de Papillon dirigea alors le petit insecte vers le bracelet qu'il portait au poignet, le laissant y entrer sans hésiter une seule seconde. Aussitôt, le jeune homme fut recouvert d'une masse sombre et pourpre avant d'en ressortir, habillé de son costumé foncé et de son masque qui recouvrait son visage.

Il inspecta quelques secondes ses mains, satisfait, puis s'écarta du pan de mur pour sauter sur le toit du pavillon, progressant accroupi pour ne pas se faire remarquer par tous les convives qui en sortaient en hurlant.


De son côté, Félix avait réussi à s'écarter de la zone d'attaque directe en courant vers les murs extérieurs de la grande salle, se cachant derrière une table qui avait été renversée. Seul problème : Camille était toujours accrochée à son bras. Au moment où le vilain avait débarqué, il lui avait été impossible de lui échapper tant la jeune fille s'était accrochée à lui, pétrifiée de terreur. Alors, malgré lui, il avait dû se cacher avec elle.

Regardant discrètement par-dessus la table pour situer la position de leur adversaire, Félix scanna les environs, cherchant un moyen de se débarrasser le plus vite possible de cette parasite. C'est alors qu'il remarqua qu'une des sorties de secours du bâtiment se trouvaient là, à quelques mètres d'eux, dans le prolongement du mur devant lesquels ils étaient cachés. C'était sûrement sa seule chance de la faire partir en s'assurant de sa sécurité. Même si Camille était une jeune fille parfaitement insupportable, elle méritait la sécurité et la protection contre la menace de Papillon auxquelles chaque habitant de Paris avait droit.

-« Camille, tu vois la sortie là-bas ? murmura-t-il en pointant la sortie du doigt. Tu vas pouvoir passer par-là pour sortir. »

-« Comment ça « tu vas pouvoir passer par-là » ?! Tu ne viens pas avec moi ?! »

-« Il faut que j'aille chercher mon père, menti Félix en essayant de dégager son bras. Mais pour ça, j'ai besoin d'être seul, tu comprends ? »

-« Tu es complètement dingue ?! Ton père avait des dizaines de gardes du corps, il n'a pas besoin de toi pour sortir d'ici ! Si tu tentes quoi que ce soit, tu vas te faire tuer ! »

-« Ne t'inquiète pas pour moi, maintenant file. Je vais te servir de diversion. »

Il ne laissa pas l'occasion à Camille de répliquer et sorti de derrière sa cachette en sautant par-dessus la table renversée et en traversant la salle. Se plaquant derrière un autre mur, le jeune homme put voir Camille suivre discrètement le mur avant de pousser la porte de sortie de secours, quelques convives s'engouffrant avec elle avant de refermer la porte.

Avec un petit hochement de tête, Félix se mit à chercher des yeux un endroit où s'abriter pour se transformer à l'abris des regards avant que le son d'une voix qu'il connaissait bien se mit à retentir un peu plus loin. Il changea de de cachette en remontant le mur derrière lequel il s'était abrité pour constater, avec une grande surprise, que Ladybug était déjà là, aidant les dernières personnes à évacuer. Les yeux écarquillés, il la regardait faire de loin, sans rien dire.

Comment pouvait-elle être déjà là ? L'alerte akuma n'avait pas encore été déclenchée ! Lui qui était sur place n'avait même pas eut le temps de se transformer et elle était déjà en train de sécuriser le périmètre ? Comment cela était-il possible ? Personne n'avait pu la prévenir qu'une attaque était en cours, ni Chat Noir, ni les autorités qui n'étaient pas non plus encore au courant. Alors comment avait-elle fait ? C'était impossible !

« Elle était déjà sur place… » lui murmura sa conscience.

Le garçon secoua la tête. Non, il n'avait pas le droit de penser à ce genre de choses, il n'avait pas le droit de chercher qui était sa coéquipière sous son masque. Cela lui était totalement interdit. Se reconcentrant sur son objectif principal, Félix se dépêcha de rejoindre à son tour la coursive réservée au personnel, imitant Bridgette sans le savoir, écartant le pan de sa veste pour laisser sortir Plagg une fois à l'abris des regards indiscrets.

-« Eh bien, toi qui avait peur de t'ennuyer, ça va apporter un peu d'action, n'est-ce pas ? » railla le kwami en croisant les pattes.

-« Pas le temps de plaisanter, des civils sont en danger. »

Et jetant un dernier regard autour de lui pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls, Félix inspira longuement pour se concentrer.

« Plagg, transforme-moi ! »

Chat Noir ressorti prudemment de la coursive, s'assurant que personne ne le voit faire. Mais le chaos était si généralisé que personne ne faisait attention à lui pour le moment. Il regarda attentivement les alentours, décrochant son bâton de son dos, craignant de voir surgir l'akumatisé de n'importe où.

Mais les bruits de lutte étaient lointains pour le moment et le garçon décida de se rapprocher d'abord des convives qui n'avaient pas encore réussi à sortir du pavillon afin de les mettre à l'abris.

-« C-Chat Noir ! s'exclama une femme en le voyant avancer vers eux, faisant tourner la tête des autres personnes qui étaient avec elle. Dieu merci, vous êtes là ! Vous allez nous aider ! »

-« Chut ! Ne parlez pas si fort, conseilla le héros en mettant son index sur sa bouche. Venez avec moi, je vais vous conduire à la sortie la plus proche. »

Tous hochèrent la tête, n'osant plus rien dire, puis suivirent le garçon quand il leur fit signe que la voie était libre. À cause de l'agencement rectangulaire du pavillon, Chat Noir n'avait pas encore pu repérer sa coéquipière, bien qu'il savait qu'elle était ici depuis plus longtemps que lui. Quand le groupe de civil eut évacué les lieux, le héros arpenta les lieux en silence, son bâton à la main, scannant chaque recoin, prêt à bondir à tout instant.

Et enfin, après quelques instants à traverser le bâtiment, il repéra leur adversaire, à quelques mètres de là. Avantage pour lui, l'homme était de dos pour le moment : il était accompagné de dizaines et de dizaines d'instrument de musique qui jouent tous ensemble, comme l'aurait fait un orchestre parfaitement accordé.

Flottant au-dessus du sol, Maestro envoyait ses instruments sur quiconque tentait de s'enfuir : les cordes les frappaient avec leurs archets, les bois et les cuivres faisaient vibrer leurs oreilles d'une manière plus que désagréable tandis que les percussions faisaient trembler le sol à tel point qu'il leur était difficile de tenir debout. Cet akumatisé était aussi inventif qu'incongru, et Chat Noir avait du mal à croire à la scène qui se jouait devant ses yeux.

Mais le jeune homme reprit rapidement ses esprits : spécial au non, cet akumatisé était une menace pour les civils qui se trouvaient dans les parages et il se devait de l'arrêter. Il scanna les lieux, à la recherche de Ladybug, mais elle n'était nulle part. Peut-être était-elle sortie du bâtiment pour s'assurer de la sécurité de quelques invités en panique.

Peu importait car à cet instant, Chat Noir avait une formidable opportunité d'attaque furtive qu'il n'allait pas laisser filer. Armant son bâton, le jeune homme s'avança avec la discrétion de l'animal auquel il empruntait l'apparence. Trop concentré sur ses sombres desseins, le vilain ne l'avait toujours pas remarqué, trouvant plus intéressant d'envoyer valser l'intégralité du mobilier du pavillon. Mais alors qu'il allait bondir, le héros entendit soudain une voix résonner dans son dos.

-« Ouais Chat Noir ! Allez-y ! Débarrassez-nous de lui ! » cria un des invités, cachés derrière un amas de chaises renversées.

Désabusé, le héros tourna la tête vers l'endroit d'où provenait la voix, un air blasé sur le visage. Il hocha négativement la tête, faisant comprendre à l'homme qu'il venait de faire quelque chose de vraiment stupide. Mais le garçon n'eut pas le temps d'en vouloir plus longtemps à cet invité car déjà, les instruments de Maestro se tournaient vers lui. Le vilain le regarda avec un sourire extatique, comme s'il avait déjà gagné.

Chat Noir réussi à esquiver les deux violons et la flûte traversière qui tentèrent de le frapper au visage et aux épaules, donnant des coups de bâton précis pour envoyer valser les instruments. Le cœur serré, il vit les violons, projetés loin de lui, s'exploser sur le sol en plusieurs fragments : même s'il savait qu'ils étaient des créations de son ennemi du jour, le jeune homme avait toujours du mal avec le fait d'abîmer des instruments de musique.

Surtout des violons.

Alors qu'il regardait les éclats des instruments répandus sur le sol, le garçon ne vit pas les instruments à vent se diriger à grande vitesse vers lui. Il réussit à écarter une trompette qui s'approchait dangereusement de son visage de justesse mais ne put esquiver le tuba qui se positionna juste devant lui. L'instrument émit un son sourd qui obligea le héros à mettre ses mains sur ses oreilles pour couvrir le bruit. Laissé à la merci de ses ennemis, Maestro fit apparaître deux autres tubas qui se placèrent de part-et-d'autre du premier.

L'écho qu'ils produisirent tous ensemble fit alors trembler le sol et l'onde de choc fut si puissante que Chat Noir fut projeté en arrière sans pouvoir se retenir à quoi que ce soit. Il vola sur plusieurs mètres avant de heurter un des miroirs accrochés au mur de la salle principale avec son dos. Celui-ci se brisa et retomba en débris de verre sur le héros qui venait de chuter au sol avec un gémissement de douleur.

En se redressant, il remarqua que des gouttes de sang étaient en train de tâcher le sol. Passant sa main sur sa joue, Chat Noir rencontra un bout du miroir, planté dans sa chair, qui lui fit serrer les dents à cause du mal qui irradiait la moitié gauche de son visage.

Le héros eut juste le temps de relever les yeux pour se rendre compte que Maestro se tenait à présent à quelques distances de lui, un sourire triomphal sur le visage. Il arma une nouvelle fois son bras, faisant apparaître de nouveaux instruments de toute sorte autour de lui. Chat Noir commença à se redresser en récupérant son bâton, à genoux dans les débris de verre. Il se demandait ce qu'il allait bien pouvoir faire pour se sortir de cette situation, ignorant encore quelle était la puissance maximale de ce vilain et craignant une attaque plus violente encore que celle qu'il venait de subir.

Mais alors que le vilain abaissait tout juste son bras, un objet rouge et noir vint le cueillir au visage, le faisant vaciller puis chuter au sol, sonné. Chat Noir tourna la tête vers d'où provenait le projectile avant d'esquisser un grand sourire.

-« Pardon de t'avoir laissé seul chaton mais il fallait mettre tous ces gens à l'abris, murmura Ladybug en récupérant son yoyo. Est-ce que ça va ? »

-« Je pense que oui. Je me suis fait surprendre mais ça devrait aller. » répondit son coéquipier en posant sa main gauche au niveau de son menton.

En voyant le gros morceau de verre de plusieurs centimètres planté dans la joue de Chat Noir, Ladybug eut un petit sursaut de surprise mais ce reprit rapidement en lui attrapant le poignet.

-« Viens, mettons-nous à l'abris le temps de trouver un plan d'attaque contre Maestro. Il va falloir jouer serrer. »

Sans essayer de protester, le garçon suivit sa partenaire alors que Maestro se relevait à peine, portant sa main à l'endroit où il avait été touché pour l'arme de l'héroïne. Il se retourna vivement, les dents serrées, prêt à leur envoyer une nouvelle salve d'instruments, mais déjà les jeunes gens avaient disparu. Il regarda tout autour de lui, l'air sombre.

-« Vous ne m'échapperez pas ! Ladybug ! Chat Noir ! J'aurai vos miraculous ! » hurla-t-il alors que ses instruments se dressaient autour de lui.

Les deux héros se dépêchèrent de s'éloigner du vilain afin de trouver un abri pour réfléchir à la suite des événements plus sereinement. Ladybug repéra un renfoncement vers l'entrée du pavillon, là où plusieurs chariots de service avaient été renversé dans la confusion qui avait suivi l'arrivée du vilain. Les deux héros se refugièrent l'un d'un, s'accroupissant le plus possible pour ne pas se faire repérer.

Après quelques instants de silence, les jeunes gens s'autorisèrent à soupirer de soulagement : ils allaient pouvoir souffler. Sans perdre un instant, Ladybug s'approcha de son coéquipier, avant sa main vers son visage pour examiner sa joue. Elle fronça les sourcils pour examiner la plaie, inconsciente du trouble dans lequel se trouvait Chat Noir à cet instant. Il ne s'était pas encore habitué à ce contact et cette proximité qui semblaient pourtant si naturels chez sa coéquipière. Pourtant, il la laissait faire.

-« Tu ne peux pas rester comme ça, murmura Ladybug en désignant le bout de verre encore planté dans la chair du garçon. Ça risque de te gêner pendant le combat et de te blesser davantage. Tu as eu de la chance que le morceau ne se plante pas dans ton œil… ! »

-« O-Oui, je suppose… Mais qu'est-ce qu- »

-« Ne bouge pas, je vais le retirer. Ça serait fait en une seconde. » déclara-t-elle en commençant à avant ses doigts vers la plaie sanguinolente.

Chat Noir écarquilla alors les yeux, effectuant un violent mouvement de recul qui les surpris tous les deux. Son rythme cardiaque s'emballa et il pouvait nettement sentir les pulsations douloureuses de son cœur au niveau de sa blessure : il n'avait pas vu l'étendue des dégâts de ses propres yeux mais il n'avait pas besoin de beaucoup réfléchir pour savoir qu'y toucher allait lui faire mal.

Vraiment mal.

Rien qu'en parlant, le jeune homme pouvait sentir le corps étranger planté dans sa joue remuer dans sa coupure. Et bien que cela était gênant, il ne pouvait le nier, il n'avait aucune envie d'y toucher.

Il échangea un bref mais intense regard avec Ladybug qui sembla comprendre sa panique. Mais la jeune fille lui adressa un sourire réconfortant en posant sa main sur son épaule.

-« Ça va aller, ne t'inquiète pas. Ça va faire mal quelques secondes et après ça irait mieux. Tu me fais confiance ? »

-« … Oui, bien sûr. » répondit -il sans la moindre hésitation dans sa voix.

La sourire de Ladybug s'élargit de plus belle et la jeune fille se remit en position, juste en face de sa blessure pour l'étudier plus en détails. Le jeune homme tentait de rester le plus immobile que possible malgré les quelques spasmes de douleur incontrôlables qui secouaient son corps quand sa partenaire approchait ses mains de la zone écorchée. Après quelques instants à regarder la blessure de son coéquipier, Ladybug se mit en position, posant délicatement ses doigts sur le bout de verre et orientant correctement son bras pour le retirer d'un coup sec sans risquer de la briser.

Chat Noir ferma les yeux au moment où elle lui demanda d'inspirer à fond. Le garçon remplit ses poumons et bloqua sa respiration, se préparant mentalement à la douleur qu'il allait ressentir dans quelques secondes.

-« Évite de crier si tu peux, on risque d'être en danger si Maestro nous repère. Je compte, puis je le retire. »

Et après avoir énoncé le compte à rebours à voix basse, Ladybug retira le morceau de miroir planté dans la pommette de Chat Noir.

Il se débloqua sans soucis, se délogeant tout entier sans laisser quoi que ce soit dans les chairs du garçon. Ce dernier, après un sursaut de douleur et un léger gémissement étouffé, laissa couler une larme de douleur de son œil droit tandis que Ladybug prenait sa main pour le réconforter.

-« C'est bon, il est retiré, rassura-t-elle en frottant son bras de son autre main. Je vais passer un coup d'eau dessus et pour le reste, le Miraculous Ladybug s'en chargera, ok ? »

Chat Noir se contenta de hoche la tête en essuyant le sillon humide de sa larme tout en regardant sa coéquipière se saisir d'une carafe d'eau qui était entreposée sur le dernier chariot de service encore debout puis attrapa une des serviettes en tissu empilées non loin de là. Elle imbiba l'une d'entre elles avant de l'appliquer sur la joue de Chat Noir pour nettoyer la plaie.

-« Est-ce que ça va ? » demanda la jeune fille en terminant de nettoyer les bords de la plaie.

-« J'ai vu pire, je m'en sortirai. » répondit Chat Noir en récupérant la serviette ensanglantée des mains de coéquipière pour terminer le travail.

-« Je ne pensais pas que ce vilain serait dangereux, mais finalement ça risque de demander plus d'effort que je ne pensais. Va falloir jouer serré. »

Le garçon se contenta de hocher la tête quand ils entendirent au loin les cris de Maestro qui continuaient de les chercher dans le pavillon. Quand ils remarquèrent qu'il se rapprochait de plus en plus d'eux, les jeunes gens décidèrent de miser sur un potentiel effet de surprise pour prendre l'avantage sur le vilain. Aussi il fût décidé de changer de cachette le plus rapidement possible, après s'être assuré que leur adversaire ne les avait pas encore remarqués.

Ils retraversèrent le pavillon de réception en esquivant les nombreux au sol pour éviter de faire du bruit et d'attirer l'attention de Maestro. Ils s'arrêtèrent derrière un pan de mur de l'autre côté de la salle, là où Maestro les avait déjà cherchés.

Les deux héros attendirent quelques instants, s'assurant de ne pas avoir été découverts avant de se remettre à discuter de leur plan d'attaque. Malgré l'urgence de la situation, Chat Noir ne pouvait faire taire cette question qui tournait dans sa tête : comment Ladybug avait-elle pu arriver aussi vite sur les lieux ? Il n'avait même pas eu le temps de se transformer alors que lui y était ! C'était impossible.

Le jeune homme réfléchit quelques instants de plus : il voulait savoir, mais poser cette question pouvait s'avérer très dangereux pour son identité secrète s'il ne faisait pas attention à ce qu'il s'apprêtait à dire. Le jeu en valait-il vraiment la chandelle ? Il n'en était pas certain.

Mais tout de même…

-« Ladybug… Pardonne-moi, je sais que ce n'est pas vraiment le moment idéal, mais j'aimerais te poser une question si tu veux bien. » commença-t-il en cherchant ses mots.

-« Oui bien sûr, qu'est-ce qu'il y a ? »

-« Je… Je ne sais pas comment te formuler ça mais… Enfin…. J'aimerais savoir comment tu as pu arriver ici aussi vite. Je… Je n'étais pas loin et je n'ai même pas eu le temps d'aller sur les lieux que tu étais déjà là. »

Les yeux de la jeune fille s'écarquillèrent, comme si elle venait de voir un fantôme. Chat Noir rentra un peu plus sa tête entre ses épaules. Il savait bien qu'il venait de transgresser une règle très importante, celle de ne jamais chercher par quelque moyen que ce soit de connaître l'identité de son partenaire. Et en lui demandant comme elle avait pu être sur place aussi vite, il en brisait déjà cette règle. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher. La curiosité était trop forte et beaucoup de choses commençaient à s'assembler dans son esprit… malgré lui.

-« Tu… Tu n'étais pas loin… ? » commença la jeune fille d'une voix tremblante, formulant une phrase qui ne ressemblait ni à une affirmation ni à une véritable question.

-« Oui, tu sais, pour la patrouille. » expliqua le héros avec un hochement de tête qu'il voulait assuré.

C'était un énorme coup de bluff qu'il tentait là. Quelques mois plus tôt, les deux jeunes gens avaient conclu d'une répartition dans les patrouilles qu'ils avaient décidé de faire dans la capitale. Ils avaient établi un programme très précis, se répartissant les jours de manière fixe, effectuant cette tâche de concert le mercredi et seul un week-end sur deux. Il savait très bien que ce samedi-là, il aurait dû être en patrouille. Mais, craignant de trahir son identité, il n'avait pas dit à sa partenaire qu'il ne pourrait assurer sa tâche ce soir, priant de ne pas à avoir à le regretter.

Et avec cette information en tête, Ladybug n'avait aucun moyen de savoir qu'il faisait en réalité partie des invités et que c'était donc pour ça qu'il avait pu arriver aussi vite lui aussi. En prenant l'excuse de la patrouille, Chat Noir s'assurait une sécurité, sa partenaire n'ayant aucun moyen de savoir qu'il lui avait menti. Même si ce n'était pas un véritable mensonge : il n'était vraiment pas loin au moment de l'attaque.

Mais il était maintenant curieux de savoir comment sa partenaire avait pu arriver ici avant lui alors qu'il était littéralement sur les lieux de l'attaque et alors que le vilain venait à peine d'apparaître, que les sirènes de détresse n'avaient même pas encore été déclenchées.

Il vit Ladybug chercher ses mots quelques instants, ses yeux balayant tout autour d'elle, comme si elle cherchait un moyen de justifier son arrivée si rapide avant de se mettre à sourire, de cette façon dont elle avait le secret.

-« En fait… C'est parce que je voulais te rejoindre pendant ta patrouille, expliqua-t-elle en prenant un ton plus calme. Je sais que c'était ton tour ce soir mais je n'avais rien à faire alors je me suis dit que ce serait plus sympa de patrouiller à deux. Je me suis transformée et j'ai déclenché le GPS de mon yoyo pour savoir où tu te trouvais. » poursuivit la jeune fille en lui montrant son arme.

Chat Noir fronça aussitôt les sourcils mais cela ne l'empêcha de poursuivre en gardant ce même sourire.

-« Quand j'ai réussi à te repérer, j'ai foncé pour te retrouver mais pendant que je passais dans le quartier, j'ai entendu les cris affolés et j'ai vu les gens qui courraient alors je me suis dépêchée de venir voir ce qu'il se passait. Et… tadaaa ? J'étais là aha… C'est pour ça que je suis arrivée aussi vite. »

-« … Hmm… Je comprends, répondit son partenaire avec un hochement de tête. C'est logique. Si j'avais su, je t'aurais attendu quelque part. »

-« Oui c'est vrai que tu marches drôlement vite ! enchaîna Ladybug en hochant la tête, comme pour détourner le sujet de la conversation. M-Mais ça sera pour la prochaine fois, c'est pas grave. Là, on a un méchant à arrêter. »

-« Tu as raison. »

Même s'il paraissait calme en apparence, Chat Noir avait senti son cœur se décrocher et tomber tout droit dans son estomac : Ladybug venait de lui mentir, et avec la plus grande sincérité du monde. Son explication aurait pu tenir la route s'il avait effectivement été transformé et en patrouille. Et s'il était en temps normal prêt à faire confiance aveuglément à sa partenaire, à cet instant une chose était absolument certaine : il ne pouvait pas croire en son histoire, même avec la meilleure volonté du monde. Sans pouvoir savoir que son partenaire serait au courant, Ladybug venait de lui mentir en le regardant droit dans les yeux.

Chat Noir tenta de se rassurer en essayant de se concentrer sur leur mission. Après tout, Ladybug avait sûrement une très bonne raison de lui mentir ! Il n'avait à lui poser cette question en premier lieu, alors elle avait tout à fait le droit de lui répondre un mensonge et si cela lui convenait mieux. Il jeta tout de même un rapide coup d'œil à sa partenaire juste à côté de lui. Oui, elle devait avoir une bonne raison. Elle protégeait son identité secrète, comme lui.

Mais si ce n'était pas la première fois qu'elle lui mentait… ?

Aussitôt, le garçon se gifla mentalement. Non ! Il n'avait pas le droit de douter d'elle. Elle lui faisait confiance tout comme il lui faisait confiance. Ladybug lui avait menti pour une bonne raison, elle aussi devait assurer ses arrières, voilà tout. Et il n'avait pas le droit de se questionner davantage à ce sujet.

Pourquoi avait-il posé cette question d'ailleurs ? Qu'essayait-il d'accomplir ?

-« Je pense que l'akuma se trouve dans la broche qu'il porte sur sa veste. Je ne vois rien d'autre en tout cas… » murmura Ladybug en fronçant les sourcils.

-« Une idée pour l'atteindre ? » demanda Chat Noir en se forçant à rester concentrer.

-« Non, pas pour le moment. Mais on va trouver ! C'est encore trop tôt pour déclencher le Lucky Charm, il faut le garder en réserve. »

-« Oui, ne précipitons pas les choses. Il faut être prudents, nous ne savons pas encore à quoi nous attendre avec lui. »

-« Je propose qu'on se sépare. Le premier qui lui tombe dessus remporte la partie, ça te va ? »

-« Je suppose qu'on a pas vraiment le choix, allons-y. »

Les deux héros échangèrent un regard suivi d'un hochement de tête avant de sortir de leur cachette. Ladybug s'avança dans la salle en partant par la droite tandis que Chat Noir remonta le chemin qu'ils avaient empruntés en partant vers la gauche.

Prudent, son bâton en main, le jeune homme observait les environs, le corps tendu comme la corde d'un arc. Il était à l'affut du moindre bruit ou son qui pouvait lui parvenir. Mais tout était étrangement calme. Il aurait été normal de s'attendre à ce qu'un vilain accompagné d'un véritable orchestre ne puisse se déplacer qu'en fanfare et pourtant, Maestro semblait s'être envolé autre part. Le héros commençait même à se demander s'il n'avait pas quitté les lieux.

Chat Noir avança de nouveau dans la grande salle où étaient accrochés de grands miroirs sur les murs : il fut surpris de voir qu'après l'attaque qu'il avait subi tout à l'heure, certains d'entre eux étaient encore intacts. Le jeune homme s'approcha du cadre où se tenait auparavant le miroir contre lequel il avait été projeté quelques temps plus tôt. Il regarda le désastre avec une mine contrite : c'était bien le comble pour un chat noir de briser un miroir.

S'exaspérant lui-même avec cette blague, l'adolescent se pencha sur un grand morceau du miroir encore intact au sol qui lui permit d'apercevoir son visage puis le plafond derrière lui. Et le garçon écarquilla soudainement les yeux, sentant son sang ne faire qu'un tour : Maestro était juste au-dessus de lui, flottant au niveau du plafond, un sourire carnassier sur le visage, arrêté près de l'un des larges lustres dorés qui décoraient la pièce.

Inspirant profondément, Chat Noir décida de faire comme si de rien n'était et de poursuivre son chemin comme s'il n'avait rien vu. Il continua de marcher droit devant lui, slalomant entre les nombreux débris et déviant sa route pour contourner une grande table qui avait été renversée.

Tentant de calmer les battements lourds de son cœur, le garçon restait à l'écoute, essayant d'anticiper le moment où son ennemi déciderait de passer à l'attaque. Mais pour le moment, ce dernier semblait observer et se satisfaire à penser qu'il était devenu invisible pour les héros.

Alors qu'il enjambait tout le contenu d'un plateau d'argenterie qui était tombé par terre, Chat Noir releva les yeux pour se rendre compte que Ladybug venait d'apparaître au bout de la salle dans laquelle il était en train de progresser. Toutes les pièces communiquant entre elles, sa partenaire l'avait déjà rattrapé en passant par l'autre côté.

La jeune fille s'apprêtait à interpeller son coéquipier pour lui apprendre qu'elle n'avait rien trouvé, mais le voyant si tendu, elle se stoppa. Elle connaissait désormais suffisamment le regard de Chat Noir pour savoir qu'il était en train de se passer quelque chose. Sans faire de mouvement brusque, elle étudia ses gestes, tentant de comprendre ce qu'il lui arrivait. Et quand il lui indiqua le plafond par un discret levé d'index, la jeune fille repéra à son tour l'akumatisé, toujours en train de flotter au-dessus du jeune homme.

Comme si de rien n'était, elle avança vers Chat Noir, lui affirmant par un regard qu'elle avait bien compris ce qu'il avait essayé de lui dire. Le garçon répondit par un léger hochement de tête sans cesser d'avancer.

De sa position, il lui était impossible de voir Maestro sans relever complètement les yeux et donc risquer de faire comprendre au vilain qu'il avait été découvert. Alors, il continuait d'avancer sans cesser de regarder sa coéquipière, comptant sur elle pour lui dire à quel moment il pourrait bouger, prêt à bondir. L'air de rien, la jeune fille continua son chemin, et quand elle fut à une distance raisonnable de Chat Noir, elle s'arrêta.

-« Rien de ton côté ? » demanda-t-elle avec une voix qu'elle voulait posée.

-« Non rien, et du tien ? »

-« Non plus, c'est comme s'il avait disparu… Il va falloir être prudents si on ne veut pas se faire surprendre. »

Au moment où elle prononça ce mot, de manière un peu plus appuyée que les autres, la jeune fille commença un décompte en levant discrètement trois de ses doigts, informant son coéquipier sur ce qu'elle comptait faire.

Mais alors qu'il hochait la tête pour lui signifier qu'il avait compris le message, il vit une masse sombre se former juste au-dessus de la tête de sa coéquipière au moment où elle abattait son premier doigt. Surveillant toujours ses mouvements pour ne pas gâcher l'effet de surprise, l'adolescent se rendit soudain compte qu'un grand piano à queue venait d'apparaître juste au niveau de Ladybug. Et plus inquiétant encore, elle ne semblait pas l'avoir remarqué.

Il voulut la prévenir quand elle abattit son second doigt mais il n'en eut pas le temps car déjà, elle lança son yoyo vers leur assaillant juste au moment où elle fermait son poing. Se fut un coup parfait qui cueillit Maestro en plein dans la mâchoire. Le vilain protesta avec un gémissement de douleur en passant sa main sur le bas de son visage mais cela ne l'empêcha pas d'exécuter son plan.

À son tour, il ferma son poing et le grand piano noir se mit à chuter droit sur Ladybug qui n'eut le temps que de lever les yeux pour voir ce qui était sur le point de lui tomber dessus. Trop surprise pour faire quoi que ce soit, elle se sentit soudain crocheter au niveau des hanches et jeter en arrière avec une exclamation de surprise.

Chat Noir passa sa main à l'arrière de la tête de sa partenaire en se mettant à rouler sur le sol à cause de la puissance de son tacle. Et alors qu'il se réceptionnait sur son épaule, il put entendre un grand bruit de bois qui se casse tandis que les cordes du piano se mettait à vibrer dans une lamentation glaçante. Les deux héros se regardèrent dans les yeux mais n'eurent pas le temps d'échanger le moindre mot que déjà la voix de Maestro s'élevait de nouveau dans la pièce.

-« Grr ! Mais comment faut-il faire pour vous tuer définitivement ?! Vous ne voulez pas arrêter de bouger ?! »

-« Désolés mais c'est pas trop notre genre de nous laisser faire sans réagir. » répliqua Ladybug en se redressant aux côtés de Chat Noir.

-« Tant pis pour vous ! Si vous avez la bougeotte, je vais vous faire danser moi ! »

À ces mots, Maestro fit un grand mouvement de bras, faisant apparaître un véritable orchestre autour de lui. Ils produisirent tous un son pour s'accorder avant d'entamer un air que Chat Noir reconnu comme étant un morceau de Jean Sébastien Bach. Les deux héros se regardèrent et décidèrent de s'écarter l'un de l'autre afin de ne pas se laisser encercler.

Il y eut un instant de flottement où le vilain et les deux jeunes gens se contentèrent de se regarder avant que Maestro n'envoi finalement ses sous-fifres vers eux. Aussitôt, Ladybug se retrouva face à toute une tripotée de cuivres qui tentèrent de la déséquilibrer avec leurs ondes sonores tandis que Chat Noir faisaient face à un quatuor composé de deux violons, un clavecin et un violoncelle.

Avec un rire victorieux, Maestro regardait ses deux adversaires se démener avec ses instruments, resté en arrière pour admirer le spectacle. Cependant, les évènements ne prenaient pas la tournure qu'il aurait espéré. Contrairement à la première fois, les héros de Paris ne s'étaient pas laissé surprendre, les instruments volants de tous les côtés en continuant de se succéder.

Ladybug avait réussi à attraper avec le filin de son yoyo toutes les trompettes dans un seul et même coup, les tordant d'un mouvement sec pour les empêcher d'émettre le moindre son avant d'attraper un tuba qui tentait de l'attaquer par l'arrière pour le projeter vers une des grandes fenêtres qui vola en éclat. Chat Noir de son côté venait enfin de se débarrasser des deux violons qui avaient tentés de le blesser avec leur archet et commençait à se retourner vers le violoncelle en tenant à distance le clavecin qui essayait pourtant de l'handicaper en se plaçant de façon à restreindre ses mouvements.

Mais autant d'agitation fatiguait Maestro qui sentait l'énergie commencer à lui manquer : diriger tous ces instruments était très énergivore et si les choses continuaient ainsi, il n'allait bientôt plus pouvoir diriger ainsi d'instruments pour mettre Ladybug et Chat Noir en difficulté. Les poings serrés, il regarda ses ennemis au-dessous de lui avec un sourire serré.

-« Vous êtes vraiment trop impertinents, il est temps de passer à la vitesse supérieure ! »

Aussitôt, il claqua des doigts de sa main droite, émettant une onde qui se diffusa dans tout l'espace tandis que d'autres instruments apparaissaient autour de lui. Surprise, Ladybug leva les yeux vers l'akumatisé, légèrement essoufflée. Mais alors qu'elle regardait autre part, une clarinette s'approcha d'elle pour lui asséner un coup au visage qui la surpris fortement.

Posant sa main sur sa pommette, Ladybug eut tout juste le temps de faire tournoyer son arme devant elle pour empêcher les autres instruments devenus beaucoup plus agressifs de s'avancer dans sa direction. Là où les instruments s'étaient montrés plus ou moins passifs jusqu'à maintenant, ils semblaient désormais être plongés dans une haine profonde qui rendaient leurs mouvements imprévisibles.

De son côté, Chat Noir faisaient face au clavecin dont les cordes venaient de sortir de l'intérieur de l'instrument, s'agitant comme l'auraient fait toute une tripotée de serpents, forçant le jeune homme à reculer.

-« Je trouve que vous trichez un peu tout de même. C'est pas comme ça qu'on joue de la musique ! » s'exclama Ladybug à l'attention de Maestro.

-« Tais-toi ! C'est MOI le chef d'orchestre, c'est MOI qui décide ce qui est correct de faire ou non ! »

La jeune fille oublia rapidement d'essayer de distraire le vilain en lui parlant pour se reconcentrer sur ses assaillants. Malgré son yoyo qui tournoyait toujours devant elle, les instruments essayaient tout de même de forcer le passage en la faisant toujours plus reculer. La jeune fille craignait de plus en plus qu'au moment où elle essayerait de passer à l'attaque, ils se jetteraient tous en même temps sur elle.

L'adolescente tourna un instant les yeux pour voir comment se débrouillait son coéquipier : toujours aux prises avec le clavecin, Chat Noir leva son bâton au-dessus de sa tête pour tenter d'asséner un coup dans le clavier. Mais les cordes de l'instrument s'enroulèrent très vite autour de son poignet, l'empêchant de terminer son geste. Déconcentré, le garçon tenta de se dégager, laissant à son adversaire le temps nécessaire pour enrouler une de ses cordes autour de son cou.

Avec horreur, Ladybug vit son partenaire être mis à genoux puis trainé sur le sol, le clavecin se mettant à effectuer de grands mouvements vers l'arrière. Le jeune homme tentait par tous les moyens de glisser ses doigts entre son cou et cette corde qui l'étranglait mais c'était peine perdue : entre les mouvements du clavecin et la finesse de la corde, le garçon se débattait en vain, sentant avec détresse ses poumons se vider peu à peu de leur air.

-« Chat Noir ! » cria Ladybug, désespérée de ne pas voir son partenaire s'en sortir tandis que Maestro éclatait de rire.

Sentant son sang ne faire qu'un tour, Ladybug donna un large coup de pied en avant pour obliger les instruments à reculer avant d'attraper un tuba avec son yoyo. Elle balaya ensuite l'espace avec l'instrument, tournant sur elle pour cogner dans les autres cuivres avec le tuba qui volèrent aussi à quelques mètres.

Sans perdre un instant, l'héroïne se précipita vers son coéquipier dont les lèvres avaient commencé à bleuir. Elle raccrocha son yoyo à sa hanche et, sans cesser de courir, s'empara d'une chaise renversée sur le sol. L'adolescente la brandit au-dessus de sa tête et sauta en avant pour prendre plus d'élan.

Chat Noir, qui était sur le point de perdre connaissance, la vit sauter sur le clavecin, abattant la chaise sur le couvercle tout en criant.

-« Laisse-le tranquille ! » hurla-t-elle en terminant son geste.

Par son geste, la jeune fille avait fracturé l'instrument dans toute sa largeur, faisant tomber sur le sol tout le système interne du clavecin, cassant du même coup le pied arrière qui fit s'effondrer l'instrument sur lui-même.

Alors qu'il sentait la corde desserrer sa prise sur son cou, lui permettant de prendre une grande inspiration, Chat Noir vit un flash passer devant ses yeux : il avait la nette impression d'avoir déjà vécu cette scène, d'avoir déjà vu quelqu'un faire pour lui le geste que Ladybug venait d'effectuer. Mais il ne parvenait pas à se souvenir où ni quand. Sentant sa gorge l'irriter, le garçon s'était mis à tousser, massant sa peau endolorie tandis que Ladybug venait s'accroupir à côté de lui.

-« Chat Noir ! Est-ce que ça va ?! »

-« O-O..ui, ça v-a, ne t'inqu… te pas… » répondit son partenaire, la voix éraillée, une expression de douleur sur le visage.

Ladybug serra les poings en regardant vers Maestro : elle n'allait pas laisser passer ce coup. Mais alors qu'elle pensait lancer son yoyo vers lui, elle le dévisagea quelques instants. Leur ennemi semblait épuisé : il avait le souffle court et des gouttes de sueur perlaient à son front.

-« Regarde, murmura-t-elle à Chat Noir qui releva les yeux à son tour. J'ai l'impression qu'il se fatigue de plus en plus, contrôler ses instruments doit lui demander beaucoup d'énergie. »

-« I-Il faut en profite…er »

La jeune fille hocha la tête en se relevant, pointant un doigt accusateur vers leur ennemi pour le narguer. Comme cela, Maestro était intouchable, il fallait le convaincre de descendre de son perchoir.

-« Hey ! J'ai l'impression que tu as perdu le rythme ! C'est un comble tu trouves pas ? Pourquoi est-ce que tu ne descendrais pas ici pour te battre plutôt que de te cacher derrière tes instruments ! Tu n'arriveras jamais à nous battre de cette façon ! »

Maestro laissa échapper un grognement en serrant les poings : au fond, il savait que Ladybug avait raison. Les deux héros se montraient bien plus résistants que prévu. Il allait falloir changer de stratégie.

Au grand soulagement de ses ennemis, il se laissa flotter jusqu'au sol, un sourire menaçant sur le visage.

-« Je n'ai besoin de personne pour me débarrasser de vous. » murmura-t-il en serrant davantage ses poings.

-« Alors on va bien voir qui s'en sort le mieux parmi nous. »

Soutenant Chat Noir qui se relevait enfin après avoir repris son souffle, Ladybug décrocha son yoyo de sa hanche avant de le lancer au-dessus d'elle.

« Lucky Charm ! »

Des petites coccinelles apparurent tout autour des deux héros, tournoyèrent ensemble près de l'arme de la jeune fille avant de laisser tomber derrière elles un objet rond, rouge à poids noirs.

-« Un ballon de foot ? » s'étonna Ladybug en le réceptionnant souplement.

-« Ahaha ! Vous croyez pouvoir me battre avec un ballon ?! s'écria Maestro. Vous êtes pathétiques ! Vous n'êtes qu'un embarras pour cette ville et je vais me charger de faire disparaître vos visages insolents de la surface de la Terre ! »

-« Dis donc, il a l'air sacrément énervé. » remarqua Ladybug en continuant d'étudier son ballon.

-« Il a dû sentir le vent tourner en notre faveur, répondit Chat Noir d'une petite voix. Tu as une idée ? »

L'héroïne scanna rapidement le champ de bataille : la salle avait été complètement ravagée par leurs affrontements. Entre les morceaux de verre, de porcelaine, de bois et de métaux qui jonchaient le sol, les tables renversées et la vitre explosée depuis laquelle s'engouffrait un vent frais, le spectacle n'était pas beau à voir.

Mais la jeune fille remarqua soudain les lustres suspendus au plafond. Elle réfléchit un instant avant de se tourner vers son coéquipier, un sourire sur le visage.

-« Je crois que ça y est ! Tu penses pouvoir faire tomber un de ses lustres avec ton Cataclysme ? »

-« C'est comme si c'était fait. » répondit-il en hochant la tête.

-« Je me charge de Maestro, tiens-toi prêt surtout. » déclara Ladybug en posant son ballon non loin d'elle.

Elle décrocha une nouvelle fois son yoyo de sa hanche en le faisant tournoyer près d'elle tandis que Chat Noir arquait son corps, prêt à bondir. Il y eu un léger flottement et soudain, au moment où Maestro s'apprêtait à s'élancer vers eux, Ladybug fut plus rapide et envoya son arme s'enrouler autour de ses chevilles. Le vilain, coupé dans sa course, chuta lourdement dans les débris tandis que Chat Noir effectuait un saut au-dessus de lui. Craignant de se faire avoir aussi facilement, le vilain se dépêcha de se relever en dégageant ses jambes et en effectuant lui aussi un saut pour reculer de plusieurs mètres.

Il regarda de tous les côtés mais le héros n'était plus là. Il scruta à gauche puis à droite mais son ennemi semblait s'être évaporé aussi vite qu'il était apparu. Laissant échapper un grognement rageur, il se reconcentra sur Ladybug, toujours face à lui. Avec un sourire confiant, elle fit quelques pas supplémentaires vers lui, le faisant reculer de la même façon avant de se stopper net. Surpris, Maestro la vit ranger son yoyo avant de poser ses mains sur ses hanches.

-« Vous savez, c'est vraiment dommage que vous soyez si peu aimable parce que je suis sûre que vous êtes un très bon musicien. En tout cas, j'ai entendu beaucoup d'éloges sur vous. »

-« Tu espères me battre en me faisant des compliments ?! » répondit le vilain en serrant les dents.

-« Je voulais juste vous empêcher de faire trois pas sur le côté. »

Maestro tenta de comprendre ce qu'elle avait voulu dire avant de relever les yeux vers le lustre au-dessus de lui après avoir entendu les perles qui le composaient s'entrechoquer. Chat Noir était là, un petit sourire sur le visage.

« Cataclysme ! »


Hop là ! Une fois n'est pas coutume, je coupe au milieu du combat pour garder un peu le suspens hehe... Qu'avez vous pensé de ce chapitre ? J'avoue que j'ai pris un peu plaisir à maltraiter Chat Noir mais on se refait pas j'imagine... Et que pensez-vous des ses réflexions d'ailleurs ? J'espère ne pas avoir fait explosé ma fanbase en tout cas, mais l'étau se resserre, c'est certain xD

Je suis curieuse d'avoir vos retours, de savoir si vous appréciez ou non. j'ai essayé de faire un combat relativement "tranquille" par rapport à d'autres, pour être dans la continuité du début de l'arc.

Dans tous les cas, on se retrouve la semaine prochaine pour la suite de cet arc, restez connectés...