Chapitre 75
Vraiment désolée du temps que ça m'a pris pour finir ce chapitre.
Trigger warning : Ce chapitre évoque le suicide ou la dépression.
Si vous voyez la vie en noir ou avez des idées suicidaires, c'est un signal d'alarme que vous devez prendre au sérieux. Ne restez pas seul : des associations proposent un soutien bienveillant aux personnes déprimées ou confrontées à des idées de suicide, avec des services d'écoute anonymes et gratuits. La permanence téléphonique de SOS Amitié est accessible 24 heures sur 24 au 09 72 39 40 50. Le Fil Santé Jeunes propose lui aussi au 0 800 235 236 un service pour les 12-25 ans sur les thèmes de la santé, de la sexualité, de l'amour, du mal-être, etc.
D'autres ressources et contacts sont disponibles sur le sites du ministère de la Santé et des Solidarités.
Trigger Warning copié du site d'information Nouvel Obs
« Paul ?!
- Bonjour, Harry » répondit l'interpellé en se détournant de la fenêtre.
« Comment ?… Je veux dire, c'est super de te voir mais tu es là et je suis confus. » Harry s'appuya contre le porte. Il ne savait pas ce qu'il . Il était content de voir Paul mais il était aussi terrifié ? Confus ? Surpris ?
« Je crois que je peux répondre à cette question » intervint Khalid de l'autre côté de la pièce. Harry se tourna vers lui. Son visage semblait dire Accouche. « Des informations sont parvenues à ton père et il a organisé ça… ou plutôt, il m'a demandé de l'arranger. » Il s'avança et étreignit Harry, lissant les cheveux de l'adolescent. « Je suis désolé que tu n'as pas été bien, petit frère. Prends ton temps. Je m'assurerai que ton docteur rentre chez lui quand il en aura besoin », murmura-t-il à l'oreille de l'adolescent. Il lui ébouriffa les cheveux et l'écarta doucement de la porte. Puis il se glissa dehors sans un bruit. Harry sentit un bon nombre de sorts. Il ne se doutait pas que son frère les connaissait. Paul et lui ne seraient pas dérangés, même si le château s'écroulait autour d'eux.
Harry ne savait pas vraiment quoi faire. Il resta là quelques minutes jusqu'à ce que Paul s'approche. Ce dernier écarta les bras et Harry s'avança. C'était Paul. Paul était là et c'était bien. L'embrassade fut rapide mais ferme. L'aîné se recula et posa une main sur l'épaule d'Harry. Il la serra brièvement avant de désigner un fauteuil près de la fenêtre. L'adolescent acquiesça et se laissa tomber sur son siège avec un soupir. La pièce était confortable, accueillante même. Les fauteuils étaient moelleux et couverts de coussins doux. Des petites tables sur lesquelles étaient posés divers objets étaient réparties dans la pièce. Harry vit un jeu d'échec et des fournitures d'art. Un plateau apparut sur la table entre eux quand Paul s'assit. Il scruta Harry. « Déjeunons et nous parlerons ensuite. D'accord, Harry ? » Ce dernier acquiesça et prit une des assiettes. Elle devait avoir été préparée par un des elfes de maisons qui connaissaient ses habitudes alimentaires.
Des fruits frais et des crêpes étaient disponibles ainsi qu'une tasse de café, préparée exactement comme il aimait. Il ne fut pas surpris de remarquer que le thé de Paul était préparé comme il le prenait normalement. Sa crêpe avait un coulis de chocolat au lieu des fraises que l'adolescent allait déguster. Ils finirent leur repas en quelques minutes. L'ambiance était un peu gênée. Ils savaient tous les deux que Paul était là pour une raison et ça ne leur facilita pas le petit-déjeuner. Harry termina ses crêpes et posa son assiette presque vide sur le plateau. Paul l'imita rapidement et il sursauta un peu quand les assiettes disparurent et que du thé et des biscuits prirent leur place. « Je pourrais m'y habituer » déclara Paul en désignant le plateau. Son bloc-note et son stylo apparurent et il l'ouvrit à une page blanche. Cette familiarité était réconfortante. Paul avait toujours de quoi écrire quand il travaillait avec Harry. « Qu'est-ce qui s'est passé, Harry ? » demanda Paul alors que son patient était resté silencieux une minute.
« J'ai l'impression que tout s'effondre, répondit doucement l'adolescent. Comme si rien de ce que je fais n'est bien. » Il ramena ses genoux contre sa poitrine et y posa son menton. « Je suis triste, et fatigué et j'ai ses douleurs à la tête et à l'estomac. J'ai envie de pleurer mais je ne sais pas pourquoi. Je suis en colère et j'ai envie de hurler. Je veux frapper les murs autours de moi et dire aux gens de me laisser tranquille. Sauf que je ne peux pas. »
« Qu'est-ce que tu fais quand ça t'arrive ? » Harry haussa les épaules. « Harry ?
- Qu'est-ce que je suis censé faire, Paul ? Je ne peux pas… Je n'ai pas… » Il posa sa joue sur ses genoux et soupira.
« Tu sembles fatigué, Harry. » Ce dernier haussa les épaules. « Qu'est-ce que tu n'as pas ou que tu ne peux pas faire ? »
Harry tapota ses orteils contre les coussins et haussa à nouveau les épaules. Paul se renfonça dans son fauteuil et servit le thé en ajoutant du sucre pour son patient. Il posa la tasse près de lui et mit deux biscuits dans la soucoupe. Harry l'ignora un moment puis prit la tasse. « Je ne… sais pas ? »
Paul l'étudia quelques minutes pendant qu'il sirotait son thé et mangeait un des biscuits. Harry connaissait ce truc. Paul restait souvent silencieux jusqu'à ce qu'il craque et parle de ce qui le perturbait vraiment. « Je ne crois pas que ma place soit encore ici » avoua-t-il enfin d'une voix rauque.
Paul posa son bloc-note et son stylo. Il s'avança et posa une main sur le genou de l'adolescent. « Ce n'est pas grave, Harry, répondit-il. Il n'y a pas de mal à ressentir ça.
- Je pensais que tout serait merveilleux… que tout irait mieux comme par magie, tu sais ? Que je reviendrais et que tout irait bien et que j'irais bien. Mais ce n'est pas le cas et je ne vais pas bien. Je déteste ça. Je déteste vraiment, vraiment ça.
- Que détestes-tu, Harry ?
- Tout ! » L'adolescent posa vivement sa tasse dans la soucoupe et se releva. « Je déteste tout ! Je déteste que la magie que j'apprends n'aie aucun but ! Je déteste avoir gâché les six dernières années à apprendre de la magie qui n'a aucune utilisation pratique ! Je déteste l'idée d'être un Auror. Je déteste les murmures qui m'entourent. Je déteste le monde magique, d'accord ? Je déteste être célèbre ici. Je déteste le fait que les gens me regardent comme si j'étais quelqu'un de spécial. Comme si j'étais différent. Je déteste la guerre. Je déteste Dumbledore pour ce qu'il a fait. Je déteste McGonagall pour ce qu'elle n'a pas fait. Je déteste avoir été adopté, parce que cette adoption s'est faite pour plus d'une raison, même si Dracula pense que je ne le sais pas. Mais, hey ! Être adopté par le vampire est une bonne chose, non ? Sauf que maintenant, il y a ces gens qui peuvent lire à travers moi et, si nécessaire, me faire faire des choses que je ne veux pas faire… mais je penserai que je le veux parce que c'est comme ça que ça marche et je déteste quand ils ont raison ! Je déteste qu'on me sous-estime tout le temps. Je déteste que ma tante ne m'aie pas aimé avant que toute cette merde n'arrive. Je déteste mon oncle pour ce qu'il a fait et je déteste Remus pour ne pas avoir été là avant et Dudley pour ce qu'il a fait. Je te déteste parce que tu es un Moldu et que tu vis dans le monde moldu mais tu es la meilleure personne pour m'aider mais je suis là et tu es la-bas. Et je déteste ça. Je déteste Voldemort parce qu'il a tué mes parents et me les a pris et je le déteste parce qu'il est faible et pathétique et il m'aime. C'est drôle, n'est-ce pas ? L'homme qui m'a pris mes parents m'aime, Paul. Il m'aime. Il n'a jamais aimé avant parce que son esprit a été attaqué tout ce temps et maintenant… maintenant, j'ai l'impression que je ne peux pas faire avancer les choses parce qu'il m'aime. Il m'aime parce que je suis moi. Et avant il me haïssait mais maintenant il m'aime et je ne peux pas ! JE NE PEUX PAS ! »
Il se laissa tomber sur le tapis. Il avait fait les cents pas pendant qu'il criait sur Paul. Il ne savait même pas quand il avait commencé. Il était également convaincu qu'il y avait du Véritaserum dans son thé pour qu'il déblatère tout ça. Il était soudain trop fatigué pour s'en soucier. Maintenant qu'il avait tout déballé, qu'il avait partagé ça avec quelqu'un, il était fatigué. Il était fatigué. « Je ne veux plus faire ça, Paul » finit-il dans un murmure.
« Faire quoi, Harry ? »
Le regard de l'adolescent se reporta sur son thérapeute. Devrait-il lui dire ? Que se passerait-il ?
Le visage de Paul se fit grave. « Harry, je vais te poser quelques questions et j'aimerais des réponses honnêtes. Peux-tu faire ça ?
- Je ferai de mon mieux. » L'adolescent étudia le plafond, attendant les questions de Paul.
« Tu me sembles très triste et en colère, Harry. Peux-tu m'en parler ? »
« C'est horrible, n'est-ce pas ? J'ai tout cet argent et, oui, il y a un méchant mage noir qui m'en veux, mais ma tante m'aime maintenant et j'ai des amis et… je ne veux pas être en vie. Je ne peux pas m'empêcher de penser : est-ce que tout le monde ne serait pas mieux sans moi ?
- As-tu l'impression que les choses sont sans espoir ? » Harry lui lança un coup d'œil. Paul avait repris papier et crayon. Il prenait des notes.
« C'est une bonne manière de le dire. C'est juste… il ne semble plus y avoir d'intérêt. Je veux dire… Ma dépression est revenue et oui, j'ai commencé à me sentir mieux avec plus de sommeil et des repas réguliers et Cassius s'est assuré que je fasse du sport. Mais une fois que j'ai commencé à aller mieux, ces pensées ont commencé à s'insinuer et… Bien… Je suppose qu'elles ont toujours été là mais maintenant je les remarque. Je ne veux pas mourir, Paul, mais je ne veux pas vivre non plus. Je ne peux pas m'empêcher de penser : est-ce que tout le monde ne serait pas mieux sans moi ? » Il soupira et se rassit. Il se passa les mains dans les cheveux plusieurs fois puis regarda Paul. « C'est pathétique, non ?
- Ce n'est pas pathétique du tout, Harry. Pas du tout. Ne te désigne pas de cette manière. » Paul écrivit quelque chose avant de continuer. « Ce que tu ressens est plus commun que tu ne le crois. Je parie qu'il y a des gens ici à Poudlard maintenant qui ont les mêmes pensées. » Il se pencha et posa une main sur l'épaule de l'adolescent, la serrant un instant. « Tu n'es pas seul, Harry. Tu n'es pas le premier à avoir ces pensées et ces sentiments. Il y a des gens partout dans le monde qui traversent ça, tout comme toi. »
Harry étudia le visage honnête de Paul une minute avant de baisser les yeux et d'acquiescer. Il prit une profonde inspiration. Peut-être… que si n'était pas si mal ? Si d'autres ressentaient la même chose ?
« Une autre question, Harry ? Tu dis que tu ne veux pas être vivant. As-tu un plan pour te tuer ?
- Non… pas vraiment. Je veux dire, si le château s'écroulait sur moi ou si Voldemort utilisait le sort de la mort, ça ne me dérangerait pas trop, tu sais ? » Paul acquiesça et nota autre chose.
« Si les circonstances changeaient, si tout ce qui te stresse ou te met en colère changeait soudain, est-ce que tu voudrais toujours mourir ? »
Harry y réfléchit un moment. « Non ? Il n'y aurait pas de raison. »
« Si les circonstances changeaient et que tu te retrouvais toujours de ce monde dans cinq ans, peux-tu imaginer à quoi ta vie ressemblerait ?
- Tu veux dire, si j'étais toujours en vie et que je pouvais faire ce que je veux ? » Harry n'était pas sûr du but de cette question. Ou il serait là, ou il ne le serait pas. Cette question n'avait aucun sens.
« Oui, exactement. À quoi ressemblerait ta vie ?
- Je travaillerais à West End en tant qu'acteur. Peut-être que je n'aurais pas le rôle principal mais un rôle secondaire. Peut-être que j'aurais été dans une école d'arts dramatiques. Ce serait bien. Je pense que j'aimerais. Apprendre tout ce qu'i savoir pour jouer la comédie. Peut-être que j'aurais même des leçons de chants ? »
Le stylo de Paul grattait contre son carnet. « Et ta famille, Harry ? À quoi ressemblerait-elle ?
- Je parie que Tante Pétunia et Remus seraient mariés. Ils semblent vraiment s'aimer. Peut-être que Dudley serait là, aussi… Les repas du dimanche seraient sympas. Les rassemblements pour les fêtes, aussi.
- Et tes amis, Harry ? Qu'en est-il de tes amis ? Qu'est-ce que vous feriez ?
- Hermione et moi serions certainement encore amis. Nous aurions commencé un fan-club de Star Wars. Peut-être qu'elle aurait regardé les films avec moi. Je dois toujours voir le dernier… et il y a des livres ! Tu savais qu'il y a des livres ?!
- Oui. Je pense que tu les aimeras quand tu les liras. Donc, Hermione et toi seriez toujours des fans de Star Wars et auriez votre club. Quoi d'autres ?
- Je pense qu'elle et moi traînerions à Londres. Il y a beaucoup de choses à faire là-bas, tu sais : des musées, des spectacles et d'autres trucs.
- Hum, hum. Et Dracula ?
- Oh, ouais, j'irais le voir. Il est sympa. J'aime le voir. Tant qu'il ne m'emmène pas faire du shopping. » Paul ne put s'empêcher de sourire devant la grimace que fut l'adolescent à cette idée.
« Quoi d'autre, Harry ? »
Le jeune homme cligna des yeux et réfléchit à la question quelques minutes. « C'est déjà beaucoup, constata-t-il finalement. Je veux dire, c'est beaucoup pour moi.
- Tu as raison. Donc, tu peux voir un futur pour toi-même. Tu sais ce que ça veut dire ?
- Que j'ai une excellente imagination ? »
Paul eut un reniflement amusé et secoua la tête. « Non, ce n'est pas ce que ça veut dire même s tu as une très bonne imagination. Ça veut dire que quelque part dans ton esprit, tu as de l'espoir pour ton avenir. Tu ne te sens pas complètement désespéré.
- Cassius m'a dit que ce n'était pas le temps qu'il me restait mais la manière dont je l'utilisais qui était vraiment important. Ça m'a aidé. J'ai même écrit quelques trucs. » L'adolescent s'arrêta, hésitant à partager la liste avec Paul mais sachant que c'était une bonne idée. « Est-ce que tu voudrais la voir ?
- Avec grand plaisir. » Harry tendit la main et le carnet dans lequel il avait tout écrit apparut. Il le tendit à Paul qui l'ouvrit. Il cligna des yeux et Harry sourit. De l'écriture apparut sur la page pour que le thérapeute puisse lire. « Je ne pense pas que je m'habituerai jamais à la magie mais c'est quand même vraiment cool » constata Paul.
« Il y a des trucs cool et d'autres non. » Il regarda dans la pièce. Ses yeux se posèrent sur les fournitures d'arts. « Je peux dessiner un moment ?
- Tu n'as pas besoin de demander, Harry. Fais-toi plaisir. » Harry fouilla dans les fournitures. Il y avait différents ustensiles. Il se permit de tous les regarder, cherchant ce qu'il voulait.
Paul jeta un coup d'œil à l'adolescent et le vit étalé par terre, entouré de fournitures d'arts plastiques. Le thérapeute aurait bien aimé l'elfe de maison qu'il avait rencontré. Quand il était arrivé ce matin avec Khalid, la petite créature était apparue dans la pièce et lui avait demandé comment il (Paul n'était pas sûr du nom de l'elfe ni de son genre) pouvait aider « le guérisseur de l'esprit de Harry Potter » à préparer la pièce pour « Harry Potter, monsieur ». Mis à part la tendance de l'elfe à parler à la troisième personne, il avait été extrêmement utile. Il n'avait pris aucune note mais tout ce que Paul avait pensé pouvoir être utile avait été fourni : du matériel artistique, des meubles confortables, des distractions comme des coussins de textures différentes, des bougies de différentes senteurs ou même un épais tapis qui semblait inviter les gens à se rouler dessus. En d'autres mots, les choses dans cette pièce étaient aussi parfaites que ce que pouvait réaliser une créature magique. Paul voulait vraiment, vraiment un elfe de maison. Dommage qu'ils ne vivent qu'avec les sorciers. Peut-être qu'ils pourraient échanger leurs idées de ce qu'ils considéraient comme nécessaires. Paul avait cru que son bureau était accueillant mais cet endroit semblait… plus confortable. Peut-être qu'il pourrait ajouter quelques trucs après avoir vu ce qu'avait fait l'elfe de maison.
Paul lut plusieurs fois le carnet d'Harry, prenant ses notes dans son propre carnet. Il n'écrivit que des idées qui pourraient aider Harry à atteindre les objectifs qu'il avait indiqués. Il fut content de remarquer que l'adolescent avait décrit ses idées et souhaits avec beaucoup de détails, beaucoup plus que ce qu'il venait juste de lui dire. Ça le rassura un peu de le voir écrit noir sur blanc. Harry n'était pas désespéré et Paul savait que l'adolescent pensait encore que les choses pourraient tourner différemment que ce à quoi il s'attendait. Il y avait toujours de l'espoir et Paul était content de le voir. Il finit de relire le carnet pour la troisième fois et le ferma avant de le poser.
Paul jeta un coup d'œil à Harry qui dessinait toujours. Ce dernier semblait content. Il agitait son pied machinalement pendant que sa main se mouvait sur le papier devant lui. Paul se demanda ce qu'il dessinait et espéra qu'il lui montrerait plus tard. Le thérapeute reprit son bloc-note à une page blanche et fit une liste rapide des choses à voir avec son patient. Il devrait revenir régulièrement. Ça ne serait pas difficile du tout pour lui et ça le tranquilliserait. Il s'était inquiété pour le jeune homme depuis leur dernière séance. Khalid lui avait déjà offert ses services en tant que chauffeur si Paul avait besoin de revenir. Voyager avec un vampire était vraiment une expérience amusante. C'était rapide et le thérapeute devait admettre qu'il avait apprécié le jet privé pour la première fois de sa vie. Cependant, il n'était pas sûr que ce soit le moyen le plus adapté pour visiter son patient. Peut-être qu'il y avait une gare pas trop loin.
Il attendit qu'Harry détourne les yeux son dessin pour lui faire signe. « Est-ce que tu voudrais me montrer ce que tu as dessiné ?
- Juste une scène de Star Wars » dit Harry en lui montrant sa feuille. Paul cligna les yeux. C'était Luke Skywalker qui regardait les soleils de Tatooine.
« Il n'y a rien de « juste » là-dedans, Harry. C'est très bien fait. Très bien. Discutons de quelques trucs. Est-ce que tu te souviens du triangle que je t'ai appris ?
- Ouais. Pensées, comportements, sentiments, c'est ça ?, répondit Harry en s'asseyant à côté de Paul.
- Bonne mémoire. » Paul dessina le triangle et écrit pensées à un sommet, comportements au second et sentiments sur le dernier. « Les pensées influencent les comportements, les comportements influencent les sentiments, les sentiments influencent les comportements et les comportements influencent les pensées. Ça va dans un sens et dans l'autre. » Il passa son stylo le long des lignes, ré-expliquant le triangle à son patient. « Appliquons-le à certaines des choses que tu m'as dites puis nous ferons un plan que tu suivras ainsi que des choses à faire quand tu as des pensées suicidaires. Qu'en penses-tu ? »
Harry regarda la petite liste que Paul avait écrite et acquiesça. « Je vais essayer. »
« Tout ce que je demande est que tu essaies et que tu nous dises si tu as besoin d'aide. Tu peux être aidé. Je reviendrai régulièrement pour m'assurer que tu vas bien et pour travailler avec toi mais tu devras continuer à communiquer avec nous. Je sais que ça peut être dur mas est-ce que tu es capable de le faire ?
- Je pense. » L'adolescent jeta un coup d'œil à son thérapeute puis eut un reniflement amusant devant le visage de celui-ci. Ce dernier haussait les sourcils pour voir si son patient faisait attention. « Je continuerai de communiquer tant que tu me promets que tes sourcils resteront sur son visage, parce que l'idée qu'ils s'envolent est vraiment dérangeante.
- Tu peux faire ça ?
- Heu… peut-être ? Je n'ai jamais essayé et, honnêtement, je ne vois pas l'intérêt.
- Très bien, laissons mes sourcils là où ils sont, d'accord ? Revenons au triangle et nous pourrons discuter et voir si nous pouvons te rendre les choses plus simples. Première étape : sache que tes sentiments ne sont que des sentiments et tu n'as pas à les concrétiser. Tu comprends ?
- Oui, je comprends. Promis, Paul. Je comprends.
- Bien. Donc, deuxième étape : nous remplissons le plan. » Paul sortit une feuille de papier sur laquelle étaient imprimés différents cadres. Le premier était : « signaux d'alerte que je suis en crise. » Harry ne savait pas vraiment quoi en faire. Il remplit le cadre après avoir discuté avec Paul de ce que ça voulait dire et ils remplirent la feuille assez vite. Il avait des stratégies pour l'aider à se calmer, pour se distraire des pensées déprimantes et de l'anxiété et des personnes à qui il pouvait parler s'il se sentait en danger. Cassius et Khalid étaient listées ainsi que Paul, Hermione et sa tante. En dernier recours, il y avait Madame Pomfresh mais Harry espérait éviter d'impliquer des sorciers et des sorcières. C'est juste… qu'il ne leur faisait pas confiance. Ils étaient désespérés face à la menace de violence que représentait Voldemort et il avait peur que certains d'entre eux ne fassent pas ce qui était juste face à ça.
« Paul ? demanda doucement Harry en relisant le plan. Et si ça ne marche pas ? » Il n'était pas sûr de ce qu'était « ça » mais il devait poser la question.
« Qu'est-ce qu'est « ça », Harry ? » demanda Paul en s'asseyant directement devant l'adolescent sur le sol, face à face. Il tendit la main et serra brièvement celle de l'adolescent. Ce dernier haussa les épaules. « Tu dois avoir une idée.
- Tout ? » répondit Harry. Sa frustration était pleinement audible dans sa voix. « Et si, malgré ce plan, je ne commence pas à me sentir mieux ? Et si je passe les derniers jours qu'il me reste triste et en colère ? Et si… » Il s'arrêta. Il savait que ce qu'il voulait dire mais le dire à haute voix le rendrait réel. Et Harry ne voulait vraiment, vraiment pas croire qu'il le ferait, même si ce serait une forme de libération… tout serait fini.
« Ta douleur ne s'arrête pas quand tu te tues, Harry, énonça clairement et fermement Paul. Tu n'es peut-être plus là pour le voir mais la souffrance continue. Ta famille et tes amis auront toujours ta douleur, en plus de la leur. Des questions sans réponses et des « et si » rempliront leurs jours juste après, suivis par des jours changés à jamais par ton absence, et des fêtes sans toi et ça continuera pour le reste de leur vie. Ta place dans leur vie et ta place dans ce monde resteront vides. Tu manqueras à tellement de monde.
Ce que tu ressens est temporaire, Harry. Je peux te l'assurer. C'est temporaire. Ça ne durera pas éternellement. Ces sentiments finiront par disparaître et tu commenceras à te sentir mieux. Peut-être pas tout de suite et peut-être que tu te sentiras encore plus mal avant de te sentir mieux. Peut-être qu'il y aura des retours en arrière et de la frustration envers tout ça. Si ce plan ne marche pas, il y a d'autres méthodes que nous pouvons essayer. Il y a toujours un autre moyen, Harry. Il y a toujours un autre choix. Je peux honnêtement te dire que ta tante et Remus et tes amis et moi aussi, nous voulons te voir en bonne santé, heureux et entier. Si ça veut dire que tu n'es plus un sorcier ou si tu décides de devenir comptable plutôt qu'acteur ou si tu préfères juste collectionner tous les objets Star Wars, alors c'est ce qui arrivera. Nous ne voulons pas te voir misérable et souffrant. Continues de nous parler, Harry. Fais nous savoir ce qui se passe dans ta vie et dans tes émotions. Nous pouvons t'aider et tu peux être aidé. Sache ceci : ta mort laissera un grand vide dans ce monde que personne ne pourra combler et je dis ça en tant que personne qui t'a connu avant de savoir que tu étais un sorcier. Tu n'es pas seul. Ce n'est pas sans espoir. Il y a toujours un autre moyen. Je te le promets. » Quelque chose se brisa en Harry. Il pouvait sentir son visage se réchauffer. Paul se pencha et le prit dans ses bras. « Je suis là, Harry. Tu n'es pas seul. Il y a beaucoup d'autres choses que nous pouvons essayer si ce plan ne marche pas. C'est juste la première étape pour trouver quelque chose qui fonctionnera pour toi. »
« Voici la bibliothèque » indiqua Harry à Paul en rendant la pierre du passage transparente. Il avait proposé à son thérapeute de lui faire visiter Poudlard et l'école elle-même le rendait possible. Elle avait ouvert ses passages secrets pour leur permettre de se promener sans être vu des autres. « Il y a une section interdite, la Réserve, et les livres hurlent si on les prend sans autorisation.
- Des livres qui hurlent dans une bibliothèque ? Ça semble…
- Illogique ? Compléta Harry pour Paul. Ça l'est, surtout que la bibliothécaire insiste pour qu'il n'y aie aucun bruit. Elle nous a jeté dehors plus d'une fois, avec mes amis, juste parce que nous parlions. » Il fit signe de la tête à Paul de le suivre. « Prochain arrêt : la classe de Défense Contre les Forces du Mal. » Il le conduisit à travers le passage et Paul ne put s'empêcher d'examiner la décoration.
« Harry ? Demanda-t-il en désignant un symbole sur le mur. Qu'est-ce que c'est ? » C'était un cercle avec un éclair au milieu, légèrement doré.
« Le symbole du Magus. C'est ancien mais je ne sais pas à quel point. J'en sais très peu sur le lien entre le Magus et Poudlard.
- Est-ce que tout le monde utilise ces tunnels ? Demanda Paul avec curiosité.
- Non… juste moi et mes invités. » Harry lui fit signe de le suivre.
« Comment… ?
- Je suis le Magus, Paul. Ou du moins, c'est ce que me dit Poudlard. » Harry tapota la pierre nue, des étincelles de lumière et de couleur se répercutèrent alors dans le tunnel. « J'en sais très peu… juste ce que ça veut dire. » Il fit un signe vers le symbole avant de se détourner avec un haussement d'épaule. Paul le suivit, un peu abasourdi par ce qu'il venait d'apprendre. Peut-être qu'il y avait plus que ce qu'Harry était prêt à admettre pour le moment. Il avait le sentiment qu'avec assez de temps, ce dernier se confierait à lui.
Merci d'être encore là. J'espère que je ne mettrais pas plus de deux ans pour finir le prochain chapitre...
