9 ans :
La tête posée dans le creux de sa main, Emma admirait les petites gouttes d'eau qui s'écrasaient contre la vitre pour faire une course de vitesse jusqu'à leur disparition. Une violente averse de pluie s'était abattue sur StoryBrooke en milieu de matinée et, pour le plus grand désespoir des professeurs, celle-ci ne s'était pas arrêté une seule seconde. Les élèves s'étaient alors vus privés de récréation ainsi que de pause déjeuné, les cantinières avaient traversé la cour pour venir leur porter les plats chaud directement dans la classe. En voyant l'état des employés à la charlotte sur la tête, tout le monde avait compris pourquoi ils n'avaient pas le droit de sortir, ils étaient complètement trempés jusqu'aux os malgré leur rapide course.
Certains enfants avaient eu plus de mal à contenir leur énergie que d'autre, ne pouvant se dépenser comme ils le faisaient d'habitude pendant la récréation, ils s'étaient donc montrés très turbulent au point de perturber tout le cours. Le professeur remplaçant avait parfaitement compris qu'il ne pourrait rien faire avec cette agitation alors, pour le bien-être de tous et surtout du sien, il avait arrêté son cours. Il avait donné l'ordre à ses élèves de ranger leurs affaires et, avec beaucoup de sérieux, il leur avait expliqué le plan pour l'après-midi.
Il en avait accompagné certains jusqu'à la bibliothèque pour qu'ils puissent prendre un livre afin de s'occuper, quelques garçons avaient abandonnés leur chaise pour rejoindre la salle de sport où l'un des professeurs avaient acceptés de les accueillir. Les autres discutaient tranquillement dans leur coin, dessinaient ou encore faisaient des jeux de devinette sur le tableau. Aucun d'entre eux n'avait la capacité de se concentrer plus de deux minutes de suite sur la leçon du jour alors, plutôt que de leur crier dessus pour les rappeler à l'ordre, le jeune homme préférait de loin les laisser profiter de ce moment de calme.
La petite blonde, de son côté, n'avait pas bougée d'un millimètre. Elle avait eu les yeux rivés sur la fenêtre toute l'après-midi, bien avant la décision de son professeur. Elle avait admiré, en silence, la pluie tombant du ciel. Un fin sourire sur les lèvres, elle ne s'ennuya pas une seule seconde. Bien au contraire, à ses yeux, il n'y avait rien de plus amusant que de regarder les gouttes rouler sur le verre, y laissant des traces sur leur chemin.
Les minutes mais aussi les heures passèrent sans que personne n'en ait conscience, ils sursautèrent donc tous lorsque la cloche de fin de journée résonna dans absolument tout l'établissement scolaire. Plusieurs enfants sautèrent de leur chaise pour se précipiter vers la porte de sortie, profondément heureux de pouvoir rentrer chez eux, tandis que d'autre se mirent à râler de ne pas avoir pu terminer leur jeu avec le professeur. La classe se vida peu à peu et, en quelques secondes, la fillette se retrouva seule avec l'homme qui remplaçait la maitresse actuellement enceinte.
Elle n'eut d'autre choix que de quitter sa contemplation et, tranquillement, elle rangea le reste de ses affaires. Elle attrapa son cartable qu'elle vint poser au pied de l'estrade avant de ranger la classe en demandant à son professeur s'il avait des nouvelles de la jeune femme qu'elle avait rencontrée en début d'année.
En tant que fille de la mairesse de la ville, elle ne pouvait se permettre d'agir de la même manière que les autres enfants de son âge. Elle ne pouvait pas courir dès la fin de la journée en laissant sa place aussi sale derrière elle. Sa mère ne lui avait jamais fais la moindre remarque mais elle n'était pas aveugle, elle voyait bien les regards de certains habitants, ils attendaient beaucoup d'elle alors qu'elle n'était encore qu'une petite fille de tout juste neuf ans.
Tout en discutant, elle commença par passer un coup de torchon sur les tables avant d'y poser les chaises pour libérer le sol, rendant ainsi le travail des femmes de ménage un peu moins difficile. Elle effaça ensuite les dessins et jeu qui avaient été fait à la craie, bondissant en air comme elle le pouvait, sur la pointe de ses pieds, pour atteindre le sommet du tableau malgré sa petite taille. Le professeur profita de son aide pour faire descendre les rideaux métalliques et elle passa derrière lui pour ouvrir les fenêtres, une sur deux, afin d'aérer la pièce durant la nuit. Satisfaite de son travail, elle afficha un immense sourire et récupéra son sac à dos.
« Au revoir maitre, à demain ! » Lança-t-elle joyeusement en lui faisant signe de la main.
« Dépêche toi Emma, tu vas rater le bus scolaire si tu traines encore. » Annonça l'homme en fermant la porte derrière lui.
Elle lui lança un léger sourire et sautilla dans les couloirs, elle prit immédiatement la direction de la bibliothèque où elle rendit le livre de la saga Harry Potter qu'elle avait emprunté deux jours plus tôt. La documentaliste, encore présente dans la pièce, l'accueillit avec joie et fut agréablement étonnée de constater qu'elle avait eu besoin d'aussi peu de temps pour lire un aussi gros livre. C'était du jamais vu pour une enfant de son âge quoi que, beaucoup d'adulte en était incapable.
Pour s'assurer que la petite fille ne lui jouait pas une mauvaise blague pour se faire bien voir, elle lui posa quelques questions – plus ou moins compliquées sur l'histoire – mais, à chaque fois, la blonde répondit juste sans la moindre hésitation. Elle connaissait bel et bien l'aventure du garçon à la cicatrise sur le bout de ses doigts alors, entrant le retour dans le répertoire, elle lui proposa d'emporter le tome suivant qui lui avait été déposée quelques heures plus tôt par un autre élève.
« A demain, Madame la bibliothécaire ! » Sourit Emma en enfouissant le livre dans son sac.
Revenant sur ses pas, elle croisa les dames de ménage qui commençaient déjà leur service. Elle les salua poliment, leur souhaita bon courage pour le travail qui les attendait et continua sa route sans les retarder plus que nécessaire. Elle descendit les escaliers en sautant, à pied joint, sur chacune des marches avant d'atteindre l'entrée. En chantonnant une mélodie au hasard, elle fit glisser la petite roulette pour déverrouiller son casier où elle déposa ses chaussons d'intérieur, elle récupéra ses bottines et soupira en sentant que ses pieds étaient bien plus au chaud maintenant. Elle empoigna son parapluie rouge et se dirigea vers la porte de sortie.
Son regard sonda l'extérieur de l'école et, elle écarquilla des yeux en voyant que Mademoiselle Blanchard était toujours dehors. Elle se cacha précipitamment derrière une poubelle pour ne pas être vu, si elle se faisait attraper, elle pouvait être certaines que la brune allait la faire entrer de force dans le bus. Elle resta quelques minutes dans cette position, le véhicule jaune fini par partir lorsque le conducteur eut la certitude d'avoir récupéré tous les enfants puis la professeure s'en alla à son tour.
Soupirant de soulagement, elle quitta enfin le bâtiment et dévala les escaliers pour prendre le chemin de chez elle, le bruit de la pluie tombant sur le tissus tendu de son parapluie lui arracha un immense sourire. Entre les jours de pluie, les jours gris et ceux où il faisait beau, c'était sans aucun doute les jours de pluie qu'elle préférait.
Elle aimait les jours de pluie, non, elle adorait ça. Que ce soit l'odeur ou le son produit par les particules d'eau, elle raffolait d'absolument tout. Elle trouvait le bruit que provoquait les gouttelettes en tapant contre les carreaux était très relaxant, apaisant, elle se sentait profondément bien et ce, rien qu'en l'écoutant. Mise à part ça, il y avait tout un tas de très bonnes raisons pour aimer la pluie. Grâce à elle, les plantes pourraient rester bien belles et bien vertes pour le plus grand plaisir des escargots qui auraient de magnifique terrain de jeu, l'air serait plus frais et plus agréable à respirer grâce à l'humidité mais surtout, après un peu de pluie, il y avait souvent un arc-en-ciel. Son amour par la pluie n'était comparable qu'à celui qu'elle portait aux arc-en-ciel.
A ses yeux, parmi toutes les raisons qu'elle avait d'aimer la pluie, il y en avait une qui les dépassait toute. Celle de se coucher le soir en écoutant la pluie battre sur la vitre, blottie en sécurité dans les bras de sa mère au cas où un orage venait à éclater. Regina avait une peur bleue des orages mais elle refusait catégoriquement de l'avouer alors, pour dormir en étant un peu plus rassurée, elle se glissait dans le lit de la blonde en assurant – à qui voulait bien l'entendre – que c'était celle-ci qui tremblait de peur à chacun des éclairs. Sa fille riait à chaque fois face à son comportement mais, jamais, elle ne l'avait contredit, bien au contraire, elle jouait même parfaitement la comédie lorsqu'un orage éclatait et qu'elles étaient hors de la maison.
Elle aimait aussi tout particulièrement sauter dans les flaques d'eau mais, ça, sa mère en avait horreur. Elle se retenait de l'engueuler à chaque fois qu'elle voyait ses chaussures couvertes de boue mais, le retroussement de son nez était suffisant pour comprendre son mécontentement alors elle le faisait le moins possible, bien que parfois la tentation était plus forte.
Sautillant avec amusement dans les petites trainées d'eau présente sur le trottoir, elle fronça des sourcils en remarquant que quelqu'un se trouvait dans la rue pourtant vide de toute trace de vie humaine puisque tous les habitants étaient partis se mettre à l'abris chez eux. Elle continua d'avancer et fut d'autant plus étonnée en constatant qu'il s'agissait d'Archibald Hopper, le psychologue de la petite ville. Celui-ci était assis sur un banc, seul, le regard perdu dans le vide. L'homme ne se séparait jamais de son parapluie qu'il utilisait habituellement comme d'une canne lorsqu'il promenait Pongo et pourtant, aujourd'hui, alors qu'il en avait besoin pour se protéger de la pluie, il ne l'avait pas.
« Monsieur Archie ? Est-ce que vous allez bien ? » Demanda-t-elle en l'approchant presque timidement.
L'homme releva la tête en écoutant la petite voix prononcer son surnom et ses lèvres se soulevèrent instinctivement en un sourire seulement Emma n'était pas dupe au point d'y croire. Elle voyait parfaitement le rougissement de ses yeux qui montraient qu'il avait pleuré avant son arrivée, son regard était vide de toute trace de joie alors son rictus ne transmettait que mieux la tristesse qui semblait l'habiter.
« Que fais-tu dehors par un temps pareil ? » Questionna-t-il.
« Je suis là pour écouter chanter les criquets. »
« Oh... Les criquets... Oui, ça fait longtemps que je n'ai pas écouté le chant des criquets. »
Il ferma les yeux et balança doucement sa tête en arrière pour laisser les gouttes de pluie gifler directement son visage. Il se concentra sur ce doux sifflement qu'il n'avait encore jamais remarqué, il n'avait jamais vraiment fait attention aux criquets si bien qu'il était persuadé qu'il n'y en avait aucun à StoryBrooke ce qui, dans le fond, aurait été très étrange.
« Dites, Monsieur Archie ? Est-ce que vous avez besoin d'aide ? »
« C'est gentil de ta part ma grande mais tout va bien, j'avais juste besoin de réfléchir un petit peu. » Répondit le roux qui ne voulait surtout pas l'inquiéter.
« Vous en êtes sur ? Vous avez l'air très triste. » Souffla la blonde en resserrant sa prise sur le manche de son parapluie.
« Tu sais, parfois, être un adulte c'est compliqué. On fait et on dit des choses qu'on ne devrait pas. »
« Vous avez des problèmes Monsieur Archie ? Je peux vous aider ? »
« Je me suis disputé avec un ami, ça t'est déjà arrivé à toi ? J'étais très en colère et je lui ai dit des choses vraiment méchantes mais je ne les pensais pas du tout. » Marmonna l'adulte, honteux.
« Pourquoi vous avez dit ces choses alors ? » Lança Emma, les sourcils froncés.
« Il faut croire que je ne suis pas quelqu'un de si bien que ça, je ne suis pas l'homme que j'aimerais être. »
« Est-ce que vous vous êtes excusé ? »
« Non, je n'ai pas eu le courage. » Soupira-t-il en passant sa main le long de son visage.
La fillette pencha doucement son visage sur le côté et, tout en tirant une moues des plus adorable qu'il soit, elle le fixa avec des grands yeux ronds. Archi se sentit comme mis à nu face à son regard et, pendant un instant, il se demanda si l'enfant n'était pas en train de l'analyser comme il avait l'habitude de le faire avec ces patients.
« Vous me faites penser à Jiminy Cricket. » Lâcha-t-elle finalement après plusieurs secondes de silence.
« Jiminy Cricket ? Le personnage du conte Pinocchio ? D'où te vient cette drôle d'idée ? Pourquoi est-ce que tu me dis ça ? »
« Parce que c'est ce que vous êtes. » Assura la blondinette en hochant positivement la tête de haut en bas.
« Et qu'est-ce que je suis ? » Soupira le psychologue en se redressant.
« Vous êtes une sorte de conscience, vous nous montrez ce qui est bien ou mal. Vous pouvez être ce que vous voulez, je pense que vous pouvez même être quelqu'un de bien. Ma maman dit toujours qu'on ne naît pas méchant mais qu'on le devient alors soyez comme Jiminy Cricket ! »
« Voyons... Enfin... Jiminy Cricket est un insecte. C'est la petite voix de la conscience et je... Je suis loin d'être comme ça... » Marmonna-t-il en détournant les yeux.
« Mais avant d'être ce que vous dites, c'était quelqu'un à qui il a fallu beaucoup de temps pour trouver ce qu'il devait faire. »
« Ça... ça me ressemble plus. »
« Il vous suffit d'entendre la petite voix en vous pour devenir celui que vous voulez vraiment être. »
L'homme releva le visage et observa attentivement la petite fille qui lui faisait face. Quel âge avait-elle déjà ? Huit ou peut-être neuf ans ? Comment pouvait-elle avoir un tel raisonnement ?
Habituellement, les enfants de cet âge avaient une vision très binaire du monde. Les gentils étaient d'un côté et les méchants de l'autre pourtant, la jeune Mills semblait avoir déjà dépassé cette méthode de réflexion. Etrangement, il se rendit compte qu'elle était bien plus réfléchie qu'une grande partie de la ville, elle était sacrément mature pour son âge.
« Tu ferais mieux de rentrer, tu vas prendre froid. » Annonça-t-il en voyant que la pluie continuait de tomber.
« Vous aussi. Tenez, prenez mon parapluie. Je n'habite plus très loin. »
Elle plongea sa main dans la poche de son manteau et en sortit quelques bonbons qu'elle avait discrètement volés dans le bocal à sucrerie de sa maison. Elle fourra le tout dans les mains de l'homme et le regarda avec énormément de sérieux.
« Allez voir votre ami et dites-lui que vous êtes désolé, que vous ne vouliez pas le blesser. Si vous n'y arrivez pas alors écrivez lui une lettre d'excuse pour vous faire pardonner. Ne laisser pas la situation devenir pire, ne restez pas sous la pluie comme ça même si vous êtes triste parce que votre ami ne doit pas aller mieux que vous. Faites le premier pas vers lui et devenez l'homme que vous voulez être, Monsieur Archie. »
Sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit de plus, elle l'abandonna pour se mettre à courir. Les mains tendues derrière le dos, elle pensait sincèrement que sa position allait lui permettre d'aller plus vite comme tous les personnages qu'elle appréciait tant dans Naruto. Elle parcourut rapidement la distance qui la séparait du manoir et soupira de soulagement en voyant que la Mercedes de collection n'était pas dans l'allée, sa mère devait encore être coincée à la mairie alors elle ne pourrait pas la disputer parce qu'elle revenait complètement trempée.
Elle attrapa tant bien que mal son trousseau de clé qui se trouvait dans le fond de son sac à dos puis elle déverrouilla la porte, elle se précipita à l'intérieur pour se mettre au chaud et elle n'eut pas le temps de faire plus de deux pas qu'une serviette chaude lui entoura le visage, lui faisant pousser un soupir d'appréciation.
« Tu rentres tard mon bébé, qu'est-ce que tu faisais ? » Questionna Regina en l'accueillant avec un immense sourire.
« J'écoutais les criquets ! »
« Et ton parapluie ? Tu l'as oublié à l'école ? »
« Non, je l'ai donné à Monsieur Archie. »
« Archie ? Le Docteur Hopper ? »
« Hum, Hum. » Fit-elle en venant se blottir dans ses bras.
La brune fronça des sourcils et décida de ne pas poser plus de question, elle lui rendit son étreinte avant de lui ordonner d'aller mettre des habits propre dans sa chambre. Soupirant en voyant la trace d'eau sur son chemisier blanc, elle retourna à la cuisine où elle avait préparé un bon goûté pour sa si gentille fille.
