LEGEND OF WAR
Chapitre 5
Note de l'auteur : Avant de commencer votre lecture, je voulais vous remercier pour vos commentaires !
L'attente a été longue, autant pour vous que pour moi, mais voici enfin la suite ! :D
J'espère que celle-ci vous plaira.
Très bonne lecture !
~ Toute attention prêtée à une chose extérieure, trouble ou altère l'intérieur. ~
Jean Grenier
Au pied de la chaîne dunaire, la bataille faisait rage. Le bruit tonitruant des tirs de kalachnikovs et de mitraillettes bourdonnait comme un essaim de mille abeilles au cœur des terres stériles. Tant bien que mal, Sasuke essayait de rapatrier derrière les 4x4 protecteurs la blessée et sa progéniture, essuyant toujours aussi intensément les déflagrations adverses. Soutenu par ses deux partenaires, il rampait dans la poudreuse flavescente, quitte à en avoir des grains pleins les lèvres. L'adrénaline était son moteur, elle le poussait à se surpasser malgré les projectiles meurtriers qui s'abattaient sur eux.
Le ballet des motos creusait des tranchées profondes, des entrelacs abstraits. Atteindre une cible mouvante se révélait être une tâche délicate pour les trois militaires, d'autant que leurs rivaux se montraient particulièrement offensifs et prêts à tout. Arrosé par une pluie de balles, la progression de Sasuke se trouvait être fortement ralentie. Ces individus n'avaient rien d'amateurs. Précautionneusement, ils veillaient à slalomer pour ne pas être touchés et prenaient de la distance lorsqu'ils étaient trop près, avant de revenir furibonds les canarder.
Inquiet du quasi-surplace de l'Uchiha, Naruto serra un peu plus fort les dents quand les dernières cartouches de son chargeur furent délivrées. Dans la foulée, il rechargea pour la troisième reprise, amenuisant davantage le stock de munitions qu'il possédait dans son veston sans manches aux tons beige. Si le combat se poursuivait dans ces conditions, il était sûr que chacun d'entre eux finirait par y laisser leur peau !
Les risques que prenait Sasuke pour sauver cette famille démontraient sans l'ombre d'un doute un certain degré d'héroïsme… Mais sans couverture, sa vaillance l'exposait au sacrifice, peut-être, de sa propre vie. Et cette hypothèse, littéralement infâme, de le voir périr sous ses yeux, ce sentiment que l'histoire pouvait se répéter, fut inacceptable pour Naruto. Il avait déjà perdu Shikamaru… Et même si le brun avait tout d'une étrange curiosité qu'il ne parvenait pas à décrypter, que son indiscipline l'insupportait au plus haut point, il était impensable que ces hommes le lui enlèvent aussi. Mais pourquoi diable s'était-il jeté de lui-même dans ce merdier ?! Tenait-il si peu à sa vie ?! N'y avait-il pas une personne, quelque part, qui attendait fébrilement son retour ?
Si l'estimation entre l'affect et la prudence parut être un véritable dilemme pour le blond, pour Saï, le choix fut clair comme de l'eau de roche. En voyant tout le mal que se donnait Sasuke et sa difficulté à se sortir de ce guêpier, il alla au-devant du danger, oubliant ainsi toutes les procédures qu'on lui avait pourtant inculqué.
« Je vais l'aider ! » hurla-t-il à son supérieur.
« NON ! Reste à couvert ! SAÏ ! RESTE À COUVERT ! » s'époumona Naruto. « Putain de merde ! » rajouta-t-il hargneusement après que le cadet de l'équipe décidât d'imiter Sasuke dans l'art de la désobéissance.
En effet, le jeune guerrier négligea sa directive et se jeta à corps perdu sans plus aucune protection au milieu du démêlé, aveuglé par la vénération qu'il portait à l'Uchiha. Il avala les mètres qui le séparaient de lui dans un trot rythmé, mitraillant dans un même temps les tireurs masqués par leur keffieh. Lorsqu'il parvint jusqu'à Sasuke, il le surplomba immédiatement, permettant à ce dernier de s'agenouiller pour améliorer sa précision et au duo mère-fils de prendre un peu d'avance pour se rapprocher de plus en plus de Naruto. Les savant proche de la sécurité, les deux équipiers purent se focaliser essentiellement sur la contre-offensive qu'ils menaient. Leurs tirs se synchronisèrent, générant un chant de détonations graves sifflant dans l'air brûlant.
Tout en maugréant contre le sentiment de perdre le contrôle de son unité, le Sergent-Chef n'eut d'autres choix que de saisir la main tendue du vagabond. Grâce à sa force herculéenne, il put le faire glisser d'une seule traite à l'abri, derrière la cuirasse du blindé résistante aux perforations. Puis avec son aide, il tira ensuite la femme avec précaution, vérifia rapidement d'une main habile ses constantes ainsi que sa blessure, et jugea que celle-ci ne lui serait pas fatale. La civile émit un geignement lorsqu'il manipula son épaule ; à première vue, la balle n'avait pas touché de points vitaux. Néanmoins, cette dernière n'était pas ressortie et du sang s'écoulait continuellement de la plaie. En réaction, Naruto sortit d'une des poches de son gilet pare-balles un sachet de compresses qu'il ouvrit d'un franc coup de dents et comprima la lésion en appuyant fortement dessus, arrachant cette fois un cri de douleur à la blessée étendue.
« Va falloir que tu me remplaces ! Donne-moi tes mains ! »
Entre panique et barrière de la langue, sa demande fut incomprise au moment clé et Naruto le remarqua en un coup d'œil en plongeant dans ses yeux, exorbités par cette pression insoutenable qui venait de pénétrer dans son corps comme un brusque coup de tonnerre. Alors en conséquence, il les attrapa virulemment de lui-même pour les guider au-dessus du tissu désormais coloré d'un rouge carmin.
« Tu appuies et tu ne t'arrêtes pas, pigé ?! » ordonna-t-il fermement en posant ses paumes sur les siennes pour lui faire comprendre ce qu'il attendait de lui. « Hey ! T'as pigé ?! »
Il secoua après quoi ses épaules jusqu'à le voir opiner de la tête et sans plus attendre, une fois le relais pris, reporta son attention sur le combat qui se poursuivait derrière lui, revenant en soutien de ses coéquipiers toujours à la lutte.
« Colis sécurisé ! REPLIEZ-VOUS ! REPLIEZ-VOUS ! » exhorta-t-il à pleins poumons.
De deux tapes sur l'épaule, Saï signala à Sasuke l'ordre de battre en retraite. Mais aussitôt entamèrent-ils tous deux marche arrière que l'un des tireurs, échaudé d'avoir manqué sa cible après tant de reprise, stoppa soudainement son engin pour leur faire face.
Il posa d'abord un pied à terre et les toisa, sentencieux au bord de sa selle. Puis il plongea la main à l'intérieur de son vêtement et dégaina une petite sphère dissimulée dedans. Sa couleur kaki tirant vers le gris, son diamètre, pas plus grosse d'une balle de tennis…
Naruto la remarqua, cette arme iconique dans le creux de sa main. À brûle-pourpoint, il cessa immédiatement toute réponse au feu ennemi.
« NON ! »
Son regard noir plein de haine, surmonté par des sourcils arqués, croisa le sien, écarquillé. Dans celui de l'homme masqué, une expression déterminée inébranlable fut brandie.
C'est alors que Naruto sut que la folle action sur le point d'être commise serait menée jusqu'à son terme.
C'est alors que Naruto vit que cet homme n'avait absolument rien à perdre… tant qu'au nom de la cause qu'il représentait et pour laquelle il avait été envoyé, les oiseaux de mauvais augure étaient anéantis.
Sans trembler, il dégoupilla l'objet et d'un mouvement de main sûr, la balança dans leur direction.
Naruto renouvela son cri en la regardant tournoyer dans les airs, si bien qu'obnubilé par elle, il se rua hors de sa planque, comme si une force dépassant les lois de la physique venait de prendre subitement les rênes sur son squelette. Qu'espérait-il, toutefois, quand son pied donna une impulsion désespérée dans le sable, alors que celui-ci semblait vouloir retenir sa course ?
Indubitablement et sans aucune autre possible finalité, l'obus heurta le sol une fois, puis rebondit jusqu'au duo, ne leur laissant que trois petits mètres de séparation.
« GRENADE ! » s'exclama le jeune caporal, avant que celle-ci n'explose, sans qu'il ne puisse, tout comme Sasuke, avoir le temps d'exprimer la moindre réaction pour protéger leur corps.
Le souffle les projeta en arrière, et tels deux papillons sans ailes, ils battirent des bras quand ils s'élevèrent. Un nuage de poussière, accompagné d'un épouvantable vacarme, se souleva pour envelopper une large circonférence, les coupant de la vue du Sergent-Chef, repoussé à son tour par l'onde de choc.
« SASUKE ! SAÏ ! »
Quelques atroces secondes s'écoulèrent tandis que le son de l'impact s'édulcora. Quelques secondes, puis le silence total fut roi.
Sonné, Naruto cligna faiblement des yeux en se redressant sur les genoux, ses oreilles endurant par ailleurs un odieux acouphène. Dans le brouillard de sable stationnaire, à l'endroit exact où se tenaient encore un peu plus tôt le caporal Yamanaka et le sergent Uchiha, il ne perçut aucun mouvement.
« Non… » mimèrent péniblement ses lèvres.
Quelle était… cette sensation d'écrasement naissante dans sa poitrine ? Pourquoi tout à coup… respirer semblait lui faire plus de mal que de bien ?
Aussitôt, cette scène le replongea dans ses affreux souvenirs, trois mois plus tôt, lors de cette mission en territoire de Ame, petite agglomération dans un pays soumis à des pluies permanentes, désormais tombeau du Sergent Nara.
Un contrat d'engagement signé, un déploiement pour deux mois sur ces terres gorgées d'eau afin d'acheminer et distribuer des vivres, du pétrole et des matériaux dans ce village saccagé par des pilleurs dépourvus de scrupules. Une mission somme toute commune et accessible pour l'unité Kurama et qui ne requérait pas une vigilance hautement accrue ou une démonstration de force. Selon les dernières informations, ces forbans s'étaient retirés depuis des jours après avoir vandalisé le moindre centimètre carré des commerces, laissant le peuple en proie à une famine sévère.
Ils auraient dû devenir la lumière dans le noir, l'incarnation de l'espoir. Ce n'était qu'une mission d'aide humanitaire. Une mission facile, dans l'énoncé. Sans risque éminent, avaient-ils donc pensé.
Ils ne s'étaient jamais autant fourvoyés.
Ces marginaux sans foi ni loi, informés d'une présence militaire par des sympathisants, avaient décidé de rebrousser chemin, uniquement pour le plaisir de « se taper du bidasse ». Ils prônaient l'agressivité et la violence, rejetaient violemment le conformisme, ne répondaient de personne, se vantaient de cracher sur les lois de leur pays…
Aucun dialogue ne fut possible. Et le drame fut, lui, inévitable.
L'horreur qui lui brouillait l'esprit était-elle donc en train de se reproduire ?
Son impuissance lui fouettait le visage. Les bras ballants, il observa, les yeux dans le vague, la brume de sable et les fines particules retombant lentement. Il n'entendait plus le bruit percutant des coups de feu qui venaient de reprendre, ni le moteur des motocross. Pourtant, ceux-là ronronnaient toujours aussi rageusement autour de leur position et les fusils psalmodiaient encore leur terrible refrain.
Était-ce vraiment la fin ?
Alors que tout espoir semblait perdu, les pourtours flous d'une ombre apparurent dans le voile opaque, une ombre qui s'agitait et déambulait lentement vers lui. Celle-ci ne lui donna aucune indication sur ses intentions. Elle aurait pu être celle de l'ennemi bien entendu. Mais Naruto ne bougea pas, ne chercha même pas à s'emparer de son arme de poing camouflée à l'intérieur de son pantalon, contre sa cheville, alors qu'il était maintenant lui aussi dans une position non protégée.
« Qu'ils viennent. » se dit-il, d'un air étrangement tranquille. « Qu'on en finisse. »
En quatorze ans aux services de la Konoha Royal Army, Naruto avait largement eu le temps de réfléchir à la façon dont il voulait mourir, à peaufiner les détails s'il était fait prisonnier de guerre…
En fait, cette option était inenvisageable.
Il savait comment les détenus étaient traités dans ces endroits. Les prisons de son propre pays avaient tout l'air de centres de vacances à côté. Ici, on les torturait jusqu'à ce qu'on leur fasse cracher n'importe quelle miette d'information. Il n'existait aucun répit. On s'évanouissait ? On les réveillait à coup de seaux d'eau glacée, de décharges électriques ou de barre chauffée à blanc au chalumeau. On osait soutenir leurs regards ? On se faisait couper un membre pour cette offense. On résistait ? On vous brisait.
Il en avait déjà entendu, des histoires sordides, mais pas moins vraies. Elles provenaient de la bouche de ceux qui avaient pu revenir…
D'une main tout de même tremblante, il fouilla du bout des doigts dans sa sacoche située dans son dos, à la ceinture, et serra dans sa paume l'une de ses propres bombes en prenant une grande inspiration. Pour Naruto, tout était déjà fermement conclu. Jamais. Jamais ils ne le prendraient vivant… et viendraient même avec lui dans la tombe.
Il ressentit un léger étranglement quand il songea à sa femme, à son fils et sa fille encore dans le ventre de sa mère. Hinata savait à quels risques il pouvait être confronté. Mais serait-elle capable de lui pardonner ? Ce sujet, ils l'avaient pourtant abordé à maintes reprises, mais peut-être à chaque fois avec un peu trop de légèreté, sans vraiment creuser l'aspect irrémédiable de cette décision.
Naruto eut un sourire en coin et renifla. Le seul à lui en vouloir, ce serait Boruto. Si la parole manquait encore de forme, Boruto communiquait d'une manière non-verbale sa peine, à travers de gros yeux noirs notamment, malgré la couleur si bleue de ses iris. Du haut de ses quatre ans, ce petit bonhomme au caractère bien trempé savait comment lui faire comprendre sa déception et sa douleur liées à ses longues périodes d'absence. Son grade de Sergent-Chef, acquis après des années de sacrifices et de dur labeur, ne faisait guère le poids face aux bougonneries de son premier. Lui ne voyait pas le héros qu'il incarnait dans son treillis… mais regrettait seulement le père qu'il n'avait pas.
Des remords, Naruto en comptabilisait un certain nombre. Et c'est avec un pied dans la tombe qu'il réalisa. Sa vie, il l'avait consacré à sa carrière galopante, à ses ambitions, à ce métier qu'il chérissait et qui lui apportait tant, si bien qu'il en avait négligé rudement sa famille et l'avait écarté du centre de ses priorités.
Il se répéta qu'Hinata ne le méritait définitivement pas. Il lui avait si mal rendu cette affection, cet amour sans limite, que nombreux auraient pu lui envier. Elle l'avait tellement aimé, lui, le militaire en mal de sensations, étouffé par son rôle de père, fatigué de revêtir celui de mari, rêvant secrètement d'assouvir un perpétuel besoin de liberté. S'était-elle déjà rendu compte pendant leurs dix années de concubinage que son époux voulait échapper à cette vie monotone, au patriarche de cette dernière, un brin conservateur et oppressant, alors qu'au bout de quelques jours, Sasuke, ce collègue dérangeant, avait su lire entre les lignes ?
Sasuke… Pourquoi fallait-il que cet enfoiré vienne s'immiscer dans ses – hypothétiquement – dernières pensées ? N'en avait-il pas assez fait ?
Lui qui avait toujours mené d'une main de maître, et de fer, ses troupes s'était complètement fait dépasser par les événements depuis son apparition, tant sur le terrain que dans la gestion de ses émotions.
À cet instant charnière, il s'autorisa toutefois à penser à l'indomptable Sergent, à sa présence qui avait mis à mal son équilibre en l'espace de quelques jours. Par sa virulence, par ce désir de lui tenir tête, par ce baiser volé, Sasuke fit éclater quelque chose à l'intérieur de lui, une chose qui devenait tout à coup ingérable quand il était proche de lui, mais sur laquelle il ne voulait pas poser de mots, préférant ainsi feindre l'ignorance de ce qui se développait entre eux et autour d'eux plutôt que de succomber à cette fascinante curiosité en se laissant aller à la découverte de celle-ci.
Le Sergent-Chef eut un goût amer en bouche et pressa les lèvres. Il n'en apprendrait jamais sans doute plus. Ni sur Sasuke, ni sur cette sensation étrange qui se manifestait. Car l'ombre se rapprocha.
Naruto fronça les sourcils, inspira et souffla bruyamment plusieurs fois de suite tout en serrant la grenade dans son poing, tentant de vider sa tête de toute émotion superflue qui n'avait plus aucune utilité aux portes de la mort, toutefois sans vraiment parvenir à chasser l'image de Sasuke, dont le corps devait être étendu quelques mètres plus loin.
Il y avait tellement de choses pour lesquelles il n'était pas prêt… Mais mourir au combat était une histoire écrite d'avance… Il avait chapoté lui-même la fin.
Au-devant, les contours de la silhouette se firent plus nets, elle cavalait dans son sens cette fois plus franchement et bien plus rapidement.
Naruto se tenait prêt. Prêt à s'ôter la vie, à rencontrer son créateur… et à venger les siens. Avec conviction, il prépara son tir, les doigts sur la goupille.
« Amenez-vous. » siffla-t-il d'une voix résolue.
Comme si elle n'attendait que son ordre, la forme humaine creva le brouillard de sable et, enfin, le voile sur son identité fut levé.
En une fraction de seconde, alors qu'il avait parfaitement imaginé son corps et ceux de ses ennemis brisés en mille éclats, le visage crispé de résignation du blond s'éclaira. L'image qui se reflétait dans ses perles céruléennes était-elle bien réelle ? Ça avait pourtant tout d'un rêve…
L'homme qui courait devant lui à perdre haleine, filant entre les balles pourfendeuses, n'était autre que Sasuke, transportant courageusement tout le poids de Saï sur son épaule.
Leurs prunelles s'accrochèrent profondément dans cette course folle tandis qu'un déluge de bombardement subsistait toujours aux trousses du brun. Naruto peina à réagir. Cela tenait tout bonnement du miracle. Un frisson soudain dévala la pente de son dos et l'air accumulé dans ses poumons fut brutalement recraché.
« Sasuke… » souffla-t-il en même temps que son oxygène.
Le soulagement s'empara entièrement de lui et il l'accueillit comme un cadeau inespéré. En se penchant vers l'avant, Naruto prit appui et s'élança vers le soldat éprouvé.
C'est à ce même instant que de nouveaux échos de tirs se mêlèrent à ceux déjà existants, et dans ce tumulte fracassant, Naruto reconnut un son en particulier : celui d'un fusil aux coups très secs, celui qui ne s'occasionnait qu'une fois, car la chambre réclamait l'insertion et l'éjection manuelle d'une balle par le levier d'armement, celui d'un fusil qui nécessitait dans sa pratique grande précision, calme absolu et maîtrise de soi. Celui provenant de l'arme d'un tireur d'élite.
Instantanément, les projectiles ennemis cessèrent de poursuivre Sasuke et la résonnance tonitruante des rafales se dirigea plus à l'Est. Leurs agresseurs se concentraient sur un autre objectif, un objectif dont ils n'avaient pas anticipé la venue. Cela ne signifia qu'une seule chose : les renforts étaient enfin arrivés.
Lorsqu'ils se rejoignirent, Sasuke se laissa tomber sur les genoux sans même pouvoir se retenir, car à bout de force, mais préserva la dépose de Saï avec une manipulation délicate, soutenant sa tête avant de l'allonger sur le sable.
« Sa jambe… Il est blessé. » parvint-il à articuler entre deux respirations haletantes.
Naruto n'eut pas le temps de se réjouir de les voir saufs. La réalité le rattrapait déjà. Il s'accroupit à son tour et étudia la plaie sur la jambe gauche de son caporal, une plaie ouverte qui s'étendait du mollet jusqu'à la rotule, dont une partie était d'ailleurs apparente. Saï se mordait les lèvres pour contenir ses geignements, mais les grimaces qui déformaient ses traits prouvaient à quel point il souffrait. Faute de mieux, Naruto ne put que recouvrir sa déchirure d'un bandage de fortune.
« Ça va aller Saï. On va te sortir de là. » promit-il en posant une main compatissante sur son épaule, saisissant dans l'autre sa radio. « Taka au rapport. Dites-moi que c'est vous que j'entends. On a besoin d'aide par ici. Saï et Sasuke sont blessés. » énonça-t-il en observant cette fois soigneusement l'Uchiha.
En effet, le minois de Sasuke présentait plusieurs coupures superficielles, mais du sang, bien plus inquiétant, s'écoulait de sa tête suite à un probable traumatisme crânien et ruisselait le long de sa joue pâle, sans que cela n'alarme vraisemblablement son propriétaire. La réponse de ses coéquipiers se fit attendre et Naruto hésita davantage sur ce qu'il devait faire. L'idée que sa propre peau entre en contact avec celle du Sergent le mettait mal à l'aise, comme si cela imputait forcément quelque chose à connotation érotique ou sensuelle. Toutefois, il finit par trouver sa réflexion ridicule et se déplaça jusqu'à lui en approchant sa main vers ses cheveux ébouriffés, simulant l'indifférence.
« Fais voir. »
Mais il n'atteignit pas son but. Avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit, Sasuke tordit sa nuque et recula, faisant suspendre son avancée vers sa blessure.
« Ça va, je n'ai rien. Occupez-vous des autres. »
Coupé dans son élan, le blond tiqua. Sasuke avait vraiment l'air accablé par les dommages corporels subis par Saï, il ne le quittait pas du regard. Seulement, Naruto se fichait pas mal de ses états d'âmes. Ce n'était ni le lieu, ni le moment pour se rebiffer alors que sa commotion pouvait être grave et entraîner des complications. Ils étaient tous éprouvés par la situation et il savait d'emblée qu'il n'aurait pas la patience de prendre des pincettes avec ce rebelle d'Uchiha. Alors, il ne tergiversa pas et insista.
« Je ne te demandais pas ton avis. Montre. »
Un soupir exaspéré lui répondit, et ne cherchant pas plus loin, il prit ça pour un oui même si ça n'en était pas un.
Une fois à l'œuvre, Naruto se sentit crouler sous une montagne de honte. Lui qui, sur le point de se donner la mort, pensa à Sasuke en des termes très ambigus et l'affilia à un regret, se retrouvait maintenant en surplomb, les doigts glissés dans ses cheveux, à dégager minutieusement ses mèches emmêlées et enduites de sang visqueux pour accéder à la zone lésée, tout cela dans un silence opprimant.
Il ne se savait pas si précautionneux, et encore moins si doux. Le tact n'était pas spécialité ; pour lui, les chichis se réservaient aux faibles et aux capricieux. Il n'avait même pas le souvenir de faire preuve d'autant de délicatesse avec sa propre femme. Sans doute était-elle habituée à sa brusquerie, ou en tout cas, comme elle ne s'en était jamais plainte, il ne s'était jamais vraiment posé de questions sur sa façon d'être. Pourtant à cette occasion, il s'appliqua consciencieusement dans sa besogne malgré l'épaisseur de ses doigts et veilla à ne pas faire plus de mal à un Sasuke immobile et aussi mutique que lui. Tout en repoussant sur les côtés la masse capillaire, il jeta un coup d'œil à ce dernier.
Il avait failli y rester. Et lui avait cru l'avoir perdu pour de bon.
Il avait eu peur.
Oui, terriblement.
Mettre des mots sur ce sentiment qui lui avait glacé le sang au moment de l'explosion ne fit qu'attiser son malaise. Aussitôt, il se lécha les lèvres. Pourquoi songeait-il à de pareilles pensées ? Leur profession était leur seul lien, leur unique point commun. Pourquoi Sasuke le troublait-il à ce point ? Pourquoi se sentait-il… comme ça ?
« Bon, c'est pas si profond que ça. » finit-il par dire, pour balayer ces tergiversations idiotes. « T'auras juste besoin de deux ou trois points de suture. »
« Je vous l'avais dit. »
Il avisa l'œillade de son camarade, mais détourna vite la sienne pour débuter le nettoyage de la plaie et surtout pour que Sasuke ne se rende compte de rien.
« Comment vont-ils… les civils ? » questionna le brun.
« Ils vont s'en remettre. Dès que tout sera terminé, on les embarque avec nous. »
« Justement… Dépêchez-vous, on doit retourner là-bas. On doit aider les autres. »
Naruto éleva un sourcil tout en interrompant momentanément ses gestes.
« Hein ? Où est-ce que tu comptes aller ? T'es blessé, tu bouges pas d'ici. J'ai dit que ce n'était pas profond, pas que ce n'était pas grave. Une blessure à la tête, ça demande toujours des vérifications. Alors tu n'iras nulle part tant que Yahiko ne t'aura pas ausculté. »
Le chef de l'unité Kurama se voulait ferme, mais à nouveau, il pressentit le regard incandescent de son compagnon d'armes sur lui qui lui picotait le cou et la naissance de sa poitrine.
« Vous vous inquiétez pour moi ? »
Il y eut une légère vibration sur la bouche opulente du blond. Sa pomme d'Adam roula, mais fierté oblige, il démentit immédiatement.
« … Raconte pas de conneries. »
La pommette de Sasuke se souleva et Naruto devina son sourire en coin. Son mensonge ne passait pas auprès du brun, mais l'Uzumaki tenait à garder pour lui ses émotions, à ne pas montrer que cela l'affectait. Aussi, il termina rapidement l'étape de la désinfection, puis ne demanda pas son reste pour se redresser, tournant au passage le dos à Sasuke afin que ce dernier ne remarque pas son embarras. Sans un mot, il enfila la lanière de son fusil de précision par-dessus son épaule, vérifia rapidement le contenu de son chargeur et dégaina son talkie pour le porter à sa bouche.
« Taka au rapport. Répondez. »
Seul un long grésillement se fit entendre, ce qui agaça copieusement le Sergent-Chef.
« Taka, répondez. » adjura-t-il encore.
« Putain de merde Naruto. Tu crois qu'on conte fleurette ou quoi ? On est un peu occupés avec des barjots en motocross là. »
Par ce timbre excentrique, Naruto reconnut bien là la voix et les locutions mutines de Kiba.
« Content de t'entendre Kiba. Je vous rejoins tout de suite. On va les fumer pour de bon, ces fils de pute. »
À peine sa brève conversation terminée, Naruto rangea son équipement de liaison. Puis il inclina la tête en direction de Sasuke, lequel semblait le sonder intensément, la mine sérieuse, presque grave. Il y avait tant de choses à lire dans ce regard, dans ce message sans parole, mais Naruto ne voulut pas s'y attarder. Ils avaient beau se mener la vie dure, se détester, en apparence, se savoir diamétralement opposé, l'inquiétude qu'ils se portaient l'un à l'autre était véritable. C'était perturbant, et Naruto ne voulait pas être déconcentré : ils étaient en pleine guerre, non dans un conte de fées. De plus, il ne devait absolument rien à ce crétin d'Uchiha, si ce n'était la promesse interne faite à la signature de son contrat de le ramener en vie, lui et tous les autres engagés. Pourquoi alors se sentit-il obligé de le rassurer ?
« … Je reviens. Je ne serais pas loin. N'en fais pas trop, caches-toi et prends soin des autres pendant mon absence. »
Avec ses grands yeux, Sasuke ressemblait à un chien attendant impatiemment le retour de son maître, de quoi embrouiller davantage Naruto. Ils paraissaient lui dire ''non, ne pars pas, je t'en supplie, reste, ne t'en vas pas''. Parce qu'il savait d'où il revenait. De loin. La mort, félonne et sournoise, lui avait caressé tendrement la joue dans l'espoir funeste de le prendre en son sein…
Devant tant d'insistance, le cœur de Naruto s'emballa. Mal à l'aise, il rompit leur échange et se gratta l'arrière du crâne. Sasuke n'avait rien demandé. Malgré cela, là encore, les mots sortirent de manière naturelle, découlèrent de sa gorge avec une surprenante sincérité.
« Je ferais attention. »
Puis il s'élança, sans un regard en arrière, et durant son déplacement véloce, décrocha une nouvelle fois sa radio pour délivrer le message suivant :
« Ne les tuez pas tous. J'en veux un vivant. »
À suivre...
Je ne vais pas vous faire de grands discours, mais je suis heureuse d'avoir pu publier la suite de LOW après tous ces mois !
J'espère sincèrement que vous avez apprécié.
A très bientôt !
Votre dévouée (et tenace),
TLIOM
