Tout était silencieux autour de Harry quand il revint à lui. Il fut étonné de ne pas avoir froid et il se rendit compte qu'il était allongé dans un lit, sous une épaisse couverture. Il se sentait fatigué et faible et quand essaya de se redresser, une douleur lui brûla la poitrine et le fit tousser. Quelqu'un s'approcha vivement de lui et se pencha pour l'examiner. Harry comprit alors qu'il était dans une infirmerie précaire et que la personne était un guérisseur. Il tourna la tête, aperçut Emily qui dormait dans un lit près du sien et se sentit soulagé.
Dans un anglais correct mais hésitant sur les mots plus techniques, le guérisseur lui expliqua qu'ils étaient au campement des Aurors français. Harry avait respiré la fumée empoisonnée, pas assez pour en mourir tout de suite et heureusement, ils avaient été pris en charge à temps. Il en avait toutefois respiré assez pour être gravement atteint. Il avait été inconscient pendant deux jours.
- Et mon amie ? demanda Harry dans un souffle avant de tousser.
- Pareil.
Le guérisseur lui conseilla de se reposer et Harry referma les yeux. Il avait des difficultés importantes à respirer et il s'essoufflait dès qu'il parlait. Ce n'était pas très bon signe. Il était donc là depuis deux jours et il se rappelait à peine ce qui s'était passé avant qu'il perde connaissance. Nestor Achab avait transplané dans le champ, Harry n'avait aucun souvenir d'être arrivé à destination. Où était donc son chef d'ailleurs ? Il était cependant trop faible pour s'inquiéter davantage et il resta allongé là, les yeux fermés, pendant plusieurs heures. Il ne les rouvrit qu'en entendant Emily tousser près de lui et en devinant qu'elle bougeait. Il se tourna vivement vers elle et la regarda se réveiller à son tour.
- Reste allongée, conseilla Harry.
- Ah tu es là, souffla Emily.
Le guérisseur revint, examina Emily et lui fit le même discours qu'à Harry. Quand il eut terminé, il sortit de la tente en indiquant qu'il allait chercher leur chef.
- Tu vas bien ? demanda Harry.
- Comme toi je suppose… Mais nous avons réussi notre mission.
Elle ébaucha un sourire fatigué et toussa. Harry lui sourit en retour. Le guérisseur avait enveloppé le bras et la jambe d'Emily dans des bandages, après l'avoir enduite d'un baume cicatrisant pour s'assurer qu'il ne resterait aucune trace. Elle déplia lentement son bras, parut satisfaite de la sensation et le laissa retomber. Au moins, elle n'avait plus mal.
- Au fait Harry… murmura-t-elle pour économiser son souffle.
- Oui ?
- Bonne année.
- Bonne année à toi aussi.
Une année qui commençait mal puisqu'ils étaient en pleine guerre mais qui commençait bien si l'on considérait qu'ils avaient survécu jusque-là. Harry se tourna vers le rai de lumière qui s'infiltra dans l'infirmerie quand Nestor Achab souleva le pan de la tente. Le chef des Aurors marcha jusqu'au lit de Harry et le fixa avec inquiétude. Il s'enquit de la santé de Harry et d'Emily bien qu'il le sache déjà puisque le guérisseur l'avait tenu informé.
- J'ai été moins touché que vous, expliqua-t-il. Ce n'est que de la chance d'après ce que j'ai compris, une affaire de vent. J'étais du bon côté quand la bombe a explosé et vous vous êtes pris toute la fumée.
Harry hocha la tête. D'une certaine façon, mieux valait que son chef soit épargné et puisse continuer son travail. Avant que Harry pose la question, Achab déclara qu'il avait retrouvé la trace des Aurors anglais qui avaient survécu. Ils se cachaient près de Varsovie et attendaient les ordres. Il avait pu leur faire passer un message et avait obtenu une réponse. Achab comptait les rejoindre juste après avoir vu Harry.
- Apparemment, Mark et Jane sont vivants.
- Tant mieux, souffla Harry, soulagé.
- Je suis libre grâce à toi, je m'en souviendrai, dit Nestor d'un ton grave et reconnaissant. Mais pour toi, la Pologne c'est terminé. Tu vas être rapatrié bientôt et tu seras soigné à Ste Mangouste. Ensuite, tu pourras rentrer chez toi et retrouver ta femme.
Harry hocha la tête, infiniment soulagé. C'était la meilleure nouvelle qu'il avait entendue depuis des mois. Il eut une pensée pour Mark, Jane et les autres qui allaient continuer à se battre et il se sentit coupable de rentrer chez lui mais la joie qu'il éprouvait à l'idée de retrouver sa famille était plus forte. Nestor Achab remercia également Emily et lui souhaita bonne chance puis il serra brièvement la jambe de Harry à travers la couverture et s'en alla.
Il se passa encore une heure pendant laquelle Harry demanda du papier au guérisseur et écrivit une lettre à Dahlia pour la prévenir qu'il était vivant, blessé, et qu'il allait rentrer à Londres quelques jours avant de rentrer définitivement à New York. Un Auror français vint prendre sa lettre et lui fit savoir qu'il repartirait avec un Portoloin prévu à cinq heures. Harry remercia et somnola un peu. Il n'avait pas la force de parler et Emily non plus, mieux valait qu'ils gardent leur souffle.
Il ouvrit à nouveau les yeux en sentant quelqu'un s'approcher et s'attendit à voir le guérisseur mais ce n'était pas lui. Ce n'était pas un Auror français non plus. C'était un homme d'environ trente-cinq ans, grand, châtain, plutôt avenant. L'homme s'immobilisa devant le lit d'Emily et la fixa pendant quelques secondes en silence. Elle lui rendit son regard et Harry eut le pressentiment qu'ils se disaient beaucoup plus de choses qu'il y paraissait.
- Il parait que tu t'es désartibulée, dit enfin l'homme. Il n'y a que les loosers et les imbéciles qui se désartibulent. Tout le monde va se foutre de ta gueule.
Emily pinça les lèvres mais Harry était sûr qu'elle avait envie de sourire.
- Il faut croire que je suis une imbécile alors… dit-elle d'une voix saccadée.
- Oui, une foutue imbécile, répondit l'homme d'un ton grave. Ta mission était terminée, tu étais censée rentrer, pas aller te jeter en plein milieu d'une bataille perdue d'avance ! Et tout ça pour quoi ? Pour sauver le mari de ta petite Mangemort ? C'est ridicule !
Harry se crispa et jeta à l'homme un regard mauvais. L'homme, lui, ne s'intéressait pas du tout à Harry.
- Arrête Josh, dit Emily. Ne l'appelle pas comme ça.
Harry se redressa sur son lit.
- Alors c'est vous, Josh, dit-il sans pouvoir s'en empêcher. J'ai beaucoup entendu parler de vous.
Il l'avait dit avec froideur et un soupçon de mépris pour que l'autre comprenne qu'il savait parfaitement comment il avait trahi Emily. Josh se tourna enfin vers lui et le considéra en silence. Son regard mit Harry mal à l'aise.
- Je suis le mari de la petite Mangemort, lâcha-t-il sèchement.
- Je sais parfaitement qui tu es, Harry Potter, répondit enfin Josh. Et désolé pour ta femme, je ne voulais pas t'offenser.
Il n'avait pas l'air très désolé, au demeurant. Il se détourna à nouveau de Harry. Visiblement, il n'était guère impressionné de rencontrer le héros de Grande-Bretagne et la seule chose qui l'intéressait, c'était Emily. Il s'assit sur le bord de son lit et sortit une petite boite de sa poche.
- Depuis que tu nous as envoyé un échantillant des bombes, nos maitres des charmes et des potions travaillent jour et nuit pour fabriquer un traitement. Pour l'instant, ils ont fabriqué cette pommade. Il parait que ça apaise les douleurs et libère un peu les voies respiratoires. Tiens. Il faut s'en mettre sur la poitrine et bien masser.
Il tendit la boite à Emily qui la prit avec reconnaissance.
- Tu peux le faire toi-même ou…
- Oui, c'est bon.
Josh baissa la tête en souriant.
- Dommage… dit-il d'un air faussement déçu. Moi qui pensais que je pourrais enfin toucher tes seins…
Harry jeta à Josh un regard atterré et s'attendit à ce qu'Emily l'envoie se faire foutre mais elle éclata de rire en ouvrant la boite. Rire la fit tousser, à tel point que Josh se releva vivement et la regarda avec inquiétude.
- Ne me fais pas rire, soupira Emily en se laissant retomber sur son oreiller.
- Pardon.
Elle s'étala de la pommade sur la poitrine, au-dessus des seins puis elle lança la boite à Harry qui la rattrapa maladroitement. Harry s'en mit lui aussi et sentit un effet immédiat. Il respirait un peu mieux et ses inspirations étaient moins brûlantes. C'était loin de le guérir mais ça soulageait. Josh récupéra son baume et le fourra dans sa poche avant de se tourner vers Emily.
- On y va, ordonna-t-il.
Emily se redressa et repoussa la couverture. Avant de se lever, elle regarda Harry en souriant.
- Rendez-vous à New York. Prends soin de toi en attendant.
- Oui, toi aussi.
Emily se mit debout, chancela un peu et Josh la retint par le bras.
- Tu vas pouvoir marcher toute seule ?
Et dans le regard de Josh, Harry put lire une inquiétude et une détermination qui vinrent contredire ses pensées sournoises. Il était clair que Josh aurait porté Emily sur son dos jusqu'à New York s'il l'avait fallu et qu'il risquerait sa vie pour elle sans la moindre hésitation.
- Je pense que oui, dit Emily.
Mais elle ne pouvait pas, elle était bien trop faible et elle respirait mal. Josh la souleva de terre, un bras sous son dos et l'autre sous ses jambes. Emily se laissa faire sans protester et passa ses bras autour du cou de Josh pour se retenir. Harry savait bien qu'elle aurait détesté qu'il la porte de cette manière mais c'était Josh et Josh avait le droit, lui.
- Allez ma belle, on se tire d'ici et on rentre à la maison, déclara-t-il avec une douceur étonnante.
Il tourna le dos à Harry sans même le saluer et emporta Emily hors de la tente. Il était venu la récupérer, ni plus ni moins et Harry se demanda si sa hiérarchie lui en avait réellement donné l'ordre ou s'il avait pris cette liberté lui-même.
OoOoO
Le Portoloin de Harry était le dernier à partir parce que les Français avaient rapatrié leurs propres blessés d'abord, ce qui était vaguement compréhensible. De toute façon, Harry se fichait de l'heure à laquelle il arriverait maintenant qu'il savait que c'était terminé. Il gagna enfin l'Angleterre avec les maigres affaires qui lui restaient, dans un endroit prévu pour accueillir les blessés de la guerre. Il se laissa faire, ne réfléchit à rien, apprécia simplement le fait d'être revenu au pays. Même les couloirs de Ste Mangouste lui parurent accueillants et chaleureux, tout comme la guérisseuse qui se chargea de lui en pestant contre ces bombes ignobles qui brûlaient les poumons. On lui donna des potions, on fut soulagé de constater que le guérisseur français avait fait les sortilèges adéquats pour arrêter la propagation du poison puis on conseilla à Harry de dormir, ce qu'il fit pendant des heures et des heures avec un grand plaisir.
Il était dans une chambre avec d'autres Aurors blessés en Pologne et ils purent échanger sur leur expérience. Ils avaient tous été touchés lors de la fameuse bataille près de Varsovie et ils y repensaient en frissonnant, à cause du froid et de la peur qu'ils y avaient ressentis. Harry se sentait cependant moins déprimé et angoissé qu'il l'avait craint. C'était peut-être grâce à ses conversations avec Emily ou grâces aux potions qui le maintenaient un peu somnolent. Peut-être que la douleur viendrait plus tard ou peut-être pas. Pour l'instant, il profitait de la paix de l'hôpital où ses seules obligations étaient de manger, dormir et prendre des douches.
Il fut éperdument heureux de recevoir la visite de Ron et Hermione et de les revoir. Hermione se jeta presque dans ses bras et Ron le serra longuement contre lui. Harry put contempler la petite Rose et féliciter ses amis de vive voix. Leur bonheur était aussi important que leur culpabilité d'avoir laissé Harry partir seul en Pologne. Il ne leur en voulait pas, même si la pointe de jalousie restait là, quelque part dans son cœur. Revoir Ron et Hermione lui donna encore plus envie de retrouver Dahlia mais cette fois-ci, il ne voulait pas faire n'importe quoi et quitter l'hôpital trop vite. Il était gravement blessé, même si sa vie n'était pas en danger immédiat. Il s'essoufflait dès qu'il marchait plus de dix minutes et il toussait quand il sortait plus de dix phrases. Ron et Hermione le regardèrent avec inquiétude et tendresse, choqués et tristes de le voir dans cet état. Il aurait aimé leur raconter ce qui lui était arrivé mais il ne pouvait pas le dire sans dévoiler la véritable profession d'Emily. Il se contenta donc de raconter quelques parties de son histoire, il avait erré à travers la Pologne avec un camarade, il avait réussi à atteindre le camp français. Il ne précisa pas qu'il s'était enfui en abandonnant le corps de Rufus, il garda cette honte pour lui.
En échange, il eut la surprise d'apprendre que Dahlia était venue passer Noël avec les Weasley. Elle lui avait sûrement écrit une lettre pour le lui dire mais son campement avait brûlé et la lettre avait dû se perdre. Ça ne faisait rien, il était heureux de savoir qu'elle n'était pas restée toute seule. Elle était repartie seulement quelques jours plus tôt, il l'avait manquée. Harry aurait pu être déçu mais il se sentit plutôt heureux de penser qu'elle avait été là, près de lui. Il la rejoindrait bientôt et tout irait bien.
Harry reçut la visite de Molly et Arthur qui le serrèrent dans leurs bras eux aussi. Il leur assura qu'il allait bien, qu'il guérirait. Molly semblait très contente de savoir qu'il ne repartirait pas en Pologne et elle s'énerva contre cette guerre absurde. Harry la laissa parler, il n'avait plus d'avis sur la guerre, il ne savait plus ce qu'il en pensait. Il les remercia d'avoir invité Dahlia et Molly le regarda comme s'il disait une énormité.
- Tu crois peut-être que nous aurions laissé ta femme enceinte toute seule le jour de Noël ? Demanda-t-elle.
Non, il ne le croyait pas et il lui sourit. Recueillir les orphelins seuls pour Noël, c'était bien le genre des Weasley. Harry les regarda partir avec affection puis il se prépara à son propre départ. Il avait passé cinq jours à Ste Mangouste et il avait l'autorisation de partir, emportant avec lui potions et pommades. Sa guérisseuse lui donna une lettre qu'il devrait transmettre à l'hôpital Sarah Good quand il s'y rendrait. Il ne sortait qu'avec la promesse de continuer à se faire soigner à New York. Harry comptait bien honorer cette promesse, il ne voulait sûrement pas rester dans cet état. Enfin, son sac à la main, il prit un Portoloin pour New York.
Harry arriva dans le hangar qu'il connaissait maintenant par cœur et se tourna vers la porte. Dahlia était là et l'attendait, fébrile et impatiente. Il aurait aimé courir pour la rejoindre mais il n'était pas capable de courir. Il fit vérifier son visa puis la rejoignit enfin, accélérant le pas. Il ne parla pas tout de suite, aucun mot n'aurait pu dire ce qu'il ressentait et dire simplement « bonjour » dans une telle situation aurait été absurde. Il se contenta de la serrer dans ses bras, de toutes ses forces, de respirer le parfum de ses cheveux, de ses vêtements et de se réchauffer à la chaleur de son corps. Il était rentré à la maison. Il s'écarta cependant rapidement d'elle, ce n'était pas tout à fait comme d'habitude. Il baissa les yeux sur son ventre qui avait largement grossi depuis la dernière fois et éclata de rire, un rire étrange, pour cacher le fait qu'il avait envie de pleurer. Puis il s'étouffa un instant, luttant pour reprendre de l'air, toussa et parvint à se calmer. Dahlia l'avait regardé avec angoisse.
- Tu vas bien ? demanda-t-elle précipitamment.
Sa voix, sa voix lui avait manqué. Harry s'appuya sur le bras de Dahlia, un peu malgré lui.
- C'est bon, la crise est passé. Il faut que j'évite de rire.
Il était essoufflé et sa respiration était sifflante. Lentement et faiblement, sans se presser, il marcha jusqu'au taxi qu'elle avait pris pour venir et qui les attendait. Le trajet se fit quasiment dans le silence, ils préféraient attendre d'être seuls pour parler. Et de toute façon, Harry reprenait son souffle.
Il fut heureux de retrouver son appartement, il peinait presque à y croire. Il laissa tomber son sac dans l'entrée et retint Dahlia par le bras. Maintenant qu'ils étaient seuls, il voulait la toucher. Il caressa la joue de Dahlia avec la sienne, posa sa bouche sur sa mâchoire, son front, ses lèvres. Il aurait voulu l'embrasser partout tant elle lui avait manqué. Dahlia s'accrocha à Harry, l'embrassa vivement elle aussi et se serra contre lui.
- Tu m'as manqué, répéta Harry plusieurs fois.
Ils allèrent s'asseoir sur le canapé, l'un contre l'autre. Harry n'avait ni la force ni le courage de faire autre chose.
- Qu'est-ce que tu as exactement ? demanda Dahlia.
Harry lui parla de la bombe empoisonnée que les Polonais avaient fabriquée. Il avait de la chance, le poison était mortel et il n'y avait réchappé que de justesse. Il irait à Sarah Good le lendemain pour continuer à suivre son traitement. D'un ton vague, Harry indiqua qu'on cherchait une potion ou un sortilège capable de guérir du poison et que son état allait certainement s'améliorer rapidement. En attendant, il avait une pommade à appliquer sur sa poitrine. Dahlia avait un peu pâli en l'écoutant parler, patientant quand il s'essoufflait. Elle prit la main de Harry et la serra dans la sienne.
- D'un certain côté, je suis contente que tu aies été blessé. Au moins, tu es rentré.
- C'est aussi comme ça que je le vois, avoua Harry.
- Tu es parti pendant un peu plus de deux mois, ce n'est pas si long finalement, je m'attendais à pire… Mais ça m'a paru interminable.
- Je sais.
Effectivement, quand on y regardait de plus près, deux mois ce n'était pas si long. Il n'irait pas jusqu'à dire qu'il avait eu de la chance mais presque. Un genre de chance bien à lui, qui le laissait en vie après lui avoir fait traverser de nombreuses épreuves douloureuses.
- Rufus est mort, déclara Harry.
- Je suis désolée.
Du bout des doigts, Dahlia caressa le visage de Harry. Elle lui demanda s'il voulait aller dormir pour se reposer ou s'il voulait manger quelque chose. Il ne voulait rien, il voulait juste être avec elle.
- Parle-moi de toi, demanda-t-il en fermant les yeux.
Il l'écouta parler de ce qu'elle avait fait en son absence et il se laissa bercer par sa voix. Le projet de Clara Stewart avançait bien et Dahlia lui était d'une aide précieuse. Certains auteurs lui avaient déjà promis de la suivre et de quitter la maison d'édition Seymour quand elle serait prête. Elle avait beaucoup de choses à faire en attendant, trouver un local, prendre contact avec des fournisseurs, se trouver un nom, un emblème, ce genre de choses. Réaliser tout cela toute seule était difficile et Dahlia rédigeait des lettres pour elle, répondait, dressait des listes, visitaient les locaux avec elle. Ça l'amusait, elle aimait bien Clara, c'était toujours inspirant de voir une jeune femme se libérer et construire sa propre route. Bon… Dahlia ne s'en faisait pas trop pour elle. Clara Stewart avait l'argent de son père et l'argent d'Andrew, ce qui lui assurait une fortune largement suffisante pour créer son entreprise. Et elle avait un nom, elle en avait même deux. Quand on était Clara Seymour Stewart, on n'avait pas de mal à attirer l'attention des gens. Il y avait un tout petit brin d'amertume dans les paroles de Dahlia et Harry sourit.
- En Angleterre tu serais Dahlia Malefoy Potter, tu attirerais l'attention aussi.
- Pas le même genre d'attention, j'en ai peur, soupira Dahlia.
En dehors de ça, elle allait bien, elle n'avait plus du tout été malade ou nauséeuse, elle était parfois un peu fatiguée mais c'était normal. Elle s'était rendue à Sarah Good à son sixième mois de grossesse pour vérifier que tout allait bien et c'était le cas. Leur enfant se portait bien, il bougeait et il grossissait. Il serait bientôt là.
- J'ai eu tellement peur de manquer ça, murmura Harry.
Dahlia parla de Fleur qui était venue la voir et de son Noël chez les Weasley. C'était tout de même mieux d'être avec eux que d'être toute seule.
- Bien sûr, il fallait qu'Emily soit absente aussi. C'est d'ailleurs stupéfiant, non ? Je n'en reviens pas que le MACUSA ne les laisse pas rentrer pour les fêtes. C'est de l'exploitation.
- Mmh… Et Marilyn ?
- Marilyn s'est réconciliée avec sa sœur et elles ont passé Noël toutes les deux.
- Ah tant mieux alors.
Harry s'endormit sur le canapé, serein pour la première fois depuis longtemps. Dahlia le regarda dormir un moment puis se leva pour faire à manger. Depuis la cuisine, elle l'observait avec un mélange de soulagement et d'inquiétude. Elle était heureuse qu'il soit rentré, ça oui. Le fait qu'il soit blessé ne l'inquiétait pas outre mesure, il allait être soigné. Ce qui l'inquiétait le plus, c'était le fait qu'il n'ait pas dit grand-chose depuis qu'il était arrivé. Son explication sur la bombe avait été lapidaire. Elle se demandait s'il lui parlerait de la guerre et de ce qu'il avait vécu en Pologne ou s'il garderait tout cela pour lui. Elle voulait savoir et en même temps, ça lui faisait un peu peur. Mais le pire serait certainement qu'il ne dise rien. Dahlia savait parfaitement à quel point les mots enfouis en soi pouvaient détruire.
Il faisait nuit quand Harry se réveilla mais il n'était pas si tard que ça. C'était l'heure du dîner et il se leva pour manger avec Dahlia. Pendant une seconde, en se réveillant, il avait oublié qu'il était rentré chez lui et cette découverte lui avait donné envie de pleurer de soulagement. Il n'avait pas très faim et il se contenta surtout de regarder Dahlia, comme si elle était une sorte d'esprit surnaturel.
- Arrête de me fixer comme ça pendant que je mange, dit Dahlia, mal à l'aise.
Harry baissa les yeux vers son assiette. Il avait du mal à croire qu'elle était vraiment là et qu'il était vraiment rentré. Il pensa à Emily. Était-elle à l'hôpital ? Était-elle rentrée chez elle ? Et le corps de Rufus, serait-il ramené à sa femme ? Nestor Achab avait rejoint ses troupes, avaient-ils porté une nouvelle offensive ? Harry se força à manger un peu de purée et à se concentrer sur autre chose. Il devinait le regard de Dahlia sur lui, il ne voulait pas l'effrayer.
- Alors… dit-il lentement. Tu aimes vraiment Perseus ?
- Oui, vraiment ! Perseus Potter, ça sonne bien. Je suis contente qu'on se soit mis d'accord.
- Moi aussi. J'aimais bien feuilleter le livre sur les étoiles le soir avant de me coucher, ça me donnait l'impression de garder un lien avec toi.
- J'aimais bien parler des prénoms dans nos lettres, avoua Dahlia. Ça donnait l'impression que tu n'étais pas en train de risquer ta vie mais que tu étais simplement… parti ailleurs. Et que tu continuais à penser à nous.
- J'ai pensé à vous à chaque instant, souffla Harry.
Dahlia sourit, voulut ajouter quelque chose, se retint. Elle avait envie de poser des questions sur ces « instants » dont parlait Harry mais elle n'était pas sûre qu'il veuille lui répondre.
- Tu m'as ramené le livre ? demanda-t-elle d'un ton léger à la place.
Il leva les yeux vers elle et la fixa une seconde, le regard perdu.
- Le livre ! Non, je… Il a brûlé, il était resté au campement ! Notre campement a été complètement brûlé par les Polonais. Je suis désolé.
- Aucune importance, assura précipitamment Dahlia. J'en rachèterai un autre.
Harry se sentit accablé de penser que le livre qui lui avait permis de choisir le prénom de son fils avait brûlé. Il n'y avait pas pensé jusqu'à présent, il avait eu d'autres choses plus importantes en tête mais ce détail le déprimait. Dahlia s'en rendit compte et ne dit plus rien. Ils finirent de manger, rangèrent puis se préparèrent à se mettre au lit. Harry était fatigué et il valait mieux qu'il se repose. Il s'adossa aux oreillers pour respirer plus facilement et Dahlia s'allongea près de lui. Il pensait qu'il s'endormirait rapidement mais étrangement, le sommeil ne venait pas.
- Harry… finit par dire Dahlia. Comment c'était en Pologne ?
Harry tourna la tête vers elle.
- C'était froid et recouvert de neige.
Il se tut et se détourna d'elle pour fixer le plafond. Il avait envie de lui dire, il savait qu'il ne pourrait pas supporter de ne pas en parler. C'était l'une des choses pour lesquelles il était tombé amoureux d'elle, le fait qu'elle ait été blessée par Voldemort tout comme lui. Elle le comprenait, elle ressentait sa douleur, il avait besoin de ça. Il avait donc besoin de partager avec elle sa douleur de la Pologne, pour qu'elle sache, qu'elle le comprenne et qu'elle l'aide à oublier. Il voulait lui dire qu'il avait failli mourir et ne jamais revenir, qu'il avait désespérément voulu revenir. C'était quelque chose de trop pesant pour être gardé sous silence.
En prenant son temps, en faisant des pauses pour ne pas trop s'essouffler, Harry parla des bases des Polonais cachées dans les forêts qu'ils devaient détruire. Et pour les atteindre, des pièges à déjouer. Ça avait été leur principale activité. Après ça, il y avait eu la journaliste américaine.
- Et alors, tu devais la suivre pendant qu'elle prenait des photos ? Je te connais, ça n'a pas dû te plaire.
Harry se tourna à nouveau vers elle et la regarda dans les yeux un instant. Dahlia se crispa, anxieuse de ce silence et de son regard. Elle sentait qu'il lui cachait quelque chose. Harry hésita, hésita longuement, mais décida qu'il ne voulait pas lui mentir là-dessus. C'était trop gros, trop énorme, il voulait qu'elle sache, elle le méritait. Elle devait comprendre à quoi elle devait le fait que son fils ait encore un père.
- Dahlia, il faut que je te dise quelque chose, à propos d'Emily.
Elle eut l'air stupéfaite.
- A propos d'Emily ? s'étonna-t-elle. Mais quel rapport avec la Pologne ?
- Tout, souffla Harry. La journaliste qui est venue n'était pas une journaliste, c'était Emily. Emily est un agent des services secrets américains, elle bosse pour la MIA. Elle et Josh, depuis des années, ils…
Il se tut pour reprendre son souffle et Dahlia eut un éclat de rire incrédule.
- Quoi ? Mais comment tu le sais ?
Il lui raconta brièvement sa mission en Arabie Saoudite et comment il était tombé sur elle, par hasard. Elle avait voulu lui lancer un sortilège d'amnésie et il y avait résisté. Dahlia se releva pour s'asseoir, abasourdie.
- Elle ne te l'a jamais dit, déjà parce que les espions ne disent pas qu'ils sont espions, c'est évident. Mais c'est surtout parce qu'elle a honte et qu'elle a peur que tu lui en veuilles…
- A propos de quoi ? demanda Dahlia d'un ton brusquement sérieux.
Harry ne répondit pas tout de suite et Dahlia fixa la couverture du lit. Au bout de quelques instants, elle eut un nouvel éclat de rire, amer celui-ci.
- Je vois, dit-elle. Notre rencontre n'avait rien d'un hasard, c'est ça ?
- En effet. Mais quand elle a vu que tu n'étais pas là pour propager l'idéologie des Mangemorts, elle est réellement devenue amie avec toi.
Il y eut un silence. Le visage fermé de Dahlia semblait dire qu'elle lui en voulait. Harry tendit la main vers elle.
- Et quel rapport avec la Pologne ? demanda froidement Dahlia. Vous vous êtes retrouvés là-bas ?
- Elle s'est portée volontaire pour y aller. Sa mission officielle était de faire l'inventaire des forces polonaises, en gros. Sa mission personnelle était de me protéger pour que je reste en vie. Elle a plutôt bien réussi…
Il s'arrêta dans un silence triste. Dahlia se tourna à nouveau vers lui et se sentit un peu froide.
- Elle est morte ? demanda-t-elle vivement.
- Non ! Non… Même si elle a bien failli.
Il lui raconta tout. Les explorations avec Emily pour faire du repérage, la fois où ils avaient libéré les Nés-Moldus. Puis la mission d'Emily s'était terminée et ils s'étaient dit au revoir. Harry raconta la bataille dans la forêt, comment les Polonais leur avaient tendu un piège et les avaient sagement attendus pour mieux les massacrer. Comment ils avaient été séparés des autres, comment Jane et Mark avaient disparu puis comment Rufus s'était fait tuer. Il n'avait pas voulu le dire à Ron et Hermione mais à Dahlia, il pouvait. Il avait su qu'il allait mourir s'il restait là et il s'était mis à courir sans se soucier du corps de Rufus qui était certainement mort mais au fond, Harry n'en était pas vraiment sûr à ce moment-là. Il s'était enfui, poursuivi par les soldats polonais qui l'avaient finalement rattrapé. Et là, il s'était vu mourir, il avait pensé à son fils qu'il ne connaitrait jamais, à Dahlia qu'il ne reverrait plus. Puis Emily était arrivée, comme surgie de nulle part, et elle l'avait sauvé. Ils avaient couru ensemble et Harry avait transplané, sans se soucier d'elle, trop paniqué à l'idée de mourir là et trop impatient de fuir. Le désartibulement, le sang partout, la douleur, le campement brûlé, le deuxième désartibulement, le hurlement d'Emily, les trolls. Les mots sortaient de la bouche de Harry comme s'il vomissait un poison qui avait besoin de recracher. Il toussait régulièrement, s'arrêtait, reprenait son souffle puis son histoire. Dahlia écoutait, pâle et repliée sur elle-même, effarée et en même temps, pleine de souvenirs elle aussi. Harry termina son récit, la bombe empoisonnée, l'infirmerie, Josh et enfin le retour en Angleterre. Voilà comment c'était la Pologne.
- Je suis contente que tu aies tout fait pour rester en vie, dit Dahlia. Je ne t'aurais jamais pardonné d'être mort pour une cause stupide.
- J'avais une bonne raison de vouloir vivre cette fois-ci…
Dahlia déplia ses bras et se serra contre Harry. Elle avait failli le perdre, une fois encore. Mais une fois encore, il lui était revenu. Elle avait envie de pleurer, de tristesse et de soulagement. Elle allait enfin pouvoir arrêter d'avoir peur, elle allait pouvoir cesser d'attendre ses lettres avec avidité tout en craignant de recevoir une mauvaise nouvelle. Elle allait vivre ses derniers mois de grossesse détendue, son bébé en serait sûrement reconnaissant. Elle se sentit brusquement épuisée elle aussi.
- Où est Emily maintenant ? Demanda-t-elle.
- Sûrement à l'hôpital ou chez elle, je n'en sais rien. Elle doit être dans le même état que moi… Mais je suis sûr que Josh veille sur elle.
- Mmh…
- Est-ce que tu lui en veux ?
- S'il n'y avait pas eu la Pologne, je lui en aurais voulu. Mais après tout ce que tu m'as raconté… Elle t'a sauvé la vie en risquant la sienne, comment pourrais-je lui en vouloir ? Au fond, notre rencontre n'a aucune importance. C'est ce qui s'est passé ensuite qui compte.
Il était d'accord. Un silence calme et triste tomba sur la chambre. Harry avait dit tout ce qu'il avait à dire et il ne regrettait pas de l'avoir fait. Mieux valait parler tant que c'était encore frais dans sa tête et tant que la blessure était encore ouverte. Après cela, et maintenant qu'il l'avait dit, la blessure pourrait se refermer plus facilement. Il devinait que s'il n'avait pas raconté tout de suite à Dahlia ce qu'il avait vécu en Pologne, il ne l'aurait jamais fait. Or il avait besoin qu'elle sache et qu'elle continue à le comprendre. Il aurait trouvé cela trop difficile de vivre avec une femme qui n'avait pas la moindre idée de ce qu'il avait vécu.
- Je suis vraiment désolée que tu aies dû partir là-bas, murmura Dahlia. J'aurais aimé t'en empêcher.
- C'est fini maintenant, répondit Harry.
Mais il savait bien, au fond, que ce ne serait jamais vraiment fini.
Le lendemain, Harry envoya un message à Emily pour lui demander comme elle allait et où elle était. Puis il se rendit à Sarah Good avec la lettre que sa guérisseuse lui avait écrite. Puisque les Etats-Unis ne participaient pas à la guerre, les guérisseurs américains n'avaient encore jamais été confrontés au poison des bombes polonaises et le cas de Harry les intéressa tout particulièrement. Grâce aux instructions données par la guérisseuse londonienne, ils continuèrent les soins, firent davantage d'examens à Harry, lui proposèrent une autre pommade. Il devait aller à l'hôpital deux fois par semaine pour vérifier son état et ses progrès. Pour observer comment la chose évoluait, aussi. Harry acceptait de servir d'objet d'étude, surtout si cela permettait de soigner les prochains blessés.
Emily lui répondit dans la journée. Elle était chez elle, elle avait des soins aussi, comme lui. Elle en profita pour écrire à Dahlia et lui raconter qu'elle n'était toujours pas rentrée, qu'elle la contacterait dès qu'elle serait de retour à New York. Dahlia replia la lettre d'un geste blasé et Harry haussa les épaules.
- Elle pourrait difficilement venir te voir avec des problèmes respiratoires semblables aux miens, tu te poserais des questions…
- C'est assez déplaisant de me rendre compte que toutes ses lettres ne sont que des mensonges, déclara Dahlia avec agacement. J'en ai assez.
Ils sortirent et se rendirent chez Emily. Harry n'était pas très à l'aise, il savait qu'il allait se faire engueuler pour avoir dit la vérité à Dahlia. Il imaginait nettement le regard noir d'Emily sur lui. « Tu as failli me tuer et en plus, tu trahis mon secret ? » Il se sentait coupable d'avance, par anticipation. Et en même temps, il n'avait aucune envie de mentir à sa femme. Emily n'avait qu'à assumer ce qu'elle était et ce qu'elle avait fait. Malgré cet état d'esprit, il se sentit nerveux quand Dahlia frappa à la porte et se crispa quand la porte s'ouvrit. Emily regarda Dahlia avec stupeur, ne s'attendant bien sûr pas à la voir ici. Le regard d'Emily se posa sur Harry qui détourna la tête un peu lâchement puis revint sur Dahlia. Elles se fixèrent toutes les deux un instant. Emily devait hésiter, pas tout à fait certaine que Dahlia savait.
Dahlia bougea la première, lentement et doucement pour protéger son ventre. Elle prit Emily dans ses bras et la serra contre elle, comme elle l'avait fait souvent. Emily lui rendit son étreinte.
- Harry est revenu, dit Dahlia.
- Oui, je vois ça, c'est une très bonne nouvelle !
Dahlia aurait dû la lâcher mais elle ne le fit pas. L'accolade était un peu trop longue pour être normale et Emily attendit.
- Merci de me l'avoir ramené.
Les épaules d'Emily s'affaissèrent légèrement, sans doute de soulagement. Elle leva les yeux vers Harry qui cette fois-ci, ne tourna pas la tête. Finalement, il n'y avait pas tant de colère que ça dans les yeux noirs d'Emily.
- Au bout du compte, c'est plutôt lui qui m'a ramenée, répondit Emily en se détachant de Dahlia.
Elle les invita à entrer et leur fit du thé. Harry se moqua un peu d'elle et Emily sourit en silence. Ils s'assirent tous ensemble dans le salon. La respiration d'Emily était lente et profonde, comme si elle avait besoin de faire plus d'effort pour chercher de l'air à chaque fois. Tout comme Harry, elle ne risquait pas de reprendre du service avant un petit moment.
- Comment va ton bras ? demanda Harry. Et ta jambe ?
Ça allait mieux, elle n'avait plus mal. Il faudrait cependant qu'elle fasse des exercices et des entrainements pour retrouver les mêmes sensations qu'avant et surtout, pour retrouver sa force. Elle espérait bien ne pas avoir perdu son habileté avec sa baguette. Malheureusement, elle ne pouvait pas faire trop d'exercices pour l'instant, puisqu'elle s'essoufflait au moindre effort. Harry baissa la tête, honteux et coupable.
- Tout est ma faute, dit-il. Je ne sais pas quoi faire pour réparer ce que je t'ai fait.
Emily soupira et haussa les épaules d'un geste fataliste.
- Tout le monde fait des erreurs dans son travail, Harry. Le problème c'est que nous avons des métiers dans lesquels les erreurs peuvent être fatales. Au moins, je suis certaine que maintenant, tu ne transplaneras plus jamais trop vite et que tu ne referas plus jamais cette erreur.
- En effet, admit Harry d'un ton amer. Mais ça ne…
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Tu as réparé ton erreur en me sauvant la vie ensuite, on va dire que c'est bon.
Il en doutait mais il n'avait rien d'autre à proposer ou à dire. Elle avait raison, il ne pouvait pas réparer son erreur plus que cela. Il était cependant soulagé de constater qu'elle ne le détestait pas pour ce qu'il lui avait fait. Peut-être avait-elle commis des erreurs elle aussi, à ses débuts, des erreurs qui avaient coûté la vie à d'autres personnes. Emily laissa Harry à sa culpabilité et se tourna vers Dahlia. Chacun sa culpabilité.
- Dahlia, je suis désolée de…
- Ne dis rien, ordonna Dahlia d'un ton ferme. La façon dont nous nous sommes rencontrées n'a plus aucune importance, je ne veux pas savoir quelle était exactement ta mission ou ce genre de détails. Tu as sauvé Harry, c'est tout ce qui compte.
- Bien, répondit Emily d'un ton étrangement humble et docile.
Maintenant que c'était dit, tout le monde put se détendre. Emily était heureuse de voir que Dahlia allait bien et elles bavardèrent toutes les deux, comme avant. Harry resta plus silencieux, parler restait difficile et il profitait de chaque instant où il pouvait se taire. Emily écoutait davantage Dahlia qu'elle ne parlait, essoufflée elle aussi et toujours un peu en manque d'oxygène. Elle raconta que Josh venait la voir tous les deux jours pour vérifier qu'elle allait bien et lui apporter des choses à manger.
- J'ai l'impression d'être mourante, râla Emily pour la forme.
Mais Harry était certain qu'elle était heureuse qu'il prenne soin d'elle. C'était étonnant comme on pouvait aimer quelqu'un et le blesser quand même, comme on pouvait tenir à quelqu'un et le décevoir cruellement, comme on pouvait haïr et pardonner. Harry se trouvait cependant mal placé pour juger les décisions d'Emily. N'avait-il pas aimé Dahlia alors qu'elle avait passé des années à le blesser ? Les sentiments étaient souvent bien compliqués et pas toujours logiques.
Emily promit à Dahlia de ne plus lui mentir, maintenant qu'elle savait la vérité. Contrairement à ce que Harry avait craint, Emily ne lui en voulut pas d'avoir révélé son secret à Dahlia et elle ne lui fit aucun reproche. En réalité, elle était plutôt soulagée que Dahlia sache, ça la libérait d'une culpabilité inutile et ça rendait les choses plus faciles. Ils se séparèrent donc bons amis, sans rancune. Dahlia déclara qu'ils allaient rentrer, il ne fallait pas pousser Emily à parler trop longtemps. Sur le seuil de la porte, Emily regarda Harry avec un sourire un peu moqueur.
- Je ne croyais pas dire ça un jour Harry, mais j'étais contente de te voir. Tu m'avais presque manqué.
- Toi aussi, avoua Harry en souriant.
Harry savait bien, qu'il le veuille ou non, qu'Emily ferait désormais toujours partie de sa vie et qu'il aurait une dette envers elle, jusqu'à sa mort.
Dahlia le savait aussi et, quand ils rentrèrent chez eux, elle observa Harry avec intensité, bien consciente qu'elle avait failli le perdre. En fait, elle avait failli les perdre tous les deux, son mari et sa meilleure amie. Cette idée était terriblement angoissante. Elle alla embrasser Harry sans pouvoir s'en empêcher, doucement d'abord, puis avec plus d'impatience et de passion. Ils n'avaient pas fait l'amour depuis que Harry était rentré et cela leur manquait, ils avaient besoin de se toucher et de se retrouver. Harry s'allongea sur leur lit et elle s'assit sur lui, faisant glisser ses mains sur son torse nu et ses épaules.
- C'est moi qui bouge, dit Dahlia en souriant. Comme ça, tu ne t'essouffles pas trop.
Il hocha la tête et soupira quand elle entra lentement son sexe en elle. Il tendit les mains vers elle, caressa ses seins doux et chauds, son ventre gonflé, ses cuisses. Elle bougea sur lui, sans trop se presser, pour tout ressentir, pour faire grimper le plaisir petit à petit, insupportablement. Harry ne faisait pas d'effort particulier mais son souffle devint saccadé tout de même et se mêla aux gémissements de Dahlia.
OoOoO
Pendant un mois, Harry resta à New York avec Dahlia. Ses fréquentes visites à l'hôpital l'aidaient et lui permettaient d'aller mieux, petit à petit. Il faisait des promenades autour de chez lui pour se réhabituer doucement à l'effort. Dahlia l'accompagnait et ils se moquaient d'eux-mêmes et de leur marche lente, elle enceinte et lui blessé, avançant comme des vieillards. Il était impatient de pouvoir retrouver toutes ses forces et elle était impatiente d'accoucher. Ça commençait à devenir pesant. Littéralement.
Harry ne faisait rien de spécial, il faisait des siestes, lisait, préparait à manger, se promenait un peu. Il reçut la visite de Meg et Harold qui étaient attristés de le voir dans un tel état.
- Il va falloir attendre un peu pour reprendre nos entrainements de tennis, dit Harry avec regret.
Il reçut également la visite de Tyler et Abby, qui s'étaient franchement inquiétés pour lui quand ils avaient appris que l'Angleterre avait envoyé ses Aurors en Pologne. C'était toutefois un soulagement de voir qu'il était rentré vivant. Harry recevait beaucoup de lettres de Ron et Hermione, de Bill et de Molly. C'était agréable de se sentir soutenu, ça lui faisait chaud au cœur. Il reçut aussi le soutien et les encouragements des amis de Dahlia qui vivaient dans des mondes où la guerre n'avait jamais existé et paraissaient choqués que leur amie ait dû supporter que son mari aille combattre en Pologne. Andrew en profita pour détendre l'atmosphère en annonçant à tout le monde que Clara était enceinte.
- Eh bien, vous n'avez pas trainé, commenta Chris en souriant.
Andrew rit, pourquoi trainer ? Selon toute vraisemblance, Dahlia et Andrew seraient les seuls à avoir des enfants et on se réjouissait pour eux sans vraiment les envier. Chris et Ethan semblaient très bien tous les deux et n'avaient pas l'air de souffrir de leur situation. Quant à Marilyn et Emily, elles observaient le ventre déformé de Dahlia avec une horreur intérieure, bénissant le ciel de ne pouvoir tomber enceintes. Seul Jamal semblait mélancolique. Avoir un enfant avec sa copine lui aurait plu.
- Ce n'est techniquement pas impossible, dit Chris. Il faudrait juste trouver un donneur.
- Ouais… souffla Jamal, peu emballé par l'idée. Bref, au futur enfant d'Andrew !
Ils levèrent tous leur verre et trinquèrent en souriant.
- Mon futur enfant qui sera certainement le premier d'une grande fratrie !
- Bon sang Andrew, combien d'enfants comptes-tu nous faire ? demanda Marilyn.
- Je ne sais pas, quatre, cinq, six ?
Marilyn eut un frisson malgré elle en pensant à la pauvre Clara. Andrew éclata de rire et haussa les épaules.
- Je suis riche et j'adore les enfants, qu'est-ce qui m'en empêche ?
- Rien, assura vivement Harry. C'est très bien de vouloir des enfants !
- Merci.
Durant le mois que Harry passa à New York, il y eut aussi des nouvelles moins réjouissantes. La Gazette du Sorcier, à laquelle Harry était bien sûr abonné pour ne pas manquer des nouvelles de son pays, lui apprit que les premiers Aurors à être partis en Pologne étaient rentrés deux semaines pour une permission et qu'ils avaient ramené avec eux les corps des Aurors morts au combat. Récupérer les corps avait pris du temps, il fallait retourner sur les champs de bataille qui appartenaient parfois à l'ennemi. En tout cas, le journal listait les morts et leur rendait hommage. Il indiquait aussi le jour et le lieu des enterrements. Harry se rendit donc en Angleterre, dans la ville de Watford où Rufus habitait, pour assister à son enterrement. Il y retrouva Mark, Jane et Julia qui étaient rentrés en permission. Ils furent tous heureux de se revoir et partagèrent ensemble leur chagrin d'avoir perdu Rufus. Mark serra longuement Harry dans ses bras, il s'était inquiété pour lui, il l'avait cru mort. Harry était soulagé que les conséquences du poison se voient nettement sur lui, soulagé d'être essoufflé quand il parlait et qu'il marchait. Au moins, il avait moins honte d'être chez lui alors que ses camarades devaient retourner en Pologne. Ses camarades, eux, ne semblaient pas jaloux mais plutôt tristes pour lui. Il était évident que Harry était faible et bien touché. Apparemment, il avait sauvé Nestor Achab, ce qui ne surprenait personne.
- Il faut toujours que tu sois héroïque, commenta Mark en souriant, pour cacher sa peine.
Harry se sentait tout sauf héroïque mais il se garda bien de le leur dire. Il n'avait pas envie de les décevoir. Heureusement, l'enterrement les empêcha de parler plus. La femme de Rufus, debout devant la tombe dans sa robe noire, n'en finissait plus de pleurer, effondrée d'avoir perdu l'homme qu'elle aimait. Harry avait envie de pleurer aussi en se disant qu'à quelques secondes près, Dahlia se serait retrouvée à la place de cette femme. Il dut parler à la veuve, parce qu'il était là quand Rufus était mort. Elle voulait savoir, elle voulait qu'il lui raconte. Elle parut soulagée d'apprendre que ça avait été rapide, qu'il n'avait pas souffert, qu'il n'était pas seul quand c'était arrivé. Maigre consolation. Harry rentra chez lui complètement déprimé et se mit à pleurer sur le canapé, toutes les larmes qu'il n'avait pas encore versées.
Harry profita de son congé pour terminer de préparer l'arrivée de son fils. Dahlia continuait à aller aider Clara mais elle avait largement assez de temps pour faire les boutiques avec lui. Ils achetèrent un meuble à langer, des vêtements, un landau, un transat à bascule, des jouets, des biberons. Ils repeignirent la chambre qui serait désormais celle de leur fils, estimant que la peinture blanche un peu sale d'origine n'était pas très enthousiasmante. Ils choisirent du vert pâle qui allait parfaitement avec les meubles blancs qu'ils avaient achetés. Quelques semaines après son retour à New York, Harry avait reçu une lettre du ministre de la Magie et une médaille pour services rendus. La lettre était accompagnée d'une somme conséquence pour le remercier. Harry savait que tous les Aurors rentrés de Pologne recevaient la même chose et il n'en fut pas très touché. En attendant, Harry utilisa sa prime de guerre pour acheter tout ce qu'ils désiraient et il y vit une certaine consolation.
Enfin, à la mi-février, l'état de Harry s'améliora réellement. Les chercheurs américains avaient trouvé un remède qui contrait les effets du poison et guérissaient les lésions qu'il avait provoquées. Harry pouvait parler sans s'essouffler et il respirait beaucoup plus facilement. Il arrivait à se promener et à marcher sans ressentir d'effets indésirables. Il n'aurait pas pu courir plus de cinq minutes et il valait mieux pour lui ne pas faire d'effort trop important mais son état était déjà beaucoup plus vivable. Harry retourna donc travailler. Dahlia n'était pas très emballée par l'idée mais elle se détendit quand il lui dit qu'il ne serait là que pour assister les policiers. La plupart des Aurors étant en Pologne, le Ministère avait besoin qu'il revienne et qu'il aide ceux qui étaient restés. Harry devinait qu'il n'aurait surement pas de missions très dangereuses et de toute façon, rien ne pourrait être pire que la Pologne.
Il retrouva le Ministère avec émotion et il se rendit compte qu'il était heureux de revenir là. Les bureaux des Aurors étaient un autre chez lui, il s'y sentait bien. Sans Rufus, Mark et Jane, ce n'était pas pareil mais tout de même, c'était rassurant. Hermione avait repris le travail et ils purent déjeuner ensemble à nouveau, se croiser parfois dans les couloirs, aller prendre un verre. Ron les rejoignait pour manger. Les bureaux fonctionnaient au ralenti et Harry se vit immédiatement confié une affaire qu'il géra avec deux policiers. L'ambiance était toutefois différente, plus détendue. A l'étage des Aurors, tout était calme et paisible, Harry savait qu'on n'attendait pas des prouesses de sa part et qu'il pouvait se contenter de faire ce qu'il pouvait. C'était un peu déprimant de voir tous les bureaux déserts et la salle de pause vide mais c'était une mélancolie sereine et confortable. Il avait un peu honte de le dire, parce qu'il savait que ses camarades risquaient leur vie en Pologne, mais ces semaines furent presque heureuses pour Harry. Il avait Ron et Hermione à nouveau près de lui, il retrouvait sa femme tous les jours, la naissance de leur enfant approchait. Tout allait bien pour Harry.
Souvent, Harry s'allongeait près de Dahlia et posait sa main sur son ventre pour sentir l'enfant bouger. Ça le rendait plus réel encore et Harry sentait l'impatience grimper ainsi que la hâte de le rencontrer enfin. Ils rêvaient tous les deux, se disputant un peu parfois. Leur enfant irait à l'école dès le primaire parce qu'il y avait des écoles primaires pour sorciers à Hidden City. Ils trouveraient une nourrice qui le garderait quand ils seraient au travail. Les entrainements de Dahlia finissaient tôt et de toute façon, Harry rentrait souvent avant elle. Ils pourraient aller chercher leur bébé tôt et l'avoir avec eux. Harry voulait l'aimer et lui offrir toute la tendresse, la sécurité et le bonheur dont il avait terriblement manqué quand il était petit. Il élèverait son fils dans la douceur, l'amour et la compréhension. Il ne lèverait jamais la main sur lui, il ne lui ferait jamais sentir que son existence était indésirable. Dahlia l'écoutait parler, elle hochait la tête et se disait d'accord avec lui mais elle ne précisait pas vraiment ce qu'elle comptait faire, elle. C'était rassurant d'entendre Harry dire toutes ces choses et Dahlia préférait ne pas y penser davantage.
- J'espère qu'il te ressemblera, dit Dahlia en caressant doucement son ventre. Ça me plairait d'avoir un petit garçon avec des cheveux noirs comme les tiens.
Il n'était pas convaincu, ses cheveux étaient insupportables et beaucoup moins beaux que ceux de Dahlia mais elle tenait à son désir. Les cheveux noirs de jais de Harry étaient beaux, c'est simplement qu'il ne le voyait pas. Harry rendit les armes.
- D'accord mais alors je voudrais qu'il ait tes yeux, répondit-il. J'aime tes yeux.
- Soit, céda Dahlia en souriant.
Ils savaient que c'était idiot de souhaiter ce genre de choses et que leur fils serait bien comme il serait mais ils ne pouvaient s'en empêcher. Les jeunes parents faisaient souvent des choses idiotes.
OoOoO
La guerre en Pologne s'embourbait et les nouvelles n'étaient pas bonnes. C'était finalement la seule chose qui gâchait le bonheur de Harry. Il fut donc heureux et soulagé d'apprendre que le MACUSA allait enfin intervenir. Maintenant qu'ils avaient trouvé un remède pour soigner leurs Aurors, les Etats-Unis voulaient bien participer. Et puis la débâcle et le foutoir des Européens agaçaient Deliverance Picquery qui estimait qu'il était temps qu'elle fasse quelque chose. Elle avait espéré qu'ils règleraient cela eux-mêmes, ils avaient échoué, place aux Etats-Unis. Harry trouvait cela à la fois rassurant et exaspérant. La condescendance de Picquery lui tapait sur les nerfs. Ron et Hermione partageaient son avis, déclarant qu'elle pouvait intervenir sans le présenter de cette manière.
Dans tous les cas, indifférents aux sentiments des sorciers européens, les Aurors américains de l'unité spéciale débarquèrent par dizaines en Pologne. La guerre prit alors un tournant différent. Durant tout le mois mars, les journaux et les radios purent enfin parler de progrès et d'avancées. Les Aurors américains étaient plus nombreux, plus forts, mieux équipés. Et surtout, ils n'avaient pas le scrupule des Européens. Ils érigeaient des protections anti-Moldus au-dessus des forêts où se terraient les Polonais et y foutaient le feu, rasant les arbres, obligeant l'ennemi à sortir et le massacrant quand il sortait. Les Polonais avaient voulu jouer avec leurs bombes empoisonnées, les Américains en avaient créé d'autres, plus puissantes et dévastatrices. Ils se fichaient des pertes et des dommages collatéraux, ils se fichaient de la nature et des plantations. C'était efficace et douloureux à regarder. Harry était heureux de ne pas être là, il savait déjà qu'il se serait opposé à certaines décisions. Il essayait de ne pas trop y penser et de ne voir que le positif.
- Au moins, les autres vont bientôt rentrer, dit une policière en éteignant la radio.
- Oui, soupira Harry.
Il attrapa sa veste et suivit la policière vers l'ascenseur. Certains petits malins profitaient de l'absence des Aurors et de la guerre pour enfreindre les règles. Les trafics et reventes en tout genre de produits illégaux avaient augmenté en flèche. La population commençait à gronder et à demander à Elliott Greengrass de faire revenir les Aurors et d'abandonner la Pologne à son sort. La tension était palpable à Londres et aux alentours. Harry savait donc qu'il était important qu'il continue à faire son travail et à assurer la sécurité de la population. Il devait justement aller arrêter plusieurs trafiquants. D'après leurs sources, une rencontre devait avoir lieu dans l'Allée des Embrumes et c'est là que Harry et les policiers interviendraient.
Ils entrèrent discrètement dans l'Allée des Embrumes et se cachèrent sur les toits, désillusionnés et invisibles. Ils n'auraient pas beaucoup de temps pour arrêter les coupables et il leur faudrait être efficaces. La baguette à la main, les muscles tendus, ils attendaient que la rencontre ait lieu. Harry tourna vivement la tête quand il reçut un message qui apparut près de lui et l'attrapa rapidement. Il craignait un contrordre mais c'était l'écriture de Dahlia et il fourra le morceau de papier dans sa poche en essayant de ne pas y penser. Dans la ruelle, en bas, ils entendirent des pas et virent apparaitre les deux hommes qui les intéressaient. Au signal, Harry et les policiers leur tombèrent dessus. Les trafiquants essayèrent de résister mais les policiers étaient trop nombreux et les maitrisèrent rapidement. Malgré les jurons et les menaces, ils ramenèrent les hommes au Ministère et les enfermèrent en cellule. Ils avaient fait du bon boulot, ils pouvaient être contents d'eux. Harry remonta avec les policiers pour écrire le rapport et se rappela qu'il avait reçu un message de Dahlia. Il le déplia rapidement et s'arrêta dans le couloir pour le lire.
« J'ai des contractions, Emily m'accompagne à Sarah Good. Rejoins-moi vite. »
Harry se figea et releva la tête vers ses collègues policiers.
- Je dois y aller ! s'écria-t-il d'une voix quasi hystérique. Ma femme va accoucher !
- Vas-y donc, sourit la policière.
Harry courut jusqu'au bureau d'Isabella Keats, une ancienne Auror devenue formatrice qui assurait la direction des Aurors en l'absence de Nestor Achab. Il arriva essoufflé, regretta d'avoir couru mais lui fit savoir qu'il devait rentrer chez lui et qu'il ne reviendrait certainement pas avant deux semaines. Il hésita à se rendre au bureau des Portoloins, y alla par acquis de conscience et eut le plaisir de constater que le prochain pour New York partait dans 20 min. Il patienta, fébrile, songeant qu'avec le temps d'arrivée du message et le temps de son intervention, Dahlia lui avait écrit ce mot depuis déjà une heure. Mais bon, il le savait, les accouchements pouvaient durer bien plus longtemps.
Il s'empressa de transplaner dès qu'il toucha le sol newyorkais, arriva à Sarah Good et faillit s'énerver devant l'attente à l'accueil. Enfin, on lui fit savoir que sa femme était à la maternité, chambre 7. Harry remercia du bout des lèvres et courut à nouveau dans les couloirs sous le regard réprobateurs des guérisseurs et des guérisseuses qu'il croisait. Il faillit manquer la porte 7, dérapa devant et l'ouvrit d'un geste brusque. Il se heurta aux yeux blasés d'Emily qui était assise face à lui et se précipita vers Dahlia. Elle n'avait pas encore accouché, grâce au ciel. La guérisseuse qui était là se tourna vers Harry.
- On voit déjà la tête Mr Potter, vous avez failli arriver en retard… fit-elle remarquer.
- J'ai fait ce que j'ai pu ! s'agaça Harry.
Il était tellement essoufflé qu'il arrivait à peine à parler, il n'aurait jamais dû courir autant. Au diable le poison polonais ! Tout en essayant de se calmer, Harry rejoignit Dahlia qui était allongée sur le lit, un peu rouge et décoiffée. Il lui prit la main.
- Est-ce que ça va ? demanda-t-il nerveusement.
- Oui, ça va très bien, assura-t-elle.
Sa voix était plus trainante que jamais et elle avait l'air de planer un peu. Harry lança un coup d'œil à Emily.
- Ils lui ont donné une potion contre la douleur donc… elle va bien, dit Emily en retenant un sourire.
- J'avais beaucoup trop mal, expliqua Dahlia. C'était insupportable. Et j'ai cru que tu n'allais jamais arriver !
- J'étais en pleine…
- Poussez Mrs Potter, ordonna la guérisseuse.
Dahlia obéit. Elle semblait un peu en colère contre Harry et en même temps soulagée. Heureusement pour Harry qui était au bord de la crise de nerfs, pour Dahlia qui en avait assez de pousser et pour Emily qui observait la scène avec horreur, tout se termina rapidement. Emily en profita pour s'enfuir hors de la chambre, l'un des guérisseurs emporta le bébé pour le nettoyer et Dahlia se laissa retomber contre les oreillers. Enfin, le guérisseur s'approcha d'eux et les regarda avec hésitation, un large sourire aux lèvres.
- Il va très bien, assura-t-il en se penchant vers le bébé. Qui veut…
Harry tendit spontanément les bras pour le prendre, il avait presque envie de l'arracher au guérisseur. Ce dernier lui déposa doucement son fils dans les bras et quitta la chambre avec le reste de l'équipe. Harry regarda son fils avec ravissement et stupéfaction. C'était minuscule, il avait peur de le briser. Le bébé se mit à pleurer mais même cela ne mit pas fin au ravissement de Harry.
- Donne-le-moi, dit enfin Dahlia.
Il le lui tendit et elle put le contempler à son tour, tout aussi stupéfaite que lui. Les petites mains du bébé s'agitaient contre la poitrine de Dahlia, c'était étrange, merveilleux et terrifiant. Ils restèrent là tous les deux en silence à regarder leur enfant, incapables de parler ou de bouger, laissant les secondes défiler sans s'en apercevoir. Ils ne s'arrêtèrent que quand Emily revint dans la chambre, un café à la main. Elle se pencha légèrement vers le bébé, ne ressentit ni stupéfaction ni émerveillement mais sourit quand même, par amitié.
- Alors, comment allez-vous l'appeler ? demanda-t-elle en se reculant.
- Perseus, répondit doucement Dahlia.
- Très bien.
Harry s'arracha à la contemplation de son fils et regarda Emily.
- Est-ce que tu accepterais d'être la marraine de Perseus ? Demanda-t-il.
C'était grâce à elle qu'il pouvait être là aujourd'hui et une partie de Harry songeait qu'avec Emily comme marraine, rien ne pourrait jamais arriver à son fils. Emily croisa les bras en souriant.
- Très bien mais évitez de mourir trop vite, je n'ai pas spécialement envie de m'occuper d'un bébé !
Dahlia lui jeta un regard agacé mais Harry sourit et caressa la main de Perseus du bout des doigts.
- Personne ne va mourir, assura-t-il. Papa reviendra toujours.
Harry et Dahlia se penchèrent vers leur bébé et le contemplèrent à nouveau en oubliant le reste du monde. Emily songea avec condescendance qu'elle les avait perdus.
OoOoO
Dahlia ne resta qu'une journée à l'hôpital avant qu'on la mette plus ou moins dehors pour libérer le lit. Entre temps, on lui avait montré comment allaiter son enfant, ce qui n'était pas si simple que ça, finalement. Elle avait toutefois réussi à le faire et puisque tout allait bien, elle pouvait rentrer. Ils prirent un taxi et se retrouvèrent chez eux, un peu choqués et angoissés mais en même temps dans un état second très étrange. Dahlia s'assit sur le canapé avec Perseus et le berça doucement, incapable de penser à autre chose.
Les jours qui suivirent furent remplis de lettres et de visites en tout genre. Andrew s'émerveilla devant le bébé avec une tendresse émue. Ron et Hermione serrèrent Harry dans leurs bras, heureux et souriants. Ron essaya de ne pas réagir à l'annonce du prénom mais il ne put s'empêcher de se tourner vers Dahlia.
- Laisse-moi deviner… C'est toi qui as choisi, c'est ça ?
- C'est Harry qui a proposé Perseus, rétorqua froidement Dahlia.
- Perseus, c'est très bien, dit Harry.
Puis il proposa à Ron d'être le parrain. Ils s'étaient dit que ce serait bien que leur enfant ait un parrain et une marraine ou du moins, deux personnes. Si Harry avait eu quelqu'un d'autre, son enfance aurait certainement été moins horrible. Bien sûr, il ne croyait pas que son fils devrait subir la même chose que lui mais en cas de doute, il préférait contrer le danger. Ron ne laisserait jamais Perseus entre les mains de gens abominables comme les Dursley et Emily ne laisserait jamais un sorcier fou furieux le tuer. Ouf.
Ron et Hermione repartirent le jour même, ils n'avaient pas de congés et ils étaient simplement venus présenter leurs félicitations. Ils furent vite remplacés par Arthur et Molly qui vinrent une après-midi eux aussi. Ils ne voulaient pas s'imposer et fatiguer les jeunes parents, ils ne savaient pas trop ce que Harry et Dahlia voulaient. En plus, il n'y avait plus de chambre d'ami dans l'appartement. Harry voulut assurer que Molly et Arthur pouvaient repartir quand ils le souhaitaient mais Dahlia le devança.
- Vous pouvez parfaitement rester dormir, dit-elle précipitamment. Nous transformerons le canapé.
- Très bien ma chérie, répondit Molly en posant un regard attentif sur Dahlia.
Molly savait parfaitement comment tenir Perseus, le bercer et l'endormir. Elle lui parlait doucement, d'une voix gaie et un peu stupide, comme les adultes s'adressent aux bébés. Dahlia se sentait toujours soulagée quand Molly Weasley prenait Perseus mais elle ne disait rien et essayait de ne pas le montrer. Elle était cependant certaine que Molly le savait et que c'était pour cela qu'elle marchait de long en large dans le salon avec le bébé pendant que Dahlia buvait lentement son thé, assise sur le canapé.
- Il a déjà de tous petits cheveux blonds, disait Molly en souriant. Il va avoir les cheveux de sa maman. Hein mon trésor, tu vas ressembler à ta maman ?
En effet, contrairement à ce que Dahlia avait pu souhaiter, Perseus n'avait pas de cheveux noirs comme Harry, il n'avait qu'un duvet blond, presque blanc, doux et soyeux. Au fond d'elle, elle s'y était attendue, elle devinait que son fils hériterait des cheveux des Malefoy comme elle, comme son père, comme son grand-père. Ce fait ne la rendait pas spécialement heureuse. Harry, lui, en était ravi. Il aimait trop Dahlia pour penser à Lucius dans un moment pareil, il était simplement heureux de penser que son enfant allait ressembler à la femme qu'il aimait. Et puis honnêtement, il adorait les cheveux de Dahlia.
Dahlia regardait Molly bercer son bébé aux cheveux blonds, en se demandant si ses parents seraient heureux ou non de savoir qu'elle avait un fils. Trouveraient-ils cela contre nature et absurde ? Seraient-ils pleins de joie d'avoir un petit-fils ? Elle n'en avait aucune idée. Elle aurait aimé que ce soit sa mère qui berce son bébé, sa mère qui dise « Tu étais pareille quand tu étais petite », sa mère qui lui donne des conseils et des astuces. Mais elle ne dit rien du tout et elle garda ces pensées pour elle. Elle ne dit rien non plus quand Molly s'en alla alors qu'elle aurait aimé tendre le bras vers elle et la retenir, l'appeler à l'aide. Elle avait envie de crier « Qu'est-ce que je dois faire maintenant ? Comment est-ce qu'on s'occupe d'un bébé ? C'est quoi être mère ? » Elle aurait voulu que Narcissa le lui apprenne, que Molly le fasse à sa place, faute de mieux. Mais les mots ne sortirent pas de sa bouche, ça n'avait jamais été son genre de demander de l'aide.
Elle resta donc dans son appartement avec Harry. Selon la loi britannique, Harry avait quatorze jours de congés. Ils trouvaient tous les deux que c'était très peu mais il n'avait pas le choix. Le Ministère avait besoin d'Aurors sur place et Harry toucherait à peine son salaire durant ces quatorze jours. Dahlia n'avait plus été payée depuis qu'elle avait arrêté de jouer au Quidditch et s'ils voulaient continuer à vivre confortablement tout en envisageant de déménager, il fallait que Harry retourne travailler. Quant à Dahlia, conformément à la loi américaine, elle n'avait droit à aucun congé. Elle aurait donc dû retourner aux entrainements immédiatement ou presque, ce qui lui paraissait inenvisageable. Heureusement pour elle, les Corbeaux étaient en pleine saison, l'attrapeur qui la remplaçait se débrouillait plutôt bien et le club lui fit savoir qu'elle pouvait prendre encore quelques semaines.
Durant les quatorze jours que Harry passa chez lui, il ne fit que s'émerveiller, le cœur gonflé d'un amour démesuré qui trouvait enfin sa place. Tout ce que faisait Perseus lui semblait incroyable, mignon, aimable. Il aimait l'odeur de son bébé, les petits bruits qu'il faisait, sa chaleur quand il s'endormait dans ses bras, ses pieds qui s'agitaient. Il ne s'en lassait pas. Dahlia, elle, regardait Perseus sans voir ce qui était incroyable, mignon, aimable. Ou du moins, elle le voyait mais les informations n'arrivaient pas jusqu'à son cœur. Plus Harry souriait, plus elle se sentait sombrer.
Elle essaya de le cacher et elle donna le change quelques temps. Quand Harry posait sur elle des yeux un peu inquiets, elle souriait et disait qu'elle était simplement fatiguée. C'était crédible. Elle avait toujours été douée pour cacher ce qu'elle ressentait, pour afficher des sourires faux et une assurance de façade. Elle avait longtemps été douée pour se persuader que tout allait bien quand rien n'allait autour d'elle, pour enfouir ce qui la faisait souffrir et tourner son attention vers des leurres. C'était la même chose aujourd'hui. Après tout, elle était réellement fatiguée, Perseus pleurait la nuit et ses siestes en journée la reposaient moyennement. Tout irait mieux dans quelques temps, quand elle pourrait mieux dormir.
Mais Harry retourna travailler et du matin jusqu'à son retour, Dahlia était seule avec Perseus. Elle le prenait contre elle, le laissait téter et son esprit s'échappait ailleurs. Elle se sentait vide, triste, seule et affreusement malheureuse. Elle se réveillait en pleine nuit, dans le silence, en proie à des angoisses indicibles qu'elle ne comprenait pas. Elle avait envie de pleurer pour rien, pour tout. Elle s'abîmait des heures entières dans la contemplation du mur d'en face pendant que Perseus dormait sur elle. Elle n'arrivait pas à sourire à son fils, elle faisait des efforts pour lui parler alors qu'elle n'en avait pas envie. Parfois, quand il était allongé dans son landau, elle le fixait sans vraiment le voir, se demandant ce qu'elle allait faire de lui et la peur s'emparait d'elle. Elle souffrait, quelque chose en elle lui faisait mal et elle ne savait pas ce que c'était.
Aujourd'hui encore elle était là, assise sur le canapé, allaitant son fils en regardant les plantes vertes avec désespoir. Elle ne savait plus si le poids du bébé dans ses bras était réconfortant ou oppressant, elle ne voulait pas y penser. Elle ne savait pas à quoi elle voulait penser. La douleur ne voulait pas dire son nom.
- Dahlia ! appela la voix de Harry.
Elle leva les yeux vers lui, elle le voyait à peine. Il y avait de l'inquiétude dans sa voix.
- Qu'est-ce que tu as ? Demanda-t-il.
- Rien, assura-t-elle.
- Ne dis pas ça, tu pleures en fixant le vide !
- Je ne…
Mais il avait raison, elle pleurait et elle ne s'en était même pas rendue compte. Dahlia s'essuya rapidement de sa main libre et essaya de reprendre contenance.
- Je suis juste fatiguée.
- Non, dit lentement Harry en secouant la tête. Ce n'est pas ça, tu le sais très bien.
Elle aurait aimé lui expliquer ce qu'elle avait mais elle ne le savait pas elle-même. Elle ne comprenait pas et elle se détestait. Elle avait désiré avoir un bébé plus que tout, elle l'avait eu, et elle n'était même pas heureuse. Comme d'habitude, quelque chose clochait chez elle, elle était vraiment décevante et pathétique. Plus elle souffrait, plus elle se détestait. Et plus elle se détestait, plus elle souffrait.
Harry ne savait pas quoi faire pour l'aider, il ne la comprenait pas. Il était habitué à ses crises de dysphorie et il savait les gérer mais cette fois, ce n'était pas de la dysphorie. Il la surveillait du coin de l'œil, il s'occupait de Perseus dès qu'il rentrait. Il commençait à redouter les moments où il rentrait, parce que Dahlia était soit apathique soit agressive et qu'il n'aimait ni l'un ni l'autre. Il la voyait souffrir et étouffer, il ne savait pas à cause de quoi. Il n'avait pas envie de se dire que c'était à cause de leur bébé. Elle avait l'air de se noyer, de se débattre dans des filets invisibles qui la tiraient vers le fond et il la regardait couler, impuissant et effrayé.
Dahlia se réveilla un jour, étonnamment reposée. Elle avait le sentiment d'avoir dormi longtemps et la lumière filtrait à travers les rideaux. Elle se redressa d'un bond, paniquée et constata que Harry n'était pas allongé à côté d'elle. En plus, le réveil indiquait 9h30 du matin. Dahlia se leva précipitamment et sortit de sa chambre. Elle trouva Harry et Perseus dans le salon, sur le tapis, tenant une conversation à sens unique fort animée. Dahlia eut l'air terrifiée.
- Il a pleuré ? Demanda-t-elle.
- Comme d'habitude, dit Harry. Mais…
- Pourquoi est-ce que je ne l'ai pas entendu ?
Elle avait l'air horrifiée de ne pas avoir entendu son bébé pleurer de toute la nuit et Harry se leva rapidement pour venir vers elle.
- C'est normal, dit-il précipitamment. J'ai jeté un sortilège à notre chambre et j'ai dormi sur le canapé.
Dahlia le regarda, atterrée, et recula d'un pas.
- Pourquoi est-ce que tu as fait ça ?
- Pour te laisser dormir… Tu as l'air tellement épuisée tout le temps…
Dahlia se détesta encore plus et c'était tellement insupportable qu'elle eut envie de haïr Harry, juste pour soulager sa peine un instant. Elle lui lança un regard mauvais qui le figea sur place.
- Ne refais plus jamais ça, ordonna Dahlia d'une voix glaciale. Tu n'as pas le droit de m'empêcher d'entendre mon bébé quand il a besoin de moi !
- Non, je…
Elle l'ignora et s'approcha de Perseus, tremblant légèrement de colère alors que c'était absurde. N'importe qui aurait été touché de voir que son mari s'était occupé de l'enfant toute la nuit pour la laisser dormir. Dahlia se détesta encore plus, si c'était possible.
Harry partit à la recherche d'Emily et la trouva dans les salles d'entrainement de la MIA, au sous-sol du MACUSA, s'entrainant à viser des cibles avec sa baguette pour vérifier que sa main droite répondait bien. Elle fut étonnée de le voir et l'écouta en silence, l'air embarrassé. Elle était déjà passée voir Dahlia et elle avait bien vu que ça n'allait pas. Elle ne savait cependant pas quoi faire pour l'aider.
- Tu pourrais venir plus souvent, suggéra Harry, désespéré. Elle…
- Harry… le coupa Emily, mal à l'aise. Je n'ai pas envie de venir plus souvent.
Il lui lança un regard étonné.
- Pourquoi ?
- Parce que tous ces trucs de bébés et de maternité, ce n'est vraiment pas pour moi, je déteste ça. La voir être enceinte, c'était déjà peu attrayant. J'ai dû me taper l'accouchement parce que tu étais en retard mais là franchement… Je n'ai aucune envie de venir lui parler pour la voir crevée et blafarde comme tous les jeunes parents semblent l'être, je n'ai aucune envie de regarder ses jolis seins se transformer en mamelles ou d'entendre les pleurs du bébé. Désolée mais vraiment, non, ça m'angoisse.
- Mais… balbutia Harry, atterré. Donc tu ne viendras plus jamais la voir maintenant qu'on a eu un bébé ?
- Je n'ai pas dit ça, je viendrai de temps en temps, je lui proposerai de venir me voir en soirée, quand tu seras là et que tu pourras garder Perseus. Mais franchement, je ne sais pas quoi lui dire de réconfortant. A sa place, si ma vie était devenue une affaire de couches, de vomis et de pleurs, moi aussi j'aurais envie de me pendre.
- C'est quand même très égoïste, non ? fit remarquer Harry d'un ton froid.
Emily haussa les épaules.
- Ouais, possible. Ce n'est toutefois pas plus égoïste que tous ces hétéros qui veulent à tout prix nous imposer leurs désirs stéréotypés. Nous n'avons pas tous envie de nous extasier devant un bébé ou de passer notre vie à parler de ça. Chacun ses passions et chacun ses choix.
Il ne sut pas quoi répondre et s'en alla énervé. Son passage à la MIA eut tout de même pour effet de forcer Emily à inviter Dahlia à dîner chez elle, un soir. Harry accepta gentiment de garder Perseus et encouragea Dahlia à s'y rendre. Le résultat fut mitigé. La soirée lui avait sans doute fait du bien mais elle n'allait pas mieux du tout.
Molly Weasley vint passer quelques jours à New York pour aider Dahlia et la soutenir. Elle avait bien senti que quelque chose n'allait pas quand elle était venue les féliciter pour la naissance et elle savait aussi qu'être isolée quand on venait d'avoir un bébé était rarement une bonne chose. Dahlia se sentait soulagée quand Molly s'occupait de Perseus mais elle se sentait coupable d'être soulagée. Et même si ça lui permettait de se reposer davantage, elle n'allait pas mieux pour autant. La présence de Molly ne changeait pas grand-chose. Surtout qu'en réalité, ce n'était pas Molly Weasley que Dahlia voulait avoir à ses côtés, c'était sa mère, sa mère à elle, pas celle d'une autre.
Dahlia reprit le Quidditch et Harry espéra secrètement que ça la rendrait plus heureuse. Elle laissait Perseus chez une nourrice que Soledad lui avait recommandée, Mrs Marquez. Dahlia s'était dit que se séparer un peu de Perseus lui ferait sans doute du bien et l'aiderait à se sentir moins déprimée. Ce ne fut pas le cas. Laisser son fils chaque matin la plongeait dans des angoisses totalement exagérées et lui donnait l'impression de l'abandonner. Elle pensa sérieusement à arrêter de travailler pour faire comme Fleur ou Molly ou même sa mère mais là, Harry et Emily lui hurlèrent que non, surtout pas, ce serait pire que tout. Au fond d'elle, elle savait qu'ils avaient raison.
Au milieu de sa douleur et de ses angoisses, elle ne fut même pas vraiment heureuse de retrouver le Quidditch. Ça lui avait un peu manqué et voler l'enthousiasma quand même mais pas autant qu'avant. Elle avait perdu quelques réflexes et elle sentait le regard de son entraineur sur elle, ainsi que de tous les autres joueurs, qui se demandaient si elle allait retrouver son niveau d'avant. Ça ne l'aidait pas à aller mieux, bien au contraire. Elle avait une sensation de solitude étouffante qu'elle n'avait pas ressentie depuis qu'elle avait quitté l'Angleterre. Même la présence de Harry n'y faisait rien et d'ailleurs, elle ne le voyait quasiment plus. Elle ne savait même plus si elle l'aimait encore.
Elle ne ressentit rien en apprenant la fin de la guerre en Pologne et la mort d'Ogólny alors que Harry, lui, en parla beaucoup et avec animation. Le frère d'Ogólny, voyant les Américains approcher, l'avait trahi, demandant l'immunité en échange. Les Américains, secondés des Français, des Allemands et des Anglais, avaient gagné Varsovie et arrêté le tyran qui avait plongé son pays dans la guerre. On avait décidé de le conduire à Nurmengard où il attendrait son procès mais sur la route, il se fit opportunément assassiner par un Polonais rancunier. En réalité, il avait été abattu par un tueur professionnel de la MIA. Les Etats-Unis n'avaient nullement envie de s'embarrasser d'un procès qui laisserait parler Ogólny et lui permettrait de continuer à répandre ses idées abjectes. Et ils n'avaient pas non plus envie qu'il s'évade ou soit un jour libéré par un gouvernement complaisant. Le tuer était le plus simple et ils s'en étaient chargés eux-mêmes, comme bien souvent. L'ancien président polonais avait repris sa place et devrait reconstruire son pays. Pour cela, il pouvait compter sur le soutien des Etats-Unis qui aimaient se faire des alliés un peu partout. En tout cas, la guerre était terminée.
Harry retrouva ses camarades avec un plaisir non dissimulé. Mark, Jane et Julia avaient survécu sans trop de blessures, au grand soulagement de Harry. Julia démissionna dès qu'elle atteignit le Ministère mais Mark et Jane reprirent leur poste avec plaisir. Jane fut nommée cheffe d'équipe à la place de Rufus et la routine reprit comme autrefois. Harry montra à ses collègues des photos de son fils, passant sous silence le fait que sa femme semblait avoir perdu toute joie de vivre depuis qu'elle avait accouché. Passant sous silence aussi les disputes, les cris et les reproches, la rancune qui augmentait et l'absence totale de rapports sexuels. Tout cela, il ne pouvait le dire à personne. Il s'en voulait de ne pas comprendre ce qu'elle avait, il lui en voulait de tout gâcher de cette manière. Sa compassion se changeait petit à petit en exaspération et il commençait à craindre que tout vole en éclat. Quand il lui souriait en disant que Perseus allait lui ressembler, elle criait :
- Arrête de dire ça !
Comme si c'était une insulte. Quand elle portait Perseus qui pleurait et qu'elle s'agaçait qu'il pleure, désespérée, Harry criait :
- Mais c'est toi qui le stresses à le tenir de cette façon !
Et aucun des deux ne savaient comment améliorer les choses, à tel point que Harry finit par tout raconter à Hermione, un midi qu'il la regardait déjeuner en buvant du café. Elle l'écouta attentivement, surprise et attristée. Elle n'avait pas du tout ressenti cela en accouchant de Rose et elle en était soulagée. Elle voulait néanmoins aider Harry et Dahlia.
Dahlia eut donc la surprise de trouver Hermione à l'entrée du terrain de Quidditch des Corbeaux, à la fin de l'entrainement, quelques jours plus tard. Hermione sourit à Dahlia, lui fit signe qu'elle l'attendait et la laissa aller se doucher. Puis elles se rejoignirent et Hermione sourit encore.
- Allons prendre un verre, proposa-t-elle.
Elles s'assirent à la terrasse d'un café de Hidden City, au soleil. Le mois de mai ramenait des journées plus douces et ensoleillées, c'était agréable. Dahlia, elle, s'en rendait à peine compte. Elles échangèrent quelques paroles plates, goutèrent leur bièraubeurre et leur jus de citrouille puis Dahlia releva la tête vers Hermione, méfiante.
- Pourquoi es-tu là ?
- Pour te voir, répondit doucement Hermione. Harry m'a dit que tu n'allais pas bien.
Dahlia haussa les sourcils et eut une moue amère.
- Tu vas droit au but, constata-t-elle. Tu es venue voir à quel point j'échoue dans mon rôle de mère et à quel point je suis incapable de m'occuper de mon bébé ?
- Dahlia, stop, ordonna fermement Hermione. Je ne suis pas venue là pour te juger, je suis venue là pour parler.
Elle se pencha pour attraper un livre dans son sac et le posa sur la table. Dahlia y jeta un regard méfiant en se disant que c'était bien le style de Granger, ça, de chercher des réponses dans un livre.
- C'est quoi ?
- Dans notre monde, les sorciers s'intéressent peu à la santé mentale. Les Moldus font mieux, heureusement. Eux, ils ont donné un nom à ce que tu as parce qu'en vérité, ça arrive à beaucoup de femmes. Et il y a des moyens de soigner ça.
Dahlia resta impassible mais la déclaration d'Hermione la surprenait. Elles étaient beaucoup à vivre ça, vraiment ? Elle n'avait jamais vu aucune femme dans son état après un accouchement. Dahlia jeta un coup d'œil au titre et grimaça.
- La dépression post-partum ? lut-elle comme si c'était stupide. Je n'ai pas l'impression que ça arrive si souvent que ça. La plupart des femmes, elles, sont heureuses d'être mères.
- Oui bien sûr, et nous sommes pleines d'instinct maternel qui explose en papillons multicolores quand nous regardons notre bébé, répondit Hermione avec un cynisme évident. C'est ce qu'on veut nous faire croire, ce n'est pas la réalité. Beaucoup de femmes se sentent déprimées après la naissance de leur enfant. Le livre l'explique, tu devrais le lire.
Dahlia se sentit un peu choquée par ce qu'Hermione venait de dire. Personne ne lui avait jamais dit cela.
- Et c'est quoi le… moyen de soigner ça ? demanda Dahlia d'un ton plus incertain.
- Aller parler à un guérisseur ou une guérisseuse qui s'occupe des troubles de l'esprit. Je sais qu'il y en a plus aux Etats-Unis qu'en Angleterre.
- Il y en a à Sarah Good, confirma Dahlia du bout des lèvres.
- Tu devrais y aller.
Dahlia fit une moue dubitative et Hermione haussa les épaules.
- Fais-le au moins pour Perseus, dit-elle sèchement. Personne n'a envie d'avoir une mère malheureuse.
Dahlia tressaillit et baissa la tête. Elle devait se faire aider, elle le savait bien. Quand elle était suffisamment lucide pour regarder les choses en face, elle voyait bien que son couple commençait à se briser et que Perseus devait souffrir sans le savoir de la situation.
- Bien, souffla Dahlia. Je vais me renseigner.
- Tant mieux. Et Dahlia, tu sais… ce genre de chose arrive à beaucoup de mères et à beaucoup de femmes. Ne crois surtout pas que ça fait de toi une femme moins bien que les autres. Tu vois ce que je veux dire, n'est-ce pas ?
- Oui, répondit Dahlia en rougissant un peu. Je vois ce que tu veux dire.
Et même si ça n'allégeait pas sa souffrance et son angoisse, Dahlia se sentit soulagée d'apprendre qu'elle n'était pas la seule dans ce cas-là et qu'on pouvait parfaitement être une femme, une vraie, même si la naissance de son bébé ne faisait pas naitre en elle la joie attendue.
