aurélie-bloom : une partie des réponses se trouvent dans ce chapitre. Bonne lecture !

9. Le cygne puissant

« Alors, maintenant dis-moi. A quoi servent le luissin et l'élanor ?

- Le luissin, à cause de son parfum, et l'élanor, à cause de sa forme étoilé et doré, sont utilisées lors des mariages en forme de guirlande et portées en couronne, récita la semi-elfe avec application.

- Bien, et peux-tu me raconter l'histoire du hêtre de Doriath ? »

Glinelceleb posa un doigt sur ces lèvres et leva les yeux au ciel. Elle aimait peut-être la nature, mais cela ne voulait pas dire qu'elle connaissait absolument tout. Voyons, le hêtre de Doriath ? Qu'avait-il de si particulier pour que l'elfe appuyé nonchalamment contre un arbre, le bras posé sur son genoux relevé, puisse la regarder, la mine sévère, avec une lueur d'amusement dans les yeux ?

« Glinel ! Tu ne retiens donc jamais ce que je t'apprends ? Je me demande si j'ai vraiment bien fait de me proposer pour être ton professeur de botanique ! »

L'élève prit un air horrifiée et resta sans voix, pendant quelques minutes, sous le rire chantant de l'elfe, qui se moqua gentiment d'elle. Du haut de ses trente ans, elle ne comprenait pas toujours pourquoi l'elfe se bornait à lui faire retenir le nom des plantes, leur propriété, et les symboles associés. Mais après tout, n'était-ce pas elle, également, qui tenait absolument à ce qu'il lui révèle tout son savoir. C'est pourquoi, après un moment de réflexion, Glinelceleb se mit à rire aussi. Toutefois, elle demanda ce qu'était le hêtre de Doriath, car elle avait oublié les enseignements de son professeur.

« Très bien, mais promet-moi que ce sera la dernière fois.

- Promis ! s'exclama la petite semi-elfe.

- Le hêtre de Doriath a un tronc triple, que l'on nomme Hirilon. C'est le plus majestueux des noldoreth, et c'est à l'intérieur qu'est construit la maison où fut gardé Luthien, expliqua l'elfe en regardant son interlocutrice pour vérifier qu'elle retenait.

- Raconte-moi l'histoire de Luthien.

- Encore !! Tu vas vraiment nous faire peur à vouloir qu'on te raconte sans cesse les mêmes histoires !!

- Ce n'est pas mon intention, se défendit Glinelceleb. Simplement, je veux être sûr de retenir chaque détails de ces merveilleux récits. Je ne suis pas éternelle comme vous. »

L'elfe la regarda intensément. Ce qu'elle avait dit si innocemment l'avait frappé. Bien sûr qu'elle mourrait ! Mais pas avant bien longtemps. Mais l'entendre prononcé de sa bouche alors qu'elle était encore si jeune le troubla fortement. Il faudrait qu'il ait une discussion avec son père.

« Alors, l'histoire de Luthien ! »

L'elfe sursauta et sourit. Après tout, si elle voulait la réentendre, cela ne posait pas vraiment de problème. Il ne pouvait décidément pas refusé quoi que se soit à cette enfant aux longs cheveux d'argent. Que ce soit en matière de plantes, de chants, et d'histoires.

Glinelceleb s'allongea sur l'herbe parsemé de fleur multicolore et ferma les yeux pour mieux se concentré sur ce que racontait l'elfe. Elle pouvait presque voir Beren et Luthien grâce aux descriptions envoûtantes de son ami, entrecoupées de chants et de poèmes. Quand elle ouvrit les yeux, elle vit que l'elfe était penché sur elle, un large sourire au lèvre. La nuit était tombée, mais elle n'avait aucune envie de se lever. Elle préférait regarder le ciel, les étoiles et la lune plutôt que le plafond blanc de sa chambre. Mais elle fut tiré de ses pensées lorsqu'elle se sentit hisée puis posé sur l'épaule de son professeur de botanique.

« Lâche-moi ! Lâche-moi ! Je le dirais à père, et il trouvera quelqu'un pour te remplacer, s'indigna la petite princesse !

-Je sais, je sais, s'esclaffa l'elfe. Mais je suis le meilleur d'Almaren, et si tu n'es pas en forme demain, ton maître d'arme ne sera pas content.

-Je m'en fiche, je n'irais pas. Fais-moi descendre, sinon j'appelle la garde, et ils te jetteront en prison.

-Tu me terrifie, rigola-t-il. J'espère que tu viendras me rendre visite !

-Non, non, je n'irais jamais te voir, lâche-moi. »

La petite Glinelceleb continuait à se débattre et à crier, porter par un elfe qui rigolait de plus belle, sous les regards médusés des habitants de l'île.

« Que se passe-t-il ? »

Au son de cette voix, le professeur de botanique se pencha doucement pour libérer la jeune semi-elfe et s'inclina devant l'elfe qui venait d'apparaître. La petite fille se précipita vers celui-ci et se serra tendrement dans ces bras.

« Ada ! Tu m'as manqué. Ne me laisse plus jamais seule avec lui. Il est terriblement ennuyant.

- Qu'a-t-il donc fait ? demanda le seigneur d'Almaren en souriant malicieusement.

- Il n'arrête pas de me raconter l'histoire de Luthien alors que je la connais par cœur. Ce n'est pas normal. »

Devant la mine boudeuse de Glinelceleb, les deux hommes se mirent à rire à grands bruits. Décidément, que ferait-ils sans elle ? Leurs journées seraient longues et monotones, ils n'auraient personnes pour les faire rire comme elle savait le faire, ils n'auraient personnes dont les bras venaient se serrer autour de leurs cous, chaleureusement. Bref, cette petite semi- elfe était un don faites par les Valar, et l'île entière la choyait.

« Dis, demanda Glinel, demain, est-ce que tu pourras me raconter des histoires sur la fleur mallos ?

- Bien sûr, je te raconterais tout ce que tu veux. Maintenant, il faut aller dormir. »

« Tu n'es pas obligé d'y aller ! Demande à mon père d'envoyer quelqu'un d'autre ! »

Glinelceleb venait de rattraper l'elfe qui marchait vers les écuries, où un cheval avait été sellé à son intention. Il portait une fine épée elfique sur des vêtements de voyages, ainsi qu'une sacoche accroché à sa ceinture, contenant un précieux document.

« Reste à Almaren, je t'en pris ! Des centaines d'Orques parcourent la Terre du Milieu ! Tu pourrais te faire prendre ! Ils pourraient te torturer ! »

L'elfe se tourna vers la jeune femme qui venait de l'implorer. Son regard s'adoucit la mine inquiète de son amie. Il ne pouvait pas lui en vouloir, il était déjà le deuxième à partir en deux jours pour porter un message de la plus haute importance. Comme il ne disait rien et qu'il la regardait tristement, elle insista.

« Pourquoi mon père vous a-t-il choisit ? De nombreux soldats auraient été honorés d'être chargé de cette mission !

-Glinel, dit l'elfe en posant une main sur sa joue. Nous sommes devenus des messagers parce que ton père à une totale confiance en nous. De plus, les évènements extérieurs ne nous permettent pas de rester inactif. En ayant acceptés dans cette île, nous avons commencés une nouvelle vie et c'est cette vie que nous voulons protéger, cette vie dont tu fais partie.

- Qui me chanteras des chansons à propos de Luthien, le soir, quand le temps semble suspendu ? »

L'elfe soupira. Cela faisait presque 200 ans qu'il la connaissait et sa petite fleur était devenue une belle jeune femme. Il voulait la voir s'épanouir dans un environnement qui lui était propre, et quel meilleur choix qu'Almaren, île paradisiaque. Mais pour cela, il fallait d'abord qu'il porte un message.

Glinelceleb regarda l'elfe monter sur son cheval et ne pu retenir ses larmes. Cela était trop cruel. Quand soudain, un léger sifflement se fit entendre. Levant les yeux, il vit un magnifique petit oiseau se poser sur son épaule.

« Il me remplacera, dit l'elfe. Cet oiseau ne chante que la nuit. Sa voix est aussi belle que la mienne. »

La semi-elfe sourit et essuya ses larmes.

« Personne ne peut te remplacer. J'attendrais ton retour avec impatience.

-Sois forte, ma petite Océane.

-C'est la première fois que tu m'appelle comme cela, alors que tu avais la permission de le faire depuis bien longtemps. »

L'elfe se pencha et déposa un doux baiser sur le front de son amie.

« Sois forte ! »

Glinelceleb lui sourit et le regarda partir sans un regard en arrière, vers la cité de Rivendell, prévenir le seigneur Elrond de l'inquiétude de son père. La seule chose qu'elle espérait vraiment, c'était le retour de son ami en un seul morceau. Elle adressa alors un dernier signe au cavalier qui allait disparaître de sa vision et qu'elle espérait ardemment revoir.

« Aluabel ! »